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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Jean-Bernard Caron : Invertebrate palaeontology curator

Jean-Bernard Caron is an invertebrate palaeontology curator at the Royal Ontario Museum.
He searches and digs in the The Burgess Shale Formation in British Columbia’s Rocky Mountains, bringing home fossil specimens that enable him to speculate on the origins of our ancestors.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

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Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISÈLE QUENNEVILLE présente le conservateur en paléontologie, JEAN-BERNARD CARON, en faisant une courte biographie, parsemée d'images d'archives qui illustrent le propos.


GISÈLE QUENNEVILLE

(hors champ)

La plupart du temps,

Jean Bernard Caron vient travailler ici,

au Musée royal de l'Ontario.

Mais son vrai travail se fait à environ

4000 km de Toronto,

dans les schistes de Burgess,

en Colombie-Britannique.

C'est ici qu'il fouille et découvre

des milliers de fossiles qui

lui permettent d'assembler les pièces

d'un puzzle. Un puzzle qui établit

l'évolution des espèces animales.

Tout jeune, Jean-Bernard rêvait

de devenir paléontologue. Aujourd'hui,

il est conservateur en paléontologie

des invertébrés au Musée Royal.

Il s'affaire à creuser les

schistes de Burgess et à ramener

des spécimens qui lui permettront

de trouver, en quelque sorte, les origines

de nos ancêtres.

(JEAN-BERNARD CARON)

(hors champ)

J'ai grandi en France et la

raison pour laquelle je suis

arrivé ici au Canada, c'est en

fait les schistes de Burgess.

(Dans une des salles de conservation du musée, GISÈLE QUENNEVILLE rencontre JEAN-BERNARD CARON. Au cours de l'entrevue, des images viendront illustrer le propos.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Jean-Bernard Caron, bonjour.

(JEAN-BERNARD CARON)

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Amenez-nous dans les Rocheuses,

dans les schistes de Burgess.

Pourquoi cet emplacement

est-il si important pour

des paléontologues comme vous?

(JEAN-BERNARD CARON)

C'est un site exceptionnel.

C'est un site du Patrimoine mondial

de l'humanité parce qu'il préserve

des fossiles qui ont plus

de 500 millions d'années

d'animaux qui vivaient dans les mers.

Donc dans les mers tropicales,

et ces animaux qui nous disent

beaucoup sur l'origine des

animaux qui existent toujours

aujourd'hui, en particulier

nous-mêmes. C'est dans ce site

qu'on retrouve les animaux les

plus primitifs, par exemple, de

poissons, d'écrevisses et

d'autres animaux qu'on trouve

aujourd'hui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous allez là-bas en expédition,

vous êtes à la recherche de quoi?

(JEAN-BERNARD CARON)

On est à la recherche de fossiles

donc qui sont un corps mou.

C'est des animaux qui sont préservés

de façon exceptionnelle dans ces sites

de Burgess. Et c'est des animaux

qui sont pas très grands, la plupart

sont pas plus grands que mon ongle.

Et donc ça nous oblige à regarder

de façon assez précise

les montagnes. Et des fois, on

a besoin d'un hélicoptère pour

pouvoir nous rendre à des

endroits qui sont pas vraiment

très accessibles. On parle de

sites qui sont souvent au-dessus

de 2000 m d'altitude. Et c'est des

endroits qui ne sont accessibles

que durant l'été, mois de juillet

et mois d'août.

Puisque au mois de juin,

par exemple, y a encore trop de

neige pour pouvoir accéder

à ces sites et au mois de septembre,

on commence à avoir des tempêtes

de neige. Mais on peut avoir

les quatre saisons, si vous voulez,

même au mois de juillet.

Donc faut être préparé pour le...

pour une aventure assez extraordinaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous sites que ces

fossiles-là, il y a certains qui datent

de 500 millions d'années;

comment est-ce que ils se sont

retrouvés là, il y a 500

millions d'années?

(JEAN-BERNARD CARON)

Alors c'est vrai que c'est difficile

à imaginer 500 millions d'années,

c'est vraiment... ça nous paraît très,

très loin et c'est effectivement

très, très loin.

