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Arrière-scène

Arrière-Scène invites you to meet those who work behind the scenes: movie score composers, tour managers, show schedulers, record sellers, producers, bar musicians.

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Critics 2.0

Critics can make or break careers. How far does their influence go? What do musicians think about these journalists and their subjective views?



Production year: 2013

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VIDEO TRANSCRIPT

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène— La critique 2.0

[Fin information à l'écran]

ALEX NEVSKY est avec ses musiciens dans la loge d'un petit cabaret de Rouyn-Noranda. Ils se préparent pour le lancement de l'album d'ALEX NEVSKY en fredonnant un air a capella.

Au moment de commencer le spectacle, ALEX NEVSKY et ses musiciens se souhaitent bon spectacle en se faisant des accolades.

[Début information à l'écran]

Alex Nevsky, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]

ALEX NEVSKY et ses musiciens montent sur scène et commencent leur spectacle. On entend ALEX NEVSKY en entrevue hors champ.


ALEX NEVSKY

(hors champ)

J'anticipais vraiment

ce truc-là,

parce que c'est ça,

on a eu une journée

et quart de répète, là, avant,

puis c'est un nouveau band.

Mais ça a vraiment été cool.

(ALEX NEVSKY est sur scène et poursuit sa chanson.)


ALEX NEVSKY

♪♪ Et on s'est étreints,

♪♪ déshabillés, on leur a fait

♪♪ croire à l'amour.


ALEX NEVSKY

(hors champ)

On a fait 10 chansons,

c'est un show,

ce n'est vraiment pas

pour les caméras

qu'on fait ça. Moi, je le fais

vraiment pour moi puis

pour le public, en fait.

C'est vraiment pour qu'on puisse

faire vivre ces chansons-là

pour la première fois,

puis qu'on soit tous ensemble.

[Début information à l'écran]

Patrick Baillargeon, journaliste musical— Voir, ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


PATRICK BAILLARGEON

(en studio)

Une fois que tu lances un disque

ou que tu mets une musique en

ligne, ça ne t'appartient plus.

C'est à tout le monde

de se faire sa propre opinion.

Mais ça, c'est le dilemme

constant aussi, finalement,

en tout cas personnellement,

puis peut-être aussi

de collègues critiques

qui se demandent :

"Mais ça rime à quoi,

tout ça? C'est mon opinion,

finalement". On a beau

vouloir être objectifs, il y a

une grande part de subjectivité

qui entre en ligne de compte:

d'où tu viens, comment tu as été

éduqué, qu'est-ce que tu as

écouté quand tu étais jeune,

et ensuite, maintenant, comment

tu files quand tu écoutes tel

disque ou quand tu as vu tel

spectacle? Est-ce que ta blonde

t'avait crissé là? Est-ce que

tu avais mal à la tête?

Est-ce que tu l'as écouté

sur un mauvais support audio?

Tu vois, il y a plein de choses

qui rentrent en ligne

de compte, puis qui peuvent

biaiser ton opinion.

(Le journaliste FRANÇOIS MARCHAND est à son lieu de travail à Vancouver,.)

[Début information à l'écran]

François Marchand, journaliste musical— Vancouver Sun, CBC/Radio-Canada

[Fin information à l'écran]

FRANÇOIS MARCHAND

Très longtemps, au courant

de la dernière décennie,

ce à quoi j'aspirais le plus,

c'était de pouvoir écouter

un disque et donner

un nombre d'étoiles, puis dire:

"C'est ma responsabilité

de donner mon opinion sur cet

album-là, parce que les gens

trouvent ça important.

"Il y a tellement d'opportunités

et tellement de blogues,

de critiques, d'agrégations,

d'opinions sur l'Internet que ça

devient un peu futile de dire

qu'on a vraiment l'opinion

finale sur un produit.

[Début information à l'écran]

Nicolas Tittley journaliste-—Elle Québec, Musique Plus, Journal Métro

[Fin information à l'écran]


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Les gens veulent donner leur

opinion et veulent confronter

leur opinion à celle des autres,

donc maintenant on fait

de la critique instantanée.

On le dit tout de suite,

on dit "j'aime", "j'aime pas".

