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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Yvon Godin : Acadie-Bathurst deputy

In politics for the past 17 years, Yvon Godin is an engaged and passionate federal Member of Parliament for the NDP.
His distinguished career with unions and his past as a miner have made him a convincing defender of workers’ rights, whose pathway as an MP does not include the university mould that has produced so many other politicians.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATEUR DANIEL LESSARD fait une courte présentation biographique de YVON GODIN. Pendant la présentation, des images vidéos et des photos d'archives viennent illustrer le propos.


DANIEL LESSARD

Yvon Godin est né à Saint-Sauveur,

au Nouveau-Brunswick, le cadet

d'une famille de douze enfants.

Pauvre, un père blessé, les enfants

prennent la relève,quittant l'école

très tôt. Travailleur de la forêt,

dans le Nord de l'Ontario, mineur;

à son retour chez lui à Bathurst,

Yvon Godin en a assez de voir

ses collègues de travail mourir

l'un après l'autre, en raison de

l'incurie des compagnies.

Il gravit les échelons du syndicat

des métallos jusqu' à la présidence

et il obtient, de chaude lutte,

des conditions de travail décentes

pour les siens. Lorsque

le gouvernement libéral

de Jean Chrétien propose

une réforme en profondeur

de l'assurance-emploi,

Yvon Godin se porte à la défense

des travailleurs saisonniers.

Manifestations spectaculaires,

confrontations vigoureuses avec

le tout-puissant ministre libéral,

Doug Young, Yvon Godin

se sert de ce tremplin pour se

faire élire député néo-démocrate.

Contre toute attente, il défait

au passage ce même Doug Young

qui régnait en roi et maître au

Nouveau-Brunswick.

Député d'Acadie-Bathurst depuis

17 ans, il a deux priorités, la

défense des droits de ses chers

travailleurs et celle, toute aussi

passionnée, de la langue française.


YVON GODIN

Un homme puis une femme

qui partent le matin pour aller

travailler, la famille a le droit

de les recevoir le soir.

(DANIEL LESSARD rencontre en entrevue YVON GODIN, dans son bureau de député.)


DANIEL LESSARD

Monsieur Godin, bonjour.


YVON GODIN

Bonjour, monsieur Lessard.


DANIEL LESSARD

Monsieur Godin, né à Saint-Sauveur

au Nouveau-Brunswick.

C'était comment à cette époque-là?


YVON GODIN

C'est un petit village.

C'est un petit village entre Bathurst,

Tracadie-Sheila,

proche de Saint-Isidore.

On a tous les noms

qu'y avons au Québec,

on a tous les saints.

Les Saint-Isidore, les Saint-Sauveur,

les Saint-Simon, on a tout.

C'est un petit village francophone.


DANIEL LESSARD

Grosse famille?


YVON GODIN

Famille de 12, puis y en a un

qui est décédé à l'âge de six

mois. Alors, y a 11 vivants

depuis le début, puis moi,

je suis le onzième de la famille.


DANIEL LESSARD

Le bébé de la famille.


YVON GODIN

Le bébé de la famille.


DANIEL LESSARD

Vos parents?


YVON GODIN

Mes parents, mon père venait

de Paquetville,

de Rang-Saint-Georges,

c'est un petit village à côté

de Paquetville, qui faisait partie

de Paquetville. Et ma mère,

d'Évangeline qui est dans

la péninsule acadienne aussi.


DANIEL LESSARD

Votre père il devait travailler fort

pour faire vivre tout ce monde-là?


YVON GODIN

Oui, mais mon père était bûcheron.

Puis malheureusement,

à l'âge de 43 ans, mon père a eu

un accident. Il s'est fait mal

dans les disques, dans le dos,

le disque principal.

Alors, y a été invalide et,

dans ce temps-là, comme vous

pouvez voir, y avait pas

de compensation, y avait pas

d'assurance.

Le bien-être, ça existait juste pas.

Ç'a été très dur pour la famille.

Très très dur. Mais moi,

en étant le dernier, je l'ai moins vu

que le reste. Mais mes frères,

mes soeurs, sont partis jeunes

aller travailler en dehors.


DANIEL LESSARD

C'est eux qui ont pris la relève,

à ce moment-là?


YVON GODIN

C'est eux qui ont pris la relève,

puis dans un sens, y ont été travaillé,

aider papa pis maman.

Puis envoyer un petit 50 dollars ici,

puis un petit 50 dollars là,

puis tout ça, bien ç'a aidé

pour le reste de la famille.


DANIEL LESSARD

Vous avez pas vécu dans la

richesse, j'imagine, à cette époque-là?


YVON GODIN

Absolument pas. Je pourrais

me rappeler, je pense

que mon premier cadeau

que j'ai eu, j'avais peut-être

13, 14 ans.


