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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Chloé Robichaud : Filmmaker

Chloé Robichaud is only in her twenties, but the young filmmaker has already graced the Cannes Festival red carpet four times: three for her short films, and in 2013, for her first feature-length film, Sara Prefers to Run (Sara préfère la course).
Chloé Robichaud’s films have been featured at film festivals across the globe.
Her next feature film is in production, and she has just signed to film a web-series recounting the lives of a group of young lesbians living in Montreal.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

En ouverture, on voit CHLOÉ ROBICHAUD. Suivent des extraits de ses films et de photos d'archives. L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE fait une courte présentation biographique de la cinéaste.


GISELE QUENNEVILLE

(hors champ)

Chloé Robichaud n'a que

26 ans, mais la jeune cinéaste

a foulé le tapis rouge du

Festival de Cannes, à quatre reprises.

Trois fois pour des courts-métrages

et en 2013, pour son premier

long-métrage :

« Sarah préfère la course ».

Chloé Robichaud a toujours su

qu'elle voulait être cinéaste.

Très jeune, elle demandait à

ses parents de l'emmener voir

des films. À 19 ans, elle fait

ses bagages et quitte la région

de Québec en direction de Montréal

et l'université Concordia.

En trois ans à l'université,

elle réalise trois films.

Avec son bac en main,

elle suit une formation à

l'Institut national de l'image et du son

pour approfondir ses

connaissances du métier.

En sortant de l'INIS, elle se

lance dans la réalisation de films.

Le travail de Chloé Robichaud

fait le tour des festivals

de cinéma partout dans le monde.

Curieusement, son seul et unique

long-métrage n'a pas été

en nomination chez elle,

au Québec. Mais cela ne

l'empêche pas de créer,

que ce soit une web série qui

raconte la vie d'un groupe de

jeunes lesbiennes vivant à

Montréal ou son prochain

long-métrage qui est à l'étape

de l'écriture.


CHLOÉ ROBICHAUD

(hors champ)

Le point de vue d'une femme au

cinéma est important. On a

besoin de plus de

réalisatrices femmes, ça,

c'est clair.

(C'est à l'intérieur d'une salle de projection que l'entrevue se déroule. GISÈLE QUENNEVILLE accueille CHLOÉ ROBICHAUD. Au cours de l'entrevue des photos et des extraits de ses films viendront appuyer le propos.)


GISELE QUENNEVILLE

Chloé Robichaud, bonjour.


CHLOÉ ROBICHAUD

Bonjour.


GISELE QUENNEVILLE

Chloé, t'as à peine 26 ans et déjà,

t'es une habituée du

Festival de Cannes. Ramène-nous

en 2010, à l'âge de 22 ans,

t'es invitée à Cannes pour la

première fois, qu'est-ce que

c'est comme « feeling »?


CHLOÉ ROBICHAUD

Euh... En 2010, si je me trompe pas,

c'était au moment où j'étais plus

dans le « Short film corner »,

c'est un peu le marché

du court-métrage.

Ça fait que c'est pas du tout

une compétition. Il y a comme

2000 films qui sont pris.

Moi, je voulais y aller pour

aller voir de quoi Cannes,

ça avait de l'air.

C'est assez intimidant.

C'était comme de débarquer

puis de voir un rêve,

autrement dit. De dire: « Moi,

j'aimerais ça un jour monter

ces marches-là, puis présenter

mon film devant ces gens-là. »

Ça fait que ça a éveillé ce

rêve-là chez moi. Et ça a été

un peu fou, parce que deux ans

après, j'y retournais à Cannes,

mais avec un court-métrage en

compétition, puis je vivais

ce rêve-là. Pour moi, ça a été

disons un éveil.


GISELE QUENNEVILLE

T'es allée à Cannes quatre

fois. Les trois premières fois,

c'était pour des courts-métrages;

la dernière fois, c'était pour

le long-métrage

« Sarah préfère la course ».

Est-ce que c'est différent

quand c'est pour un long-métrage

que quand c'est pour un court-métrage?


CHLOÉ ROBICHAUD

Oui, c'est différent, mais en

même temps, je veux pas diminuer

le court-métrage, parce

que des fois, les gens disent:

« C'est le court-métrage, mais là,

t'arrives dans les ligues

majeures avec le long-métrage. »

C'est important, le court-métrage,

parce que c'est un art,

puis c'est difficile de le faire.