À cette époque-là, le continent

nord-américain était tourné

à 90 degrés avec Vancouver,

la ville de Vancouver

qui se trouve aujourd'hui en

Colombie-Britannique, se

trouvait sur la zone

équatoriale de la planète,

à l'époque, et le continent

nord-américain était isolé,

c'était que un continent, le

reste de l'Amérique était dans

différents endroits du monde.

À l'époque, les animaux vivaient

dans les mers. Et avec le temps,

des massifs montagneux

se sont formés, plus récemment,

donc en Colombie-Britannique,

dans les montagnes Rocheuses

canadiennes. Et les dernières

formations des Rocheuses

se sont déroulées environ au

moment où les dinosaures

commençaient à disparaître,

il y a 65 millions d'années.

Après ça, les glaciers, plus

récemment, donc il y a

peut-être moins de 2 millions

d'années, ont commencé à

éroder et à créer des grandes

vallées dans les montagnes

Rocheuses, ce qui nous a permis,

en fait, d'accéder à des formations

rocheuses qui avaient plus

de 500 millions d'années.

Et sans ces transformations,

si vous voulez... épiques,

grâce à la géologie et au temps,

on n'aurait pas pu accéder

à ces fossiles.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle d'un Big Bang

de l'évolution; qu'est-ce que

c'est, ça?

(JEAN-BERNARD CARON)

Alors le Big Bang de l'évolution,

c'est l'apparition des animaux.

Avant ça, on avait pas d'animaux,

on avait des organismes qui

étaient petits, microscopiques.

Presque trois milliards d'années

d'évolution avec des animaux

qui étaient... des organismes

qui étaient vraiment très petits.

Et soudainement, à environ 540

millions d'années, on commence

à trouver des animaux.

Donc c'est un événement unique

dans l'histoire de la vie où on

a une transformation vraiment

extraordinaire de la vie.

Effectivement, après

l'apparition des animaux,

le monde devient très différent.

C'est là où on commence à avoir

des relations écologiques complexes,

par exemple, l'apparition de prédateurs,

l'apparition d'animaux qui

commencent à nager ou à marcher,

des animaux qui ont un estomac

et qui peuvent digérer.

Ou des animaux qui peuvent voir,

qui ont des yeux et des appendices

pour attraper des proies.

Donc, vraiment des choses

qui n'existaient pas avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, les espèces,

ou les spécimens que vous avez

trouvés, c'est avant le Big Bang

de l'évolution ou après le

Big Bang de l'évolution?

(JEAN-BERNARD CARON)

Non, c'est juste après, juste

après le Big Bang de l'évolution.

Donc si vous voulez,

le Big Bang de l'évolution,

les premières formes animales

se trouvent environ, il y a

540 millions d'années.

Les schistes de Burgess

ont environ 505 millions d'années.

Donc c'est un peu plus récent.

Donc à ce moment-là,

on a l'exposition cambrienne

en pleine floraison,

si vous voulez, où il y a déjà

l'apparition d'animaux. Et donc

on a une sorte d'échantillonnage

de ce qui vivait à l'époque.

Avec la préservation exceptionnelle

de parties molles, ça nous donne

une idée extraordinaire de la vie

qui existait là-bas. Juste pour

vous donner un exemple, la

plupart des fossiles qu'on connaît,

ce sont des ossements ou des coquilles,

des choses qui sont originalement

minéralisées, comme nos os;

les os ont plus de chances d'être

fossilisés que, par exemple,

ma peau, que ma chair,

mes yeux, etc.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est à partir des ossements,

finalement, des fossiles

que vous êtes capables

de recréer l'animal?

(JEAN-BERNARD CARON)

Ça, c'est la paléontologie en général.

Pour les schistes de Burgess,

quand j'ai étudié les schistes de Burgess,

il y a pratiquement aucun animal

avec des os. Y a pas d'animaux

avec des os et y a pratiquement

aucun animal avec des

coquilles.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est des invertébrés.

(JEAN-BERNARD CARON)

Des invertébrés et des animaux

qui sont préservés de façon

exceptionnelle; on voit les yeux,

on voit l'estomac, on voit même

le contenu du déjeuner de l'animal

avant qu'il meure... enfoui dans la

boue. Donc c'est vraiment

extraordinaire, ça nous donne

une idée de la diversité de la

vie, que sans cette

préservation exceptionnelle,

on aurait perdu 90%

de la diversité qui existait

à l'époque.

