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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Denis Gagnon - Fashion Designer

Denis Gagnon is one of the most important Canadian designers of his generation.
In 1993, he struck out across the world and accepted a position as a draping teacher in Casablanca, Morocco. Back in 1995, he returned to create costumes for several theatre companies.
With an avant-garde style rooted in fashion, Gagnon launched his solo career in 2000, and since, his name and style have become renowned and sought after by ‘fashionistas’ the world over.



Réalisateurs: Joanne Belluco, Karen Vanderborght
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE fait la présentation de DENIS GAGNON, designer de mode, sur des images du Vieux-Montréal et de la boutique-atelier du designer.


GISÈLE QUENNEVILLE

(hors-champ)

Le 170 rue St-Paul ouest,

une adresse incontournable

pour les « fashonistas » montréalaises.

C'est ici qu'on retrouve l'atelier

de Denis Gagnon, un des plus importants

designers canadiens de sa génération.

Ses collections sont audacieuses,

ses coupes sont précises, ses lignes sont

pures. Le designer a grandi

au Lac-Saint-Jean,

le cadet de trois enfants.

(DENIS GAGNON est en compagnie de sa mère, face au Lac Saint-Jean.)


DENIS GAGNON

(hors-champ)

Ça fait quand même 27 ans

que je suis parti d'ici.

Ça va faire 28 ans bientôt.


GISÈLE QUENNEVILLE

(hors-champ)

Après des études en mode

au Collège LaSalle de Montréal,

il crée des costumes pour le théâtre.

En 1993, il part pour le Maroc

enseigner le moulage à Casablanca.

Trois ans plus tard,

il rentre au Québec

et le designer Yso l'invite

à travailler à ses côtés.

(Extraits d'archives où on voit des défilés des créations de DENIS GAGNON.)


GISÈLE QUENNEVILLE

(hors-champ)

En 2000, Denis Gagnon lance

sa carrière solo, et le succès

est quasi instantané. Il est

encensé par la critique. Il y a

un engouement pour ses créations.

Et en 2010, pour marquer

ses 10 ans de carrière,

rien de moins qu'un défilé

à grand déploiement

au Musée des Beaux-Arts de Montréal.

(Sur plusieurs images de l'intérieur de l'atelier, DENIS GAGNON parle.)


DENIS GAGNON

(hors-champ)

Je suis quelqu'un

d'extrêmement insécure et qui a

peur de tout. Mais je me mets

en danger.

(GISÈLE QUENNEVILLE en entrevue avec DENIS GAGNON. Tout au long de l'entrevue, on alterne entre la boutique-atelier et des images de la ville, des images de défilés ou des images de DENIS GAGNON à l'action dans les multiples facettes de son métier de designer.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Denis Gagnon, bonjour.


DENIS GAGNON

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Denis Gagnon, si je vous demandais

de vous décrire, vous et votre travail,

comment vous le feriez?


DENIS GAGNON

J'essaie d'y penser depuis

avant qu'on commence l'entrevue,

puis c'est toujours très difficile.

J'arrive pas en fait à me dire:

Qu'est-ce que je suis là-dedans?

Qu'est-ce que je fais?

Et pourquoi je le fais encore?

Je me décrirais comme

une personne très sensible,

pas patiente du tout.

Mais une personne qui est

vraiment passionnée

par son travail. Je pense vraiment

que je suis passionné. D'ailleurs,

je pense que pour faire

de la mode, il faut être passionné,

parce que sinon, on peut

oublier ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a déjà dit de vous que vous

étiez l'enfant terrible de la mode.

Est-ce que c'est une bonne chose,

et qu'est-ce que ça veut dire?


DENIS GAGNON

Je trouve ça horrible,

l'enfant terrible. Je trouve

ça même quétaine, comme en bon

québécois. Je pense que c'était

à l'époque, l'enfant terrible,

c'était Jean-Paul Gaultier, ça.

Ou je pense qu'au départ,

j'étais très influencé par

l'esprit de Jean-Paul Gaultier.

à l'époque, je trouvais ça le

fun, mais maintenant, je pense

que je suis simplement un

enfant qui essaie de se glisser

dans la mode.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes encore un enfant,

vous diriez?


DENIS GAGNON

Toujours. Moi, je dirai pas

mon âge, mais oui, j'ai toujours

18 ans dans ma tête. Je pense

que oui, puis je pense que ça

sera toujours ça. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Si vous avez de la difficulté

a décrire votre travail, est-ce

que ce serait plus facile pour

vous de décrire votre méthode

de travail?