Moi, je trouvais ça quand

même tout aussi honorable

d'être en compétition pour un

court-métrage. Mais c'est sûr

que l'attention médiatique est

différente, quand t'arrives avec

un long-métrage en sélection à

Cannes. Le décorum, tout est

plus gros. C'était un peu un

tourbillon que j'avais pas

nécessairement vécu en court.

Cette espèce de... c'est ça,

d'attention-là qui est un peu

démesurée quand t'arrives à Cannes.

J'ai dû apprendre à vivre avec.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on se prépare pour

cette réaction-là?


CHLOÉ ROBICHAUD

Peut-être que j'ai été chanceuse,

parce que justement

j'y étais allée trois années

avant avec des courts-métrages.

Dans un sens, ça m'a préparée.

Je sais pas comment j'aurais

vécu ça si j'y avais jamais été

et que là, boum, je débarque

en sélection officielle avec

« Sarah préfère la course »

et que j'avais eu aucune idée

de quoi ça avait l'air. Je pense

que j'aurais eu de la misère

à le gérer. Là, je savais ce qui

m'attendait puis je connaissais

les gens du festival,

les programmateurs, donc pour moi,

ça a été plus facile aussi.

J'ai pu en profiter puis avoir

du plaisir. C'est quand même

important aussi là-dedans d'en

profiter un peu.


GISELE QUENNEVILLE

Quel est l'impact ou quel peut

être l'impact de Cannes sur une

jeune cinéaste?


CHLOÉ ROBICHAUD

Quel est l'impact.


GISELE QUENNEVILLE

Y en a-t-il?


CHLOÉ ROBICHAUD

Oui. Je me dis que peut-être

que dans dix ans aussi, je vais

mieux réaliser tout ce que

Cannes a fait pour moi, mais

c'est clair que si on prend ma

sélection en compétition avec

mon court-métrage

« Chef de meute »,

à la minute où ils m'ont

appelée, j'ai compris que ma

vie allait changer. Que les

gens allaient me voir avec plus

de crédibilité aussi, quand

j'allais arriver pour des

demandes de financement

pour mon long-métrage.

Quand t'as le sceau de Cannes,

c'est sûr que ça peut pas nuire.

Après ça non plus, c'est pas de

la magie. C'est pas parce que

t'es allée à Cannes une fois

que l'argent va te tomber dessus

tout le temps, tu vas faire

tous les films que tu veux

pendant 20 ans.


GISELE QUENNEVILLE

Parlons court-métrage.

Parlons justement de

« Chef de meute ».

Ce court-métrage qui est

essentiellement l'histoire

d'une jeune femme timide qui

hérite du chien de sa tante

qui est décédée.

Pourquoi cette histoire-là?


CHLOÉ ROBICHAUD

Des fois, je sais pas d'où

viennent les histoires puis

pourquoi je m'attache à une

histoire plus qu'une autre.

Mais moi, j'avais un chien qui

est le chien du film.


GISELE QUENNEVILLE

Qui est magnifique.


[CHLOÉ ROBICHAUD:] Bien oui, un beau petit pug.

Et je l'ai eu à une période où

c'était pas une bonne idée

quand je l'ai eu. Je venais

de m'inscrire à l'INIS, c'était

une période bien intense. J'avais

beaucoup de misère à dresser

mon chien pour vrai. Je pense

que j'étais trop occupée.

Et j'ai fait appel à un dresseur.

J'ai un peu vécu ça, moi,

d'apprendre à être le chef

avec le chien, parce que c'est

une vraie théorie dans

le dressage, chef de meute.


GISELE QUENNEVILLE

Oui, oui, oui.


CHLOÉ ROBICHAUD

Puis quand j'ai vécu ça, je

me suis dit: « Y a vraiment une

histoire là-dedans ». Je trouve

qu'apprendre à être chef auprès

d'un chien, c'est la même chose

dans la vie. Quand on veut se

faire respecter, faut comme un

peu dire qu'on est chef de

meute. Je trouvais qu'il y

avait une belle métaphore

là-dedans, puis c'est une façon

de m'amuser aussi. Je pense

qu'avec le chien, il a un bel

humour. Ouais, j'avais envie de

faire une espèce de comédie

un peu noire.


GISELE QUENNEVILLE

T'as mentionné tout à l'heure

qu'il faut pas diminuer le

court-métrage, que c'est un art

en soi. Quels sont les atouts

du court-métrage, parce que

c'est un type de film qu'on

ne voit pas souvent.