Alors l'une des découvertes majeures

qu'on a faites récemment,

c'est un animal qui s'appelle :

« metaspriggina. »

C'est un animal qu'on a découvert

dans le parc national Kootenay

d'abord, en 2012, et puis en 2014.

C'est un animal qui est vraiment

très important pour comprendre

l'origine de notre groupe,

les vertébrés. C'est un animal qui,

en fait, est un poisson, c'est

un poisson très, très primitif,

et peut-être le plus primitif qu'on

connaît partout dans le monde.

Donc c'est un animal qui déjà

avait des yeux, avait des

structures branchiales qui

allaient se transformer en

mâchoires un peu plus tard dans

l'évolution des vertébrés.

Et c'est un animal qui nous

permet de voir un peu à quoi

ressemblaient, si vous voulez,

505 millions d'années.

Il est petit, mais éventuellement,

il va évoluer. D'un poisson

comme celui-ci, on aura

une floraison de poissons,

ensuite de tous les vertébrés

qu'on connaît aujourd'hui,

incluant nous-mêmes.


GISÈLE QUENNEVILLE

En 2012, quand vous avez fait

la découverte, comment vous

avez réagi? Est-ce que vous saviez

ce que vous aviez trouvé,

à ce moment-là?

(JEAN-BERNARD CARON)

En 2012, ç'a été extraordinaire.

On est partis sur le terrain

avec l'espoir de pouvoir trouver

un nouveau site à un moment donné.

On faisait de l'exploration. Donc

l'exploration, c'est aléatoire;

on trouve, on trouve pas.

L'exploration, à l'époque,

c'était juste pour essayer de

voir si une formation qu'on

avait découverte avant, en 2008,

se poursuivait dans le massif

montagneux qu'on avait découvert

et voir l'étendue de cette...

si vous voulez, de ce nouveau

stade graphique dans l'espace.

Et quand on est venus en 2012,

on a décidé: Bon, on va camper ici,

dans une vallée, à côté d'une montagne.

Et puis le même soir, on décide

d'aller faire une petite balade,

voir le coucher du soleil.

Et au coucher du soleil,

quelqu'un commence à regarder

ses pieds et à ses pieds,

il y avait un fossile extraordinaire,

du type Burgess, et là, on commence

à regarder, à fouiner un peu

partout dans la colline et à

trouver tous ces fossiles.

C'était extraordinaire. Juste en

moins d'une heure, on avait déjà

au moins une douzaine d'espèces

là, que personne avait trouvées,

ou que personne avait vues avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors ici, on est avec un fossile

que vous avez entre les mains.

Dites-moi ce qu'on voit.

(JEAN-BERNARD CARON)

Voilà. Ça, c'est un des fossiles

qu'on a découverts l'année dernière,

en 2014, sur le site de Marble Canyon,

donc, au parc national Kootenay.

Le fossile est ici, donc sur

une grande dalle, et vous avez

l'autre partie du fossile, donc,

qui est préservée aussi.

On voit ici la tête, avec les

appendices frontaux de cet

animal. Et on voit des segments

le long du corps... et avec les

pattes de l'organisme.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, ça, c'est un fossile,

faut dire qu'on est entourés

de fossiles ici.

(JEAN-BERNARD CARON)

Voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est parce que vous,

vous avez des beaux projets,

n'est-ce pas?

(JEAN-BERNARD CARON)

Bien, on a des projets.

Ça, c'est un fossile exceptionnel

qui fera partie d'une galerie

permanente, donc pour le public,

dans quelques années. On est en

train de travailler sur un

projet d'envergure, une galerie

qui a environ 10 000 pieds carrés,

sur l'histoire de la vie avant

les dinosaures. Et ensuite,

on va détailler les étapes

de l'évolution, si vous voulez,

avec l'explosion cambrienne,

donc l'évolution des animaux.

