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Arrière-scène

Arrière-Scène invites you to meet those who work behind the scenes: movie score composers, tour managers, show schedulers, record sellers, producers, bar musicians.

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Musicians in the Shadows

We are talking about replacements, those musicians that have the talent and the experience to replace no matter what musician. These amazing musicians have been on a few hundred albums, but choose not to be the stars of the show.



Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène— Les musiciens dans l'ombre

[Fin information à l'écran]

Sur une scène de Shawinigan, VINCENT VALLIÈRES et ses musiciens font la balance de son avant un spectacle.

[Début information à l'écran]

Andre Papanicolaou, guitariste—Vincent Vallières, Éric Goulet, Daran, Pascale Picard Band; auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


ANDRE PAPANICOLAOU

En 2006-2007, c'est là que j'ai

commencé, au début, à remplacer

Olivier Langevin qui jouait dans

le band mais qui, avec ses

projets parallèles, Galaxie et

tout ça, ne pouvait plus finir

la tournée, ce qui fait que je

suis embarqué, puis je suis

resté.

Ça va faire un bon sept ans et

demi. Je pense que je suis le

guitariste avec la plus longue

résidence dans l'orchestre

Vallières à date.

Quand j'ai commencé à

accompagner du monde, j'ai

commencé avec Éric Goulet, avec

Les Chiens et plus tard avec

Monsieur Mono. On a fini par

faire plusieurs disques ensemble

avec d'autres artistes.

J'accompagne encore Daran, j'ai

réalisé le disque de Patrice

Michaud, je ne l'ai pas vraiment

accompagné sur la route,

quoiqu'on vient de faire une

tournée en Europe ensemble cet

été. On est partis deux semaines

en France et en Belgique faire

des spectacles. C'est un peu

comme ça que je gagne ma vie;

j'accompagne, je fais des

disques; on finit par faire un

peu de tout.

[Début information à l'écran]

Stanley Péan journaliste, animateur radio— ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


STANLEY PÉAN

(En studio)

On a intégré l'idée de la

vedette pop, ou en tout cas de

la vedette d'opéra. La personne

qui est à l'avant-scène, mais

derrière la diva, derrière

Michael Jackson, il y a des

musiciens dont on ne connaît

même pas le nom et ce sont eux

qui font la musique aussi sinon

plus que la personne qui est

juste en avant au micro. Ce

n'est pas pour dire du mal des

chanteurs, mais derrière le

soliste, il y a un orchestre et

ces gens-là sont des

travailleurs de l'ombre.

[Début information à l'écran]

Émilie Côté, journaliste culturelle— La Presse

[Fin information à l'écran]

ÉMILIE CÔTÉ

(En studio)

Il y a des guerres intestines

dans l'histoire du rock'n'roll

entre le guitariste puis le

chanteur qui avait la vedette,

mais il y en a qui veulent être

dans l'ombre pis se prêter à

différents univers pour se

réinventer aussi. À un moment

donné, c'est "le fun" pour des

musiciens de complètement

changer d'univers, puis d'avoir

un défi autre.

Le défi d'un claviériste, d'un

batteur ou d'un guitariste avec

une artiste pop qui lui confie

un mandat est complètement

différent de celui d'un artiste

folk, par exemple, puis pour

ces musiciens-là, c'est

créativement super intéressant,

puis en plus, ils font ça sans

pression de vendre; c'est le

nom de quelqu'un d'autre qui va

le vendre.

[Début information à l'écran]

Marie-Christine Blais, journaliste et critique— La Presse

[Fin information à l'écran]


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

L'abnégation ce n'est pas

nécessairement la première

qualité qu'on demande à un

artiste, mais il y a quand même

une catégorie d'artistes qui en

a et ce sont les musiciens. Ceux

qui sont en arrière et qui, en

plus, acceptent d'aller jouer

pour différents artistes, qui ne

se sentent pas obligés de

travailler avec une seule

personne, qui sont ouverts en

plus, parce qu'ils vont devoir

s'adapter à toutes sortes de

gens.