CHLOÉ ROBICHAUD

Et c'est dommage. Je pense

qu'il devrait y avoir

des projections en salle,

il devrait y avoir des programmes

de court-métrage, que les gens

aillent au cinéma, au Guzzo

pourquoi pas, pour aller voir

une séance de courts-métrages.

Parce qu'il se fait des super

belles affaires.

Malheureusement, ça se fait

plus ou moins encore.

C'est difficile, raconter une

histoire en 12 minutes.

On a l'impression que bien non,

ça doit être plus facile, c'est

plus court.

Mais que des gens s'attachent

à un personnage en 12 minutes,

c'est beaucoup plus difficile

que de faire que les gens

s'attachent à un personnage

en 90 minutes.

Là, j'ai le temps d'élaborer,

j'ai le temps d'amener tous les

éléments clés pour que les gens

s'intéressent au personnage.

Ça fait qu'en court-métrage,

le côté concis, moi, je trouve

que c'est un défi.

Puis il y a des super beaux

courts-métrages qui se font au

Québec, puis je pense que les

gens sont pas au courant des

cinéastes qu'on a ici.

C'est fou, les courts-métrages

qui voyagent à l'étranger.


GISELE QUENNEVILLE

Parlons un peu plus de

« Sarah préfère la course ».

Une histoire, encore une fois,

d'une jeune femme très timide

qui est invitée à faire partie

de l'équipe d'athlétisme de

l'université McGill, et pour

payer ses études, s'arrange pour

se marier avec une connaissance

à toute fin pratique.

Pourquoi l'athlétisme?

C'est la question que

je me suis posée tout

en regardant ce film-là.

Y a rien de glamour dans

l'athlétisme.


CHLOÉ ROBICHAUD

Y a rien de glam, mais en même

temps, c'est une métaphore

intéressante, si on y va au

cliché même du côté de la

fuite, de courir en même temps

vers un objectif. Donc y avait

ça. Puis c'était le rapport au

corps. Comment une fille qui

est pas capable de parler

avec les mots, c'est plutôt son

corps qui lui parle de ses

émotions. Ce rapport-là aussi

avec la pudeur, le fait d'être

mal dans son corps, mais en même

temps le corps est un outil de

travail. Donc tout ça

m'intéressait beaucoup.

Et pour vrai, ça vient d'une

petite histoire que j'avais

écrite quand j'avais comme

12, 13 ans sur une fille qui

s'appelait Sarah qui faisait de

la course et qui était obsédée

par la course. Puis quand je

suis arrivée à l'université, je

me suis dit: « Je pense que ce

serait un beau geste que ce

soit cette histoire que j'avais

eue à 12 ans qui soit mon

premier long-métrage. »

Sarah m'a comme traversée

pas mal toute mon adolescence

puis ma jeune vie d'adulte.

Dans ma tête, elle était toujours là.

Parce que je courais beaucoup

quand j'étais petite pour le plaisir.

On dirait que la course pour moi,

ça a toujours été... Je sais pas,

je suis dans ma bulle, y a

comme quelque chose

par rapport à ça.


GISELE QUENNEVILLE

Alors il y a un peu de Sarah

dans Chloé? Ou il y a un peu de

Chloé dans Sarah.


CHLOÉ ROBICHAUD

Dans le fond, y a un peu de

Chloé dans tous les personnages.

Souvent, les gens

veulent savoir: Es-tu Sarah?

Est-ce que c'est ta vie?

Puis je leur dis: « Vous vous

doutez pas, mais y a de moi

dans le personnage de la mère,

dans le personnage du chum,

dans le personnage de... »

Je suis partout, veux veux pas.

Parce que j'écris puis mon

inconscient vient me parler

de mon bagage, des choses

comme ça.

(Un court extrait de « Sarah préfère la course » est présenté, puis l'entrevue reprend.)


GISELE QUENNEVILLE

Comment tu décrirais ton travail?

Comment tu décrirais ton style

de travail?


CHLOÉ ROBICHAUD

J'aime laisser une part d'inconscient.