Évidemment, la faune de Burgess,

qui sera vraiment un point

important de cette galerie,

mais aussi d'autres organismes

qu'on trouve au Canada,

dans des sites du

Patrimoine mondial de l'humanité,

comme à Joggins en Nouvelle-Écosse,

on a aussi le site de Mistaken Point,

à Terre-Neuve et le site de

Miguasha, au Québec.

Donc on va essayer d'utiliser

des technologies aussi de

pointe pour pouvoir... pour que

le public puisse comprendre la

beauté et la complexité,

si vous voulez, de la vie à...

Quatre millions d'années, ça

fait des millions et des milliards

d'espèces qui vivaient. La plupart

ont disparu. Mais les lignées animales

qui ont apparu à l'explosion

cambrienne, existent toujours

aujourd'hui. On veut connecter

les gens avec leur histoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Jean-Bernard, il paraît que tout jeune,

vous saviez que vous vouliez

être paléontologue.

D'où est venu cet intérêt chez vous?

(JEAN-BERNARD CARON)

Ma passion pour la paléontologie

est venue quand j'avais

à peu près 10 ans.

J'ai grandi en France et, à l'époque,

je passais un peu de temps

avec mes grands-parents

dans le sud de la France...

où, dans les vignobles,

il y avait des fossiles.

Et mon grand-père allait à la pêche

et moi, je ne voulais pas tuer

d'animaux vivants, je voulais

pas pêcher, mais par contre, je

passais mon temps dans les

vignes à récolter des fossiles.

C'est vraiment là où je pense, où

j'ai commencé à... à gagner

un peu d'intérêt pour les

fossiles. Je trouvais que

c'était passionnant de pouvoir

reconstruire une histoire

qui... qui était là il y a des

centaines de millions d'années.

Mais c'est un peu après, au

collège et au lycée, que j'ai

commencé à regarder ça de plus

en plus sérieusement et puis

bon, maintenant, c'est quand

même important dans ma vie,

il faut vraiment que je fasse

quelque chose. Et chaque été,

j'essayais de participer à une

mission de fouille d'un musée,

d'une organisation

archéologique ou paléontologique.

Et donc avec cette passion-là,

si vous voulez, avec l'acquisition

d'expériences dans différents

sites fossilifères ou archéologiques,

j'ai commencé à étudier,

donc à l'université après

le baccalauréat, en France,

avant de venir ici pour ma thèse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, quel est le lien?

Comment vous vous êtes retrouvé

au Canada?

(JEAN-BERNARD CARON)

J'ai grandi en France et la raison

pour laquelle je suis arrivé,

ici au Canada, c'est en fait,

les schistes de Burgess.

J'ai commencé à lire sur les

schistes de Burgess, quand

j'avais 16 ans, en France, un

livre qui s'appelle

« La vie est belle », publié

par Stephen J. Gould,

qui parle effectivement

de la découverte des fossiles

Burgess et de la façon

extraordinaire dont ces

fossiles sont préservés.

Ça m'a complètement passionné,

à l'époque, et j'ai décidé de...

d'écrire au patron d'ici,

des expéditions des schistes

de Burgess. à l'époque,

c'était mon prédécesseur :

le Dr Desmond Collins.

La première année, la première fois

que j'ai pris contact, il m'a dit:

«Non, non, je veux pas de volontaires.»

Mais ensuite, l'année suivante,

il m'a dit: « Bon, allez, pourquoi pas?

Allez, hop, vous pouvez venir. »

Et c'était une chance extraordinaire.

Donc je suis venu ici, j'avais 24 ans,

pour la première fois,

comme volontaire, en 1998.

Et... donc j'ai travaillé deux mois

de l'été avec l'équipe

du Musée royal de l'Ontario,

dans les schistes de Burgess...

et j'étais vraiment au paradis.

Des fossiles extraordinaires

tous les jours, une équipe super,

on vivait sous les tentes,

c'était vraiment l'aventure.

Je pensais que le Canada,

c'était ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien justement, amenez-nous

sur le site de Burgess.

Vous vous rendez là comment?

Est-ce que c'est accessible par voiture?

(JEAN-BERNARD CARON)

Alors le site des schistes de Burgess,

le site historique, si vous voulez,

là où les premiers fossiles ont été

découverts, en 1909,

par Charles Walcott, le découvreur

du site, il est dans les montagnes.

