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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Carte de visite: Christiane Germain

Her name is synonymous with a Canadian boutique hotel. She is co-chair of Groupe Germain Hotels, which owns five boutique hotels. Christiane Germain talks about her experience and explains the concept of boutique hotels.



Réalisateurs: Francis Lussier, Mark Rosario
Production year: 2012

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VIDEO TRANSCRIPT

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE fait une courte présentation de son invitée CHRISTIANE GERMAIN, en évoquant brièvement son parcours.

- Bienvenue à Carte de visite.

Le nom Christiane Germain

est synonyme d'hôtels-boutiques

au Canada. Elle est la coprésidente

du Groupe Germain Hospitalité,

une entreprise familiale

québécoise qui possède

cinq hôtels-boutiques

Le Germain au pays, à Québec,

à Montréal et à Toronto.

De plus, le groupe a élargi

ses horizons ces dernières années

avec une série d'hôtels ALT,

des établissements milieu de gamme

situés près d'aéroports et

de banlieues branchées.

Christiane Germain vient d'une famille

de restaurateurs, mais elle

s'est rendu compte que la restauration

n'était pas pour elle.

Elle s'est donc lancée en

hôtellerie avec son frère, Jean-Yves,

et la passion de frère et soeur

commence à déteindre sur la prochaine

génération des Germain.

L'entrevue se tient dans un lobby d'hôtel. Au cours de l'entrevue, différentes photos viendront illustrer les propos de CHRISTIANE GERMAIN, lorsqu'elle parle de ses hôtels-boutiques.


GISÈLE QUENNEVILLE

Christiane Germain, bonjour.


CHRISTIANE GERMAIN

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le nom Christiane Germain est

en quelque sorte synonyme

d'hôtel-boutique, n'est-ce pas,

au Canada. Pour les gens qui

connaissent moins le concept,

qu'est-ce que c'est un hôtel-boutique?


CHRISTIANE GERMAIN

Un hôtel-boutique, c'est un hôtel,

de par sa dimension, qui est

un peu plus petit qu'un

plus grand hôtel, je vous dirais

qu'un hôtel-boutique, normalement,

a entre une cinquantaine et peut-être

150-160 chambres.

Ça reste de dimension humaine,

de sorte que le contact avec le client

est probablement un petit peu plus

facile que dans un hôtel de

300, 400, 500 chambres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est un concept

qui existait déjà ou est-ce que

c'est quelque chose que vous

avez inventé vous-même?


CHRISTIANE GERMAIN

Non, non, absolument pas, non.

C'est un concept qui existait,

qui a commencé un peu

dans les années 80. En fait,

si on retourne un petit peu plus loin,

je vous dirais qu'Europe,

c'est un concept qui existait

quand même depuis longtemps

parce qu'on a été habitués, en Europe,

à avoir de petits hôtels.

Les charmants petits hôtels.

Et aux États-Unis, ils ont commencé,

en fait, c'est Ian Schrager

qui a ouvert le premier

hôtel-boutique en 84, c'était le Morgan,

à New York, et je vous dirais

qu'il a vraiment créé la tendance

et c'est devenu maintenant

un segment important du domaine

hôtelier. Ça n'empêche pas

qu'on a toujours des hôtels

plus importants en nombre,

mais les hôtels-boutiques sont

devenus maintenant un segment

de l'hôtellerie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les hôtels Le Germain,

il y en a déjà quelques-uns au

Québec, à Toronto.

Des hôtels ALT, qui sont un peu

différents aussi, est-ce qu'on

peut appeler ça une chaîne d'hôtels?


CHRISTIANE GERMAIN

J'aime pas tellement le mot

« chaîne », je parle toujours

d'un groupe hôtelier parce que

chaîne, pour moi, c'est peut-être,

c'est probablement très personnel,

mais chaîne a une connotation 

« pareil ». Et moi, j'aime bien,

même si on retrouve le même esprit

et des choses qui se ressemblent

beaucoup dans chaque hôtel,

j'aime bien que chaque unité soit...

soit différente dans son...

De toute façon, par le personnel

qui y travaille, l'âme est différente.

Alors je préfère parler d'un

groupe de petits hôtels que

d'une chaîne hôtelière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Euh... revenons à la fin des

années 80, vous décidez de vous

partir en affaires avec votre frère,

d'ouvrir un hôtel.