Une autre personne réagit,

je donne un pouce en haut.

C'est très primaire, mais

ça ouvre la conversation.

[Début information à l'écran]

Olivier Robillard-Laveaux, Journaliste et critique musical— Voir

[Fin information à l'écran]


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Avant, on lisait pour savoir

ce qu'on devrait écouter.

Maintenant, des fois,

on lit les critiques pour voir

si le critique pense

la même chose que ce que

moi j'ai pensé en allant

écouter l'album en avance

sur Internet. Donc, ça, ça a

complètement changé le rapport

et je pense que ça a amené les

critiques à être beaucoup plus

évaluées. Les critiques sont

critiquées, les gens

disent: "Hey, je l'ai écouté,

moi aussi, cet album-là.

Je lis ta critique,

puis tu n'as pas raison.

Je ne pense pas comme toi."

(GUILLAUME MOFFET est Dans les bureaux de BRBR TFO.)

[Début information à l'écran]

Guillaume Moffet, éditeur en chef—BRBR; journaliste musical— Voir, Ruby

[Fin information à l'écran]


GUILLAUME MOFFET

J'ai appris. Je me suis planté,

j'ai écrit des critiques

assassines parce que je trouvais

ça mauvais, puis je suis

toujours derrière

ces critiques-là.

J'ai écrit des critiques

aussi peut-être trop bonnes,

parce que dans le court laps

de temps qu'on me donne

pour écouter un album, je n'ai

pas la chance de le décanter.

Puis, ça, c'est la beauté

de la critique, aussi.

Des fois, on a tort.

[Début information à l'écran]

Frédéric Lambert, altiste— Quatuor Molinari, Les violons du Roy; chroniqueur musical- ICI Radio-Canada Première

[Fin information à l'écran]

FRÉDÉRIC LAMBERT

en studio

Les gens ont développé l'esprit

critique avec les critiques,

à travers les critiques.

On va sur des blogues,

on va sur des pages

Facebook de certains artistes,

où les gens, peut-être parce

qu'il y a une distance, ne sont

pas gênés. Ils vont dire

entièrement leur opinion, et

même parfois, ça peut être très

blessant ce qu'ils vont dire,

mais ils vont tout dire. Donc,

il y a une espèce d'échange

qui a évolué à travers

les années où le fan

maintenant est très critique.

[Début information à l'écran]

Sylvain Cormier, journaliste—Le Devoir.

[Fin information à l'écran]


SYLVAIN CORMIER

(en studio)

J'ai l'impression qu'il vient

quand même encore un moment où

on a le goût de se confronter

à des opinions plus fortes,

à confronter son propre

discernement, les goûts qu'on a

fini par se faire, les goûts

qu'on a fini par se raffiner

soi-même, à les confronter

à d'autres personnes

qui ont des goûts aussi.

Et c'est encore, à mon avis,

la place du critique.

(ALAIN BRUNET est sur le plateau de l'émission de radio ''Désautels''. On entend ALAIN BRUNET en entrevue hors champ tandis qu'il se prépare à entrer en ondes.)

[Début information à l'écran]

Alain Brunet, journaliste musical— La Presse; bogueur—La Presse

[Fin information à l'écran]


ALAIN BRUNET

(hors champ)

Moi, je travaille pour un gros

média, alors évidemment je suis

quand même relativement limité

dans le discours que je peux

donner, c'est-à-dire je ne peux

pas commencer à entrer dans

des considérations techniques

où encore faire ce type

d'éducation-là.

Parce que je pense

que dans d'autres facettes

de l'information, on donne

une éducation assez pointue.

Si tu lis un papier en économie

pour la première fois

de ta vie, tu ne comprendras

pas grand-chose. Mais, en art,

il y a des idées reçues

ou si on va aussi pointu

que des journalistes

économiques, c'est suspect,

ça ne marche pas : "Ah, c'est

élitiste, vraiment les gens ne

comprendront rien, ce n'est pas

correct", alors qu'il y a

le même niveau de complexité

dans tous les mondes qui sont

observés par les médias, qui

vont souvent beaucoup plus

loin et qui sont acceptés.

