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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Christian Pelletier : Graphic designer

The public art in Sudbury is largely thanks to efforts by Christian Pelletier. By day, Christian is a graphic designer, but by night, on the weekends, and in his free time, he finds ways to beautify his city of Sudbury. He studied Theatre at Laurentian University, but graphic design is how he makes his living. Using his artistic talents, he established the We Live Up Here group, a collective that adds colour to downtown Sudbury’s landscape.



Réalisateurs: Alexandra Levert, Simon Madore
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE présente CHRISTIAN PELLETIER en faisant une courte biographie. Des photos et des images d'archive illustrent le segment biographique.


GISÈLE QUENNEVILLE

S'il y a de l'art public à

Sudbury, c'est un peu grâce à

Christian Pelletier. De jour,

Christian est un designer

graphique, mais le soir, les

fins de semaine et pendant

tous ses temps libres, il trouve

des façons d'embellir sa ville.

Pourtant, Christian est né à

Sault-Sainte-Marie. Il y a

passé les premières années de

sa vie. Il n'avait que six ans

quand ses parents l'ont amené

manifester contre la décision

de la ville de se déclarer

unilingue anglophone. Quelques

années plus tard, les Pelletier

déménagent à Sudbury. C'est le

choc pour Christian qui se

retrouve dans une école de plus

de 1000 élèves. Mais

petit à petit, il trouve sa place.

Il fait des études en théâtre à

l'université Laurentienne, mais

c'est le graphisme qui lui

permettra de gagner sa vie.

Et c'est avec ses talents

d'artiste qu'il crée

« We live up here »,

un groupe qui ajoute

de la couleur dans le

paysage du centre-ville

de Sudbury.

(GISÈLE QUENNEVILLE rencontre CHRISTIAN PELLETIER chez lui, à Sudbury.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Christian Pelletier, bonjour.


CHRISTIAN PELLETIER

Salut, ça va?


GISÈLE QUENNEVILLE

Christian, vous, vous êtes

né à Sault-Sainte-Marie,

vous avez vécu là pendant un

certain nombre d'années. Vos

parents étaient de

Sault-Sainte-Marie?


CHRISTIAN PELLETIER

Mon père est de Hearst, ma

mère est née à Rouyn. Mais ils

se sont rencontrés au Sault et

ils habitent là depuis...

Je sais pas, mon père avait

14 ans quand je pense

qu'il est déménagé au Sault.

Mais la famille vient pas mal

du nord de l'Ontario.


GISÈLE QUENNEVILLE

OK. Maintenant,

Sault-Saite-Marie est connue

pour, évidemment, l'affichage,

la ville qui s'est déclarée

unilingue anglophone au début

des années 90. Vous, vous étiez

tout petit à l'époque, est-ce

que vous vous en souvenez?


CHRISTIAN PELLETIER

Vaguement. Comme je me

souviens de... manifester devant

l'Hôtel de Ville, à cinq ans,

avec mon petit drapeau canadien.

Mes parents nous ont un peu...

ils nous ont pas donné trop de

détails quand on habitait au

Sault. Je pense que c'était

assez sensible aussi puis ils

voulaient pas trop nous

emmerder dans cette

politique-là. Mais c'est en

déménageant à Sudbury, c'est

là que j'ai commencé à faire un

petit peu plus de recherches. Y

a un super bon livre, j'oublie

c'est quoi le nom, qui a été

écrit justement sur toute

l'histoire de Joe Fratesi, maire

à l'époque. Puis je me souviens

d'avoir lu ça puis d'être comme

choqué. C'est un livre qui a

été écrit par un anglophone qui

prenait la position des

francophones dans cette

affaire-là puis... Puis c'est

là que j'ai vraiment plus comme

compris l'envergure politique

de cette bibitte-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que tes parents sont

déménagés à Sudbury à cause

de ça?


[CHRISTIAN PELLETIER:] Non.

GISÈLE QUENNEVILLE

Non.


CHRISTIAN PELLETIER

Pas nécessaire... Je suis sûr

que ça a peut-être eu un

impact, mais tu vois, ça, ça a

eu lieu en 90, nous autres, on

est déménagés à Sudbury en

99-2000. Mais... je pense pas

que ça a eu un impact direct.

C'est sûr qu'on approchait

l'âge où on va commencer à

penser à l'université bientôt,

secondaire pour les jeunes.

