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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Sheila Copps : Politician

Sheila Copps is easily one of the most memorable political women in the last quarter century. Her frank manner of talking, her fiery behaviour, and her passion left no one indifferent.
The Rat Pack, the million red flags campaign, her issues with John Crosbie, her outspoken quitting over the GST – Sheila Copps spared no one… just ask Paul Martin…



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

DANIEL LESSARD rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que DANIEL LESSARD présente son invitée, des photos et extraits vidéos de SHEILA COPPS à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


DANIEL LESSARD

Sheila Copps a probablement

été l'une des femmes politiques

les plus remarquées du dernier

quart de siècle. Son

franc-parler, ses écarts de

conduite, sa passion n'ont

laissé personne indifférent.

Sheila Copps voulait devenir

premier ministre, d'abord de

l'Ontario et ensuite du Canada.

Trois tentatives infructueuses.

Le Rat Pack, les drapeaux

rouges référendaires, les

chicanes avec John Crosbie, sa

démission spectaculaire sur la

TPS, Sheila Copps ne ménageait

personne. Première femme

vice-premier ministre du

Canada, elle a occupé plusieurs

ministères dont celui du

Patrimoine, où elle s'est

surtout distinguée.

Aujourd'hui, Sheila Copps est

revenue à ses premières amours:

le journalisme.

(DANIEL LESSARD et SHEILA COPPS sont maintenant assis l'un face à l'autre.)


DANIEL LESSARD

Madame Copps, bonjour.


SHEILA COPPS

Bonjour, Daniel.


DANIEL LESSARD

Madame Copps, commençons par

le commencement. Née à Hamilton.

Enfance sans histoire?


SHEILA COPPS

Sans histoire qu'on peut

publier, au moins. Du moins.

Mon père était maire, ma mère

était une femme à la maison.

Et puis, 4 enfants...

Toronto était très loin.

Les chutes du Niagara, encore

plus. La première fois que j'ai

pris un avion, j'avais 20 ans,

je pense.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


SHEILA COPPS

Oui, oui. Dans le temps, on

faisait pas la globalisation

comme on fait aujourd'hui.


DANIEL LESSARD

Donc, à l'école élémentaire,

secondaire à Hamilton?


SHEILA COPPS

Oui.


DANIEL LESSARD

Ça s'est bien passé?


SHEILA COPPS

La Sainte-Famille et

après, Bishop Ryan. Toutes des

écoles catholiques.


DANIEL LESSARD

Université. Vous êtes allée à

Western, McMaster et Rouen en

France. Qu'est-ce qui vous a

amenée là?


SHEILA COPPS

J'ai fait une 3e année

universitaire à Rouen, parce que

dans le temps, à Western,

j'étudiais le français et

l'anglais, comme double majeur.

Et je voulais aller à une

université où il y avait pas

de coûts pour les étrangers.

Alors j'écrivais à la France,

puis j'ai reçu le nom de

l'université de Rouen, puis ils

m'ont acceptée en première

année, premier cycle.

Je suis partie toute seule, pas

sur un programme, avec 1600$

dans ma poche pour l'année,

puis bye-bye.


DANIEL LESSARD

Vous parliez déjà français à

ce moment-là?


SHEILA COPPS

Oui, mais pas autant...


DANIEL LESSARD

Le français de l'immersion,

j'imagine là.


SHEILA COPPS

Chez nous, on a commencé

le français seulement à l'école

secondaire.


DANIEL LESSARD

Ah bon.


SHEILA COPPS

Alors, c'était vraiment...

Mais mon père, il parlait

français, parce qu'il est né

dans le nord de l'Ontario.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

Alors, quand j'étais très

jeune, nous avions fait un

voyage au Québec, et mon père a

parlé en français, puis je

trouvais ça fantastique. J'ai

dit: je vais l'apprendre. Puis

ensuite, j'ai fait ça

par les études.


DANIEL LESSARD

Après l'université,

le journalisme.


SHEILA COPPS

Dans le temps, je voulais

travailler pour un journal

anglophone, mais avec une

communauté francophone. Alors,

j'écrivais dans le temps,

imaginez-vous, j'écrivais

dans Ottawa Citizen, Ottawa

Journal, Montreal Gazette,

Montreal Star. Puis parmi les

quatre, j'ai eu un emploi.

