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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Léa Clermont-Dion : Feminist activist and author

At 12 years of age, Léa Clermont-Dion suffered from anorexia nervosa; it changed her life and made her think. Her mission became to understand where notions of beauty came from, and how to change them.
At the age of 14, she gave conferences throughout Quebec about the hypersexualization of young girls. Two years later, she submitted a petition to Quebec’s Assemblée nationale in support of bodily diversity in the media.
But Léa didn’t stop there: she completed a Bachelors, went on to work in radio and television, wrote a book, and completed a short film – all this before the age of 25.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, LÉA CLERMONT-DION, militante féministe et auteure, on montre des images de qui illustrent les projets et différents moments de la vie de cette dernière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tous les jours, on est

bombardés par les mêmes

messages: pour être heureux,

pour avoir du succès, il faut

être beau, il faut être mince.

Ce message, Léa Clermont-Dion

ne l'accepte pas. À 12 ans, Léa

souffre d'anorexie nerveuse.

Ça change sa vie et la fait

réfléchir. Sa mission:

comprendre d'où viennent nos

notions de beauté et comment

les changer.

à l'âge de 14 ans, elle donne

des conférences partout au

Québec sur l'hypersexualisation

des jeunes filles. Deux ans

plus tard, elle dépose une

pétition à l'Assemblée

nationale sur la diversité

corporelle dans les médias, ce

qui mène à l'adoption de la

Charte québécoise pour une

image corporelle saine et

diversifiée. Mais Léa ne

s'arrête pas là. Elle fait un

bac en sciences politiques à

Montréal et à Paris, elle écrit

un livre, elle travaille à la

télé et à la radio et elle

réalise un court-métrage.

Tout cela avant l'âge de 25 ans.

(L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de LÉA CLERMONT-DION et, pour une partie, au Musée de la Femme à Longueuil.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Léa Clermont-Dion, bonjour.


LÉA CLERMONT-DION

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Léa, toi, tu t'identifies

comme féministe. Qu'est-ce que

ça veut dire pour toi

d'être féministe?


LÉA CLERMONT-DION

Pour moi, c'est une

revendication de faits.

C'est-à-dire que l'inégalité des

sexes persiste dans plein de

domaines dans notre société, que

ce soit sur le plan économique,

social, culturel. Je pense que

la femme n'est pas

nécessairement l'égale de

l'homme.

Donc c'est de revendiquer une

amélioration du statut de la

femme, sous différentes façons.

Évidemment, il y a pas une

façon d'être féministe. Le

mouvement est extrêmement

diversifié, j'essaie de

m'investir dans certains

milieux plus conservateurs pour

les changer puis donner la voix

aux femmes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que t'es

arrivée à ce point-là? Est-ce

qu'il y a eu des moments dans

ta vie où t'as ressenti cette

inégalité homme-femme?


LÉA CLERMONT-DION

Oui, vraiment, quand j'étais

plus jeune, je crois que c'est

surtout le traitement de la

femme dans les médias, l'image

de la femme, la façon dont on

la représente, le fait que la

femme soit objet. Très tôt, ça

m'a scandalisée parce que je

suis née dans une génération où

on a été bombardés de publicité,

comme les générations qui

suivent, comme les générations

qui nous précèdent, mais

quand même. Pour moi, ça a été

un élément déclencheur à ma

réflexion, ce que je voyais dans

les magazines ou à la

télévision, comme publicité, ça

me choquait. Donc, il y a ça,

mais je dirais aussi que le

fait que ma mère ait été à la

maison, je crois que ça a

influencé ma façon de voir les

choses. C'est un choix qui se

défend très bien, puis elle,

elle était prête à rester dans

la famille, mais je l'ai pas

vue s'émanciper comme elle

aurait pu s'émanciper.

Alors elle s'est un peu oubliée,

je dirais, dans sa vie, dans

son parcours. Ça aussi, ça a

été un élément déclencheur pour

moi. Ma grand-mère Pauline,

elle, elle a divorcé très tôt,

quelques années après que la

loi sur le divorce ait été

implantée au Québec. Elle

revendiquait beaucoup ses

droits, elle est retournée aux

études, comme mère

monoparentale de deux filles,

c'est quand même pas rien.