Moi, ça faisait comme depuis la

maternelle que j'étais dans la

classe avec les mêmes trois

gars. Je pense que mes parents

voulaient qu'on ait la chance

d'évoluer un petit peu plus aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, t'es arrivé à Sudbury

à l'âge de 13 ans. J'imagine

que c'était presque le

secondaire. Est-ce qu'il y

avait plus que trois gars dans

ta classe?


CHRISTIAN PELLETIER

J'ai débarqué au collège

Notre-Dame où y a comme

1000 étudiants. Fait que...

y avait pas mal plus de monde.

C'était un petit peu le choc culturel.

Je pense que ça m'a fait du bien.

J'étais... tellement content

de quitter le Sault.

Ah, c'était « weird ». Je sais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'aimais pas ça là-bas?


CHRISTIAN PELLETIER

Je me sentais pas moi-même.

C'était... drôle comme place.

Je me souviens qu'en débarquant

à Sudbury, j'ai eu comme la

réflexion : « OK, minute ».

Au Sault, je faisais semblant

d'aimer le football, juste pour

comme « fit in » avec les autres

gars en classe. En débarquant

ici, j'ai juste dit: « Wô, ça

arrête là comme. Je vais être

qui j'ai le goût d'être puis je

vais prendre ma place puis

« that's it ».»


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as eu le goût être qui en

arrivant ici?


CHRISTIAN PELLETIER

Je suis encore en train de la

figurer celle-là. Je sais pas.

Je me suis impliqué au niveau

culturel, en musique, dans les

arts... J'ai eu le goût de

brasser des affaires, de

changer les choses puis de rêver

un petit peu puis de faire

du bien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que t'as découvert

en arrivant ici comme...

comme jeune de 13 ans?


CHRISTIAN PELLETIER

J'ai découvert une communauté

qui est très active comparé au

Sault. Comme communauté

francophone qui est très active

comme... En grandissant à

Sault-Sainte-Marie, c'est... y

a pas bien du monde. Ça se

passe à la messe et à l'école.

C'est plate, ça. C'est très

plate, ça. C'est pas une vie

culturelle, c'est une survie

culturelle. Fait que pour moi,

de déménager à Sudbury, c'était

la découverte d'une vraie

vie culturelle. De pouvoir

aller à des spectacles hors

école, de... de pouvoir

rencontrer du monde dans des

cafés, de pouvoir lire de la

poésie de Patrice Desbiens dans

un... un petit bar au centre-ville.

C'était... c'était ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

En pleine évolution culturelle,

qu'est-ce que t'as trouvé?

Qu'est-ce qui t'a accroché

au niveau culturel ici?


CHRISTIAN PELLETIER

Ce qui m'a accroché au niveau

culturel, je pense que c'est vraiment

le... c'était comme l'envers

de la médaille. Parce que

t'as comme... oui, t'as les spectacles,

t'as La Nuit sur l'étang,

t'as les festivals puis tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est des choses qu'on

connaît déjà.


CHRISTIAN PELLETIER

C'est des choses qu'on connaît

déjà, mais y a... je veux dire

comme la contre-culture. Pas

nécessairement complètement

contre-culture. Je parle pas des

gros rebelles puis tout ça, mais

d'aller, je sais pas, mais

d'aller à... Melting-Stock, qui

se passait dans le temps

dans la cour de Normand Renaud

qui travaillait à Radio-Canada

dans le temps, il faisait un

« party » une fois par année,

puis c'était dans sa cour,

c'était au centre-ville ici.

Moi, je débarque là à 16,

17 ans. Un ami qui m'a dit:

« Ah, tu viendras voir

cette affaire-là. »

Puis là, y a Patrice Desbiens

qui monte sur scène pour

réciter de la poésie, un jeune

Antoine Tremblay-Beaulieu qui

est en train de « jammer » avec

Robert Poisson puis toute la

gang et je découvre comme une

scène culturelle que je ne

connaissais pas à l'école, qui

ne faisait pas partie de... des

clichés franco-ontariens. Je

débarque là puis je découvre

comme du monde qui me ressemble.

Qui sont un petit peu « off » ,mais

qui sont cool en tabarouette.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quoi pour toi des

clichés franco-ontariens?

- « Oh, my God ».

