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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Marcel Bénéteau : Ethnologist and professor , University of Sudbury

It’s easy to forget that the oldest historical population of Francophones in Ontario is in the Windsor region. In 1701, the French decided to build a fort alongside the Detroit River.
Marcel Bénéteau is, without a doubt, one of the descendants of this fort’s first families. When he learned that certain Acadian songs dated from 1755, he began researching traditional songs from his part of the country. What he discovered changed his life…
He wrote a dictionary of expressions from the era, and put together a catalogue of more than 2000 versions of traditional French songs. Equipped with his guitar, accordion, and harmonica, Bénéteau recorded three records’ worth of folk songs.



Réalisateurs: Alexandra Levert, Simon Madore
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, on montre des images de la ville de Windsor et des photos qui illustrent des moments de la vie personnelle et professionnelle de MARCEL BENETEAU. On voit également MARCEL BENETEAU qui accueille GISÈLE QUENNEVILLE à l'entrée de sa maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

On l'oublie parfois, mais le

plus ancien peuplement français

en Ontario est dans la région

de Windsor. En 1701, les

Français ont décidé de

construire un fort le long de la

rivière Détroit. Marcel Beneteau

est sans doute un des

descendants de ces premières

familles du Détroit. Cet ancien

travailleur de l'automobile est

aussi un passionné d'histoire.

Quand il a appris que certaines

chansons acadiennes dataient de

1755, il est allé à la recherche

des vieilles chansons de son

coin de pays. Ce qu'il a

découvert a changé le cours de

sa vie. Il est retourné sur les

bancs d'école, il a terminé son

bac, il a fait un doctorat et

il est devenu ethnologue. Au

fil des ans, Marcel a recueilli

et a catalogué plus de 2000

versions de chansons

traditionnelles françaises du

Détroit. Avec sa guitare, son

accordéon et son harmonica, il

a même compilé trois disques de

chansons folkloriques.

Aujourd'hui, Marcel vit son

rêve. Il a sa maison sur l'île

Manitoulin, il est professeur

à l'Université de Sudbury et il

consacre sa vie à s'assurer que

les découvertes qu'il a faites

il y a 25 ans ne tomberont pas

dans l'oubli à nouveau.

(GISÈLE QUENNEVILLE et MARCEL BENETEAU sont assis l'un face à l'autre dans la demeure de MARCEL BENETEAU.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel Beneteau, bonjour.


MARCEL BENETEAU

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel, depuis une quinzaine

d'années maintenant, vous avez

catalogué plus de 2000 chansons

traditionnelles, des vieilles

chansons françaises de la

région de Windsor et de Détroit.

Dites-moi comment vous les avez

découvertes, ces chansons-là.

Elles viennent d'où?


MARCEL BENETEAU

C'est des chansons que les

gens chantaient dans les

familles. Mais vraiment, la

coutume, la tradition avait...

avait disparu pas mal.

Moi, je suis arrivé à découvrir

ça comme musicien, parce que je

cherchais vraiment de la musique

locale que je pouvais chanter.

Alors, j'ai commencé à aller

visiter des personnes âgées. Je

dis des personnes âgées,

maintenant c'est moi qui suis

une des personnes âgées. Mais

en tout cas, pouvez-vous me

chanter... avez-vous des

vieilles chansons que le monde

chantait autrefois dans des

partys, des choses comme ça.

Là, j'ai découvert en parlant

aux gens qu'il y avait plein de

vieilles chansons qu'ils

chantaient autrefois et puis ça

se chantait plus. Fait que moi,

j'allais voir les gens puis je

disais: « Souvenez-vous des

vieilles chansons? » Là, ils

disaient: « On avait des vieilles

chansons, mais tu veux pas

entendre ça. » Oui, c'est ça que

je veux entendre. Des chansons

à boire, des choses comme ça.

Et puis c'est comme ça, de

bouche à oreille. J'allais voir

quelqu'un, il me chantait

quelques chansons. Il me

disait: « Tu devrais aller voir

mon voisin. Lui, il chantait

beaucoup. Va voir untel.

Il avait beaucoup de chansons. »

C'est comme ça que ça

a commencé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'elles

racontaient, ces chansons-là?

