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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Mirella Amato : « Beer Expert »

There are ales, porters, reds, and stouts; they come from Canada, the United States, Germany, and Ireland – and Mirella Amato knows them all!
Amato is a beer expert, and one of the rare individuals the world over to have obtained the Master Cicerone certification, the highest distinction for beer experts and connoisseurs.
Today, Amato shares her passion with others, giving conferences and workshops, judging competitions, and writing books, seeking by all means to educate the general public about beer.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE nous fait un portrait de la bièrologue, MIRELLA AMATO. Sur des images qui illustrent le propos et quelques images d'archives, GISÈLE QUENNEVILLE fait aussi une brève biographie de son invitée.


GISÈLE QUENNEVILLE

(hors champ)

Y en a des blondes, des

rousses, des brunes et des

noires. Elles viennent du

Canada, des États-Unis,

d'Allemagne et d'Irlande.

Et Mirella Amato les

connaît toutes. Mirella est une

spécialiste de la bière, une

sommelière de la bière. Elle est

une des sept personnes dans le

monde entier à avoir obtenu la

certification de Master Cicerone,

la plus haute distinction

pour les connaisseurs. Pourtant,

Mirella a étudié l'opéra.

Mais quand est venu le jour de

signer un gros contrat qui

allait l'obliger de vivre à

l'étranger, Mirella a dit non.

Elle est rentrée à Toronto et a

transformé sa passion pour

la bière en profession.

Aujourd'hui, Mirella partage

cette passion avec d'autres.

Elle donne des conférences et

des ateliers, elle juge des

compétitions, elle écrit des livres.

Elle tente par tous les moyens

d'éduquer les gens sur la bière.

(L'entrevue se passe à l'intérieur d'une brasserie. GISÈLE QUENNEVILLE et MIRELLA AMATO sont assises face à face à une table.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Mirella Amato, bonjour.


MIRELLA AMATO

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

On va parler bière.

Quelles sont les origines de la bière?

Est-ce que c'est quelque chose

de noble, de paysan?

D'où vient la bière?


MIRELLA AMATO

Je dirais que c'est paysan.

La bière date de 4000 ans

avant l'ère chrétienne.

Et puis c'est intéressant parce

que ils ont découvert récemment

que nos premières moissons,

quand on a arrêté d'être un

peuple nomade, étaient en fait

de l'orge, et non du blé.

Donc c'est possible qu'on ait

arrêté d'être un peuple nomade

à cause de la bière, pour

pouvoir faire de la bière.

Parce que l'orge est vraiment pas

très bien portée à faire du pain.

Donc c'est une boisson qui

existe depuis très longtemps,

qui est faite depuis très longtemps.

Et puis ce qui est vraiment intéressant,

c'est que: les procédés de brassage ont

vraiment pas changé depuis les

débuts de la bière.

Où la bière était faite, et par

qui... et certainement, il y a

eu beaucoup d'innovations qui

nous ont aidés à peaufiner...

les saveurs, la couleur,

tous les aspects de la bière.

Mais les procédés sont restés

pas mal pareils.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a des régions qui

sont reconnues pour leurs bières?

Bon, on fait toujours la comparaison

avec le vin; quand on pense au vin,

on pense à la France, à l'Italie.

Pour la bière, est-ce que y a

des comparaisons comme ça qui

peuvent se faire?


MIRELLA AMATO

Certainement. Certainement.

C'est un peu différent, parce

qu'avec le vin, c'est vraiment

une question de terroir.

Et on dit qu'il y a des régions

où les raisins poussent mieux

que l'orge, il y a des régions

où l'orge pousse mieux que les

raisins. Et c'est donc dans ces

régions-là, en Europe, qu'ils ont

développé les traditions les

plus connues jusqu'à récemment.

Donc ces traditions-là étaient

la tradition tchèque et allemande,

la tradition belge

et la tradition britannique.

Mais là, le pays vraiment qui

est le plus intéressant au point

de vue bière, c'est les États-Unis.