Ça, je peux en parler

pendant un bout.

Je sais pas, je trouve ça

tellement quétaine la

franco-ontarie des fois.

Comme... ça fait un peu partie

de mon processus. Je veux dire,

j'ai commencé, j'étais bien

impliqué dans la FESFO, j'ai

comme grandi dans cette belle

bête-là. Puis à un moment donné,

j'ai juste eu un revirement

parce que j'étais rendu

allergique à notre place,

j'étais rendu allergique à...

à cette... à cette... je ne sais

pas, à cette industrialisation

de la culture franco-ontarienne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans quel sens?


CHRISTIAN PELLETIER

Dans le sens de... je ne sais pas,

les... les drapeaux à tout

bout de champ, les tatouages

sur le coeur, les... y avait

quelque chose qui ne résonnait

pas chez moi.

C'était très « fake ».

Je voyais des groupes comme

Swing qui débarquaient puis que

c'est le fun ce qu'ils font,

c'est tic, tic, tic, mais comme

qu'est-ce qu'ils disent

vraiment, on est loin...

on est loin des textes profonds

de CANO puis de Robert Dickson,

en train de revendiquer une culture...

Je ne sais pas, un...

On est loin de cette

effervescence culturelle-là où

tout est permis, où les gens se

permettent de rêver, où il y a

de la belle poésie.

Je pense que c'est un peu ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais tout ça, ça date quand

même du début des années 70.

Est-ce qu'on peut transposer ça

dans une réalité de 2010, 2015?


CHRISTIAN PELLETIER

Y en a plusieurs qui le font

encore. Je pense à Daniel Aubin

qui est un jeune poète de la

région ici. C'est des textes

très actuels qui... qui

mélangent le français et

l'anglais dans une espèce de...

c'est une nouvelle langue. C'est

des néologirouettes qu'il

appelle puis c'est super

actuel. Quand tu parles à des

jeunes ici dans la rue ou au

centre-ville puis tout ça,

c'est... c'est plus que juste

des rigodons. C'est... y a

quelque chose de vraiment cool,

vraiment ancré dans... dans

l'identité culturelle de la

région parce que l'identité

culturelle ici est pas

strictement francophone. Est

pas strictement anglophone, y a

une synergie entre les deux et

on est parfaitement correct

là-dedans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Christian, dans tes temps

libres, puis j'ai l'impression

qu'il n'y en a pas beaucoup,

mais quand t'en as, tu es un

DJ, un DJ masqué, c'est

quoi, ça?


CHRISTIAN PELLETIER

C'est un DJ qui fait semblant

d'être DJ. Non, je suis tombé

là-dedans par pure erreur.

On faisait des « partys »

chez des amis puis on

avait juste le goût de danser

du bon rock'n'roll, du garage,

du funk, des choses qu'on ne

pouvait pas nécessairement

danser dans les bars

« booty-booty », à Sudbury.

Fait que, oui, on a commencé

à juste fouiller dans nos collections,

à sortir des affaires intéressantes

puis... j'ai vite connecté avec

un de mes amis, Mathieu Joanisse,

quand il était à Ottawa, quand il

travaillait à l'APCM.

Puis on... nos goûts en musique

se complémentaient bien. Fait

qu'on a décidé de commencer à

faire ça pour le « fun », c'était

des « partys » à Contact ontarois

puis des affaires comme ça puis

ça a décollé.


CHRISTIAN PELLETIER

Du Tex Lecor, ça, ça marche

toujours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tex Lecor?!


CHRISTIAN PELLETIER

Sur le plancher de danse,

« Salut, les hippies. »


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas vraiment de ta génération.


CHRISTIAN PELLETIER

Non, non, moi, je suis ailleurs.

Je suis né à la mauvaise époque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça marche quand tu joues du

Tex Lecor dans un « party ».


CHRISTIAN PELLETIER

Ça dépend des tounes, mais

non, ça marche pas mal toujours.

C'est ça, je fais des soirées,

comme avec les DJ masqués,

c'est plus soirée franco.

Mais quand je fais des

soirées anglo, du Tex Lecor, ça

marche toujours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que t'as d'autres

là-dedans?


CHRISTIAN PELLETIER

Les habits jaunes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je les connais pas.

J'avoue que je ne connais pas.


