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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Pierre Ouellette : Rector, University of Hearst

Destination: Kapuskasing, home to the Université de Hearst’s Chancellor Pierre Ouellette.
He was a professor of history and sociology at the beginning of his university career, but prior to life as an academic, Ouellette founded two newspapers in the Kapuskasing region.
And the desire to write has never left him.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

RACHEL DESAULNIERS rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que RACHEL DESAULNIERS présente son invité, des photos de PIERRE OUELLETTE à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


RACHEL DESAULNIERS

Destination Kapuskasing.

Le recteur de l'Université de

Hearst, Pierre Ouellette habite

ici. C'est ici qu'il est né et

c'est ici qu'il élève sa

famille. Les Ouellette en sont

à la 5e génération dans le

Nord. Pour Pierre Ouellette,

c'est important d'établir un

ancrage dans le temps.

Passionné d'histoire, il

consacre ses études de

maîtrise aux enjeux qui

touchent et définissent le

Nord. Il écrit des articles qui

sont publiés dans les revues

savantes. Il a été professeur

d'histoire et de sociologie au

début de sa carrière

universitaire. Mais avant

d'entreprendre sa carrière

académique, Pierre Ouellette

a investi ses efforts dans le

domaine journalistique. Avec

des amis, ils fondent deux

journaux dans la région de

Kapuskasing. Il aura été

rédacteur en chef et

gestionnaire. Le goût d'écrire

et de publier l'habite toujours.

Pierre Ouellette a fait paraître

un recueil de photos intitulé

Mon Bout du monde en

collaboration avec la

journaliste Andréanne Joly, sa

conjointe. On y retrouve des

centaines de photos qui captent

la beauté des paysages

naturels typiques du nord de

l'Ontario.

(RACHEL DESAULNIERS et PIERRE OUELLETTE sont assis dans le salon du domicile de PIERRE OUELLETTE.)


RACHEL DESAULNIERS

Pierre Ouellette, bonjour.


PIERRE OUELLETTE

Bonjour, Rachel.


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes recteur de

l'Université de Hearst. Vous

avez 45 ans. Est-ce que ça

faisait partie de votre plan de

carrière d'être administrateur

d'un établissement

post-secondaire dans le Nord?


PIERRE OUELLETTE

Pas du tout. D'être dans

le Nord, oui. D'être

administrateur d'une université

dans le Nord, pas du tout. Et

je te dis ça parce que j'en ai

pas de plan de carrière. J'en

ai jamais eu.

Pour moi, le plan de carrière,

c'était vraiment de venir dans

le Nord, de me réinstaller dans

le Nord. Je devrais même pas

dire de me réinstaller. Dans

mon coeur, je suis jamais parti

du Nord.

J'ai fait mes études dans ce que

je considère être le Nord

aussi. À Sudbury. Donc moi, je

suis foncièrement un gars du

Nord, et sans plan de carrière.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez été prof de socio et

prof d'histoire avant de faire

le virage vers l'administration.

Est-ce que ça vous manque de

vous retrouver devant une salle

de classe avec des jeunes?


PIERRE OUELLETTE

Oui. J'aime beaucoup ce que

je fais présentement. Mais j'ai

eu beaucoup de plaisir aussi

à me retrouver en salle de

classe. J'ai enseigné un...

bien, quelques cours de socio.

Y a un cours de socio que j'ai

particulièrement apprécié, c'est

un cours de sociologie des

médias: Mass media et société.


RACHEL DESAULNIERS

Tiens.


PIERRE OUELLETTE

Donc ça, j'ai eu énormément

de plaisir à enseigner ce

cours-là. Oui, ça me manque.

Le contact avec la salle de

classe. D'ailleurs, cet

automne, pour la première

fois depuis 2005, j'ai enseigné

un cours. À l'Université, on a

maintenant fait la transition

vers les cours en bloc, où un

étudiant suit un cours à la

fois pendant une période de

trois semaines. Et ça m'a

permis... J'avais pas besoin de

m'engager pendant tout un

semestre. Ça m'a permis de

m'engager pendant un bloc,

pendant trois semaines. Donc

j'ai réussi à convaincre mes

collègues de m'offrir un

contrat de prof pendant trois

semaines puis je suis retourné

enseigner pendant trois semaines

un cours d'introduction à

l'interdisciplinarité, que j'ai

beaucoup, beaucoup apprécié.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez été vice-recteur à

la mi-trentaine et recteur au

début quarantaine. Diriez-vous

que votre parcours a été

rapide, ou pour vous, c'est

votre rythme?


