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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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René Cormier : Multidisciplinary Artist

He is a comedian, filmmaker, musician, and composer, as well as an entertainer, artistic director, and cultural manager – René Cormier has done a little of everything, and can be considered a genuine one-man orchestra!



Réalisateurs: Alexandra Levert, Linda Godin
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Sur une succession de photos de RENÉ CORMIER, L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE en fait une courte présentation biographique.


GISELE QUENNEVILLE

(hors champ)

Il est comédien, metteur en scène,

musicien et compositeur.

Il est animateur, directeur

artistique et gestionnaire

culturel.

René Cormier touche à tout et

fait de tout. Un véritable

homme-orchestre.

Il est né à Caraquet, au

Nouveau-Brunswick, le septième

de 11 enfants. Jeune, il

faisait du théâtre, de la

musique et du patinage

artistique. À l'âge de 17 ans,

il part à Montréal étudier la

musique. Une dizaine d'années

plus tard, il va chercher une

formation en théâtre, à Paris.

En 40 ans de carrière,

René Cormier a participé à plus

de 120 productions. En théâtre,

en musique et en danse.

René Cormier aurait pu

s'installer à Paris ou à Montréal,

mais il a préféré rentrer chez lui,

en Acadie.

Il vit aujourd'hui à Caraquet

avec son conjoint, et c'est à Moncton,

au Centre culturel Aberdeen,

que je le rencontre aujourd'hui.

(GISÈLE QUENNEVILLE arrive au Centre cultlurel Aberdeen. Elle y entre. Dans la salle de spectacle du Centre culturel Aberdeen, GISÈLE QUENNEVILLE tient une entrevue avec RENÉ CORMIER.)


GISELE QUENNEVILLE

René Cormier, bonjour.


RENÉ CORMIER

Bonjour.


GISELE QUENNEVILLE

Quand on vous demande ce que

vous faites dans la vie,

qu'est-ce que vous répondez?

Vous savez pas quoi répondre!


RENÉ CORMIER

Je sais pas quoi.

C'est-à-dire que je sais pas

quoi répondre. C'est-à-dire que

ça dépend des moments

où on me pose la question.

Comme je travaille sur

différents types de projets,

évidemment, mes réponses

peuvent être différentes.

Mais c'est vrai que c'est

toujours... Peut-être le trait

d'union de tout ça, c'est le

fait que je suis impliqué dans

le domaine des arts.

Plus spécifiquement, en musique

et en théâtre, mais en fait, ce qui

me passionne réellement, c'est

la rencontre avec les autres.

Les arts, ça me permet de faire

ça à travers toutes les

fonctions que j'occupe.


GISELE QUENNEVILLE

Quand vous étiez petit,

qu'est-ce que vous vouliez

faire?


RENÉ CORMIER

Quand j'étais petit, je

voulais être danseur. Je crois

que profondément, j'ai une âme

de danseur. Encore aujourd'hui,

à l'âge que j'ai, je crois que

si j'avais eu l'occasion d'être

danseur, je pense que c'est ce

qui me passionne. Le mouvement,

le corps, me passionne

beaucoup. Donc évidemment,

en même temps, je suis un

passionné de la langue

française, j'adore la langue

française, et en même temps,

c'est un petit peu un paradoxe,

je pense que mon mode

d'expression le plus naturel,

c'est de bouger, tout

simplement.


GISELE QUENNEVILLE

Et pourquoi ç'a pas marché,

la danse?


RENÉ CORMIER

Ç'a pas marché parce que je

viens d'un tout petit milieu

puis qu'à l'époque, on était

dans un autre siècle, y avait

pas de cours de danse chez

nous. Il fallait faire une distance.

Je viens d'une famille nombreuse

où on avait déjà beaucoup

d'occupations avec ce qu'on faisait.

Donc, ç'a pas été possible.

J'en ai fait plus tard, mais en fait,

évidemment, pour mon plaisir.


GISELE QUENNEVILLE

Pourtant, je pense qu'il y

avait quand même beaucoup

de musique chez vous, beaucoup

de théâtre même chez vous?