CHRISTIAN PELLETIER

Ça, c'est plus groupe garage,

rock'n'roll. Encore, c'est

quelle année? Ça le dit-tu?

Fin des années 60, début années 70.

Les soeurs Dessurault.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les soeurs Dessurault chantent

le rétro en plus.


CHRISTIAN PELLETIER

Avec leurs beaux petits noeuds

papillon. Ça, c'est spécial

comme pochette. C'est

probablement ma pochette

préférée.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est-tu bon par exemple

la musique?


CHRISTIAN PELLETIER

Non, mais c'est drôle quand

même. Je mets ça une fois de

temps en temps. C'est quoi?

« Do you St-Tropez? »

Do you St-Tropez?

Je pense que ça a été fait en

84, mais elles font du...

années 60, 70.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ce qui était rétro en 84.


CHRISTIAN PELLETIER

C'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Christian, t'as dit tantôt

que tu t'es impliqué dans plein

d'organismes francophones à

l'école et même à l'extérieur

de l'école. Qu'est-ce que ça

t'a apporté, ça?


CHRISTIAN PELLETIER

Ça m'a apporté beaucoup.

Je veux dire, en quittant

Sault-Sainte-Marie, je venais

d'un trou noir culturel si on veut.

Pas complètement, j'exagère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je suis pas sûre que les

francophones de Sault-Sainte-Marie

aimeraient ça, t'entendre en ce moment.


CHRISTIAN PELLETIER

Mais non, mais comparé à

l'effervescence qu'il y a dans

la région de Sudbury, c'est

sûr que c'est quasiment pas

comparable. Moi, je me suis

lancé à fond, je suis débarqué

au secondaire, j'étais comme

« alright », telle ou telle affaire,

radio étudiante, FESFO, c'est

quoi cette affaire-là? Tout,

tout, tout. Débarque aux Jeux.

Je me suis beaucoup comme

amusé, beaucoup impliqué dans

ces affaires-là. Non, ça m'a

beaucoup amené. Ça m'a permis

de rencontrer du monde de

partout en province, de me

rendre compte qu'il y a des

réalités différentes un petit

peu partout en province.

De se sentir bien dans ces

différences.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es encore très francophone

et très fier de l'être, mais on

sent que t'es un peu moins

« raw-raw» par rapport à tout ce

qui est francophonie, j'ose

dire institutionnelle. Quand

c'est fait le déclic et pour

quelle raison?


CHRISTIAN PELLETIER

J'ai vraiment été d'un

extrême à l'autre pour finalement

aboutir un peu... dans le milieu

où je suis en ce moment.

Mais non, d'aller du

« raw-raw » ,ensuite, j'étais...

j'organisais les Jeux

franco-ontariens qui sont passés

à McDonald-Cartier. Mais j'ai eu

un déclic à un moment donné,

c'était l'année que

j'organisais les jeux. On a...

on nous a envoyés à... c'est

quoi? Lac Couchiching.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour le camp de leadership.


CHRISTIAN PELLETIER

Camp de leadership.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi aussi, je l'ai fait celui-là,

y a très longtemps.


CHRISTIAN PELLETIER

Le lendemain, on rentre dans

l'autobus puis là, y a des gens

de Thunder Bay qui disent:

« Au lieu de prendre votre vol,

vous allez prendre l'autobus

parce que... y a... les vols qui

ont été annulés. » Telle ou telle

affaire. OK, pas de problème.

On embarque dans l'autobus,

on chante notre place dans le bus.

Puis des chansons à répondre,

tout le kit, on débarque au

Tim Hortons à Parry Sound,

puis c'était le 11-Septembre,

y avait deux avions qui venaient

de se planter dans des tours

à New York. Puis... ç'a été

comme un méchant déclic

pour moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans quel sens?


CHRISTIAN PELLETIER

On passait une fin de semaine,

c'était comme l'extrême

francophonie à se regarder le

nombril. Puis là, de voir qu'il

y a comme... la troisième guerre

mondiale qui cogne à notre

porte. Puis c'était vraiment le

choc des mondes. Je me suis dit:

Minute, comme. Y a des plus

grands chats à fouetter que ça.