Et, à mon sens, s'ils n'étaient

pas là, il n'y aurait même pas

de spectacles. Il n'y aurait

même pas de disques. Ils sont

indispensables.

(Début intertitre)

(Être dans l'ombre de qui?)

(Fin intertitre)

(MÉLANIE AUCLAIR est sans une salle de spectacle de St-Adolphe, au Québec. Elle se prépare à accompagner MARC DÉRY en spectacle.)

[Début information à l'écran]

Mélanie Auclair, violoncelliste— Marc Déry, Michel Rivard, Richard Desjardins, Lhasa de Sela

[Fin information à l'écran]


MÉLANIE AUCLAIR

Ça fait 17 ans que je fais ça,

quand même, je me suis... ça m'a

comme donné un petit coup de Hu!

J'ai travaillé avec beaucoup,

beaucoup, beaucoup de monde, sur

des plus ou moins longues

périodes. J'ai travaillé avec

Steve Hill, peux-tu le croire?

Martha Wainwright, ç’a été une

super belle expérience aussi.

Martin Léon, il n'y a pas un

show qu'il a fait où je n'étais

pas là, du début jusqu'à ce

qu'il file en solo. Richard

Desjardins, c'est clair que ça,

c'est une expérience marquante

aussi. Jouer sa musique, mais me

tenir à côté de cet homme-là, je

me souviens pratiquement à tous

les shows, il faisait des super

longs monologues, Richard, puis

à chaque fois je me disais: "Je

me sens privilégiée d'être là et

de pouvoir le soutenir devant du

monde, de pouvoir dire: "Oui,

moi là, ça là, je le pense."

Puis de le montrer au monde,

j'avais l'impression qu'il me

donnait une voix en quelque

part, même si j'étais à côté de

lui, il y a quand même... de

pouvoir le supporter dans son

affaire, concrètement devant un

public, pour moi c'était... Wow!


STANLEY PÉAN

(En studio)

L'expérience de la musique,

c'est aussi une sorte de

partage, il y a des gens qui

font de la musique pour cette

raison-là, pour avoir le plaisir

de joindre leur voix à un

ensemble, et je dis leur voix,

je ne parle pas forcément de

chanteurs, de joindre ce qu'ils

ont à apporter à un ensemble, ce

qui fait que l'ensemble est

toujours plus que ses parties,

et donc même le batteur, même la

personne qui manie la tambourine

ou... des choses qui semblent

insignifiantes parfois sont

essentielles pour faire d'une

oeuvre musicale ce qu'elle est.


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

Je pense que ce sont des

artistes qui sont à la fois

caméléon, capables de s'adapter,

et avec suffisamment de talent

et de maîtrise de leur

instrument, qu'ils ont leur son.

Tu reconnais Michel Donato. Tu

reconnais Michael Pucci à la

guitare, tu sais que c'est... tu

te dis: "Ça doit être... Ah..."

Paf! Généralement tu l'as. C'est

étonnant comme ces artistes-là,

ces musiciens-là sont assez sûrs

d'eux. Tu penserais que parce

qu'ils sont en arrière c'est

parce qu'ils ne sont pas sûrs

d'eux, non non! Ils sont sûrs de

leur place, ils sont sûrs de

leur instrument et ils sont sûrs

d'être exactement où ils veulent

être, au sein d'un groupe en

train de faire de la musique

qu'ils aiment.

(BENOIT PARADIS est sur une scène au Festival de la poutine de Drummondville, pendant la balance de son de Bernard Adamus.)

[Début information à l'écran]

Benoit Paradis, musicien— Bernard Adamus, Josianne Paradis, Plywood 3/4, Tricot Machine

[Fin information à l'écran]


BENOIT PARADIS

J'ai collaboré à plusieurs

projets, dans Plywood 3/4, dans

les Skamurais, j'ai joué avec

Tricot machine, avec Les Trois

Accords, avec Bernard Adamus

plus récemment, avec ma soeur

Josianne Paradis. Si tu veux

jouer de la musique dans la vie,

si c'est ce que tu veux faire,

ça te prend d'autres projets,

puis surtout que ça stimule

aussi ta créativité sur le

projet que tu mènes toi pour ton

propre fun, ou ta propre

survivance, éventuellement, mais

ça arrive rarement.