PIERRE OUELLETTE

Effectivement, un peu partout

dans mon parcours, et au

journal, et comme vice-recteur,

et maintenant comme recteur,

ou quand j'ai commencé le

travail de recteur, j'étais

assez jeune. Pour moi, ça m'a

jamais posé de problèmes. Des

fois, on a l'impression, quand

on voit justement... puis on

travaille avec des personnes

qui... qui ont beaucoup plus

d'expérience que nous, on a le

sentiment peut-être de pas être

à notre place pendant quelques

minutes. Mais non, ça passe

assez vite.


RACHEL DESAULNIERS

Vous vous retrouvez à la tête

de l'Université de Hearst. Tout

se passe en français à

l'université. En Ontario

présentement, la place

qu'occupe sur le débat public

l'université franco-ontarienne,

c'est énorme. Versus les

universités bilingues. Est-ce

que l'Université de Hearst

serait la solution pour cette

fameuse université

franco-ontarienne?


PIERRE OUELLETTE

Non. On est

une solution. On

est pas la solution. Puis je

pense que la solution globale va

venir de solutions comme

celle-là. On est une université,

on est la seule université de

langue française en Ontario.

Donc la seule université où

tout se passe en français, où

tous les programmes sont

offerts en français. La langue

de travail, c'est uniquement le

français. Puis je pense que ça

se sent. Nos étudiants le

savent, le sentent puis nous le

disent. On est aussi

l'université la plus appréciée

de la clientèle étudiante,

parmi toutes les universités

canadiennes, depuis plusieurs

années maintenant.


RACHEL DESAULNIERS

Ça, c'est les fameux sondages

Maclean's où je lisais

justement... Vous avez le taux

de fidélité, c'est-à-dire si

les élèves devaient revenir,

c'est l'Université de Hearst

qu'on choisirait. Est-ce que ça

vous surprend, ou pour vous,

vous dites: "C'est pas

la première année"?


PIERRE OUELLETTE

Je pense pas que ce soit

surprenant. Si on regarde quel

type d'université obtient une

bonne cote au sondage qui

paraît dans le Maclean's,

c'est souvent des plus petites

universités. Donc c'est pas très

surprenant, puis... moi, je le

dis souvent en blague à

l'ensemble du personnel: on est

bons, que voulez-vous? Donc

c'est la reconnaissance de ce

lien-là qui est personnel,

autant au service... À tout ce

qu'on offre comme appui à la

réussite scolaire: services

administratifs et en salle de

classe. Avoir des petits groupes

en salle de classe à un niveau

universitaire, c'est pas offert

partout, c'est pas possible

partout. Mais les étudiants

l'apprécient énormément quand

ça fonctionne de cette façon-là.


RACHEL DESAULNIERS

Et pour les garder, les

attirer, les étudiants, dans la

mesure où on le sait, le Nord

se vide avec la décroissance...

C'est la démographie, les

chiffres qui le montrent.

Qu'est-ce que ça représente

comme défi pour vous d'aller

chercher les étudiants, de les

garder dans le Nord?


PIERRE OUELLETTE

C'est probablement notre plus

important défi. C'est un défi de

tous les jours. L'université a

modifié... On a fait ce

constat-là y a quand même un

certain temps.

Les populations qui sortent des

écoles secondaires, ou les

principales écoles secondaires

nourricières pour l'Université

de Hearst sont celles de

Timmins, de Kapuskasing,

de Cochrane, de Hearst. C'est

vraiment les écoles secondaires

de la région. Et les populations

d'élèves dans ces écoles

secondaires de langue française

sont constamment à la baisse.

Et des baisses très

importantes. Donc c'est un défi

pour nous, parce que

traditionnellement, l'Université

de Hearst s'est toujours

alimentée des diplômés de nos

écoles secondaires. Ce qui veut

dire que maintenant,

l'Université de Hearst doit

recruter des étudiants à

l'extérieur de la région. Et ça,

on le fait vraiment de façon

beaucoup plus active depuis

quelques années maintenant, et

ça fonctionne. On a complètement

changé... certaines des façons

de faire, certains des

programmes. On offre maintenant

tous nos cours en bloc. Donc en

séance maintenant de trois

semaines. Un étudiant fait un

cours à la fois. C'est un

produit, c'est un mode de

prestation de cours qui est très

apprécié par la clientèle

étudiante. On s'est modelé sur

une belle petite université de

la Colombie-Britannique qui

s'appelle l'université Quest.