DENIS GAGNON

Oui, en fait, ce serait plus

facile de décrire ma méthode

de travail pour la simple et bonne

raison que nous ici, les designers,

les créateurs, on a

une grande difficulté, c'est

trouver la matière première

pour créer. Du coup...


GISÈLE QUENNEVILLE

Le tissu?


DENIS GAGNON

Le tissu. Y en a pas, y a pas

de fournisseurs. Trouver un

beau coton, un coton d'une

simplicité qui arrive, pas de

stretch dessus, c'est la plus

grande difficulté que tu peux

avoir ici, au Québec.

Du coup, quand j'ai trouvé

une belle matière, c'est la matière

qui va m'indiquer qu'est-ce que

le vêtement va devoir être.

Ça va-tu être une jupe?

Ça va-tu être une robe, ça va-tu

être un pantalon? C'est la

matière qui me dicte qu'est-ce

que va être ma prochaine

collection.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quand vous voyez le tissu,

qu'est-ce qui vous passe

par la tête?


DENIS GAGNON

Souvent, c'est la légèreté.

C'est la souplesse aussi.

C'est comment aussi je pourrais

l'amener aussi, de sorte que

cette matière-là, elle

m'appartienne. Alors qu'est-ce

qu'il faut faire? Il faut la

teindre, il faut la brûler?

Il faut la froisser?

Il faut travailler cette matière-là

pour qu'elle devienne ta

matière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous aimez beaucoup le cuir,

je pense.


DENIS GAGNON

Bien oui, oui, j'aime

beaucoup... j'ai toujours aimé

le cuir.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est un peu votre marque de

commerce jusqu'à un certain

point.


DENIS GAGNON

Parce que c'est ma deuxième peau.

J'aime les matières qui respirent,

les matières aussi qui vivent

avec le temps.

C'est ça, oui. Comme le cuir

surtout, cette patine-là quand

il a été usé. Le cuir d'agneau

ou de la vache, quand il a

vraiment pris cette souplesse

dans les coudes, etc.,

que j'aime, moi. Moi, j'aime ça,

les coudes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous aimez les couleurs?


DENIS GAGNON

J'ai de la difficulté avec les couleurs,

mais j'essaie de m'adapter

avec les couleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça?


DENIS GAGNON

Parce que, en fait, moi,

j'adore les couleurs, je trouve

ça magnifique, mais j'ai

toujours de la difficulté d'où

je les mets, les couleurs.

Elles sont où dans la vie, les

couleurs? Elles vont vivre où?

Souvent j'en ai mis dans des

collections, puis je les vendais pas.

Finalement, les gens,

ils aiment le noir et le blanc,

finalement, je pense.

Alors, ils sont assez conservateurs,

je pense, les gens. On est surpris.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'où vient votre inspiration

pour une collection?

Parce que j'imagine

qu'à chaque saison, faut livrer

quelque chose de nouveau.

Est-ce que c'est difficile, ça,

de toujours se réinventer ou

est-ce qu'on se réinvente, saison

après saison?


DENIS GAGNON

Est-ce qu'on se réinvente...

J'espère que oui, mais c'est

difficile, se réinventer.

Je pense qu'on peut

pas demander à un créateur,

celui qui...

Je sais pas, moi, Riopelle fait

du Riopelle, je pense. Picasso

fait du Picasso. Je pense pas

qu'il aurait pu faire du...

Rembrandt ou des choses comme

ça. Je pense que quand t'as

trouvé une direction,

une ligne directive,

tu dois la garder et tourner

autour de ça.

C'est ça que j'essaie de faire,

mais souvent, j'ai essayé

d'autres directions, puis ça

déstabilise la clientèle, puis

ça me déstabilise, moi-même

aussi. Alors, j'essaie d'avoir

une certaine constance, ce qui

est difficile pour moi. Parce

que moi, j'aime tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça vous arrive

parfois de manquer

d'inspiration ou d'angoisser

par rapport à votre prochaine

collection? Qu'est-ce que

je vais faire?


DENIS GAGNON

Je pense que c'est pas manquer

d'inspiration, c'est surtout

d'angoisser, oui. La peur de la

page blanche. C'est de

commencer, essayer déjà de

prendre une matière puis jouer

avec. Et après, les choses vont

s'enchaîner. Mais à chaque

fois, c'est un combat, c'est

difficile de m'y mettre, parce

que nous, le travail est constant,

hein. Après, quand on

a fini la collection, il faut

la rendre, après ça, faut la produire.

