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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Jeffrey Simpson : Journalist, The Globe and Mail

Jeffrey Simpson is undeniably one of the most well-known and respected journalists in Canada. The Globe & Mail columnist was born in New York, and came to Canada with his parents at the age of 10. He learned French in Paris, prior to undertaking a parliamentary internship in Ottawa.
Once his internship came to a close, he become a journalist – a dream come true.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

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Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATEUR DANIEL LESSARD fait une courte présentation biographique de DANIEL LAVOIE. La présentation est illustrée de plusieurs photos et vidéos.


DANIEL LESSARD

Jeffrey Simpson est sûrement

le journaliste le plus connu

et le plus réputé au Canada.

Le chroniqueur du Globe and Mail

est né à New York et il est arrivé

au Canada, avec ses parents,

à l'âge de 10 ans.

Il a fait de sérieuses études

universitaires à Toronto

et à Queens, à Kingston;

études qu'il a terminées à la

London School of Economics.

Il a appris le français à Paris,

avant d'entreprendre un stage

parlementaire à Ottawa, qui l'a

amené à travailler aussi bien

avec le chef du NPD d'alors,

Ed Broadbent, que le ministre

libéral, Barney Danson.

Dès le stage terminé, il devient

journaliste, le rêve de sa vie.

Il entreprend sa carrière à

Toronto avant d'aboutir sur la

colline parlementaire à

Ottawa, comme chef de bureau.

Pendant deux ans, il couvrira

l'Europe à partir de Londres.

Jeffrey Simpson a gagné de

nombreux prix dans les

catégories littéraires,

politiques, affaires publiques

et d'excellence en journalisme.

Il a publié huit livres, dont un

qui fait école sur le système

de santé du Canada.


JEFFREY SIMPSON

C'est pas un cauchemar, le

Canada, c'est pas un marécage.

(DANIEL LESSARD rencontre JEFFREY SIMPSON en entrevue, dans un bureau garni de livres. Durant l'entrevue des photos et des images illustrent le propos.)


DANIEL LESSARD

Jeffrey Simpson, bonjour.


[JEFFREY SIMPSON:] Bonjour.

DANIEL LESSARD

Commençons par le commencement.

Né à New York. Y a des gens

qui sont surpris. Je disais

à des gens: « Je fais une entrevue

avec Jeffrey Simpson. Savez-vous

qu'il est né aux États-Unis? »


JEFFREY SIMPSON

C'est une affaire de famille

parce que mon père a quitté

les États-Unis pendant les

années 30; pour faire

un certain nombre de choses

à Toronto. Marié à une Anglaise,

divorce après. Et il a essayé,

en 1939, de devenir membre

des forces armées canadiennes.


DANIEL LESSARD

Votre père était canadien?


JEFFREY SIMPSON

Non, non, non, américain.

Mais il avait passé à peu près huit,

neuf ans aux États-Unis, et en 39,

il pensait que les États-Unis

devraient devenir un combattant.

OK. Il a essayé,

il s'est présenté devant les

forces armées canadiennes,

dans le bureau de recrutement,

je pense à Toronto, et il a

été rejeté parce qu'il avait

subi une blessure très sérieuse,

à l'université, aux États-Unis,

quand il avait 21 ans.

Alors il a passé toute la guerre

au Canada... parce qu'il y avait,

au sein des forces armées Canadiennes,

une boîte pour faire la récréation

auprès des troupes. La musique,

tout ça... Et puis il a fait la

connaissance de me mère.

Marié en 48. Et par la suite,

il a trouvé un job dans une

agence de publicité à New York.

Alors je suis né à New York.

Et il est revenu au Canada en 59,

parce que l'agence de publicité

à New York voulait ouvrir

un bureau au Canada...


[DANIEL LESSARD:] à Toronto?

JEFFREY SIMPSON

Non, non, à Montréal.

Et malgré le fait que mon père

était complètement unilingue,

à l'époque, 59, OK, c'était

complètement acceptable

d'envoyer un unilingue

anglophone à Montréal.

J'y ai passé deux ans.

Et par la suite, il a été transféré

à Toronto.


DANIEL LESSARD

Quels souvenirs vous gardez

de New York? Vous êtes allé à

l'école élémentaire, j'imagine,

à New York?