J'imagine que ça doit prendre

des sous ouvrir un hôtel?

Où est-ce que vous êtes allés voir

pour votre financement et les

défis que ça a dû apporter?


CHRISTIANE GERMAIN

Vous avez raison, parce que

l'hôtellerie est un domaine où,

effectivement, ça prend quand

même... ça prend un petit peu

d'argent pour faire l'hôtel,

pour construire l'hôtel.

Mais on en avait pas tellement

et puis... mais on a eu des gens

au point de départ qui ont cru

en nous pour un certain montant

d'argent. On était jeunes et

un peu insouciants et un peu...

on était... même si aujourd'hui,

je suis encore capable de

prendre des risques,

à ce moment-là, j'étais vraiment...

j'en prenais et j'avais une

certaine dose d'inconscience

dans ce que je faisais. Tout ça

pour dire qu'on avait pas les

sommes d'argent nécessaires

pour faire le projet qu'on a

fait. Alors, ç'a été... ç'a été

très long avant d'obtenir du

financement.

Je vous dirais que les 18 premiers

mois d'opération de l'hôtel ont été

assez... y a eu des « challenges »

assez importants, mais on est

passés au travers.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et auprès des investisseurs,

comment on réagissait au

concept d'un hôtel-boutique?


CHRISTIANE GERMAIN

On ne connaissait pas ça.

Alors les gens qui sont dans le

milieu de la finance,

que ce soit des banquiers,

des prêteurs, peu importe, ce sont

des gens de... très traditionnels.

C'est pas des gens qui...

on peut pas dire que les tendances

sont créées par les banquiers.

Alors ils ont de très belles qualités,

puis ils ont...

mais les tendances ne sont pas

créées par eux. Alors quand on

arrivait avec ce projet-là et

une des particularités de notre

premier hôtel, c'est que dans

les salles de bain,

c'était seulement des douches.

On avait pas de bain. OK.

Alors, c'était très difficile de

concevoir, à ce moment-là,

qu'un hôtel pouvait opérer

sans avoir de bain.

Alors, je vous dirais qu'on

a essuyé plusieurs refus

juste à cause de ça.

Tout à fait. Les gens... ah non,

y a pas de bain, ça marchera pas.

Puis aujourd'hui, finalement,

c'est devenu, c'est devenu

monnaie courante. Mais on avait

de très belles douches, toutes

en verre, le design était...

même encore aujourd'hui,

cet hôtel existe toujours et c'est

toujours les mêmes douches et

c'est encore très beau.

Mais à ce moment-là, ça nous a

fermé plusieurs portes.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est drôle. Très audacieux ce

que vous avez fait d'abord à la

fin des années 80. Pas beaucoup

d'expérience, pas beaucoup

d'argent, est-ce que si vous

aviez à refaire ce que vous

avez fait à l'époque, aujourd'hui,

est-ce que vous feriez les choses

de la même façon?


CHRISTIANE GERMAIN

Je vous dirais que oui.

En fait, y a deux volets à la

question. Dans les circonstances

aujourd'hui où je suis rendue,

est-ce que je ferais la même

chose? Est-ce que je prendrais

autant de risques? Peut-être

que j'essaierais de diminuer

mon risque un petit peu,

compte tenu de mon âge, puis

d'où je suis rendue dans la

vie. Mais si j'avais à

recommencer, si je parlais à des

gens qui veulent se partir

en affaires, qui ont une idée

extraordinaire, qui ont pas

d'argent, qui ont du talent

puis qui ont... qui ont le goût

de travailler, je dirais allez-y.

Si on le fait pas quand on a 30 ans,

quand est-ce qu'on va le faire?

Je regrette absolument rien,

au contraire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez maintenant un

certain nombre d'hôtels

au Canada, au Québec, à Toronto.

Vous avez des projets d'expansion

à Halifax, Winnipeg, Vancouver

aussi, je pense. Est-ce qu'il y a

une recette Germain, selon vous?


CHRISTIANE GERMAIN

Je vous dirais qu'y a pas de recette.

Je dis souvent : « Y a pas

vraiment de recette. Si y en

avait une, tout le monde le

ferait. » Je pense qu'on est

fidèles à nos valeurs,

on est fidèles à qui nous sommes.