(Début intertitre)

(L'impact de la critique)

(Fin intertitre)

(Dans une salle de spectacle de Montréal, JIMMY HUNT répète pour le lancement de son album. On le voit sur scène, entouré de techniciens. On entend sa voix en entrevue hors champ tandis qu'il répète.)

[Début information à l'écran]

Jimmy Hunt, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


JIMMY HUNT

(hors champ)

Moi, je le

vois comme un premier show

officiel à Montréal.

Souvent, c'est le plus gros

show qu'on donne pour un bout

de temps, parce que si on va

se promener en région,

c'est forcément toutes

des plus petites salles,

moins de public. Donc c'est

le premier show avec le maximum

de monde, c'est le plus gros

événement après le "release".


FRÉDÉRIC LAMBERT

(en studio)

Le jour ou on commence à être

critiqués, c'est ce jour-là

qu'on peut prendre position sur

comment on va vouloir évoluer

en musique avec ce fait-là.

Moi, j'ai des amis musiciens

qui n'ont jamais regardé

une traître critique.

Leur carrière va bien,

leur carrière se porte bien,

mais ils refusent d'ouvrir un

journal, ils ne veulent pas

savoir l'opinion parce qu'ils

ont peur et que ça pourrait

affecter leur jeu de musiciens,

ce qui est une attitude que je

trouve tout à fait respectable.

À la limite, c'est peut-être la

meilleure attitude. Par contre,

d'autres suivent ça vraiment à

la lettre, parce qu'ils veulent

essayer de pousser plus loin,

essayer de voir comment la

prochaine fois, ils pourraient

être meilleurs, et ça aussi,

c'est une bonne attitude.

(La répétition de JIMMY HUNT se poursuit tandis qu'on l'entend en entrevue hors champ.)


JIMMY HUNT

(hors champ)

Les bonnes critiques font

en sorte qu'on booke plein

de spectacles. Ça propulse

le projet, donc ça a clairement

une répercussion.

Mais, je pense qu'au final,

ma mesure pour savoir

si j'ai réussi à faire quelque

chose de bien, ça ne sera

pas nécessairement

les critiques, ça va être

des gens que j'estime

en musique. Quand quelqu'un

que je connais de près

ou de loin me dit:

"J'écoute ton album en boucle",

c'est comme wow. Pour moi, ça,

c'est mieux qu'un cinq étoiles.


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Ce n'est pas parce qu'on

en parle beaucoup que les gens

en consomment beaucoup.

On entretient

cette illusion-là.

Il y a beaucoup d'artistes qui

veulent qu'on parle d'eux, alors

que ce qu'un artiste devrait

vouloir le plus, c'est d'être

entendu par son public,

pas qu'on discute de lui

au sein d'une petite élite,

d'un petit cercle très,

très limité de critiques.

Il y a des gens qui

malheureusement n'arrivent

jamais à dépasser

le cercle journalistique.

(Dans son appartement, ALAIN BRUNET branche un enregistreur téléphonique et cherche un numéro de téléphone dans un répertoire.)


ALAIN BRUNET

Le plan, c'est de téléphoner

à Vancouver, parce que

Vijay Iyer, le grand pianiste

américain d'origine indienne,

est en tournée,

puis il s'en vient trois soirs

au Festival de jazz.

Moi, je suis un super fan.

Il a une excellente technique

pianistique; il y a plusieurs

pianistes en technique pure qui

le dépassent facilement, mais en

idées, il y en a très, très peu.

(ALAIN BRUNET compose un numéro et démarre son enregistreur. Vijay Iyer répond et ALAIN BRUNET le salue et se présente en anglais. On entend ALAIN BRUNET en entrevue hors champ tandis qu'il continue sa conversation téléphonique.)


ALAIN BRUNET

(hors champ)

Plus c'est gros, moins

la critique a de l'impact.

Plus c'est gros, plus le budget

de promotion et de publicité

l'emporte largement

sur la critique.

Je parle de tout ce qui remplit

le Centre Bell en trois minutes

et demie. La critique va avoir

beaucoup moins d'impact

que si tu dis que Vijay Iyer,

ce n'est vraiment plus bon.

Parce que là, tu t'adresses

à une communauté plus restreinte

et cette communauté-là

est beaucoup plus critique,

elle est moins perméable

aux opérations publicitaires.