RENÉ CORMIER

Oui, beaucoup de musique,

beaucoup de théâtre, parce que

mes parents... En fait, mon

père était un artiste un peu

dans l'âme, même si à l'époque,

évidemment, on faisait pas

carrière. C'était quelqu'un qui

avait la passion de la musique,

la passion du théâtre, la

passion de l'Acadie.

Et ma mère aussi, d'ailleurs!

Mais c'est quelqu'un

qui a beaucoup; et je le

réalise aujourd'hui avec mon

parcours; que c'est quelqu'un

qui a beaucoup marqué

profondément mes aspirations

et ma vie. Et bon, on se

questionne toujours tous par

rapport à nos origines, par

rapport à ce que nos parents

nous ont légué. Là, moi,

je suis en plein dedans,

en ce moment, à réaliser tout ce que

mon père a pu me léguer.


GISELE QUENNEVILLE

Vous avez une soeur

qui est arrivée chez vous

avec un piano.


RENÉ CORMIER

Oui! C'est vrai! Puis ça a un

peu été un moment charnière

puisque mes parents, qui avaient

des âmes assez généreuses,

parce que bon, je suis issu

d'une famille de 10 enfants,

ma mère a même perdu

quelques enfants en plus, donc

ça veut dire qu'on était une

famille nombreuse, et mon père,

qui est devenu travailleur

social à la dernière période de

sa vie, était aussi très soucieux

du bien-être des gens autour

de lui. Donc, il a... mes parents

ont adopté une fille,

qui est arrivée à l'âge

de 13 ans chez nous avez un piano.

J'avais, moi, 5 ans, puis

c'était cette étrange machine

qui est entrée dans la maison,

mais en fait, qui est devenue

vraiment mon plus grand ami,

parce que en fait, le piano est

devenu l'espace où je me

retrouvais à tous les moments

du jour, à la fois pour célébrer,

à la fois pour fêter,

à la fois pour exprimer mes

moments joyeux comme mes

tristesses. En fait, c'est vraiment

devenu mon mode d'expression.

Pendant des années,

ç'a été le centre vraiment de ma vie.


GISELE QUENNEVILLE

Vous avez étudié la musique,

finalement.

C'était à l'UQAM, à Montréal.


[RENÉ CORMIER:] Oui, oui.

GISELE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que cette formation

en musique vous a permis

de faire?


RENÉ CORMIER

Cette formation-là, classique,

m'a donné, je crois, des outils

sur le plan de la rigueur, sur

le plan de la concentration

parce que je suis quelqu'un

naturellement d'assez gourmand.

Donc je vais dans toutes les

directions. Alors, d'être assis

à un piano pendant huit heures

par jour, à répéter, seul dans

son studio, ça nous amène dans

un espace intime assez

important où on apprend, en fait,

à canaliser à la fois son

énergie débordante, à la fois

son désir d'exprimer quelque

chose, de vouloir être aimé,

de... tout ça se mélange, hein?

Donc, ça m'a apporté ça,

vraiment profondément.

Et ça m'a permis d'aller à la

rencontre des autres.

C'est-à-dire à faire de la

musique avec plein de gens.

Donc à être dans cet esprit

familial et collectif que j'ai

vécu chez moi pendant toute mon

enfance. Le seul défi, c'est

qu'un jour, j'ai eu envie de me

lever, parce qu'au piano,

on ne parle pas et j'ai réalisé que

j'avais très envie de parler,

de raconter aussi.


GISELE QUENNEVILLE

Vous avez fait une tournée

avec Édith Butler, je pense, très jeune.


RENÉ CORMIER

En fait, j'ai travaillé avec Édith

pendant deux ans et demi.

Ç'a été, ça aussi un moment

charnière dans ma vie puisque

ç'a été le début de ma vraie vie

professionnelle, en fait.

J'étais à l'époque aux études à

l'Université du Québec à Montréal

et Édith, un jour, m'a téléphoné

parce qu'elle cherchait un pianiste.


GISELE QUENNEVILLE

Acadien, en particulier?


RENÉ CORMIER

Pas forcément.


GISELE QUENNEVILLE

Ça tombait bien.


RENÉ CORMIER

Ça tombait bien. Et puis

j'avais peut-être 19 ans, à l'époque.