Un coup qu'elle est produite,

après ça, il faut que

les personnes la reçoivent.

Tant que la personne a pas

payé, t'as pas eu ton chèque

dans la banque, t'es pas

satisfait, en fait.

- Alors t'es tout le temps, tout

le temps, tout le temps en train

de travailler. Je trouve

ça plus difficile qu'avant,

en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui?


DENIS GAGNON

Oui, j'ai commencé, j'allais

avoir 40 ans, à faire des collections.

Je trouve ça un peu tard

pour un créateur.

J'aurais aimé ça commencer

dans la vingtaine, comme un vrai

créateur, etc. Je pense que je

serais rendu plus loin,

sûrement. Peut-être que

je me serais drogué puis

que je serais parti sur une grande

affaire. Bien saoul, j'aurais

fait un John Galliano de

moi-même.

(en riant)

Alors c'est toujours très difficile.

J'essaie de me concentrer.

Un coup que je suis dedans,

je fais des pièces,

puis je fais des pièces.

Je fais venir... ma muse,

parce que j'ai une muse aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est qui, votre muse?


[DENIS GAGNON:] C'est Yso.
[GISÈLE QUENNEVILLE:] Ah oui.
[DENIS GAGNON:] En fait,

c'est un garçon

qui est un Asiatique que je

trouve merveilleux. Je trouve

qu'il habite tellement les

vêtements. Il donne une âme.

Puis j'aime beaucoup qu'il les

essaie. Avec lui, on essaie

plein de trucs. C'est un

créateur, lui aussi, alors il

me donne beaucoup de conseils.

Ensemble, je trouve qu'on

réussit à faire un bon « team ».


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est lui qui vous a donné

un peu vos premières armes,

n'est-ce pas, dans le design?


DENIS GAGNON

Oui, effectivement, c'est avec

lui que j'ai commencé il y a

une quinzaine d'années.

En fait, on avait déjà travaillé

ensemble sur d'autres projets

et il avait déjà fait une ligne.

J'avais commencé à l'aider

et du coup, on s'est dit:

pourquoi pas travailler ensemble?

On s'est aperçu très vite

qu'on pouvait pas

travailler ensemble. Ça fait

qu'on a pris chacun nos routes,

mais lui, il a arrêté parce que

justement, il trouvait que

la production, c'était

très difficile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, je pense qu'on

entend la main-d'oeuvre.

On entend derrière de l'autre

côté, c'est votre atelier.

On entend la machine à coudre.

Quand vous parlez du "nous",

vous êtes une grosse équipe?


[DENIS GAGNON:] Non.

GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes pas 50 derrière le mur.


DENIS GAGNON

J'aimerais tellement ça,

qu'on soit une petite équipe,

puis j'aurais un patronniste,

que j'aurais deux couturières,

une échantillonneuse, etc.

Mais c'est pas la réalité

du marché du tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai l'impression que la mode,

c'est un milieu difficile,

une industrie difficile,

dans le sens que vous êtes scruté

sous la loupe pour tout ce que vous

faites. Comment vous vivez

avec cette incertitude ou...

cette nécessité de toujours

présenter quelque chose

de nouveau, quelque chose de frais

et d'être accepté, voire même

encensé par la critique?


DENIS GAGNON

C'est la critique qui peut

nous le dire. Mais est-ce qu'il

y a vraiment une critique ici,

ça reste à voir. Je pense

que souvent, les gens vont relater

ce qu'ils ont vu, mais vont pas

nécessairement avoir

une opinion ferme, à savoir s'ils

ont aimé ou pas aimé.

On est pas en Europe du tout,

ici. Alors les gens sont

beaucoup plus posés dans

la critique de mode. Une fois,

Eva Friede, de La Gazette,

avait fait une remarque un peu...

pas désobligeante, c'est une amie

à moi. Eva, je l'aime beaucoup.

Elle m'avait fait une critique

un peu... pas déconstructive,

mais assez constructive, je

trouvais. Ça m'avait comme...

Hé, Denis, finalement, y a rien

d'acquis, faut toujours que tu...

pousses un peu plus ta création,

que tu ailles encore plus loin,

puis y a rien d'acquis dans la vie.

Parce que je pense qu'on est toujours

en train de se renouveler. Et si

demain, tu es « hot », les gens

vont t'encenser. Ça se peut que

le surlendemain, ça fonctionne

plus du tout. Maintenant, on est

dans l'esprit de boutiques éphémères,

de « pop up shop ».