DANIEL LESSARD

Dans un contexte comme celui-là,

est-ce que l'école,

ça devient secondaire?


YVON GODIN

Oui, ça devient secondaire,

parce que imaginez-vous,

à chaque fois que j'avais,

soit un frère ou une soeur

qui disait, qui crevait le coeur

à maman pis à papa;

je veux dire, des larmes,

j'en ai vu en masse,

qu'ils s'en allaient dans

le Nord de l'Ontario

pour aller travailler,

pour le bien de la famille.

Puis, j'encouragerai pas les

jeunes aujourd'hui de laisser

l'école, je les encourage, comme

j'ai fait à mes enfants, je les

encourage à aller à l'école,

apprenez quelque chose.

Mais dans ce temps-là,

c'était pas ça. C'est que tu

pourrais être un bûcheron

avec aucune éducation.

Tu pourrais travailler dans les

mines avec aucune éducation.

Les filles allaient travailler

dans les restaurants, ces

choses-là. C'était survivre.


DANIEL LESSARD

Mais on prenait même pas trois,

quatre années d'école,

pour apprendre à écrire et compter,

ou si on pouvait se passer d'école?


YVON GODIN

Non, non. C'est soit qu'ils

se rendaient à peu près

à une huitième année,

neuvième année.

Alors, y apprenaient à lire

puis à écrire comme il faut là.

Mais je veux dire, y allaient

pas à l'université, y finissaient

pas leur douzième. -

Non.


[DANIEL LESSARD:] Et vous?

YVON GODIN

Moi, ça m'est arrivé

qu'à la onzième année,

j'ai laissé moi-même l'école.

Je suis venu en Ontario, à l'âge

de 16 ans. J'ai été travail là

comme pompiste.


YVON GODIN

Pourquoi vous avez laissé l'école?

Vous en aviez assez?

Vous pensiez que... assez éduqué,

vous saviez tout ce que vous

aviez à savoir?


YVON GODIN

Monsieur Lessard, vous croirez

pas qu'est-ce que je vais vous

dire, mais c'est vrai. Qu'est-ce

qui est arrivé, c'est que

dans ce temps-là, on était

à l'école d'Allardville.

J'ai commencé à Saint-Sauveur,

après ça, Allardville.

Puis c'était les petites écoles

de la région.

Puis après ça, ils sont venus

avec les polyvalentes,

qui avaient emmené tout le monde

de partout, de Petit-Rocher,

Beresford, Bathurst,

Allardville, Saint-Sauveur.

Tout le monde dans une grosse

école, une polyvalente.

Et mon professeur de français

m'avait dit que fallait...

bien pas à moi, mais à tout

le monde, à tous les élèves:

« Vous allez faire une composition,

puis demain vous allez la lire

devant la classe ».

Puis j'ai dit: « Moi, je suis trop

gêné pour ça. » Ça fait...


[DANIEL LESSARD:] Voyons donc!

YVON GODIN

Non, c'est vrai et alors, j'ai

dit ça: « Si tu m'envoies devant

la classe, je m'en vais.»

Puis y'a dit: « Écoute, si tu

peux pas aller faire ta

composition devant la classe,

t'as pas de place dans ma

classe. » Alors, je suis parti.

Je me rappelle, je suis rentré

chez nous, j'ai dit à maman,

puis à papa: « Essayez pas

de m'envoyer à l'école,

vous gagnerez pas avec moi. »

Là, c'est vrai, c'était mon caractère

d'Yvon Godin qui rentrait à maison.

« Essayez-vous même pas, vous

gagnerez pas. » Mais ça m'a...

je pense que ça m'a fait grandir

dans ça. Après ça, j'ai dit que :

« Jamais que la gêne m'empêcherait

de faire quelque chose dans ma

vie. »


DANIEL LESSARD

Ç'a pas l'air de vous arrêter.

Je vous ramène à tous vos

frères et soeurs qui s'en allaient

à White River. White River,

c'est le Nord de l'Ontario, ça?


YVON GODIN

C'est le Nord de l'Ontario.

C'est entre Sault-Sainte-Marie

et Thunder Bay.


DANIEL LESSARD

Et pour aller faire quoi?


YVON GODIN

C'est à peu près 300 km

du Sault-Sainte-Marie.

Et mes frères là,

ç'a travaillé comme bûcherons.

Ils travaillaient pour

l'Abitibi, Ontario Paper,

ces choses-là.

Ils travaillaient là comme

bûcherons-opérateurs de machines

dans le bois.

Et j'en ai deux qui ont travaillé

dans les mines. Puis après ça,

moi, j'ai travaillé dans une scierie,

là-bas. Puis en finissant,

j'ai été travaillé à Manitouwadge

pour la mine Geco,

la compagnie Noranda,

dans une mine. Et mon intention

d'aller travailler à la mine,

c'était seulement d'aller chercher

un peu d'expérience pour retourner

chez nous, puisque chez nous,

y avait la mine Noranda aussi,

qui était la Brunswick Mine.