JEFFREY SIMPSON

J'étais amateur des Rangers

de New York, parce que mon père,

quand il a passé ses années au

Canada avant la Deuxième Guerre

mondiale, il est devenu un

amateur de hockey. Alors il m'a

amené assez souvent au Madison

Square Garden. Et mon héros,

c'est Gump Worsley, le gardien

de but des Rangers.


DANIEL LESSARD

Donc ça reste un

souvenir... intéressant?


JEFFREY SIMPSON

Oui. J'ai toujours eu un intérêt

énorme pour la politique,

parce que ma famille

américaine était très politisée.

Mon père était républicain.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


JEFFREY SIMPSON

Ma grand-mère était une grande

démocrate. Ma tante était républicaine.

Alors je me rappelle des querelles

de famille autour de la table,

à Pâques et puis à Noël,

entre les démocrates et les

républicains. Alors je me

rappelle très bien, la soirée

des élections aux États-Unis,

quand j'avais huit ans,

je regardais Walter Cronkite,

tous les géants de la télévision

américaine, avec les résultats,

etc. Alors quand je suis devenu

étudiant à l'université, même

à l'école secondaire, je me suis

toujours intéressé à la politique.


DANIEL LESSARD

Vous avez la citoyenneté américaine?

Les deux?


JEFFREY SIMPSON

Et canadienne, oui.


DANIEL LESSARD

Donc vous arrivez au Canada

à l'âge de 10 ans, à Montréal.


JEFFREY SIMPSON

Mon père a acheté une maison

à Pointe-Claire. "Point-Clair",

tu sais. Parce qu'il y a une

division démographique très

nette. Alors je me rappelle la

première fois de ma vie que

j'ai entendu le français.

Je suis arrivé à Pointe-Claire,

tout le monde jouait au hockey.

Moi, j'avais joué au base-ball,

parce que j'étais américain.

J'avais une taille un peu trop

grosse, mais ça, c'est une autre

affaire. Alors mes amis,

nouveaux amis, ils disent:

« Quoi faire avec celui-là? Il peut pas

patiner, il est pas rapide.

Mais il peut... »


DANIEL LESSARD

Attraper.


JEFFREY SIMPSON

Attraper la balle. La rondelle.

Alors je suis devenu gardien de but.


DANIEL LESSARD

C'est là que vous avez appris

le français?


JEFFREY SIMPSON

Non, j'ai pris le...

J'ai essayé d'apprendre le

français pendant mes études

secondaires. Mais c'était...

vraiment quand je faisais ma

maîtrise à Londres. Je savais,

j'étais très heureux de savoir

depuis mon adolescence que je

voulais devenir journaliste.

Et quand je faisais ma maîtrise

à Londres, je me suis donné la

tâche d'apprendre à ma façon le

français parce que je me

disais: « Pour qu'on puisse

devenir un journaliste

à l'échelle nationale, au Canada,

il faut absolument que

j'apprenne, ou essayer

d'apprendre, le français. »

Donc j'ai passé un été extrêmement

agréable, un échange entre

ma famille et une famille

française. À ma grande surprise,

dès que je suis arrivé à Paris...

Drôle. Premier petit-déjeuner.

La famille française, de la

haute bourgeoisie française,

avait acheté une boîte de

céréales : Kellogg. Parce qu'ils

pensaient que tous les

Nord-Américains en mangeaient

que des céréales Kellogg le

matin. Pas de croissants,

pas de... Non. Drôle, hein.


DANIEL LESSARD

Vous avez fait Queens, à Kingston,

l'Université de Toronto et

la London School of Economics.

Pourquoi?


JEFFREY SIMPSON

Queens parce que je voulais

pas étudier à Toronto, où ma

famille avait son appartement.


DANIEL LESSARD

C'est toujours une bonne

raison.


JEFFREY SIMPSON

Et Queens parce que c'était

un des plus forts départements

de sciences politiques.

Et bien des géants de la science

politique anglophone étaient à

Queens à l'époque où je voulais

entreprendre mes études.

Il n'y avait que deux

universités canadiennes qui

avaient une licence pour

diffuser sur les ondes publiques:

Ryerson à Toronto et Queens.

J'y ai passé quatre ans.

J'étais la voix des

Queens Golden Gaels,

l'équipe de football,

l'équipe de hockey,

je faisais des émissions

d'affaires publiques...