C'est ça qui est le plus

différent d'un band à l'autre,

comment ça réagit, comment ça se

parle, comment ça... puis après,

il faut s'habituer à la façon de

jouer de la musique, à la façon

de s'exprimer. Est-ce que moi je

travaille à construire des

"tounes"? Rarement dans ces

projets-là. Je voudrais

m'impliquer plus dans certains

projets, mais je ne peux

clairement pas parce que tu ne

peux pas jouer dans trop de

bands parce que tu tues ta santé

mentale et physique en général.

C'est stressant parce que tu as

plein de "deadlines". Idéalement

jouer dans plusieurs projets,

mais pas trop!

(MÉLANIE AUCLAIR est à St-Adolphe.)


MÉLANIE AUCLAIR

Quand l'artiste monte son band,

il veut savoir qu'il peut se

fier sur ses musiciens, que ses

musiciens vont être là. Nous

autres, on est tout le temps là.

Malades, pas malades, l'enfant à

la maison malade. Il n'y a pas

d'histoire de: "J'appelle, puis

je ne peux pas rentrer là." Ça

devient "tough" au Québec de

tourner avec plusieurs parce que

t'as des conflits d'horaires, ce

qui fait que ça nous limite en

fait. Des fois, il y aurait

peut-être des possibilités

d'emploi, mais parce que tu

travailles déjà avec un, tu ne

peux pas faire l'autre parce que

t'as trois dates conflictuelles.

ÉMILIE CÔTÉ

(En studio)

De plus en plus, des musiciens

étoiles, passe-partout, sont

très recherchés parce que du

jour au lendemain, ils peuvent

remplacer un artiste et ils

peuvent surtout permettre à un

artiste de se réinventer. Je

pense qu'on est beaucoup dans

une époque quand même

d'arrangements; combien de

chanteuses folk ont complètement

changé leur univers parce

qu'elles ont engagé trois, quatre

musiciens, puis elles ont juste

eu recours à leurs "étincelles"

si je peux dire, pour ajouter

des espèces de couleurs à leurs

albums. Mais tous ces gens-là,

qui ont participé aux

changements, aux virages

artistiques d'artistes sont dans

l'ombre tout le temps, mais je

pense que ça fait bien leur

affaire. Ils n'ont pas à faire

d'entrevues dans les médias et

tout ça, puis ils vivent de leur

passion, la musique. Comme dans

tous les milieux, il y a des

"leaders", puis il y en a qui le

sont moins.

(Début intertitre)

(Les stars de l'ombre)

(Fin intertitre)


STANLEY PÉAN

(En studio)

D'abord et avant tout, ça prend

du talent, et ça prend de la

disponibilité, dans le sens de

s'ouvrir aux musiques, s'ouvrir

aux univers différents des

multiples vedettes qui vont

t'inviter à venir jouer avec

eux. Est-ce que t'as envie

d'être l'accompagnateur de

Steely Dan, de Michel Rivard, de

Michael Jackson? D'abord est-ce

que t'as le goût de jouer toutes

ces musiques-là? Est-ce que t'en

es capable? Et puis ça prend une

certaine humilité aussi,

quelqu'un qui choisit de ne pas

être la vedette, d'être au

service de la vedette, c'est

parce qu'il y trouve son compte

aussi. Faire de la musique ce

n'est pas simplement recueillir

les applaudissements, être à

l'avant-scène, puis s'incliner

devant un public en délire,

c'est aussi faire de la musique.

La musique c'est quelque chose

qui est de l'ordre de la

communion, il y a très peu de

gens qui font de la musique

seuls. Les plus grandes vedettes

ont besoin de ces

instrumentistes-là.

(JF LEMIEUX est au Festival de la Chanson de Tadoussac.)

