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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Benoît Pelletier : Professor and former minister

Benoit Pelletier studied law at the University of Ottawa. After completing his studies, he stayed on at the UofO as a teacher, before becoming Assistant Dean of the Faculty of Law.
In 1998, Pelletier jumped into Quebec politics, and became member for Chapleau, in the Outaouais region. Pelletier was also named Minister by Jean Charest, who appointed him to all ministries related to his expertise in Constitutional Law.
Ten years later, he left politics for personal and other reasons to return to his first love – teaching.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

DANIEL LESSARD rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que DANIEL LESSARD présente son invité, des extraits vidéos de BENOÎT PELLETIER et de la ville d'Ottawa défilent à l'écran.


DANIEL LESSARD

Benoît Pelletier, professeur

de droit constitutionnel

à l'Université d'Ottawa, est

né à Québec. Après

des études de droit à

l'Université d'Ottawa, il se

retrouve à l'emploi du

ministère de la Justice du

Canada avant de commencer

à enseigner à l'Université

d'Ottawa. Il deviendra doyen

adjoint de la faculté de droit.

Conférencier, chroniqueur,

il a écrit des centaines

d'articles et documents reliés

au droit constitutionnel.

En 1998, Benoît Pelletier

devient député du comté de

Chapleau dans l'Outaouais.

Il est aussitôt nommé ministre

par Jean Charest. Les affaires

intergouvernementales,

la francophonie canadienne,

les affaires autochtones,

la réforme des institutions

démocratiques, on lui confie

tous les ministères reliés

à son expertise en droit

constitutionnel. Dix ans

plus tard, pour des raisons

familiales, entre autres,

il quitte la politique et

revient à ses premières amours:

l'enseignement.

BENOÎT PELLETIER (hors champ)

Je pense que tous les

politiciens vivent une

angoisse, qui tient au fait

qu'on sait pas comment tout ça

va finir.

(DANIEL LESSARD et BENOÎT PELLETIER sont maintenant assis l'un face à l'autre dans un bureau de l'Université d'Ottawa.)


DANIEL LESSARD

Monsieur Pelletier, bonjour.

BENOÎT PELLETIER

Bonjour.


DANIEL LESSARD

M. Pelletier, commençons

par le début. Né à Québec

dans un milieu... normal,

à l'aise, modeste?

BENOÎT PELLETIER

Famille moyenne, mais je

dirais pas moyenne riche.

C'était plus... donc

une famille moyenne comme

il s'en faisait à l'époque,

avec cinq enfants et puis

une mère qui était ce qu'on

appelait une reine du foyer.

C'était l'expression qu'on

utilisait. Alors, c'était une

famille tout à fait normale

pour l'époque, ni riche

ni pauvre.


DANIEL LESSARD

Votre père était déjà en

politique à ce moment-là.

BENOÎT PELLETIER

Oui, mon père, en fait, il est

devenu conseiller municipal en

1969, donc quelques années

après que moi, je suis venu

au monde--


DANIEL LESSARD

Qui était maire de Québec

à l'époque?

BENOÎT PELLETIER

C'était Gilles Lamontagne.


DANIEL LESSARD

Ah oui.

BENOÎT PELLETIER

Et il était conseiller au

conseil exécutif de la ville de

Québec par ailleurs. Et c'était

pour moi une grande source de

fierté. Ç'a été mon premier

contact avec la politique,

vous le devinez bien. Ç'a été

une expérience extraordinaire.

Le maire de Québec venait

chez nous, ainsi que d'autres

conseillers municipaux et

d'autres politiciens de niveau

provincial et fédéral.

Alors donc, tout ça était

une magnifique expérience

en quelque sorte.


DANIEL LESSARD

Et à l'université, pourquoi

avoir choisi Ottawa?