C'est surprenant. Parce qu'on

pense aux États-Unis, on pense

à des bières très légères, mais

leur mouvement brassicole, leur

mouvement artisanal de

microbrasseries, a vraiment

pris un élan. Ils ont plus que

4000 brasseries, je pense,

en ce moment. Et ils sont en

train de faire toutes sortes

d'innovations, ils sont en

train de reprendre de vieilles

traditions belges, un peu moins

les traditions britanniques et

allemandes parce que ces

traditions-là, ici en Amérique

du Nord, on les a toujours

eues et maintenant, on est en

train de découvrir un peu plus

les traditions belges, mettre

les bières en fût de chêne, par

exemple, ou les bières sûres.

Donc c'est très intéressant ce

qui se passe en ce moment,

mais tous les pays regardent les

États-Unis en ce moment.

Maintenant, ils ont 4000

brasseries, donc la compétition

est énorme. Et quand il y a beaucoup

de compétition, évidemment,

il y a de l'innovation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Où est-ce que le Canada,

les brasseurs canadiens

se retrouvent à l'échelle

mondiale?


MIRELLA AMATO

En ce moment, évidemment, on a

mouvement microbrassicole ici

aussi. Le nôtre a commencé en

1982, sur la côte Ouest.

Toujours certainement influencé

par le fait que le mouvement

microbrassicole aux États-Unis,

vraiment, a pris feu dans cette

région-là. Puis ici, je pense,

en Ontario, notre première

brasserie, c'était en 1984,

microbrasserie.

Et puis ces brasseurs, au début,

essayaient juste de rapporter

des styles et des traditions

qui étaient perdues, donc les

bières britanniques dont je

parlais, les bières allemandes,

tchèques... quelque chose qui

était pas juste une bière à 5%,

dorée, avec très peu de goût,

mais très rafraîchissante.

Donc au début, ils faisaient ça,

puis là, ils ont remarqué ce

qui se passait aux États-Unis.

Puis je dirais dans les

derniers... cinq, six ans, on a

commencé à se rapprocher de ce

qu'ils font là-bas. Les bières

dont je parlais, avec le

houblon américain, je pense que

la première fois que j'en ai

vu en bouteille ici, c'était

2009. Maintenant, on commence

aussi à mettre des bières en

fût de chêne, à faire des bières

sûres... Mais en ce moment,

c'est qu'on est vraiment en

train de faire, c'est se

rattraper avec toutes les

choses qui se passent aux

États-Unis. Puis ce que je

serais vraiment intéressée à

voir, c'est, une fois qu'on

s'est rattrapé, est-ce qu'on va

avoir une tradition canadienne

qui va se pointer? J'espère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il existe toutes sortes de

saveurs de bière, vous avez

parlé de bières à saveur d'épices,

je sais qu'il y en a à saveur de fruits;

comment est-ce qu'on arrive

à ce produit final là? Est-ce qu'on

ajoute des saveurs? Est-ce

qu'on peut ajouter des saveurs

aux bières?


MIRELLA AMATO

Certainement, oui. Donc la bière

est faite de façon très différente

que le vin, et puis je pense

que c'est une chose

importante à remarquer. Parce

que avec le vin, on a notre

raisin qui exprime le terroir

et le climat de cette

région-là cette année-là. Et la

personne qui fait le vin doit

trouver une façon de bien

exprimer ce raisin-là.

Avec le brassage, c'est

complètement différent. C'est

vraiment comme cuisiner.

Donc le brasseur a des tonnes

d'ingrédients... qu'il ou elle

peut utiliser, et peut les mélanger

de différentes façons à avoir

n'importe quelle couleur,

n'importe quelle saveur. Donc

les ingrédients de base sont

l'eau, le houblon, la levure et

l'orge. Mais y a toutes sortes

d'autres ingrédients qui sont

utilisés dans la bière. Les

fruits, évidemment, très communs.