[Début information à l'écran]

JF Lemieux, bassiste―Betty Bonifassi, Cargo Culte, Daniel Bélanger, Steve Hill, Jean Leloup, Jorane, Kevin Parent

[Fin information à l'écran]


JF LEMIEUX

J'ai fait de l'accompagnement,

j'étais au Cirque du Soleil

quand j'étais plus jeune, j'ai

enseigné au CÉGEP Saint-Laurent,

j'ai accompagné des gens. Comme

le projet avec Betty, c'est un

projet dans lequel j'ai composé

la musique. J'ai un autre

projet qui s'appelle JFL, qui

est un autre projet où je

compose, que je vais tourner

aussi, puis je lance un album à

l'automne. J'ai joué un peu

avec Daniel Bélanger, j'ai fait

Damien Robitaille. Je jouais

souvent avec les gens pour qui

je réalisais un disque.

Admettons avec Leloup dans le

temps j'avais fait l'album Le

Dôme, j'avais fait le studio,

puis j'avais fait l'album

Quatre saisons dans le désordre

avec Daniel Bélanger,

finalement j'avais choisi

d'aller avec Daniel. J'étais

quand même un peu impliqué au

niveau des arrangements et des

trucs comme ça. Pour moi c'est

comme, oui, une forme d'être

dans l'ombre, mais en même

temps, il y a quand même un

minimum nécessaire à faire

partie du projet un peu aussi.

(Betty Bonifassi chante sur une scène accompagnée se ses musiciens, dont JF LEMIEUX.)


JF LEMIEUX

(Narrateur)

Ça va faire bientôt 30 ans,

moi, que je vis de la musique.

Je vais avoir 45 ans, j'ai

commencé à 15 ans. Donc c'est un

peu dans mes gènes comme parfois

même si je fais des projets,

j'ai besoin d'échanges parce que

c'est ça aussi à un moment

donné. J'ai besoin de faire

plein de sortes de musiques,

j'ai besoin de, même si je fais

juste mes trucs à moi, à un

moment donné, je me tanne, puis

j'ai envie d'aller réaliser un

album pour quelqu'un ou

d'accompagner quelqu'un d'autre.

C'est l'amour de la musique

aussi qui ressort là-dedans,

puis la chance que j'ai de

pouvoir faire des projets

différents.


STANLEY PÉAN

(En studio)

De tous les solistes, de tous

ceux qui ont le potentiel d'être

la vedette à l'avant-scène, il y

en a plein qui restent dans

l'ombre, alors imaginons ceux

qui sont déjà dans l'ombre à

quel point ils y restent. Il y a

des musiciens qui gagnent leur

vie en studio. Ils ne montent

jamais sur une scène, mais on

les entend sur les albums de

tout le monde.

Au Québec, pendant un bout de

temps, on avait Rick Hayworth,

eh bien on a fini par savoir

c'était qui. Il était le

guitariste d'à peu près tout le

monde en studio, c'est lui qui

arrangeait tout ce qui se

faisait comme musique pop il y

a une vingtaine, une trentaine

d'années. Ce qui fait que

d'ailleurs, il y avait une

uniformisation du son des albums

pop québécois de l'époque. Mais

bon, Rick Hayworth, tu dis ce

nom-là aujourd'hui, à part des

gens qui s'intéressent beaucoup

à la musique, le grand public ne

sait pas c'est qui, il ne sait

pas à quel point il a formé leur

oreille à travers la radio.

[Début information à l'écran]

Yann Perreau, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


YANN PERREAU

(En studio)

C'est sûr que ces gens-là sont

dans l'ombre, on ne les connaît

pas beaucoup. Mais des gens

comme Daniel Bélanger, des gens

comme Ariane Moffatt, des gens

comme Dumas, comme Pierre

Lapointe, des gens comme moi qui

sont des auteurs-compositeurs,

ils ont tous été surélevés et

amenés plus loin, plus haut,

grâce à ce monde-là.