C'est ça, tout est éphémère

maintenant.

(GISÈLE QUENNEVILLE se retrouve dans un autre segment de la boutique, avec DENIS GAGNON. Alternance extérieur/intérieur.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Ce qu'on voit tout de suite

quand on vous regarde,

ce sont les lunettes, bien sûr.

C'est quoi, la petite histoire des

lunettes?


[DENIS GAGNON:] Écoutez, je vais vous répondre

pour la centième fois, c'est un genre.

Parce que c'est sûr que

c'est pas la première fois

qu'on me le demande.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça sort de l'ordinaire.

On peut le dire?


DENIS GAGNON

En fait, on dit que c'est ma

marque de commerce, puis je

pense que c'est vrai aussi.

L'histoire, c'est que ça

appartenait à Renata Morales,

qui est une designer qui avait

pignon sur rue sur la rue

St-Paul, ici. Elle m'invite à

un événement de Pierre Lapointe

qu'elle avait habillé. J'arrive

là, puis elle avait ces lunettes-là,

puis je trouvais

qu'elles lui tombaient

sur le nez comme ça.

J'ai dit: Renata, tes lunettes,

elles te tombent sur le nez,

fais-moi donc essayer ça.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Vous avez--

DENIS GAGNON

Je les ai adoptées. Je les ai mises

sur moi, je ne pouvais plus

les enlever. Elle a dit:

« Non, Denis, tu dois me les

redonner. Viens les chercher

demain matin à 8 h. »

Alors à 8 h, je cognais

à sa porte.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Il paraît que ce sont des

lunettes porte-bonheur, parce

que depuis que vous les avez,

vous avez connu beaucoup

de succès.


DENIS GAGNON

C'est ce qu'on dit, puis je

pense que c'est vrai aussi.

Je pense que tout designer qui

veut se faire voir de l'avant,

il faut qu'il ait quelque chose

qui se démarque.

Comme Karl Lagerfeld avec son col,

comme Sonia Rykiel avec

ses cheveux orange.

Eh bien, moi, c'est mes lunettes

puis ma couette, mes cheveux longs.

Il faut la totale.

(Document d'archives vidéo : DENIS GAGNON se présente.)


DENIS GAGNON

Mon nom, c'est Denis Gagnon.

Je suis designer de mode,

prêt-à-porter haut de gamme,

moyenne gamme, et j'ai fait

une formation au Collège d'Alma

en arts plastiques que j'ai

terminée en 1982.

(De retour à l'entrevue dans la boutique-atelier.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Denis Gagnon, vous avez grandi

à Alma, au Lac-Saint-Jean.

J'imagine que dans les années

70, c'était pas La Mecque

de la mode, hein?


DENIS GAGNON

Euh... non. Non. En fait, ma mère...

elle aimait beaucoup la mode.

D'ailleurs, j'ai vu des photos

d'elle quand elle était jeune

puis je trouvais qu'elle

avait les plus belles jambes.

Elle était toute svelte, tout

ça. Elle mesure presque six pieds,

ma mère. C'est une grande femme,

oui, qui est encore en vie d'ailleurs.

Alors non, c'était pas La Mecque

de la mode, mais moi,

j'ai toujours aimé la mode,

je pense. Je pense que c'est inné

dans soi. Je pense

qu'un créateur de mode, c'est comme

un mannequin. Un mannequin,

ça s'apprend pas. On va pas

dans une école pour être mannequin.

Tu l'es, mannequin,

t'as la silhouette, t'as la démarche,

t'as la personnalité, t'as tout.

Je pense qu'un créateur de mode,

c'est inné dans soi aussi.

C'est quelque chose qui

lui appartient, qui est vraiment

à l'intérieur de soi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça s'est manifesté

un moment donné dans votre jeunesse?


DENIS GAGNON

J'habillais mes poupées.

Mes poupées Barbie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous aviez des poupées Barbie?


[DENIS GAGNON:] Celles de ma soeur.

GISÈLE QUENNEVILLE

Ah bon. Est-ce qu'elle était

d'accord?


[DENIS GAGNON:] Pas du tout.

(en riant)

Elle était vraiment pas

d'accord. D'ailleurs elle m'avait...

Un moment donné,

j'habillais mes poupées Barbie,

les Barbie à ma soeur, ma soeur

jouait pas vraiment avec ses Barbie,

puis moi, c'est moi qui les prenais,

puis j'adorais ça.

