Universe image Carte de visite Universe image Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

Share

A plugin is needed to display this content

https://get.adobe.com/flashplayer/

Emilie Heymans : Olympic medalist

This Canadian diver has four Olympic medals to her name, earned at four different Olympic Games; she is the only diver in the world to have achieved such a palmares.
Young Émilie Heymans came to diving somewhat by accident, when her gymnastics coach told her she was too tall to be a gymnast, and her mother suggested she try diving instead. After the London 2012 Olympic Games, Heymans decided to hang up her suit for good and instead make them for others!



Réalisateurs: Alexandra Levert, Karen Vanderborght
Production year: 2014

Accessibility
Change the behavior of the player

VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE présente sa prochaine entrevue avec ÉMILIE HEYMANS, Une courte biographie est illustrée par des photos et des vidéos d'archives.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aujourd'hui, je me rends

à Brossard, en banlieue de

Montréal, pour rencontrer la

médaillée olympique Émilie

Heymans. Émilie est la seule

plongeuse dans le monde à avoir

gagné quatre médailles en

quatre Jeux olympiques. Bronze

à Sydney et à Londres, argent

à Athènes et à Pékin. La jeune

Émilie est tombée dans la

piscine un peu par hasard.

Quand ses entraîneurs de

gymnastique lui annoncent

qu'elle est trop grande pour

continuer dans ce sport,

sa mère lui propose le plongeon.

Émilie n'est pas très emballée

à l'idée, mais elle essaie quand même.

Et dès sa première session,

elle est accro. C'est le début

d'une carrière qui durera

plus de 20 ans. En 2012,

après les Jeux de Londres, 1

Émilie décide d'accrocher

son maillot. Elle veut en faire,

plutôt que d'en porter.

Elle lance donc sa propre

entreprise. Une aventure

qui prend presque autant de temps

que sa nouvelle vie comme maman.

(L'entrevue se déroule à la maison de ÉMILIE HEYMANS, soit à l'intérieur ou à l'extérieur et dans l'atelier de couture. Quelques archives illustrent le propos.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Émilie Heymans, bonjour.


[ÉMILIE HEYMANS:] Bonjour.

GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai entendu dire en quelque

part que vous n'aimiez pas ça

faire des entrevues.

C'est vrai, ça?


ÉMILIE HEYMANS

Oui. En fait, c'est surtout

quand j'étais très jeune,

quand j'ai commencé.

Dès qu'il y avait une caméra

qui arrivait sur le bord

de la piscine, moi, je courais

en sens inverse. [en riant]

Puis petit à petit, c'est sûr

que les journalistes sont

toujours là, alors j'ai appris

à faire avec et puis maintenant,

dans le fond, ça me dérange pas.

J'ai même des fois peut-être un

petit plaisir à le faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous allez rester là,

vous allez pas courir?


ÉMILIE HEYMANS

Non, je vais pas m'enfuir.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord. Ça fait deux ans

maintenant que vous avez pris

votre retraite de la compétition

internationale. Est-ce que ça

vous manque?


ÉMILIE HEYMANS

Non, pas vraiment. En fait,

quand j'ai pris la décision

d'arrêter, je me suis vraiment

posé la question parce que moi,

je suis pas le genre de personne

qui va arrêter, recommencer,

arrêter, recommencer. T'en as

quelques-uns qui font ça, qui

arrêtent, ils reviennent, ils

arrêtent, ils reviennent. Mais

moi, ma décision quand

j'arrêtais, j'arrêtais puis

c'est sûr que je revenais pas.

Et puis, j'ai vraiment réalisé

que j'avais fait tout ce que je

voulais faire, que je pense que

j'ai atteint mon plein potentiel.

Je suis pas sûre que

si j'avais continué, j'aurais

continué à m'améliorer.

J'aurais peut-être même

commencé à régresser. Bon,

avec... On devient plus vieux,

c'est plus difficile de récupérer.

Tout devient un peu plus difficile

quand tu vieillis. Alors c'est

pour ça que j'ai décidé

de prendre ma retraite.

Et puis... non, je suis très contente

avec ça. Mais c'est sûr que des fois...


GISÈLE QUENNEVILLE

Un peu de nostalgie, des fois?


ÉMILIE HEYMANS

Oui, puis des fois...

Ce qui me manque surtout,

c'est de faire des acrobaties.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Ah.