BENOÎT PELLETIER

En fait, moi, j'ai commencé

à l'Université Laval. Je suis

un finissant de Laval. Donc,

j'ai fait mon baccalauréat

à l'Université Laval. Et

c'est par la suite que je suis

venu à Ottawa pour faire

une maîtrise. Mais puisque

ma maîtrise était en droit

constitutionnel, Ottawa

se trouvait pour moi à être

l'endroit idéal où faire

justement cette maîtrise.

Oubliez pas que quand j'ai

commencé ma maîtrise, nous

étions en 1983. Donc ça faisait

un an seulement que la nouvelle

loi constitutionnelle de 1982

était en vigueur, avec la

nouvelle charte canadienne

des droits et libertés. Donc,

il y avait, à Ottawa en tout

cas, une occasion pour moi

d'apprendre le droit

constitutionnel, de rencontrer

des constitutionnalistes qui

étaient réputés. Et en même

temps, de saisir cette fébrilité

qui entourait l'adoption de la

nouvelle loi 82, et puis de la

nouvelle charte canadienne

des droits et libertés.


DANIEL LESSARD

Ça vous a inspiré beaucoup,

cette époque-là?

BENOÎT PELLETIER

Beaucoup, ça m'a beaucoup

inspiré. Et encore aujourd'hui,

voyez-vous, je fais du droit

constitutionnel. Donc ça veut

dire que ç'a été non seulement

marquant, mais par ailleurs,

ç'a été pour moi quelque chose

de profitable. Ç'a été donc

un cheminement qui m'a amené

à devenir constitutionnaliste.

Mais je vous dirai que je suis

néanmoins demeuré très critique

par rapport à la loi

constitutionnelle de 1982

et à la charte canadienne aussi.


DANIEL LESSARD

Hum-hum.

BENOÎT PELLETIER

Je suis très, très critique,

tout en étant fédéraliste.

Il en reste pas moins que

je considère que ces

documents-là contiennent en

eux-mêmes, si je puis dire,

un contenu qui est de nature

à ne pas répondre aux

intérêts du Québec à certains

égards. Et par ailleurs, je

considère que la forme par

laquelle tout ça a été adopté,

forme qu'on connaît,

c'est-à-dire qui a amené le

rejet du Québec ou du moins

l'exclusion du Québec,

disons ça comme ça,

je considère aussi que la forme

était inacceptable.


DANIEL LESSARD

Mais la charte canadienne

des droits, pour ne prendre

que ce volet-là, ça reste

un instrument exceptionnel.

C'est pas la panacée dont

on parle selon vous?

BENOÎT PELLETIER

Non. C'est un document

exceptionnel, sans aucun doute.

Le fait d'avoir une charte

constitutionnelle, c'est bien.

Parce que ça, en fin de compte,

évite l'arbitraire de la part

de l'État. Mais dans le cas qui

nous occupe, cette charte vient

limiter les pouvoirs de

l'Assemblée nationale du

Québec. Ça, faut pas l'oublier.

Dans des domaines comme

le domaine de la langue,

peut-être même éventuellement

le domaine de la culture,

peut-être même le domaine

de l'identité au sens large,

peut-être même le droit civil.

Alors ce sont des piliers, ça,

de la spécificité québécoise

qui sont menacés ou sont

susceptibles d'être menacés

dans le futur par la charte

canadienne des droits.


DANIEL LESSARD

Elle a quand même conduit

à des décisions de la Cour

suprême très progressistes.

BENOÎT PELLETIER

Oui, dans certains cas.

Mais en même temps, elle a

conduit à des décisions qui

annulaient des parties de la loi

101 qui... Il y a eu

des décisions de la Cour

suprême du Canada qui ont

déclaré invalides des pans

entiers de la loi 101. Ça, faut

pas l'oublier. Ou qui ont dilué

des dispositions de la loi 101.

Alors donc, ça veut dire que

nous avons une loi qui n'est

pas neutre, là. Autant elle peut

avoir à certains égards

des bons côtés, et autant

à d'autres égards, elle

comporte des effets qui sont,

je dirais, nuisibles. Si je

tiens compte aux intérêts

supérieurs du Québec,

si je tiens compte ici au

pouvoir de l'Assemblée

nationale du Québec.