Ça aussi, c'est un autre...

je dirais une modèle de

femme qui m'a inspirée puis qui

m'a fait voir aussi que nos

acquis étaient peut-être

fragiles parce que même si ça

fait peut-être 50 ans justement

qu'on a réussi à avoir une

certaine stabilisation, une

certaine situation qui

fonctionne bien pour les

femmes, mais pour ma grand-mère,

c'était pas le cas, et c'était

hier, ça fait pas si longtemps

que ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu parles d'être bombardée

d'images et de publicités quand

tu étais petite. Par contre,

est-ce que tu aimais ça, les

belles petites robes, le

maquillage, les paillettes?


LÉA CLERMONT-DION

Oui. J'ai été une enfant...

C'est drôle parce que ma sœur

et moi, on est très différentes,

on a été élevées dans le même

milieu et j'étais attirée par

effectivement les robes, les

paillettes, alors je jouais aux

Barbie, ma sœur jouait aux

Legos. Mais avec du recul,

quand même, je me dis que

peut-être ça faisait partie de

ma personnalité, mais en même

temps, on est tellement

bombardés de ce genre de jouets

que c'est difficile de rester

insensible. Quand on dit à nos

jeunes filles dès l'enfance,

qu'on valorise tout le temps

par la beauté plutôt que les

idées, l'affirmation, les

projets... Souvent, on dit aux

petits garçons: toi, t'es fort,

bravo, tu es courageux.

Puis la petite fille, ça va être

vraiment: tu es belle. Mais

ça aussi, c'est fondamental dans

l'éducation d'un enfant.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as souffert d'anorexie très

jeune. Est-ce que c'était lié

justement à ces images que tu

voyais dans les médias?


LÉA CLERMONT-DION

Complètement. J'ai été

anorexique et ça a été

probablement l'un des pires

moments de ma vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'étais très jeune.


LÉA CLERMONT-DION

Oui, j'avais 12 ans.

D'ailleurs, ça commence de plus

en plus jeune aujourd'hui.

Je voulais mourir puis je

regarde les pages de mon

journal intime de l'époque puis

je me dis: mon Dieu, ça a pas de

bon sens. C'est arrivé aussi

quand j'ai commencé à changer,

quand mon corps a commencé à

devenir plus femme.


GISÈLE QUENNEVILLE

Avoir un corps de femme.


LÉA CLERMONT-DION

Oui. Et je voyais toutes ces

images de la femme idéale puis

j'avais pas le goût d'y

correspondre nécessairement,

mais en même temps, on mettait

cette pression pour être ça.

Et c'est comme si mon anorexie,

ça avait été une espèce de

révolte par rapport à l'image

que je voyais des femmes que

j'aimais pas. Cette

femme-objet, j'aimais pas ça,

mais on me disait: pour

réussir, il faut que tu

ressembles à ça.

Donc, c'est sûr que c'est

beaucoup plus complexe que ça,

l'anorexie nerveuse, c'est une

maladie mentale. Moi, j'ai des

antécédents de maladie mentale

dans ma famille, j'étais

sensible à ça. Donc je crois que

c'est une certaine forme de

suicide, l'anorexie, c'est

triste à dire comme ça, mais en

même temps, le fait que dans

notre société, le 0 est

tellement comme un idéal, on

dirait. D'ailleurs...


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on va au magasin, on

veut un 0, on veut être un 2,

un 1. Un 00, pourquoi pas?


LÉA CLERMONT-DION

On dirait qu'on banalise ces

petites symboliques, mais c'est

tellement... c'est dangereux

quelque part pour le

développement d'un enfant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment tu t'en es sortie?


LÉA CLERMONT-DION

Je m'en suis sortie parce que

c'était soit je meurs, soit je

vis. Et j'ai décidé de vivre.

Et il y avait entre les deux

l'option de rester un peu

prisonnière de ça, de cette

maladie puis je me suis dit:

j'ai plein de choses à faire

dans la vie, c'est un peu

superficiel, cette affaire-là,

on peut-tu changer de disque

et aller ailleurs?

Et j'avais tellement de projets

en tête...