[Début information à l'écran]

Mathieu Charlebois, journaliste— L'Actualité, ICI Radio-Canada première, CIBL,CISM, Ma mère était hipster

[Fin information à l'écran]


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Des disques qui ont eu

des critiques pourries et qui

gagnent quand même le prix

du meilleur vendeur à l'ADISQ,

on peut en nommer,

puis en nommer, puis en nommer.

Mais si tu es un peu plus petit

et qu'il y a quelqu'un

d'influent qui dit "oui"

ou qui dit "non", ça peut

avoir un impact, mais tout le

monde qui embarque sur ton cas

puis qui dit: "Vous irez voir

ça", là on commence à parler.

(Le spectacle d'ALEX NEVSKY vient de se terminer. Le public du cabaret fait la file pour acheter des albums sur place.)


ALEX NEVSKY

Les disques, ils voyagent

tellement, maintenant. Il y a

tellement de canaux par lesquels

ils sont propagés que ce n'est

plus l'avis d'une personne.

Le grand gourou Rajotte,

à l'époque où il y avait

"Le cimetière des CD",

tout passait par là, parce que

l'Internet n'était pas présent.

S'il démolissait un CD

à coups de marteau et tout ça,

crime: "Ah, je n'irai pas

acheter ça, c'est sûr, parce que

Rajotte, il l'hait". Mais, là

il n'y a plus personne qui a

ce poids-là. Cent cinquante

personnes ont des blogues, puis

cent cinquante autres personnes

ont des blogues mieux nourris.

Il n'y a plus de personnes clés,

on dirait. Les artistes qui

"retweetent" des trucs...

si Guy A.-Lepage dit :

"Hey, achetez l'album

de Karim Ouellet"

puis il le "tweete"

à 45 000 personnes,

il a plus de portée que le

blogue d'Alain Brunet, d'après

moi, je pense, peut-être pas,

à cause de son poids médiatique.

Et ça, ça change beaucoup.

S'il y a des vedettes qui sont

de ton bord, ça prend une autre

tournure, puis ça va vraiment

plus vite. C'est ça, il y a

tellement de facteurs.

(GUILLAUME MOFFET est Dans les bureaux de BRBR TFO)


GUILLAUME MOFFET

En 97, il y avait

cinq personnes, mettons,

dans le marché francophone

qui nous disaient si la musique

était bonne ou pas,

et là aujourd'hui,

avec les blogues, on peut aller

chercher de la musique au Japon,

c'est extrêmement facile. Donc,

on a besoin de ces voix-là, ces

voix fortes là, qui ne nous

disent, pas nécessairement

ce qui est bon ou pas,

qui nous ouvrent leur livre

de connaissances.

(FRANÇOIS MARCHAND est à son lieu de travail.)

FRANÇOIS MARCHAND

J'aime avoir de la compétition,

parce que ça fait

de la discussion. Parce que

s'il y a quelqu'un en ligne

qui me dit : "Hey, moi,

j'ai adoré ça, ce disque-là!"

"Pourquoi?" Bon, on en parle,

il y a encore plus d'échanges

qui ont lieu, et des fois,

ça devient motivant de voir

qu'il y a d'autres gens

qui le font parce qu'ils ont

vraiment la passion

pour la musique.

Des fois, ça donne un petit

coup dans le derrière pour

faire la même chose,

parce que des fois, on oublie.

Des fois, ça devient

un petit peu routinier.

(ALAIN BRUNET travaille à son ordinateur. On l'entend en entrevue hors champ.)


ALAIN BRUNET

(hors champ)

J'ai beaucoup aimé le virage

Internet, moi. Ça fait cinq ans

que je fais un blogue et ça a

été vraiment une révélation,

c'est un changement profond dans

la façon de faire des critiques

et d'interagir. Je prétends que

la communauté de blogueurs

que j'ai, additionnée

à mon texte de base, ça fait

quelque chose de plus solide

que mon simple texte, et ça,

c'est extraordinaire.