Philippe Brault qui est un des

réalisateurs très en vogue,

bien, Pierre Lapointe c'est sûr

que Philippe lui a mis du vent

dans le dos. Moi, quand j'ai

fait ''Un serpent sous les fleurs'',

qui a été pour moi, à date, mon

plus gros succès commercial et

populaire. C'est sûr qu'Alex

McMahon m'a fff... soufflé dans

le dos. Puis ça, ce n'est pas

pour enlever au talent de Pierre

ou Daniel Bélanger ou Ariane ou

moi ou Vincent Vallières... Tous

les gens qui nous ont

accompagnés, qui nous ont

arrangés, qui nous ont réalisés,

ils sont aussi importants.

(À Shawinigan, la balance de son de VINCENT VALLIÈRES se poursuit.)


ANDRE PAPANICOLAOU

Les chansons de Vincent

Vallières, je ne les ai pas

composées, mais ce sont mes

chansons, pareil. Je les ai

jouées sur le disque, je les

joue tous les soirs avec lui.

Je livre la marchandise comme

si c'était mon spectacle à moi

donc. Je suis très conscient que

je suis là pour Vincent, mais en

même temps, j'ai l'avantage

d'aimer ses chansons, mais il

faut vraiment avoir la mentalité

que t'es là au service de la

chanson.

Pour moi, il n'y a pas vraiment

une différence. Je suis payé

pour jouer de la guitare,

c'est vraiment, vraiment cool.

Puis je ne vais jamais, jamais

tenir ça pour acquis.

[Début information à l'écran]

Vincent Vallières, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


VINCENT VALLIÈRES

Ce métier-là, c'est un métier

qui, en apparence, peut avoir

l'air simple, le fait

d'accompagner un artiste,

surtout quand t'as des

aspirations pour être "front

man", mais ça demande beaucoup

d'humilité.

Ça demande un éveil aussi

constant sur ce qui se passe

autour de soi, puis des fois,

ça peut être facile quand t'es

"sideman" de tomber dans

une zone où tu fais du temps,

pendant un show.

Pis Andre, c'est un des

musiciens les plus constants

avec lesquels j'ai travaillé,

toujours très, très préparé,

très respectueux des autres,

puis du fait que moi, quand

je suis en avant, je gère,

comme lui le fait en première

partie, je gère avec le public,

puis c'est un autre contexte de

travail. En fait, ce sont deux

métiers, je pense qu'on s'entend

pour dire que ce sont deux

métiers complètement différents.


ANDRE PAPANICOLAOU

Je peux être à trois pieds de

lui à tous les soirs, mais on ne

fait pas la même job. On fait

les mêmes fonctions, on joue de

la guitare puis on chante, mais

ce qu'il fait puis ce que moi,

je fais, ce n'est pas la même

chose parce qu'il a 2-3 coches

de plus de pression, je pense,

quand t'es au centre parce que

tu n'as pas juste à chanter tes

"tounes", pis à vivre dans la

bulle avec ton band, il faut que

tu présentes ton spectacle. Ça

fait que moi j'ai ma pression de

musicien, il ne faudrait pas que

je me trompe dans les chansons,

la prochaine est en ré... Mais,

je veux dire, à la fin de la

soirée, si les gens ont passé

une belle soirée ou pas, ça va

être sur les épaules du

chanteur. C'est sûr qu'on fait

partie de la même équipe, mais

en quelque part, le président

des États-Unis, c'est lui qui se

fait blâmer pour tout même s'il

n'a rien à voir avec de quoi qui

s'est passé dans telle ville.

C'est un peu un président des

États-Unis...

(VINCENT VALLIÈRES rit.)


STANLEY PÉAN

(En studio)

Être à l'avant-scène, c'est

extrêmement exigeant, pas pour

les mêmes raisons que c'est

exigeant de... ce n'est pas la

même rigueur qu'on te demande

quand t'es le troisième violon

d'un orchestre symphonique que

quand t'es le chef d'orchestre.

Mais le chef d'orchestre ne peut

pas se passer du troisième

violon. Et donc, c'est

extrêmement exigeant d'être à

l'avant-scène, mais ça l'est

aussi de rester. S'ils sont dans

l'ombre et s'ils sont si

essentiels, c'est qu'ils sont

quand même bons, ils remplissent

la fonction qu'on leur donne à

remplir, mais ils n'ont pas

forcément envie d'aller en avant

parce que ce n'est pas dans leur

tempérament non plus.

