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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Collin Bourgeois : Funeral Director

Collin Bourgeois likes people and enjoys life, which may seem contradictory for someone who early on in life chose funeral services as a career path and became a Funeral Director.
Bourgeois has spent the majority of his career at the Sudbury Cooperative Funeral Home as General Director.
Franco-Ontarian with Acadian roots, he was President of the Mouvement Richelieu international, and was also Mayor of French River.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

RACHEL DESAULNIERS rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que RACHEL DESAULNIERS présente son invité, des images extérieures montrent l'environnement dans lequel vit et travaille COLLIN BOURGEOIS.


RACHEL DESAULNIERS

Collin Bourgeois aime les gens

et la vie. Il est doué pour la

communication. Il aurait pu

choisir le métier d'annonceur

à la radio, à Timmins, où il est

né. Il opte cependant pour les

services funéraires, et se

dirige vers Toronto, au collège

Humber. Un choix qui pourrait

sembler un peu contradictoire.

Mais pour Collin Bourgeois,

rendre service, participer et

s'engager dans la vie

communautaire lui vient de

façon naturelle. Il a passé la

majorité de sa carrière

à la Coopérative funéraire

de Sudbury à titre de directeur

général. Il se lance en

affaires et devient

propriétaire du salon funéraire

Théorêt-Bourgeois à

Nipissing Ouest en 2005.

Franco-Ontarien aux racines

acadiennes, il a été président

du mouvement Richelieu

International. Habile stratège,

il a été maire de la

municipalité de la

Rivière-des-Français.

Collin Bourgeois a reçu

plusieurs prix au fil des ans,

dont une médaille commémorative

du jubilé de diamant de la

reine Élisabeth II.


COLLIN BOURGEOIS

(hors champ)

Les pertes et transitions, ça

fait partie de la vie, puis

j'en suis très à l'aise.

(L'entrevue se déroule à l'extérieur, sur le balcon de COLLIN BOURGEOIS. En certain moments, l'entrevue a lieu dans une station de radio et au salon funéraire de l'invité.)


RACHEL DESAULNIERS

Collin Bourgeois, bonjour.


COLLIN BOURGEOIS

Bonjour, Rachel.


RACHEL DESAULNIERS

Merci de nous accueillir chez

vous, ici, à Field.


COLLIN BOURGEOIS

Grand plaisir.


RACHEL DESAULNIERS

Je veux commencer avec vous

d'abord, en fracassant un

stéréotype. On pense parfois

que les gens qui travaillent

dans le domaine des services

funéraires, qui côtoient la

mort, sont des gens timides

et parfois introvertis.

Êtes-vous une exception,

Collin Bourgeois?


COLLIN BOURGEOIS

C'est pas moi du tout, Rachel.

C'est pas moi du tout. J'aime

trop la vie, j'aime trop les

gens. On s'amuse.


RACHEL DESAULNIERS

Parlez-nous, comment avez-vous

choisi votre carrière

justement?


COLLIN BOURGEOIS

Moi, c'est arrivé un peu par

accident. Euh...

Pendant mes années à l'école

secondaire, j'ai fait de la

radio, puis j'avais un grand

amateur de musique country

qui appartenait à un salon

funéraire.

La chaîne de famille de Guénette

à Kapuskasing qui avait le salon

funéraire à Hearst, à

Kapuskasing et à Timmins.

Paul-Émile Guénette m'appelait

régulièrement puis me disait:

qu'est-ce qu'il y a de nouveau

au poste? Qu'est-ce qu'il y a

de nouveautés en fait de

musique? Alors, on s'assoyait,

on écoutait de la musique

dans la discothèque dans le

temps, à CFCL.

Puis un moment donné, Paul-Émile

me dit: écoute, si t'as rien à

faire ce soir, viens accueillir

les gens, viens recevoir des

messes et des dons. Viens

t'asseoir au bureau, jaser

les gens. Alors, j'ai commencé

à faire ça. Ça a été ma

première expérience dans le

domaine funéraire.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez choisi, vous vous

êtes retrouvé au Humber College

à Toronto. Changements

géographique et linguistique.

Comment c'était, de faire vos

études en anglais?


COLLIN BOURGEOIS

Ça a été tout un choc. Le

petit gars du Nord qui parlait

à peine anglais, qui avait

jamais étudié en anglais, qui

arrive à Toronto, au collège

Humber. Et dans une des

premières séances,

l'enseignante nous a dit

qu'on avait une dissertation.