Des fois, je pense, je me dis que

je suis peut-être encore jeune

pour dire: « Voici mon cinéma,

c'est fait comme ça,

comme ça, comme ça. »

Euh... En même temps, je pense

que j'espère encore me découvrir

à 80 ans, de pas être prise

dans un carcan de moi, je suis

cette personne-là, puis ce type

de réalisatrice-là. Ça empêche

pas que, j'ai quand même

conscience aujourd'hui, que

j'aime parler de la place à

prendre. Des personnages qui

cherchent à prendre leur place

dans un monde où elles sortent

un peu... Je dis « elles », parce

que ce sont des personnages

féminins, mais qui sortent un

peu des normes. Puis comment

trouver sa place quand on est

pas comme tout le monde.

Ça m'intéresse,. Je pense que

c'est des thèmes qui me

rejoignent. J'ai un cinéma

qu'on dit souvent dans

l'hyperréalisme, mais ça

empêche pas qu'il y a des

moments, je pense, un peu

lyriques. C'est un mélange de

tout ça, mais c'est dans le

minimalisme aussi. C'est pas

éclaté. C'est beaucoup dans les

détails, ce genre de petites

choses-là.


GISELE QUENNEVILLE

Chloé?


[CHLOÉ ROBICHAUD:] Oui.

GISELE QUENNEVILLE

Cherry Killers, qu'est-ce que

c'est, des Cherry Killers?


CHLOÉ ROBICHAUD

C'est mon équipe de balle-molle.

Y a une ligue qui s'appelle

« la Ligue en jupon », à Montréal.


GISELE QUENNEVILLE

La Ligue en jupon.


CHLOÉ ROBICHAUD

La Ligue en jupon, mais on a

pas vraiment de jupon.


GISELE QUENNEVILLE

C'est des filles.


CHLOÉ ROBICHAUD

C'est des filles. C'est tout l'été.

C'est très sérieux pour vrai.

Y a plusieurs équipes aux

noms tout aussi beaux que le

nôtre, genre les Vénus Spéculum.

C'est ça. Y a beaucoup de filles

en cinéma d'ailleurs.

On a beaucoup de comédiennes,

d'autres réalisatrices qui sont

dans la ligue. C'est très le fun.

Moi, j'aime beaucoup la

balle-molle.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que tu joues

une position?


CHLOÉ ROBICHAUD

J'alterne entre l'arrêt court

et le troisième but. Ouais.

Mais surtout troisième but.


GISELE QUENNEVILLE

Es-tu bonne?


CHLOÉ ROBICHAUD

Pour vrai, je suis bonne dans le

« diamond », donc au champ.

Je veux dire quand on est

en défense.


GISELE QUENNEVILLE

Après le match, c'est la bière?


CHLOÉ ROBICHAUD

C'est la bière pour vrai.

C'est la bière dans les estrades.

Pour vrai de vrai. La bière

et le cidre. Parce qu'on

est comme une gang de filles,

on aime pas beaucoup la bière.

Ça fait qu'il y a beaucoup de cidre.


GISELE QUENNEVILLE

C'est toi qui as choisi

ton numéro?


CHLOÉ ROBICHAUD

Oui. C'est le numéro que

j'ai eu dans toutes mes équipes

de sport quand j'étais jeune.


GISELE QUENNEVILLE

Chloé, j'ai lu quelque part

que t'avais fait ton premier

film à l'âge de 12 ans.

C'est vrai, ça?

11 ans peut-être.


CHLOÉ ROBICHAUD

Ah, mon Dieu, je ne le sais plus.

Je sais pas si on peut appeler

ça mon premier film.


GISELE QUENNEVILLE

C'était quoi?


CHLOÉ ROBICHAUD

À vrai dire, c'est que j'avais

fait, ça doit être de ça dont

vous parlez...

une espèce de documentaire

sur mon équipe de basket.

Ça a été un peu mes premières

expériences. Mon père m'avait

acheté une petite caméra

mini DV, ce qui était très cool

à l'époque.


CHLOÉ ROBICHAUD

Et donc je me promenais dans

l'école au secondaire,

puis j'étais vraiment la fille

qui faisait des vidéos sur tout.

Je pense que c'est peut-être à

ça que vous faites référence.

Mais mon premier film qui était

vraiment comme une fiction,

ça s'est fait en première année de

cégep. C'était pas très bon.

Je pense que ça s'appelait

« Confession d'un ange ».

Très mauvais titre.

Mais c'était le premier,

puis on essayait des affaires.


GISELE QUENNEVILLE

À à quel moment est-ce

que tu t'es dit:  « Moi,

je veux être cinéaste? »


CHLOÉ ROBICHAUD

Ça a été un processus, parce que...