DANIEL LESSARD

Ça vous agace quand on dit

que tout ce débat

constitutionnel, c'est

compliqué et un peu emmerdant?

BENOÎT PELLETIER

Bien... oui, mais en même

temps... Oui, ça m'agace,

parce qu'en même temps,

je vois bien que le droit

constitutionnel fait partie

de nos vies.

Bon, la Cour suprême rend

une décision par rapport

à la prostitution, abolit

les dispositions concernant

la constitution, enfin les

déclare invalides, c'est du

droit constitutionnel. Alors,

la Cour suprême rend une

décision dans l'affaire Éric

et Lola, c'est du droit

constitutionnel. Y a énormément

de décisions qui touchent au

droit constitutionnel, qui sont

rendues par la Cour suprême

à chaque année, qui affectent

les citoyens dans leur vie

concrète et qui font en sorte

que les constitutionnalistes

sont sollicités par les médias

pour aller commenter. C'est

probablement même la catégorie

de juristes, moi je pense,

qui est la plus sollicitée.

Oui, effectivement. Alors,

c'est pas pour rien. Alors,

ce qui est en quelque sorte

probablement un peu sclérosé,

sinon beaucoup sclérosé,

c'est le dossier de la réforme

constitutionnelle.


DANIEL LESSARD

Oui, et toutes les

négociations qui l'entourent.

BENOÎT PELLETIER

Et toutes les négociations qui

l'entourent. Mais le dossier

constitutionnel en lui-même,

lui, est très actif. Et ça, faut

le rappeler à la population

qui a tendance, parfois,

à l'oublier.


DANIEL LESSARD

Vous avez du plaisir

à enseigner le droit

constitutionnel?

BENOÎT PELLETIER

Beaucoup de plaisir

à l'enseigner, beaucoup de

plaisir à l'étudier, cette

matière-là. Beaucoup de plaisir

à continuer des recherches

dans le domaine. Justement

parce que j'ai le sentiment

que c'est un domaine très

actif. Donc premièrement,

j'ai vraiment pas le sentiment

d'examiner quelque chose qui

n'appartient qu'à l'histoire ou

qui n'appartient qu'au passé.

Le droit constitutionnel

appartient aussi au présent,

il appartient à l'avenir. Et

par ailleurs, cette matière-là

nous amène vraiment à avoir

une compréhension globale

de la société dans laquelle

on vit. Ça, c'est le grand

intérêt, le grand avantage du

droit constitutionnel. C'est

de pouvoir voir la société,

non pas avec condescendance,

mais pouvoir quand même la voir

de haut, c'est-à-dire de voir

ce qui la construit cette

société-là, quelles sont

ses institutions et quelle est

l'interaction entre ces

institutions-là. Et ça, moi,

c'est ce qui me plaît beaucoup

dans le domaine.

(DANIEL LESSARD pointe alors un calumet de paix que tient entre ses mains BENOÎT PELLETIER.)


DANIEL LESSARD

Benoît Pelletier, qu'est-ce

que c'est? D'où ça vient?

BENOÎT PELLETIER

Un calumet de paix.

Un vrai calumet de paix, qui m'a

été donné par l'ancien chef

des Hurons-Wendats, Max

Gros-Louis, le 7 mars 2008,

à l'occasion de l'inauguration

de l'Hôtel-Musée des Premières

Nations. Et donc, on avait eu

une cérémonie officielle et

puis on avait fumé--


DANIEL LESSARD

Vous aviez fumé?

BENOÎT PELLETIER

Oui, absolument. C'était du

tabac, cependant, je tiens

à le préciser. Mais donc, moi,

je le trouve très, très beau.