À titre d'exemple, je vous dirais,

y a des gens qui nous disent:

« Pourquoi, vous pouvez

acheter. » Il y a des hôtels qu'on

pourrait acheter pour croître,

pour développer plus rapidement

puis tout ça. Mais ça ne nous

intéresse pas parce que, oui,

on est intéressés par le

développement. Oui, on est

intéressés d'avoir une dizaine

d'hôtels dans les cinq prochaines

années à travers le Canada,

mais on veut le faire selon... selon

nos goûts et selon ce qu'on pense

qui est relié à la valeur Germain.

Alors que ce soit des ALT

ou que ce soit des Germain,

on a un design particulier,

on a un groupe de travail

particulier, des employés,

des philosophies de travail et

pour moi, c'est très important

de continuer dans cette veine-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes pas un hôtel traditionnel.

Quand vous arrivez dans un marché,

comment on réagit?


CHRISTIANE GERMAIN

Très bien.


GISÈLE QUENNEVILLE

La compétition peut-être.


CHRISTIANE GERMAIN

Très bien. Écoutez, on en a ouvert...

on a ouvert un autre hôtel,

au mois de juillet de cette année,

à l'aéroport de Pearson, un ALT,

on a ouvert Calgary, ça fait maintenant

deux ans. On est arrivés à Calgary

dans un marché où ce type d'hôtel

n'existait pas beaucoup.

On était loin de chez nous.

Québec, Calgary, c'est...

c'est une partie du pays que je

connaissais moins, mais... non,

les gens sont, de façon générale,

très accueillants.

Non, j'ai pas de problème avec ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vos projets d'expansion sont

essentiellement au Canada.

Est-ce qu'on pourrait voir des

hôtels Germain chez nos voisins

du sud, aux États-Unis?


CHRISTIANE GERMAIN

Je serais plutôt étonnée.

On ne fait pas de démarchage

de ce côté-là. Le territoire canadien,

comme vous le savez, est assez

grand, regorge de belles

opportunités pour nous.

Peut-être qu'il se présenterait

quelque chose et puis ce serait

une opportunité à saisir, là.

Mais si ça arrive, ce sera

l'effet du hasard et ce sera

non sollicité. Alors... je ne

dirai jamais que je ne boirai

pas de l'eau de cette fontaine,

mais c'est pas quelque chose

qu'on sollicite pour l'instant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Revenons au tout début.

Années 80 encore une fois.

Vous, vous êtes d'une famille

de restaurateurs; vos parents

étaient restaurateurs à Québec.

Vous arrivez, vous et votre frère,

avec ce projet d'ouvrir un hôtel,

comment est-ce que vos

parents ont réagi?


CHRISTIANE GERMAIN

Euh... mon père a...

Ma mère à ce moment-là,

était moins impliquée

dans les affaires.

Mon père a... bien réagi,

dans le sens que c'était son édifice.

L'immeuble qu'on souhaitait

rénover lui appartenait.

Parce que papa était dans la

restauration, mais vers la fin

des années 70, avait vraiment...

était très impliqué dans l'immobilier.

Il avait acheté cet immeuble-là

puis on lui a dit que :

« Papa, ton édifice a besoin

d'être rénové. » Il était tout à

fait d'accord, mais quand on

lui a dit qu'on voulait le

rénover, mais le convertir en

hôtel, bon, bien, là, il était

moins emballé par l'idée.

Mais il nous a quand même laissé

réaliser le projet. Et c'est là

que le financement a été un peu

difficile parce que les gens

qui acceptaient de nous recevoir

pour entendre notre histoire

pensaient que notre père allait

finalement, en fait, endosser

si vous voulez les sommes

d'argent dont on avait besoin.

Puis c'était pas le cas. Il

nous a fait une bonne entente

pour le building, mais pour le

reste de l'argent qu'on avait

besoin, il fallait s'occuper de

le trouver nous-mêmes.

Alors c'est là que ç'a été

un petit peu plus difficile.

Or, ceci étant dit, mon père est

maintenant décédé, mais c'est

sûr qu'il était extrêmement fier.

Il a pas été le premier à peser

sur le bouton pour la première

pelletée de terre, mais il était

très fier, très, très fier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça vous tentait pas, la restauration?


[CHRISTIANE GERMAIN:] J'en ai fait.

