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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Camille Thériault : Former Premier of New Brunswick

In New Brunswick, 155 000 Acadians are members of Caisses populaires acadiennes. Camille Thériault is the President of this province’s consortium of caisses.
Thériault’s first career was in politics, as Deputy and Minister in New Brunswick.
When Frank McKenna left office in 1997, Camille Thériault was chosen to replace him; nonetheless, his days as Premier came to a close. In 1999, New Brunswick’s voters decided to elect the provincial Conservative Party.



Réalisateurs: Linda Godin, Alexandra Levert, Simon Madore
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, on montre des images de la Caisse populaire acadienne ainsi que des photos qui illustrent des moments de la vie professionnelle de CAMILLE THÉRIAULT.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au Nouveau-Brunswick, les

Acadiens font affaire aux

Caisses populaires acadiennes.

155 000 d'entre eux en sont

membres. Le président du

regroupement des Caisses,

c'est Camille Thériault.

Camille Thériault est né à

Baie-Ste-Anne, le 8e d'une

famille de 11 enfants.

Son père, Norbert, était

politicien, un ministre dans le

cabinet de Louis Robichaud.

Alors, quand le Parti libéral

est venu à la recherche d'un

candidat dans Kent Sud,

c'est à la porte de Camille

Thériault qu'on a cogné.

Camille a été élu pour la

première fois en 1987,

l'élection où les libéraux de

Frank McKenna ont remporté

tous les sièges dans la

province. Quatre ans plus tard,

le jeune député se retrouve

au Cabinet. Quand

Frank McKenna décide de

quitter le pouvoir en 1997,

c'est Camille Thériault qui est

choisi pour le remplacer,

mais ses jours comme Premier

ministre sont comptés. En 1999,

les électeurs du

Nouveau-Brunswick décident de

donner une chance au

conservateur Bernard Lord.

Camille Thériault a quitté la

politique après l'élection de

1999, peu de temps plus tard,

il est devenu PDG des Caisses

acadiennes. Des années

qu'il qualifie des plus belles

de sa vie.

(GISÈLE QUENNEVILLE et CAMILLE THÉRIAULT sont assis l'un face à l'autre dans la demeure de celui-ci. L'entrevue suivante se déroule tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur de la maison.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Camille Thériault, bonjour.


CAMILLE THÉRIAULT

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, vous, vous

venez de Baie-Ste-Anne au

Nouveau-Brunswick. Il paraît

que les gens de votre coin de

pays ont un accent,

un accent qui est différent de

celui du reste des Acadiens.

Pouvez-vous m'expliquer la

particularité de votre accent?


CAMILLE THÉRIAULT

Premièrement, je dois dire

que beaucoup des gens pensent

qu'on a un accent. Nous, de

Baie-Ste-Anne, on pense que les

autres gens ont un accent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien sûr!


CAMILLE THÉRIAULT

Mais la réalité, c'est que, on

a forcément tendance de rouler

nos R. On dirait par exemple

« Felme la polte ». Ça, ce serait

comme un accent de

Baie-Ste-Anne. Mais,

Baie-Ste-Anne, c'est un petit

village de pêcheurs qui est

connu vraiment pour

avoir été le village natal de

Yvon Durelle, qui était un

boxeur canadien qui est venu à

un cheveu près de gagner le

championnat mondial à Montréal

dans les années 50. Donc,

c'est définitivement notre

héros. Et c'est un village où

les gens travaillaient dans la

région de la Miramichi.

Donc, définitivement plus en

anglais, et de là vient notre

accent, et aussi du fait que

beaucoup d'entre nous, on vient

des Îles-de-la-Madeleine, donc

lorsque tu mêles tous ces

accents-là, ça nous donne

l'accent de Baie-Ste-Anne.

Mais on est très contents, non

seulement de notre village,

mais aussi de notre accent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous venez d'une

famille de 11 enfants.

Onze enfants, c'est beaucoup.

Je pense que c'est typique, par

exemple d'une famille

acadienne. Y avait de la place

pour tout le monde chez vous?


CAMILLE THÉRIAULT

Oui, il y avait de la place

pour tout le monde, mais

il faut aussi dire que l'âge

variait vraiment. Aujourd'hui,

c'est vrai que notre plus vieux

frère est décédé dans les

années 90, et on est 10 enfants

qui restent. Ça va de l'âge

de 50 ans à 72 ans.