Je trouve que c'est un beau

symbole. Et puis ça me rappelle

de beaux souvenirs. Même

depuis mon retrait de la

politique, j'ai continué à être

impliqué dans les affaires

autochtones. Et puis maintenant,

je suis le représentant spécial

du ministre des Affaires

autochtones du Canada dans

le dossier national des

revendications particulières.

Alors vous voyez que le dossier

autochtone est--


DANIEL LESSARD

Pour quelqu'un qui aimait pas

les affaires autochtones

au début, ou qui avait

des réserves...

BENOÎT PELLETIER

J'avais des réserves. C'est

pas que je n'aimais pas,

c'est que je ne connaissais

pas. Mais vous voyez

à quel point, quand on se met

à s'intéresser à quelque chose,

à quel point ça peut

nous séduire.


DANIEL LESSARD

Et devenir passionnant.

BENOÎT PELLETIER

Et puis dans le cas qui

nous occupe, ça m'a séduit,

ça m'a passionné jusqu'à

aujourd'hui.


DANIEL LESSARD

M. Pelletier, qu'est-ce qui

vous a emmené en politique?

BENOÎT PELLETIER

Un concours de circonstances,

donc l'arrivée de Jean Charest

au Québec avec le Parti

libéral du Québec,

qui était pour moi, en quelque

sorte, si je puis dire, un bon

mélange. J'aimais beaucoup

Jean Charest comme politicien,

bien que je ne l'avais jamais

rencontré. Et d'autre part,

je trouvais que le Parti libéral

du Québec était un parti

équilibré, dans lequel,

moi en tout cas, je me

reconnaissais, ou du moins,

qui véhiculait des valeurs

dans lesquelles je me

reconnaissais. Alors j'ai fait

quelques démarches, parce qu'à

ce moment-là, quand tout ça est

arrivé, j'étais en Europe pour

un sabbatique. Alors j'ai fait

quelques démarches, donc,

auprès du Parti libéral du

Québec. Et dans les mois qui

ont suivi, je me suis retrouvé

candidat pour l'élection

de 1998.


DANIEL LESSARD

Vous étiez à l'aise dès le

départ avec tout ce que ça

implique, l'organisation,

serrer des mains, frapper aux

portes, vous étiez à l'aise

avec tout ce volet-là de la

politique, qui est obligatoire

en quelque sorte?

BENOÎT PELLETIER

Oui. Oui. Je l'avais de façon

à peu près innée. Probablement

que c'était lié justement à mon

enfance où j'avais été en

contact avec la politique très

jeune. Dès l'âge de 9 ans,

en quelque sorte, j'étais en

contact avec la politique.

Mais en même temps, je vous

dirais que je craignais beaucoup

pour ma famille. Ça, c'était

pour moi une grande

préoccupation.


DANIEL LESSARD

Vous aviez quatre enfants.

BENOÎT PELLETIER

Oui, c'est ça, j'avais peur de

perdre ma famille. J'avais peur

de briser mon lien familial.

Et en même temps, je vous

dirais qu'on ne sait jamais

comment va se vivre notre

carrière politique. On sait que

ça peut être très ingrat, on

sait que ça peut être très

difficile. Alors, j'avais aussi

des craintes par rapport à la

façon dont ma carrière

politique se passerait, de la

façon dont elle évoluerait en

quelque sorte. Et c'est avec

les années que tout ça s'est

estompé. Mais le sourire

qu'arbore l'élu cache, à mon

avis, dans tous les cas,

une certaine angoisse.


DANIEL LESSARD

Dans quel sens?

BENOÎT PELLETIER

C'est-à-dire que ce que vous

voyez, vous, c'est le grand

sourire le soir de la victoire--


DANIEL LESSARD

Le jour de l'assermentation.

BENOÎT PELLETIER

Avec le jour de

l'assermentation, avec des gens

qui nous appuient, des gens

qui sont autour de nous et

ainsi de suite. Mais je pense

que tous les politiciens vivent

une angoisse.


DANIEL LESSARD

Angoisse de se casser

la gueule?