Un moment donné,

c'était un GI Joe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il est plate à habiller.


DENIS GAGNON

C'est parce qu'à cette époque-là,

c'était pas développé mon côté

penchant pour les hommes.

Non, non. Aussi à cette

époque-là aussi, mes parents,

ma mère, s'apercevait

des choses que j'étais aussi,

ma personnalité. Je pense aussi

qu'ils comprenaient pas trop

non plus, mais je viens quand

même d'un pays très, très

démocratique, où il y avait

quand même une grande liberté

de vivre. J'ai pu faire ce que

je voulais dans la vie, et ça,

c'est un grand avantage.


GISÈLE QUENNEVILLE

Où est-ce que vous avez appris

à coudre?

Est-ce que votre mère était...?


DENIS GAGNON

Ma mère faisait de la couture,

oui. Elle faisait de la couture,

mais j'ai pas appris avec elle

vraiment nécessairement.

Ma mère a toujours fait de la couture,

elle en fait encore, je pense,

à l'occasion quand elle peut.

Parce qu'elle a 88 ans;

elle va avoir 89. Mais je pense

que la dextérité est pas aussi

facile, mais elle a toujours

fait de la couture à la maison.

Alors moi, je prenais sa machine

domestique et je me faisais

des kits de soir, qu'on me disait.

Pour sortir. Ouais, j'ai

toujours fait ça. J'ai commencé

là, mais en fait, après ça, je

suis venu vivre à Montréal pour

vivre ma vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez décidé de faire vos

études au Collège LaSalle, ici,

à Montréal. Vous êtes arrivé

ici à 19 ans. Qu'est-ce que

vous avez découvert?


DENIS GAGNON

La liberté. La grande liberté.

Ma mère était venue me

reconduire avec mon frère et

ils m'avaient laissé au coin

Ste-Catherine et St-Laurent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah!


DENIS GAGNON

My God, la liberté. C'était

vraiment la liberté. Je voyais

des gens, etc.

Je voyais la liberté. Et tout de suite,

cette ville qui est Montréal,

je me la suis appropriée tout de

suite et ça a été ma ville.


GISÈLE QUENNEVILLE

On dit que de porter du Denis

Gagnon, c'est de porter Montréal.

Qu'est-ce que vous en pensez?


DENIS GAGNON

C'est un beau compliment.

En fait, c'est la première fois

que j'entends cette chose. Je

trouve ça très bien, en fait.

Moi, je peux pas dire ça. Moi,

c'est difficile de me détacher

de moi-même pour parler de ce

que je fais. Si les gens

trouvent que c'est s'approprier

Montréal, tant mieux, c'est un

beau compliment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez quitté le Québec

début des années 90, je pense,

pour aller travailler...


DENIS GAGNON

Oui, trois ans au Maroc, 93,

94, 95, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour enseigner un cours

de moulage, hein, je pense.


DENIS GAGNON

Là-bas, y a deux formations.

Y a la formation styliste et la

formation modéliste. Et moi,

j'enseignais la formation

modéliste, qui était patron,

moulage, confection.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine que Casablanca,

ça a rien à voir avec Montréal.

Qu'est-ce que vous avez

découvert là-bas?


DENIS GAGNON

Ah, my God! Casablanca, ça a

vraiment rien à voir.

Mais vraiment. C'est un choc

culturel, parce que : y aller...

Marrakech, Agadir

c'est vraiment des villes

extraordinaires en tant que

touriste, mais y vivre, c'est

d'autre chose. C'est difficile,

mais ça a été une belle formation

pour moi. Je pense

que toute personne qui doit

aller vivre à l'extérieur

devrait partir quelques années

pour apprendre à se connaître.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes revenu au Québec,

et là, vous avez travaillé

pour Yso.


DENIS GAGNON

En fait, à cette époque-là, je

suis revenu... Non, y a une

période où j'ai continué

à travailler pour le cinéma, j'ai

travaillé pour des créateurs,

j'ai travaillé avec

François Barbeau,

au niveau du théâtre et

du cinéma.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, ça doit être intéressant.


[DENIS GAGNON:] François Barbeau, oui.

En fait, moi, je travaillais

plus avec son coupeur.

Moi, je faisais de la réalisation,

de la confection à l'époque.

Je faisais pas de création.

Et puis, c'est un peu pour ça

aussi que j'ai décidé de faire

de la création, parce que j'en

avais marre de demander:

La couture, la veux-tu droite?