Alors j'ai eu des expériences

inoubliables à la radio à Queens.


DANIEL LESSARD

Au sortir de l'université,

vous vous retrouvez aux côtés

d'Ed Broadbent, le chef du

Nouveau Parti démocratique

de l'époque. Dans quelles

circonstances?


JEFFREY SIMPSON

Après mes études à Londres,

j'ai été très chanceux, j'ai

fait un stage parlementaire.

Il y a dix jeunes personnes,

entre 20 et 25, qui sont choisis

pour passer une année

sur la colline parlementaire...

en travaillant pour les

différents partis politiques.

Alors quand nous sommes arrivés

à Ottawa, en septembre 72...

Quelques semaines à peine après,

le gouvernement de M. Trudeau

a été battu, ou il a déclenché

des élections. Et puis nous

sommes entrés dans une campagne

électorale. Quoi faire avec nous?

Parce qu'il n'y avait plus

de travail sur la colline parlementaire.


[DANIEL LESSARD:] C'est ça.

JEFFREY SIMPSON

Alors il y a eu une distribution

de nous autres. Et moi,

j'avais la carte pour le NPD.

Et après deux ou trois semaines;

M. Broadbent, c'était

le représentant du NPD

auprès des stagiaires; je lui

ai donné un coup de fil à Oshawa,

parce qu'il faisait la campagne

à Oshawa , et il m'a dit:

« Qu'est-ce que vous faites

à Ottawa? » J'ai dit: « Je suis au

bureau du NPD à Ottawa, j'ai

pas grand-chose à faire. »

Il dit: « Demain matin, il y a un

train à 8 h 30, qui part

d'Ottawa, ça arrive à Oshawa.

Je serai à la gare. »


DANIEL LESSARD

Pour t'accueillir.


JEFFREY SIMPSON

J'ai passé six semaines

faisant le porte-à-porte avec

Broadbent, et c'était une

expérience absolument

extraordinaire. Absolument

extraordinaire.


DANIEL LESSARD

Jeffrey, cette passion pour

Dostoïevski, Tchekhov,

Tolstoï... Ça sortait d'où, ça?

Ça venait d'où?


JEFFREY SIMPSON

Quand je faisais ma maîtrise

à Londres, ma spécialité,

c'était les relations entre

l'Union Soviétique et les

autres pays communistes.

Ce qui m'a amené à étudier

l'histoire de la Russie.

Et la littérature du XIXe

siècle en Russie.

C'est drôle parce qu'à l'heure

actuelle, avec l'expansion de

la Russie, avec le rôle dont

M. Poutine s'est doté,

ça ressemble énormément à la

structure de la société russe

du XIXe siècle. Avec un

autocrate au pouvoir.

Avec une poignée d'oligarques,

c'est-à-dire des gens qui

contrôlaient l'économie russe.

Avec un nationalisme très

évident. Et avec l'appui de

l'Église orthodoxe. Sauf que y a

pas d'écrivains comme Tolstoï

ou Dostoïevski ou Tchekhov,

à ce que je sache, pour décrire

la situation sociale de la société.


DANIEL LESSARD

Il y a eu Soljenitsyne, mais

c'est peut-être pas tout à fait pareil?


JEFFREY SIMPSON

Pouchkine, c'était le poète

le plus célèbre dans l'histoire

de la Russie. Non, mais

ces romans, le groupe des

auteurs russes du XIXe siècle,

la deuxième partie du XIXe

siècle, je pense que ç'a été

un des groupes les plus

incroyables. Il y avait des

auteurs en France à la même

époque : Hugo, etc., qui

étaient peut-être pareils, mais

moi, je ne connais aucun groupe

aussi important dans la

littérature occidentale que

ce groupe d'auteurs russes

du XIXe siècle.


DANIEL LESSARD

Jeffrey Simpson, le journalisme,

c'est tout ce que vous avez fait

dans votre vie, ce qui

est très honorable. Vous

m'avez dit que dès le

départ, vous saviez que vous

vouliez devenir journaliste.


JEFFREY SIMPSON

J'étais très chanceux, parce

que bien des jeunes ne savaient

pas pendant leur adolescence,

leur jeunesse et même après

leurs études universitaires,

quoi faire. Mais... Parce que

j'avais, comme je viens de te

dire, un intérêt pour la politique

et pour les affaires publiques,

et que je voulais pas devenir

candidat ou partisan;

je préfère le rôle

d'observateur, qui est le rôle

qui me convient toujours.