Oui, on en a fait de la restauration.

Mes premières armes, je les ai faites

dans la restauration et

j'ai fait de la restauration de 78,

jusqu'à temps qu'on ouvre l'hôtel.

Et on a eu beaucoup,

beaucoup de succès.

Mais la restauration, c'est extrêmement

exigeant et c'est probablement ça,

j'étais, je pense, un peu fatiguée

et je souhaitais faire autre chose,

et c'est comme ça que l'idée de faire

de l'hôtellerie est arrivée. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous êtes lancée sur

le marché du travail quand même

assez jeune, tout de suite

après les études secondaires.


CHRISTIANE GERMAIN

J'étais pas bien bonne à l'école.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il paraît que vous vous êtes

présentée comme caissière

à la Banque Nationale.


CHRISTIANE GERMAIN

Oui, j'ai travaillé à la banque,

ce qui était la Banque Provinciale,

au Québec à ce moment-là.

J'ai travaillé parce que

j'avais arrêté d'étudier.

Mon père m'avait dit:

« C'est correct, si tu veux pas aller à

l'école, mais il faut que tu

travailles. » Alors, je suis allée

travailler. Je me suis trouvé

cet emploi à la Banque Provinciale.

J'ai travaillé là pendant un an.

Après ça, je suis revenue.

Il est arrivé un petit incident.

Je gagnais 72$ par semaine,

puis il est arrivé un nouvel employé

qui était un homme, un jeune homme,

qui gagnait 111$ par semaine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis vous faisiez la même chose.


CHRISTIANE GERMAIN

On faisait la même affaire,

à peu près. Lui dirait peut-être

qu'il en faisait plus que moi,

mais moi, je vous dis qu'on

faisait la même affaire. Et puis

je suis allée voir mon gérant de

banque, le directeur de la

succursale puis j'ai dit:

« Pourquoi il gagne plus cher

que moi? » Il m'a expliqué

qu'il avait fait son cégep,

puis c'était un gars.

Alors, évidemment,

je ne pouvais pas me changer

en gars, mais j'ai décidé

de retourner aux études.

Alors je suis venue étudier

à Toronto.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au collège Humber à Toronto.

Pourquoi Humber?

Pourquoi Toronto?


CHRISTIANE GERMAIN

Parce que je voulais trouver

quelque chose... je voulais

apprendre l'anglais. OK.

Puis je savais que j'aimais pas

tellement les études,

mais j'avais vécu dans le milieu

de la restauration beaucoup,

à cause de ma famille, puis c'était

un domaine qui m'intéressait

et Humber, à ce moment-là,

donnait un cours. Alors, j'ai...

j'ai tout mélangé ça puis

j'ai dit: « je vais aller étudier

là. » Puis j'avais le goût

de partir un peu, d'aller vivre

mes propres expériences.

Alors c'est ce qui a fait que

je suis venue étudier à Humber College

pendant deux ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment c'était pour une

francophone d'étudier en anglais,

complètement en anglais?


CHRISTIANE GERMAIN

C'était très bien. Encore là,

j'ai jamais eu vraiment de...

moi, je me sentais bien dans le

milieu. Même je me souviens,

le premier semestre,

les professeurs me permettaient

de faire mes examens à livres

ouverts parce qu'ils savaient

que j'avais beaucoup de

difficulté avec la langue anglaise.

Alors ils m'ont dit:

« Quand c'est le temps d'écrire

les examens, t'as juste à apporter

tes livres ». Et puis...

Non, moi, je garde un excellent

souvenir. Vraiment, ça s'est très,

très bien passé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après ça, c'était le retour

à Québec pour ouvrir l'hôtel.


CHRISTIANE GERMAIN

Ah non, mon doux, non.

Ça, c'était, écoutez,

ce dont je vous parle,

c'était dans le début des années 70,

quand je suis venue à Toronto.

Alors, j'ai fait un peu de chemin

par moi-même, je suis allée

travailler pour une organisation

américaine, j'ai travaillé en

Californie. Et je suis revenue

à Québec, 79 à peu près.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous brassez des affaires un peu

partout au pays, est-ce qu'il y a

une différence entre brasser

des affaires au Québec et brasser

des affaires dans le Canada anglais?


CHRISTIANE GERMAIN

Oui, il y a des différences,

ne serait-ce que par le

Common Law et le Code Napoléon.