ÉMILIE HEYMANS

D'arriver puis de bouger

puis d'aller sauter, de faire

des pirouettes. C'est plus ça

qui me manque. Mais m'entraîner

tous les jours, être très disciplinée,

partir en compétition, être stressée;

parce que c'est quand même

quelque chose qui est très très

stressant. Quand je faisais du

dix mètres, à chaque jour, je me

couchais et puis j'étais stressée

pour me lever le lendemain matin,

pour aller à l'entraînement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui?


ÉMILIE HEYMANS

Je me levais puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais qu'est-ce qui vous stressait?


ÉMILIE HEYMANS

C'était de plonger du dix mètres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors pourquoi le faire?


ÉMILIE HEYMANS

Bien... je sais pas!

(En riant)

Je sais pas pourquoi qu'on

se met vraiment dans des

situations comme ça. Mais

j'aimais quand même ça le

faire, mais... tu sais, c'est

très stressant parce qu'il y a

quand même un gros risque.

Et puis moi... En fait, moi, je

suis une personne qui est très

gaffeuse. Et puis j'étais plus

stressée parce que j'avais peur

de faire des gaffes et puis

de... dans le fond, clairement

me péter la gueule dans mes

plongeons, des fois. Mais un

accident qui sort de nulle

part. C'est que s'il y a un

accident qui arrive, tu peux

te faire très très mal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vous êtes arrivée

à faire du plongeon?


ÉMILIE HEYMANS

Moi, je faisais de la gymnastique.

J'ai commencé la gymnastique

à quatre ans à peu près.

Et puis... j'aimais vraiment

beaucoup la gymnastique.

Je voulais aller aux Jeux olympiques.

Pourquoi l'idée est arrivée?

Je le sais pas. Peut-être que...

Tu sais, toutes les petites filles,

on rêvait... c'était dans le temps

un peu de Nadia Comaneci.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais il faut dire que vous

avez deux parents qui ont fait

du sport de haut niveau.


ÉMILIE HEYMANS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre mère a été aux

Jeux olympiques, en escrime.

Est-ce qu'il y avait de la...

je sais pas s'il y avait de la

pression. Mais est-ce que c'est

quelque chose qui était discuté

chez vous?


ÉMILIE HEYMANS

Non, et puis c'est pour ça...

Oui, je le savais que ma mère

avait été aux Jeux olympiques.

Je savais que mon père était un...

mon père jouait au soccer.

Mais ma mère est un peu comme

moi. Tu rentres chez moi, y a

pas de médailles, y a pas de

trophées. Tu sais, on peut

pas... si tu me connais pas, on

peut pas savoir que j'ai fait du

plongeon puis que j'ai gagné

quatre médailles olympiques.

Ma mère est pareille. Y avait

pas de trophée, y avait pas...

rien vraiment qui montrait,

peut-être à part une photo avec

son père qu'elle a son costume

d'escrime. Mais à part ça, on

n'en parlait pas beaucoup,

alors c'est pour ça que je sais

pas trop pourquoi j'ai toujours

rêvé à aller aux Jeux olympiques.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, la gymnastique,

ça a pas marché?


ÉMILIE HEYMANS

Non. En fait, moi, j'étais

vraiment très grande pour la

gymnastique et puis...

les entraîneurs de gymnastique,

plus ça allait, plus je

vieillissais, moins ils me

donnaient de l'attention parce

que dans leur tête, j'avais pas

de potentiel. Et puis jamais

je serais capable de faire

quelque chose de bien en

gymnastique. Donc ils se

concentraient vraiment sur les

filles qui avaient beaucoup de

potentiel. Alors mes parents

n'ont pas trouvé ça très

intéressant, parce qu'ils

savaient que moi, je voulais

m'améliorer. Et puis que ce

serait pas possible pour moi de

m'améliorer dans la gymnastique

parce que j'avais pas l'attention

et le soutien des entraîneurs.

Donc les entraîneurs leur ont

suggéré que peut-être le

plongeon serait un meilleur

sport pour moi. Et puis moi, au

début, je voulais pas plonger.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Ça va mal.
[ÉMILIE HEYMANS:] Oui! Parce que j'aime vraiment

pas ça me baigner.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Ah!

ÉMILIE HEYMANS

J'aime pas bien bien ça me

baigner. J'aime pas ça être mouillée.

Alors ça me tentait pas de plonger,

mais ma mère m'a comme

un peu tordu le bras.