Ou qu'est-ce qu'elles

racontent, ces chansons-là?


MARCEL BENETEAU

Justement, c'est des chansons

qui racontent pour la plupart.

C'est pas... Aujourd'hui, on

est habitué plus à des chansons

d'amour, qui parlent de

sentiment. Mais ça, c'est des

chansons qui content des

histoires. Des histoires de

soldats qui partent pour la

guerre, puis qui reviennent sept

ans plus tard et puis que leur

femme s'est remariée parce

qu'elle pensait qu'il était

mort. Et puis les chansons à

boire. Y en a des comiques, y en

a des tragiques. Y a même des

chansons qui racontent des

espèces de légendes

religieuses. Tous les aspects

de la vie, de la naissance à la

mort, du plus... spirituel au

plus terre-à-terre. Je veux

dire, y a des chansons

cochonnes, y en a de toutes

sortes!


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez pu mettre

des dates sur ces chansons-là?


MARCEL BENETEAU

Vraiment, quand on parle de

tradition orale, c'est... je

dirais que c'est impossible de

mettre une date précise. On

peut dire... On sait que la

plupart des chansons existaient

en France, ont été emmenées par

les premiers colons. On peut

dire que c'est des chansons qui

datent d'au moins du XVIIe,

XVIe siècle. Y en a qui sont

plus anciennes. Mais essayer de

trouver une date ou un auteur,

c'est impossible.


GISÈLE QUENNEVILLE

Y a la composante des

chansons, y a également... Vous

avez fait tout un lexique du

parler des francophones de

cette région-là de y a très

longtemps. Comment vous êtes

arrivé à faire ça?


MARCEL BENETEAU

Demandez-moi pas pourquoi,

mais ça m'a toujours intéressé

aussi, l'origine des mots puis

des expressions, des choses

comme ça. Mais une autre chose,

c'est qu'en grandissant dans un

endroit comme

Rivière-aux-Canards,

on parlait français à la maison,

puis là, on allait à l'école et

on apprenait que notre français

était tout croche, puis pourri

puis que c'était pas du vrai

français, puis tout ça. Puis

moi, j'ai jamais trop accepté

ça. Et puis plus tard, quand

j'ai commencé à faire

l'université, à suivre des

cours de linguistique, puis j'ai

rencontré un professeur, Peter

Halford, qui était un

dialectologue. Puis il avait

mis en valeur le lexique du

père Potier, qui était un

jésuite à la mission de

l'Assomption, qui était arrivé

là en 1744, je crois. Lui était

belge et il trouvait que les

Canadiens français, déjà en ce

temps-là, avec de drôles

d'expressions puis des mots

qu'il ne connaissait pas. Donc

lui avait commencé à faire un

lexique à ce moment-là. Et puis

en fait, ça, c'est le premier

dictionnaire du... du parler

français au Canada. Ça vient de

chez nous, ça. Fait qu'avec

Peter, je me suis vraiment

intéressé. Puis là, on a

commencé à vraiment

rechercher... Bon, on s'était

dit: « C'est beau ce que Potier a

fait. Allons donc voir si ces

mots-là survivent encore

aujourd'hui, les mots que lui a

notés y a 300 ans passés

quasiment. Et puis quels autres

mots et expressions qu'on a chez

nous. » Alors on avait des

sources orales comme ça, on a

examiné des documents du

XVIIIe, XIXe, XXe siècle, tout

ça, pour essayer de trouver

quels sont les mots qu'on

utilise chez nous qui font pas

partie du français standard.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des exemples.


MARCEL BENETEAU

Des exemples... Le premier qui

me vient en tête, une espèce de

serpent qui... le mot français,

si vous regardez dans les

dictionnaires, ça va être

« couleuvre tachetée ». Nous

autres, c'est un « téteux

de vache ».


GISÈLE QUENNEVILLE

Un téteux de vache!


MARCEL BENETEAU

Parce que les gens trouvaient

ces serpents-là autour de la

grange, puis ils pensaient que

les serpents allaient téter les

vaches. C'est ça le mot, « téteux

de vache ». Des mots comme une

« bousure », ma grand-mère appelait

ça. Elle avait une petite

armoire, un petit placard en

dessous de l'escalier puis ça,

c'était la bousure. Alors y a

plein de mots puis d'expressions

comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est des mots qui ont

survécu au fil des ans, parce

que si votre mère les

utilisait, ça fait pas si

longtemps que ça.