Donc, y avait une grande

différence. C'est sûr

que nous autres, qu'on

s'appelait les trois plus

jeunes, lorsqu'on grandissait,

nos plus vieux frères et soeurs

étaient déjà partis. Chez

nous, nos parents croyaient

beaucoup dans l'éducation, donc

tous chez nous on est issus de

l'Université de Moncton. On est

tous passés à travers des

programmes à l'Université de

Moncton. Mais encore

aujourd'hui, on a su, grâce à

nos parents, garder un contact

où la famille, un groupe se

rencontre quelques fois par

année, et c'est important pour

nous autres de faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre père était politicien,

ministre dans le cabinet de

Louis Robichaud,

celui qui prônait

« chances égales pour tous ».

On parlait beaucoup de politique

chez vous?


CAMILLE THÉRIAULT

Disons que chez nous, à la

table, on encourageait la

discussion sur tous les grands

sujets du jour. Mais nos

parents nous disaient toujours:

pas de différence quel côté de

la médaille que vous êtes, il

faut avoir un respect pour

l'opinion des autres, parce que

personne n'a le monopole de la

bonne idée. Même au point où

lorsqu'on parlait de politique

dans les années 70, mon plus

vieux frère, Gilles, s'était

même présenté pour le Parti

acadien. Lorsque mon père était

candidat libéral.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oh! Ça a dû faire de bonnes

discussions!


CAMILLE THÉRIAULT

Dans deux différentes

circonscriptions, Dieu merci.

Mais quand même, ça faisait

pour des discussions

intéressantes. Mais ça, pour

nous, c'était commun. Ça, pour

nous autres, de s'exprimer

dans le respect, d'avoir

des divergences d'opinions,

c'était totalement acceptable

chez nous.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous étiez quand même

assez jeune lorsque Louis

Robichaud est arrivé au

pouvoir, est-ce que vous avez

des souvenirs de cette

élection, de cette campagne?


CAMILLE THÉRIAULT

Oui. C'est sûr que moi,

monsieur Robichaud a été élu

dans les années 60, donc, moi

j'avais seulement 5 ans à ce

moment-là. Mais y a un moment

que je me rappellerai toujours.

J'avais peut-être eu...

probablement une douzaine

d'années, et on avait la

permission de suivre notre père

pour aller à des réunions

politiques, surtout pendant les

campagnes électorales.

Y a une tradition qui existe au

Nouveau-Brunswick depuis

Louis Robichaud, que le Parti

libéral finit toujours,

toujours, son dernier « meeting »

public dans la communauté de

Neguac, qui est vraiment

dans la circonscription

de mon père à ce moment-là.

Et je me rappelle, à une des

rencontres politiques qu'on a

été, la salle était tellement

bondée de monde, que les gens

ont pris monsieur Robichaud

puis l'ont mis sur leurs épaules

pour l'amener en avant de la

salle pour qu'il puisse donner

son discours. Donc, ça c'est

resté avec moi pour longtemps.

Et aussi d'entendre mon père

lorsque lui était impliqué dans

le programme de Chances égales

conçu par monsieur Robichaud.

Et lui, il était responsable,

comme ministre des Affaires

municipales, de vendre ce

programme-là qui nous racontait

les histoires d'aller dans les

villes, surtout anglophones,

les grandes villes, St-Jean par

exemple, et de se faire tirer

des tomates parce qu'ils

voulaient implanter le

programme de Chances égales

qui en fin de compte bénéficiait

autant les anglophones du Sud

de la province que nous,

les Acadiens du ord.

Donc, c'est sûr qu'il y a eu au

cours du moment où on

grandissait, des moments où on

se rappelle de l'implication de

mon père en politique.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'implication de votre père en

politique, des discussions

politiques autour de la table,

l'éducation était sans doute

quelque chose de très important

chez vous.


CAMILLE THÉRIAULT

Aucun doute, l'éducation,

l'accès à la santé, c'était

très important. Et aussi notre

père nous encourageait dans la

vie. Notre père croyait que

c'était pas important d'où tu

venais, mais que quand t'avais

des rêves, il fallait vraiment

foncer. Il faut aller de

l'avant et essayer de suivre

ses rêves. Et de rêver grand,

que tu pouvais à partir de

Baie-Ste-Anne au

Nouveau-Brunswick de réussir.