Et puis, je suis devenu

son pianiste pendant deux

ans et demi. Puis c'est vrai

qu'avec elle, j'ai appris

beaucoup, beaucoup, beaucoup

de choses de la vie

professionnelle puisqu'elle

était elle-même évidemment un

peu au « peak » de sa carrière.

Elle était à un moment... donc

on a fait des tournées en Europe,

on a... et j'ai travaillé avec

des musiciens professionnels

vraiment importants. Et j'ai compris

aussi ce que ça voulait dire

faire de la scène. Donc, Édith,

qui est une femme de scène

formidable, j'ai beaucoup appris

d'elle avant même d'avoir fait

des études en théâtre,

j'ai beaucoup appris

juste à la côtoyer, puis à la

voir agir avec le public.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est ça qui vous

a donné, justement, la piqûre du

théâtre? Parce qu'à un moment

donné, vous êtes allé chercher

une formation en théâtre.


RENÉ CORMIER

Oui, bien je l'avais.

La piqûre du théâtre, ça

avait toujours fait partie de

ma vie puisque, étant jeune, je

faisais du théâtre chez nous

aussi. Le Théâtre populaire d'Acadie

est arrivé chez nous en '73.

Et très vite, moi, j'ai été impliqué.

Mais évidemment,

j'étais impliqué un peu comme

artiste amateur en théâtre.

J'ai fait un jour un spectacle

avec Viola Léger, qui

s'appelait « L'alambic »,

et ce jour-là, je disais à Viola:

« J'ai envie du théâtre. »

Elle me dit: « Faut que t'ailles te

former. » Puis elle m'a suggéré

d'aller à l'École Jacques-Lecoq,

à Paris, où elle était allée.

C'est comme ça que mon envie, à la fois

d'aller vivre en Europe, parce

que j'avais vraiment envie

de traverser l'océan et de vivre

ailleurs et en même temps, mon

désir de faire du théâtre s'est

canalisé à ce moment-là.


GISELE QUENNEVILLE

Et bon, vous êtes quand même

resté quelques années à Paris,

en Europe. Est-ce que vous

aviez le goût d'y rester?


RENÉ CORMIER

Oui! Oui, en fait, c'est fou,

hein? Parce qu'on vit un peu un

choc culturel. Puis je pense

qu'on est plusieurs à avoir vécu

ça. En fait, c'est... donc moi,

j'étais convaincu que je ne

reviendrais plus. J'étais rendu,

d'ailleurs, plus parisien que

tous les Parisiens. Vous

m'auriez rencontré à cette

époque-là, vous auriez pas

reconnu mon accent. Parce qu'en

fait, j'étais complètement baigné

dans la culture française et j'étais...

puisque je faisais une école

internationale, c'était fascinant

parce qu'on avait l'opportunité

d'aller vraiment travailler partout.

Donc pour moi, pourquoi pas, aller

travailler en Suède ou

rester en France ou

aller en Espagne? Y avait

toutes ces opportunités là, à

l'époque, qui s'ouvraient à

moi. Puis j'avais la conviction

que dans le fond, j'avais pas

grand-chose à faire en Acadie,

à l'époque.


GISELE QUENNEVILLE

Mais là, vous avez décidé

de rentrer.


RENÉ CORMIER

La vie m'a ramené, la vie m'a

ramené ici. En fait, c'est fou

parce que c'est un peu le sens

qu'on donne aux actions qu'on fait.

Moi, je me disais: Tant

qu'à m'impliquer, tant qu'à

faire quelque chose... Pour moi

c'est fou parce que le théâtre,

ça avait pas de sens pour moi

si je le faisais à l'extérieur

de l'Acadie.


GISELE QUENNEVILLE

Et quand vous êtes rentré

ici, qu'est-ce que vous avez

trouvé?


RENÉ CORMIER

En fait, quand je suis arrivé ici,

paradoxalement, la vie

m'a amené ailleurs, parce

que je suis devenu animateur à

la télévision de Radio-Canada

pendant plusieurs années.

Pendant cette période-là, j'ai

eu l'occasion de m'impliquer

beaucoup dans les organisations.

Donc j'étais à l'origine de la création

du Conseil des arts du

Nouveau-Brunswick et d'autres

organisations, comme

l'Association acadienne des

artistes professionnel(le)s.