On a ajouté des stages en milieu

de travail. On est maintenant

encore plus ouverts sur

l'international. Donc on a

modifié de façon importante

l'expérience qu'un étudiant ou

qu'une étudiante vit à

l'Université de Hearst,

justement pour continuer de

servir les personnes de la

région, mais se donner une

chance d'aller recruter à

l'extérieur. Et ça marche. Donc

les résultats sont là.

(RACHEL DESAULNIERS et PIERRE OUELLETTE se tiennent à présent debout dans le bureau de ce dernier.)


RACHEL DESAULNIERS

On se retrouve maintenant dans

votre bureau. C'est l'Université

de Hearst à Kapuskasing. Il faut

dire que vous n'avez pas un

seul campus. Décrivez-nous le

réseau de l'Université de

Hearst.


PIERRE OUELLETTE

L'Université de Hearst a été

fondée en 1953, donc installée

à Hearst. Les quartiers généraux

de l'Université de Hearst sont

bien sûr à Hearst. Aujourd'hui,

on a trois campus. Donc

Hearst, Kapuskasing et Timmins,

où nos programmes sont offerts

au complet.


RACHEL DESAULNIERS

Combien de profs enseignent

chez vous?


PIERRE OUELLETTE

Une vingtaine au total. C'est

comme une grosse faculté

essentiellement. C'est un gros

département dans une université.

Donc une vingtaine de profs qui

se déplacent entre les campus,

qui vont offrir... Y a à peu

près pas de cours qui sont

offerts en vidéo-conférence chez

nous. Tous les cours sont

offerts en salle de classe,

directement par les profs en

personne. Ça veut dire que nos

profs se déplacent. C'est très

exigeant pour les profs.


RACHEL DESAULNIERS

Et ça représente combien

d'étudiants qui sont inscrits?


PIERRE OUELLETTE

Au total, environ 200

personnes. Y a environ 200

personnes d'inscrites dans la

dernière année chez nous. Puis

ça, c'est un mélange. Ça inclut

les trois campus. Ça inclut

aussi la clientèle à temps

plein et à temps partiel. Donc

c'est une petite université.


RACHEL DESAULNIERS

Et qu'est-ce qui fait le

cachet ou l'attrait ou le

petit quelque chose de

l'Université de Hearst, sa

particularité, ça serait quoi?


PIERRE OUELLETTE

Y en a plusieurs. Ce qui nous

démarque sûrement, c'est

l'approche personnalisée. Je

parlais tantôt qu'il y a 200

étudiants à l'Université de

Hearst. Donc chacune de ces

personnes-là, on connaît

chacune de ces personnes-là.

Ils ont des services

personnalisés de la part des

professeurs, de la part du

personnel administratif.

Partout, dans l'ensemble des

services que l'université offre,

ces personnes-là sont traitées

comme... individuellement et on

les connaît.

(RACHEL DESAULNIERS et PIERRE OUELLETTE sont à présent assis dans le salon du domicile de PIERRE OUELLETTE.)


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes né dans la région de

Kapuskasing. Vous avez grandi

dans la région. À l'école,

comment ça se passait?

Étiez-vous le genre de premier

de classe?


PIERRE OUELLETTE

J'étais dans les trois

premiers de classe, avec Tania

Murray puis Guylaine Gervais.

Donc oui, j'étais un bon élève,

je dirais jusqu'au secondaire.

Puis au secondaire, j'ai

rencontré des cours de

mathématiques avancées. Puis ça,

ça m'a un peu déraillé au point

de vue scolaire.

J'ai quand même poursuivi à

l'université. C'est intéressant.

J'ai fait mes deux premières

années à l'université en

biologie.

J'ai fait une bifurcation, si

on veut, vers l'histoire, qui

est une matière que j'adorais

depuis toujours.