MARCEL BENETEAU

C'est pas elle qui les a

inventés. Sa mère disait ça et

puis... Non, c'est parce que...

la région de Windsor, comme on

sait, c'est le plus vieux

peuplement français en Ontario.

Ça date de 1701,

avec la fondation de

Détroit. Mais par contre, il a

été pas mal isolé du reste de

la francophonie.

Donc les gens ont conservé

beaucoup d'expressions, de mots

archaïques comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on les utilise

encore, ces mots-là, dans

cette région-là?


MARCEL BENETEAU

De moins en moins. Les gens

que j'ai interviewés, beaucoup,

c'est des gens qui sont nés

première, deuxième décennie du

XXe siècle. Ils sont pas mal

tous partis aujourd'hui.

Aujourd'hui, ce qui arrive,

c'est que... Je pense que de

plus en plus, on parle un

français beaucoup plus

médiatisé. La culture vient

plutôt du système scolaire, des

médias et tout ça. Donc c'est

un français plus international.

Plus...


GISÈLE QUENNEVILLE

Standard.


MARCEL BENETEAU

Oui. Alors le français

régional, je pense, est en

train de disparaître. Je pense

que c'est pour ça que c'est

important de faire ce

lexique-là, pour au moins avoir

un témoignage de... de notre

contribution à la francophonie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quand vous alliez

rencontrer ces personnes âgées

et vous leur demandiez de

chanter leurs vieilles chansons,

comment ils réagissaient?


MARCEL BENETEAU

Souvent, comme je disais, ils

me disaient: « Tu veux pas

entendre ça. » Mais... mais une

fois qu'ils réalisaient ce que

j'étais en train de faire, ils

étaient contents. Puis je me

rappelle... C'était Stella

Meloche, qui était mon

informatrice vedette, qui

m'a chanté à peu près

150 chansons. Elle me

disait: « Quand je vais être dans

mon trou, y a personne qui va

chanter ça. Fait que je suis

aussi bien de te les donner. »

(MARCEL BENETEAU chante maintenant une chanson en s'accompagnant à la guitare.)


MARCEL BENETEAU

♪ La soirée de mes noces

Bien tard après souper

J'ai reçu une lettre

de mon commandant

Pour aller suivre les hommes

Pour aller au combat

La campagne a été longue

Elle a bien duré sept ans

Au bout de la 7e

de 7 ans tout au plus

Au bout de la 7e

Je m'en suis revenu

J'ai été frappé à la porte

Tout auprès de chez nous

L'hôtesse m'a reconnu

A dit Grand Dieu c'est vous

Votre femme se marie

Elle prend un autre époux

Que l'on m'apporte ma coiffe

Mon alliance est bénie

Elle dit je m'en retourne

à mon premier logis

Elle dit je m'en retourne

Le coeur tout réjoui ♪♪


GISÈLE QUENNEVILLE

Bravo!

Marcel, vous, vous êtes de

Rivière-aux-Canards. C'est un

tout petit village près de

Windsor, dans le Sud-ouest

ontarien. Êtes-vous descendant

justement d'un de ces premiers

colons de Détroit?


MARCEL BENETEAU

Euh... disons pas la première

vague qui est arrivée à Détroit,

en 1701. Mais je pense des deux

côtés... du côté des Bénéteau,

je pense qu'il y a deux frères.

Qui sont arrivés à peu près en

1735. Et puis, tous leurs

descendants sont là. Et puis du

côté de ma mère, les Bondy,

eux aussi, c'est à peu près à la

même date. Je sais qu'ils

étaient déjà là en 1750

à peu près.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes donc d'une famille

francophone, mais dans un

milieu très anglophone. Je sais

pas si c'était le cas quand vous

grandissiez. Est-ce que ça

définit qui vous êtes, qui vous

êtes devenu, ça?


MARCEL BENETEAU

Probablement. C'était...

Je suis allé à l'école en

français. C'était quand même une

école bilingue. Y avait deux...

première année française et

première année anglaise, etc.