BENOÎT PELLETIER

Oui. Absolument. Qui tient

au fait qu'on ne sait pas

comment tout ça va finir.

On sait pas comment tout ça

va se passer finalement.


DANIEL LESSARD

Donc, vous êtes élu dans

le comté de Chapleau, c'est

dans l'Outaouais québécois.

Vous arrivez à Québec, Jean

Charest vous nomme ministre

immédiatement. Ça se négocie

ça? Parce que vous, vous êtes

tombé dans la potion magique,

dans ce que vous aimez,

les affaires constitutionnelles,

les relations fédérales-

provinciales. Ça se négocie,

ça avec Jean Charest, ou ça

allait de soi puis la question

ne se posait pas?

BENOÎT PELLETIER

Non, ça ne... en tout cas,

moi, je ne l'ai pas négocié. Je

ne sais pas si ça se négocie,

mais moi, je ne l'ai pas fait,

à tout événement. Ça allait

un peu de soi, je veux le dire

sans prétention. Ça allait

un peu de soi, étant donné

ma formation, que j'aboutisse

avec ces responsabilités-là

que j'ai eues. Ce qui m'a

surpris, cependant, au départ,

c'est quand on m'a donné les

affaires autochtones. Parce que

jamais dans ma vie j'avais

pensé un seul instant qu'un

jour, je deviendrais ministre

des Affaires autochtones.


DANIEL LESSARD

Et c'est très relié à tout

le processus constitutionnel.

BENOÎT PELLETIER

Oui, tout à fait, bien sûr.

Mais j'avais vu la crise d'Oka

aussi quelques années avant.

Alors je me disais: bon...

enfin, qu'est-ce qui me tombe

sur la tête? Là, vraiment, c'est

le cas de le dire, comment

vais-je m'en sortir?

Finalement, ça s'est très, très

bien passé, tout ça. J'ai été

chanceux aussi, parce qu'il y a

un facteur chance qui joue

là-dedans.


DANIEL LESSARD

Ce que vous faites grosso

modo dans votre livre, Une

certaine idée du Québec,

pourquoi... C'est une

brique quand même.

Vous sentiez le besoin

de dire un peu où doit aller le

Québec, où s'en va le Québec,

quelles sont les solutions,

quelles sont les pistes

intéressantes?

BENOÎT PELLETIER

Oui, c'est donc le fruit de

mes réflexions pendant 10 ans

de politique. C'est pour laisser

une trace aussi derrière moi,

en quelque sorte. Le but d'un

livre, c'est de faire en sorte

que notre passage n'a pas été,

en fin de compte, vain. Notre

passage en politique. Et

également, c'est parce que moi,

pendant toutes ces années,

je n'ai pas été motivé par

le pouvoir. J'ai été motivé par

des idées. Je pourrais même

dire par un certain nombre

d'idéaux. C'était ça, ma grande

motivation en politique. Et

il était normal, parce que

justement j'étais motivé par

ces idées et idéaux, il était

tout à fait normal que

je cherche à coucher ça

dans un livre, à mettre ça

dans un livre, et c'est

ce que j'ai fait.


DANIEL LESSARD

Vous avez jamais pensé devenir

premier ministre?

BENOÎT PELLETIER

J'aurais aimé l'être. Oui,

oui, absolument. J'aurais aimé

l'être. D'abord, quand j'étais

jeune, c'était ça mon ambition.


DANIEL LESSARD

Devenir premier ministre

du Québec.

BENOÎT PELLETIER

Oui, oui. Absolument.

Et puis quand j'ai fait de la

politique, j'ai cru, pendant

un certain temps, que je

pourrais le devenir.

Et évidemment sans chercher

du tout à créer quelques coups

de force que ce soit.


DANIEL LESSARD

Sans pousser dans le dos de

Jean Charest ou qui que ce soit.

BENOÎT PELLETIER

J'ai toujours été fidèle au

chef. Mais j'ai cru pendant

un certain temps

qu'effectivement, je pourrais

aspirer à sa succession,

le jour où cette succession-là

se présenterait. Ça n'a pas été

le cas, mais je l'ai cru pendant

un certain temps.