Puis j'ai dit: « OK, c'est correct,

je vais essayer. »

Puis finalement, j'ai aimé ça,

alors finalement, j'ai continué.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors les entraînements à 5 h

du matin, des matins d'hiver,

de janvier, février; est-ce que

vous vous êtes habituée

à vous lancer dans l'eau?


ÉMILIE HEYMANS

Bien, en fait, oui. Mais ç'a

tout le temps été la partie

la plus difficile. Le premier saut

dans l'eau, ça prenait quand même

un peu de temps, tu sais?

Mais nous, on n'avait pas vraiment

d'entraînements très tôt.

C'est pas comme la natation.

La natation, souvent, ils vont

s'entraîner vraiment avant

l'école. Moi, pendant tout mon

secondaire, j'allais à l'école

de 8 h à midi.

Et puis je m'entraînais

de 1 h à 4 h. On avait une heure

de pause et puis de 5 h à 8 h.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez connu

du succès tout de suite?


ÉMILIE HEYMANS

Hum... Oui, quand même.

J'ai commencé... je me

suis améliorée très très vite.

Ma première année, mes premiers

Championnats canadiens juniors,

je suis arrivée deuxième, alors...

Mais en même temps,

toute la base de gymnastique,

oui, c'est juste un an

d'entraînement de plongeon,

mais tout l'entraînement de

gymnastique que j'avais là,

c'est un peu comme si j'avais

commencé à plonger presque à

quatre ans. Même si c'était ma

première année en plongeon,

j'ai eu quand même une grosse

aide venant de la gymnastique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et à quel moment est-ce que

vous vous êtes dit: « Moi, je

vais aller aux Jeux olympiques

en plongeon? »

C'était pas possible en gymnastique,

est-ce que c'est devenu plus possible

en plongeon?


ÉMILIE HEYMANS

Oui, je pense que oui.

Surtout parce que je sentais

que j'avais du potentiel venu

de mon entraîneur. Tu sais,

j'ai commencé le plongeon,

j'étais dans un petit groupe

vraiment récréatif. Après trois

semaines, l'entraîneur en chef

du club de plongeon Camo,

Michel Larouche, m'a pris dans

son groupe. Donc c'était

vraiment l'entraîneur que tous

les athlètes, tous les plongeurs

veulent un jour s'entraîner

avec lui. Mais moi, après trois

semaines... Tu sais... En tant

que jeune, même si j'avais

seulement 11 ans, tu dis:

« Ah bien, peut-être que j'ai un

potentiel, finalement. Peut-être

que je serais capable d'aller

aux Jeux olympiques en

plongeon. » Alors... je pense que

ça a fait vraiment une grosse

différence. Juste le fait que...

d'avoir des personnes autour de

toi qui croient en toi, c'est déjà,

c'est déjà une bonne aide.


GISÈLE QUENNEVILLE

Émilie,quand une athlète prend

sa retraite, on lui demande

toujours: quels sont vos

projets? Le projet, je pense

qu'on l'a ici, devant nous!


ÉMILIE HEYMANS

Oui. Bien, c'est mon deuxième projet.

La petite Fiona. J'ai accouché

à peu près un an après avoir

pris ma retraite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis, comment ça se passe

avec elle?


ÉMILIE HEYMANS

Ça va super bien. C'est

un bon bébé, alors... puis j'ai

beaucoup d'aide. Je suis chanceuse

parce que j'ai eu beaucoup d'aide

pendant ma carrière, mais j'ai encore

beaucoup d'aide aussi après,

dans tous mes projets.

Alors c'est le « fun » de voir les

personnes alentour de moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Évidemment, il y a une piscine;

est-ce que ça va être

une nageuse, une plongeuse?


[ÉMILIE HEYMANS:] Ah! Bien, peut-être!

Elle est pas délicate, on peut le voir.

Il y a des chances qu'elle soit

assez grande, alors... Je sais

pas si elle va être une

plongeuse, mais c'est certain

que je vais la mettre dans la

piscine puis je vais lui

apprendre à nager puis à plonger

quand même. Oui, hein?

T'aimerais ça?


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'elle aime l'eau?

Est-ce que tu aimes l'eau?


ÉMILIE HEYMANS

Hum... Quand même.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


ÉMILIE HEYMANS

On la met dans la piscine.

L'eau est pas chauffée, elle est

quand même froide parce qu'on

n'a pas encore eu un super bel

été, puis elle dit rien.