J'ai été embauchée pour le

programme d'été du Ottawa

Citizen, et par la suite, ils

m'ont embauchée.


DANIEL LESSARD

Hum, hum. Donc, vous avez été

journaliste pendant quoi?

Quelques années?


SHEILA COPPS

J'ai fait du journalisme

seulement pendant trois ans

vraiment. J'ai fait deux ans

là-bas et je suis retournée à

Hamilton. J'ai fait une année

au Spectator, puis ensuite, je

me suis lancée dans la

politique, en 77. C'était un

peu... par un hasard. Dans le

temps, le parti Libéral était

très bas, quasiment 3e en

Ontario. Et dans mon comté, il

y avait pas de candidat.

Mon père était évidemment très

connu, mais il était malade.

Donc, le nom de Copps était

connu, puis ils sont allés à la

recherche d'une candidate.

Sauf que c'était un peu agneau

sacrificiel. Mais quand ils

m'ont demandé... Je faisais, par

exemple, dans le journalisme,

tu couvres l'hôtel de ville.

Alors j'arrive à l'hôtel de

ville, j'observe et je me suis

dit: Peut-être que je pourrais

faire ça mieux qu'eux.

Alors ça m'a toujours tenté

un petit peu. Et quand ils m'ont

demandé, j'ai décidé de quitter

le journalisme et je me suis

plongée dans la politique.


DANIEL LESSARD

Vous avez été candidate une

première fois, candidate

libérale, Queen's Park, et ça a

pas marché cette fois-là.


SHEILA COPPS

La première fois, en 77, j'ai

commencé très tard, après le

déclenchement des élections,

et j'ai perdu l'élection de

14 voix.


DANIEL LESSARD

Ah, c'était serré.


SHEILA COPPS

Un recomptage... Mais j'ai

appris et j'ai commencé dans le

temps à travailler pour le

chef. Parce que dans le temps,

comme journaliste, j'étais

obligée de démissionner

totalement du Hamilton

Spectator. Et j'ai commencé à

travailler pour Stuart Smith

dans son comté.


DANIEL LESSARD

Qui était déjà le chef du

Parti libéral de l'Ontario.


SHEILA COPPS

Il était le chef du parti,

mais moi, j'ai travaillé

dans son comté. Et ça, c'était

fantastique parce que ça m'a

donné beaucoup d'expérience sur

les vrais problèmes du monde

ordinaire.


DANIEL LESSARD

Et vous êtes revenue candidate

en 81?


SHEILA COPPS

Oui. Contre le même candidat,

le même député dans le même

comté. Oui, oui, j'ai gagné.


DANIEL LESSARD

Et facilement? Vous

souvenez-vous?


SHEILA COPPS

Assez facilement. La deuxième

fois, c'était 3000 quelques.

C'était pas serré.


DANIEL LESSARD

Hum, hum. Ça a été comment,

cette première année

à Queen's Park?


SHEILA COPPS

Pour moi, c'était vraiment un

choc, parce que j'avais 28 ans

dans le temps. Dans mon caucus,

on était 34 donc... j'étais la

seule femme et la plupart des

hommes étaient entre 50 et 60

ans. Et dans la Chambre comme

telle, 125 sièges, il y avait

seulement 6 femmes.


DANIEL LESSARD

Donc élue en 81 et dès 82,

Stuart Smith démissionne et vous

êtes candidate à la direction

du Parti libéral de l'Ontario.

C'était pas un peu présomptueux?

(Ils rient ensemble.)


SHEILA COPPS

L'ambition. Oui, c'est ça.

Non mais, pour le temps, ce qui

est drôle... Dans le temps,

David Peterson... Vous vous

souvenez de David Peterson

comme premier ministre.


DANIEL LESSARD

Oui, oui.


SHEILA COPPS

Mais dans le temps, il était

contre le bilinguisme. Il y

avait beaucoup de choses qui

étaient très très conservatrices

dans sa présentation. Et moi,

j'ai dit qu'il fallait que nous

ayons une candidate ou un

candidat plus libéral pour un

peu exposer le côté libéral du

Parti libéral. C'est sûr que

David, dans sa pensée à lui, il

fallait qu'il suive ce chemin

parce qu'il voulait se faire

élire aussi par un caucus qui

est très conservateur.