En fait, c'est ça qui m'a

rallumée. C'est de vouloir

voyager, de vouloir faire des

études en politique, d'avoir

des passions. Je pense que ça,

c'est très important. Pour un

parent d'anorexique, si j'ai un

conseil à donner, c'est:

stimulez-les autrement,

faites-les sortir de leur

isolement. Moi, je l'ai trouvé

finalement en ayant plus de fun

ailleurs puis j'ai pris

conscience de cet enfer-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

À l'âge, à peu près cette

époque-là, à l'âge de 12 ans,

peut-être un peu plus, t'as

entendu une entrevue de

Françoise David, je crois, à la

radio. Françoise David qui est

aujourd'hui présidente de

Québec solidaire.


LÉA CLERMONT-DION

Vous êtes bien renseignée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'elle disait

à la radio et comment ça

t'a marquée?


LÉA CLERMONT-DION

C'est une entrevue qu'elle

donnait à Marie-France Bazzo,

à l'époque, à Indicatif présent.

Et elle parlait justement

d'Option citoyenne, c'était son

livre où elle parlait de femmes

et de politique.

On parlait d'hypersexualisation

dans les médias puis

hypersexualisation des jeunes

filles. Je connaissais pas ce

terme-là à cet âge-là et je me

suis dit: c'est intéressant, je

vais essayer d'approfondir le

sujet. Et je fais un travail à

l'école, en secondaire de je ne

sais plus quelle année, sur la

cause des femmes, une

thématique extrêmement générale.

Là, je me suis dit: je pourrais

téléphoner à Françoise David,

peut-être qu'elle a quelque

chose à me dire là-dessus comme

féministe et j'aimerais... Je

connaissais rien à ça, je me

suis dit: elle va peut-être

m'apprendre quelques trucs et

tout. Et cette femme-là est

franchement généreuse parce

qu'elle a accepté de me

rencontrer à l'âge que j'avais,

dans un petit café de Montréal.

J'étais venue avec ma mère en

auto puis je me disais: ah, je

vais rencontrer Françoise

David. Alors c'est ça, je me

suis dit que comme féministe,

elle avait sûrement des trucs

à m'apprendre, et Françoise

David m'a invitée au congrès de

la Fédération des femmes du

Québec, le congrès annuel.

Et j'ai donné une conférence,

finalement, j'ai discuté de

l'hypersexualisation des jeunes

filles mais dans ma perspective

de fille de 12 ans.

Ça c'était vraiment bien passé

avec du recul.

(propos en anglais et en français)

Il y a eu comme un standing ovation,

j'ai pas compris pourquoi puis je me

suis dit: OK, peut-être qu'il

faudrait que je continue par

là. Et on dirait que j'ai

essayé de bifurquer de ce

destin-là dans la vie, j'ai

essayé de faire autre chose, je

voulais aller ailleurs,

m'intéresser à d'autres trucs,

mais ça revient toujours dans

ma vie, ça. Donc je me dis qu'il

faut continuer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Léa, toi, t'as déjà fait des

expériences derrière la caméra

en réalisant tout d'abord un

court-métrage sur la

prostitution. Pourquoi ce

sujet-là en particulier?


LÉA CLERMONT-DION

C'est, oui, la

prostitution, mais c'est pas

tout à fait ça non plus. C'est

l'histoire d'une jeune fille

qui est prête à tout pour

plaire, qui va se prostituer.

Pourquoi ce sujet-là?


GISÈLE QUENNEVILLE

Faut dire que c'est un

court-métrage de fiction.


LÉA CLERMONT-DION

Oui, c'est pas un

documentaire. J'avais envie de

l'explorer et ça m'a quand même

appris certaines choses. Mais

j'ai pas une opinion tranchée

sur le fameux débat entourant

la prostitution.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, il y a un autre

film qui s'en vient, cette

fois-ci « Beauté fatale ». Ça, c'est

un film, est-ce que tu le

réalises ou tu...?


LÉA CLERMONT-DION

Non, en fait, c'est André

St-Pierre qui le réalise, mais

c'est sûr que j'étais très

impliquée dans le projet, j'ai

coscénarisé avec Marie-Claude

Élie-Morin. C'est mon idée à la

base, c'est mon concept

et tout, mais c'est un

documentaire très immersif.