Oui, je suis Franco-Ontarien,

mais je ne suis pas que

Franco-Ontarien. Je suis aussi

membre d'une... d'une communauté

internationale. Je suis aussi

artiste, je suis aussi ça puis

c'est là que j'ai commencé à

comme me poser des plus grandes

questions puis me dire que ça,

c'est une composante qui est

importante pour moi. Mais ce

n'est pas que ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors t'as dit que t'es allé

à l'autre extrême, c'était

quoi, l'autre extrême?


CHRISTIAN PELLETIER

L'autre extrême, j'ai... moi

puis un de mes amis au secondaire,

on a fondé un blogue sur Internet.

Mais un blogue : c'était un forum

de discussion dans le temps.

C'était « tagueule.ca », la première

mouture. Y a eu une deuxième

mouture par la suite. On ne sait

plus, c'est encore sur Internet.

On voulait juste avoir une

discussion critique sur la

francophonie en Ontario. On

parlait de tout. Je veux dire,

on passait de arts et sciences

à littérature à des critiques

d'albums, mais c'était vraiment

un forum de discussion.

Tout le monde pouvait garrocher

n'importe quoi. Les gens

commentaient. Puis ça a pogné

comme c'était fou. Puis je me

suis dit: « Ça fait tellement

du bien. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Les gens parlaient de quoi?


CHRISTIAN PELLETIER

Ils parlaient de tout, ils

parlaient de... c'était très

ados. Fait qu'il y avait des

jeunes de partout en province

ou des jeunes adultes, mais ils

discutaient vraiment de... ils

critiquaient les albums, ils

critiquaient des affaires, des

artistes. Y avait comme une

espèce de ton que c'est pas

parce que c'est franco-ontarien

que c'est nécessairement bon.

Puis c'est correct, ça. Si on

continue à faire semblant que

tout est rose, que tout est

bonbon, on va pas évoluer comme

culture. Mais c'était important,

je pense, d'avoir cette espèce

de discussion-là sur une

place publique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on regarde cette

francophonie avec des lunettes

rose bonbon, est-ce que c'est

encore le cas aujourd'hui?

C'est-à-dire, est-ce que le

leadership franco-ontarien voit

encore la francophonie comme

étant quelque chose de parfait,

on est beaux et on est fins.


CHRISTIAN PELLETIER

Non... il y a une évolution

qui se fait, c'est sûr. Comme

je regarde... je vais prendre

la FESFO en exemple, juste parce

que c'est un organisme avec qui

j'ai beaucoup travaillé quand

j'étais jeune puis je connais

encore des gens qui travaillent

là. Puis y a eu une évolution

qui se passe puis y en a encore

une qui se passe. Là, c'est pas

strictement ça, ils parlent

beaucoup de question

d'environnement, question de

« bullying » dans les écoles puis

tout ça. C'est plus grand que

juste le fait français. Ça, je

trouve ça très intéressant parce

que là, on est rendu ailleurs,

on est rendu justement à ce

déclic-là que moi, j'ai eu le

11-Septembre où c'était comme

minute, là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais si on fait ça, est-ce

qu'on est encore différent en

tant que Franco-Ontariens?

Jusqu'à ce moment-là, tout se

concentrait sur la langue.

Maintenant, si on se concentre

sur d'autres choses, est-ce

qu'on garde notre spécificité?


CHRISTIAN PELLETIER

Je ne sais pas, je ne sais pas

si c'est important de se la

poser, cette question-là. Moi,

je suis comme... être

francophone pour être

francophone, ça me dit

absolument rien. Mais je sais

pas si je réponds à ta question

dans le fond.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je t'en pose une autre.

Comment tu décrirais la

francophonie de Sudbury?


CHRISTIAN PELLETIER

Euh...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ou est-ce qu'il y a une

francophonie à Sudbury ou il y

en a plus qu'une?


CHRISTIAN PELLETIER

Je ne pense pas qu'il y a une

francophonie à Sudbury, je pense

qu'il y a plusieurs échelons. Y

a... c'est très dynamique parce

qu'il y a plusieurs gens qui

viennent de l'extérieur, qui

débarquent ici. J'ai plein

d'amis qui sont venus à Sudbury

pour travailler à Radio-Canada,

qui ont fondé une famille. Puis

après ça, t'as comme... les

gens de la région, après ça,

au niveau sociologique,

généralement, c'est les... t'as

besoin d'un parent qui est fort

en français pour que les enfants

continuent dans cette

langue-là. Si t'as deux parents

qui sont le moindrement

francophones et qu'ils se font

élever au Moulin-à-Fleur,

les chances sont que l'enfant

va continuer en anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

En anglais.