Il était contre le bilinguisme,

il était contre le financement

des écoles...


DANIEL LESSARD

Séparées...


SHEILA COPPS

...catholiques. Et puis, il y

avait une troisième chose, je

me souviens même pas ce que

c'est. Mais c'était vraiment

une politique très orangiste.

Moi, j'ai dit qu'il fallait

avoir une autre alternative.

Et c'est comme ça que je suis

entrée là-dedans.


DANIEL LESSARD

Et c'est Peterson qui a gagné

finalement.


SHEILA COPPS

Oui, mais ce qui est drôle,

c'est que je suis arrivée en

2e, parce que c'est devenu un

petit peu un débat politique,

par rapport au parti.


DANIEL LESSARD

Oui.


SHEILA COPPS

Finalement, ça s'est

bien passé.

(DANIEL LESSARD et SHEILA COPPS sont à présent devant un mur couvert de masques de différentes cultures. SHEILA COPPS tient dans sa main un trophée.)


DANIEL LESSARD

Madame Copps, qu'est-ce que

c'est? Vous avez gagné ça

aux quilles, au tennis?

(Ils rient ensemble.)


SHEILA COPPS

C'est un prix qui m'a été

offert par Eurovision, en

reconnaissance du travail que

j'ai fait sur la diversité

culturelle. C'est le prix Henrik

Engelbert, qui était très

impliqué dans le développement

de la télévision publique

d'Europe, et moi, je suis la

première récipiendaire, et la

première de l'extérieur de

l'Europe.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


SHEILA COPPS

Oui.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce que c'était, ce

débat sur la diversité

culturelle? Vous pouvez nous le

rappeler.


SHEILA COPPS

Nous avions eu la guerre des

magazines contre les Américains.


DANIEL LESSARD

Oui, oui, oui.


SHEILA COPPS

Et on s'est fait amener devant

le OMC, alors j'ai décidé, j'ai

voulu avoir une autre

possibilité de protéger la

culture canadienne. Donc, on a

commencé cette idée d'avoir une

convention sur la diversité

culturelle à l'UNESCO. Et

finalement, c'est devenu une

convention internationale

et mondiale.

(DANIEL LESSARD et SHEILA COPPS sont maintenant assis l'un face à l'autre.)


DANIEL LESSARD

Madame Copps, vous arrivez à

Ottawa en 1984. C'est peut-être

pas le meilleur moment pour

arriver à Ottawa, surtout pour

une libérale. Le parti a été

balayé par les conservateurs de

Mulroney. Vous étiez dans quel

état d'esprit, le soir de cette

défaite si magistrale des

libéraux?


SHEILA COPPS

Pour les jeunes comme moi...

Évidemment, j'ai gagné, alors

j'étais vraiment heureuse...

j'étais la seule libérale entre

Toronto et Windsor,

sept millions de gens,

à me faire élire.

Alors j'étais contente, mais

par contre, j'ai jamais vécu les

gouvernements avant, alors je

pense que pour tous les

députés qui ont été soit défaits

ou les ministres qui n'ont plus

de poste de ministre, ça fait

vraiment un retour difficile,

mais pour les nouveaux, ça nous

donnait beaucoup d'espace.


DANIEL LESSARD

Donc, vous vous êtes lancée

corps et âme à la poursuite

du gouvernement Mulroney,

que vous avez attaqué, attaqué,

attaqué. C'est l'époque du

fameux Rat Pack. Vous,

Nunziata, Boudria...


SHEILA COPPS

Et Tobin.


DANIEL LESSARD

Et Brian Tobin.


SHEILA COPPS

Et aussi Jean Lapierre

et Jean-Claude Malépart.


DANIEL LESSARD

Et Malépart aussi à l'époque.

L'objectif, c'était strictement

d'embarrasser ce

gouvernement-là ou si vous

pensiez que ce gouvernement-là

faisait fausse route?