C'est bien qu'il y ait un

réalisateur qui a amené sa

touche parce que je deviens

finalement protagoniste du

film. Au départ, je n'y tenais

vraiment pas, mais finalement,

ça s'est imposé. Honnêtement,

c'est un documentaire qui

ressemble à pas grand-chose qui

s'est fait au Québec parce que,

effectivement, il y a un peu

d'autobiographie, ou de la

biographie comme telle, mais il

y a aussi des expériences. Moi,

je vais dans un bar à 3 h du

matin rencontrer des jeunes et

leur demander c'est quoi leur

conception de la beauté. Je vais

dans un party de Botox. Mais

aussi, j'ai droit à toutes

sortes de confidences, alors

c'est assez diversifié comme

truc et je pourrais pas dire que

c'est autobiographique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Léa, t'as fait ta marque

récemment avec la Charte

québécoise pour une image

saine et diversifiée. Qu'est-ce

que ça veut dire une image

saine et diversifiée?


LÉA CLERMONT-DION

C'est une bonne question. Une

image saine et diversifiée,

c'est sûr que c'est relatif,

c'est subjectif comme

définition, mais on espère

avoir une plus grande diversité

de modèles présentés dans les

médias, donc avoir des corps, si

je peux me permettre le terme,

plus normaux.

Donc qu'on voit des formes,

qu'on voit des seins, des

hanches, qu'on retourne

peut-être à un modèle de beauté

un peu plus inclusif comme on

avait peut-être dans les

années 50 où on acceptait plus

les formes.

Alors, je crois que les

critères de beauté évoluent

aussi selon la société dans

laquelle on vit, et si le

bronzage, à un moment donné, a

été à la mode, c'est que c'était

une raison, c'est que les gens

riches avaient le temps de

passer du temps sur la plage,

ça veut dire plein de choses, la

beauté. Donc je crois qu'il va

y avoir un retour de balancier

justement pour montrer plus de

diversité corporelle, pour

montrer des formes. Aussi des

visages... Moi, cette obsession

de la jeunesse, ça me dérange

beaucoup pour les femmes plus

âgées. Je me dis: c'est quoi ce

culte-là? C'est fatigant. Je

faisais l'exercice de regarder

dans un magazine l'âge des

mannequins qu'on voyait,

et c'est 13, 14 ans.

Puis on vend ce modèle

unique de beauté aux femmes

âgées aussi. Donc de montrer des

femmes et des hommes avec des

rides, avec des cheveux blancs,

pourquoi on valorise pas ça?

C'est dommage.


GISÈLE QUENNEVILLE

Cette charte-là, comment

est-ce qu'elle a vu le jour?

Parce que là, ça fait déjà

quelques années, je pense que

t'avais à peine 16 ans quand ça

a commencé.


LÉA CLERMONT-DION

Ça vient d'une idée dans mon

salon, à 14 ans, après avoir

souffert de troubles

alimentaires. J'ouvre la

télévision et je constate qu'il

y a une certaine Ana Carolina

Reston, qui est une mannequin

brésilienne qui décède, et ça

fait un scandale, une polémique

dans les médias. C'est une

mannequin, elle est morte

d'anorexie nerveuse.

Alors là, c'est un drame et

plusieurs États ont décidé de

reconnaître la question,

l'enjeu de la diversité

corporelle et l'enjeu de la

préoccupation excessive du

poids qui est un enjeu de

santé publique.

Donc comment ça se fait? De

différentes façons. Nous, au

Québec, on a décidé d'adopter

une charte non coercitive parce

qu'on se dit qu'on va pas

punir, on va promouvoir, on va

être dans le positif pour

changer la norme. Et

franchement, c'est sûr que ça n’a

pas changé tout, mais la charte

a permis un débat de société, a

permis, je pense, un éveil de

conscience par le fait qu'on en

parle. Juste de parler de

diversité corporelle, juste de

parler des troubles

alimentaires, ça a fait évoluer

les esprits. Donc j'ai décidé

d'entamer une pétition à l'âge

de 14 ans avec des amis, à

l'école, dans un but de

revendiquer une charte sur la

diversité corporelle. On dépose

ça à l'Assemblée nationale du

Québec. On a récolté pas

beaucoup de noms, 1000 noms à

peu près. Il s'avère que les

astres étaient vraiment bien

alignés parce que...


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que normalement, une

pétition de 1000 personnes, ça

reste lettre morte.