Donc ça m'a permis, puisque

j'avais ce travail à Radio-Canada,

qui me passionnait aussi,

j'avais l'occasion de participer

à la création de beaucoup d'organismes.

Puis c'était un moment assez

foisonnant, à ce moment-là, de

création. Donc j'ai fait ça

avant de prendre la direction

du Théâtre populaire d'Acadie...

un jour de janvier '93, je crois.


GISELE QUENNEVILLE

René Cormier, comment vous

décririez le public acadien?

Est-ce qu'il est différent des

autres publics?


RENÉ CORMIER

Je sais pas s'il est différent,

mais en tout cas, il est curieux.

Ça, c'est clair que le public acadien,

de façon générale, je crois, aime les

activités culturelles, puis il

est assez curieux de découvrir.

En même temps, c'est comme

partout, c'est-à-dire qu'on

aime aussi avoir ses zones

confortables où on se retrouve

dans des formes d'art plus

familières, je dirais. Mais

l'enjeu du public acadien,

je pense que c'est plus

l'accessibilité à toutes les

formes d'art. C'est pour ça

que ce travail terrain est

si important, c'est parce qu'il

faut donner accès. On apprend à

découvrir, à goûter, dans la

mesure où on a accès aux mets.

C'est la même chose pour

les arts. Donc on a beaucoup

accès à la musique,

accès au théâtre aussi, mais il

faut avoir accès à toutes les

formes d'art. Et je pense que...

C'est ce que moi je souhaite

pour le public acadien.


GISELE QUENNEVILLE

René Cormier, vous auriez pu

vivre en Europe, mais vous avez

choisi l'Acadie. En fait, vous

vivez aujourd'hui dans votre

village natal. Qu'est-ce que

c'est pour vous l'Acadie?

Qu'est-ce que c'est pour vous

d'être acadien?


RENÉ CORMIER

En fait, c'est une grande

question parce que je crois

qu'on a tous un...

On a tous quelque chose

qui nous porte à l'intérieur

et qui guide notre vie de façon

consciente ou inconsciente.

Moi, j'ai toujours l'impression

d'avoir été pris en otage par

l'Acadie, en fait. L'Acadie pour

moi, ça donne un sens

à ce que je fais. Donc être

Acadien, c'est sûr que c'est

faire partie de cette culture-là,

qui est plus diversifiée qu'on l'imagine.

L'Acadie, je pense qu'on l'a

résumée longtemps à cette

question de peuple qui a été

déporté. Mais je pense que

l'Acadie actuelle, elle est

foisonnante, elle est de plus

en plus diversifiée. En fait,

se disent Acadiens, des

francophones qui participent au

développement de la société

acadienne. Donc, c'est à la

fois, l'Acadie, un espace

politique, bien sûr. Mais c'est

en même temps une identité

culturelle. On sort à peine du

Congrès mondial acadien. On le

voit à quel point les gens

adhèrent à un ensemble de

valeurs. Et puis comme on est

très inclusifs, c'est vrai que

pour nous, qui se dit acadien

devient acadien. C'est un peu

notre prétention, les Acadiens!


GISELE QUENNEVILLE

Vous allez en assimiler!


RENÉ CORMIER

Herménégilde Chiasson, dans

une pièce que j'ai jouée de lui,

disait, il faisait dire au

personnage principal, « Y a un

milliard d'Acadiens en Chine.

Le seul problème, c'est qu'ils

savent pas qu'ils sont acadiens. »

Donc voilà! Alors c'est ça

un peu l'Acadie aussi, c'est vrai.


GISELE QUENNEVILLE

Parlons un peu de théâtre,

et de ce théâtre acadien.

Quel genre de théâtre

est-ce qu'on fait ici?


RENÉ CORMIER

En fait, y a un théâtre ici...