(Début intertitre)

(Savoir se vendre)

(Fin intertitre)


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

Daniel Boucher dans une de ses

chansons dit: "Es-tu "front" ou

ben un "roadie"". Et ça

résume quand même la question:

"Es-tu capable d'être en avant?"

Parce que c'est vraiment quelque

chose. Tous ces yeux qui te

regardent, puis qui sont

conscients de toi tout le temps,

puis qui te renvoient une image

de toi. Ils t'aiment, où ils ne

t'aiment pas, ils t'ont déjà

aimé, ils t'ont déjà aimé plus.

C'est effroyable. Je pense que

ceux qui passent en avant ont

certainement quelque chose à

dire de plus, mais surtout un

besoin d'amour et de

reconnaissance que les musiciens

en arrière n'ont pas. Ils ont

absolument besoin qu'on les

écoute eux.

Le musicien qui reste en

arrière, généralement, c'est

parce qu'il veut être là. Ceux

qui ne veulent pas être là

essaient souvent d'aller en

avant et réalisent en le

faisant: "Ffff! C'est un autre

métier."

(MÉLANIE AUCLAIR est à St-Adolphe.)


MÉLANIE AUCLAIR

On a tous besoin de

reconnaissance. On a tous besoin

d'approbation, mais je ne pense

pas que ce soit si spécial au

métier de musicien.

Notre job est clair, t'es pas

là pour voler la place, et cela

dit, j'ai déjà travaillé avec

des artistes qui m'ont dit de

prendre mon trou parce que je

prenais trop de place sur un

"stage", c'est déjà arrivé. Mais

je pense que ça dépend toujours

de la confiance en soi aussi.

Richard Desjardins ne m'a jamais

demandé de prendre mon trou sur

scène, au contraire, il trouvait

ça pas mal drôle quand je me

levais, puis que je dansais avec

mon banjo.

(JF LEMIEUX est au Festival de la Chanson de Tadoussac.)


JF LEMIEUX

Moi, c'est drôle, parce que je

te dirais que je suis un peu

entre les deux parce que je

prends quand même assez de

place, puis les artistes qui

choisissent de travailler avec

moi, souvent sont conscients de

ça parce que je ne suis quand

même pas non plus, t'sais tu

parles de l'ombre, oui, mais moi

quand je suis sur une scène, je

suis là et ça paraît.

Mais ça, je pense qu'ils me

prennent pour ça aussi, c'est

ce que je donne. Mais moi je

suis bien avec ça aussi, j'ai

un côté coq, mais j'ai un côté

très "low profile". J'en ai

beaucoup d'amis célèbres, puis

je ne suis pas sûr que

j'aimerais tellement ça être à

leur place aussi.

(Bernard Adamus chante sur la scène du Festival de la poutine de Drummondville. BENOIT PARADIS fait partie des musiciens.)


BENOIT PARADIS

(Narrateur)

De plus en plus, oui, il y a des

musiciens qui accompagnent qui

ont aussi leurs propres projets à

côté, mais je pense qu'en

général, si tu décides de jouer

de la musique souvent ce n'est

pas nécessairement pour mener un

projet de front, mais bien pour

collaborer avec toutes sortes de

gens.

Je pense bien qu'il y a un

"fun" à ne pas être le leader

d'un projet effectivement, c'est

encore plus vrai avec Bernard,

je capote, je me mets en

bedaine, puis je cours partout.

C'est comique, je ne ferais pas

ça dans mon show! Mais je

devrais peut-être...

(ANDRE PAPANICOLAOU joue sur une scène. Il fait la première partie du spectacle de VINCENT VALLIÈRES.)