LÉA CLERMONT-DION

Oui, on s'entend, c'est pas

beaucoup, mais à côté de ça, il

y avait Jacinthe Veillette, qui

avait à peu près le même

parcours que moi, troubles

alimentaires, qui dépose une

pétition similaire, qui...

Alors là, les astres sont

alignés, le gouvernement entend

cet appel-là et dit: OK, on va

le faire. Trois ans plus tard,

ils ont adopté la charte. Donc

c'est comme ça que c'est

arrivé, tout simplement.

Après, j'ai fait d'autres choses aussi,

et dix ans plus tard à peu

près, avec les mini-miss, on a

rassemblé 50 000 signatures

contre l'arrivée des galas de

mini-miss au Québec. Donc là on

voit que la société évolue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons-en justement. Toi, tu

t'es insurgée également contre

ces concours mini-miss. Ça,

c'est ces concours de

téléréalité, des concours de

beauté pour des jeunes fillettes

essentiellement. Ça s'en venait

au Québec. Qu'est-ce qui te

dérangeait dans ça?


LÉA CLERMONT-DION

De transmettre le culte des

apparences à cet âge-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce qu'on parle de quoi,

6-7 ans à peu près?


LÉA CLERMONT-DION

Oh, moins que ça, 3-4 ans

qu'on maquille nos petites

filles puis qu'on leur

transmette ces valeurs-là...

Je vois pas le sens de ces

concours-là, bien que certaines

disent que ça développe la

personnalité d'une jeune fille,

que ça aide pour l'estime de

soi, j'en doute, en tout cas.

De toute façon, nous, avec

Alain Vadeboncoeur, le

médecin, et Ianik Marcil,

économiste, on a rédigé un

texte qu'on a envoyé dans un

journal, et il y a eu une

réponse momentanée, les gens

étaient d'accord avec nous.

On veut pas de gala de mini-miss

au Québec. Donc là, on a parti

la pétition et en 24 heures,

50 000 personnes ont adhéré à

ce texte-là et en 24 heures, la

chaîne MusiMax a retiré deux

téléréalités sans qu'on l'ait

demandé de Honey Boo Boo,

qui est une émission de

téléréalité qui suit une petite

mini-miss en devenir. Donc ça

c'est vraiment la preuve qu'on

est plus ouvert à discuter de

ces sujets-là qu'il y a cinq ou

dix ans. Je remarque vraiment

l'ouverture et l'évolution

des mentalités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que tu penses, par

exemple, des chaînes comme

Abercrombie qui, on dirait, font

par exprès pour faire des

vêtements qui ne font pas à un

corps soi-disant normal,

si on veut.


LÉA CLERMONT-DION

C'est difficile pour moi de

juger de cette compagnie-là

parce que je sais qu'on en a

beaucoup parlé, mais j'ai pas

vu les vêtements. Donc c'est

sûr que... par contre, de

culpabiliser les femmes de pas

être assez minces ou les hommes

de pas être assez minces pour

porter un vêtement,

c'est tout à fait incohérent,

et de leur part, c'est

une mauvaise affaire,

je crois, de marketing pour

eux. Mais c'est une mentalité

qui est quand même

plus répandue qu'on le pense

en mode.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais on parlait des

vêtements 000.


LÉA CLERMONT-DION

Ou certaines déclarations de

designers de mode français, des

Karl Lagerfeld, comme si la

mode était destinée à un certain

type de personnes.

On ostracise beaucoup les

personnes plus rondes dans

notre société. De toute façon,

c'est prouvé, ça, que les

ronds, les personnes plus en

chair sont discriminées. Il y en

a dès l'embauche. On dit que

les gens beaux, donc les gens

plus minces évidemment, selon

les critères de beauté actuels,

font à peu près 10% de salaire

de plus qu'une personne qui est

ronde ou qui correspond pas aux

critères de beauté.

Donc c'est une forme de

discrimination comme une autre,

je crois, qui est malheureuse.

Mais ça vient encore une fois

dès la naissance. Les bébés qui

naissent, qui sont plus jolis,

qui correspondent plus aux

critères de beauté vont attirer

plus d'amour et d'affection.

(L'entrevue se poursuit avec MARIE-EVE DESAUTELS du Musée de la Femme.)