Mais j'ai déjà eu des bières

avec du homard dedans, avec de

la viande fumée, avec des bonbons.

Toutes sortes de choses.

Les brasseurs s'amusent.

Évidemment, le homard, le

bonbon, c'est pas traditionnel,

mais depuis les débuts de la bière,

c'était très commun d'ajouter...

je sais pas, de la

citrouille si il manquait

d'orge, juste pour avoir de

l'amidon d'une autre source.

Ou sinon des fruits, pour faire

quelque chose de plus

intéressant, ou des épices.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui fait une bonne

bière, selon vous?


MIRELLA AMATO

Pour moi, c'est l'équilibre.

à part le fait qu'il faut aussi

qu'elle soit bien brassée. Parce

que la bière, c'est une boisson

très délicate. Donc pendant le

brassage, c'est un

assainissement, nettoyage

continuel. Et puis si le brasseur

ne fait pas, ou la brasseure,

fait pas très attention,

y a des faux goûts qui peuvent

se développer dans la bière.

Donc évidemment, quand

je parle d'une bonne bière,

premièrement sans défauts, mais

ensuite, ce que je cherche

vraiment, c'est un équilibre.

Parce qu'une bière peut avoir

un côté sucré qui nous vient de

l'orge maltée, ou de l'addition

de bonbons, ou de fruits.

Aussi un côté amer. Et puis pour

moi, quand il y a un bel

équilibre, il y a une progression

de saveurs. Donc on goûte

la bière, elle est un peu sucrée.

Puis ensuite, on commence à avaler,

il y a un côté amertume.

Puis là, elle se dessèche

à la fin puis on a soif

pour une autre gorgée.

Donc pour moi, c'est vraiment

l'équilibre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mirella, vous avez écrit un

livre, justement sur la bière,

récemment, qui est sorti il y a

quelques mois à peine.

Parlez-nous un peu de ce qu'on

retrouve dans « Beerology ».


MIRELLA AMATO

Mon travail, comme je l'ai

mentionné plus tôt, vraiment,

est d'initier les personnes à

la bière. Et puis ce que j'ai

remarqué dans tous mes

ateliers, c'est qu'il y a

plusieurs personnes qui ont

remarqué les bières

artisanales, qui sont

intriguées, qui aimeraient se

lancer, mais savent pas vraiment

où commencer. Ils voient toutes

ces bières différentes, ils

comprennent pas les

étiquettes. Donc le but pour

moi vraiment avec ce livre,

c'était de donner toutes les

informations nécessaires pour

que quelqu'un puisse vraiment se

lancer dans une aventure et

puis découvrir ces saveurs

et ces styles délicieux.

Donc je parle au début

de ce qu'est la bière, les

ingrédients, j'essaie vraiment,

pas seulement de présenter la bière,

mais la présenter d'une façon

à ce qu'elle ait du sens.

Même s'il y a une bière qui

n'est pas listée dans mon livre,

une personne qui a lu le livre va

bien comprendre cette bière-là.

Ensuite, j'ai toute une autre

section, ce qui est pas mal

neuf dans le domaine des livres

de bières, et puis c'est comment

s'amuser avec la bière. Donc

comment faire une dégustation

chez soi, comment faire des

agencements bière-mets... si on

veut faire un petit « party »

bière/fromage ou bière/chocolat.

Y a aussi des activités qu'on

peut faire en groupe et puis je me suis

bien amusée avec mes amis

à faire des dégustations puis

essayer de trouver différentes façons

d'explorer la bière tout en parlant,

en partageant. Parce que découvrir

la bière et ses saveurs, ça se

fait toujours mieux en groupe.

(MIRELLA AMATO ET GISÈLE QUENNEVILLE dégustent de la bière.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors Mirella, on pouvait pas

se rencontrer sans faire de

dégustation de bières. Alors

qu'est-ce que vous nous

proposez aujourd'hui?


MIRELLA AMATO

J'ai choisi trois bières.