C'est complètement nouveau,

ça n'existait pas avant dans

l'histoire des médias, et même

dans l'histoire humaine. Là, tu

as une communauté qui s'exprime

en direct. Bon, bien sûr,

il se crée des dynamiques,

il y a des conflits

de personnalités qui se créent,

il y a des engueulades,

parfois il y a des gens qui

dépassent les bornes, tu es

obligé de les mettre à la porte,

on ne cherche pas à avoir

le consensus absolu. Jamais.

On cherche à avoir un "pool"

de discussion où

la connaissance s'élève,

mais on ne cherche pas

à avoir raison au bout

du compte. On cherche à faire

en sorte que la connaissance

d'un art, aussi l'intérêt

qu'on a pour une oeuvre

où un artiste, s'élève.

C'est ça, le but.


SYLVAIN CORMIER

(en studio)

La musique, c'est dans l'air,

ça n'a pas besoin de journal,

ça n'a pas besoin de pochette,

on l'écoute, on la ressent.

Et pourtant, l'objet,

"l'objet disque".

" L'objet article de journal"

à propos de l'artiste,

ancre la proposition

artistique dans des espèces de

balises concrètes. Ça a eu lieu

à ce moment-là. La preuve,

il y a un "marker" sur la route.

(Trois semaines après le lancement de son album, ALEX NEVSKY est devant son ordinateur et lit les critiques sur Internet.)


ALEX NEVSKY

Quelle job, quand même.

Moi, c'est sûr qu'il y a comme

la moitié au moins de tout

ça que je n'ai pas vu, puis

sans doute qu'il y a des choses

que je ne préférerais pas voir.

Mais c'est un bel exercice

quand même. Je n'ai même

pas fait ça pour le premier

disque, comme faire la revue

de presse. Je vais voir comment

je vais me porter après,

si c'est un truc que je veux

refaire plus tard.

(Sur son ordinateur, ALEX NEVSKY écoute une émission animée par CLAUDE RAJOTTE, qui émet une critique de l'album d'ALEX NEVSKY.)


CLAUDE RAJOTTE

Un petit jeu de mots sur

Hiroshima mon amour, avec

Himalaya mon amour. C'est la

première fois que je m'intéresse

à Alex Nevsky. C'est donc

son deuxième disque.

Une présentation vraiment de

qualité. Un son "pop", un peu

des années 70 avec la batterie.

Moi, j'aime les sons de batterie

des années 70!


ALEX NEVSKY

Jusque-là, ça part bien,

quand même.


CLAUDE RAJOTTE

... et ça a été un album réalisé

par Alex McMahon. C'est de la

"pop" de bonne humeur, mais

dans ce créneau-là, il y en a

vraiment plusieurs par ici. Moi,

je trouve que c'est un peu trop

"la la la"! Des fois, ça se veut

"pop", mais pas assez, ou à

gauche, mais pas assez non plus,

et c'est un peu déprimant comme

fin d'album. Vous pourrez le

voir en concert, par exemple,

si la chose vous intéresse,

en consultant son site.

Comme cote: un 6 sur 10.

C'est un peu moyen comme album,

"On leur a fait croire".

(ALEX NEVSKY cesse de visionner la vidéo.)


ALEX NEVSKY

Bon, c'est dit. À la base,

je savais que je n'allais pas

plaire à Rajotte. Avant même

d'aller cliquer, je savais que

j'allais dans la trappe. Puis,

en même temps, ce qu'il dit,

c'est vrai. Je veux dire, tout

mon début de disque, il y a des

"oh, oh, oh" et des "la, la, la"

dans chaque toune. Il a raison,

il a raison, c'est vrai. Puis,

la fin est déprimante, oui. Ça

va, il parle des drums, qu'il

aime les "drums seventies",

tout ça. Je ne sais pas.

C'est Rajotte, puis au moins,

il a critiqué mon disque,

alors je suis content.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Quand un groupe fait son dossier

de presse et récolte les quatre

étoiles puis tout ça, ça lui

monte un bon dossier pour aller

chercher une bourse en création

ou en production de spectacles,

donc c'est sûr que les critiques

ont un impact à ce niveau-là.

Mais je te dirais

qu'aujourd'hui, tout se consomme

très rapidement. Sur les réseaux

sociaux, par exemple, lorsqu'une

critique de disque apparaît,

quelques heures plus tard,

même quelques minutes

plus tard, elle disparaît.