DANIEL LESSARD

Vous avez fait allusion au

début de votre crainte, de

votre angoisse que, bon, ça

soit difficile pour votre

famille. Ç'a été la raison

principale de votre départ

de la politique?

BENOÎT PELLETIER

La famille a été la raison

principale, parce que d'abord,

ça faisait dix ans, moi, que je

faisais de la politique, avec

quatre jeunes enfants. Ma

femme, donc, s'est à ce

moment-là tapé des

responsabilités qui étaient

énormes. Elle a fait

énormément pour ma carrière.

Et après dix ans, moi, j'en suis

venu à la conclusion que ça

allait plutôt bien pour moi,

politiquement parlant. Et je me

suis dit: pourquoi attendre que

ça aille mal pour quitter?

Dans le fond, je me suis dit:

ça va bien, j'ai fait dix ans.

Je crois avoir fait un parcours

qui était intéressant. J'ai pu

réaliser un certain nombre de

choses pour le Québec, et

pour le Canada. Alors, je me

suis dit: bon, bien, pourquoi

à ce moment-là ne pas quitter?

Et il s'avère que ça m'a permis

de revenir à l'Université

d'Ottawa et d'être encore

présent dans les médias aussi.

Ce qui était pour moi une

grande préoccupation, parce que

ça me permettait de continuer

à livrer le fruit de ma

réflexion comme ça au public,

de le livrer à la population.


DANIEL LESSARD

Mais en deux mots, par oui

ou par non, vous dites non

définitivement à un retour

éventuel?

BENOÎT PELLETIER

Ah, je ne dis pas non. Non.

Je ne dis pas non. Je ne sais

pas ce que la vie me réserve.

Mais je peux vous dire que je

serais très étonné d'y revenir.

Mais en même temps, on sait

jamais les circonstances de la

vie, où elles vont nous mener

en quelque sorte.


DANIEL LESSARD

Benoît Pelletier, on est chez

vous à l'Université d'Ottawa.

Vous êtes ici depuis un bon

bout de temps?

BENOÎT PELLETIER

Je suis ici depuis 1986.

J'ai commencé à enseigner

en 1986 à temps partiel. Puis

par la suite, je suis devenu

un professeur régulier en 1990.

Et puis là, à partir de là,

j'ai gravi les échelons

universitaires. Je suis devenu

professeur agrégé et puis

professeur titulaire. Et puis

je suis encore là aujourd'hui,

comme vous pouvez le voir.


DANIEL LESSARD

C'est une université qui a

pris beaucoup, beaucoup...

a acquis beaucoup de prestige

au cours des dernières années.

BENOÎT PELLETIER

Oui, c'est vrai. C'est une

université qui est maintenant

vue comme étant l'une des 200

meilleures au monde, ce n'est

pas rien. Et l'une des

meilleures universités au

Canada, en ce qui concerne

la recherche. Et Dieu sait

que la recherche, c'est

important dans le domaine

universitaire. Alors je peux

vous dire que moi, je suis très

heureux de faire partie de

cette grande famille qui est

celle de l'Université d'Ottawa.

Et je suis très, très fier par

ailleurs de mon université.


DANIEL LESSARD

Monsieur Pelletier, j'aimerais

vous entendre dans cette

dernière partie d'entrevue sur

des questions qui vous tiennent

particulièrement à coeur.

Commençons par le bilinguisme.

On avance ou on recule?

BENOÎT PELLETIER

Je crois qu'on avance, mais

il y a une minorisation des

francophones à l'intérieur du

Canada qui, elle, progresse.

Et faut faire attention,

parce que la minorisation,

c'est un rapport qu'il y a entre

la minorité et la majorité.