Y a des choses qui sont différentes.

Au niveau du droit, y a des choses

qui sont différentes.

Oui, y a des différences. Alors...

je réponds oui à votre question.

Mais si c'est plus... si y a un autre

sens à votre question, non,

pour moi, faire... à part les

particularités qui sont propres

à chaque province, et à part ça,

non. Faire des affaires à Calgary,

Toronto, Québec, y a

des gens qui sont différents,

mais ça, ça fait partie

de se retrouver n'importe où

à travers la planète, tu sais.

Je suis certaine que si je faisais...

à un moment donné, j'ai

travaillé quelques mois en France.

Oui, c'est différent, travailler là-bas.

Mais ça fait partie de ça,

faire des affaires.

Même quand on est dans

la même ville, on fait affaire

avec certaines personnes, avec

d'autres personnes, woup, y

à des choses que tu dois aborder

d'une façon différente

parce que tout le monde

ne se comporte pas

de la même manière.

Et faire des affaires, les relations

avec les gens, quand on fait

des affaires, ça fait partie de ça.

Alors est-ce que c'est différent

parce que c'est le Canada anglais

et c'est le Québec? Non, moi,

je ne vois pas ça comme ça.

Dépendamment, des gens

avec qui on fait affaire,

partout, c'est différent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Lorsque vous vous êtes lancée

en affaires : des femmes en affaires,

à la fin des années 80, y en avait,

mais y en avait peut-être pas

des tonnes. Est-ce que vous diriez

que c'était plus difficile

pour une femme, à ce moment-là,

de percer dans ce monde-là

qui était quand même masculin?


CHRISTIANE GERMAIN

Non, c'est... je vous dirais que...

Mais j'ai toujours fait équipe

avec mon frère, j'ai toujours

fait équipe avec...

c'est une entreprise familiale.

Alors j'ai fait équipe avec mon

frère. J'avais pas à me battre

avec mon frère parce que j'étais

une fille. Je veux dire, on était

vraiment au même niveau.

Alors, je l'ai moins vécu, ça

que d'autres parce que

justement mon partenaire,

c'était mon frère.

Puis mon frère, des fois,

il va faire... il va me dire

des petites blagues

un peu insignifiantes,

mais il a pas... Quand je dis

ça, je dis ça à la blague moi aussi

parce que, dans les faits,

mon frère ne me pense pas

inférieure parce que je suis

une fille puis il se pense pas

supérieur. On est vraiment

d'égal à égal. Moi, j'ai pas vécu ça.

En dehors de ma business,

en dehors de mes affaires,

y a... je suis obligée de dire

que y a des gens qui m'ont ouvert

des portes parce que j'étais

une femme, parce qu'il n'y en avait

pas beaucoup. OK. On voulait

avoir des femmes ici et là.

Moi, dans mon cas, ça m'a parfois

ouvert... y a des portes qui

m'ont été ouvertes. Et puis,

c'est sûr que si tu ne livres pas

la marchandise, bien là,

elle va se refermer puis bye,

merci, bonjour. Mais j'ai accepté

des défis qui m'ont été offerts

parce que j'étais une femme,

c'est sûr et certain,

et puis ça m'a bien servie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous diriez

que les choses ont changé

depuis cette époque-là?


CHRISTIANE GERMAIN

Pas complètement. Y a encore

du travail à faire.

Je... Ça n'a pas changé à un point tel

qu'il n'y a plus de différence

entre les hommes et les femmes.

Même si moi, je ne l'ai pas vécu,

je sais que des gens l'ont vécu

et le vivent encore.

Je sais qu'il y a des femmes

dans certains milieux où c'est

très, très difficile. Parce que

je maintiens que la conciliation

travail-famille, c'est quelque chose

qui appartient beaucoup aux femmes.

Les jeunes pères de famille

sont beaucoup plus...

participent beaucoup plus aux

tâches familiales qu'ils ne le

faisaient, mais reste que la

conciliation travail-famille,

c'est vraiment quelque chose

qui est très féminin. Et ça,

sur le marché du travail, bien,

y a encore des femmes

qui en paient le prix.

Y a encore du travail à faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous, vous faites

un effort pour embaucher des femmes?