Le cinéma a toujours eu

une très grande place dans ma

vie. J'avais trois ans, puis

j'écoutais « Beethoven »,

le film avec le chien.


GISELE QUENNEVILLE

Oui, oui, oui.


CHLOÉ ROBICHAUD

En boucle. Mes parents

en pouvaient plus. Mon père a

fait exprès... Je pense qu'il a

fait exprès, il a enregistré

quelque chose par-dessus,

puis c'était fini avec Beethoven.

Tout ça pour dire que le cinéma

pour moi, c'était vraiment une

obsession, mais je savais pas

que des gens... c'était un

métier de faire un film. J'ai

quand même toujours été

curieuse, parce que mon père

fait de la publicité, puis

c'est là que j'ai commencé

à comprendre un peu.

J'ai vu les caméras, puis

je voyais un peu comme les

rôles des gens derrière la

caméra. Puis moi, je voulais

être une réalisatrice. Quand

j'ai compris que c'était un

métier, je pourrais pas vous

dire à quel âge exactement, à

quel moment ça a été comme le

déclic, mais j'ai compris que

c'était pour moi et j'ai axé

toutes mes études en fonction

de ça.


GISELE QUENNEVILLE

Toi, tu écris tes scénarios et

tu réalises tes films. Est-ce

que tu serais capable de

prendre un scénario et de le

donner à quelqu'un d'autre ou

vice-versa?


CHLOÉ ROBICHAUD

Écrire un scénario et le

donner à quelqu'un d'autre,

probablement pas, parce que

pour écrire un scénario, tu

passes des années de ta vie à

l'écrire. Moi, je sais que je

vais beaucoup trop m'attacher

à mon scénario pour pas pouvoir

le réaliser après. Je pense

vraiment pas être capable.

Je vais être trop égoïste, je

vais vouloir le garder pour

moi. Après, de réaliser le

scénario d'un autre, ça

m'intéresse de le faire.

J'ai juste pas encore trouvé

peut-être le scénario, ou le

scénariste ou la scénariste

pour. Mais c'est clair que ça

m'intéresse, surtout que c'est

quand même un long processus

d'écrire, puis j'aimerais ça

tourner plus souvent.

Ça fait qu'à un moment donné,

je pourrai pas non plus tout le

temps écrire si je veux tourner

à bon rythme.


GISELE QUENNEVILLE

Parlons d'argent. Comment

est-ce qu'une jeune cinéaste

comme toi réussit à faire

financer ses films?


CHLOÉ ROBICHAUD

J'ai une carte de crédit.

En court-métrage, ça a beaucoup

été comme ça. Master Card.

J'ai jamais eu de court-métrage

financé par le gouvernement ou

un quelconque organisme.


GISELE QUENNEVILLE

Et pourquoi pas? Ça t'intéresse pas

ou c'est pas possible?


CHLOÉ ROBICHAUD

C'est très difficile. Y a

énormément de réalisateurs,

de scénaristes en court-métrage,

peu d'argent, on se bat pour

une petite poignée d'argent.

J'ai essayé des fois, ça a pas

marché, puis en même temps,

j'étais aux études, ça fait que

j'ai fait moi-même mes

courts-métrages, à mon rythme.

C'est correct, ça me dérange pas.

Après ça, à cause de

« Chef de meute », qui était à Cannes

Je dis : « À cause », je le saurai

jamais, peut-être que sans ça,

je l'aurais eu pareil...


GISELE QUENNEVILLE

Ça a pas nui.


CHLOÉ ROBICHAUD

...l'argent pour Sarah.

Mais je pense que ça a pas nui.

On a eu un financement, mais un

financement qui a été quand même

en bas d'un million.

Ça reste à plus petite échelle.

Puis là, bien je rentre dans un

processus qui est un processus

que tous les réalisateurs

connaissent maintenant, c'est

que j'embarque dans des dépôts,

puis là, j'attends l'argent

de mon prochain long-métrage.

C'est plus de sous qu'on

demande. C'est quasiment le

quadruple que Sarah préfère la

course que je demande pour mon

prochain. Ça fait que je suis

bien consciente qu'il y a un

processus. On peut pas claquer

des doigts puis cet argent-là

nous tombe dessus.


GISELE QUENNEVILLE

On te compare souvent

à Xavier Dolan.


[CHLOÉ ROBICHAUD:] Ouais.