Il est à environ 2500 m d'altitude,

il est dans le parc national Yoho

maintenant, il est à environ

trois heures de marche. On peut

pas y accéder par voiture,

mais le sentier nous permet

d'aller voir le site. L'été, vous

pouvez voir et visiter le site.


GISÈLE QUENNEVILLE

N'importe qui peut visiter?

(JEAN-BERNARD CARON)

Non, pas n'importe qui.

Il faut s'enregistrer avec

les parcs canadiens.

C'est un site protégé,

donc il faut être inscrit,

il faut venir avec un guide.

Il y a un guide des parcs canadiens

qui peut vous amener là

et vous faire voir le site,

qui est vraiment extraordinaire.

Et dans un endroit absolument

magnifique. Il y a des glaciers,

des lacs turquoise...

C'est vraiment des montagnes

magiques. Et juste pour la randonnée,

ça vaut le coup d'y aller.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous, quand vous allez

en expédition, vous êtes une

dizaine de personnes?

(JEAN-BERNARD CARON)

Alors on va sur le site avec

un hélicoptère et on revient

avec un hélicoptère, avec les

fossiles, l'équipement et tout ça,

dans des grands sacs,

si vous voulez, qui sont

dessous l'hélicoptère, qui sont portés

avec un long câble. Et donc on

transporte tout ça par hélicoptère.

On pourrait pas vraiment

transporter tout ça à

dos d'homme ou de sherpa,

ça serait trop long et trop dur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi un peu de votre

équipement. Bon, vous avez parlé

de marteau-piqueur, par exemple,

qu'est-ce que vous utilisez dans

votre quotidien lorsque vous

êtes en expédition?

(JEAN-BERNARD CARON)

Alors faut imaginer que ces

petits fossiles, qui sont assez fragiles,

ils sont en fait aplatis et

préservés dans des roches

très, très dures. Alors c'est

pas facile de les extraire.

Et généralement, ce qu'on fait,

c'est d'abord on enlève

un grand bloc avec un

marteau-piqueur, par exemple,

ou un perforateur, on utilise

un perforateur, ça fait des

trous dans la roche, et ensuite,

on utilise des sortes de burins,

si vous voulez, pour casser

ce grand bloc du massif,

si vous voulez, rocher qui est

derrière. Donc ce bloc est tourné

sur le côté. On utilise ensuite

un marteau-piqueur

ou un gros burin et un marteau

pour essayer de cliver, de casser

la roche latéralement,

donc de façon parallèle au

niveau fossilifère, si vous

voulez. Et là, on espère,

on croise les doigts, on se dit:

« Est-ce que ça va être une

découverte ou est-ce que ça va

être pas terrible? »

Donc on casse ça et on espère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et généralement, les fossiles

que vous trouvez, ou les spécimens

que vous découvrez, est-ce

que c'est gros, est-ce que c'est petit?

(JEAN-BERNARD CARON)

La plupart des fossiles qu'on

découvre sont pas plus grands

que mon ongle. On a des fossiles

qui sont bien plus grands,

qui sont à peu près de cette

taille-là, mais ça, c'est bien

plus rare. Et...

Et la plupart de ces animaux, si

vous voulez, ont été enfouis

très rapidement, donc dans les

coulées de boue. Certains ont

encore une sorte d'association

écologique, donc certains sont

attachés. Par exemple, on a des

éponges et on a des organismes

qui sont attachés aux éponges,

donc qui nous permettent de

mieux comprendre comment ces

animaux vivaient ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce que vous ramenez

avec vous tout ce que vous trouvez?

(JEAN-BERNARD CARON)

Ça, c'est une très bonne question.

Non, on peut pas. Y a tellement

de fossiles qu'on est obligé de faire

une sélection sur le terrain.

En fait, c'est pas nouveau.

Depuis 1909, il y a eu des

fossiles découverts sur les

schistes de Burgess, et il y a

des talus entiers de débris,

si vous voulez, de dalles qui

ont été clivées par mes

prédécesseurs depuis 1909.

Et même dans ces débris,

y a des nouvelles espèces.