[CHRISTIAN PELLETIER:] Oui.

GISÈLE QUENNEVILLE

OK.


CHRISTIAN PELLETIER

Puis y a une dynamique qui est

comme, je sais pas, qui est

particulière. Je ne pense pas

que les gens se posent la

question plus qu'il faut non

plus, est-ce que je suis ci ou

est-ce que je suis ça? Je pense

que c'est correct. Je ne sais

pas, je ne sais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que t'as déjà pensé à

faire ta vie ailleurs, à

Toronto, à Ottawa ou à Montréal?


CHRISTIAN PELLETIER

Oui, j'y ai pensé, Montréal.

Moncton, j'aime beaucoup

Moncton. Mais je suis bien ici,

je trouve ça cool comme place,

Sudbury. C'est « weird », c'est

« trash », c'est beau, y a du beau

monde, c'est... c'est une ville

qui est « tough » à aimer,

mais une fois qu'elle t'aime,

elle te lâche pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

On est en train de regarder

le livre de « We live up here ».

Comment t'as choisi les photos?


CHRISTIAN PELLETIER

On a demandé aux gens de la

communauté de nous envoyer des

photos. Sur une période de six

mois environ. On a donné des

thèmes assez vagues. Au centre

du livre, on a vraiment tous

les thèmes qu'on avait identifiés.

« Chain Stores and Parking Lots. »

Tout ce qui est nature, camping,

les lacs parce que,

« my God » ,au début, on

recevait que des photos de

lacs, puis on s'est dit...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas ça, Sudbury.


CHRISTIAN PELLETIER

Oui, c'est ça, mais en même

temps, c'est beaucoup plus que

ça. On a reçu près de 1500 photos

puis on avait juste la place

pour comme... 200, 300 photos.

Fait que là, on a juste...

la sélection s'est faite,

c'était moi et Andrew ensemble,

puis on... à l'ordinateur,

oui, non, non, non, oui.

C'était très intuitif comme

processus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand les gens disent:

« Ah, Sudbury, c'est pas

une belle ville, c'est plate,

y a rien à faire là-bas ».

qu'est-ce que tu leur dis?


CHRISTIAN PELLETIER

Ils ont pas complètement tort

de dire que c'est pas

nécessairement la plus belle

des villes, mais c'est le monde

qui fait la ville, c'est comme...

c'est une ville minière.

Faut que tu creuses

pour vraiment trouver, trouver

le beau et le bon. C'est pas...

à première vue, quand tu

conduis sur le Kingsway, c'est

pas beau. Mais quand tu... quand

tu donnes une chance à la ville de...

de te montrer ses couleurs

un petit peu, c'est là que tu vois

vraiment le... le coeur de la ville.

Je ne sais pas, y a une scène culturelle

qui est en évolution constante,

tant du côté francophone qu'anglophone.

Puis y a un beau renouveau qui

se passe justement au centre-ville,

c'est le fun de le voir.

Moi, j'ai déménagé au centre-ville

quand j'avais 18 ans, puis c'était...

c'est pas pantoute le même

centre-ville qu'astheure,

dix ans plus tard.

C'est le « fun » de faire partie

de... c'est un canevas qui est

vide, mais c'est un canevas qui

est là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Christian, t'as étudié le théâtre,

à l'université Laurentienne,

je pense, mais tu gagnes aujourd'hui

ta vie principalement comme artiste

graphiste. Qu'est-ce qui s'est passé?


CHRISTIAN PELLETIER

J'ai payé pour mes études en

théâtre en faisant du graphisme.

C'est ça qui s'est passé.

Non, je sais pas, j'ai commencé

en théâtre au secondaire,

avec les Draveurs,

McDonald-Cartier, puis après ça,

j'ai pris comme une année

de congé puis je me suis dit:

« Ça me manque ». Fait que c'est le

programme d'art d'expression à

l'université Laurentienne dans

le temps qu'il existait. C'était

un programme de, oui en théâtre,

mais qui était vraiment basé

autour de la création. Quand

j'ai commencé en théâtre

justement, je payais pour mes

études en faisant du graphisme

« on the side ». Puis finalement,

après trois, quatre ans, je me

suis dit: « Minute, ça paie bien,

cette affaire-là, je vais

comme... au lieu de me faire

payer pour... de payer pour

apprendre, je vais aller me

faire payer pour apprendre. »

J'ai quitté le programme de

théâtre puis j'ai tout de suite

été travailler pour une boîte

de communication ici en ville

à faire du graphisme. Ça a comme

pas arrêté depuis.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es aussi très impliqué dans

tout ce qui est art public,

d'où est venu cet intérêt-là?