[DANIEL LESSARD:] Mais à White River, vous

pouviez travailler en français?


YVON GODIN

Quand je suis arrivé là, je ne

parlais pas l'anglais du tout.

Pas du tout. Mais le propriétaire,

dans ce temps-là c'était

la station d'essence Gulf,

qui après ça est devenue Ultramar,

c'était des francophones de la région

de Témiscamingue, de l'Abitibi,

des francophones. Alors eux,

ils m'ont engagé.

J'ai travaillé avec eux autres.

Je m'en rappelle bien une fois

que mon anglais était assez

méchant qu'une madame m'avait

dit: « Where is your restroom? »,

puis moi... c'était :

« Où sont les toilettes? »,

moi je pensais « restroom »,

ça doit être un restaurant, alors,

j'ai dit: « Across the road ».

Puis même la propriétaire a dit:

« Écoute là, t'envoies nos clients

sur l'autre bord du chemin, là ».

Je connaissais pas du tout l'anglais.

Mais eux m'ont donné une chance,

puis vraiment je remercie les gens

de White River. Vraiment,

je leur dois beaucoup.


DANIEL LESSARD

Puis vous avez appris l'anglais là?


[YVON GODIN:] J'avais pris l'anglais là.
[DANIEL LESSARD:] C'était important d'apprendre

l'anglais à cette époque-là ?


[YVON GODIN:] Ah oui, absolument.

Puis même aujourd'hui, je veux

dire écoutez, à mes enfants je dis:

« Écoutez là, c'est un cadeau

d'avoir les deux langues ».

Quand t'es capable, au Canada

qui a deux langues officielles,

d'être capable de parler dans

les deux langues, ça veut dire

que t'as pas de barrière au

Canada, à cause de la langue.


[DANIEL LESSARD:] Puis vous êtes revenu à

Bathurst à ce moment-là?


YVON GODIN

Là après ça, je suis revenu

à Bathurst, au mois de décembre 74

et j'ai pas voulu aller voir

à la mine tout de suite.

Je vais vous dire pour quelle raison.

J'ai dit: « Si je vais à la mine là,

ils vont m'engager, je pense,

puis après ça, je vais être pris

à travailler à Noël,

puis au jour de l'An. »

Ça fait que j'ai dit:

« Je vais y aller tout de suite

après le jour de l'An ».

Puis le 15 janvier, je

suis arrivé à la mine le matin,

j'ai été voir pour me...


DANIEL LESSARD

C'est une mine de quoi?


YVON GODIN

De zinc, de cuivre, de plomb

et d'argent. Puis, je suis arrivé là,

le matin, y m'ont demandé

si j'étais prêt à travailler

l'après-midi, puis je suis

rentré sur le quart de « shift »

de cinq heures.

(DANIEL LESSARD discute avec YVON GODIN de sa passion pour les chevaux, dans une écurie.)


DANIEL LESSARD

Monsieur Godin, les chevaux,

votre autre passion, ça vient

d'où?


YVON GODIN

Bien, en étant d'une famille...

d'une grande famille,

le dernier de ce qu'on appelle

les baby-boomers, là,

puis mon père en étant bûcheron

avant, puis mes oncles,

ces choses-là, alors y avait

des chevaux alentour de chez nous.

Je viens d'une région rurale,

alors y avait des chevaux.

J'ai toujours aimé cette bête-là.

Je l'ai toujours aimée.

Et je travaillais à la mine,

y avait un de mes collègues

de travail qui en avaient,

qui faisaient de l'équitation

et je suis tombé en amour avec ça.

J'ai acheté un de mes premiers

chevaux, au début des années 80.

Alors, j'ai fait de l'équitation,

j'ai été même dans les compétitions,

ces choses-là. Et j'en ai eu quatre.

J'avais même un de mes chevaux

était un cheval arabe. J'allais

dans les parades avec.


[DANIEL LESSARD:] C'est un cheval dispendieux?
[YVON GODIN:] Non. Pas vraiment.
[DANIEL LESSARD:] Non? Pas vraiment?
[YVON GODIN:] Non, je pense que pour moi,

un cheval coûte pas plus cher

que nourrir un chien,

parce que le foin, on l'avait

quasiment pour rien.

Alors, un sac de « feed », par mois,

c'était pas la fin du monde.

Puis c'est quelque chose que

tu peux embarquer dessus, là.

Mais c'était incroyable,

j'arrivais de travailler de la mine,

puis je rentrais dans la cour,

puis mon cheval arrivait dans

le parc. C'est pareil comme si

qu'il me voyait venir.