Dans le temps, on disait

18 000 mots qui étaient dus

dans 3 semaines.


RACHEL DESAULNIERS

En anglais.


COLLIN BOURGEOIS

En anglais, s'il vous plaît.

Oh! oh! ça, c'est pas évident.

J'ai dû pédaler.


RACHEL DESAULNIERS

Et puis, vous vous êtes quand

même bien tiré d'affaire en

utilisant quelques travaux de

collaboration. Déjà la

collaboration était

au rendez-vous.


COLLIN BOURGEOIS

Oui. J'ai toujours été un gars

de réseau. Vous allez voir, je

suis un gars très simple.

J'ai pas de grandes

connaissances ni de sagesse

infuse, mais je m'entoure de

gens qui savent mieux que moi.

Alors, j'ai recruté des gens

dans d'autres cours au collège

Humber, soit en soins

infirmiers ou autres, puis je

me suis dit: Regarde, moi, je

veux écrire ma dissertation en

français, aidez-moi un peu,

puis après ça, je vous paierai

pour la traduire. Puis à la 3e,

toi, tu vas la dactylographier,

parce que dans ces années-là,

c'était ça. Alors, c'était un

travail d'équipe. Ça nous a

pris 3 si c'est pas 4 personnes

pour préparer une dissertation,

mais j'ai réussi avec au-dessus

de 90%.


RACHEL DESAULNIERS

La détermination.


COLLIN BOURGEOIS

Oui.


RACHEL DESAULNIERS

Vous vous êtes, par la suite,

retrouvé à travailler à Ottawa,

une ville que vous avez bien

aimée, mais là aussi, je pense

que vous avez eu un genre

d'éveil linguistique. Qu'est-ce

que c'était à ce niveau-là?


COLLIN BOURGEOIS

Au début des années 80, moi,

je croyais qu'Ottawa aurait été

pour moi la grande trouvaille.

Y aurait eu là-dedans toutes

sortes de belles choses en

français. Puis je suis arrivé

un peu déçu. Je me suis dit:

Mon Dieu, c'est vraiment pas ce

que je m'attendais. Les

francophones, on les

époussetait de temps en temps,

les envoyait à notre bureau

rencontrer les gens, faire un

peu de relations publiques,

mais en majorité du temps,

y avait pas une grande

signification à notre culture

et à notre langue.


RACHEL DESAULNIERS

À un moment donné, les gens du

Nord sont venus vous recruter.

Vous avez travaillé à la

Coopérative funéraire de

Sudbury.


COLLIN BOURGEOIS

Oui.


RACHEL DESAULNIERS

Vous y avez passé une bonne

partie de votre carrière.

Racontez-nous ces années-là.

Comment ça s'est passé

à la Coopérative funéraire.


COLLIN BOURGEOIS

Des belles années de

formation, c'est incroyable.

J'étais bien installé dans la

région d'Ottawa, puis je

m'accoutumais un peu d'être là,

dans le décor, mais pas plus

que ça, lorsque les gens du Nord

ont téléphoné dans l'année 84.

Denis Rochon, qui était

président du conseil

d'administration de la

Coopérative funéraire de

Sudbury m'appelait. Il avait

entendu dire qu'il y avait un

petit francophone qui se

débattait dans l'Est ontarien

puis qui peut-être s'ennuyait

un peu du Nord. Mais ma famille

était encore dans le Nord.

Puis papa avait travaillé fort

dans le Nord, puis papa avait

bien voulu que ses enfants

réussissent. Alors j'appelle

papa un bon soir puis je lui

dis: « Papa, j'ai une offre

incroyable de la Coopérative

funéraire de Sudbury. » Papa

était pas enchanté de ça

du tout.


RACHEL DESAULNIERS

Comment ça?


COLLIN BOURGEOIS

Bien, encore dans ces

années-là, le Nord représentait

peut-être moins d'occasions

économiques ou moins

d'avancement dans une carrière.

Alors j'ai fait la promesse à

papa: « Écoutez, papa: Je vais

prendre un contrat de trois

mois, puis je vais aller

travailler à Sudbury, je vais

voir ce que je peux faire pour

la coopérative funéraire, et

avec la coopérative funéraire.

Puis je vous en reparlerai. »

Bien, 23 ans plus tard, je suis

encore là.


RACHEL DESAULNIERS

Vingt-trois ans!