Et donc j'ai été très très

chanceux, extrêmement chanceux.

Parce que j'ai envoyé une lettre,

la même lettre, à une dizaine

ou une douzaine de journaux

à travers le Canada anglais.

J'ai été rejeté par tous

les journaux parce qu'il

n'y avait pas d'espace, tout ça,

mais j'ai reçu une lettre du

Globe and Mail, qui était

probablement le dernier journal

que j'ai anticipé une réaction,

en m'invitant à voir leur

correspondant à Londres,

ce que j'ai fait. Et quand je

suis arrivé à Ottawa comme

stagiaire parlementaire,

j'étais en contact avec le

Globe et le Globe m'a offert

un poste pour l'été. Et par la suite,

un poste permanent.


DANIEL LESSARD

Parce que beaucoup de journalistes;

c'est souvent un reproche qu'on leur fait;

du reste du Canada, j'aime pas

l'expression Canada anglais,

mais du Globe, du Toronto Star,

du Winnipeg Free Press...

qui ne parlent pas français et qui

ne comprennent rien au Québec.


JEFFREY SIMPSON

Non, je rejette catégoriquement

cette affirmation, cette accusation,

pour la raison suivante. Depuis

mon arrivée, ça fait 43 ans

maintenant, le Globe and Mail

a toujours eu une équipe...


DANIEL LESSARD

Le Globe est l'exception.


JEFFREY SIMPSON

Non. Même le Toronto Star,

avec le fameux Robert McKenzie.


DANIEL LESSARD

Ah oui, c'est vrai.


JEFFREY SIMPSON

La Presse canadienne,

Southam News, avec toute une gang

d'experts là. Le Canada anglais,

pas des journaux locaux,

mais les chaînes et les grands

journaux ont toujours eu des

équipes ou des personnes

qui connaissaient très, très

bien le Québec. Le contraire,

c'est pas vrai. Y a pas de

correspondant en permanence

dans le reste du Canada,

même à Toronto.


DANIEL LESSARD

Le journalisme d'aujourd'hui,

il est aussi bon qu'il l'était

à vos débuts?


JEFFREY SIMPSON

Je suis maintenant un vieillard,

j'ai près de 65 ans.


DANIEL LESSARD

Plus jeune que moi.


JEFFREY SIMPSON

Le changement est presque constant.

Dans le sens que le rythme

de changement est tellement

rapide maintenant,

avec les sites web, avec le journalisme

électronique... que les journaux,

y inclus le mien, apportent

des changements constamment,

mais on a toujours l'impression

que nos lecteurs sont déjà partis.

Et on cherche désespérément des

façons de trouver des lecteurs

et de leur fournir l'information

qu'ils cherchent.

Quand je suis arrivé, il y avait

une émission des nouvelles

de Radio-Canada, ou de CBC,

à 10 h ou a 11 h.

Même chose pour les stations

privées. Le Globe and Mail avait

deux « deadlines »: 7h et 11h.

Et on a le grand plaisir de

passer la journée, en faisant le

recherche, en parlant au monde,

en préparant des reportages.

Aujourd'hui, c'est le cycle de

24 heures. Même pour les gens

de la presse écrite, parce qu'on

a des sites web. Plus que la

moitié des gens qui « nous

lisent », entre guillemets,

lisent le Globe and Mail sur

l'internet ou sur notre édition

électronique.


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'il vous arrive,

en écoutant tous ces prophètes

de malheur qui disent:

« Les journaux écrits,

tels qu'on les connaît,

vont disparaître. » Est-ce qu'il

vous arrive de vous dire:

« Oh, merde, un bon matin,

il n'y aura plus de Globe

and Mail édition papier? »


JEFFREY SIMPSON

Ça se peut. La Presse, pour

laquelle j'ai énormément de respect,

a déjà annoncé qu'à moyen terme,

il n'y aurait plus de journal.

Ils ont fait un pari sur la tablette,

qui est excellente, et les propriétaires

de La Presse ont dit qu'à un moment

donné, on va seulement produire

une édition sur notre tablette

et il n'y aura plus de journal.