ANDRE PAPANICOLAOU

(Narrateur)

Ça faisait longtemps que je

voulais ça, mais que je n'osais

pas le dire ou même rentrer

dedans plus profondément pour ne

pas être déçu, pour ne pas me

planter. Vincent, c'était le

premier, je lui faisais écouter

mes maquettes. On a fait une

tournée en duo, acoustique,

pendant un an et demi, moi et

Vincent, ce qui fait qu'on a

passé beaucoup de temps ensemble

juste tous les deux dans des

camions à jaser, puis je lui

avais dit: "Oui, je pense

peut-être à... j'ai écrit une

"toune", je te la ferais

peut-être écouter" puis dès le

départ c'était comme: "Yeah man,

il est à peu près temps.

Déniaise, fais ton disque." Ç’a

été super encourageant, puis

après ça, je l'ai fait écouter à

Daran et c'était pareil. Daran a

dit: " Ah ben c'est génial! Sors

ça, ça va être débile. Si tu

veux que je joue de la "guit",

appelle-moi." Ils ont vraiment

été comme des frères dans le

processus, puis Vincent jusqu'au

bout... plus qu'à m'encourager,

il a vraiment pris mes maquettes

et il est allé voir la maison de

disque puis il a dit: "Écoutez

ça." Il m'a vraiment donné un

solide coup de main jusqu'à

composer une "toune" avec moi

sur le disque, Aux Quatre Vents.

Pour moi, ce sont deux vies qui

peuvent coexister, ce n'est pas

"sideman" ou artiste solo, ce

sont les deux.


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

Parmi ces musiciens qui sont

devenus des auteurs-compositeurs

en avant, t'as par exemple

Ariane Moffatt, t'as

Marie-Pierre Arthur, t'as

Louis-Jean Cormier, qui a

commencé comme musicien derrière

Laurence Jalbert. T'as Isabelle

Boulay, Isabelle Boulay était

choriste au départ. T'as des

gens comme, par exemple, le duo

Forêt, Joseph Marchand et Émilie

Laforest, tous les deux sont

d'abord et avant tout des

musiciens qui accompagnent

d'autres musiciens. Philippe B,

tous ces gens-là ont d'abord été

dans l'ombre et ont ressenti le

besoin d'aller sous le

projecteur.

(VINCENT VALLIÈRES est en spectacle sur scène.)


VINCENT VALLIÈRES

♪Rêver sans regarder en arrière

Rêver quitte à perdre nos

repères

Je veux qu'on roule et qu'on

rock

Et que le bon temps nous porte

encore...♪


VINCENT VALLIÈRES

(Narrateur)

Quand j'ai rencontré Andre, il

avait déjà fait un disque avec

son frère, et donc, je savais

qu'il avait des aspirations pour

écrire ses propres chansons,

puis éventuellement les mettre

en marché et en faire la

promotion, fait que ce n'est pas

quelque chose qui m'a surpris ou

qui m'a déçu. Je m'attendais à

ça, puis les guitaristes avec

lesquels j'ai travaillé avant,

il y en a un qui s'appelle

Louis-Jean Cormier, t'en as

peut-être déjà entendu

parler... Puis l'autre

s'appelle Olivier Langevin, qui

travaille dans un groupe qui

s'appelle Galaxie. Pour moi,

souvent les guitaristes dans les

bands, même les drummers, les

bassistes ont des projets solos.

Mon but dans la vie, ce n'est

pas de retenir un musicien pour

qu'il ne chemine pas, de toute

façon dans le contexte

québécois, ce serait prétentieux

d'obliger un musicien à ne vivre

que pour ma musique ou mes

affaires. Ça ne peut pas

fonctionner comme ça.

(À St-Adolphe, MARC DÉRY monte sur scène pour son spectacle. La foule applaudit. MARC DÉRY s'adresse à la foule.)


MARC DÉRY

Vous avez compris que je ne suis

qu'accessoire dans cette

soirée... Parce qu'après

ça, la star arrive... La

première fois qu'on a joué

ensemble c'était à Petite-Vallée

et on n'avait pas répété, pas

une fois, puis c'était ça que je

voulais, c'était magnifique. Ça

marchait, je le savais que ça

marcherait, puis ç’a marché.