COLLIN BOURGEOIS

Oui, puis ça a été le début de

ma carrière, en fait. Puis je

dois aux gens de Sudbury, de la

région de Sudbury et à la

coopérative funéraire toute ma

carrière professionnelle. C'est

vraiment là que ça a éclaté,

mon affaire.


RACHEL DESAULNIERS

Y a eu une date d'éclatement

également en 2005. Vous avez

décidé de vous lancer en

affaires. Vous avez acheté

votre propre salon funéraire.

Parlez-nous du contexte.

Pourquoi à ce moment-là, et

décrivez-nous un petit peu

votre entreprise.


COLLIN BOURGEOIS

Bien, j'arrivais à 48 ans dans

le temps, alors un petit peu la

crise d'identité, puis se dire:

on est où, on fait quoi et

combien d'années de prospérité

qu'il nous reste.

Et puis, je me suis dit: c’est

le temps de me lancer en

affaires moi-même.

Une décision

très difficile, parce que

d'abord, j'avais mes

attachements, mes racines, dans

la région de Sudbury. Alors, je

me suis dit: si je dois partir

à mon propre compte, je vais

aller me trouver une communauté

franco-ontarienne. J'ai fait

l'Est ontarien, j'ai fait le

Nord de l'Ontario. Puis c'est

à ce moment-là que je suis

arrivé ici, à Sturgeon Falls,

et puis, je me suis dit:

regarde donc ça, y a une belle

communauté francophone.

Je me sentais un peu comme un

vieux curé de paroisse qui

faisait seulement changer

d'église. Les noms de famille,

c'était les mêmes, la parenté,

c'était toute la même. Si je

rencontrais des Paquette

à Sturgeon Falls, c'était les

mêmes Paquette frères et

cousins des Paquette à Sudbury.

Alors, c'était pas un grand

changement pour moi. Le

commerce était purement

francophone à 95%. Alors, la

langue, la culture, la foi,

c'était tout là.


RACHEL DESAULNIERS

Mais la société a évolué et en

30 ans, votre domaine aussi

a beaucoup changé. Quelles sont

certaines des modifications,

des changements qui se sont

opérés dans votre domaine?


COLLIN BOURGEOIS

Je vous dirais que si mon

tuteur, Paul-Émile Guénette,

pouvait voir le domaine

funéraire aujourd'hui, il se

reconnaîtrait pas du tout.

C'est incroyable. Nous,

notre industrie est très

traditionnelle. C'est basé sur

la foi, sur la famille, sur la

communauté. Y a pas une grande

discussion à se faire sur la

foi. Y a une grande discussion

différente à se faire sur la

famille et la communauté, mais

la communauté s'identifie

elle-même par ses propres

valeurs. Alors, je vous dirais

que ça a beaucoup évolué, nos

familles ne sont plus ce

qu'elles étaient, nos valeurs

communautaires ne sont plus ce

qu'elles étaient. Et la foi est

transportée maintenant vers une

spiritualité. Alors, de dire

qu'on veille au salon trois

soirs, qu'on a une pleine messe

à l'église avec diacre,

sous-diacre, les 6 chandelles

qui brûlent... c'est pas là.

Le taux d'incinération est rendu

à 82%, vis-à-vis peut-être 2,8%

dans les années 80. Ça a

complètement évolué.


RACHEL DESAULNIERS

Et d'ailleurs, vous-même, vous

vous êtes recyclé, vous êtes

retourné aux études récemment

pour faire une licence pour être

opérateur d'un four crématoire.


COLLIN BOURGEOIS

C'est exact. Il a fallu que je

me transforme à nouveau.

À 56 ans, on retourne sur le

banc d'école puis on va prendre

une nouvelle formation pour

apprendre de nouvelles choses.

Et je l'ai fait, parce que c'est

ce qu'on me demande. Si je dois

suivre le courant des choses,

je dois absolument me garder à

la première page. Alors, c'est

ce que j'ai fait. Mais

l'histoire le veut encore, je

suis retourné sur le banc

d'école, encore en anglais.

Ça n’a pas de sacré bon sang,

j'étais assis là puis

j'écoutais les gens parler, je

me dis: ah, ça se dit comment

en français ça encore?

Ça se fait comment ça en

français? Alors, prochain défi:

va falloir préparer un autre

plan de cours, puis

description, puis enseigner

cette matière-là en français.