GISELE QUENNEVILLE

Cannes, jeunes cinéastes

québécois... Est-ce que ça te

fatigue, ça?

Je sens que ça te fatigue.


CHLOÉ ROBICHAUD

Oui. Oui, mais c'est pas...

C'est toujours délicat à dire.

Ça me fatigue parce que je suis

une personne à part entière

et je ne fais vraiment pas des

films de la même façon.

Mais en même temps, j'ai peur de

dire que ça me fatigue, parce

que j'ai un énorme respect

pour Xavier. En fait, c'est

flatteur de se faire comparer

à un gars qui a une carrière

comme lui, puis que je trouve

qui fait de si bons films.

Mais à un moment donné,

faut faire la part des choses.

Je suis vraiment quelqu'un de

différent, puis c'est dangereux,

je pense, de commencer

à tout le temps, à chaque fois

qu'il va y avoir un jeune qui

va faire un film de dire: « Ah,

c'est comme Xavier. »

Non, chaque jeune va être

différent, puis chaque jeune

réalisateur va faire sa propre

carrière puis son propre

chemin. Ça fait que c'est juste

ça, je pense, qu'il faut

prendre en considération.


GISELE QUENNEVILLE

Ton long-métrage

« Sarah préfère la course »

a fait le tour du monde,

le circuit des festivals,

pourtant aucune nomination ici,

au Québec.


[CHLOÉ ROBICHAUD:] Ouais.

GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que ça te tracasse, ça,

ça te chicotte quelque part?


CHLOÉ ROBICHAUD

Bien là, ça fait longtemps.

Quand l'annonce des Jutras est

sortie, ce serait vraiment te

mentir de te dire que...

bah, bah, c'est pas grave, là.

Je pense que beaucoup de

personnes de l'équipe ont été

blessées par ça. Surtout que

d'autres journalistes ont

soulevé le point que ça faisait

plus ou moins de sens que

« Sarah » ait pas de nomination.

J'arrive pas encore à le justifier.

Y a des gens qui ont essayé

de me justifier, j'ai plus ou moins

obtenu de réponses. Ça reste des prix,

c'est pas grave. C'est des trophées,

puis je veux dire,

j'ai pas l'impression que ça va

nuire à ma carrière, parce que

j'ai pas eu de nomination

aux Jutras.


GISELE QUENNEVILLE

Quelle est ta définition

du succès?


CHLOÉ ROBICHAUD

Hum... J'imagine qu'on a

chacun notre définition.

Pour moi, c'est pas quantifiable,

en tout cas, en prix ou en

nombre de festivals.

Pour moi, c'est de faire des

films, les films que je voulais

faire, déjà là. Si j'ai réussi

à faire ce que j'avais dans ma

tête, c'est déjà un succès en soi.

Après ça, c'est d'aller

chercher les gens. Avec

« Sarah préfère la course »,

on a eu un box-office qui était correct

pour un premier long-métrage,

mais je vise à aller chercher

beaucoup plus de gens. Je veux

faire des films pour aller

toucher le public. Ça fait que ça,

je pense que c'est un

succès aussi. Après, la

réussite, c'est sûr on dirait

Cannes, c'est sûr que c'est une

réussite. C'est sûr que quand

t'es reconnu par tes pairs

dans un contexte comme

celui-là, ça fait plaisir. Mais

à un moment donné, je me dis

que peut-être dans 50 ans, je

vais regarder ma carrière puis

je vais dire: Le succès, ça

aura été de faire les films

que je voulais faire.


GISELE QUENNEVILLE

Chloé, je sais que t'aimes

beaucoup les chiens, en

particulier les pugs.

Pourquoi les pugs?


CHLOÉ ROBICHAUD

Euh... ils me font rire.

C'est des chiens super

affectueux. Je sais pas,

peut-être que justement même

dans les films, j'aime les

personnages qui sont un peu

hors-norme. Je dirais que le

pug est un peu aussi différent.

Pas de nez, tout écrasé. C'est

vraiment des chiens drôles qui

ronflent, qui sont très attachants.

La mienne particulièrement, Lucie.

Je les adore. Je suis vraiment une fan

de chiens. J'ai eu des chiens

toute ma vie chez mes parents,

tout le temps, ça fait que

quand j'ai pas de chien, je me

sens un petit peu toute seule.

Pour moi, c'est comme une

habitude.


GISELE QUENNEVILLE

Maintenant, le pug qu'il y a

dans Chef de meute, c'était

votre chien, ça.