CHRISTIANE GERMAIN

J'ai pas besoin de faire un effort,

les meilleures sont des femmes.

C'est pas vrai, mais je...

je fais pas d'efforts pour engager

des femmes, mais je dis souvent que,

à compétences égales, je vais engager

une femme. J'ai vraiment la chance

d'avoir des femmes extraordinaires

qui travaillent pour le Groupe Germain.

Et puis, je vous dirais que,

quand vient le temps des congés

de maternité, quand vient le temps...

même si aujourd'hui,

un congé de maternité, c'est...

je suis... C'est toujours un peu

décevant à un moment donné,

on a une employée qui est très

importante pour le Groupe puis

qui doit quitter pour un congé

de maternité, ça nous demande

toujours de se réajuster puis tout ça,

mais je suis très contente.

Je veux dire, ça me fait plaisir,

oui, ça me fait plaisir de le faire.

Je dis toujours à mes jeunes femmes,

parce que je sais, y en a

quelques-unes, je suis à la veille

de le savoir, elles vont m'arriver.

Je leur dis toujours: « attendez pas. »

Parce qu'il y en a qui ont peur

d'annoncer parce qu'elles

ne veulent pas perdre...

elles ont peur de manquer

une promotion, elles ont peur

qu'à un moment donné...

Moi, je leur dis toujours:

« Attendez pas, dites-le-moi.

Même si vous savez quand ça arrive,

ça nous donne le temps de s'organiser,

de mieux s'organiser.

Quand vous allez revenir, ça va être

encore plus facile pour vous-autres. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'une patronne est

plus exigeante qu'un patron?


CHRISTIANE GERMAIN

Écoutez, je le sais pas.

Je le sais pas. Je vous cache pas

que, des fois, apparemment,

je me fais dire que je suis

exigeante. Moi, je me trouve

pas exigeante, mais semble-t-il

que je suis pas... je suis exigeante.

Est-ce que je le suis plus

parce que je suis une fille?

Non, je penserais pas parce

qu'il y a des hommes qui sont...

Non, j'aurais pas tendance à...

De par le métier que je fais,

de par ma nature, moi, quand...

j'aime ça que les choses soient

faites correctement. Alors... je suis

quelqu'un qui est dans le détail.

J'appartiens à un milieu

où le détail est très important.

L'hôtellerie, c'est une multitude

de détails, à un moment donné,

qui font que ça fonctionne.

Alors donc, je suis une personne

de détails et puis probablement

que j'en laisse pas beaucoup passer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Si vous êtes exigeante, vous

êtes exigeante sur quel genre

de points par exemple?


CHRISTIANE GERMAIN

Je suis très exigeante

sur le service à la clientèle,

sur les notions de service

à la clientèle.

Je suis particulièrement...

oui, je suis très exigeante.

Sur la façon dont les choses

se présentent aussi dans

l'établissement, sur le plan

physique. Dans les chambres,

je vous dirais que sur le plan

opérationnel, je suis très

exigeante, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et au niveau du détail,

au niveau du design,

vous vous inspirez d'où?


CHRISTIANE GERMAIN

C'est un mélange, hein.

Premièrement, je ne prends

jamais beaucoup de photos.

Je ne suis pas une personne qui

prend des photos. Y a beaucoup

de gens qui voyagent, clic,

clic, clic, pour se souvenir de

quelque chose.

Ils prennent des photos.

Moi, j'en prends pas. J'emmagasine.

J'aime ça, je vois des choses,

je regarde, j'aime ça.

Puis là, ça rentre en quelque part.

Alors, quand on travaille

avec les architectes,

quand on est dans la phase

conceptuelle d'un projet

ou même la phase de finition,

tu t'aperçois qu'il y a des

choses qui te reviennent

à un moment donné. Pas exactement

comme tu les as vues, mais ah,

tu dis, tiens, ça, ça a une couleur

ou un accent, ou une forme

de quelque chose.

Ça te revient.

Alors je m'inspire... c'est constant,

l'inspiration. C'est pas

entre 13 h et 14 h, une journée.

C'est comme : tu te nourris

de ce que tu vois un petit peu

partout. Que ce soit en voyage

ou même ici. Quand tu marches

dans la rue, tu peux te nourrir,

tu peux être inspiré par une vitrine

que tu vas voir d'un magasin,

d'une boutique de vêtements,

par les couleurs que tu vas voir.