(On se trouve dans une station de radio.)


RACHEL DESAULNIERS

Ça ici, c'est l'emplacement du

studio?


COLLIN BOURGEOIS

C'est l'accueil du studio où

tout le public vient nous

adorer.


RACHEL DESAULNIERS

Ah! Oui. Je peux comprendre

qu'il t'adore, hein.


COLLIN BOURGEOIS

Oui, moi aussi.

Et c'est notre studio.


RACHEL DESAULNIERS

Oui!


COLLIN BOURGEOIS

Les consoles ont changé

un peu.


RACHEL DESAULNIERS

Un tout petit peu.


COLLIN BOURGEOIS

L'équipement a changé depuis

quelques années.

Mais en fait, c'est ça,

c'est notre lieu de travail.


RACHEL DESAULNIERS

Nous sommes ici à la radio

Le Loup. Vous êtes collaborateur

depuis...


COLLIN BOURGEOIS

Depuis 3 mois seulement.

Je suis bénévole collaborateur.


RACHEL DESAULNIERS

Oui, vous êtes revenu à vos

premières amours de faire

de la radio.


COLLIN BOURGEOIS

Trente-cinq ans après,

je suis revenu à la radio, oui.


RACHEL DESAULNIERS

Et est-ce que le pli est

revenu instantanément?


COLLIN BOURGEOIS

C'est que ça a beaucoup

changé. Y avait pas

d'informations à ce moment-là

qui nous arrivait par les

ordinateurs. Y avait les

téléscripteurs, y avait deux

tables tournantes avec des

disques en vinyle, des cassettes

lectrices de 8 pistes.

C'est pas là.

(On présente un extrait audio qui donne un aperçu de la collaboration de COLLIN BOURGEOIS à l'émission de radio.)

(Début extrait audio)


ANIMATEUR DE RADIO

Les éphémérides de la journée,

mesdames et messieurs. C'est le

temps d'apprendre, Collin.


COLLIN BOURGEOIS

Oui.


ANIMATEUR DE RADIO

On fait des retours dans

l'histoire comme on aime faire

de temps en temps.


COLLIN BOURGEOIS

Ah! mon Dieu, c'est donc

intéressant.

(Fin extrait audio)


RACHEL DESAULNIERS

Collin Bourgeois, vous êtes né

à Timmins, vous avez grandi

dans une petite ville bilingue

du Nord de l'Ontario. Vous avez

fait votre école en français et

en anglais. D'ailleurs, vous

avez fréquenté l'école

secondaire Thériault, la

première école secondaire

publique de langue française.


COLLIN BOURGEOIS

C'est exact.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez échappé au

high school anglais.


COLLIN BOURGEOIS

Oui.


RACHEL DESAULNIERS

Expliquez-nous l'importance

pour vous d'avoir pu justement

faire toute votre éducation

en français.


COLLIN BOURGEOIS

Pour moi, c'était une première

nature, parce que nos parents...

Papa est né au

Nouveau-Brunswick. Alors quand

il est arrivé en Ontario, il

parlait à peine l'anglais.

Il a rencontré et marié maman

qui parlait à peine français.

Alors chez nous, ça a toujours

été bilingue.

Maman disait quelque chose en

anglais, puis on le répétait en

français ou à peu près pour

papa, puis on leur jouait des

tours longtemps. Mais papa nous

avait clairement dit qu'il

fallait s'éduquer en français

d'abord sans toutefois oublier

la contrepartie que de

s'assurer d'être bilingue, parce

qu'en Ontario, dans ces

années-là même, y avait aucune

chance de seulement être

unilingue francophone.

Alors, on nous a inscrits dans

des écoles francophones tout le

long. Et ça, ça nous a beaucoup

aidés, ça nous a beaucoup valus,

parce qu'on pouvait vivre en

anglais à la maison, mais

penser, parler et vivre en

français aussi en communauté.

Alors, ça a été la première

nature pour nous, la

francophonie.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez une facilité avec la

parole, la communication, bon

sens de l'humour. D'ailleurs,

votre première carrière, ou

premier emploi, c'était à la

radio à Timmins. CFCL:

Canadien-Français-

Conrad-Lavigne. Parlez-nous

de cette aventure.


COLLIN BOURGEOIS

Le grand pionnier Conrad

Lavigne. Comment comprendre que

je me suis ramassé à CFCL,

ça doit être le don des dieux.