RACHEL DESAULNIERS

Mais même à l'école

secondaire, vous aviez le goût

de la lecture pour la

géographie. L'écriture aussi,

c'est quelque chose que vous

aimiez bien. Mais vous étiez

aussi membre de votre conseil

étudiant à l'école secondaire.

Participer à des activités

autant à l'école que dans la

communauté. Est-ce que c'est,

chez les Ouellette, facile cet

engagement communautaire? Est-ce

que c'est de famille chez vous?


PIERRE OUELLETTE

Je sais pas si c'est facile,

mais c'est naturel en tout cas.

Effectivement, mes parents, et

je dirais même mes

grands-parents, ont toujours

été impliqués dans la vie de

leur communauté. Mon père était

professeur de musique dans

notre école secondaire puis

c'est lui qui s'occupait des

chorales, des ensembles. On

avait ce qu'on appelle un

jazz band à l'école secondaire.

Ma mère a été impliquée en

politique municipale, a été à

l'AFMO, à l'Association

francophone des municipalités

de l'Ontario pendant un certain

temps aussi. Donc oui, je

dirais que c'est de famille.

Puis moi, ça m'a toujours

fait... ça m'a toujours fait

plaisir de le faire aussi. Donc

je l'ai fait à différents

niveaux. Dans ma caisse, Caisse

populaire de Kapuskasing,

pendant un certain temps à

la Chambre de commerce. J'ai

aidé à organiser les premières

éditions du Festival de la

St-Jean à Kapuskasing. Donc oui,

pour moi, c'est important.


RACHEL DESAULNIERS

Vous parliez tout à l'heure

que vous avez fait des études

à l'Université Laurentienne en

sciences tout d'abord. Pourquoi

avoir choisi les sciences

plutôt que l'histoire, puisque

c'était votre passion?


PIERRE OUELLETTE

Je trouve, de façon générale,

qu'on oriente beaucoup nos

enfants puis les élèves des

écoles secondaires vers les

sciences, les mathématiques, et

qu'on valorise moins les

sciences humaines. Puis dans ma

nouvelle vie, celle

d'administrateur d'une

université qui offre surtout

des programmes de sciences

humaines, ça m'agace

particulièrement. Mais

effectivement, mon passage à

l'université a été marqué par

cette espèce de tendance-là

qu'on a à diriger, malgré une

passion évidente pour quelque

chose, des élèves vers des

domaines qu'on pense qui sont

plus porteurs, ou dans lesquels

on va se trouver plus facilement

un emploi, ou mieux gagner sa

vie ou... Donc oui, j'étais

vraiment passionné pour

l'histoire. Puis je me souviens

d'avoir fait des cours

d'histoire avec M. Renaud à

l'école secondaire. Puis

M. Renaud nous demandait:

"Qu'est-ce qui t'intéresse?

Pourquoi tu fais un cours en

histoire?" Moi, je lui avais

dit: "Parce que je veux être

vraiment bon à Jeopardy."

J'avais vraiment pas...

Je me souviens d'avoir

répondu quelque chose comme ça.

Ça donne une indication que je

pensais pas à l'histoire comme

quelque chose qui pourrait me

permettre de gagner ma vie.

Mais finalement, c'est avec

l'histoire que je gagne ma vie

aujourd'hui. L'histoire puis la

méthode que l'histoire m'a

donnée ou m'a montrée. Puis je

suis passé à l'Université

Laurentienne. Je me suis

inscrit dans un cours au choix

avec un prof qui s'appelle

Guy Gaudreau.


RACHEL DESAULNIERS

Et ça, ça a été un point

tournant. Ça a été marquant.

Pourquoi?


PIERRE OUELLETTE

Guy Gaudreau... Les personnes

qui ont suivi des cours avec Guy

Gaudreau savent que Guy

Gaudreau, c'est un passionné.

C'est un flyé. C'est quelqu'un

d'animé. C'est un prof hors

pair. Puis lui m'a fait

comprendre que j'avais la

capacité de bien écrire en

français, de bien m'exprimer en

français. Puis Guy Gaudreau a

été le premier à me faire

comprendre que ça aussi, ça

avait une valeur. Et à partir de

ce moment-là, j'ai abandonné

complètement et immédiatement

mes études en biologie. Et j'ai

transféré dans un programme

d'histoire. Et j'ai fait des

cours l'été pour me rattraper.

J'ai terminé mon bac de quatre

ans en quatre ans, malgré les

deux ans que j'avais passés

en bio.