Elles sont brassées dans trois

styles différents. Il y a une bière

de blé bavaroise, donc de

la tradition allemande;

une « stout » irlandaise, qui est donc

de la tradition britannique;

et une « pale-ale » américaine,

clairement du style américain.

Et puis chacun met en vedette

un différent ingrédient dans la

bière. Donc j'ai pensé qu'on

commencerait avec celle-ci.

Et je vais t'encourager à...

à sentir un peu, prendre une

petite gorgée. Est-ce que tu

remarques un côté fruité?


GISÈLE QUENNEVILLE

Fruité, j'allais le dire, oui.


MIRELLA AMATO

Oui? Euh... est-ce que t'es

capable de déterminer? Si je

disais banane, est-ce que ça

te dirait quelque chose?


GISÈLE QUENNEVILLE

Non, je dirais plus pêche.


MIRELLA AMATO

Pêche. Il y en a plusieurs qui

perçoivent comme étant pêche,

oui. Il y aurait aussi un petit

côté peut-être girofle ou

muscade, vanille, citron... OK?

Donc toutes ces saveurs-là nous

viennent de la levure. Ces

quatre bières ici sont faites

avec les mêmes ingrédients: de

l'eau, de l'orge, du houblon et

de la levure. C'est tout. Donc

cette complexité, c'est vraiment

la levure qui l'amène.

Puis si tu aimerais prendre une

gorgée, je pense que tu vas

remarquer que... quoique le nez

est pas mal fruité,

c'est une bière rafraîchissante.


GISÈLE QUENNEVILLE

Faible. Un peu amère aussi.


MIRELLA AMATO

Oui, le goût est très léger.

Oui. Et puis cette bière-ci est

vraiment faite pour la désaltération.

C'est une bière... En Allemagne,

on boit les bières dans des verres

d'un demi-litre.


[GISÈLE QUENNEVILLE:] Voilà.

(De retour à l'entrevue principale)


GISÈLE QUENNEVILLE

Mirella... d'où est venue

la passion pour la bière

chez vous?


MIRELLA AMATO

Je pense que j'ai toujours été

passionnée de bière. J'ai été

vraiment chanceuse parce que

quand j'ai commencé à

fréquenter des bars et des pubs,

mes amis dans le temps...

étaient passionnés de bières de

microbrasseries, de bières

d'importation. Donc je les ai

découvertes tout de suite.

On allait dans des brasseries,

je demandais des questions aux

brasseurs... Je pense que, par

contre, dans ce temps-là,

ça semblait pas vraiment

réaliste de travailler dans le

domaine de la bière. Dans ce

temps-là, évidemment, c'était

encore assez petit, il y avait

des personnes qui s'intéressaient

beaucoup à la bière.

« C'est What? » était certainement

déjà ouvert à ce moment-là,

avec des tonnes de bières en fût.

Mais c'était pas quelque chose

que tout le monde

connaissait. Comme maintenant,

je pense que la plupart des

personnes savent qu'il y a un

mouvement de microbrasseries,

ils boivent ou ils boivent

pas, mais ils savent au moins

que ça existe. Mais dans

le temps, c'était quelque chose

de vraiment...

On était un petit groupe qui

s'y intéressait beaucoup et puis

les autres personnes savaient

même pas que ça existait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous, vos études,

vous les avez faites en musique,

en performance à McGill.

Donc il y avait sans doute un

talent pour la musique, et

c'était un intérêt pour la

bière. Pourquoi la musique?

D'où est venue cette passion

pour la musique? Et le chant,

en fait, parce que vous êtes

chanteuse d'opéra.


MIRELLA AMATO

Dans ce temps-là, j'étais déjà

passionnée de bière. Et je

disais certainement à tout le

monde: à un moment donné, je

vais écrire un livre au sujet de

la bière artisanale. Parce que

dans ce temps-là, je pensais

que ça allait toujours être

quelque chose que personne

connaissait et puis je voulais

partager ma passion.