C'est quelque chose qui me...

oui, je me nourris beaucoup

de tout ce que je vois partout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre fille fait maintenant

partie de l'entreprise familiale.

Quels sont les conseils

que vous lui donnez,

tant sur le plan professionnel

que sur le plan personnel?


CHRISTIANE GERMAIN

Le moins possible.

Je suis pas la meilleure personne

pour lui donner des conseils,

je pense. Moi, j'ai une fille

extraordinaire, on a

une relation fantastique, je

l'aime beaucoup et je pense que

c'est réciproque. Le temps que

j'avais à lui donner vraiment,

à l'éduquer, tout ça, je pense

que je l'ai fait. Aujourd'hui,

ma fille a 30 ans, c'est une...

c'est une mère de famille

exemplaire, vraiment.

Accompagnée, d'ailleurs,

d'un père assez exceptionnel.

Le père de leur enfant et puis...

c'est sûr que Marie-Pier,

les conseils, non, je pense

que je ne suis plus

la bonne personne maintenant

pour lui donner des conseils.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, ses conseils viennent d'où?


CHRISTIANE GERMAIN

Elle a des gens qui l'entourent,

elle a des gens qui lui...

Des fois, ça va peut-être

être mon frère même,

qui va peut-être lui donner,

un conseil, puis ça va peut-être

être... Pour le moment, je pense

que c'est mieux que ça vienne

des autres, surtout sur le plan

professionnel. Il va m'arriver,

des fois, de dire des choses,

des fois, sur le plan personnel,

mais même là, très rarement

parce que, premièrement,

je suis très fière d'elle, ils font...

ce sont d'excellents parents

puis... en tout cas, bref, j'ai

pas grand-chose à dire. Je pense

que ce que j'avais à faire, je

l'ai fait. Et maintenant, je

profite beaucoup de la relation.

Et sur le plan professionnel,

je pense qu'elle est bien entourée.

C'est sûr que, à un moment donné,

on travaille ensemble sur des projets,

puis elle va... elle va dire telle

chose, je vais dire: « je suis

pas certaine, Marie-Pier que

c'est la bonne chose à faire

parce que... »

Mais des conseils personnels,

sur sa vie professionnelle,

pour l'instant, je ne pense pas que

je sois la meilleure personne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et où est-ce que vous voulez

qu'elle amène l'entreprise familiale?


CHRISTIANE GERMAIN

Ça sera à eux autres de décider.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle est pas seule.


CHRISTIANE GERMAIN

Elle est pas seule, elle est en...

son neveu... pas son neveu,

mon neveu, le fils de mon frère

est aussi dans l'entreprise et...

Non, pour l'instant, premièrement,

mon frère et moi sommes encore

très actifs. Eux autres sont

sur le... sont en phase plus que

d'apprentissage parce qu'ils

réalisent de belles choses dans

l'entreprise, puis on verra

ce que l'avenir nous réserve et

leur réserve. Mais je pense

qu'il est beaucoup trop tôt

pour mettre la pression sur ces

gens-là pour le futur

de l'entreprise actuellement.

Je ne dis pas que ça se fera jamais,

mais pour l'instant, c'est trop tôt.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je sais que vous travaillez

beaucoup et que vous travaillez

très fort. J'imagine que vous

avez des temps libres.

Comment vous les meublez,

ces temps libres-là?

- Je voyage, j'aime beaucoup

voyager. J'ai fait un magnifique

voyage, j'arrive de l'Arctique,

ç'a été fantastique.

Je vous dirais que quand je suis là,

quand je suis en voyage,

pour mon plaisir, quand j'étais

en Arctique, par exemple, j'étais

là, je ne pensais pas à autre chose.

J'ai la capacité vraiment de décrocher.

Je... j'ai une bonne capacité

à décrocher, même pour une journée

ou deux jours.

Alors, je me ressource assez

facilement. Et puis, je suis

chanceuse, quand je suis très,

très fatiguée, j'ai besoin de dormir,

je vais dormir 12 heures puis c'est ça.

Je reviens fraîche comme une rose.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tant mieux. Christiane

Germain, merci beaucoup.


CHRISTIANE GERMAIN

Merci, ça me fait plaisir.

Merci à vous.

(Générique de fermeture)

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