GISÈLE QUENNEVILLE

On est au Musée de la Femme à

Longueuil. C'est le seul musée

de la femme au Canada.

Marie-Eve, qu'est-ce qu'on

trouve ici dans ce musée?


MARIE-EVE DESAUTELS

En fait, le Musée de la

Femme, ce qu'on veut présenter,

dans un contexte historique, ça

va être l'évolution des droits

des femmes au Québec.

Alors que l'on parle de

l'arrivée de la toute première

femme, Marie Rollet, qui est

arrivée ici en 1617,

jusqu'au droit de boire dans les

tavernes, qui est très jeune,

86, et là, c'est 1986.

Ça, c'est le contexte général,

mais aussi, ce qu'on fait vivre

au Musée de la Femme, c'est

une expérience. Alors

effectivement, le Musée de la

Femme se veut un peu comme un

miroir de souvenirs.

À travers chaque espace, on

essaie toujours de mettre en

contexte un objet qui va

rappeler quelque chose, qui va

rappeler une grand-mère, qui va

rappeler justement sa propre

enfance ou quelque chose comme

ça, parce qu'on veut faire faire

une réflexion sur son propre

cheminement dans l'évolution

des droits des femmes.


LÉA CLERMONT-DION

Est-ce que les gens sont au

courant de l'histoire récente

des femmes?


MARIE-EVE DESAUTELS

Non, ça surprend toujours. Ça

rappelle énormément des choses,

si on parle, comme par exemple,

je disais tantôt le droit de

boire dans les tavernes de 86,

c'est tout jeune, les gens ont

tendance à oublier.

Pour ceux qui sont un peu plus

vieux, quand on va dire ça, on

va entendre: « C'est vrai, je me

rappelle, il y avait eu un

bill qui est passé là-dessus. »

Alors que pour les plus jeunes,

c'est même pas pensable, c'est

quelque chose qui était même

pas possible de façon générale.

(On est de retour dans la demeure de LÉA CLERMONT-DION pour la suite de l'entrevue.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Léa, tu as publié un livre

récemment qui s'appelle

« La revanche des moches ».

Qui sont les moches?


LÉA CLERMONT-DION

C'est tous ceux qui

correspondent pas aux critères

de beauté. Ils sont pas moches,

mais c'est ce qu'on nous dit,

c'est qu'on est moche si on ne

correspond pas à cet idéal.

Or, l'idéal n'existe pas. Donc

on est tous un peu moches.

Mais c'est pas vrai évidemment.

Faut pas le prendre au premier

degré, là, puis c'est pas un

livre non plus sur la laideur

ou sur les moches. Je vous dis

pas que je me trouve moche ou

quoi que ce soit, c'est pas

ça. C'est qu'on nous envoie le

message: vous êtes moches et on

va vous vendre des bébelles

pour que vous ne soyez plus

moches. Mais l'histoire

là-dedans, dans cette petite

gamique, c'est qu'on va toujours

être moche, on est condamné à

être moche. Donc c'est payant

pour quelqu'un dans l'histoire,

que ce soit la chirurgie

esthétique, les gyms, les

régimes amaigrissants, le

cosmétique. Il y a beaucoup,

beaucoup d'argent derrière ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans le livre, tu rencontres

des personnes pour qui la

beauté, ou l'apparence, ou le

corps est important dans ce

qu'ils font souvent comme

travail. De toutes les

personnes que tu as

rencontrées, quel a été le

propos le plus surprenant?


LÉA CLERMONT-DION

Il y a une femme, qui

s'appelle Rosemonde Gingras, qui

défend la chirurgie esthétique

dans le livre. Moi je suis pas

d'accord nécessairement avec

elle, mais elle amène un point

intéressant. Elle soulève un

point très pertinent. Elle dit:

la date de péremption au

féminin existe. Ce qu'elle dit,

autrement dit, c'est que, à un

certain âge, malheureusement,

c'est comme si dans l'espace

public, dans l'imaginaire, on

n'acceptait plus des femmes

vieillissantes. Et ça, ça vient

avec la perte de fertilité

malheureusement, je crois. Ça,

j'ai trouvé ça intéressant

comme point, de le soulever.

Puis c'est vrai que ça fait

partie de cette problématique.

Ça, c'est une injustice très

grande, je crois.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as déjà dit en entrevue que

ça te faisait peur de vieillir.