DANIEL LESSARD

Il y a une relation très étroite

qui s'établit avec un cheval.


YVON GODIN

Absolument, c'est complètement

incroyable. Un cheval

qui est bien traité, puis que si

t'aimes vraiment ton cheval,

y a quelque chose qui se

passe. Y a hâte que t'arrives

là, puis à tous les samedis, je

travaillais sur mon cheval,

y donner son shampooing,

puis toutes ces choses-là.


DANIEL LESSARD

Vous en étiez très fier.


[YVON GODIN:] Oh oui! J'en étais fier.

(De retour à l'entrevue dans le bureau de député de YVON GODIN.)


[DANIEL LESSARD:] Monsieur Godin, vous êtes

de retour à Bathurst, vous travaillez

dans une mine, les conditions

de travail sont bonnes?


YVON GODIN

Quand j'ai commencé là, ç'a

été un choc pour moi.


[DANIEL LESSARD:] Un choc pourquoi?

YVON GODIN

Bien, la mine Brunswick,

au début des années 70,

y a un feu qui a commencé

sous la terre. Puis c'était un feu

avec le soufre, qu'on appelle.

Alors, y avait ça. Alors,

les conditions moi,

quand je suis arrivé,

ils les avaient pas mal améliorées.

C'était pas mal amélioré.

Mais, après ça, en 1976, dans

les six mois... dans 18 mois,

à partir de 76, y a six gars

qui se sont fait tuer à la mine.


[DANIEL LESSARD:] Ah oui?

YVON GODIN

Puis c'était des accidents terribles.

Y avait même un de mes collègues

de travail, qu'on a voyagé dans la

même fourgonnette pour y aller,

le matin y est venu...

monsieur Robichaud est venu

avec nous autres à la mine,

puis y a une grosse roche

qui est tombée dessus,

puis y s'est fait tuer.

Y a un autre après ça, qui est

tombé dans un des trous

de 850 pieds de creux.

Toutes des choses qu'on aurait

pu, tant qu'à moi, qu'on aurait

pu éviter. Et ça, ça m'a amené

à vraiment travailler dans

le syndicat dans ce temps-là.

Ça m'a vraiment...


DANIEL LESSARD

Y avait un syndicat à la mine déjà?


[YVON GODIN:] Oui, y avait le syndicat des

métallos, les Métallurgistes

Unis d'Amérique, les métallos.

Dans ce temps-là, j'ai commencé

à travailler sur les comités de

santé et sécurité.

On a travaillé très fort, puis

on faisait des inspections, ça

faisait partie de la convention

collective.

Alors, je suis devenu très vocal

à la mine. Je me suis pas fait

d'amis sur le côté de la gérance,

je peux vous dire ça.

Mais vraiment, on est venu.

Et aussi, au travers du syndicat

des métallos, y avait le président

de la Fédération de travail

du Nouveau-Brunswick,

qui était un métallo,

un représentant des métallos.

Y était le coordinateur, y a été

le sous-district directeur de

l'Atlantique. Lui, avec les autres

représentants, ont travaillé

fort avec le gouvernement dans

le temps, qui était Hatfield,

pour passer la première loi

au Canada du refus du travail :

que tu pouvais refuser un

travail si tu pensais que

c'était pas sécuritaire. Tu perdais

pas de salaire, y t'envoyait pas

à la maison. Fait qu'au moins,

on avait gagné ça collectivement

à travailler fort, puis à se

battre avec le gouvernement, à

dire: « Écoutez là, faut qu'on

commence à sauver des vies,

c'est pas normal là.»


DANIEL LESSARD

Et vous étiez déjà président

du syndicat à ce moment-là?


YVON GODIN

Non, non! Dans ce temps-là,

j'ai juste été un délégué pour

la sécurité. Après ça, je suis

devenu un délégué syndical,

le « shop steward », qu'on appelle,

en terme anglais. Ça, c'était en 78.

Et j'ai commencé à m'intéresser

à ça, tout le mouvement ouvrier,

ça venait me chercher.

Parce que je trouvais qu'on

pouvait faire de quoi de bon

pour les travailleurs. Puis,

à place de juste aller

à l'assemblée, puis crier au

micro, j'ai dit: « Câline, je

vais embarquer dedans ».

Après ça, je suis devenu

le trésorier, en 79. En 81,

je suis devenu le secrétaire

financier et en 82, je suis

devenu le président du syndicat.

Alors, quasiment toutes

les fonctions dans le syndicat,

je les ai faites.


DANIEL LESSARD

Vous avez l'impression que

vous avez changé des choses?

Que ça s'est amélioré grâce

à votre travail?


YVON GODIN

Bien, pas seulement le mien,

le mien avec mes collègues.