CHRISTIAN PELLETIER

Ça a commencé autour d'un

projet de livre. On a fait un

livre de photos avec un de mes

amis, Andrew, où on voulait

vraiment représenter un côté de

la ville qui était un petit peu

plus vrai. Pas juste les photos

de lacs, clichés de Sudbury ou

les roches ou... Fait qu'on a

voulu capturer ça, on a créé un

livre de photos où on a demandé

à tous les gens de la communauté

de nous envoyer des photos.

Puis on a créé une espèce de

« momentum » avec ce projet-là

dans la communauté. Les gens

avaient des grandes attentes, ils

aimaient beaucoup ce qu'on

faisait, on a ré-inspiré un peu

l'identité culturelle de la

région. On s'est dit, on veut

pas nécessairement arrêter là

puis un livre, c'est bien le

fun , on en a vendu 1500

exemplaires, mais c'est

seulement 1500 personnes qui

ont nécessairement... vu le

livre. Mais l'art public, l'art

public, là, tu vas chercher tout

le monde, c'est inspirant,

c'est gros, c'est beau puis

pour une ville qui a

des grands problèmes

d'estime de soi comme Sudbury,

l'art public, ça fait sourire

puis c'est une grande muraille

qui dit : « You are beautiful »

en sortant du YMCA,

ça te fait sourire,

ça te fait du bien.

Fait que c'est un peu dans cet

esprit-là. Puis on s'inspire

beaucoup d'ailleurs. Je pense

que c'est un peu ça derrière le

projet « We live up here »,

le projet d'art public.

C'était vraiment d'importer

la meilleure culture d'ailleurs

puis d'exporter le meilleur de

Sudbury aussi à l'extérieur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi « We live up here »,

pourquoi ce titre-là? C'est

comme ça que vous vous

identifiez, c'est un groupe,

c'est...?


CHRISTIAN PELLETIER

Là, c'est rendu plus un collectif,

ou une entreprise sociale,

on arrive mal à se définir

parce qu'on est... techniquement

on est installés... on est comme

une entreprise, mais en même temps,

on fait pas de profit, l'argent

retourne vers les projets d'art

public. Pourquoi

« We live up here? »

Parce que... je ne sais pas,

y avait une belle résonance,

puis le « up here », on dit souvent :

« Ah, tu montes-tu à Sudbury? »


GISÈLE QUENNEVILLE

(propos en anglais)

I'm going up north.


CHRISTIAN PELLETIER

C'est ça, « up north ».

Fait qu'il y a l'idée du « up »

qui est positive aussi, qui est

haut, c'est pas « down » ,

c'est « up ». Puis c'était

très simple, inspirant,

puis c'est « we live »,

c'est pas... c'est pas...

je survis, je travaille,

c'est pas, on vit ici.

Y a un grand désir de se

surpasser, je pense, dans ces

quatre mots-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça a été accueilli,

ces projets-là, ces murales-là?


CHRISTIAN PELLETIER

C'est fou, l'enthousiasme a

été contagieux dans la ville.

On s'attendait pas à

grand-chose. Quand on a annoncé

qu'on allait faire le projet de

livre, à la pré-vente,

« sold out » en trois jours.

À faire notre lancement

à la fromagerie Elgin,

puis qu'il y ait 100 personnes

en ligne autour du coin pour

essayer de rentrer à la fête.

On a réussi à toucher une

corde sensible que je pense que

les gens de Sudbury savaient

même pas qu'ils en voulaient.