Mais là, pour la musique, j'ai

découvert l'opéra, j'ai trouvé

que c'était vraiment intéressant

puis j'ai pris des leçons de

chant et puis on m'a dit que je

pouvais chanter. Donc j'ai

décidé de poursuivre cette

carrière-là et puis c'était...

J'ai beaucoup appris, et j'ai

appris plusieurs choses qui

m'aident beaucoup dans ma

carrière maintenant. C'est

intéressant parce que les

personnes voient performance,

chanteuse d'opéra, spécialiste

en bière. Puis ils voient pas

les points communs, mais il y

en a plusieurs. Parce que les

brasseurs, quand ils font une

bière, ils sont en train de

brasser de vieux styles, mais

ils sont en train d'essayer de

créer... des interprétations

modernes, peut-être de jouer un

peu avec tout en restant

fidèles au style de base, juste

comme les personnes qui font de

l'opéra. C'est une combinaison

de science, de technique et de

créativité. C'est les deux

choses ensemble. À part ça

aussi, évidemment, comme

chanteuse d'opéra, je travaillais

à la pige, je travaille toujours

à la pige.

Donc toutes ces techniques-là,

je les ai gardées et puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous présentez des bières,

faut parler devant public.


MIRELLA AMATO

C'est ça. J'anime souvent des

ateliers. Donc je pense que mon

expérience en performance

a vraiment aidé...

avec tous mes ateliers, mes

animations. Parce que y a

beaucoup de personnes qui sont

très passionnées de bière,

mais y a pas beaucoup de

personnes qui sont très

passionnées de bière

et qui sont confiantes devant

un groupe, à parler,

avoir un dialogue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors comment est-ce qu'on

transforme une passion pour

la bière en carrière, en

métier, en profession, en

gagne-pain?


MIRELLA AMATO

Évidemment, on peut devenir

brasseur, ce qui est la chose

la plus évidente.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça vous tentait pas?


MIRELLA AMATO

Moi, j'ai découvert tout

de suite que c'était pas pour

moi, le brassage. Le brassage,

c'est un travail qui se fait...

C'est très solitaire. On se

lève très tôt le matin puis on

est dans ses cuves toute la

journée. Moi, je suis une

personne qui aime être autour

du monde. Et puis aussi, je

suis une personne qui aime...

l'exécution, j'aime créer

quelque chose puis voir le

résultat. Avec le brassage, on

brasse la bière puis là, il

faut attendre. Faut attendre une

à six semaines. Je suis pas

capable. Ce que j'ai fait, c'est:

j'ai décidé. OK, la bière,

c'est ma passion,

laisse-moi voir... Je commence

à zéro, j'ai quitté ma carrière,

laisse-moi voir si je peux...

ce que je pourrais contribuer.

Donc j'ai parlé à plusieurs

brasseurs ontariens. Et puis ce

qu'ils disaient pas mal tous,

c'est: on est tellement occupés

à brasser nos bières, à distribuer

nos bières, ce serait vraiment bien

s'il y avait quelqu'un qui pouvait

expliquer nos bières, sortir,

faire un peu de promotion,

disons, mais plus que de la

promotion, vraiment de...


GISÈLE QUENNEVILLE

De l'éducation.


MIRELLA AMATO

Oui. Parce qu'il faut vraiment.

Pour vraiment comprendre

une bière, il faut y goûter.

Et puis c'est toujours

mieux de goûter en groupe, ou

de goûter avec une spécialiste.

Puisque j'avais mon bac en

performance, l'idée d'être

debout devant un groupe et de

communiquer ma passion, c'était

quelque chose que je trouvais

très intéressant. Donc au

début, c'est comme ça que

j'ai commencé, avec des

ateliers, ainsi qu'en écrivant

des articles. Et puis je pense

que le « timing » était juste

parfait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous, vous êtes

une de sept personnes dans le

monde qui êtes certifiées comme

Master Cicerone. Alors ça, c'est

le plus haut niveau de

connaisseur de bière qu'il existe

sur la planète. Parlez-moi un

peu du processus.