SHEILA COPPS

Nous, on voyait notre travail

comme être en opposition. Et ce

qui est drôle, c'est que même

chez nous, il y avait un

certain déséquilibre avec les

vieux députés qui ont dit:

Il faudrait qu'on se taise

pendant un ou deux ans, parce

qu'on s'est fait balayer dans

les élections. La population

nous a envoyé un message.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

Mais il y avait l'autre côté,

nous, dans le Rat Pack qui se

disaient: si on se tait pendant

un ou deux ans...


DANIEL LESSARD

Il va être trop tard après.


SHEILA COPPS

...on n'existera plus.


DANIEL LESSARD

Oui.


SHEILA COPPS

On a décidé dès le début que

si les autres ne voulaient pas

s'embarquer pour attaquer le

gouvernement, on va le faire.

Et chaque fois qu'on voyait

qu'il y avait un ministre

vulnérable, on se planifiait de

travailler ensemble sur un

ministre. On avait vraiment un

plan de match.


DANIEL LESSARD

Oui.


SHEILA COPPS

Et les deux premières années,

c'est comme 5 ministres qui ont

démissionné. C'est pas nous qui

avons créé ça, mais il y avait

des problèmes aussi.


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous avez eu

l'impression à un certain

moment donné d'aller trop loin?

De faire un spectacle plus

que...


SHEILA COPPS

C'est sûr que la période de

questions, ça fait un peu de

théâtre. Mais c'est aussi vrai

qu'un jour, nous avions attaqué

férocement John Fraser sur la

question... Ça, c'était vraiment

des questions de...


DANIEL LESSARD

Du saumon avarié.


SHEILA COPPS

...le thon avarié.


DANIEL LESSARD

Le thon avarié, oui, oui.


SHEILA COPPS

Et puis, après, quand j'ai

commencé à connaître ce

monsieur de façon plus

profonde, ça me faisait de la

peine, parce que je disais:

c'est un bon gars qui a

probablement fait des erreurs,

mais c'est pas des erreurs

magistrales.


DANIEL LESSARD

Oui, oui, oui.


SHEILA COPPS

Mais par contre, si tu prends

l'exemple du thon, dans le

cas... je pense que c'est pas

le thon, mais il y en avait un

autre qui s'appelle Red Tide,

c'est un autre problème de

poisson, puis 75 personnes sont

à l'hôpital dont 2 étaient mortes.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

C'est vrai qu'il y avait de la

substance par rapport à ce que

nous devions faire, parce que

s'il y avait pas de substance,

on aurait pas eu des

démissions. Mais par contre,

plus qu'on connaît les gens,

plus que ça devient un peu

difficile de les attaquer.


DANIEL LESSARD

Même John Crosbie?


SHEILA COPPS

John Crosbie, je reçois même

ses courriels de Noël. Parce que

lui, c'est sûr que ses attaques

envers moi étaient plus...

Moi, je voyais ça un peu plus

une question de différence

d'âge.


DANIEL LESSARD

Macho un peu.


SHEILA COPPS

Lui, il voyait pas

nécessairement les femmes dans

les postes parlementaires.

Mais ça, c'était un peu plus du

théâtre qu'autre chose.

Si j'avais peut-être 10 ans de

plus d'expérience, je l'aurais

fait différemment. Mais je

pense que dans le temps, les

gens qui nous critiquaient dans

le temps, il faudrait se

souvenir du fait qu'on était

supposément un parti en voie de

disparition.


DANIEL LESSARD

Ouais. Vous deviez sauver

votre peau.


SHEILA COPPS

Nous, on avait un mandat.

Parce que sinon, c'est sûr que

Ed Broadbent, c'est un

adversaire de taille et avec

tout ce qu'il y avait du côté

des néo-démocrates, il y avait

une possibilité que le Parti

libéral disparaisse.


DANIEL LESSARD

Oui. Y a... j'accélère.

Y a John Turner qui est là, qui

s'en va, y a une nouvelle

course à la direction et vous

êtes encore candidate avec Jean

Chrétien et Paul Martin, et les

gens disaient: Il faut une

femme candidate. Mais vous,

vous y alliez pour gagner.


SHEILA COPPS

Absolument, absolument.

Mais je pense qu'encore une

réflexion, si j'avais été plus

sage, j'aurais peut-être pu

devenir premier ministre, mais

j'étais un peu, toujours un peu

trop en avant dans mes pensées.