Alors elle aime quand

même ça, jouer dans l'eau.


GISÈLE QUENNEVILLE

Émilie, vos premiers Jeux

olympiques, Sydney, 2000,

vous avez 19 ans, vous allez plonger

en synchro d'une tour de

dix mètres avec votre partenaire,

Anne Montminy. Vous avez

remporté la médaille d'argent

à ces premiers Jeux olympiques.

Qu'est-ce qu'on ressent

à ce moment-là?


ÉMILIE HEYMANS

Pendant la compétition, tu

peux pas penser au résultat.

Tu peux pas penser à la

médaille. Souvent, tu le sais

qu'il y a une possibilité...

de performer, mais en même

temps, tu dois vraiment être

capable de te concentrer sur un

plongeon à la fois. Parce que

si tu penses à la fin, c'est

sûr que tu vas manquer un

plongeon après l'autre.

Mais une fois qu'on connaît le

résultat, c'est juste vraiment

un sentiment de fierté,

un sentiment d'accomplissement

parce qu'on met tellement

d'énergie, on travaille

tellement fort pendant

plusieurs années... puis on le

sait jamais si, finalement, la

journée de la compétition, on va

bien performer. Mais en même

temps, tout le monde

s'entraîne aussi fort. Tout le

monde le mérite et puis c'est ça

qui est triste, c'est qu'il y a

pas vraiment une personne

qui le mérite plus qu'une autre.

Je pense que tout le monde le

mérite. Puis finalement, c'est

cette journée-là, la personne

qui est la meilleure gagne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tantôt, vous avez fait

allusion au danger et au risque

de sauter et faire des culbutes

d'une tour de 10 mètres.

Qu'est-ce qui vous passe par la

tête quand vous êtes là-haut et

que vous regardez avant de faire

un plongeon?


ÉMILIE HEYMANS

C'est vraiment les éléments

techniques. Puis moi... il

fallait pas que je reste là trop

longtemps, il fallait pas que

je pense trop longtemps

parce que sinon j'allais

commencer à... à voir des

scénarios dans ma tête que...

Ah, je vais glisser, ah, y a un

accident qui va arriver.

Alors c'était vraiment...


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait ça pendant

combien d'années?


ÉMILIE HEYMANS

Pendant très longtemps. Mais

c'est ça. Alors au cours des

années, je le savais, je pense.

Souvent, je me donnais trois

éléments techniques que je

devais vraiment me concentrer

ou que je devais améliorer. Des

éléments techniques vraiment

très spécifiques que je devais

améliorer, et puis je partais

tout de suite. Je me disais:

« 1, 2, 3, go », puis je partais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bon. 2004, cette fois-ci,

Athènes, médaille de bronze.

Toujours synchronisé. Cette

fois-ci justement, avec une

nouvelle partenaire.


[ÉMILIE HEYMANS:] Oui.

GISÈLE QUENNEVILLE

Blythe Hartley. Les différences

entre Anne Montminy

et Blythe Hartley,

et qu'est-ce que ça voulait dire

pour vous?


ÉMILIE HEYMANS

En fait, avec Anne Montminy,

Anne et moi, on avait huit ans

de différence. Blythe était

une de mes très bonnes amies.

On a eu vraiment le même parcours.

En fait, on a, je pense, quatre mois

de différence, mais on a un an

de différence, en années

de plongeon, parce qu'on n'est

pas dans la même année.

Alors déjà, la synergie était

vraiment différente. Mais pour

moi, à Athènes, qu'est-ce qui a

été très difficile, c'est que je

devais performer sur quatre

épreuves. Alors j'ai pas été

capable d'en profiter autant

que j'aurais voulu, je pense, de

ma médaille à Athènes,

parce que ç'a été la première médaille,

ma première médaille.

Et puis trois jours après,

j'avais mon dix mètres individuel,

qui était ma grosse compétition.

Alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait allusion tantôt

au fait que vous faisiez

plusieurs épreuves, aux Jeux

d'Athènes, en 2004. Et ça, ça

vous a amenée, en 2005, à la

rupture avec votre entraîneur,

Michel Larouche. Et je sais que

ç'a été une période difficile

pour vous. Peut-être nous en

parler un petit peu; qu'est-ce

que vous avez vécu

à ce moment-là?


ÉMILIE HEYMANS

Michel a été un très bon

entraîneur pour moi au début

de ma carrière, quand j'étais jeune.