Ça doit être aussi les gens en

orientation à l'école

secondaire Thériault dans le

temps qui ont dit: lui, sur le

banc d'école, il est pas fort,

mais il parle.

Alors, un moment

donné, on m'a suggéré d'aller

faire un tour à la radio, parce

qu'ils cherchaient un

animateur, un technicien dans

le temps, ou peut-être même

nouvelliste. Scripteur qu'on

appelait. Alors je suis allé

faire un tour à un moment

donné, puis les gens ont dit:

Bon, tu parais pas bien, mais

à la radio, ça paraît pas.

Mais tu parles.

Alors, regarde, on te donne un

petit poste de rien. J'écrivais

des nouvelles. Encore là, mon

vieux métier commence à me

rentrer dans le corps, parce que

les salons funéraires

appelaient puis ils nous

dictaient au téléphone des avis

de décès, des nécrologies.

Alors moi, j'écrivais ça, puis

j'étais le seul au poste

qui pouvait lire les avis

de décès sans commencer

à rire.


RACHEL DESAULNIERS

D'ailleurs, on vous avait

conseillé à un moment donné de

laisser l'école.


COLLIN BOURGEOIS

Oui. Je pense que ça a été une

façon discrète des gens en

éducation pour me dire: T'es

pas fort, mon Pit, tu peux

faire d'autres choses, mais pas

avec ton cerveau. Alors, j'ai

dit: non, ça, ça se peut pas.

La radio pour moi, ça a été

plaisant, ça a été amusant,

mais c'est un passe-temps.

Y a jamais été question pour moi

de gagner ma vie à faire ça,

parce que c'était quand même

assez éphémère. Nous dans le

Nord de l'Ontario, à CFCL, on

était les meilleurs animateurs

radio qu'il y a jamais eu.

Mais de temps à autre, y en

avait un réchappé de Montréal,

Radio-Québec, qui nous arrivait

dans le Grand Nord puis il

passait au poste. Là, ça

parlait sur le très bien, puis

ça avait un vocabulaire à tout

casser. Ça avait mangé le Petit

Larousse ce matin-là. Là, on

perdait notre poste. Par

l'après-midi, on avait plus de

travail, parce que le monsieur

parlait mieux. J'ai dit:

Ça a pas d'allure, cette

affaire-là. Pas d'avenir

là-dedans, mais beaucoup de

plaisir. Alors, j'ai dit:

Ouais, faut faire

d'autre chose.


RACHEL DESAULNIERS

Donc, vous avez pas choisi la

radio, mais vous avez quand même

choisi la francophonie,

c'est-à-dire que dans vos

nombreuses activités de

bénévolat, vous vous êtes

retrouvé à un moment donné

président du mouvement

Richelieu International.

Racontez-nous un peu

quelques-unes des fonctions.

Qu'est-ce vous faites lorsque

vous êtes président

international du Richelieu?


COLLIN BOURGEOIS

Un: on fait la promotion de la

francophonie. Deux: on s'assure

de toujours garder dans notre

mire l'enfance malheureuse,

l'enfance défavorisée et

s'assurer que tous les fonds

accumulés vont vers l'enfance.

Alors, la première devise de

paix et de fraternité, je l'ai

vécue toute ma vie. J'ai

toujours tenté d'accepter les

gens tels qu'ils sont, puis de

les rencontrer dans leur propre

milieu, avec un volet

tout particulier pour la

francophonie, c'est très

évident.

Alors, le mouvement Richelieu

a été pour moi une grande

aventure, une belle aventure,

où j'ai pu voyager le Canada,

les États et l'Europe au nom de

la francophonie, rencontrer des

gens qui parlent cette belle

langue. Mais avec différentes

intonations, différents

accents.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez eu l'occasion de

vivre un moment très touchant

en Normandie, qui a un lien

familial. Vous parliez de votre

père tout à l'heure,

racontez-vous cette histoire.

Qu'est-ce qui s'est passé

sur les plages de la Normandie

pour vous?


COLLIN BOURGEOIS

C'est que pendant ma tournée

européenne, j'ai visité les

clubs dans leurs propres

villages, pour s'asseoir à leur

table et déguster avec eux

les mets de la région.

À un moment donné, les gens

savaient que ma tournée

m'apportait en Normandie.