Un mur blanc, tu l'aperçois même

pas. Mais la minute qu'il y a

quelque chose d'inspirant

dessus, une murale, de la

couleur, tout à coup, tu

remarques le mur et tu en veux

plus. Puis tant qu'il n'y en

avait pas, les gens en voulaient pas

et ils ne savaient pas qu'ils en

voulaient. Oui, c'est juste le

« fun » de voir un petit

projet bébé comme ça. Le livre à la base,

c'était comme on voulait... on

voulait l'aimer Sudbury parce

qu'on savait qu'on l'aimait

puis on était tannés de chialer

sur la ville fait qu'on s'est

dit: peut-être que si on

transfère un peu de cette

énergie négative-là dans de

l'énergie positive, on pourrait

en inspirer d'autres et c'est ce

qu'on a vu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment tu choisis ou

comment le groupe choisit de ce

qui va sur les murs... parce

que c'est sensiblement le

centre-ville.


CHRISTIAN PELLETIER

Oui, oui. Comment on décide,

on est... c'est principalement

moi et Andrew Knapp. C'est

drôle, j'ai été au secondaire

avec Andrew puis je le

connaissais même pas

puis c'est pas avant

que des années plus tard...

« Ça serait le fun si on travaillait

ensemble. » Mais... oui, y a une

composante qui est très comme

photos d'archives où à un moment

donné on a mis un char de

course sur le Kingsway qui

est comme l'artère principale

puis ça disait juste

« What's the Rush? »

Là, on a mis un couple en

canotage en train de faire du

canot sur le Kingsway.

Y a un côté qui est très

« quirk », on veut faire

sourire les gens. On s'amuse

beaucoup avec l'histoire

de la place aussi. Une autre

murale qu'on a faite, c'est les

yeux sur Sainte-Anne. Où là,

c'est... on a rencontré des

gens puis y a...

Le Carrefour francophone

avait un édifice, mais avant ça,

c'était l'hôpital Saint-Joseph,

c'était le premier hôpital

à Sudbury. Fait qu'on a

rencontré des gens qui ont

travaillé à l'ancien hôpital

Saint-Joseph jusqu'à sa

fermeture en 75. On a fait des

entrevues d'une heure avec puis

après ça, on leur a demandé si

on pouvait les prendre en

photo. On prenait vraiment

juste leurs yeux. Fait que là, y

a comme cinq grandes paires

d'yeux qui longent le mur. C'est

comme noir et blanc, c'est très

« crisp ». Je pense un peu

que ça s'installe dans

cette même... Nous autres,

on veut inspirer, oui,

mais on veut que les gens

aiment leur ville aussi, parce

que quand t'aimes quelque chose,

tu la gardes propre, tu

balaies ton trottoir, tu...


GISÈLE QUENNEVILLE

Si t'étais maire de Sudbury,

même pas maire, si t'étais

super riche puis que t'étais

mécène et que tu voulais faire

quelque chose pour changer ta

ville, améliorer ta ville,

qu'est-ce que ce serait?


CHRISTIAN PELLETIER

Oh my God!

Je me suis déguisé comme la

mairesse pour l'Halloween.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle l'a su, ça?


CHRISTIAN PELLETIER

Elle l'a su.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment elle a trouvé ça?


CHRISTIAN PELLETIER

Euh... là, elle en rit, mais

elle a pas ri dans le temps...

Je connais des gens qui

travaillent pour elle qui ont

dit: « On a tout fait pour pas

qu'elle voie la photo. »


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine que c'était pas

très flatteur.


CHRISTIAN PELLETIER

Ah bien, c'est une mairesse,

je suis un homme, fait que...


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle était un peu poilue.


CHRISTIAN PELLETIER

Je me suis rasé la face puis

je me suis rasé les jambes

aussi, c'était assez spécial.

Mis à part, euh... l'art public,

je trouve ça inspirant,

je trouve que ça marche. Moi,

je pense que d'avoir vu des

gens arrêter pendant qu'on

travaille sur la murale, juste

pour nous remercier. C'est une

chose de dire:

(propos en anglais)

« It's looking good,

it's looking good",

mais de voir quelqu'un

qui arrête pour dire

« thank you ». Merci, tu

sais. Pour moi, ça a un impact

réel dans sa communauté puis

c'est pour ça que comme quand

les gens me demandent:

« Vas-tu te lancer en politique

à un moment donné? »

Non, je ne vais pas,

parce que j'ai plus d'impact

à faire ce que je fais

tout de suite que si j'étais en

politique. Je pense en tout cas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Christian Pelletier,

merci beaucoup.


CHRISTIAN PELLETIER

Merci à toi.

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