DANIEL LESSARD

Ça a joué contre vous?

Ça vous a nui?


SHEILA COPPS

Non, non, non. C'est plus une

réflexion sur mes décisions

politiques. J'ai fait mon

premier projet de loi sur les

mariages gais, c'était en 82.

Finalement, c'est arrivé en

2000 et quelques.

Mais j'étais un peu toujours

trop... vite.


DANIEL LESSARD

Trop rapide, trop pressée.


SHEILA COPPS

Trop pressée.

Si j'avais été capable de

patienter un petit peu,

j'aurais pu faire autrement.


DANIEL LESSARD

Mais la patience, c'est pas

une de vos qualités.


SHEILA COPPS

Non, pas du tout.


DANIEL LESSARD

Contre Chrétien et Martin,

vous y croyiez en vos chances?


SHEILA COPPS

C'était un peu les

circonstances. Dans le temps,

on se disait, tout le monde...

et j'ai vécu un petit peu la

bouffée d'air frais des

francophones du Québec.

Parce que j'étais pas trop

connue, mais le fait que je

parlais français aussi, ça

faisait... Mais ça a

probablement miné plus les

chances de Paul Martin que ça a

donné à Jean Chrétien, parce que

Jean a passé au premier tour de

scrutin.


DANIEL LESSARD

Oui.


SHEILA COPPS

Mais moi, j'ai pris à peu près

la moitié de Paul Martin.

Alors, c'est peut-être le début

des difficultés que j'avais avec

Paul Martin dans le temps.


DANIEL LESSARD

Avant de parler de Paul

Martin. les années Chrétien, ç'a

été pour vous des années fastes.

Vous avez été dans des

ministères très importants,

vous avez été vice-première

ministre. Vous aviez la

confiance absolue du premier

ministre pendant ces années-là.


SHEILA COPPS

On était aussi, je pense, des

amis. On a été un peu sur la

même pensée. On avait la même

longueur d'onde politique.

On était des bêtes de la

politique. On adorait ça.

Mais en plus, et un fait qui

n'est pas trop connu, Jean

Chrétien, quand il était jeune

avocat, on lui avait offert

un poste à Hamilton.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


SHEILA COPPS

Mon père s'était organisé un

poste pour qu'il vienne faire

son...


DANIEL LESSARD

Son droit?


SHEILA COPPS

Oui, le... comment t'appelles

ça quand tu fais la première

année de...


DANIEL LESSARD

De droit... le... stage?


SHEILA COPPS

Quand tu finis... Oui, oui.

Il y a un nom pour ça...

En tout cas. M. Chrétien s'est

fait offrir un poste à

Hamilton, parce que mon père

était jumelé avec Shawinigan.

Les deux villes étaient

jumelées.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


SHEILA COPPS

Mais il a refusé, puis il est

resté à Shawinigan. Et c'est

ensuite... Aline ne voulait pas

qu'il s'en aille, parce que

c'était trop loin.


DANIEL LESSARD

Ha! Ha! Ha!


SHEILA COPPS

Autrement, il aurait pu venir

au Parlement en parlant

anglais. Ha! Ha! Ha!


DANIEL LESSARD

Donc, avec Chrétien, vous

n'avez que des beaux souvenirs.


SHEILA COPPS

Oui, puis on avait aussi une

expérience de famille, le

jumelage de Shawinigan et

Hamilton de longue date. Puis

on était sur la même longueur

d'onde. Avec Paul, c'était

plus... Lui, il représentait un

peu le conservatisme du Parti

libéral, alors que moi, c'était

plus vers la gauche, puis des

batailles de finances. Parce que

j'avais des ministères aussi...


DANIEL LESSARD

Mais il avait essayé de vous

tasser complètement.


SHEILA COPPS

À la fin.


DANIEL LESSARD

Avec Tony Valeri, je pense.


SHEILA COPPS

Oui, mais ça, c'était...

Malheureusement, dans la

politique, ma mère a toujours

dit que plus vous avez de

l'expérience, plus les gens

veulent se débarrasser de vous.

(Ils rient ensemble.)


SHEILA COPPS

C'est la seule profession. Ça,

c'est une petite partie de

notre expérience, mais je pense

qu'on a passé au-delà.