La veux-tu croche?

Quelle couleur que tu la veux,

ta couture? Du coup, je me suis

un peu tanné de ça. J'ai décidé

de faire mes propres

collections, quand j'ai connu Yso.

Je me suis dit: « Lui, il

fait ça. Moi, je devrais être

capable de le faire. »

En même temps, toute cette

insécurité-là... parce que je

suis très insécure, je suis

une personne hyper insécure.

Mais ça fait partie

de ma personnalité, ça fait partie

de moi, puis moi, j'essaie de

jongler avec ça à tous les

jours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un moment donné, vous avez

décidé de partir en carrière

solo. Vous parlez de votre

insécurité. Qu'est-ce que ça a été

comme étape à franchir

pour vous, ça?


DENIS GAGNON

C'est une aventure. Au début,

t'as juste hâte de te faire

connaître, de te faire voir.

Tu veux ton 10 minutes de gloire.

Tu veux faire des défilés puis

que tout le monde vienne.

Le monde parle de toi.

Qu'on écrive quelque chose.

Ou tu veux voir tes vêtements

dans les magasins.

Mais après, la réalité est toute

autre. Mais...

Après, eh bien, on s'adapte. On

s'aperçoit que c'est vraiment

beaucoup plus de boulot qu'on

ne le pense. Mais un coup que

t'es dans la roue... On peut

la laisser, la roue. On peut dire:

« Écoutez, moi, je vais aller

faire autre chose ».

Mais c'est la seule chose que

je sais faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez pignon sur rue,

vous avez votre boutique aussi.

Vous avez, j'ose croire, plus

que votre 10 minutes de gloire,

parce que depuis plus de 10 ans

maintenant, vous êtes un peu la

coqueluche de la mode.

Pas seulement au Québec, mais au

Canada. On dit de vous que vous

êtes un des plus importants

designers de votre génération.

Comment c'est arrivé, ça?


DENIS GAGNON

Je le crois pas, ça.

Je pense pas que c'est vrai.

Moi, personnellement, je le

crois pas. Je pense pas, puis

je voudrais pas croire ça non

plus, parce que... Moi, en

fait, si je peux faire ce métier-là

jusqu'à la fin, parce que moi,

je pense que je vais travailler

jusqu'à la fin de mes jours.

La retraite pour moi...

De toute façon, j'en ai pas.

Je viens de recevoir un

papier comme quoi j'allais

recevoir 125$ par mois,

quand j'allais avoir 60 ans.

Avec ça, je vais payer

mon loyer, c'est sûr. Alors si je

suis la coqueluche, etc.,

si les gens le pensent, tant

mieux. Moi, je vais leur

laisser le crédit, mais moi, je

pense toujours qu'il y a rien

d'acquis encore. C'est ce que

je vous ai dit. Il faut toujours

se battre, il faut travailler

fort, puis faut aimer ce

métier-là, faut le faire. Et

j'espère le faire toute ma vie.

Si je réussis à le faire toute

ma vie, je vais avoir gagné

mon pari.

(L'entrevue se poursuit dans la partie atelier.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Denis Gagnon, on est dans

votre atelier. Qu'est-ce qui se

passe ici?


DENIS GAGNON

Plein de choses.

On est dans l'arrière-boutique.

En fait, il se passe beaucoup.

Toute la création et beaucoup

de production. C'est ça qui

se passe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous êtes combien

à travailler ici?


DENIS GAGNON

Une petite équipe.

On est vraiment une petite équipe.

Moi, je suis le coupeur, coupeur

senior, coupeur junior.

Et je suis en même temps aussi

le patronniste.

Puis j'ai une couturière.

On est vraiment deux,

deux personnes pour le moment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes aussi connu pour les

fermetures Éclair.

Vous travaillez beaucoup avec

les fermetures Éclair, pourquoi?


DENIS GAGNON

La fermeture Éclair, ça me

branche. J'en ai fait des sacs,

j'en ai fait des robes.

D'ailleurs le Musée des

Beaux-Arts a acheté une robe de

moi.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Ah...

DENIS GAGNON

Oui, j'étais très fier.

Y a une partie de moi qui est

restée. En fait, c'est une robe

qui est tout en zip, qui est

magnifique d'ailleurs. C'était

vraiment la pièce de cette

collection-là dans l'expo.

Alors je suis très fier.

C'est une robe en zip.

C'est sûr que le zip,

c'est une expérience.