Et puis... quand j'ai commencé

à vieillir, j'ai commencé

à me connaître un peu plus

en tant qu'athlète.

Je voulais m'impliquer plus

dans les décisions. On avait pas

nécessairement la même...

On avait les mêmes objectifs,

on avait pas nécessairement

la même vision... à comment

arriver à ces objectifs-là.

Alors en fait, j'ai commencé

à perdre confiance en lui,

en ses décisions et puis

ça a amené que je ne pouvais plus

vraiment continuer. On n'était plus

vraiment une bonne équipe.

On ne travaillait plus très bien

ensemble. Alors c'est vraiment

pour ça que j'ai décidé

d'arrêter de plonger avec lui

puis d'aller avec Yihua Li,

qui est à Pointe-Claire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Jeux de Pékin, cette fois-ci.

On est rendu à 2008.

Autre médaille, argent cette

fois-ci, dix mètres, mais

individuel. Est-ce que ça, ça

veut dire... c'est spécial,

une médaille individuelle?


ÉMILIE HEYMANS

Oui, c'est très spécial... pour moi.

Parce que en fait, j'ai été

championne du monde en 2003,

et puis... depuis 2003,

ç'a toujours été... Je mettais

beaucoup d'énergie dans le

plongeon synchronisé.

Mais mon objectif premier,

était quand même de remporter

une médaille en individuel,

parce que j'avais été

championne du monde,

en 2003, et puis j'avais pas été

capable de répéter, en fait,

cette performance-là,

en individuel.

Et puis la grosse différence :

À Pékin, je faisais une épreuve,

le dix mètres individuel, versus

à Athènes, où je faisais quatre

épreuves. Mais ce qui a été

extraordinaire à Pékin, c'est

que j'ai vraiment été capable

de performer... de faire la

meilleure performance de ma vie

en finale, aux Jeux olympiques,

à cette heure-là. Alors c'est

vraiment la chose la plus

difficile à faire. Et puis je

pense que c'est un de mes...

des accomplissements

dont je suis le plus fière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après Pékin, vous étiez sans

doute sur un gros « high ».

Vous aviez déjà deux médailles

en synchronisé, une médaille

en individuel. Vous auriez pu

quitter le sport à ce moment-là.

Pourtant, vous êtes restée pour

les Jeux de Londres, en 2012.

Pourquoi rester encore un autre

quatre ans?


ÉMILIE HEYMANS

En fait, pendant toute l'année

de préparation des Jeux de Pékin,

je me suis jamais... attardée

à ce que j'allais faire après.

Parce que moi, dans ma

tête, je me concentrais sur la

compétition, et puis je me

disais: « Qu'est-ce que je vais

faire après, j'y penserai après. »

Et puis une fois que j'ai

compétitionné, que j'ai eu ma

médaille, là, j'ai un peu frappé

un mur parce que j'étais là:

« OK, là, j'ai atteint mon objectif,

j'ai fait tout ce que je voulais

faire, puis là maintenant,

c'est quoi qui se passe?

C'est-ce que je fais? C'est

quoi que je fais de ma vie? »

Puis aussi... je me suis rendu

compte que j'avais vraiment

atteint mon plein potentiel sur

le dix mètres. Alors je me suis

dit: pourquoi pas essayer le

trois mètres? Essayer de

m'entraîner à temps plein sur le

trois mètres, voir qu'est-ce

que ça va donner. Alors...

Mais c'était une année à la

fois. C'était vraiment une année

à la fois. Puis finalement, j'ai

été jusqu'aux Jeux de Londres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pas jusqu'aux Jeux de

Londres. Avec une médaille de

bronze avec votre partenaire,

nouvelle partenaire, cette

fois-ci, Jennifer Abel. Et

c'est vous à ce moment-là, qui

étiez... la plongeuse expérimentée.

C'est un peu... les rôles

étaient renversés.


ÉMILIE HEYMANS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Différentes responsabilités

quand on a l'expérience et on

plonge avec quelqu'un qui en a

peut-être un peu moins?


ÉMILIE HEYMANS

Jennifer avait quand même fait

les Jeux olympiques de Pékin,

alors c'était pas une personne

qui avait aucune, aucune

expérience. Mais pour moi...

on était vraiment sur le même

piédestal. J'étais pas... je me

sentais pas supérieure à elle

juste parce que j'étais plus

vieille ou parce que j'avais

remporté trois médailles et

elle n'en avait pas. Pour moi,

une équipe, c'est une équipe et

puis on travaille ensemble.