Il s'est fait... Comme un peu

partout dans la francophonie,

il y a à la fois eu un théâtre

très identitaire au départ,

très ancré sur la question

de l'identité et qui évidemment,

s'est développé, puis qui a évolué

aussi. Alors aujourd'hui, en 2014,

le théâtre qui se fait en Acadie,

comme celui qui se fait

ailleurs dans la francophonie

canadienne, c'est un théâtre où

les préoccupations qui sont

amenées sur scène, sont des

préoccupations parfois très

individuelles, très intimes. Des

questions sur l'être humain,

sur sa place dans le monde,

sur la relation à l'autre. Et c'est

pas forcément un théâtre qui

est ancré dans l'identité

acadienne, avec une langue...

la langue aussi qui est parlée

sur scène aujourd'hui,

elle est très diversifiée.

Et notre défi, c'est justement

de s'assurer que toute cette

diversité-là, autant au niveau

théâtral que d'autres, elle

apparaisse dans toute sa

diversité. Qu'on ne réduise pas

le théâtre acadien à une chose

unique, qui est un théâtre très

identitaire.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est difficile de

faire ça, par contre?


RENÉ CORMIER

C'est-à-dire que c'est difficile,

je crois, de s'assurer que

ce théâtre-là,

que cette prise de parole-là

puisse rayonner. Rayonner

partout et pas seulement ici.

C'est-à-dire que c'est vrai que

quand on est de l'extérieur et

qu'on regarde l'Acadie, on

s'intéresse souvent à ce qui

est le plus exotique. Donc on

va s'intéresser parfois à ce

qui est plus proche d'une

identité historique, avec une

langue... Alors que aujourd'hui,

cette expression-là a besoin de

rayonner, puisque ce regard-là

que les artistes posent sur le

monde... Elle est pas... elle

part d'ici, de l'Acadie, mais

elle s'élargit aujourd'hui.

Alors c'est ça, à la fois, le

défi et en même temps la

richesse.


GISELE QUENNEVILLE

Vous, vous avez dirigé

l'Association des théâtres

francophones du Canada.

Et une des premières choses

que vous avez faites, en

arrivant là, c'était de changer

le nom de l'organisation.


[RENÉ CORMIER:] Oui.

GISELE QUENNEVILLE

Vous l'avez changé à quoi

et pour quelle raison?


RENÉ CORMIER

En fait, on l'a changé parce

qu'à l'époque, ça s'appelait

l'Association des théâtres

francophones hors Québec.

Alors se définir par ce qu'on

n'est pas, je pense c'est le

pire des états. C'est de dire:

je suis pas ceci, je suis pas

cela. Mais qu'est-ce que je suis?

Donc l'idée que nous sommes

des théâtres, c'est des

théâtres francophones du

Canada. Maintenant, que les

théâtres québécois ne prétendent

pas être des théâtres

francophones du Canada,

ce n'est pas le problème des

théâtres francophones du Canada.

C'est le problème des

théâtres québécois, en fait.

Donc nous, on s'est doté de ce

nouveau nom, l'Association des

théâtres francophones du

Canada. C'est vrai que quand on

est en Europe, quand on est

ailleurs, quand cette

association-là se balade, la

question se pose. Est-ce que

vous incluez les théâtres du

Québec, et pourquoi vous les

incluez pas? Alors pourquoi

vous dites que vous représentez

les théâtres francophones du

Canada? C'est toute la

complexité de la francophonie

canadienne à l'extérieur et à

l'intérieur du Québec. Mais je

pense que ç'a été un moment

important d'affirmation de qui

nous sommes. On n'est pas un

sous-produit du Québec ou de la

France, les francophones du

Canada et les Acadiens.

On a notre propre identité.

Et aujourd'hui, on le voit beaucoup

en musique, notamment, mais on

le voit aussi en théâtre. Ces

jeunes artistes qui disent :

« Nous, on chante avec cette langue-là,

de cette manière-là et on n'a pas

de complexes par rapport à ça.

C'est notre mode d'expression. »

Donc on n'essaie

pas de s'inscrire de façon un

peu artificielle dans une industrie,

par exemple, ou dans un courant

artistique qui nous ressemble pas.

Et ça se voit de plus en plus,

à plein de niveaux. Je trouve

que même au niveau du cinéma,

on voit de plus en plus des oeuvres

qui s'affirment par des artistes

qui n'ont pas peur de leur

identité locale.


GISELE QUENNEVILLE

Mais si on s'affirme de cette

façon-là, est-ce qu'on se

limite en tant qu'artiste et en

tant que notre vie d'artiste et

nos possibilités d'artiste?