DANIEL LESSARD

Au-delà de ça.


SHEILA COPPS

Depuis des années.

Oui, oui.

(DANIEL LESSARD et SHEILA COPPS sont à présent debout dans la résidence de SHEILA COPPS. SHEILA COPPS tient un vieux pichet entre ses mains.)


DANIEL LESSARD

Madame Copps, encore une fois,

qu'est-ce que c'est?


SHEILA COPPS

C'est un très, très vieux

pichet. Mon père, quand il

était maire de Hamilton, a été

invité à visiter Jérusalem, un

jour, par le maire. Dans le

temps, c'était Teddy Kollek.

Ça, c'est vraiment dans le vieux

temps. Et quand il est allé, il

a amené ça. Il a acheté ça au

marché arabe, proprement au

centre de Jérusalem et il m'a

donné ça en souvenir. Je l'ai

gardé depuis les années 60.

Mais ça dure depuis

plusieurs années.


DANIEL LESSARD

Et essentiellement, ça vous

rappelle votre père?


SHEILA COPPS

Ça me rappelle mon père. Ça me

rappelle aussi comment la

politique, ça a toujours été

global, jusqu'à un certain

contexte. Et quand on parle de

la politique du Moyen-Orient,

c'est sûr que la politique au

Canada, c'est facile.

(Ils rient ensemble.)

(DANIEL LESSARD et SHEILA COPPS sont maintenant assis l'un face à l'autre.)


DANIEL LESSARD

Madame Copps, je peux pas vous

laisser partir sans vous parler

de référendum québécois. Vous

avez été très active, très

impliquée. Le grand

rassemblement de Montréal, etc.

Les souverainistes, la Société

Saint-Jean-Baptiste en

particulier, vous détestaient

royalement.


SHEILA COPPS

Ha! Ha! Ha!

Oui, parce que j'ai aussi créé

une fête de la

Saint-Jean-Baptiste à

l'intérieur des fêtes

du Canada.

Parce que j'ai dit: On peut pas

accaparer une fête. Un

Québécois a le droit de

célébrer la Saint-Jean-Baptiste

et aussi la fête du Canada.

Je pense aussi, ça relève mes

intérêts de connaître mes

propres racines. Du côté de ma

mère, elle était acadienne.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

Mon grand-père est un

Gaudreault, Guthro, qui est

venu de sa famille d'origine.

Ce n'était pas trop connu, mais

j'ai toujours eu un intérêt

dans la francophonie plus

large. Et ça choquait un petit

peu des souverainistes qui

voulaient que ce soit eux qui

aient tous les symboles à eux,

et que nous, on est que des

géreurs de fonds. Ha! Ha!


DANIEL LESSARD

Ce serait catastrophique si le

Québec se séparait un jour,

madame Copps?


SHEILA COPPS

Absolument. Parce que...

J'ai fait un petit interview

avec Bernard Landry

dernièrement. On a commencé un

programme qui a duré qu'une

émission, parce qu'on débattait

la question de l'Écosse, et

puis j'ai même des amis qui

appuient l'Écosse et tout ça.

J'ai dit: Si un pays comme le

Canada, ou bien un pays comme

la Grande-Bretagne, n'est pas

capable de régler ses propres

problèmes à l'intérieur pour

vivre ensemble, qu'est-ce que

nous avons comme espoir pour le

monde? Parce que au moins, si

on a des problèmes au Canada,

on est capable de les gérer

et on vit très bien ensemble.

Si on se sépare, ça démontre

à la population mondiale qu'il y

a pas un pays qui peut vivre

ensemble avec des langues et

des religions différentes.


DANIEL LESSARD

Les séparatistes en ce moment

sont très confiants qu'avec

Pierre-Karl Péladeau, ils vont

y arriver. Ça vous inquiète?


SHEILA COPPS

Ouf! Moi, je pense que

Pierre-Karl... Je me souviens

du dernier sauveur qui est

arrivé, son nom était André

Boisclair. Il était jeune....

spécial, beau... puis

finalement, ça a pas fait

grand-chose, alors...