Donc moi, j'ai grandi vraiment

avec les deux langues. On a

toujours parlé français à la

maison. Mon père tolérait pas

l'anglais à la maison. Mais je

sais que, par le temps que j'ai

commencé l'école, je parlais

déjà anglais. Les gens

aujourd'hui, ils pensent que

c'est quelque chose de nouveau,

mais je peux vous dire que

55 ans passés, dans la cour

d'école à la

Rivière-aux-Canards, c'est tout

en anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et cette passion pour

l'histoire et cette passion pour

ces vieilles chansons, c'est

venu d'où, ça? C'est à l'école

que vous avez appris ça? Sur

l'histoire des francophones de

la Rivière-aux-Canards?


MARCEL BENETEAU

C'est sûrement pas à l'école,

parce que... Je sais pas

pourquoi. Je me suis déjà posé

la question moi-même, d'où

vient cette... Mais j'aimais

toujours les histoires, puis je

me souviens avec ma famille,

comme au dîner, ma mère disait

toujours: « On va jouer à T'en

souviens-tu? » Puis là, c'était

des choses qui étaient arrivées

de notre vivant. Fait que

c'était pas de la vraie

histoire. Mais l'idée de se

souvenir de choses et puis de

raconter des choses du passé,

c'est quelque chose que j'ai

toujours aimé. Et puis là, en

vieillissant puis en faisant

des études, je trouvais ça

curieux. Comment ça se fait que,

quand même, on est... Windsor,

c'est le plus ancien peuplement

francophone en Ontario. Y a

personne qui sait ça. Même les

gens de Windsor connaissent pas

leur histoire. C'est quelque

chose vraiment d'unique en

Ontario. Et puis en voyageant,

« Tu viens de l'Ontario? Tu viens

de Sudbury? » Non. « Tu viens

d'Ottawa? » Non. Je viens de

Windsor. « Windsor... »


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça se fait que tu

parles français?


MARCEL BENETEAU

Là, tu vas au Québec et ils

disent: « Vous êtes de l'Ontario,

mais vous parlez très bien

français. » Fait que j'ai dit:

OK. Faudrait que le monde

s'instruise un peu. Qu'ils

sachent qu'on a une histoire.

Personne considérait qu'on avait

une culture, nous autres. La

culture, c'était quelque chose

qu'il fallait importer de

l'extérieur. On va faire venir

des chanteurs, on va faire

venir quelqu'un d'Ottawa, on va

faire venir du monde de Québec.

Et puis, l'autre chose qui

m'agaçait toujours, c'est toute

cette question d'assimilation.

Là, quand je travaillais à

Radio-Canada, c'était toujours

le fun de voir quelqu'un de

nouveau qui arrivait à Windsor,

du Québec, pour faire leurs

deux ans à Windsor et puis qui

disait... Tu pouvais compter

sur ça. Après à peu près deux

mois à Windsor, là, ils

faisaient leur gros reportage

sur l'assimilation. Mon Dieu,

les gens sont assimilés ici. Et

puis... bien oui, ça fait

partie de notre réalité. On peut

pas... on est pas juste

entourés par les anglophones.

On est entourés par les

États-Unis. Le comté d'Essex

rentre dans les États-Unis comme

ça. Euh... fait que oui, il

faut célébrer la culture qu'on

a. Donc c'est ça vraiment que

moi, je voulais faire. Pas pour

me plaindre de qu'est-ce qu'on

a perdu puis qu'on est

assimilés. Non. On a notre

propre culture dynamique qu'il

faut... qui mérite d'être

connue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Y a eu cette passion pour

l'histoire, mais vous êtes

également musicien.


MARCEL BENETEAU

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, comment est-ce qu'un

jeune musicien qui se passionne

pour des vieilles chansons

fait sa marque?


MARCEL BENETEAU

Bien... faudrait voir quelle

sorte de marque j'ai faite,

mais...

Je veux dire, grandir à Windsor,

on n’avait pas de radio ou de

télévision française avant que

je sois déjà formé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans les années 70, la télé.