La durée de vie d'une

nouvelle sur Twitter ou sur

Facebook, c'est extrêmement

limité. Donc, je dirais qu'une

critique négative aujourd'hui

a un impact qui est moins

dévastateur que ça pouvait

l'être il y a 20 ou 30 ans.

(La répétition de JIMMY HUNT se poursuit tandis qu'on l'entend en entrevue hors champ.)


JIMMY HUNT

(hors champ)

Pour l'autre album, j'étais

conscient des bonnes critiques

et j'étais content. Quand un

album fait l'unanimité comme ça,

le public veut y goûter en

spectacle, vraiment accéder

à ce qui se passe sur l'album.

J'avais senti une pression,

parce que je n'étais pas

tellement prêt à donner

un spectacle plus travaillé,

plus réfléchi.

Là, cette fois-ci,

j'ai pris un peu plus de temps

avec les musiciens, justement,

on a prévu le lancement. L'autre

fois, je n'avais absolument rien

prévu. Je pense qu'on a fait une

ou deux répètes la semaine

d'avant, puis "paf", on a lancé

l'album comme ça.

(ALEX NEVSKY continue de parcourir les critiques de son album.)


ALEX NEVSKY

Quatre étoiles et demie.

On est dans beaucoup d'étoiles,

je trouve. "Ce nouvel opus

apparaît plus mature

et plus peaufiné que

"De lune à l'aube",

paru il y a trois ans.

Les textes sont davantage

chargés d'émotion, mais livrés

avec une plus grande

résilience, comme s'il acceptait

les sentiments vécus, qu'ils

soient heureux ou non. Et

décolle ensuite une série de

pièces festives et radieuses qui

font danser à tout coup, dont

"On leur a fait croire", une

pièce ultra accrocheuse digne

des meilleurs vers d'oreilles.

"J'aurai des mains" fait office

de transition entre le bonheur

suintant des premières chansons

et le côté plus introspectif

des six qui suivront."

Quand il y a trop d'étoiles,

je discrédite juste parce que

je pense : "Ben non, mon album

n'est pas aussi bon que ça."

Mais c'est super bien écrit,

puis on dirait qu'il trouve

ça trop bon. Mais moi, je ne

le vois pas aussi bon que lui

le voit, mon disque. Mais je

trouve ça cool quand il comprend

le chemin qu'on a essayé de

tracer à travers le "pacing"

dans lequel les gens se sont

investis. Ce n'est pas juste

une critique sur les clichés

auxquels les gens m'associent.

Je ne sais pas c'est qui,

Yannick Déry, donc, tu vois,

déjà je me sens bien de ne pas

l'avoir croisé dans un bar puis

de lui avoir payé des shooters

pour qu'il m'écrive ça.

(Début intertitre)

(La crédibilité du critique)

(Fin intertitre)


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Sur Internet, en général, ceux

qui prennent la peine d'écrire

sont des fans. Ce sont des gens

qui sont très impliqués

émotionnellement avec leur

artiste et qui le connaissent

probablement de l'intérieur

mieux que tous les critiques

professionnels du monde.

Un fan, c'est quelque chose.

Un fan, c'est par définition,

pas très objectif non plus.

Il y a une implication

émotionnelle directe

avec l'artiste. Quand on parle

d'objectivité de la critique,

c'est ça.

(ALAIN BRUNET est dans son appartement.)


ALAIN BRUNET

Il y a encore des gens sur mon

blogue, des fois, qui disent

des énormités, qui disent :

"S'ils sont bons, ils devraient

avoir un public.

C'est parce qu'ils ne sont

pas bons que ça ne marche

pas, leur affaire!"

C'est n'importe quoi. C'est

malheureux, c'est vraiment

faire preuve d'une ignorance

totale de dire des choses

comme ça et de croire ça.

(Dans sa loge, JIMMY HUNT discute avec ses musiciens. Il s'apprête à monter sur scène. Un peu plus tard, JIMMY HUNT est sur scène et interprète une de ses chansons)


JIMMY HUNT

♪Si je reviens du fleuve,

oublie le moment.