Et chez nous lorsque je regarde

professionnellement les dix

enfants, je crois qu'on est

quand même parmi les familles

acadiennes chanceuses où on a

pas mal assez bien réussi

professionnellement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous est-ce que vous

rêviez de faire de la

politique?


CAMILLE THÉRIAULT

C'est vraiment drôle...

à un moment donné, en 9e année,

y a une enseignante qui a posé

la question de qu'est-ce qu'on

voulait faire quand on allait

grandir. Et je me rappelle,

c'est tout à fait normal, les

gens disent: je veux être

pêcheur, comme mon père,

je veux être médecin, pompier,

et moi j'avais levé la main

puis j'ai dit que je voulais

être premier ministre.

(GISÈLE QUENNEVILLE et CAMILLE THÉRIAULT se tiennent devant un mur auquel une toile est accrochée.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, quand on

arrive chez vous, on voit les

magnifiques toiles un peu

partout, très colorées sur vos

murs. Celle-ci en particulier.

Tout à fait en rentrant.

Elle a une histoire, je pense.


CAMILLE THÉRIAULT

Oui, celle-là, elle est

symbolique pour moi. C'était

lors d'un voyage à Québec,

Line et moi, on marchait dans

le Vieux un dimanche matin,

puis j'ai vu ce tableau-là dans

la vitrine et j'ai dit:

Celui-là, on l'achète.

Elle dit: mais non, tu sais pas

ce que ça coûte, tu connais

pas l'artiste...

J'ai dit: on l'achète pareil.

Puis ensuite on est rentrés en

se disant: c'est tout à fait les

couleurs, puis ça.

Mais pour moi, c'était bien

plus que ça, c'était le

chandail des Canadiens, et le

numéro 21. Naturellement, les

Canadiens, c'est mon équipe de

hockey favorite, ça, c'est très

clair. Le numéro 21, c'était

porté par Camille Henry.

Camille Henry est un joueur

québécois qui joue au hockey

avec les Rangers de New York.

Et moi, mon nom, c'est Camille

Henry Thériault. Mon père

m'avait nommé Camille Henry

à cause du joueur de hockey.

Et autre chose, fait inusité,

c'est-à-dire que pendant que

moi je jouais au hockey,

pendant que mon fils jouait

au hockey, on a toujours porté

le numéro 21.

(On se trouve à l'extérieur, dans la cour de CAMILLE THÉRIAULT.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, vous avez

une belle pelouse, bien

entretenue. C'est parce que

vous êtes finalement un grand

joueur de golf, n'est-ce pas?


CAMILLE THÉRIAULT

Je suis définitivement pas un

« grand » joueur de golf, je suis

un mordu du golf, je suis

passionné du golf. C'est pour

moi un sens de relaxation,

c'est-à-dire un côté pour Line

puis moi de voyager ensemble un

peu partout dans le monde

pour voir des beaux terrains de

golf et surtout de passer du

temps de qualité ensemble.

Et je suis compétitif un peu de

nature, même si je

compétitionne pas.

On joue beaucoup au golf avec

un de mes frères et des amis

de jeunesse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre terrain préféré?


CAMILLE THÉRIAULT

Terrain préféré vraiment,

c'est un nouveau terrain en

Nouvelle-Écosse au Cap-Breton,

qui s'appelle Cabot Links.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, parlons

politique maintenant.

Vous êtes le fils d'un

politicien. Quand vous êtes

devenu politicien, est-ce que

c'est quelque chose qui vous

venait naturellement,

la politique?


CAMILLE THÉRIAULT

C'est sûr qu'il y avait eu une

influence lorsque je

grandissais. La politique,

ça m'intéressait. De voir mon

père donner des discours.

Puis d'être impliqué dans les

dossiers au Nouveau-Brunswick.

La politique est venue dans les

années 85-87, à l'élection

de 87 avec monsieur McKenna.

Monsieur McKenna, d'ailleurs,

lorsque mon père s'était

présenté au « leadership » du Parti

libéral du Nouveau-Brunswick

en 72, était la personne

responsable de l'organisation

jeunesse de la campagne de mon

père. Donc, ça fait vraiment un

bout de temps que McKenna, la

famille, on se connaissait.

Et lorsque lui s'est présenté

au « leadership », je me rappelle

qu'il m'a appelé, il m'a

demandé d'organiser

5-6 circonscriptions dans la

région où je demeurais.