MARCEL BENETEAU

Moi, j'ai grandi sur Motown

et puis le rock and roll de

Détroit. Puis oui, j'étais

musicien, mais c'était plus

Bob Dylan puis Neil Young. Je

connaissais rien dans la musique

canadienne, québécoise. Et puis

Paulette Richer, qui était à

Radio-Canada, elle, ça

faisait...

Dans ce temps-là, y avait le

mandat d'essayer de développer

du talent local. Puis elle

savait que j'étais musicien, moi

puis mon frère, puis elle nous

invitait toujours à aller

chanter à des soirées...

des cafés chantants. Puis je lui

disais: « Oui, mais on n'a pas de

répertoire français. » Fait que

là, elle nous donnait des

cassettes. Je sais pas, Richard

Séguin... Elle disait:

« Apprenez ça. C'est votre

style. » Non. Pourquoi

j'apprendrais des chansons des

autres? Mais entre-temps,

j'avais découvert des groupes

comme 1755, groupe acadien.

Puis eux autres chantaient des

chansons du folklore acadien,

avec leur gros accent acadien.

Puis je disais: il devrait y en

avoir des chansons comme ça

chez nous. Je sais que le monde

chantait autrefois. C'est comme

ça que je me suis mis à la

recherche de chansons, pour

avoir un répertoire. Bon, faire

ma marque... Moi, je dis

toujours: t'as pas besoin

d'être bon, t'as juste besoin

d'être le seul. Personne d'autre

faisait ça. Fait que ça

les intéressait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, c'est une passion.

C'était un passe-temps jusqu'à

un certain point. Comment est-ce

qu'on passe d'un travailleur de

l'automobile à professeur

d'université?


MARCEL BENETEAU

J'avais commencé à collecter

des chansons puis faire de la

musique, mais, je veux dire, y

avait pas beaucoup d'avenir

là-dedans. Mais quand même.

J'étais rendu à 10 ans à

l'usine, puis je dis: OK, là,

faut que je fasse quelque chose.

Soit que je ferme ma gueule,

puis je fais mes 30 ans, puis je

prends ma retraite comme tout le

monde ou sortir tout de suite.

L'un ou l'autre. Là, j'ai

décidé de retourner aux études.

J'avais commencé l'université

à 18-19 ans, comme tout le

monde, mais après un an, j'avais

laissé tomber, puis j'ai voyagé

et fait toutes sortes de choses.

Fait que là, je suis retourné,

j'ai fini mon bac en français,

à l'Université de Windsor. Puis

c'est là que j'ai rencontré

Peter Halford, qui s'intéressait

beaucoup à ce que je faisais

avec les chansons. Et puis, il

m'a donné une formation en

linguistique et puis m'a

convaincu que je devais

poursuivre mes études. Parce que

l'idée, c'était de travailler

l'aspect linguistique des

chansons. Il disait: pourquoi

pas juste travailler sur les

chansons, faire une maîtrise en

ethnologie au lieu? Puis là, la

seule place pour faire ça,

c'était à l'Université Laval,

en français. Y a Laval à Québec

puis Memorial à Terre-Neuve.

Donc... donc je suis allé là

pour ma maîtrise et là, j'ai

fait un an de scolarité pour ma

maîtrise et là, ils ont dit...

Dans ce temps-là, j'avais déjà

recueilli à peu près 2000

chansons. « T'en as bien trop

pour faire une maîtrise. Laisse

faire la maîtrise, va

directement au doctorat. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Y en a qui saute la 2e année,

vous, vous avez sauté

la maîtrise.


MARCEL BENETEAU

Oui. C'est ça. Fait que j'ai

pas de maîtrise. Puis là, ça

m'a pris cinq, six ans pour

avoir un doctorat. Fait que là,

j'étais pas plus avancé. J'avais

un bac, puis rien d'autre.

Enfin, j'ai fini mon doctorat

en 2000 ou 2001.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous pensiez un

jour que vous alliez être

professeur d'université?


MARCEL BENETEAU

Non. C'est drôle, je veux

dire... C'est drôle de le dire,

mais moi, j'ai pas fait mon

doctorat parce que je

cherchais une carrière

universitaire. J'avais fait

toutes ces recherches-là sur

les chansons, j'avais recueilli

des chansons, je m'étais dit:

si je fais un doctorat, puis je

suis obligé d'écrire une thèse,

ça va me forcer d'organiser ça

puis le publier éventuellement.