Je suis une pieuvre,

et toi, tu es une antilope.♪♪


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Il faut être capable de passer

par-dessus le "J'ai tellement

de fun quand j'écoute cette

toune-là". Oui, c'est une bonne

toune, mais c'est plus que juste

une bonne toune, voici pourquoi.

Puis, d'avoir les connaissances

musicales te permet

de décortiquer la chanson.

De pouvoir rentrer dans la

mécanique de ça puis de voir les

rouages te permet d'arriver plus

rapidement à un éclairage précis

de la chanson,

parce que tu en as compris

les codes et la structure.

(GUILLAUME MOFFET est Dans les bureaux de BRBR TFO)


GUILLAUME MOFFET

Il n'y a pas vraiment de

différence entre le blogueur qui

décide de donner trois étoiles

à un album, puis le journaliste

du Voir qui décide de donner

trois étoiles à un album.

La seule différence,

c'est dans le contenu

puis dans la façon qu'il

va l'écrire, qu'il va expliquer

pourquoi ça vaut trois étoiles,

cet album-là. Puis, je pense que

c'est au public, c'est aux

musiciens, c'est aux artistes

de définir qui est crédible,

puis qui ne l'est pas.


PATRICK BAILLARGEON

(en studio)

Toi, tu veux lire une critique

pour savoir si ce disque est

bon, tu vas avoir Alain Brunet

qui va la faire, puis après ça,

tu vas en avoir un paquet

d'autres, là. Maintenant,

pourquoi te fier à Alain Brunet

quand tu peux te fier à un gars

de France ou des États-Unis

ou de Belgique?

(En se promenant dans son appartement, ALAIN BRUNET présente sa collection d'albums)


ALAIN BRUNET

J'ai une vingtaine de milliers

d'albums qui sont partout dans

la maison. Donc, ici, ça c'est

jazz. Ça, c'est jazz. C'est jazz

aussi, là. Donc, il y a vraiment

trois murs de jazz. Je ne crois

pas au relativisme absolu,

c'est-à-dire que tout le monde

a raison sur tout, c'est rien

qu'une question de goût. C'est

faux. Le goût, ça se développe.

Les gens qui ne sont pas

capables de faire la distinction

entre de la piquette, un vin

moyen ou un grand cru, c'est

parce qu'ils ne boivent pas de

vin. Malheureusement, ils n'y

connaissent rien. Et c'est la

même chose en musique. Moi,

je passe entre 8 et 10 heures

à écouter de la musique

par jour à l'année longue.

C'est sûr que ma connaissance

est complètement différente

de celle d'un fan, d'un groupe

indie qui a 250 albums chez lui

et qui connaît par coeur

ces albums-là.

Évidemment, les musicologues,

les professeurs de musique,

les critiques passent leur vie

à faire ça. On est des

professionnels, on n'est pas du

monde qui arrive comme ça, puis:

"Ah, je vais écouter celui-là,

puis c'est correct."


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Quand une critique est publiée

dans un journal ou dans un

média, il y a eu un comité de

sélection, qui est le rédacteur

en chef, qui a engagé cette

personne-là. Sa crédibilité

vient de toute la construction

médiatique autour et si

quelqu'un me fait faire une

critique de disque, c'est parce

qu'il pense que mon avis a de

l'allure. Il peut avoir tort,

évidemment, il y a des critiques

qui disent n'importe quoi

et il y a des erreurs

factuelles dans les journaux

à tout bout de champ,

mais il y a quand même

une certaine structure qui est

là pour m'assurer que je peux

m'y fier. Et à la longue,

tu finis par connaître les gens

dans ce média-là parce

qu'il est là tous les jours.


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Peut-être que le rôle

futur des journalistes,

ça sera encore une fois

de faire du défrichage.

C'est qu'à travers toutes les

idées qui sont disséminées sur

la toile, il faut encore séparer

le bon grain de l'ivraie. Il y a

encore des choses qui se disent

sur Internet qui sont absolument

insignifiantes et qui ne

méritent pas nécessairement de

toucher un plus vaste public.

Mais, je pense que comme

observateurs, comme critiques

2.0, c'est notre tâche de

continuer d'écouter de la

musique, mais aussi de regarder

ce qui se dit un petit peu

partout sur la toile,

et encore là, de filtrer

peut-être cette information-là

et de ressortir le meilleur.