Et ça, j'ai fait ça. Et par

après, il m'a dit: «Camille,

la prochaine étape, j'aimerais

que tu te présentes. »

Puis il y avait un ministre

conservateur assez fort dans la

région, puis une très bonne

personne monsieur Omer Leger.

Et dans la vague, tout le monde

a passé en 87. Et on a vraiment

fait l'Histoire en élisant pour

la première fois au

Nouveau-Brunswick tous les

députés du même côté.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était comment faire

partie d'un gouvernement

sans opposition?


CAMILLE THÉRIAULT

C'était pas tout à fait pour

moi ce que la démocratie

devrait être, mais c'était

démocratique l'élection de 87.

Il y avait des circonstances

qui étaient pas tout à fait

normales. Mais c'est sûr que

c'est difficile, parce que je

me rappelle lorsque après

l'élection de 87, les gens

disaient: Camille Thériault va

être ministre. Puis, Frank m'a

dit: non, non, tu vas pas être

ministre. Va chez vous dans le

comté de Kent. Tu viens pas de

là, organise-toi politiquement.

Mais quand même,

on va te donner des

responsabilités à mesure,

et la première responsabilité

qu'il m'a donnée,

c'était être responsable de la

période des questions à

l'Assemblée législative.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas une grande

responsabilité!


CAMILLE THÉRIAULT

C'est une grande

responsabilité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pas quand y a pas

d'opposition quand même!


CAMILLE THÉRIAULT

Non, mais c'est toi qui

devenais l'opposition, et

c'était pas tout à fait normal.

Parce que moi, par exemple, une

des choses que je voulais faire

dans le comté de Kent, on avait

besoin vraiment de plusieurs

constructions d'écoles.

C'est sûr que j'allais pas me

lever debout pour critiquer le

ministre de l'Éducation,

et en même temps

qu'en arrière du rideau, je lui

demandais de financer des

écoles dans ma circonscription.

Donc, c'était pas tout à fait la

bonne manière, mais c'était

notre réalité en 87. Et ça a

été, parcours de l'Histoire,

mais en 91, ça a changé, là

monsieur McKenna m'a nommé

ministre, et là ma carrière

s'est poursuivie.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est une période très

dynamique au Nouveau-Brunswick

avec monsieur McKenna.

Monsieur McKenna, est-ce que

c'est un bon patron?


CAMILLE THÉRIAULT

Oui, c'est un bon patron.

C'est un patron qui, en bon

acadien, qui était

« tough ».

Contrairement à ce que les gens

pensent, monsieur McKenna

n'avait pas peur d'être

« challengé », mais fallait être

prêt. Parce qu'il y avait une

chose, pas de différence quel

ministère t'avais lorsque

t'arrivais au Cabinet.

Lui connaissait aussi bien les

dossiers que toi. Donc si tu

arrivais au Cabinet et que tu

étais pas prêt, il prenait pas

deux minutes à te dire que

t'étais pas prêt et « reviens

avec le dossier quand tu seras

prêt. » Mais d'un autre côté, il

avait pas peur d'un défi, il

avait pas peur des gens qui

s'élevaient, qui se tenaient

debout. Moi, j'étais

peut-être... Lui, sur

l'échiquier politique était

peut-être plus de droite, moi

peut-être plus centre-gauche,

donc c'est sûr qu'à un moment

donné y a eu dans les salles de

cabinet certains conflits.

Mais d'un autre côté, y avait

toujours un énorme respect

l'un pour l'autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand monsieur McKenna a

décidé de se retirer de la vie

politique, c'est vous qui avez

été choisi par le Parti de le

remplacer, donc du coup vous

êtes devenu premier ministre.

Ça a pas duré très longtemps,

à peine une année. Pourquoi

ça a pas marché, vous pensez?


CAMILLE THÉRIAULT

Combinaison de choses.

Combinaison de 12 ans de

pouvoir. Comme tout parti à

n'importe quel niveau politique,

provincial ou fédéral, par après

un bout de temps... C'est pour

ça qu'on a un système

démocratique, les gens veulent

du changement. Et je dois dire,

j'admets, j'écoutais les débats

des chefs cette semaine, j'ai

pas eu un très bon débat. Puis

ça, ça a pas aidé, puis la

vague de changement est venue,

puis... Donc celui-là, j'y

pense encore des fois.