Je suis pas le type de gars

qui va chercher des crédits

tout seul. Mais avec l'équipe,

avec tous les gens.

Ah oui, oui, oui!


DANIEL LESSARD

Aujourd'hui, on dit souvent,

monsieur Godin, que les syndicats

sont devenus ankylosés, s'assoient

sur leurs « memberships »,

protègent souvent les incompétents,

ceux qui ont de l'ancienneté,

qu'ils ne jouent plus le rôle

qu'ils jouaient à une certaine époque.

Êtes-vous d'accord avec ça?


YVON GODIN

J'ai de la misère avec la manière,

je pense c'est ça qui est véhiculé

par la presse. Moi, j'ai assez

de respect, puis j'ai pas honte

de le dire publiquement,

j'ai assez de respect pour

les syndicats. Le syndicat,

c'est un organisme, le vrai syndicat,

c'est les membres.

Dans toute société, il va y avoir

des gens qui vont êtes bons,

y va en avoir qui sont pas bons.

Y va y avoir des personnes

qui sont vaillantes, y va avoir

des personnes qui sont moins

vaillantes.

Que t'aies un syndicat ou que tu

l'aies pas, tu vas l'avoir pareil.

Moi, je me rappelle du gérant

de la mine qui m'avait dit:

« Y a une chose que j'aime

du syndicat, moi, je peux pas

voir qu'est-ce qui se passe dans

mon entreprise, mais quand y a

de quoi qui va mal, je le sais,

parce que le syndicat court à

moi à tous les jours pour me le

dire, puis c'est à moi à ajuster

les flûtes. »

Puis y dit : « Si on peut

négocier une convention

collective, puis si on peut la

respecter des deux côtés, moi,

je suis bien content avec ça. »

Si on enlève les syndicats au

Canada, si on enlève les

syndicats au Canada, on va se

ramasser comme dans le tiers

monde, parce que c'est que les

employeurs, puis avec tout le

respect, puis les gros employeurs,

ils sont là pour une chose,

c'est faire certain que leur compte

à la banque grossisse.

Puis moi, je les ai vus ces cas-là,

je les ai vu les six gars

qui se sont fait tuer dans 18

mois. Puis si y avait pas eu le

syndicat, on n'aurait pas

amélioré les choses.


DANIEL LESSARD

Y aurait eu d'autres morts.


YVON GODIN

Moi, j'ai toujours dit:

« Un homme puis une femme

qui partent le matin pour

aller travailler, la famille

a le droit de les recevoir le soir. »

Regardez les 26 personnes

qu'on a perdues en Nouvelle-Écosse,

dans la mine en Nouvelle-Écosse.

On a fait changer la loi,

j'étais fier de ça. Je faisais

partie de ceux qui ont travaillé

fort pour faire changer la loi,

qu'un propriétaire d'une mine,

ou de n'importe quelle compagnie,

même s'il vient pas de la province,

y va falloir qu'il se présente

devant un juge s'il y a eu

négligence envers la sécurité

des travailleurs et des travailleuses.

Je suis fier de ça, qu'on appelle

ça le Westray Bill, qu'on appelle.

J'étais très très fier de ça.

Et aujourd'hui qu'est-ce que

ç'a fait? Ç'a mis les personnes

plus responsables. Si l'employeur

pense qu'il peut tout faire

qu'est-ce qu'il veut, c'est là

qu'il y a une négligence

qui va se faire. Et quand il

sait que lui, il peut payer le prix,

dans ce temps-là,

on peut faire le même ouvrage,

le faire sécuritaire.


DANIEL LESSARD

Même en temps de crise

économique où les emplois sont

rares, vous pensez que les

syndicats jouent toujours un

rôle important?


YVON GODIN

Oh, absolument! Même mieux que ça.

J'ai vu dans des crises économiques,

où c'est les syndicats qui ont sauvé

la compagnie, parce que les

syndicats pouvaient parler avec

leurs travailleurs.

« Écoutez, dans ça ici-là, il va

falloir qu'on prenne peut-être

un recul, puis après ça... »

Moi, j'ai jamais été contre

un employeur qui faisait de

l'argent. « Fais-en de l'argent.

Si tu peux en faire, moi je vais

aller t'en chercher pour donner

aux employés. On va partager

avec celui-là qui te l'a fait

faire cet argent-là. »

Une compagnie qui fait pas d'argent,

bien tu peux pas partager l'argent

après. Mais je dis juste, tu devrais

être content que t'as eu des

employés qui a pu te le faire

faire, cet argent-là. Alors, on

va essayer de trouver un juste

milieu dans tout ça pour que

toi, tu puisses être content,

mais aussi que les employés

soient capables de faire

survivre leurs familles.


DANIEL LESSARD

Avez-vous pensé, à cette époque-là,

que le syndicalisme deviendrait

un tremplin vers la politique?