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes passé à la maîtrise

aussi. Et même dans le cadre de

vos études, vous vous êtes

tourné vers les événements du

Nord de l'Ontario. La Société

historique du Nouvel-Ontario a

publié à un moment donné un de

vos ouvrages sur les événements

de Reesor Siding. Je fais appel

à votre prof intérieur.

Rappelez-nous quels sont les

événements de Reesor Siding.


PIERRE OUELLETTE

En 1963, y a deux clans qui

s'affrontent. Puis c'est deux

groupes de Canadiens français

essentiellement. Les

travailleurs syndiqués de la

papetière locale, qui est la

Spruce Falls, et y a un groupe

qu'on appelle les colons ou les

fermiers, qui vendent leur

bois, qu'ils coupent sur leurs

terres ou sur des terres qui...

Avec un permis de colon, qu'on

appelait à ce moment-là.

Mais qui étaient pas des

travailleurs syndiqués. Donc

ces deux groupes-là se sont

affrontés et en sont venus aux

coups... au début février. Dans

la nuit du 10 au 11 février

1963, y a environ 400 à 500

grévistes qui ont affronté 20

fermiers qui travaillaient dans

un petit embranchement pas loin

de Reesor Siding. Ils en sont

venus aux coups ce soir-là. Y a

eu trois morts, y a eu huit

blessés. Ça a été un épisode

très grave pour toute la

région. Puis c'est un épisode

qui a frappé ma famille à moi.


RACHEL DESAULNIERS

De quelle façon?


PIERRE OUELLETTE

Mon grand-père était un des

20 fermiers qui ont été accusés

de meurtre ensuite.


RACHEL DESAULNIERS

C'est un sujet relativement

tabou. On n'ose pas trop en

parler pour pas encore remonter

à la surface tous ces

sentiments. Qu'est-ce que ça

laisse comme traces dans

la famille?


PIERRE OUELLETTE

Ça laisse un vide. Ça laisse

pas beaucoup de traces, parce

qu'on en parle pas.

Pendant des décennies, on a

pas parlé de Reesor Siding, ni

comme famille. On peut voir

entre Kap et Hearst, au sud de

la route, y a un monument qui

est un monument que le syndicat

a érigé pour les familles...

pour les trois personnes qui

sont tombées, qui sont mortes

cette journée-là. Puis en

passant devant ce monument-là,

on demande à la famille... j'ai

souvent demandé à mes parents

qu'est-ce que ça représente ce

monument-là. Et on a toujours...

On était très peu bavards, très

peu loquaces sur le sens de cet

épisode-là. Puis on parlait

encore moins de l'implication

de nos familles dans ce

conflit-là. Et ça, ça a été

vrai pour ma famille. Mais ça a

été vrai pour toute une région.

Je dirais dans la plupart des

familles, y avait des liens avec

des personnes qui étaient d'un

côté ou de l'autre. Ou des

deux. Donc ça a fait...

un froid sur toute la région.

Puis ça a pris une quarantaine

d'années avant qu'on recommence

à parler publiquement de Reesor

Siding. J'ai participé

justement... J'ai fait des

recherches sur ce qui s'est

passé à Reesor Siding en 1963,

qui a mené éventuellement à la

publication de textes. Cette

recherche-là a, je pense,

contribué à la publication d'un

livre de Doric Germain. Et aussi

à la préparation d'un

documentaire télévision qui a

été diffusé à la télévision et

à la radio de Radio-Canada en

2003. Et ça, ça a été la

première fois à ma connaissance

qu'on a parlé ouvertement de

Reesor Siding. Ça fait

maintenant plus de 10 ans qu'on

a fait ça puis je pense que

ça a fait du bien.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez fait paraître

l'année dernière un livre qui

s'appelle Mon Bout du monde.

Vous êtes amateur de

photographies. Qu'est-ce qu'on

retrouve justement dans

ce recueil?


PIERRE OUELLETTE

Toutes sortes de photos de mon

bout du monde. Donc la consigne

qu'on avait donnée aux

photographes à ce moment-là,

c'est que ça peut être

n'importe quoi. Vous avez pas

besoin d'être un photographe

professionnel. Vous pouvez faire

des photos avec un téléphone,

un appareil très amateur, un

appareil professionnel, mais on

veut que ce soit des photos

authentiques de la région.