J'aurais pu faire mieux,

j'aurais dû faire mieux,

mais la vie a fait que, quand

même, j'ai été un des chanceux.

J'ai été l'un des chanceux dans

le sens que, tu sais, la durée

moyenne d'un politicien au

Nouveau-Brunswick est

6,3 années.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas long.


CAMILLE THÉRIAULT

C'est pas long puis lorsque tu

fais de la politique, tu

t'identifies à un parti ou

l'autre. C'est difficile par

après de faire une carrière à

moins que t'avais une

profession, que t'es médecin

ou avocat ou professeur ou

quelque chose de même.

Moi, j'étais ni l'un ni l'autre,

donc j'étais très fortuné de

finir où j'ai abouti.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était difficile de perdre

cette élection-là?


CAMILLE THÉRIAULT

Très difficile. Perdre, c'est

jamais facile. J'oublierai

jamais... quelques semaines

après avoir perdu, deux petites

anecdotes. Une, j'étais dans le

centre d'achat à Moncton à la

Place Champlain, puis je

marchais tout bonnement,

j'allais peut-être faire

des commissions. Puis il y

avait ce couple qui marchait

vers moi. Ils me regardaient,

ils m'ont reconnu, c'est sûr.

Puis, ils parlaient de moi.

Et plus ils s'approchaient de

moi, j'ai entendu le monsieur

dire à sa femme, si je peux en

anglais:

« That's the asshole

we just threw out of office ».

C'est pas facile. Puis l'autre

chose qui est très difficile,

c'est lorsque t'es Premier

ministre, t'es au courant de

tous les dossiers du

Nouveau-Brunswick. Tu sais

ce qui se passe à l'instant.

Et le téléphone sonne toujours.

Le lendemain de l'élection,

t'as plus besoin de téléphone.

Le téléphone arrête totalement

de sonner. Donc, c'est une

adaptation. C'est sûr que ça a

été difficile, mais d'un autre

côté, lorsque j'ai gagné,

je savais dans quoi je

m'embarquais. À un moment

donné, on a tous chacun notre

tour de gouverner la province.

Et il y avait des chances

qu'après 12 ans, mon tour comme

premier ministre allait pas

être aussi long que...

Mais ça a été une expérience!

Je suis une des 32 personnes

au Nouveau-Brunswick qui est

devenue premier ministre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà.


CAMILLE THÉRIAULT

Élu démocratiquement par les

gens du parti. Donc, c'était

une expérience que je pourrai

toujours raconter

à mes petits-enfants.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, on est

en campagne électorale en ce

moment au Nouveau-Brunswick.

Vous faites pas campagne cette

fois-ci. C'est-tu quelque

chose qui vous manque ça?


CAMILLE THÉRIAULT

En réalité, je dirais

probablement tous les quatre

ans lorsqu'il y a une

élection, y a un petit peu de

toi-même qui...


GISÈLE QUENNEVILLE

Un petit pincement au coeur.


CAMILLE THÉRIAULT

Absolument.

Mais de l'autre côté, moi je

suis de ceux qui croient que

tu fais une carrière en

politique et après ça faut

laisser la place aux autres.

On en discute régulièrement,

mais publiquement, j'essaie de

pas faire de politique, à

cause de l'emploi, à cause des

Caisses populaires, on a des

membres qui sont de tous les

partis. Il faut respecter ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous aimiez ça

faire des campagnes?


CAMILLE THÉRIAULT

Oui, campagne! J'adorais

faire la campagne. J'adorais

faire la campagne lorsque j'ai

commencé dans la

circonscription de Kent Sud.

Je me rappelle la première

campagne, j'ai visité

3847 maisons. Je pourrais

dire exactement où tous

les chiens étaient, les

pitbulls, toutes les maisons

je les ai faites une à une.

Ensuite, j'ai adoré faire la

course au « leadership » pour la

chefferie du parti, de connaître

la province comme peu de gens

ont la chance de connaître.

De connaître des gens

fantastiques d'un peu partout

de la province. La campagne

électorale que j'ai perdue

était plus difficile. Surtout

parce que, pas que j'aimais pas

ça, mais quand t'arrives au

milieu de la campagne, tes

proches disent: regarde, la

campagne est finie, on a perdu.