Alors ça ne veut pas dire

qu'il n'y a pas plus de

francophones qu'avant--


DANIEL LESSARD

Mais par rapport--

BENOÎT PELLETIER

...ça veut tout simplement

dire que par rapport

à la masse d'anglophones

qu'il y a au Canada, il y a

une régression en quelque sorte

ou une accentuation

de la minorisation.

Mais par ailleurs, si je regarde

l'appui des Canadiens au

bilinguisme, c'est un appui

qui, à mon avis, est maintenant

bien solide et largement

majoritaire. Si je regarde

la popularité des écoles

d'immersion, si je regarde

les progrès qu'ont faits les

francophones dans maintes

provinces, où à une certaine

époque, ils ne pouvaient même

pas parler le français - et

aujourd'hui, ces provinces-là

donnent des services en

français, et même, dans certains

cas, optent pour différentes

formes de bilinguisme -, je

trouve que, généralement

parlant, il y a eu des progrès

qui sont quand même importants

et qu'il faut les mentionner.


DANIEL LESSARD

La monarchie. On me dit

que vous avez une photo de la

reine sur votre bureau. C'est vrai?

BENOÎT PELLETIER

Ha! Ha! Ha! Non, non, non.


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'on l'abolira un jour?

BENOÎT PELLETIER

Je ne le crois pas, non.

Je ne crois pas. D'abord,

parce que ça prend l'unanimité

pour abolir la monarchie.

C'est-à-dire le consentement

du sénat et de la Chambre

des communes et des dix

législatures provinciales.

Quand on parle de l'unanimité,

c'est de ça dont on parle.

Et par ailleurs, faut se poser

la question: on remplacerait

cela par quoi?


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'on doit

la remplacer?

BENOÎT PELLETIER

Bien, oui. Je crois que oui,

étant donné notre système

parlementaire de type

britannique. Si nous avions

un autre système parlementaire,

peut-être qu'à ce moment-là,

on pourrait se passer,

effectivement, d'un chef

d'État. Mais avec le système

qu'on a, on peut difficilement

s'en passer. Est-ce qu'on

opterait pour un régime

présidentiel? Si on optait

pour cela, il y aurait

aussi des dépenses. Faut pas

l'oublier. Il y aurait toute

la question de savoir quels

seraient les pouvoirs du

président versus ceux du

premier ministre, qu'il faudrait

se poser. Alors, en quelque

sorte, moi, j'estime que la

monarchie demeure probablement

le moins pire des systèmes

pour le Canada, et en plus,

ça répond à, si je puis dire,

ça répond à des besoins

qu'éprouvent un certain nombre

de Canadiens par rapport

à l'histoire, par rapport à ce

lien que nous avons longtemps

eu avec le Royaume-Uni.

Ça répond à ces besoins-là.

Alors, je me dis: pourquoi

finalement chercher à changer

ce système-là pour un autre

qui risque d'avoir lui aussi ce

défaut, faut pas l'oublier.


DANIEL LESSARD

Donc on garde la monarchie

et on garde le sénat aussi?

BENOÎT PELLETIER

Ah, le sénat, oui. Encore plus

fermement. Je suis un plus

ardent défenseur encore

du sénat. Parce que c'était

un compromis très, très

important pour l'adhésion du

Québec au fédéralisme canadien.

Alors le sénat a été constitué

d'une façon qui, un, favorise

la nomination de gens provenant

des groupes minoritaires; et

deuxièmement, permet d'avoir

une voix francophone

additionnelle au sein du

Parlement canadien avec

le grand, grand objectif qui

est de faire contrepoids aux

principes de la représentation

proportionnelle qui lui,

favorise l'Ontario, favorise de

plus en plus l'Ouest canadien.

Faut pas l'oublier. Alors moi,

à mon avis, le sénat, c'est

vraiment quelque chose qui est,

je dirais, une belle garantie

que possède le Québec

à l'intérieur du fédéralisme

canadien.


DANIEL LESSARD

Il est réformable?