MIRELLA AMATO

L'accréditation Master Cicerone,

ça serait comme maître sommelière,

mais en bière.

Donc c'est exactement ce que je

faisais. Et puis c'est intéressant

parce que j'ai inventé mon propre

emploi quand j'ai créé « Beerology »,

en 2007.

Et puis exactement en même temps,

le programme d'accréditation Cicerone

était à ses débuts. Donc pour moi,

parce que j'étais « sommelière en

bière », et puis il y avait pas

d'école ou d'accréditation à ce

moment-là, n'importe qui pouvait

s'appeler sommelière en bière,

avec ou sans connaissances.

Donc pour moi,

c'était très important d'avoir

une accréditation. Donc quand

j'ai découvert le programme,

j'ai tout de suite sauté dessus.

J'ai fait mon premier examen

et le deuxième examen. Puis

quand j'ai complété le deuxième

examen, le programme m'a envoyé

une petite note disant:

« On pense que tu serais peut-être

candidate pour le troisième

niveau ».

Et ça m'a pris deux ans,

étudier et me préparer. C'est un

examen de 14 heures.

Il y a 10 heures de dissertation,

deux heures d'examens oraux

avec des spécialistes dans le domaine

et puis ensuite, des examens de

dégustation. Il faut avoir 85%

pour réussir.

Et puis c'est moins de 10%

des personnes qui écrivent

l'examen qui réussissent.


GISÈLE QUENNEVILLE

La preuve: vous n'êtes que sept

dans le monde à l'avoir,

cette accréditation-là.


MIRELLA AMATO

Donc c'est très difficile,

mais en même temps, pour moi...

dans mon travail, je voulais que

les personnes sachent vraiment

qu'ils pouvaient se fier à moi.

Je commençais aussi à faire un

peu de consultation. Donc ça

semblait... soit une bonne

accréditation à avoir, et aussi

une façon de donner un peu de

structure à mes recherches.

(Deuxième partie de la dégustation.)


MIRELLA AMATO

Donc la deuxième bière ici,

c'est une « stout ». La plupart

des personnes sont familières

avec le style parce que la

« Guinness » est pas mal partout.

Puis ici, je pense que tu vas

trouver un côté plus café,

chocolat noir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, chocolat noir, définitivement.


MIRELLA AMATO

Parfait. Donc cette odeur-là,

cette saveur-là, ainsi que la

couleur, nous vient de grains

torréfiés, donc l'orge qui est

dans cette bière-ci est torréfiée,

tout comme un café est torréfié.

Il y a un mélange d'orges,

mais celui torréfié est celui

qui va nous donner cette

couleur intense ainsi

qu'une belle saveur chocolat.

Si tu aimerais y goûter.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une saveur chocolat?


MIRELLA AMATO

Et ça, c'est un des styles.

On parlait de femmes dans la

bière, il y a plusieurs femmes

qui aiment beaucoup ce style-ci

des bières foncées parce que ça,

vraiment, ce goût café...


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. C'est incroyable au nez

ce que ça donne.


MIRELLA AMATO

Sinon avec un dessert ou on

prendrait d'habitude un café,

je suggérerais probablement

celle-ci au lieu de celle-là.

Donc chaque bière a sa situation,

c'est le mot approprié.


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà.


MIRELLA AMATO

Donc cette bière-ci met en

vedette le houblon, et c'est le

houblon américain dont je

parlais plus tôt, celui qui a

vraiment capté l'imagination de

tout le monde. Et puis je pense

que... c'est tout de suite

évident dans le nez, il y a un côté

agrumes, résine quand même

assez prononcé.

Et si tu aimerais prendre une

gorgée, je pense que tu vas

remarquer une amertume quand

même assez prononcée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. Mais j'aime beaucoup.