LÉA CLERMONT-DION

J'ai peur de vieillir, mais

pas pour le physique. J'ai peur

de vieillir parce que, comme

n'importe quel humain sur

Terre, j'ai peur de la mort.

Alors c'est plutôt ça en fait.

D'ailleurs, c'est pour ça que

je fais plein de choses, c'est

parce que je me dis: mon Dieu,

je pourrais être frappée par

une auto demain, donc faut que

je me dépêche, sinon je pourrai

pas faire tout ce qui est

écrit sur ma liste de choses à

faire avant ma mort.

Mais j'imagine que ça vient avec

la sagesse, puis à un moment

donné, ça va être correct,

je vais vivre avec.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu parles beaucoup des moches

dans « La revanche des moches »,

cette définition de...

On nous renvoie toujours

l'image qu'on est moche. Faut

dire que toi, t'es pas moche,

pas du tout.


LÉA CLERMONT-DION

Oui. OK. Merci.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que le fait que...

Une belle jeune femme prenne

ce flambeau-là fait une

différence? Est-ce que quelqu'un

qui était réellement moche

pourrait faire passer

le message?


LÉA CLERMONT-DION

Premièrement, ça a choqué des

gens que je ne sois pas

« moche », même si moi, je me

suis trouvée moche très

longtemps. C'est sûr que le

fait que je sois pas un monstre

aide le fait que, par exemple,

des médias m'interpellent, je

suis très consciente de ça.

Je pense que ça joue dans le

succès justement de la chose,

mais en même temps, ça m'a joué

des tours parce qu'une fille

qui est plus jolie, ça passe

moins, c'est moins sympathique,

c'est moins: oh...

Ça crée de l'animosité, en

fait, j'ai remarqué ça, et je

trouve ça dommage.

Est-ce qu'on peut s'assumer puis

est-ce qu'on peut dire: si je

suis belle, je suis belle et

valorisons-nous, aimons-nous!

Moi, j'ai eu une espèce de...

J'ai eu des ressentiments

négatifs là-dessus et j'ai

trouvé ça extrêmement dommage

qu'on soit rendus là, mais

bon... Le corps des femmes, de

toute façon, fait polémique

depuis toujours et on s'y

attarde beaucoup trop pour la

situation. D'ailleurs, si ça

avait été un beau gars qui

avait écrit là-dessus, je sais

pas si on aurait commenté son

physique. Je trouve qu'on

commente beaucoup le physique

des femmes, est-ce qu'on peut

se concentrer sur le propos de

ce qui est dit?


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as fait tellement de

choses, t'es au début de la

vingtaine. Qu'est-ce que tu vas

faire dans la vie?


LÉA CLERMONT-DION

Moi, idéalement, ce que

j'aimerais faire dans la vie,

c'est vivre au bord d'un fleuve

puis lire des livres.

Idéalement, j'aimerais faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça paye pas les factures,

ça.


LÉA CLERMONT-DION

Non, mais là, en ce moment,

ce que je fais, c'est ce que

j'aimerais faire à long terme,

c'est faire des films. J'ai

toujours aimé la télévision, je

fais un peu de télé, je

participe à des projets de

télévision, je fais des livres.

Mais j'aime contribuer aussi au

débat public, y participer,

donc il y a ça. Et

potentiellement, j'aimerais

enseigner aussi parce que

j'aime le contact avec la

jeunesse et je crois que...

C'est ça. Et j'étudie aussi,

donc là, il y a cet aspect de

réflexion. Je suis à la

maîtrise en sciences politiques

et pour moi, c'est très

important aussi d'avoir une

réflexion plus approfondie. Ça,

j'aimerais faire ça toute ma

vie, bien honnêtement.

Mais peut-être qu'à un moment

donné, je vais me lasser puis...

J'aimerais ça élever des

moutons, mais ça, je pense que

ça arrivera jamais, mais

peut-être. Parce que je sais

pas, j'aimerais vivre en

campagne puis... je viens de la

campagne puis j'aime les

espaces de plein air.

J'aimerais justement être un peu

plus en contemplation des fois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Léa Clermont-Dion,

merci beaucoup.


LÉA CLERMONT-DION

Merci beaucoup.

(Générique de fermeture)

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