BENOÎT PELLETIER

Difficilement réformable à la

lumière de la décision de la

Cour suprême du Canada sur

la réforme du sénat. Décision

qui a été rendue, enfin, un avis

qui a été rendu en 2014.

Difficilement réformable, mais

justement, moi, je ne crois pas

dans un sénat élu. Moi,

je crois dans un sénat nommé.

Pour qu'on y nomme davantage

de gens provenant

de groupes minoritaires.

Je pense cependant qu'on doit

soumettre les sénateurs à des

exigences plus élevées en ce

qui concerne l'éthique, en ce

qui concerne l'intégrité, ça va

de soi. Je crois aussi dans

l'abolition de la ligne de

parti au sénat. Ça, ça me

semble être extrêmement

important. Je ne comprends pas

que les sénateurs doivent

suivre. Je ne comprends pas

pourquoi ils doivent suivre la

ligne de parti qui est imposée

par une formation politique

quelconque.


DANIEL LESSARD

Mais s'ils sont nommés par

cette formation-là, ils ont pas

tellement le choix.

BENOÎT PELLETIER

On pourrait les nommer à titre

de sénateurs indépendants,

tout simplement. Et puis

littéralement abolir la ligne de

parti au sénat. De toute façon,

le principe du gouvernement

responsable, en vertu duquel

un gouvernement doit

démissionner ou demander

la tenue d'une élection s'il

perd la confiance de la

chambre, ne vaut que pour la

chambre des élus. Ça ne vaut

pas pour le sénat. Alors je vois

pas pourquoi on applique

la ligne de parti aussi

rigoureusement au sénat

qu'on le fait à la Chambre

des communes.


DANIEL LESSARD

Les femmes en politique.

Il y en a assez?

BENOÎT PELLETIER

Ah bien, écoutez, il y en

aura jamais assez. Moi, je suis

favorable à ce qu'il y ait

une parité hommes-femmes.

D'ailleurs, il m'est arrivé de

faire des conférences auprès

de femmes pour les inciter

à se lancer en politique.

Et puis, il y a

d'excellentes politiciennes.

On a eu d'excellentes

politiciennes au Canada et il y

en a une femme qui, en ce

moment, m'impressionne

énormément, c'est madame Wynne,

la première ministre de

l'Ontario, qui fait, je pense,

la démonstration que la

politique, bien, c'est aussi

féminin. C'est d'ailleurs

LA politique, il faut pas

l'oublier. Alors donc, la

politique peut aussi convenir

aux femmes.


DANIEL LESSARD

En terminant, M. Pelletier,

quand on mesure la qualité

de vie, la richesse, plein de

données comme ça, le Canada

est toujours dans les meilleurs

pays au monde. Est-ce à dire

que, dans l'avenir, le Canada

doit continuer sur cette

lancée? Est-ce qu'il y a rien

à changer, tout est beau, vous

êtes très optimiste avec

l'avenir du pays?

BENOÎT PELLETIER

Oui, je suis très optimiste

par rapport à l'avenir du pays.

Je suis très attaché au Canada

aussi. Je déplore, cependant,

un manque de sensibilité de la

part de trop de Canadiens,

d'un trop grand nombre de

Canadiens à l'égard de la

spécificité québécoise.

La spécificité québécoise

n'est pas un obstacle à l'unité

canadienne, c'est une valeur

ajoutée pour le Canada. C'est

quelque chose qui, en quelque

sorte, devrait normalement,

être une source de fierté.

Ça fait partie de l'identité

canadienne. Et autant il est

vrai que le Québec reçoit du

Canada, puis là je parle pas

rien que d'argent, reçoit du

Canada en termes de valeurs,

en termes de prestige, autant

il est vrai que le Québec

contribue aussi au Canada,

en termes de valeurs et en

termes de prestige et en termes

d'identité. Et ça aussi,

ça doit être reconnu.


DANIEL LESSARD

Merci, monsieur Pelletier.

BENOÎT PELLETIER

Merci.

(Générique de fermeture)

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