(Début intertitre)

(Critique et mode de vie)

(Fin intertitre)

(Durant son spectacle, JIMMY HUNT s'adresse à la foule. Il annonce qu'il compte leur jouer son album au complet, dans l'ordre.)

(FRANÇOIS MARCHAND marche le soir sur une rue animée.)

FRANÇOIS MARCHAND

C'est les premières impressions.

Oui, des fois il y a des

spectacles où tu aurais voulu

avoir un "package" un peu plus

complet, la soirée en entier,

mais c'est là l'avantage d'avoir

le compartiment en ligne, parce

qu'on peut faire de premières

impressions sur papier, dans le

journal, et puis dire aux gens:

"Voulez-vous voir nos

impressions complètes?

Allez en ligne, vous allez voir

nos photos, vous allez voir

le commentaire au complet."

Donc, en fait, on produit

deux critiques par soir.

(ALAIN BRUNET est dans son appartement.)


ALAIN BRUNET

Moi, j'ai 55 ans. J'ai passé

ma vie à faire ça, à sortir

plusieurs fois par semaine;

en saison de festivals, pendant

deux, trois mois, sept soirs par

semaine, puis le reste de

l'année, entre trois et quatre,

cinq soirs par semaine, à élever

des familles, négocier ta vie

personnelle avec ta conjointe,

essayer de faire en sorte que

tu sois proche de tes enfants.

C'est loin d'être une partie de

plaisir. Les gens pensent qu'on

va là toujours pour s'amuser,

etc. Des fois, tu as ta journée

dans le corps, tu as travaillé

toute la journée, puis là tu as

fait faire les devoirs à ta

fille, puis après ça, il faut

que tu retournes, la journée

continue. Les gens qui sortent

y vont une fois par semaine,

une fois par deux semaines,

une fois par mois, et plus ils

vieillissent, la fréquence

diminue, alors que nous,

la fréquence ne diminue jamais.

(FRANÇOIS MARCHAND poursuit son chemin jusqu'à une salle de spectacle.)

FRANÇOIS MARCHAND

L'idée, c'est de faire des

"shifts" séparés. Tu en fais un

petit peu le matin ou un petit

peu l'après-midi, tu peux faire

tes trucs pour la soirée, puis

après ça, tu sors en soirée pour

faire ton travail. Ça a changé

beaucoup le métier de critique

au cours des dernières années

parce que les spectacles

commencent à neuf heures

le soir. L'artiste principal

commence vers neuf heures, neuf

heures et quart et notre heure

de tombée, c'est 9h45. Donc,

il faut que j'aie une critique

préparée en une demi-heure

sur un téléphone, sans faute.

En même temps,

il y a une demande pour

que tu sois sur Instagram,

il faut que tu tweetes, il faut

que tu fasses tous les trucs qui

sont multimédias, réseaux

sociaux, en même temps que la

critique. C'est devenu une job

un peu plus compliquée qu'avant,

mais c'est le fun. Il n'y a pas

beaucoup de gens qui peuvent

dire que ça fait partie

de leur travail à temps plein,

donc je ne m'en plains pas.


SYLVAIN CORMIER

(en studio)

Ça fait quoi, 4000, 4500 textes

que j'écris depuis 23 ans? J'ai

eu des périodes ou l'idée même

d'aller couvrir des spectacles,

des fois, me pesait. Je n'y

allais plus la fin de semaine.

J'y allais pour les sorties

obligées: les premières, etc.

Puis, tu limites ça pour te

préserver d'une certaine façon

et un jour, tu te rends compte

que c'est le contraire que tu

fais. Tu ne te préserves pas en

faisant ça, tu t'enlèves le feu,

la ferveur, la raison qui

faisait que tu faisais ça pour

commencer. J'ai compris, il y a

deux ans, qu'il fallait que

je me remette à aller voir

des spectacles que je ne couvre

pas, juste pour le fun,

juste parce que ça va nourrir

la flamme, que je vais

y trouver plus que mon compte.

Ça va juste me donner

l'envie d'en écouter plus,

d'aller en voir plus.

Le "plus" amène le "plus".

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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