(Dans un court extrait, YVON GODIN débat à la Chambre des Communes, à Ottawa.)


YVON GODIN

Absolument pas! ...que les gens

dans la péninsule acadienne voulaient

aller travailler en Alberta,

puis plutôt, ils prenaient des

personnes qui parlaient même pas

l'anglais et le français!

Le ministre m'a répondu:

« Va voir la ministre des Ressources

humaines ». Je l'ai apporté à la

ministre des Ressources humaines,

qu'est-ce qu'elle a fait?

Absolument rien!

(De retour à l'entrevue avec YVON GODIN.)


YVON GODIN

Même dans les années 92,

je le cacherai pas, y avait des

Libéraux qui me demandaient de

se présenter pour eux autres,

y avait des Conservateurs qui me

demandaient de se présenter pour

eux autres, et inquiétez-vous

pas, le NPD était à ma porte

tout le temps, « Viens te

présenter! » Je faisais fâcher

mon père, par exemple, là-dessus.


[DANIEL LESSARD:] Pourquoi? Votre père était

libéral?


[YVON GODIN:] Mon père était libéral,

puis un libéral à tout cracher.

Je m'en rappelle une fois,

j'ai dit: "Papa, si je me

présente NPD, tu voterais-tu

pour moi? » Puis ça, j'ai

toujours aimé conter cette

histoire-là aux citoyens.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qu'il a dit?


YVON GODIN

Il m'avait dit, y dit: « Yvon,

je vais te dire une chose,

si t'es fou assez pour te présenter

pour le NPD, moi, je suis fou

assez pour pas voter pour toi. »

Puis, en 92, finalement, mes soeurs

ont dit, une bonne soirée,

y avait une élection provinciale

au Nouveau-Brunswick,

puis mon père, à l'âge de 82,

83 ans, avait finalement voté NPD.

La soirée des élections en 97,

ce que j'ai regretté le plus,

c'est que mon père était pas là.


DANIEL LESSARD

Bon, monsieur Godin,

la politique pour ceux

qui auraient oublié,

vous avez battu vous,

ce qu'on appelle un gros, gros,

gros joueur. Un ministre libéral

qui s'appelait Doug Young,

l'un des hommes forts du

gouvernement Chrétien :

un homme fort, un homme d'affaires

qui a réussi, de votre coin de pays.

On vous a appelé « le tueur de

géants. » Ça avait été tout un

exploit de battre Doug Young?


YVON GODIN

Oui, oui. Absolument. Mais je

pensais au début que j'avais des

chances, j'avais vraiment des

chances. Pour vous conter cette

petite histoire-là vite,

c'est que ç'a commencé avec

l'assurance-emploi dans le temps

de Brian Mulroney, quand il a

commencé à faire la réforme de

l'assurance-emploi en 88, puis

tout ça. Puis les Libéraux, dans

ce temps-là disaient: « C'est pas

la faute des travailleurs, c'est

la faute de l'économie.

Puis vous autres, vous êtes en train

de frapper sur les travailleurs. »

Puis même, Doug Young, dans une

salle à Inkerman, dans la

péninsule acadienne, avait dit:

« Nous autres, élisez les

Libéraux parce que nous autres,

on va aller arrêter cette réforme-là,

puis on va prendre votre part et tout".

Alors, en 93, quand ils sont

venus au pouvoir, à l'automne de

93, qu'est-ce qui est arrivé?

Exactement ça, y ont continué la

réforme de Brian Mulroney.

En 96, ç'a été la grosse, grosse

réforme. Alors, les gens étaient

dans la rue, tout le temps, puis moi,

c'était les gens que je représentais.


DANIEL LESSARD

Encouragés par Yvon Godin.


YVON GODIN

Pas du tout. Non, sérieusement,

même que Doug avait utilisé

des paroles de même à la Chambre,

à la sortie : « Y a deux agitateurs

au Nouveau-Brunswick. Puis à place

de se promener avec leur famille,

le dimanche après-midi,

y amènent les gens dans la rue. »

C'était pas vrai. C'était vraiment

les gens...


[DANIEL LESSARD:] Spontané?
[YVON GODIN:] Spontané.

Qui sortaient dans la rue. T'avais les...

puis moi, ils m'invitaient

à prendre la parole, puis

je prenais la parole.


DANIEL LESSARD

En tant que leader syndical.


YVON GODIN

En tant que leader syndical qui

représentait les femmes,

qui travaillaient dans les usines

de poissons. J'ai toujours dit:

« Une morue, ça se prend pas sur

la Yonge Street à Toronto ça. Ça

se prend dans la Baie-des-Chaleurs,

puis elle gèle l'hiver. Le homard,

ça se prend pas sur la

Sainte-Catherine à Montréal,

ça se prend dans la Baie-des-Chaleurs,

puis elle gèle l'hiver. Alors, c'est des

emplois saisonniers. » Alors,

y a eu toutes ces manifestations-là.