OK? Est-ce que ça pourrait

arriver au Globe and Mail?

Je dis:  « Pourquoi pas? »

C'est pas l'intention du propriétaire,

à ce que je sache. Mais...

ça pourrait se faire.


DANIEL LESSARD

Est-ce que notre démocratie...


JEFFREY SIMPSON

En souffre?


DANIEL LESSARD

En souffre?


JEFFREY SIMPSON

Je pense que... Il y a bien

des études qui montrent

que les minutes que les gens,

ou les secondes que les gens

sont prêts à passer avec l'information

sur l'internet, sur les sites web,

sur l'édition électronique, est

plus limité que le temps qu'ils

sont prêts à passer en lisant

les articles dans le journal.

Ça nous force à présenter

l'information, dans des articles

sur les sites web, plus courts

pour attirer l'attention et

pour garder l'attention de nos,

entre guillemets, « lecteurs ».


DANIEL LESSARD

De vos lecteurs.

Donc vous êtes inquiet.


JEFFREY SIMPSON

Bien, je suis un vieillard

maintenant. Le passé est

toujours mieux que le présent,

n'est-ce pas? N'est-ce pas?

(DANIEL LESSARD ET JEFFREY SIMPSON sont à l'extérieur du Parlement à Ottawa.)


JEFFREY SIMPSON

Je suis né à New York, à l'époque

où les Rangers était la pire

équipe de la Ligue nationale.

Quand les Sénateurs sont arrivés,

les Rangers étaient devenus

les meilleurs. Ils ont gagné

le trophée, le Championnat de la Ligue.

Alors j'ai changé d'allégeance

et j'ai appuyé une équipe perdante,

les Sénateurs. J'aime pas

les grosses équipes comme

le Canadien de Montréal.


DANIEL LESSARD

Au base-ball, vous avez été

plus chanceux?


JEFFREY SIMPSON

Les Expos! Qui n'ont jamais

gagné rien.


DANIEL LESSARD

Ils ont passé proche une fois.


JEFFREY SIMPSON

Tu sais, j'avais des défaites...

Je me rappelle très bien

des parties au Parc Jarry

et au stade de Montréal,

mes Amours, les Expos,

ils ont perdu.


DANIEL LESSARD

Vous étiez un bon joueur

de hockey?


JEFFREY SIMPSON

Non, non, pas du tout.


DANIEL LESSARD

De base-ball?


JEFFREY SIMPSON

Assez bien. à l'époque.

Non, mais moi, j'espère qu'avant

que je quitte la Terre,

une de mes équipes

gagnerait un championnat.

(L'entrevue se poursuit dans le bureau.)


DANIEL LESSARD

Jeffrey Simpson, en 2001 ou

dans les environs, vous avez

publié un livre... que si je

traduis en français... parlait

du Canada comme d'une gentille

démocratie.


JEFFREY SIMPSON

Dictature.


DANIEL LESSARD

Dictature, oui. Ça a changé?


JEFFREY SIMPSON

Quand le premier ministre

a un gouvernement majoritaire;

et quand le livre est sorti,

M. Chrétien était au pouvoir

depuis huit ans à peu près;

si un premier ministre a un

gouvernement majoritaire,

il est presque intouchable.

Il y a la Cour suprême qui

pourrait de temps à autre

bloquer ses intentions.

Les partis d'opposition,

dans notre système, avec

un gouvernement majoritaire,

sont très faibles.

Le Sénat, qui est en général

contrôlé par le bureau du

premier ministre et par le

premier ministre lui-même,

une fois tous les deux ans,

s'oppose à une mesure

du gouvernement.

Donc il peut faire n'importe

quoi. C'est la raison

pour laquelle...


DANIEL LESSARD

C'est trop concentré

autour du premier ministre?


JEFFREY SIMPSON

Je pense que oui.

Et ses ministres dépendent

de lui pour leur poste.

Donc il contrôle évidemment

le cabinet, le caucus, c'est-à-dire

le Parlement. Le Sénat... Et c'est

seulement la Cour suprême,

ou les cours en général, qui

pourraient de temps à autre

dire: « Non, monsieur, il faut

refaire, ou repenser ce que

vous faites. »


DANIEL LESSARD

On se sort de ça comment?

On fait quoi?