C'était très important pour moi

que les décisions se prennent

à deux. Et puis que les deux,

on soit 100% en confiance et

confortables avec chaque

décision qu'on prenait. Puis je

pense que ç'a été vraiment

bénéfique pour nous deux parce

que ça a très bien marché

dès le départ.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quatre Jeux olympiques,

quatre médailles olympiques.

Deux argent, deux bronze.

Pas d'or. Est-ce que ça,

ça vous tracasse, des fois?


ÉMILIE HEYMANS

Bien... Non. Parce que...

Bien, oui puis non.

C'est sûr que j'aurais

aimé ça avoir l'or. Puis à

Pékin, j'étais tellement

tellement proche de l'or, parce

que l'avant-dernier plongeon,

j'étais en première position.

Je suis tombée deuxième après

le dernier plongeon. On était à

des centièmes, je pense. C'est

sûr que tout le monde veut aller

chercher l'or, mais je pense pas

que je peux me plaindre avec

deux médailles d'argent puis

deux médailles de bronze!

De toute façon, c'est comme ça,

alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Émilie, ici on est dans

votre atelier de couture.

Parlez-nous de ce que

vous faites ici.


ÉMILIE HEYMANS

En fait, j'ai fait mon bac en

commercialisation de la mode.

Puis mon projet de fin d'études

était de commercialiser une

ligne de maillots de bain. Pour

moi, en tant que plongeuse, mon

maillot de bain à tout le temps

été super super important.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il paraît que vous étiez

superstitieuse par rapport

à votre maillot.


ÉMILIE HEYMANS

Oui, très superstitieuse.

Puis quand j'ai changé

d'entraîneur, elle m'a quand

même fortement conseillé

de ne plus avoir ma superstition

sur mon maillot de bain.

Alors à la fin, j'en avais--


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était quoi la superstition?


ÉMILIE HEYMANS

En fait, c'est juste que je

mettais toujours le même

maillot en compétition.

Et puis elle m'a forcée à

changer de maillot pas mal à

chaque compétition. Mais cela

dit, pour moi, c'était super

important, mon maillot. Alors

j'ai décidé de continuer le

projet après mon projet de fin

d'études, qui était de

commercialiser une ligne de

maillots de bain. Puis j'ai

continué le projet depuis là.

Alors maintenant, je fais

vraiment le produit de A à Z...

de la création du modèle

au design de l'imprimé,

à la confection.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Qu'est-ce qui fait un bon

maillot de bain pour quelqu'un

qui en fait beaucoup, de la

natation ou du plongeon?


ÉMILIE HEYMANS

Pour moi, c'est le confort.

Moi, c'était vraiment important

un maillot confortable.

Je trouvais que les maillots

qu'on avait, nous, étaient pas

très confortables.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vraiment?


ÉMILIE HEYMANS

Oui. Alors c'est un peu pour ça.

Parce qu'au début, j'étais

tellement tannée du maillot

sport, je voulais rien savoir.

Je voulais même pas faire

du maillot sport. Et puis

je me suis demand[ÉMILIE HEYMANS:] Comment

ça se fait que je suis aussi

tannée que ça? Puis c'est

juste parce que je les trouvais

plates puis je les trouvais

pas confortables. Je trouvais

qu'ils n'avantageaient pas

nécessairement la silhouette.

Alors c'est pour ça que je suis

partie un peu dans cette

direction-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pendant que vous pratiquiez

votre sport à l'échelle

internationale, vous faisiez

également des études

à l'École supérieure de mode de

Montréal. Comment vous arriviez

à jumeler les deux?


ÉMILIE HEYMANS

En fait, je pense que j'ai

encore été très chanceuse

parce que... les professeurs

m'ont beaucoup aidée.

Parce que j'étais quand

même très bonne, on voyait mes

résultats dans les journaux,

je passais à la télé... Je pense

que les professeurs savaient que

c'était pas juste une passion

comme ça, à côté. L'école a été

très supportrice et m'a beaucoup

aidée à soit reprendre des

examens, à changer des cours

de place. J'ai fait mon stage

dans la session d'automne à la

place de la session d'hiver...

Parce que moi, les compétitions

étaient beaucoup dans la

session d'hiver. Alors ils m'ont

vraiment beaucoup aidée dans le

processus. Puis pour moi,

c'était très important de finir

mes études avant d'arrêter, de

finir ma carrière parce que je

le sais qu'on peut pas vivre...