CHLOÉ ROBICHAUD

Oui. Je ne l'ai plus

malheureusement, mais Jackie,

c'était mon chien. Comme je

disais, ça a été un peu mon

processus d'apprendre à dresser

mon chien qui m'a amenée vers

le film. Jackie était très énervé,

c'était un peu l'enfer.


CHLOÉ ROBICHAUD

Quand tu veux avoir une prise,

des fois, le chien, ça lui tente plus.

Y a quand même un côté

imprévisible qui est super

difficile.


GISELE QUENNEVILLE

Mais dans une partie du film,

c'est justement sur le dressage

de ce chien-là. À la fin du

tournage, est-ce que Jackie

était dressé?


CHLOÉ ROBICHAUD

(en riant)

Non. Non, non.

Ce que fait Jackie

dans le film, il le faisait

dans la vie. Jackie était quand

1même un peu à gauche, à droite.

Disons qu'il suivait pas les

règles. Faut croire que j'étais

pas un bon chef de meute à ce

moment-là. Je suis devenue

meilleure avec le temps.

(Un extrait de la web-série « féminin/féminin » est présenté, ensuite on revient à l'entrevue.)


GISELE QUENNEVILLE

Chloé, tu travailles sur une

web série en ce moment.

C'est « féminin/féminin »,

c'est une web série sur la vie d'un

groupe de lesbiennes de Montréal.

La différence entre

faire une web série et un film

ou une télé-série?


CHLOÉ ROBICHAUD

La différence... euh...


GISELE QUENNEVILLE

C'est du court-métrage.


CHLOÉ ROBICHAUD

Ouais, c'est un peu... Ça m'a

ramenée à justement mes

expériences en court-métrage.

Surtout que chaque épisode qui

sont déjà en ligne, c'est déjà

sorti, chaque épisode est un

peu comme un court-métrage,

parce qu'on rentre dans

l'univers d'un nouveau

personnage.

Ça fait que ça ressemble un

petit peu à ça. Je pense que

c'est plus dans la réalisation

que veut, veut pas, moi qui aime

les plans larges, un moment

donné si je fais...

...un plan hyper large, les

personnages auraient l'air de

fourmis, parce que les gens

peuvent même l'écouter

sur leur cellulaire. Ça fait qu'il y a

un changement dans la réception.

Il n'y a plus d'écran de cinéma,

ça fait que c'est plus là que

je le prends en considération.

Aussi dans le « timing »,

le sens du « punch ».

Quand on écoute quelque

chose sur le web, on décroche

vite. Les gens peuvent aller

voir d'autre chose, donc faut

les garder là. Alors qu'au cinéma,

on peut se permettre

d'être un petit peu plus

contemplatif. Je pense que j'ai

beaucoup travaillé le rythme

dans ce sens-là.


GISELE QUENNEVILLE

En regardant des épisodes, je

me suis dit que peut-être que

tu te dirigerais vers la télé un jour.

Est-ce que c'est quelque chose

qui t'intéresse?


CHLOÉ ROBICHAUD

Je me ferme à rien. Ça se

pourrait que « féminin/féminin »

ait une Saison 2, à la télé.

C'est quelque chose qui est en

discussion, puis j'aimerais ça.

Comme je dis, je me ferme à

rien. Pour l'instant, mon focus

est sur mes projets à venir qui

sont en cinéma, mais voilà,

on verra. On verra.


GISELE QUENNEVILLE

Parlons du sujet de cette web

série-là. Pourquoi une web

série sur la vie d'un groupe de

lesbiennes à Montréal?


CHLOÉ ROBICHAUD

C'est une fille qui s'appelle

Florence Gagnon qui m'a

approchée. Elle, elle rêvait de

bâtir un site web qui allait un

peu rallier la communauté,

pas juste montréalaise mais au

Québec, même à l'international.

Elle m'avait approchée en me

disant qu'elle était sur le

point de faire son site puis

que son rêve, c'était d'avoir

une série web là-dessus. Ça m'a

parlé parce que de un, moi, je

suis gay, puis y en avait pas,

de contenu de ce genre-là, puis

quand j'en voyais, il se

faisait des belles choses, mais

souvent, ça finissait de façon

dramatique. Une fille découvre

qu'elle est gay, elle se suicide...

Ou vivre des grosses

situations d'homophobie.