DANIEL LESSARD

Hum, hum. Votre expérience

politique, madame Copps, quand

vous regardez tout ce que vous

avez fait, toutes ces années

passées, est-ce que ça a été

plus difficile parce que vous

étiez une femme? Est-ce que

vous auriez pu faire plus si

votre nom avait été Victor

Copps, comme votre père?


SHEILA COPPS

Bien je pense que les gens...

Quand on fait des choses en

politique, on fait des choses,

parce qu'on veut faire des

changements. J'avais des

ambitions personnelles. Ça, je

les ai démontrées, mais par

contre, je trouve que le chemin

que j'ai pris, c'est un chemin

qui, espérons, crée des

opportunités pour d'autres.

Je n'ai pas de regrets.

Rien, rien, je ne regrette rien.


DANIEL LESSARD

Vous avez l'impression d'avoir

fait avancer la cause des

femmes en politique quand même.


SHEILA COPPS

Oui, et c'est pour ça que même

si maintenant, je suis en

observation de la politique,

j'aime beaucoup aider les

jeunes candidates et autres,

qui peuvent peut-être faire la

prochaine étape. Une chose que

je trouve difficile par rapport

à la société en général, je

trouve qu'en 2014-2015,

j'aurais cru que nous aurions

fait plus de progrès. Mais par

contre, j'ai fait ma part.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qui empêche

qu'on fasse plus de progrès?

Qu'est-ce qui empêche qu'une

femme devienne premier ministre

du Canada, par exemple?


SHEILA COPPS

Je pense qu'en général, on

peut avoir une femme. Même on

voit la femme qui est devenue

la première ministre de

l'Ontario, lesbienne, ce qui

est incroyable. Il y avait pas

de problème d'orientation

sexuelle. Mais par contre, en

général, je pense que dans le

domaine de la politique, dans

le domaine des médias et autres,

un visage, un chef... un homme.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

C'est la pensée que nous

avons.


DANIEL LESSARD

C'est encore vrai aujourd'hui.


SHEILA COPPS

C'est profond dans la pensée

des gens qu'un chef de file,

PKP, si on veut le dire, on

songe à un homme.

Et pour une femme, d'y arriver,

il faudra qu'elle soit capable

de... de prôner un autre

message. Mais on vit toujours du

sexisme. Ça existe.


DANIEL LESSARD

Vous avez vu comme moi tout ce

débat l'automne dernier sur le

harcèlement sexuel. Vous-même,

vous avez dit avoir été victime

de harcèlement sexuel.

Jusqu'à quel point ça décourage

les femmes de se lancer

en politique? J'imagine que

c'est un peu comme ça dans tous

les milieux peut-être, mais en

politique en particulier, tu te

dis: Dans un parlement, ces

choses-là ne devraient pas

arriver. Mais ça arrive quand

même.


SHEILA COPPS

Je pense pas que ça doit

décourager les femmes. Le fait

d'avoir une discussion ouverte,

ça, c'est important. C'est pour

ça que j'écrivais la chronique

qui exposait un petit peu mon

passé personnel.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

Parce que je me suis dit...


DANIEL LESSARD

Ç'a été difficile de le faire?


SHEILA COPPS

Ce qui a été difficile... Ma

réaction, ça m'a surprise un

petit peu. Surtout vers le

viol. Parce que là, j'étais très

jeune, ça avait rien à faire

avec la politique, mais c'était

quelque chose de très profond

que souvent, on a l'impression

que c'est quelque chose qui

s'est passé à quelqu'un

d'autre. Et quand on parle de

ça, surtout chez mes enfants,

ç'a été vraiment un choc pour

eux, parce qu'eux, ils le

savaient pas. J'ai pas parlé

à personne.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.

Et aujourd'hui, vous avez

l'impression que le débat

qu'on vient d'avoir d'avoir, les

événements, l'affaire Ghomeshi,

et toutes ces femmes qui ont

dit: Ça m'est arrivé à moi

aussi... Est-ce que vous avez

l'impression qu'on a avancé

un peu et qu'on a fait

des progrès?


SHEILA COPPS

Le fait au moins de parler, je

pense que ça donne la liberté

d'expression à d'autres de...

de venir. Et je pense que ça

aussi, ça a saisi un petit peu

l'intérêt de la société.

Parce que souvent, quand les

choses ne sont pas dites, si on

prend la question de l'égalité,

on pense qu'on est déjà arrivé,

mais on a encore beaucoup de

chemin à faire.