Donc c'est pour dire que des fois,

on rate des choses.

Et la raison pour ça, c'est que

quand on clive la roche, des fois,

la lumière n'est pas bonne.

Des fois, il pleut. Des fois,

c'est un peu... la surface est

un peu humide ou boueuse.

Et donc ces roches sont jetées.

Et ensuite, avec si vous voulez

l'érosion, le temps... bien,

ces roches vont être lavées,

nettoyées de façon naturelle.

Et quand on repasse sur le

même talus dix ans après,

on s'aperçoit:

« Oh! Y avait quelque chose là. :

(DANIELLE DUFAULT s'est jointe à JEAN-BERNARD CARON et GISÈLE QUENNEVILLE l'interroge.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors on est en compagnie

de Danielle Dufault,

qui est artiste ici au Royal.

Danielle, dites-moi un peu

qu'est-ce que vous faites. Bon,

vous partez d'un fossile et

vous faites des dessins.


DANIELLE DUFAULT

Bon, ici, ma position, c'est comme...

illustratrice scientifique.

Et ce que je fais ici,

c'est vraiment interpréter

la recherche qui est conduite

ici avec les scientifiques.

Et trouver une manière visuelle

d'interpréter leurs recherches.

Donc je fais beaucoup

de visualisation de ce

qu'ils font. Donc c'est une

interprétation technique de

l'anatomie et la morphologie

de cette espèce.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, ce que je trouve, moi,

Jean-Bernard, c'est l'importance

du travail de Danielle dans

votre travail. C'est-à-dire du

moment que vous publiez ou que

vous exposez, vous avez besoin

d'une image.

(JEAN-BERNARD CARON)

Bien, exactement. C'est une vitrine

de notre recherche, si vous voulez.

C'est une façon de communiquer

au grand public quelle était la forme

et l'apparence de ces animaux

préhistoriques, si vous voulez,

des animaux qui n'existent plus

aujourd'hui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous ramenez vos fossiles

de la Colombie-Britannique

à Toronto, qu'est-ce que vous

faites avec?

(JEAN-BERNARD CARON)

C'est le début d'une grande aventure.

Ou la continuation d'une aventure,

si vous voulez, scientifique.

Donc on récolte les fossiles

sur le terrain pour des raisons

scientifiques, on veut

mieux comprendre les animaux,

l'écologie, les communautés animales

qui vivaient, donc, à l'époque

cambrienne. Et pour ce faire,

il faut nettoyer les fossiles.

Il faut d'abord les inventorier...

dans les bases de données du

Musée de l'Ontario. Ensuite les

photographier. On photographie

les spécimens puisque,

la plupart de ces spécimens

sont très petits et ont besoin

de conditions particulières

de lumière pour pouvoir voir

des détails très fins que,

on peut pas vraiment voir

à l'oeil nu, si vous voulez.

Donc cette démarche scientifique

nous... nous mène à publier, donc,

des... des papiers sur des

nouvelles espèces.

Généralement, on regarde la

morphologie des organismes d'abord.

Si on a plus de matériel

d'une espèce nouvelle,

c'est mieux pour nous.

La raison pour laquelle, c'est

si vous avez un seul spécimen

d'une nouvelle espèce, par exemple,

vous avez qu'un plan de vue

de cet animal préservé dans la roche.

Par exemple de façon dorso-ventrale.

Comme si j'étais aplati dans la roche.

Et si j'avais une seule vue de

moi-même, eh bien, c'est difficile

de reconstruire la troisième

dimension de ces organismes.

Il faut que j'aie des vues latérales,

frontales, dorso-latérales, etc.

Donc ça nous permet d'avoir

une sorte de cliché à différents angles

de vue pour pouvoir reconstruire

l'image en trois dimensions.

Certaines interprétations

d'organismes ont été réactualisées

à partir de d'autres fossiles

qui ont été trouvés, donc sur les

schistes de Burgess.

Et ça inclut, donc, l'animal

« metaspriggina », qui était

connu des schistes de Burgess

en lui-même. Il y avait deux

fragments de spécimens qui

avaient été découverts

probablement par

Charles Walcott, le découvreur

de Burgess, mais qui n'avaient

vraiment jamais été bien

interprétés parce que c'était

trop fragmentaire, si vous voulez.