Intéressant, on a reçu plus de

2 200 photos. On en a choisi à

peu près 1 sur 10.

(Des photos du livre défilent alors à l'écran.)


RACHEL DESAULNIERS

Je pense que vous êtes en

train de prendre des commandes

pour la 2e édition. Est-ce que

ça, ça vous surprend?


PIERRE OUELLETTE

Beaucoup. Il faut aussi, je

dirais, donner un peu de crédit

aux personnes qui ont, en

partie, inspiré ce projet-là.

C'est Andrew Knapp et Christian

Pelletier de Sudbury qui ont un

projet qui s'appelle We Live

Up Here, qu'on a trouvé

extrêmement original puis qu'on

continue de trouver... On adore

ce qu'ils font avec ce

projet-là. Et eux en avaient

vendu plusieurs livres. Mais

nous, on savait pas. Est-ce

qu'on en commande 200, 300?

Finalement, on en a commandé

400, qu'on a écoulés en un mois.

On en a commandé un 2e tirage

qu'on a aussi écoulé. Il en

reste quelques copies. Et là,

on est à évaluer des personnes

qui nous disent: "Oui, mais

pourquoi vous en faites pas

plus? Faites-en d'autres."

Donc on va voir ce qu'on fait

avec ce livre-là, cette

version-là, cette édition-là,

mais c'est clair qu'on a

d'autres projets. On a d'autres

projets pour un livre semblable,

où selon un peu le même format.

Une 2e édition. Et on a d'autres

projets très intéressants aussi

qu'on voudrait ne pas rendre

publics maintenant.


RACHEL DESAULNIERS

On garde le secret.


PIERRE OUELLETTE

Tout à fait.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez contribué vos

talents de chercheur pour

l'histoire, mais vous avez

aussi contribué vos talents de

rédacteur pour la presse écrite.

Vous avez été propriétaire,

rédacteur en chef de deux

journaux. L'Horizon et Le

Weekender. Parlez-nous

de cette aventure.


PIERRE OUELLETTE

J'ai un couple d'amis...

Pierre Perras, c'est mon chum de

hockey, qui était avocat ici à

Kapuskasing. Puis il me dit:

"Est-ce que tu serais

intéressé?" Moi, je travaille,

je suis chargé de communication

dans une espèce de projet pilote

du ministère des Richesses

naturelles.

Je sors de la maîtrise

justement. Je suis revenu chez

nous puis il me dit: "Ça te

tenterait-tu de partir un

nouveau journal français à

Kapuskasing?" Puis oui.

Tout de suite, de façon très

naïve, j'ai pris peut-être une

journée pour y penser, mais je

savais très bien que ma réponse,

ce serait oui. Donc on s'est

lancés dans ce projet-là de

façon très naïve, très rapide

aussi. On parle de ça, si mon

souvenir est bon, on est à peu

près en juin 1995. Et on publie

notre premier numéro. Moi, j'ai

aucune expérience en

journalisme. Formation

d'historien. Aucune expérience

avec des ordinateurs ou les

logiciels qu'on utilise pour

mettre en page ou préparer un

journal. Mais on publie notre

premier journal environ deux

mois plus tard.


RACHEL DESAULNIERS

Ça a duré combien d'années?


PIERRE OUELLETTE

Pour nous, ça a duré 10 ans.

Moi, j'ai été propriétaire.

Finalement, on a vendu les

journaux en 2005. Mais j'ai

travaillé à plein temps aux

journaux de 1995 à 2000 et

ensuite, je suis devenu prof à

l'Université de Hearst en 2000.

Mais on était toujours

propriétaires. J'ai été

propriétaire des journaux

de 1995 à 2005, au moment

où on les a vendus.


RACHEL DESAULNIERS

Vous parliez tout à l'heure,

votre mère a été politicienne

municipale. Votre père est

membre de la Compagnie des

Cent-Associés. C'est un groupe

très prestigieux. Est-ce que

vous sentiez que c'était une

obligation? Est-ce qu'il y avait

une pression par exemple ou

c'était agréable de suivre les

modèles que vous aviez?