Alors moi, j'avais l'horaire du

jour un peu. On se présentait

là, j'avais un petit discours

à faire au bureau de monsieur

le maire, du préfet, et ensuite

de signer le livre d'or pour la

grande visite qui se promenait

un peu partout. à ma grande

surprise, j'arrive en

Normandie, puis monsieur le

maire commence à me parler de

la famille Bourgeois, qu'il

connaissait le nom, qu'il avait

fait ses recherches, et c'est

grâce au richelieu Claude

Lajon qui avait préparé ma

venue, qui avait conté que mon

père avait été à la Deuxième

Guerre mondiale et il s'était

rendu en Normandie, puis en

fait, débarqué du bateau, puis

s'était rendu sain et sauf,

Dieu merci. Alors, un moment

donné, on commence à faire la

tournée du village, puis on

nous amène sur les plages.

Un moment donné, je me suis dit:

Ouais, ça, y a quelque chose

dans l'air. Ça sent drôle.

Il y a un air de famille dans ce

bout-ci. On a commencé à me

conter et me démontrer sur un

document que papa, justement,

ils ont retracé ses trajets,

que papa avait en fait débarqué

sur les plages. Et puis qu'il

était sain et sauf et puis, à un

moment donné, il a fait son

séjour en Normandie. Et puis,

je voyais ça dans les livres,

dans les journaux de la place.

Ça m'a ému. Ça m'a beaucoup

ému. J'ai pas pu dire

grand-chose. Lorsque les

caméras se sont fermées, puis

les gens se sont revirés pour

aller vers la réception, j'ai

eu l'instinct de prendre mon

téléphone cellulaire qui

fonctionnait encore et j'ai

appelé ma petite soeur

à Timmins.


RACHEL DESAULNIERS

Qu'est-ce que vous lui avez

raconté?


COLLIN BOURGEOIS

Je lui ai dit: « Ma belle, t'as

aucune idée où je me trouve. »

Elle a dit: « Probablement

Sudbury. » J'ai dit: « Du tout, je

suis en Normandie, je suis sur

les plages où papa est arrivé

dans les années 40. » Puis là,

ça a été un moment de silence.

Ça a été tellement touchant

qu'on a pleuré. Alors, j'ai

trouvé ça très émouvant. Puis

pour moi, ça a été le moment

le plus célèbre de ma vie.

(On se trouve dans le salon funéraire de COLLIN BOURGEOIS.)


COLLIN BOURGEOIS

Maintenant, on va passer à la

salle de sélection où on vous

offre différents modèles et

sortes de cercueils.


RACHEL DESAULNIERS

Est-ce que les gens sont quand

même timides de discuter, par

exemple, des prix ou des

modèles?


COLLIN BOURGEOIS

Plus nécessairement. Les gens

maintenant sont habitués à

savoir que la mort fait partie

intégrante de la vie et qu'à un

moment donné, c'est une

nécessité. Alors les gens vont

nous demander de quelle sorte

de bois sont faits vos

cercueils, quels sont les

différents prix, quels sont les

différents modèles et à quoi

ils servent en plus.


RACHEL DESAULNIERS

Si on regarde à plus long

terme, comme vous le disiez, la

mort fait partie de la vie...

Collin Bourgeois, vos

funérailles à vous, ça va être

comment? Est-ce que vous y

pensez?


COLLIN BOURGEOIS

C'est grandiose et c'est déjà

préparé bien d'avance. En fait,

on se trouve le modèle même qui

saura m'accueillir. Non, y a

aucun problème avec ça.

Dans la vie, sachez que les

pertes et transitions, ça fait

partie de la vie puis j'en suis

très à l'aise. De sorte que ma

parenté, ma famille savent que

le cercueil de choix est là. Et

tantôt, vous verrez que même le

monument est en place au

cimetière. Il ne reste qu'à

ajouter la date du décès.

Je suis à l'aise avec ça. J'ai

bien compris: lève-toi tous les

matins et fais de ton mieux.

Fais ce que tu peux. Puis si tu

te lèves pas le lendemain

matin, t'auras quand même tout

accompli.


RACHEL DESAULNIERS

Au début des années 2000, vous

avez fait de la politique

municipale, vous avez été maire

de la municipalité de la

Rivière-des-Français.

Expliquez-nous pourquoi

l'attrait de la politique.


COLLIN BOURGEOIS

En fait, quand on a ça dans le

sang, on l'a dans le sang. Je

me suis toujours mêlé de ce qui

me regarde, puis plus souvent

qu'autres fois, ce qui me

regarde vraiment pas.