Alors ce soir devant vous, elle

va sûrement essayer des

nouvelles affaires qu'elle n'a

jamais jouées de sa vie,

accueillez s'il vous plaît, mon

amie, Mélanie Auclair!

(MÉLANIE AUCLAIR monte sur la scène. MARC DÉRY commence sa chanson.)


MARC DÉRY

♪Vingt ans, en 1984

Vingt ans, on était toujours

ensemble tous les quatre

Monter encore plus haut,

jusqu'au ciel

D'hôtel en hôtel...♪

[Début information à l'écran]

Marc Déry, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


MARC DÉRY

(Narrateur)

Pour moi ce qui est important,

c'est de sentir que le musicien,

la musique passe dans son corps,

son corps "groove" avec, là je

sens quelque chose, puis il faut

qu'on puisse danser la même

danse un peu. Une compréhension

de la musique plus que juste

technique. Compréhension, on se

regarde et on sait que ça va

marcher, on sait ce qu'on va

jouer. C'est une grande valeur,

un musicien accompagnateur comme

ça.

Moi, c'est ça que je recherche,

mais un autre artiste

chercherait d'autres choses,

quelqu'un qui écoute à la

lettre, qui va jouer exactement

ce qu'il dit, puis chacun a ses

besoins.

Moi, mes besoins, j'ai besoin

de faire comme quand

j'étais petit dans mon band; on

part et ça donne quelque chose

de beau sans qu'on s'en parle.

J'ai toujours apprécié le fait

de me faire surprendre par les

musiciens, et avec Mélanie c'est

ça que je retrouve parce que je

ne lui ai jamais dit quoi jouer

vraiment, puis ça c'est "le

fun". Souvent on joue des

chansons qu'elle n'a jamais

jouées, puis je lui dis juste:

"C'est en do mineur, en sol

mineur. On se surprend de même,

puis ça c'est cool parce que, ça

crée une certaine fébrilité et

il y a une magie du moment qui

n'est pas retrouvable aussi. Je

pense que les gens sentent ces

choses-là.


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

Ça, je pense que c'est une chose

qu'on mésestime, qu'on ne

connaît pas comme non-musiciens,

le plaisir physique de jouer

ensemble. Le plaisir de créer de

la musique, puis ton corps

vibre, puis tout d'un coup tu

vas à peu près à la même place

en même temps. Tu les vois qui

font juste se regarder là puis,

à un moment donné, hm... ça

relève là tu sais, ils ont un

"high".


YANN PERREAU

(En studio)

Comme je suis un front man,

comme je suis une personnalité

connue, comme pour certains je

suis une vedette, je ne suis

même pas un artiste, je suis une

vedette, c'est sûr que ce serait

facile de me laisser emporter

par la grosse vague. Mais quand

je vais mettons au Dièse Onze,

puis que je vois Dan Thouin avec

Max Bellavance, puis tu les vois

jouer ensemble, ça "jam", ça

rigole, ça joue comme si tu leur

mettais de la plasticine dans

les mains pis ça décolle, ils

ont tellement le "smile" dans la

face. Les gars vont jouer pour

25 piastres, des fois ils vont

jouer pour la bière, mais parce

qu'ils aiment tellement la

musique, puis ils sont tellement

des... c'est des virtuoses toute

la gang, ces gens-là qui sont

dans l'ombre, moi me... puis les

gars, ce n'est pas pour vous

lancer des fleurs... mais moi,

ça me rattache beaucoup à

pourquoi je fais de la musique.

(MARC DÉRY et MÉLANIE AUCLAIR continuent leur spectacle.)


MÉLANIE AUCLAIR

(Narratrice)

C'est là où je me sens vraiment

bien, de porter un artiste, de

faire en sorte qu'il soit à son

meilleur. Il y a toute une autre

partie qui vient quand t'es

artiste "lead", qui n'est pas

forcément de la musique. Puis

moi je suis musicienne. La

musique fait en sorte que ça

amène des rencontres et des

paysages, et de la vie! Mais, à

la base, c'est fou, mais je suis

là pour la musique. Ma place à

moi, elle est juste un petit peu

à côté.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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