Y en a même une fois...


DANIEL LESSARD

Mais ç'a brassé. Y a eu de la

violence.


YVON GODIN

Même une fois, y a eu 5000

personnes à Campbellton.

C'est celle-là qui m'avait touché

le plus, parce qu'on avait dit :

« Les peuples se rencontrent. »

Y avait des francophones,

y avait des anglophones,

y avait des Québécois et

Québécoises et y avait

des Autochtones.

Quand la rencontre s'est fait

sur le pont Van Horne,

à Campbellton, on dirait que le

coeur voulait te...


DANIEL LESSARD

Te sortir de la poitrine.


YVON GODIN

...te sortir.

C'était vraiment fort, fort.

Tout le monde c'était mis ensemble.

(YVON GODIN s'adresse aux manifestants à Campbellton.)


YVON GODIN

Mes chers amis, vous savez pas

comment que ça m'a touché

au coeur quand on a marché

sur le pont qui joint le Québec

et le Nouveau-Brunswick

et que quand les quatre peuples

se sont rencontrés, les anglophones,

les français, les Acadiens

et nos amis les Autochtones!

Stephen Harper, tu pourras

jamais détruire notre peuple!

(YVON GODIN continue de se raconter à DANIEL LESSARD.)


YVON GODIN

Et c'est là, après ça, qu'il

y a eu l'élection de 97.


DANIEL LESSARD

Vous avez battu Doug Young.


YVON GODIN

Et j'ai battu Doug Young.


DANIEL LESSARD

Pourquoi le NPD plutôt que les

Libéraux? J'imagine que vous étiez

courtisé aussi par d'autres partis?


YVON GODIN

J'ai été courtisé, mais ça y allait pas

avec mes valeurs. Ça y allait pas

avec mes valeurs, parce qu'écoutez,

les Conservateurs avaient déjà

commencé à couper

l'assurance-emploi. Dur sur les

travailleurs, dur sur les syndicats

et tout. Et les Libéraux, eux, qui

avaient dit qu'ils feront pas,

qu'est-ce que je pensais est arrivé.

Les Libéraux ont ramassé 57

milliards dans la caisse de

l'assurance-emploi, qui ont mis

dans les fonds généraux, puis

là, ils se défendent que c'est

le vérificateur général qui leur

avait recommandé de mettre ça

dedans. Puis ils disaient que

les travailleurs dépendaient de

la caisse de l'assurance-emploi,

puis en réalité, c'était les Libéraux

qui en dépendaient.


DANIEL LESSARD

Vous avez battu un gros joueur,

vous arrivez à Ottawa.

J'imagine que vous avez plein

d'espoir, "Je suis député,

j'arrive à Ottawa, je vais

changer le monde. »

C'est comme ça que ça s'est passé?


YVON GODIN

Quand je suis arrivé à Ottawa,

la première question qui m'avait

été posée par les médias,

c'est qu'est-ce que j'en pensais.

J'ai regardé la bâtisse, le

Parlement, puis j'ai dit:

« C'est cette bâtisse-là qui a mis

le monde chez nous dans le

trouble. » C'était comme ça

que je me sentais. Prêt à me battre.

Prêt à me battre. Dans ce temps-là,

Pierre Pettigrew, qui était le

ministre des Ressources

humaines, y avait dit:

« Le problème là, c'est juste en

Atlantique qu'y a des jobs

saisonnières, le reste du Canada

y sont corrects ».

Le défi qu'y m'a fait, je suis

parti tout de suite, j'ai dit:

« Je vais m'en aller faire le Canada. »

J'ai fait les dix provinces du Canada,

j'ai été dans 23 communautés,

à la grandeur du pays, puis j'ai fait

alentour de cinquante quelques

réunions publiques, puis après ça,

j'ai produit un rapport,

puis ç'a démontré que t'es

travailleur en Atlantique,

puis t'es travailleur en

Colombie-Britannique

ou tu l'es en Alberta,

quand tu perds ta job,

c'est un programme pour aider

ce monde-là pour t'en trouver

un autre job.


DANIEL LESSARD

Et c'est ne pas vrai que

l'assurance emploi, c 'est devenu

un mode de vie, de père en

fils, que on travaille un peu

pour avoir assez

d'assurance-emploi et

on passe à autre chose ?


YVON GODIN

Moi, je ne suis pas prêt à dire ça.

C'est ça que le mythe, c'est ça

que les gens disent. Mais si

qu'on dit que tu passes à

d'autres choses, ça veut dire

que t'as plus tes employés dans

ton industrie. Alors, est-ce que

le pays est en train de dire:

« L'industrie de la pêche, c'est

fini? »

Est-ce qu'y est en train de dire

que l'industrie du tourisme,

c'est fini?