MIRELLA AMATO

Beaucoup de femmes, beaucoup

de personnes aiment ce style de

bière ci, surtout celles qui

aiment le jus de pamplemousse

parce que ça se rapproche

un peu. OK?


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà!


MIRELLA AMATO

Donc c'est ta préférée des trois?


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. Moi, je dirais que oui.


MIRELLA AMATO

Voilà. Donc c'est comme ça que

j'introduis les personnes à la bière,

en essayant trois choses

vraiment très différentes puis

en essayant de comprendre.

Évidemment, ça, c'est une « pale

ale » américaine. Il y a tout un

éventail de « pale-ales »

américaines sur le marché.

Toutes ces bières sont brassées

en Ontario. Et en Ontario,

il y aurait facilement une

quarantaine de « pale-ales »

et de IPA américaines qui sont

brassées. Donc ça serait un début

d'explorer ce genre de style là.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est formidable.

Merci beaucoup.

(De retour à l'entrevue principale.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Mirella, la bière, c'est souvent

associé aux gars, c'est vu

comme étant une boisson très

masculine, très virile. Pourquoi

l'industrie semble-t-elle vouloir

se donner cette image-là?


MIRELLA AMATO

C'est intéressant.

C'est quelque chose évidemment

que j'ai recherché à fond.

Surtout parce que depuis ses

débuts, la bière, depuis 4000 ans

avant l'ère chrétienne, la bière

était toujours brassée

par des femmes.

Toutes. Évidemment, c'est LA

bière, c'est pas LE bière, donc

c'est très féminin. Il y avait

plusieurs déesses qui étaient

des déesses de bière,

c'était jamais un dieu de bière.

Il y a Bacchus qui est le dieu

du vin, mais avec la bière, c'était

toujours très féminin. Jusqu'à

la Révolution industrielle.

Puis d'après ce que je peux

voir, à ce moment-là il s'est

passé deux choses du point de

vue de brasser la bière. La

bière est passée... Avant,

c'était quelque chose qui se

faisait dans la cuisine, donc

la femme...


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans la cuisine!


MIRELLA AMATO

Dans la cuisine, elle faisait

sa bière. Et puis si on avait

pas une femme, il fallait

acheter la bière de la femme du

voisin, si elle en brassait assez.

Donc c'était vraiment les femmes

qui la faisaient.

Puis là, c'est devenu une

industrie puis à ce moment-là,

c'est passé dans la main des

hommes, quand c'est devenu...

Tous ces facteurs-là ont

contribué. Mais c'est en train

de changer. Certainement avec

le mouvement de brasseries

artisanales. Moi, dans mes ateliers,

depuis le début, j'ai toujours eu...

un auditoire qui était 50% hommes

et femmes.

Je pense que c'était peut-être

pas représentatif. Je pense que

des personnes, des animateurs

mâles avaient peut-être un plus

petit pourcentage de femmes.

Mais parce que je suis une

femme dans le domaine de la

bière, c'est intrigant. Et puis

je pense que ça invite les

femmes aussi à se sentir un peu

plus confortables à participer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on parle de l'industrie

de la bière, est-ce que de nos

jours, il y a des femmes qui

travaillent dans cette industrie-là?


MIRELLA AMATO

Oh oui, certainement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y en a beaucoup?


MIRELLA AMATO

Oui. Quand j'ai commencé, en 2007,

j'étais souvent la seule femme

quand il y avait des événements

de brasseries.

Mais là, en ce moment, il y a

de plus en plus de femmes qui

brassent de la bière. Dans le

domaine de l'évaluation sensorielle,

ce qui est très intéressant,

donc le contrôle de qualité,

c'est surtout des femmes,

et des femmes qui ont des brasseries,

donc il y a des propriétaires

de brasseries qui sont femmes.

Il y en a certainement de plus en plus.

J'ai remarqué une grande

différence quand je suis dans

des événements de brasseries,

on est peut-être... je dirais un 10

à 20%. C'est encore petit,

mais la croissance est

énorme et puis je pense que ce

qui est important en ce

moment, c'est qu'on soit visibles.