Mais aussi... Oui, je chantais

les chansons et puis j'ai fait

des disques et tout ça, mais je

voulais que les chansons soient

reconnues aussi par... pas

juste du côté populaire, mais

par la communauté universitaire

aussi. Ma directrice de

doctorat, Anne-Marie Desdouits,

trouvait qu'un doctorat, c'était

pas assez. Fait qu'elle m'a

fait mettre toute une

composante linguistique. Donc

ça, ça m'a poussé à faire le

côté lexique qu'on a

éventuellement publié aussi.

Donc c'est tout venu ensemble

comme ça. Puis... mais là, rendu

avec un doctorat, qu'est-ce que

tu peux faire à part...


GISÈLE QUENNEVILLE

On retourne pas chez GM.


MARCEL BENETEAU

Non. Non. Éventuellement, j'ai

trouvé... J'ai enseigné comme

chargé de cours à l'Université

de Windsor. J'avais espéré

éventuellement avoir un poste

permanent puis développer un

peu les études du français

régional. Mais disons qu'il y

avait pas beaucoup d'intérêt

pour ça dans le temps. Puis là,

quand y a eu un poste qui s'est

ouvert à Sudbury en ethnologie,

à part de ça le seul en Ontario,

j'ai dit: faut sauter là-dessus.

(On se retrouve à l'extérieur.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes au fil des années

devenu un peu un photographe

amateur et un spécialiste des

plantes d'ici sur l'île.


MARCEL BENETEAU

Oui, bien spécialiste... faut

pas exagérer. Oui. Moi, j'ai

toujours été un gars de la

nature. Quand j'étais petit,

j'étais un de ces jeunes qui

avaient des collections

d'insectes et tout ça. Fait

qu'ici, c'est comme un paradis

pour moi, parce que c'est un

environnement naturel

extraordinaire. Puis y a toutes

sortes de différents

environnements. Y a beaucoup

de... Bon, l'escarpement du

Niagara passe ici. Y a des sites

très particuliers qu'on appelle

des alvars, qui est une espèce

de plaine de calcaire. Donc y a

une diversité biologique

incroyable ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez répertorié les

chansons, mais vous les avez

chantées également. Vous les

avez enregistrées, endisquées,

ces chansons-là. C'était

important pour vous de faire

ça?


MARCEL BENETEAU

Oui. Je pense, parce que...

C'est important, parce que...

quelque chose qui est dans un

fonds d'archives, dans un tiroir

d'archives...

bon, c'est intéressant pour

quelques chercheurs, mais

vraiment... le folklore, la

tradition orale, c'est quelque

chose de vivant. Donc c'est ça.

Moi, je voulais faire revivre

ces chansons-là jusqu'à un

certain point. Évidemment, quand

tu les enregistres avec la

guitare puis un accompagnement,

ça les change un peu, mais au

moins, ça demeure vivant. Et

puis ça continue à évoluer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Y a eu ces dernières années

un retour à la chanson

traditionnelle au Québec par

exemple, avec certains groupes.

Est-ce qu'on peut s'attendre à

ce que ces chansons-là soient

revisitées par certains

groupes populaires?


MARCEL BENETEAU

C'est intéressant, parce que,

oui, au Québec, y a vraiment un

mouvement traditionnel assez

important. C'est pas tous des

grosses vedettes comme La

Bottine souriante ou... Les

Charbonniers de l'enfer, des

choses comme ça, mais y a

beaucoup de jeunes qui

s'intéressent. Mais en Ontario,

je vois pas ça. En Ontario, y a

La Ligue du bonheur. À part ça,

vraiment, y a pas grand monde

qui font de la musique

traditionnelle. On dirait qu'en

Ontario... y a encore cette

idée que la musique

traditionnelle, ça, c'est pour

le temps des fêtes, c'est pour

les réunions de famille, mais

c'est pas de la musique...


GISÈLE QUENNEVILLE

Publique.


MARCEL BENETEAU

Et puis c'est pas de la

musique qui a une valeur en soi,

comme musique. Et moi, c'est ça

que je voulais vraiment faire.