Dans le sens, qu'est-ce que vous

dites au jeune Acadien qui lui,

veut faire carrière à Montréal?


RENÉ CORMIER

Faire carrière à Montréal,

aujourd'hui, je pense que ça

fait partie de la réalité de

tout le monde que de circuler.

Et moi, je le vis quotidiennement

dans tout ce que je fais,

c'est-à-dire que quand

je suis en contact avec les artistes,

je sais jamais où ils sont.

En fait, sont-ils à Montréal?

Sont-ils en Acadie?

Sont-ils au Mexique?

Sont-ils au Brésil?

Les jeunes artistes voyagent beaucoup.

Et reconnaître que Montréal est un

centre francophone important,

que c'est une métropole pour

les francophones du Canada

aussi, je pense que ça, y a

aucun problème à ça.

Et je pense que cette idée... notre

plus grand défi aujourd'hui,

c'est de reconnaître cette

circulation-là constante. Moi,

je crois que les artistes sont

des êtres libres, qui sont

justement libres, puis qui sont

libres parce qu'ils osent se

déplacer. Ils osent prendre la

parole. Donc on se limite pas.

Pour répondre à votre question,

je crois pas qu'on se limite.

Et au contraire, les grandes

oeuvres, vous savez, ont été

créées souvent à partir

d'ancrages très locaux, très

individuels, très intimes. Donc

quand on recherche trop

l'universel au départ, en fait,

il nous échappe.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez

l'impression que vous vous êtes

limité en restant ici?

Auriez-vous voulu faire

carrière au Québec?


RENÉ CORMIER

Non. En fait, moi, je trouve

que j'ai... D'abord, je me sens

extrêmement privilégié d'avoir

un ancrage en Acadie, mais en

fait, c'est assez... je suis un

peu... je pense que mon

parcours ressemble à celui de

beaucoup. Je suis bien ancré en

Acadie, mais je travaille

énormément à l'extérieur.

Je travaille à Ottawa...

je travaille dans différents

milieux et je côtoie

ce milieu artistique

francophone à travers le pays,

puis au niveau international un

peu. En fait, je trouve que je

suis immensément privilégié de

pouvoir habiter au bord de la

mer, à regarder tous les jours

la mer si j'en ai envie et de

pouvoir m'ancrer, pouvoir être

près de ma famille, de mes

amis, de mes amours, et de

pouvoir en même temps circuler

à travers la francophonie et

travailler et rencontrer les

gens. Je trouve que c'est une

posture formidable. Et je me

sens pas à l'écart du monde,

aujourd'hui, parce que j'habite

une petite ville de 5000

personnes. Au contraire.


GISELE QUENNEVILLE

René Cormier, vous faites

tellement de choses. Est-ce que

vous avez des temps libres?


RENÉ CORMIER

Oui. Oui...

En fait, mes temps libres,

je les passe...

Ce que j'aime beaucoup faire,

c'est souper avec des amis.

En fait, vraiment, je passe

beaucoup de temps à... quand

j'ai des moments de libres,

c'est toujours des occasions

privilégiées pour être en amis,

être avec des amis, refaire le

monde autour d'un bon repas.

Donc je fais ça. Puis je fais

aussi beaucoup de... même pas

mal d'exercice. Je fais beaucoup

de... j'aime bouger. Donc le

sport, le jogging, le patin à

roues alignées.


GISELE QUENNEVILLE

Ça prend ça si y a beaucoup

de cuisine et de bons repas, hein?


RENÉ CORMIER

Oui! Oui, oui, c'est ça! Quand

on est gourmand, il faut...

donc, c'est ça.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que vous êtes bon

cuisinier? Est-ce que c'est

vous qui faites la cuisine?


RENÉ CORMIER

Non, c'est pas moi qui fais

la cuisine. En fait, c'est pas

moi qui fais la cuisine pour

toutes sortes de raisons, qui

seraient trop longues à

expliquer. Mais en fait, je

suis par contre un excellent

dégustateur! Alors j'aime

beaucoup la cuisine et j'aime

beaucoup... j'apprécie beaucoup

la cuisine qu'on fait, alors

je suis très heureux.