C'est comme il y a eu les

franges. Il y a les franges

en chaîne. Il y a eu le cuir.

En fait, je pense que je trouve

un médium, une matière comme

ça qui me branche,

qui m'allume, qui fait que

je me mets à capoter puis

à faire plein de trucs avec.

Mais un moment donné,

je me tanne, puis je me lasse.

Je vais dans autre chose.

J'aime le danger.

(Archive vidéo d'un événement mode signé DENIS GAGNON.)


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Alors qui vient ici?

Qui achète vos vêtements?

Qui s'habille en Denis Gagnon?


DENIS GAGNON

En fait, c'est très varié.

On la connaît pas, la clientèle.

On fait des choses, parce qu'on

pense à certaines femmes aussi.

Y a quand même des clientes

qui sont très fidèles.

Même si des fois,

elles ont un peu d'infidélité.

Mais au départ, j'ai arrêté de

me creuser la tête, de me dire:

Ça a pas de bon sens.

Je pense qu'un moment donné, je

fais ce que j'aime puis je me

dis: Je veux voir la réaction

du public. Quand on fait une

collection, on présente une

image bien sûr. On fait un

catalogue. On fait aussi des

fois un défilé pour la

présenter. On fait aussi, ça

peut être un petit film

maintenant aussi. Les petits

films, les petits courts

métrages pour présenter une

collection, c'est très à la

mode aussi. Ou on peut faire

aussi une petite campagne pour

promouvoir un peu notre

collection, puis essayer de

voir que les gens comprennent

l'esprit. Après ça, les gens

viennent essayer. Puis si ça

leur plaît, ils le prennent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez de défilé.

Qu'est-ce que ça vous

apporte de faire un défilé?


DENIS GAGNON

Faire un défilé ici à Montréal,

moi, c'était pour la reconnaissance.

Je l'ai fait aussi parce que

j'aimais faire des défilés. J'aime...

C'est la partie la plus créative

d'un créateur. Je pense que faire un

défilé, c'est d'habiller 30

poupées en même temps.

De la tête aux pieds, puis leurs

cheveux... C'est de les

coiffer, puis de les maquiller.

C'est vraiment amusant.

Jusqu'à la dernière minute,

t'es anxieux. Puis tu vois la

réaction, etc. C'est beaucoup

d'organisation,

mais c'est captivant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous vendez en ligne

maintenant. Est-ce que ça, ça

change quelque chose

pour vous?


DENIS GAGNON

Moi, ma boutique en ligne,

je vends, mais c'est très difficile,

parce que c'est la même chose

encore aussi.

Avoir une boutique en ligne,

il faut la promouvoir aussi.

Faut payer de la pub.

à New York ou je sais pas, moi,

en Roumanie, qui connaît

Denis Gagnon?

Mais c'est sûr que si j'ai

une pub qui va passer

dans Facebook ou dans Twitter,

etc., régulièrement, mais là,

y a des gens qui risquent

peut-être d'aller voir mon site.

Mais moi, j'ai pas les moyens de ça.

Tout est encore une question

d'argent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les médias sociaux,

donc c'est important?


DENIS GAGNON

Oui. On s'en sert beaucoup,

des médias sociaux, pour

promouvoir ne serait-ce qu'une

mini collection, ne serait-ce

que pour promouvoir des

accessoires qu'on vient de faire.

Oui, on s'en sert beaucoup,

c'est important d'y être.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous arrivez

à pénétrer dans les grands

magasins au Canada?


DENIS GAGNON

En fait, j'ai été longtemps

chez Holt Renfrew.

On est plus là depuis,

je pense trois ans, environ.

Mais ça a été une

belle expérience.

J'ai vendu pendant six ans,

chez Holt Renfrew.

J'étais très fier de dire

que j'étais là.

Et ça aidait aussi à ma marque.

Quand tu vends chez Holt Renfrew,

t'es pas n'importe où non plus.

Maintenant, on a trouvé

un autre marché.

On vend chez Simons. Et aussi,

on vend chez Ssence aussi,

un site de vente en ligne aussi,

qui est un beau site.


GISÈLE QUENNEVILLE

Y a des grands magasins

américains qui vont faire leur

entrée bientôt sur le marché

canadien. On pense à Nordstrom,

on pense à Saks. Est-ce que ça,

ça va avoir des bienfaits

pour le monde de la mode,

soit vous ou d'autres designers

canadiens?