On est pas un sport professionnel,

on fait pas des millions...

Puis j'ai jamais plongé

pour l'argent. Alors je le savais

qu'il fallait que je me trouve

une deuxième carrière

et puis que je prépare

ma deuxième carrière. Alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi la mode?


ÉMILIE HEYMANS

J'ai toujours été attirée

par la mode. J'ai toujours...

Mes maillots de bain étaient

toujours très importants.

Quand j'étais jeune, y avait

une madame... une fille qui

plongeait avec nous, elle avait

étudié en design et elle faisait

des maillots de bain pour en

fait se subventionner et être

capable de payer ses

entraînements, ses compétitions.

Et puis moi, j'allais dans les

magasins, j'achetais mon tissu,

j'arrivais avec mon tissu puis

je lui disais : « Je veux ce

tissu-là dans ce modèle-là,

ce tissu-là dans ce modèle-là... »

Pour être certaine qu'y ait

personne qui ait des maillots

comme moi, parce que j'aimais ça

être différente. Je partais en

compétition, j'échangeais

beaucoup mes maillots avec

des filles d'autres pays.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah, vrai? Ça se fait ça?


ÉMILIE HEYMANS

Oui, comme ça j'avais... Oui,

ça se fait. Je le faisais quand

j'étais jeune. Je le faisais

plus après, quand j'étais plus

vieille. Mais quand j'étais

jeune, je le faisais beaucoup

parce que j'aimais beaucoup

être différente puis avoir des

maillots spéciaux, différents.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre autre projet, c'était de

lancer une autre entreprise.

C'est l'entreprise familiale,

la famille. Votre conjoint,

Christian, c'est aussi un

sportif de haut niveau. Comment

vous vous êtes rencontrés?


ÉMILIE HEYMANS

On s'est rencontrés aux Jeux

panaméricains, en 2007, à Rio.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait cliché un peu, hein?


ÉMILIE HEYMANS

Oui. Mais en même temps, c'est

notre vie. On n'a pas vraiment

le choix de rencontrer du monde

de notre entourage. Mais lui,

il était centralisé à Winnipeg

et puis moi, j'étais encore

à Montréal. Mais c'est un

Québécois. Alors on a commencé

un peu à faire une relation

longue distance et puis

finalement, lui, en 2008... ils

se sont pas classés pour les

Jeux olympiques, donc il est

revenu à Montréal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc ensemble, vous avez la

petite Fiona, qui a bientôt

un an. Est-ce que ça va être

difficile pour Fiona d'avoir

deux parents qui sont

des athlètes de haut niveau?


ÉMILIE HEYMANS

J'espère que non.

C'est certain que nous deux,

on est des personnes qui...

que le sport est quand même très

important, l'activité physique.

Alors c'est certain qu'on va

l'inscrire dans différents sports,

mais après ça, notre objectif

premier, c'est qu'elle soit

heureuse. Alors c'est elle

qui va prendre la décision

à savoir si elle veut performer

dans le sport ou pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous pensez qu'il

y a plus de jeunes plongeuses,

de petites plongeuses, de

petits plongeurs, qui s'intéressent

au sport à cause de Sylvie Bernier,

Annie Pelletier, Anne Montminy,

Émilie Heymans?


ÉMILIE HEYMANS

J'espère! J'espère que les

jeunes sont inspirés à... à voir

des athlètes, des plongeurs aux

Jeux olympiques. Parce que c'est

un très très beau sport. Mais...

Ça a pas besoin... ils ont pas

besoin d'être inspirés pour

nécessairement plonger. Pour

moi, juste le fait qu'ils fassent

une activité physique,

qu'ils fassent un sport...

Mais les personnes que tu

rencontres, les amis... les

amis que j'ai en plongeon,

c'est... On est tellement proches.

Pour moi, c'est comme

vraiment une deuxième famille.

Alors c'est toutes des

expériences vraiment

extraordinaires que j'ai eues.

Puis j'espère qu'il y a

beaucoup de jeunes enfants qui

vont avoir des expériences

similaires juste à pratiquer

un sport.


GISÈLE QUENNEVILLE

Émilie, merci beaucoup.


ÉMILIE HEYMANS

Merci.

(Générique de fermeture)

Episodes

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Season
  • Category Documentary
  • Category Report

Résultats filtrés par