GISELE QUENNEVILLE

René Cormier, vous êtes

impliqué en ce moment, dans

la... et là, je vais lire...

la Stratégie globale pour

l'intégration des arts et de la

culture dans la société

acadienne au Nouveau-Brunswick.


RENÉ CORMIER

C'est ça.


GISELE QUENNEVILLE

C'est long comme titre.

Qu'est-ce que ça veut dire, ça?


RENÉ CORMIER

En fait, c'est toutes sortes

de stratégies qui émanent

d'un grand projet sociétal

qui a débuté dans les années

2005, à peu près, avec des

états généraux sur les arts

et la culture.

C'est cette prise de

conscience, qu'a faite

la société acadienne du

Nouveau-Brunswick, qu'il fallait

mieux intégrer les arts et la

culture dans le développement

durable de toutes les

communautés, dans le fond.

Et on a un grand enjeu en Acadie,

c'est celui de nos territoires

locaux et régionaux.

C'est-à-dire de faire en sorte

que hors Moncton, hors grands

centres, que dans toutes les

régions où l'Acadie est

présente, en fait que cette

Acadie-là puisse s'épanouir.

Alors concrètement, ça veut

dire qu'y a pas que les

artistes et les gens du secteur

culturel qui s'occupent de

culture. La culture, c'est

l'affaire de tous, c'est comme

la santé, c'est comme

l'éducation. La culture, c'est

un service public, c'est un

bien public. Et en fait, on peut

tous contribuer à la culture. Et

c'est comment on peut donner un

meilleur accès aux citoyens aux

arts, mais à sa propre

expression aussi. On sait qu'on

a une richesse, on dit chez

nous qu'une de nos plus grandes

richesses naturelles, c'est pas

le gaz de schiste, c'est notre

créativité et notre capacité

d'innover. Et donc on croit

profondément, et c'est pour ça

qu'on est actifs dans cette

question-là, on croit

profondément qu'en aidant les

communautés, les citoyens dans

les communautés, à avoir accès

aux arts et à la culture, à pouvoir

à la fois en pratiquer,

s'exprimer, et en même temps

découvrir les oeuvres des

artistes. On pense que ça, ça

contribue au développement

global.


GISELE QUENNEVILLE

Comment les municipalités

réagissent à ça? Parce qu'ils

doivent être les premiers à

dire: « On n'a pas d'argent, on

n'a pas le temps de faire ça. »


RENÉ CORMIER

Oui, mais vous savez, toute

cette démarche-là, quand on l'a

menée dès le départ, on a exclu

la question financière. On a

dit: « Essayons d'imaginer

comment on peut construire

ensemble quelque chose. Laissons

de côté l'enjeu financier. »

Parce que c'est vrai que du

moment qu'on demande de

l'argent, du moment qu'on se

dit: c'est faisable si on a

plus d'argent, je veux dire,

on n'a plus rien à se dire.

Alors signez-moi un chèque puis

on va faire ce qu'on a à faire.

Alors que si on exclut cette

question-là, on dit: « OK,

commençons par rêver et

imaginer à partir de ce qu'on a,

la reconnaissance des richesses

culturelles qu'on a déjà, de les

reconnaître, de les renforcer. »

Ça, ça prend pas toujours des

sous pour faire ça. Alors les

municipalités sont de plus en

plus partie prenante de cette

démarche-là. Reconnaissent que

elles ont besoin de citoyens

créatifs pour renforcer, pour

se développer. Et donc, dans ce

sens-là, on mène une démarche

qui est de plus en plus stimulante,

à la fois pour le milieu culturel

que pour les autres milieux,

dans le milieu municipal.


GISELE QUENNEVILLE

J'ai l'impression, je vous entends

parler, puis je me dis:

« vous êtes en train de

contourner complètement le

gouvernement provincial. »

Est-ce que c'est ça l'idée derrière ça?


RENÉ CORMIER

C'est l'histoire de l'Acadie, ça.

On a toujours travaillé

avec et à l'extérieur de.