Certainement quand j'ai eu

mon accréditation

Master Cicerone, j'ai reçu

plusieurs courriels de femmes

qui étaient intriguées par la

bière, pensaient peut-être

travailler dans le domaine de

la bière, et puis elles

trouvaient ça très

encourageant que j'aie réussi

cet examen et puis que j'aie

créé un peu plus de visibilité

pour les femmes dans le

domaine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les femmes boivent

de la bière? Est-ce qu'elles

sont encouragées à boire

de la bière?


MIRELLA AMATO

C'est difficile pour moi de

répondre parce que ma réponse,

c'est oui. J'ai toujours bu de la bière.

Mais je pense que...

les femmes sont pas encouragées

à boire de la bière, mais elles

sont pas découragées.

Certainement les grandes

brasseries qui faisaient des

publicités vraiment visées

envers les hommes, ça commence

à changer là.

Et puis de toute façon, je

trouve que les femmes qui

s'intéressent beaucoup à la

bière... Évidemment,

il y en a qui boivent des

bières de grandes brasseries,

mais celles qui s'intéressent

vraiment aux saveurs, aux styles,

comme moi, sont en train

de boire des bières de

microbrasseries. Et puis ces

bières-là font aucune

publicité. Donc elles sont les

bienvenues, elles se sentent

les bienvenues et puis...

le plus de femmes il y a dans le

domaine, le plus elles se

sentent bienvenues.


GISÈLE QUENNEVILLE

On entend souvent dire que...

une bière légère, ou une bière

fruitée, c'est une bière de femme.

D'où viennent ces stéréotypes-là?


MIRELLA AMATO

C'est un gros problème.

J'ai une théorie...

que j'ai pas explorée à fond.

Mais je pense que ça a un peu

affaire avec le fait qu'il y a

historiquement vraiment cette

division, que la bière est censée

d'être une boisson pour les hommes

puis que les femmes...

quand on stéréotype,

elles ont plus tendance à

prendre du vin et des cocktails.

Et puis pour longtemps,

toutes les bières qui

étaient disponibles, c'était

des bières à 5%, blondes,

avec une haute carbonatation,

pas très amères. Et puis ce

style-là, très spécifique, ne

plaît pas à tout le monde.

Donc pour les hommes qui ne

préfèrent pas ce style de bière,

c'est beaucoup plus difficile

quand ils sont en groupe

avec leur équipe de hockey,

de commander:

Je vais juste prendre un verre

de vin blanc.

Donc eux prennent des bières

légères qui ont le moins de

goût possible. Mais les femmes,

elles, elles peuvent tout de

suite changer et dire: Je vais

juste prendre un verre de vin

au lieu, ou un cocktail. Ce que

les brasseurs ont essayé de

faire pendant très longtemps,

c'est de trouver une façon

d'inclure les femmes et de les

convaincre de boire de la bière.

En voyant ce stéréotype des

femmes qui prennent toujours

des cocktails, ils ont pensé:

Bien, peut-être si on fait des

bières aux fruits, ça va les

intéresser. Mais c'est une

mauvaise approche. Ça marche

pas. Je dis toujours: « Si on

regarde une salle pleine de

femmes, il y en a pas deux qui

portent les mêmes vêtements, il

y en a pas deux qui portent les

mêmes souliers, elles vont pas

toutes commander la même chose

au menu ». C'est de nous mettre

dans une petite boîte et de

décider: « OK, les femmes, ça

boit ce genre de bière-là .»

Ça fonctionne pas. Dans mes

ateliers, ce que j'ai découvert,

c'est que la meilleure tactique,

c'est de présenter plusieurs,

un éventail de saveurs et de styles.

Et puis des femmes, étant des

personnes, vont chacune avoir

leur propre goût et leur propre

préférence.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mirella Amato, merci beaucoup.


MIRELLA AMATO

Merci à toi.

(Générique de fermeture)

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