JEFFREY SIMPSON

Bien, j'avais un certain

nombre d'idées. Moi, je suis en

faveur d'un sénat élu dans

certaines conditions. Hum...

Et puis des votes libres à la

Chambre des Communes.


DANIEL LESSARD

C'est pire sous Harper

ou si c'est la même chose

que sous Chrétien,

Mulroney, Trudeau?


JEFFREY SIMPSON

Au point de vue de la discipline,

au sein de la formation au pouvoir,

c'est le même. OK? Les députés,

à l'époque de M. Chrétien, n'ont

pas eu plus de...


DANIEL LESSARD

Liberté.


JEFFREY SIMPSON

De liberté ou de flexibilité

que sous le régime Harper.

Ce qui est différent, c'est le

contrôle exercé par M. Harper

sur la fonction publique, parce

que les fonctionnaires sont

maintenant interdits de parler.


DANIEL LESSARD

Bâillonnés.


JEFFREY SIMPSON

... à qui que ce soit, les

journalistes ou les groupes

d'intérêt. Sur les médias

d'information. Le contrôle de

l'information, sous M. Harper,

dépasse de loin ce que nous

avons vu tous les deux sous

d'autres régimes.

Et moi, je trouve ça fascinant,

mais... inacceptable en même temps,

le contrôle exercé par la gang

autour du premier ministre pour

toute apparition publique du

premier ministre. Tout discours,

tout... n'importe quoi en public

du premier ministre est

tellement organisé, y a pas de

spontanéité, y a absolument rien

qui n'a pas été organisé en

avant avec un détail

extraordinaire. Y a rien de

nouveau, hein. À l'époque où

Ronald Reagan était président,

il y avait, à côté toujours de

lui, un type qui s'appelait

Michael Deaver. Il venait de

Hollywood. Et lui, il organisait

les spectacles tout le temps

pour le président, qui est un

acteur, OK?


[DANIEL LESSARD:] Oui, oui.

JEFFREY SIMPSON

Donc y a rien de nouveau,

sauf que M. Harper a insisté

sur cette performance théâtrale

tout le temps.


DANIEL LESSARD

Des gens ont dit, Jeffrey

Simpson, que le Canada est un

pays difficile à gouverner.

Certains sont allés jusqu'à dire

impossible à gouverner.

Est-ce que le Canada est un

pays difficile à gouverner?


JEFFREY SIMPSON

Non. Oui et non, chaque

pays a ses défis. Le plus grand

changement au Canada depuis

les années 70, où je suis entré

en journalisme, c'est que

maintenant, il y a une espèce

de paix sociale et paix

constitutionnelle. C'est incroyable.

Y a pas de querelles

fédéral-provincial.

Y a pas de conférences

constitutionnelles. Le Québec

a rejeté la souveraineté deux

fois et vient de mettre dans la

poubelle le Parti Québécois

lors des dernières élections

au Québec. L'Alberta et l'Ouest

sont satisfaits avec tout ce

qui se passe. Donc il y a,

entre guillemets, j'ose dire,

une « harmonie », au sein du

Canada, que j'ai pas vue pendant

toute ma carrière.


DANIEL LESSARD

Pourquoi? Parce que les

Canadiens aiment bien leur pays,

comment il fonctionne en

ce moment, ils sont prêts à

vivre avec ses imperfections,

que ce soit le Sénat ou la monarchie?

Ou ils sont contents de la

façon dont ils sont gouvernés?


JEFFREY SIMPSON

OK. Pendant des décennies,

toute la politique canadienne...

était... influencée par la...

au Québec, le désir de devenir

soit souverain ou plus...


DANIEL LESSARD

Plus de pouvoirs dans

la confédération.


JEFFREY SIMPSON

Et on a passé littéralement

des décennies en essayant de

répondre à ces aspirations du

Québec. Les Québécois, je pense,

ils sont pas aussi attachés

au Canada que les autres Canadiens,

il faut le dire, ils sont... au bout de

chemin Québécois et ensuite

Canadiens. Mais de plus en

plus, même des jeunes ne savent

pas pourquoi se séparer du

Canada. C'est pas un cauchemar,

le Canada, c'est pas un marécage.

On a un niveau de vie enviable,

le français est pas mal protégé,

les droits humains sont protégés.