Parce que en fait, c'est le

grand défi et à la fois, c'est

la grande richesse de cette

Acadie, qui n'est pas ancrée

politiquement dans un

territoire délimité comme au

Québec. Dans notre dialogue

avec les municipalités, reste

qu'on est continuellement en

dialogue avec la province. Parce

que vous savez, le gouvernement

provincial, actuellement,

réalise aussi de plus en plus

l'importance de travailler avec

les francophones et les Acadiens.

L'importance de reconnaître l'identité

acadienne et de faire en sorte

que la contribution des Acadiens

serve le développement

de la province. Et c'est ce qui

se passe. Et d'ailleurs,

sans se péter les bretelles,

je dirais quand même que le milieu

culturel de l'Acadie, du

Nouveau-Brunswick est

vraiment... agit en ce moment

comme un réel « leader » dans

le développement culturel de

l'ensemble du Nouveau-Brunswick.


GISELE QUENNEVILLE

Justement, qu'est-ce que les

anglophones pensent de tout ça?


RENÉ CORMIER

Les anglophones, on les a

invités à notre table. Puis y a

de plus en plus de collaborations

qui se font; ce que les anglophones

ont réalisé, d'une part; et les

francophones aussi.

Je pense que ce que vit le

Nouveau-Brunswick... c'est

comme un mini Canada.

Y a autant de défis

pour les francophones

à bien connaître les anglophones,

que l'inverse. On a toujours...

J'ai cru moi, longtemps, que les

anglophones, c'était un groupe

homogène au Nouveau-Brunswick,

alors que c'est une communauté

extrêmement diversifiée.

C'est une communauté qui est

majoritaire, qui agit parfois

comme une communauté

majoritaire, mais qu'on a

intérêt à inviter à notre table.

Avec lequel on a intérêt

à entreprendre un échange pour

que... Évidemment, on a des

choses en commun à faire

ensemble. Maintenant, à travers

tout ça, il faut aussi

reconnaître et continuer de

dire qu'on a une spécificité

propre à nous, qu'on a une

culture propre à nous et que

pour ça, ça nous prend des

outils qui nous ressemblent pour

se développer. On n'est pas

obligé d'avoir tous les mêmes

outils, tout le monde, pour

participer au développement de

notre province.


GISELE QUENNEVILLE

Vous êtes un homme à tout faire,

vous êtes un homme-orchestre:

musicien, comédien, gestionnaire

culturel, directeur artistique.

Est-ce que vous arrivez à tout

faire? Et est-ce que vous

arrivez à tout bien faire?


RENÉ CORMIER

C'est une grande question.

Je pense que je resterai

continuellement insatisfait de

ce que je fais. C'est dans ma

nature propre. Je crois que

même si je faisais qu'une

chose, je serais comme ça,

c'est-à-dire,cette quête-là qui

est plus grande que soi, ce

désir d'exceller dans quelque

chose, puis d'accéder à quelque

chose qui est plus grand que

soi, auquel on rêve, mais

auquel on n'accède jamais. C'est

peut-être ça le propre du rêve,

en fait. Puis dans mon métier,

c'est un peu la même chose.

Après avoir réalisé un

projet, j'ai parfois plus de

satisfaction que moins, mais

jamais j'arrive à être comblé

par une activité que j'ai eue.

Et puis bon, c'est vrai que

c'est le lot... c'est comme ça

que ma vie a été... C'est comme

ça que ma carrière s'est

déroulée, ou que me vie

professionnelle s'est déroulée.

J'ai cette gourmandise-là, qui

parfois me rendait mal à

l'aise, à une certaine époque

de ma vie, parce que j'avais

l'impression, effectivement,

d'être un touche-à-tout, mais

de rien approfondir. Alors

qu'aujourd'hui, c'est la somme

de ça et c'est la rencontre,

le choc entre ces différentes

activités qui font qui je suis,

qui font que je m'exprime

comme je m'exprime et

que je fais ce que je fais.

Donc après, peut-être que je

laisserai pas une oeuvre

incommensurable derrière moi,

mais j'aurai la satisfaction

personnelle d'avoir contribué à

l'Acadie, à la francophonie,

de la manière la plus utile

possible, parce que c'est ce qui

m'anime, c'est d'être utile

avant tout.


GISELE QUENNEVILLE

René Cormier, merci beaucoup.


RENÉ CORMIER

Merci.

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