Donc le nouveau spécimen

qu'on a découvert en

2012 nous a permis de mieux

comprendre cette histoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a une collaboration

entre vous, ici,

au Musée royal de l'Ontario,

et des chercheurs, des paléontologues

ailleurs dans le monde?

(JEAN-BERNARD CARON)

Absolument. Donc la recherche

qu'on fait sur les schistes de Burgess,

c'est très collaboratif. J'ai des

collègues du monde entier qui

viennent ici, qui étudient nos

spécimens, de France, de Suède,

des États-Unis. Et c'est une

collection énorme, 150 000 spécimens.

Donc il y a du travail pour beaucoup

de monde. Et généralement,

une étude d'un seul, d'une seule espèce

peut prendre un an, deux ans.

Donc ça prend du temps.

On a peut-être des dizaines

de nouvelles espèces à étudier.

Donc même si je passais tout

mon temps ici au musée...

jusqu'à ma retraite, j'aurais pas fini.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez étudié ici, à Toronto

et, éventuellement, vous avez obtenu

le poste que vous avez en ce moment,

c'est-à-dire conservateur des

invertébrés. Un job de rêve

pour vous?

(JEAN-BERNARD CARON)

C'est un job de rêve. Même quand

j'ai commencé ma thèse ici,

à l'Université de Toronto,

en l'an 2000, je pensais pas

que j'allais effectivement

rester ici au Canada, et puis je

pensais vraiment pas avoir

une position comme celle-ci.

Donc mon prédécesseur,

Desmond Collins, est parti

en retraite et puis...

je pense que je suis arrivé

au bon moment; j'avais fini

ma thèse, j'avais déjà

une expérience de postdoc

et j'avais déjà un peu

d'expérience aussi avec le travail

sur les schistes de Burgess

et les collections.

C'est un travail de rêve.

J'ai vraiment beaucoup de travail

à faire ici dans les collections.

Et ma passion, c'est vraiment

la découverte.

Donc je continuerai à faire

des recherches aussi sur le terrain...

pour expliquer cette histoire de

l'origine des animaux.

C'est vraiment une... c'est là

où commence notre histoire,

si vous voulez. L'histoire de

tout ce qu'on a autour

de nous aujourd'hui,

des animaux qu'on a aujourd'hui,

ça commence à ce moment-là.

Donc pour moi, c'est de...

mieux comprendre mes sources.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre carrière semble avoir

été en ligne droite. Ça semble

avoir été facile pour vous.

Est-ce que c'est le lot de tout

jeune paléontologue qui veut faire

des recherches comme vous faites

ou est-ce que c'est un milieu

quand même assez compétitif,

assez difficile à percer?

(JEAN-BERNARD CARON)

Il y a très peu de paléontologues

dans le monde en général.

La plupart des paléontologues

sont des gens qui travaillent

sur les vertébrés et surtout les

dinosaures, ici au Canada.

Je devrais pas dire que ma

situation était une situation

facile... mais j'ai toujours

été passionné par la paléontologie.

C'est ma passion qui m'a fait,

effectivement, pousser des ailes.

Sans la passion, je pense que

c'est pas la peine. Si vous êtes

un petit peu intéressé, mais

pas vraiment, c'est pas la peine.

C'est très compétitif.

Par contre, y a certainement du

travail à faire. Et plus on a

publié des articles importants

sur les fossiles, non seulement

les fossiles Burgess, mais

d'autres fossiles qui se

trouvent au Canada, les gens

s'intéressent à ces histoires

d'animaux qui vivaient il y a

très longtemps, qui maintenant

se trouvent au Canada. Je pense

que le Canada a vraiment

beaucoup, beaucoup de ressources

et de trésors qui sont encore à

trouver et j'espère que nos

rangs vont augmenter avec

l'intérêt actuel que l'on a

pour les dinosaures en particulier.

Je pense que... Je suis assez optimiste

pour le futur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Jean-Bernard Caron,

merci beaucoup.

(JEAN-BERNARD CARON)

Je vous en prie.

(Générique de fermeture)

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