PIERRE OUELLETTE

Mes parents ont jamais mis de

pression indue pour faire quoi

que ce soit. Puis ça,

maintenant, moi, je suis parent

puis c'est probablement une des

leçons que j'ai tirées de cette

idée-là. Autant pour le sport

que pour l'implication dans la

communauté. Mes parents ont

toujours respecté les choix que

je faisais, m'ont toujours

appuyé dans les choix que je

faisais. Donc j'ai jamais

senti une obligation de le

faire. Mais je pense que quand

on... je pense que la vie est

comme ça. Autant mon rôle comme

parent que le rôle que j'ai eu

comme enseignant à l'université

ou maintenant administrateur à

l'université. Je pense qu'on

prêche par la pratique. Puis on

apprend de cette façon-là. Puis

je pense que c'est tout naturel

de suivre les exemples que moi,

j'ai reçus dans ma vie, de mes

parents notamment.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez le sens de la

famille. Ça a été reconnu en

2012. On vous a demandé d'être

l'ambassadeur pour le Mois du

patrimoine. Comment avez-vous

réagi quand les gens du

Regroupement du patrimoine vous

ont proposé ces tâches et

qu'est-ce que ça fait un

ambassadeur du patrimoine?


PIERRE OUELLETTE

Ça parle à l'ONU... Non,

sérieusement, je savais pas

trop comment réagir au début.

Je suis formé en histoire.

J'aime beaucoup l'histoire.

J'aime beaucoup ma région. Je

suis un francophone...

extrêmement fier d'être

francophone puis de vivre ma

vie en français à tous les

jours. Donc ce côté-là, pour

ça, ça m'a plu. Mais ce que m'a

permis de faire à cette

occasion-là, c'est de découvrir

un peu plus le passage de ma

famille en Ontario.

Donc autant du côté de ma mère.

La famille de ma mère est

arrivée du Lac-St-Jean dans les

années 50, vraiment par un

mouvement important.

Une cinquantaine de familles qui

sont arrivées du Lac-St-Jean

dans les années 50. Puis du

côté de mon père, on est... Mes

deux fils sont des

franco-ontariens de 5e

génération. Puis ça, je pense

que ça a été une découverte. Ça

a été une belle découverte pour

moi de constater le parcours de

mes familles. Autant du côté de

ma mère, en particulier du côté

de mon père, par l'est de

l'Ontario, par le moyen-nord de

l'Ontario. Ils se sont établis

ensuite dans la région de

Sturgeon Falls puis dans la

région de Kapuskasing depuis

maintenant presque... Ça fait

80 ans à peu près qu'on est dans

la région de Kapuskasing. Puis

des francophones toujours en

Ontario depuis très longtemps.


RACHEL DESAULNIERS

Et le thème de cette

année-là, c'était Le

Patrimoine, un trésor à

transmettre de génération en

génération. Vous en parlez avec

beaucoup d'attachement.

Qu'est-ce que vous avez reçu

comme valeurs de vos ancêtres

et qu'est-ce que vous voulez

donner à cette 5e génération

de Ouellette dans la région

de Kapuskasing?


PIERRE OUELLETTE

Probablement ce que j'ai reçu,

c'est de vivre en français. Et

de vivre en français tout le

temps. Y a une fierté qui est

rattachée au fait de vivre en

français en Ontario. C'est sûr.

On a l'énorme avantage, je

trouve, dans le nord-est de

l'Ontario, dans nos petites

communautés francophones, de

faire une différence. Dans nos

petites communautés, y a un

potentiel qui est incroyable.

Une implication d'une personne,

d'un petit groupe de personnes

fait une énorme différence dans

nos communautés. Donc j'ai reçu

ça notamment. Sûrement autre

chose, mais je pense que je

dirais que c'est ça que j'ai

reçu que je reconnais

maintenant.


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes papa d'enfants de

2 ans et demi, 4 ans. Comment va

la famille?


PIERRE OUELLETTE

Elle va très bien. Et j'ai eu

une vocation de papa tardive.

Et j'adore ça. Au point de vue

familial, je suis à une étape

tellement intéressante,

tellement riche de ma vie

personnelle. Je trouve ça

fascinant, intéressant, de les

voir se développer à chaque

étape. De marcher, à parler,

puis maintenant à devenir des

vrais petits bonshommes,

à 4 ans.


RACHEL DESAULNIERS

Merci beaucoup,

Pierre Ouellette.


PIERRE OUELLETTE

Merci, Rachel.

(Générique de fermeture)

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