RACHEL DESAULNIERS

J'allais le dire,

mais j'osais pas.


COLLIN BOURGEOIS

Vous êtes discrète puis je

l'apprécie.


RACHEL DESAULNIERS

Merci.


COLLIN BOURGEOIS

Mais dites-vous que lorsque

j'arrive en communauté, tout

m'importe, tout m'inquiète.

Alors, je suis arrivé dans

la région d'Alban.

Et un beau chalet sur le bord de

l'eau, tranquille. J'entendais

dans le village des petits

problèmes ici et là, des

chemins cahoteux, des calvettes

écrasées... Mais le pire, c'est

lorsque je me suis rendu à la

sainte messe le dimanche matin,

puis la petite sœur en charge

de la paroisse nous a annoncé

que le cimetière municipal,

c'est-à-dire le cimetière

catholique de la paroisse,

devait se rendre à la

municipalité, parce qu'on avait

perdu le contrôle. Notre fonds

de soins perpétuels était pas

à date. On était pour perdre

notre cimetière catholique

paroissial. Je suis allé voir

la petite sœur après la messe:

« Donnez-moi vos dossiers, ma

chère, je vais tout vous

organiser ça. » J'ai pris

3 semaines à un mois à préparer

les documents, puis les mettre

en ordre. Alors là, y avait pas

de risque de perdre notre

cimetière local. Mais je

comprenais aussi qu'on venait

d'amalgamer la grande

municipalité de la

Rivière-des-Français, qui

comprenait Alban, Noëlville,

Monetville et d'autres petites

municipalités. Je suis allé voir

le maire du jour et je lui ai

dit: « Monsieur Mayer... »


RACHEL DESAULNIERS

Claude de son petit nom.


COLLIN BOURGEOIS

...Claude de son petit nom.

« Heureux êtes-vous de recevoir

ma visite aujourd'hui, parce que

vous recevez en héritage un

cimetière local. »


RACHEL DESAULNIERS

Bon, félicitations.


COLLIN BOURGEOIS

Monsieur le maire, pas fort

intéressé là-dedans, il me dit:

Qu'est-ce qu'on connaît

là-dedans? « Vous allez en

apprendre, monsieur le maire,

voyez-vous. » Alors, ça a été là,

un peu mon introduction, si

vous voulez. Je me suis

présenté au bureau municipal,

puis là... Vous voyez mon

humilité qui est déjà devant

moi... Ils ont dit: Mon Dieu,

il est un peu trop fort, cet

homme-là, il en parle trop

comme s'il connaît ça, puis il

aime ça. Puis il y avait un

poste à combler pour le

quartier numéro 1, à un moment

donné. Alors, je vous dirais

que ce sont les morts qui m'ont

rentré en politique, parce que

c'est grâce au cimetière.

Voyez-vous.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez aussi été membre de

l'AFMO, l'Association française

des municipalités de l'Ontario.


COLLIN BOURGEOIS

C'est exact.


RACHEL DESAULNIERS

Est-ce que les francophones,

les Franco-Ontariens, ont un

poids politique réel?


COLLIN BOURGEOIS

On veut le croire. On veut

prendre notre place au soleil,

mais c'est pas évident.

Puisqu'un conseil municipal est

très éphémère, ça risque de

changer à tous les 4 ans puis

on nous balaie du revers de la

main, à chaque fois qu'on prend

un pied d'avant puis on

s'installe bien comme il faut,

puis on vient chercher tous les

services, puis on s'implante

sur tous les comités, vient une

autre élection, puis nos gens

perdent leur poste, puis le

travail est à recommencer.

Alors oui, l'AFMO fait un beau

travail au nom des

municipalités francophones de

l'Ontario, mais on est pas

encore rendus au point

où on nous reconnaît

à notre juste valeur.

Puis ça, c'est simplement

mon opinion. Y a d'autres choses

à faire.


RACHEL DESAULNIERS

Plusieurs dossiers vous

tiennent à cœur: la santé,

l'éducation. Vous avez reçu

l'année dernière un diplôme

honorifique en santé du collège

Boréal. Quel est votre lien

avec le collège Boréal?


COLLIN BOURGEOIS

Mon lien avec le collège

existe bien depuis que le

collège existe, en fait. On se

souvient dans les années où le

collège Cambrian à Sudbury

était un collège bilingue, et

on préparait la venue du

collège Boréal. On devait se

trouver des programmes, on

devait se trouver des cours,

des plans de cours et aller

recruter des étudiants.