C'est-à-dire faut faire le

mieux qu'on peut pour deux

semaines. Cavaler quand tu sais

que tu perds, c'est moins

intéressant. Mais y a aucun

doute que la partie de

sollicitation, de demander

aux gens pour leur support,

leur expliquer pourquoi tu

devrais l'avoir, ça j'aimais

beaucoup ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, on va

parler maintenant de vous en

tant que PDG des Caisses

populaires acadiennes.

Mais peut-être une petite

parenthèse avant de commencer.

Avant d'obtenir le poste aux

Caisses populaires, vous avez

passé un peu de temps

au Bureau de sécurité

du transport du Canada.

Sans doute une nomination

politique après l'élection.

Mais ça a pas été une belle

expérience pour vous, hein?


CAMILLE THÉRIAULT

Non. J'ai... Oui, c'était un

« appointement de patronage »

en bon français.

Monsieur Chrétien m'avait

appointé là après l'élection

de 99, mais chaque jour que j'ai

été à Ottawa, j'ai pas aimé ce

que je faisais.

Et de là ma décision de couper

court le mandat qui m'avait

été donné. J'étais pas

passionné, je comprenais pas

pourquoi un avion tombait dans

les airs ou pourquoi un train

sortait de la « track ». Je comprenais

pas ça. Mon

« background » était pas fait pour

ça. J'ai vécu quand même des

expériences intéressantes avec

Swiss Air, où on a été dévoiler

le rapport un peu partout à la

grandeur du monde et de

vivre des expériences qui

resteront avec moi pour

toujours. Mais c'était pas une

bonne période, disons.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, quand la Fédération

des Caisses acadiennes est

venue cogner à votre porte,

ça vous a délivré

en quelque sorte?


CAMILLE THÉRIAULT

J'avais avisé le Premier

ministre Chrétien à ce

moment-là que je voulais

retourner au Nouveau-Brunswick.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez le mal du pays,

hein? Un peu?


CAMILLE THÉRIAULT

Oui, absolument. Sans aucun

doute. Pas honte de le dire,

même fier de le dire. Je me

rappelle d'avoir appelé

monsieur Chrétien pour lui

dire ça, et monsieur Chrétien a

dit exactement ce que je

pensais qu'il allait dire:

« Regarde, j'ai aidé une fois,

mais j'aiderai pas une

deuxième. » « Monsieur Chrétien,

je veux pas d'aide, merci pour

ce que vous avez fait, mais je

vous avise déjà que je suis à

la recherche, je suis en

négociation. » Donc, c'était

une surprise lorsque je suis

arrivé aux Caisses

populaires. Premièrement,

c'était la première fois de

l'histoire des Caisses

populaires que le mouvement

allait à l'extérieur

chercher un PDG.

Et ça me rappelle l'entrevue

que j'ai dû passer à travers.

J'avais dit en commençant

l'entrevue: si vous cherchez

un banquier ou un vendeur

d'assurances, vous avez la

mauvaise personne. J'oublierai

jamais, la madame elle a dit:

« Mais qu'est-ce que tu sais

faire? Pourquoi t'appliques

pour une job de banquier et

d'assurances? » Moi, pour moi,

c'était clair que les Caisses,

c'était un des joyaux de

l'Acadie, mais il fallait la

moderniser, la « réénergiser ».

Moi, j'ai dit: je peux

transformer, je peux évaluer le

talent qui est là, puis je peux

faire travailler les gens

ensemble. Donc, c'est ça que

j'amène. Je peux faire vraiment

peut-être rayonner le mouvement

plus qu'il a rayonné au cours

des dernières années.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez dit que c'était le

début des onze plus belles

années de votre vie.


CAMILLE THÉRIAULT

(acquiesçant)

Hum hum. Oui, ça a été pour

moi une expérience incroyable.

J'ai été impliqué dans tous les

dossiers importants au

Nouveau-Brunswick. J'ai une

nouvelle conjointe depuis

les dernières dix années.

On passe beaucoup de temps

ensemble, on fait beaucoup de

choses ensemble. Donc, ça m'a

donné la chance de...

un deuxième souffle,

si vous voulez.

Ou un troisième souffle, si vous

voulez. Puis j'adore cette

transformation-là qu'on continue

à faire, j'adore travailler avec

les employés. Les gens disent

toujours... les gens du nord du

Nouveau-Brunswick, y a rien là,

c'est du monde qui travaille

aux usines et ça manifeste.

Mais savez-vous de quoi?