GISELE QUENNEVILLE

C'était pas une vie au quotidien.


CHLOÉ ROBICHAUD

Non, c'était vraiment jamais

une vie au quotidien ou presque.

Puis c'était rarement positif.

Puis Florence m'a dit: « Moi, ce

que je veux, c'est quelque chose

de positif. » Puis ça, ça m'a

appelée, puis j'ai eu le goût

de faire ça avec elle. Quelque

chose dans l'humour, dans le

réalisme. On a créé ensemble

des beaux personnages. Moi,

j'ai scénarisé puis tout, mais

je pense que c'est important de

donner une visibilité aux

lesbiennes au Québec, parce que

oui, y a eu « The L World »,

aux États-Unis, mais on est quand

même loin du glam de ces

filles-là : riches, à L.A., qui ont

jamais l'air de travailler.

Ça fait que... faut dire qu'on

a eu un gros succès. On est

rendu à presque un million

de visionnements pour la série

web. Je pense que ça a prouvé

qu'il y avait un engouement qui

était pas juste au sein de la

communauté lesbienne. Y a des

gars qui m'écrivent pour me

dire qu'ils ont adoré ça. Parce

que les situations que vivent

les personnages de

« féminin/féminin », tout le monde

peut les vivre.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que tu portes ou tu

veux porter l'étiquette de

cinéaste lesbienne?


CHLOÉ ROBICHAUD

Je veux pas le porter parce

que je pense pas que c'est nécessaire.

Je pense pas que...

C'est comme de dire: « Je suis une

cinéaste femme, je suis une

cinéaste gay. » On est un ou une

cinéaste point. J'ai envie de

faire des oeuvres, puis je

pense que mon orientation

est une des choses de ma

personnalité. Sauf que je fais

attention quand je dis ça, parce

que c'est quand même important

que je le sais, que je m'assume

puis que je sois fière, parce

qu'il y en a pas beaucoup de

gens, de personnalités

publiques qui le disent en

toute simplicité qu'ils sont

gays. Ça, j'ai quand même

conscience que c'est important.

Ça, j'ai envie de faire ça.

Mais à quel point j'ai envie

d'être un emblème? Je le sais

pas, parce que je suis d'abord

une cinéaste. C'est de trouver

le juste milieu, j'imagine.


GISELE QUENNEVILLE

Cinéaste femme.

Est-ce que ça, ça change quelque

chose? Est-ce que le point de

vue change quand on est une

femme puis qu'on réalise des films?


CHLOÉ ROBICHAUD

C'est sûr qu'on a une expérience

différente. On n'a pas le même corps,

une femme qu'un homme.

Veut, veut pas, y a des

expériences qu'un homme peut

pas comprendre et vice-versa.

Un moment donné, je pense

peut-être que ça, ce point de

vue là peut changer. Mais tu

sais, si on prend Igmar Bergman,

c'est peut-être le réalisateur

qui a le mieux compris

les femmes au cinéma.

Moi, je veux pas non plus dire:

« Bien oui, y a juste des femmes

qui peuvent réaliser sur des

femmes ou les hommes doivent

juste parler des hommes. »

Ça, je pense pas que c'est vrai.

Faut faire attention. Sauf que

le point de vue d'une femme au

cinéma est important. On a

besoin de plus de réalisatrices

femmes, ça c'est clair.


GISELE QUENNEVILLE

T'es encore très jeune,

mais t'as quand même un

certain bagage aussi que t'as

acquis au cours des dernières

années. Qu'est-ce que t'offrirais

comme conseil à une jeune,

qui est encore au secondaire,

puis qui souhaiterait faire des films?


CHLOÉ ROBICHAUD

Oui. C'est de travailler. Y a

pas vraiment de recette magique.

On veut des choses des

fois dans la vie; on a des

grands rêves, mais à un

moment donné, il faut...

y a des conséquences à avoir des

rêves. Puis c'est un peu de ça

dont parle 

« Sarah préfère la course »,

une fille qui rêve de course,

mais à un moment donné

il y a un prix à payer aussi

pour ça. Ça, j'en ai eu

conscience puis j'étais prête

à me lancer. C'est pas tout le

monde qui est prêt à faire ça,

puis c'est correct. Je pense

aussi qu'il faut aller à son

rythme. Mais y a du travail,

ça c'est clair, acharné. Oui.


GISELE QUENNEVILLE

Chloé, merci beaucoup.

(Générique de fermeture)

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