Un moment donné, Gisèle Chrétien

et Guy, qui étaient en charge

du secteur francophone,

cherchaient des programmes

à enseigner.

Et j'ai dit: « Bien...

oui, le cours en formation

en services funéraires que j'ai

dû subir dans les années 70... »


RACHEL DESAULNIERS

En anglais.


COLLIN BOURGEOIS

En anglais, s'il vous plaît.

On va aller chercher ce

programme-là. On va le

traduire, puis on va

l'enseigner. Alors, ça a été

mon premier lien avec le

collège Boréal. C'est de

préparer un plan de cours, c'est

d'aller chercher ça au

ministère et de s'assurer que

ça se faisait, que ça se

faisait bien. Ce que j'avais

oublié là-dedans, c'est que

ça prenait quelqu'un pour

l'enseigner.


RACHEL DESAULNIERS

Ah, tiens.


COLLIN BOURGEOIS

Bon. Alors, me voilà rendu

enseignant. De peine et de

misère, me voilà comme

enseignant au collège Boréal au

tout début. Et ça m'a fait

grand plaisir. Un moment donné,

c'est devenu beaucoup trop.

J'avais quand même mon travail

à la coopérative funéraire

comme directeur général

dans le temps. Alors, on est

allés recruter et on a embauché

dans les années 80 Normand

Blanchard, qui nous arrivait de

la région d'Ottawa, et Normand

a chapeauté le cours pour

plusieurs années.


RACHEL DESAULNIERS

Collin Bourgeois, d'où vous

vient votre sens du devoir,

de vous retrousser les manches?

Ça vient d'où, ça?


COLLIN BOURGEOIS

Je le sais pas du tout. C'est

peut-être une insécurité

personnelle qui fait que je

veux être aimé. Puis je suis

allé prendre l'antidote de ça.

Quand je suis allé en politique,

je me suis aperçu que ouh! c'est

pas la place pour se faire un

beau caractère, puis de se

faire aimer par tout le monde.

Y a des gens qui m'ont appelé

des noms bibliques que je vous

répéterai pas...


RACHEL DESAULNIERS

Tiens, tiens.


COLLIN BOURGEOIS

J'ai appris à prendre ma

pilule, puis me faire dire: mon

Dieu, c'est pas tout le monde

qui me trouve beau puis

intelligent. J'ai dit: bien,

coudonc, on va accepter

qu'il y a des gens qui sont

différents que moi.

Mais en majorité, à

mes yeux, tout le monde est

égal, tout le monde est beau,

tout le monde est fin, puis

tout le monde a une part

d'intelligence, mais je

voudrais qu'il y en ait qui

s'en servent un petit peu plus.

Dans ce sens que... pas que

c'est négatif, mais y a des

gens qui ont du potentiel

incroyable. Ils sont assis

dessus, puis ils font rien.

Rien. Puis on pourrait

aller chercher ces gens-là, puis

leur dire: regardez, il y a un

centre de santé à ouvrir dans

votre communauté, allez-y. Il y

a un poste de radio francophone

qui a besoin de bénévoles,

lancez-vous. En politique, ça

nous prend, puis néanmoins vos

couleurs politiques - ça nous

regarde pas, mais j'aime le

rouge -, c'est de même, faut

se lancer, faut y aller, faut

faire quelque chose.


RACHEL DESAULNIERS

Et comment allez-vous investir

votre énergie et votre temps

dans les prochaines années?


COLLIN BOURGEOIS

Je sais qu'ici dans la région,

j'ai à bâtir mon crématorium.

C'est mon prochain projet.

Comme je vous ai dit tantôt, je

suis allé chercher ma licence

et je suis prêt, c'est mon

nouveau projet. On va aller

chercher un demi-million puis

on va investir dans un

crématoire puis on va faire ça

pour les prochains 4, 5 ans.

La politique? On dit jamais non.

C'est péché, mais c'est ça.

On aime ça de même.

La vie publique, on verra ce

qu'on nous offre. Des comités,

des présidences: mal pris,

appelez-moi, mais trouvez-en

d'autres avant moi, c'est sûr.


RACHEL DESAULNIERS

Merci beaucoup,

Collin Bourgeois.


COLLIN BOURGEOIS

Plaisir.

(Générique de fermeture)

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