Alors pour briser un pays

qui est perçu à travers le monde

comme un grand succès,

il faut qu'il y ait des raisons

de fond.


[DANIEL LESSARD:] Oui.

JEFFREY SIMPSON

Donc le plus grand problème

que le Canada n'a jamais résolu,

c'est le problème autochtone.

OK? Pour le moment,

il y a une espèce de paix sociale.

On a appris que les négociations

constitutionnelles n'aboutissent à rien.

Trop divisif. On a laissé de côté

cette affaire-là. Mais la question

des autochtones, le rôle des

autochtones au Canada...

ça, c'est le grand défi social

du pays.


DANIEL LESSARD

La santé. Vous avez beaucoup

écrit de volumes sur la santé,

vous êtes un spécialiste. Est-ce

que notre système de santé est

toujours le meilleur au monde?


JEFFREY SIMPSON

Jamais le meilleur au monde.


DANIEL LESSARD

Oui, mais--


JEFFREY SIMPSON

Les Canadiens se disaient,

les politiciens disaient à nous,

pendant des décennies, que nous

avions le meilleur système au

monde. Et une des raisons pour

lesquelles j'ai décidé de faire

cette étude et d'écrire le livre,

c'est justement de montrer

aux Canadiens...


DANIEL LESSARD

Que c'est pas vrai.


JEFFREY SIMPSON

Que nous n'avions jamais eu

le meilleur système au monde.

Et que notre système est pas

supportable à long terme parce

que l'argent que nous avons versé,

et il y a maintenant une pause,

mais que nous allons verser

dans l'avenir, risque de prendre

des ressources des autres services

du gouvernement, comme l'éducation,

comme les services sociaux,

comme la politique étrangère,

la défense, etc.

Nous avons élevé la santé

comme le symbole le plus

important de notre identité.

Pas au Québec, c'est la langue

et la culture françaises. Dans

le reste du Canada, quand les

sondeurs posaient la question

suivante: « Quel est le symbole

le plus imposant pour vous, les

Canadiens de langue anglaise? »

C'est pas la monarchie. Loin de

là. C'est pas le Parlement, GRC,

l'hymne national, même le drapeau,

même la Charte des droits.

C'était la santé. Nous étions

et nous sommes le seul groupe

au monde, à ce que je sache,

qui nous définissons

par notre système de santé.

C'est bizarre. Et c'est une des

raisons pour lesquelles il était

tellement difficile d'aborder le

sujet. Parce qu'en disant

que c'était pas le meilleur

système au monde...

on risque de créer un tollé.

Tu es pas canadien,

tu es pas nationaliste,

tu es pas patriote.


DANIEL LESSARD

Prophète de malheur.


JEFFREY SIMPSON

C'est ça, un prophète

de malheur, un traître.


DANIEL LESSARD

En un mot, vous n'avez jamais

pensé à faire de la politique?


[JEFFREY SIMPSON:] Non.
[DANIEL LESSARD:] Jamais jamais?

JEFFREY SIMPSON

Non, parce qu'après avoir

passé des années comme

observateur et non partisan, je

pense pas que je puisse accepter...

le fait que comme député, ou

comme candidat, il faut suivre

la ligne du parti. On n'a pas la

liberté que les journalistes

peuvent exercer. J'espère avec

une certaine responsabilité.

Alors, je me suis demandé

à plusieurs reprises: « Est-ce que

j'aurais pu faire le saut? »

J'ai été jamais tenté. Et je me suis

dit: « Non. Parce qu'il y a un

rôle pour les observateurs et un

rôle pour des partisans. »

Et moi, je dois vous dire que

j'ai toujours respecté ceux qui

étaient prêts et ceux qui sont

prêts à faire le saut en politique.

C'est une vie difficile.

Et dans ma carrière,

j'ai été plus ou moins en

accord avec des décisions

prises par les gouvernements

conservateurs, par les

gouvernements du Parti libéral,

et j'ai parfois appuyé

certaines idées du Parti

néo-démocrate. Et j'ai écrit un

livre sur l'environnement,

les changements climatiques,

donc je suis un vert. J'ai voté vert

lors des dernières élections

ontariennes. Donc... que voulez-vous?


DANIEL LESSARD

Merci, Jeffrey.


[JEFFREY SIMPSON:] Salut.

(Générique de fermeture)

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