DENIS GAGNON

Moi, je pense que ça peut être

très positif, oui. Ça peut être

très positif, parce que ces

gens-là aussi vont peut-être

vouloir aussi se démarquer.

Pourquoi qu'ils prendraient pas

des designers québécois?

D'aller dans une autre niche,

dans un autre... de promouvoir

le local. C'est important.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez du fait qu'on est

local ici. Est-ce que vous,

vous avez de la difficulté

à trouver de la main-d'oeuvre

qualifiée?


DENIS GAGNON

Complètement. Ici,

c'est extrêmement difficile

de trouver de la main-d'oeuvre

qualifiée, parce que les gens

ne veulent plus faire ce

métier-là ici. Je pense qu'on

trouve ça dégradant.

Les Italiennes qui sont arrivées,

il y a 40 ans ici, elles sont

à la retraite maintenant.

Y en a plus vraiment.

C'est très, très difficile de trouver

des gens qui sont vraiment

expérimentés, qui ont vraiment

le goût de faire ce métier.

Moi, je mets la main à la pâte,

je suis souvent sur ma machine

à coudre.

Quand je fais mes collections,

la plupart, j'en coupe quasiment

le trois quarts. Aussi dans la

confection, y a de la création.

(L'entrevue se poursuit de nouveau dans la partie boutique.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait déjà 14 ans que vous

êtes établi en tant que designer.

C'est court dans une vie

de designer, mais déjà

vous avez réussi à faire plein

de choses, beaucoup de réussites,

beaucoup de reconnaissance aussi.

Qu'est-ce que vous souhaitez faire

maintenant?


DENIS GAGNON

Encore... Je reviens encore à

ce que je disais. En fait,

ce que je voudrais faire

maintenant, je veux faire ce

que je fais maintenant.

Ce que je veux faire maintenant,

ce que je veux faire encore

dans 20 ans, toute ma vie.

C'est un métier qui...

pour moi qui est...

En fait, c'est la seule chose

que je sais faire et c'est

la seule chose que je peux

bien faire, je crois.

Et c'est la seule chose aussi

que j'ai pu dire aux gens:

Voilà, je sais bien faire ça.

Parce que quand j'étais jeune,

en fait, moi, je me trouvais nul.

Je me trouvais vraiment pas

intéressant. Je pensais que

j'allais pas m'en sortir, en fait.

L'itinérance, des fois c'est proche.

On se dit... Je me suis dit:

« Je vais utiliser

ce talent-là et je vais faire

quelque chose de ma vie. 

Puis je vais montrer aux gens

que je suis capable de le

faire. »

Je pense que tout créateur

qui est au Québec,

qui pense qu'il a un talent,

il doit penser qu'il faut

absolument qu'il développe

son talent dans l'univers,

parce que le marché est

trop petit ici.

Il faut s'agrandir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez, pour vos dix ans

de carrière, eu une occasion incroyable,

c'est-à-dire d'exposer

au Musée des Beaux-Arts.

Une consécration pour vous, ça?


DENIS GAGNON

Écoutez, comme je disais, dix

ans, c'est court, dix ans.

Ça a pas plu à tout le monde.

C'est sûr que ça a été très

contesté, parce que dix ans...

pourquoi pas Michel Robichaud?

Pourquoi pas Jean-Claude Poitras?

Pourquoi pas eux, pourquoi moi?

Bien, pourquoi pas moi?

Alors, je me suis dit:

« Voilà, je le prends, j'ai une

chance d'être au musée. »

Et j'ai été tellement fier.

C'est la plus belle chose

qu'on m'a offerte, je pense,

sur la Terre, je dirais.

À ce point-là, parce que être

au musée, c'est quand même

quelque chose.

Moi, j'ai pas fait de hautes études,

je viens pas d'un milieu, etc.

Mais être au Musée des Beaux-Arts,

pour moi, ça a été vraiment le plus

beau cadeau que j'ai eu.

Et j'étais très content d'être

entre Yves Saint-Laurent

et Jean-Paul Gaultier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors qu'est-ce qu'on fait

pour 20 ans de carrière

à ce moment-là?


DENIS GAGNON

Euh... C'est une bonne

question. On retourne au Musée

des Beaux-Arts!


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà. On vous le souhaite.


DENIS GAGNON

Pour 20 ans, on le fait d'une

autre façon. On prend une plus

grande salle. On prend le musée

au complet.


GISÈLE QUENNEVILLE

Merci beaucoup, Denis Gagnon.


DENIS GAGNON

Merci à vous.

(Générique de fermeture)

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