DANIEL LESSARD

Est-ce que la politique

d'aujourd'hui vous impressionne?


SHEILA COPPS

Bien... Ce que je trouve un

peu difficile de la politique

aujourd'hui, c'est qu'on a

vraiment l'impression que les

gens ne sont pas amis les uns

et les autres. Alors que même

quand j'avais ma critique,

Suzanne Tremblay, qui est une

très bonne amie de chemin...

On avait l'impression, dans le

temps, que même les partis

différents... J'ai reçu un très

bon courriel de M. Mulroney,

par exemple, sur la question de

ma chronique.


DANIEL LESSARD

Hum, hum.


SHEILA COPPS

On était des amis. Bien qu'on

faisait des dures questions en

Chambres, on faisait des

attaques, etc., mais à

l'extérieur, il y avait

l'amitié qu'on exerçait un

métier d'honneur. Alors que

maintenant, on a l'impression

que ceux qui sont sur la Colline

parlementaire ne...


DANIEL LESSARD

Sont des ennemis.


SHEILA COPPS

Sont des ennemis.

Des vrais ennemis,

ils se détestent.

Ils s'aiment pas les uns

les autres. Et beaucoup d'entre

eux ont une démarche qui...

qui ne respecte pas la

profession de la politique.

C'est plutôt choisir une façon

de casser le pays, de briser le

pays, de créer des divisions,

semer des divisions. C'est plus

important de créer une adhésion.


DANIEL LESSARD

Hum, hum. Et votre parti, le

Parti libéral, c'est encore le

véhicule des idées auxquelles

vous croyez sincèrement, qui

représente le mieux ce que vous

êtes?


SHEILA COPPS

Oui. Oui, je pense que le

parti est toujours le parti du

centre. Si tu prends le vieil

énoncé de Winston Churchill:

Si je suis pas socialiste à 20

ans, j'ai pas de coeur. Si je

suis pas capitaliste à 40 ans,

j'ai pas de tête.

Et la vie se trouve entre les

deux. Parce que je trouve que

le capitalisme pur et dur n'est

pas sain, ni écologiquement ou

autre. Mais aussi, le

socialisme pur et dur...


DANIEL LESSARD

Ne fonctionne pas tout le

temps.


SHEILA COPPS

...ne mène nulle part.


DANIEL LESSARD

Je termine vraiment là-dessus.

Pas de retour en politique?


SHEILA COPPS

Non, pas de retour. J'ai cassé

ma jambe une fois en faisant un

petit trajet de bateau, puis mon

mari m'a dit que si jamais je

veux retourner, il va casser

l'autre.

(Ils rient ensemble.)


SHEILA COPPS

Mais par contre, je veux aider

puis travailler.


DANIEL LESSARD

Vous faites toutes sortes

de projets.


SHEILA COPPS

Oui oui, je travaille. La

question de travailler sur les

projets, c'est très intéressant

d'aider d'autres femmes à faire

de la politique.


DANIEL LESSARD

C'est ce que vous faites en ce

moment en Algérie.


SHEILA COPPS

Oui, j'ai été en Algérie.

J'aidais des nouvelles femmes

qui sont entrées toutes neuves

dans la politique puis qui ont

besoin d'entraînement.

Je suis là.


DANIEL LESSARD

Et est-ce qu'elles vont toutes

être combatives comme Sheila

Copps et former des Rat Pack?


SHEILA COPPS

Ce qui est drôle, c'est que

comme dans beaucoup de

domaines... parce que le

président Bouteflika en Algérie

a demandé 30% de femmes dans

tous les postes. Alors vous

avez la gamme de femmes.

Il y en a qui sont vraiment

batailleuses, puis d'autres qui

sont assez calmes et quasiment

conservatrices, si j'ose le

dire. Mais ça, c'est parce

qu'elles sont là en nombre.

Quand j'ai commencé, j'avais

l'impression d'être plus dure

de voix, parce que j'avais pas

trop de compagnons de classe.

Ha! Ha! Ha!


DANIEL LESSARD

Merci, madame Copps.


SHEILA COPPS

Et merci à vous.

(Générique de fermeture)

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