Parce que moi, bon... si vous

écoutez les chansons que je

chante, souvent, c'est pas des

choses qui swinguent. C'est pas

des chansons à répondre. Mais

les paroles sont intéressantes.

La musique est intéressante,

les mélodies et tout ça. Donc

moi, je voulais vraiment mettre

l'accent là-dessus. Les

valoriser comme pièces de

musique et puis comme textes

aussi.

Mais c'est pas quelque chose

qui... Bon, ça sera jamais

quelque chose qui va être très

populaire, je pense pas.

Mais par contre, y a beaucoup de

musiciens, depuis que j'ai fait

mes disques... Ça fait déjà

plusieurs années. Mais beaucoup

de groupes québécois qui ont

été piger dans mon répertoire

et qui ont enregistré de nos

chansons. Donc ça fait

connaître quand même le

répertoire de chez nous.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour revenir à chez nous,

quand vous étiez à l'école,

l'histoire qu'on apprenait,

c'était Jacques Cartier puis

Samuel de Champlain. C'était

l'histoire de la

Nouvelle-France. Aujourd'hui,

dans les écoles, est-ce qu'on

va un peu plus loin? Est-ce

qu'on parle de Cadillac et de

Pontiac dans les écoles de ce

coin de pays?


MARCEL BENETEAU

Bien...

peut-être un peu plus, mais en

général, je pense pas que ça a

beaucoup changé. Par exemple,

une nouvelle école française à

Windsor y a quelques années puis

on cherchait un nom et puis...

moi... Pas juste moi. Certaines

personnes avaient proposé des

noms de personnes locales. Mais

non, on a fini par nommer ça...

Michel Gratton. Donc moi, je

dis que c'est bien beau tout ce

qu'il a fait, mais pour les

gens de Windsor, est-ce que ça

leur dit vraiment quelque chose?

Ou est-ce que valoriser quelque

chose de leur culture locale,

quelque chose dont ils peuvent

être fiers. C'est nous autres

qui avons fait ça!


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi vous pensez

que c'est comme ça?

Est-ce que ça a toujours été un

peu comme ça?


MARCEL BENETEAU

Ça a toujours été un peu comme

ça. Je pense que... dans

beaucoup de cas, disons les...

les personnes... disons les

classes dirigeantes, les

personnes qui sont vraiment

engagées dans la francophone,

c'est souvent des gens de

l'extérieur. Et puis je pense,

ça revient à cette idée que la

culture, c'est quelque chose

qu'on doit... importer chez

nous. Et puis... ça va non

seulement pour la culture, mais

l'engagement politique, la

fierté, tout ça. Y a personne

qui pense qu'on peut aller

puiser ça dans des sources plus

près de chez nous.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez

découvert tout ce qu'il y a

à découvrir?


MARCEL BENETEAU

Oh, bien on peut jamais tout

découvrir ce qu'il y a à

découvrir, mais... Non. Non.

Parce que, effectivement, les

choses évoluent, les choses

changent. Disons, moi, ce que

j'ai fait, c'est... c'est

peut-être combler une certaine

lacune. Je veux dire, Germain

Lemieux a fait des enquêtes dans

le Nord de l'Ontario, Marius

Barbeau puis... Bon... au

Québec, Anselme Chiasson en

Acadie. Personne avait fait ça

chez nous et puis dans un

certain sens, moi, j'ai attrapé

la dernière génération de

cette... tous des gens qui sont

nés avant 1930, qui ont vraiment

grandi dans un monde, même

chez nous, qui était encore un

peu préindustriel et puis...

où c'était vraiment une culture

orale. J'ai pu attraper les

derniers représentants de cette

génération-là. Donc ça, c'est

pas mal fini. Et beaucoup de

ces choses-là ont pas été

transmises aux générations

suivantes. Mais ça veut pas

dire qu'on n'a pas toujours une

culture vivante qui reflète

notre réalité, avec toutes les

influences d'autres cultures,

d'autres langues, tout. Mais...

les gens ont encore des

coutumes. Ils ont leur façon de

faire les choses, leur façon de

parler et tout ça. Donc,

non, il reste encore beaucoup

de travail à faire,

je suis certain.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel Bénéteau, merci

beaucoup.

(Générique de fermeture)

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