De Caraquet au

Nouveau-Brunswick, on opère une

entreprise de 3,4 milliards

de dollars, qui est la plus

grande entreprise financière au

Nouveau-Brunswick.

Donc, on a de quoi être fier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, quelle est

l'importance des Caisses

populaires acadiennes

pour le développement

économique des Acadiens?


CAMILLE THÉRIAULT

Premièrement, y a 1000

employés dans les Caisses

populaires acadiennes,

une masse salariale au

Nouveau-Brunswick dans la

communauté acadienne

de 80 millions de dollars.

On finance les petites et

moyennes entreprises,

à peu près autour d'un milliard

de dollars. Donc, c'est sûr

qu'on a un impact. On a donné

une chance aux gens,

les Acadiens, les Acadiennes,

francophones du

Nouveau-Brunswick, de se

développer en ayant un outil

qui leur appartenait.

Moi, je crois que l'Acadie

serait beaucoup différente si

c'était pas des Caisses

populaires. Et c'est pour ça

que c'est important de

continuer à se transformer,

à se moderniser. Pas pour le

bien de la Caisse, mais pour

les besoins changeants de nos

membres. Parce qu'aujourd'hui,

les membres vont moins à la

Caisse, vont moins aux banques,

ils font toutes leurs

transactions par internet.

C'est par guichet. Donc si

nous autres on s'adapte pas à

la réalité, si le jeune arrive,

il est deux heures du matin,

il veut appliquer pour une

hypothèque, on devrait pouvoir

lui offrir les services dont

lui a besoin dans le temps que

lui il veut. Et c'est pour ça

qu'on doit continuer à se

transformer, parce que

contrairement au passé, les

gens étaient fidèles à leur

institution financière,

aujourd'hui, surtout les

jeunes, même les moins jeunes,

ils magasinent. Ils magasinent

pour des taux et pour du

service. Et c'est pour ça que

nous autres on doit continuer

à être les meilleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, comment est-ce que

vous faites pour justement

maintenir des taux

concurrentiels quand vous

faites quand même concurrence

aux grandes banques?


CAMILLE THÉRIAULT

Il faut qu'on soit plus

efficace. On demande

aux employés de faire plus

avec moins. On essaye

de faire plus de travail

avec moins d'employés.

On essaye de... on est dans un

grand projet de réorganisation.

Au lieu d'avoir 15 Caisses, on

aurait une caisse, pas de

fédération, pas d'office,

mais une entité de 3,4 milliards

de dollars. Donc, ça, c'est

notre gros projet de société,

cette grande transformation-là.

Faut se rappeler que pour

savoir où tu vas aller, faut

te rappeler toujours d’où tu

viens. Et nous autres on vient

des perrons d'église, avec

des 5 cents et des 10 cents

parce que les anglophones

voulaient pas nous prêter de

l'argent, y a 75 ans passés.

Et aujourd'hui, c'est pas une

question de pas avoir la chance

de pouvoir prêter de l'argent,

mais c'est de rebâtir ce

sentiment d'appartenance, de

fierté d'être appartenu par les

150 000 membres d'Acadiens

francophones du

Nouveau-Brunswick qui ont eux

autres mêmes œuvré à

développer cette institution

qui leur appartient et qui a

transformé l'Acadie au cours

des 75 dernières années.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Thériault, vous êtes

encore assez jeune, vous avez

pas 60 ans encore. Est-ce que

la retraite, c'est quelque

chose à laquelle vous pensez?


CAMILLE THÉRIAULT

La retraite, c'est quelque

chose que je pense, quelque

chose qui m'énerve.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous énerve?!


CAMILLE THÉRIAULT

Oui! Ça m'énerve, je peux pas

me voir arrêter. Alors, ça

me préoccupe. Qu'est-ce que je

vais faire? Mais au moment où

on se parle, on a ce grand

projet de transformation aux

Caisses. J'espère pouvoir amener

ce projet-là à sa finalité. Et

après ça, il faudra prendre des

décisions, mais même si c'est

sûr que dans quelques

années, je vais me retirer des

Caisses, ma décision est

certainement pas prise de me

retirer complètement.

Et qu'est-ce qui sera mon

prochain projet de vie ou de

travail, je n’en ai aucune idée,

mais y aura d'autres choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Camille Thériault,

merci beaucoup.


CAMILLE THÉRIAULT

Bienvenue.

(Générique de fermeture)

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