Les emplois saisonniers.

Est-ce qu'ils sont en train de dire

que les tourbières, c'est fini?

Parce que essayez d'aller sortir

de la tourbière sous la neige,

ça marche pas. Mais ça, c'est

les emplois de chez nous.

(YVON GODIN débat à la Chambre des communes, en tant que député, à Ottawa.)


YVON GODIN

Monsieur le Président, avant les

travailleurs, 90% se qualifiaient

à l'assurance-emploi, puis

aujourd'hui, moins de 40 %

se qualifient à l'assurance-emploi.

Les Conservateurs puis les Libéraux

ont coupé l'accès au régime

d'assurance-emploi. Y ont diminué

les prestations, y ont détourné

l'argent, monsieur le Président,

pour payer leur budget, sur le dos

des travailleurs puis des

travailleuses! Quelle honte dans

notre pays d'avoir des

gouvernements qui ont fait ça!

Ma question au gouvernement,

y vont-tu continuer à piger dans

la caisse de l'assurance-emploi

et avoir un manque de respect?

Qu'est-ce que les travailleurs

ont fait à ce premier ministre

ici pour qu'il les haïsse

autant, qu'ils sont toujours en

train de couper les travailleurs

et les travailleuses!

(DANIEL LESSARD poursuit l'entrevue avec YVON GODIN.)


DANIEL LESSARD

Vous vous battez encore

aujourd'hui, à Ottawa, et c'est

un exemple dans un portrait

beaucoup plus large, pour que

les juges de la Cour suprême

parlent tous les deux langues.

Pourquoi on doit encore faire

ces batailles-là aujourd'hui?


YVON GODIN

C'est complètement, je trouve,

insultant et aberrant de voir

qu'on est encore obligé de se

battre pour une langue officielle

qui a été acceptée, les langues

officielles qui ont été acceptées,

alentour de passé 40 ans.

C'est inacceptable, qu'à la

Cour suprême, que les francophones

vont aller faire la présentation

de leur cause, puis ils sont

obligés d'attendre six mois pour

que la traduction des documents

pour une ou deux personnes qui

comprennent pas le français du

tout. C'est inacceptable qu'après

qu'ils ont reçu... la journée

de leur cour, que les juges

dans une cause française,

que les juges de la Cour suprême

s'assoient dans une salle

ensemble pour travailler sur la

cause, puis toute la discussion

se fait en anglais parce qu'y a

plus de traducteurs là-dedans.

C'est inacceptable. Moi, je dis

que le respect des langues, faut

qu'y vienne d'en-haut.


DANIEL LESSARD

Quand vous regardez en

arrière, y a des choses que vous

regrettez et quand vous regardez

en avant, dans un an, dans cinq

ans, quand vous prendrez votre

retraite un jour de la politique,

à moins que vous finissiez

votre vie à Ottawa au Parlement

comme Stanley Knowles,

vous allez avoir des regrets?


YVON GODIN

Non, pas du tout. J'ai dit :

« J'étais un des chanceux », puis je

le dis avec toute sincérité.

J'étais un des chanceux que tous

les emplois que j'ai faits,

je les ai aimés.


[DANIEL LESSARD:] C'est rare, ça.

YVON GODIN

J'ai aimé de même mettre

l'essence dans les voitures.

Ça m'a fait apprendre à parler

avec les gens, me débrouiller

que je dirais, dans mon

français, puis ça fait partie de

ma vie.

Quand j'ai été travaillé dans

une scierie, j'ai adoré ça.

Quand j'ai été travaillé à la

mine sous la terre, j'ai adoré ça.

Quand j'ai fait mon emploi de

représentant syndical, j'ai

adoré ça et ma job de député, je

l'ai adorée. Jusqu'à c't'heure,

j'ai adoré ça. Je peux pas

regarder en arrière, puis dire

j'ai regretté quelque chose.

Seule chose qu'y a, en étant

politicien, ou dans tous ces

emplois-là, même représentant

syndical, c'est pas facile sur

une famille. Ça, c'est pas facile.

Ça, c'est la partie, je pense,

la plus dure d'être un

représentant du public ou

dans des emplois comme ça.

Ça, ç'a pas été facile, mais je

remercie ma famille.

Je remercie ma conjointe, Lyna,

mes filles, Stéphanie, Céline,

puis Nadine qui m'ont supporté,

qui m'ont aidé dans ça.

À souhaiter que j'aie pu faire

une différence dans la vie.

À souhaiter que j'aie pu faire

une différence. Mais dire le

regretter? Je le regrette pas.


DANIEL LESSARD

Merci, monsieur Godin.


YVON GODIN

Merci bien.

(Générique de fermeture)

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