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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Louis Paquin : Productor, Les Productions Rivard

In 1997, Louis Paquin founded a television company in Winnipeg.
For more than 15 years, Les productions Rivard have produced French-language magazines, documentaries, variety shows, and youth programming.
Programs are broadcast throughout the country on Radio-Canada, TFO, and TVA, yet are still produced in Winnipeg by locals.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, LOUIS PAQUIN, producteur, on montre des images du Manitoba, de Toronto, de Montréal et de Winnipeg. On voit aussi des extraits des productions Rivard.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le Manitoba a toujours été le

terrain de jeu de Louis Paquin.

Et, bien que sa famille ait

habité Toronto et Montréal dans

sa jeunesse, les racines de

Louis étaient toujours bien

plantées à Winnipeg. à 20 ans,

il coordonne les spectacles du

Centre culturel franco-

manitobain. Une dizaine d'années

plus tard, il dirige le Festival

du Voyageur. Et, en 1997, il

fonde une compagnie de

production de télévision.

Depuis plus de 15 ans, les

Productions Rivard produisent

des magazines, des

documentaires, des variétés et

des émissions jeunesse en

français, des émissions qui sont

diffusées partout au pays, sur

Radio-Canada, TFO et TVA, mais

qui sont toujours produites à

Winnipeg par des gens de la

place.


L'entrevue se déroule dans un studio de télévision.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louis Paquin, bonjour.


LOUIS PAQUIN

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

La première question, c'est

celle que je me pose depuis des

années maintenant: c'est qui,

Rivard?


LOUIS PAQUIN

Rivard, c'est le premier

cinéaste francophone, disons,

dans l'Ouest canadien.

C'était l'abbé Léon Rivard.

Il faisait des petits films à

L'île-des-Chênes, un petit village

au Manitoba. Et quand on a

commencé la compagnie, on

voulait être ancré un peu dans

notre communauté. Donc, plutôt

que de l'appeler les Productions

Paquin-Lavack, ou Paquin ou

n'importe quoi, on l'a appelée

les Productions Rivard.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous devez vous faire poser

cette question-là souvent, quand

même.


LOUIS PAQUIN

Je me fais poser la question,

mais aussi, des gens oublient

puis ils m'appellent Louis

Rivard.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ha! Ha! Ha!


LOUIS PAQUIN

Louis Rivard, monsieur Rivard.

Puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, quand vous avez mis

sur pied les Productions Rivard,

c'était en 1997, le paysage

télévisuel, à l'époque, ça

ressemblait à quoi?


LOUIS PAQUIN

Bien, tu vois, y avait pas...

y avait pas de... de contenu

francophone hors Québec qui

passait à la télévision. Donc,

moi, je me suis dit, notre

premier projet, on l'a soumis,

on a envoyé une demande à... à

Téléfilm, à Montréal, puis ils

ont répondu: "On finance pas des

projets... hors Québec." (rire)

Finalement, notre premier

projet, qui était sur... un

architecte du Manitoba, Étienne

Gaboury, c'est le bureau de

Vancouver, en anglais, qui a

pris le projet puis qui l'a

passé comme un projet...

Et, finalement, le bureau à

Montréal a... tout le monde a

commencé à embarquer un peu dans

l'idée de la production

francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis l'argent venait d'où, à

cette époque-là?


LOUIS PAQUIN

(soupir)

L'argent venait de--


GISÈLE QUENNEVILLE

Y en

avait? Un petit peu?


LOUIS PAQUIN

Il venait de... de structures

créatives, disons.

Comme notre premier projet, tu

sais, on a travaillé avec

l'Université de Saint-Boniface,

avec Ibrahima Diallo, on a fait

un projet sur les serpents de

Narcisse. Dans le fond, c'est

TFO qui a vraiment parti la

chose pour nous autres.

Parce qu'on a soumis le projet

de Narcisse puis on l'avait

encadré comme dans une série

animalière. Et donc, on a

proposé de faire une série qui

s'appelait Uniques au monde.

Et... TFO a embarqué. Jacques

Bensimon a embarqué là-dedans.

Et donc, on faisait une série de

13. Là, ça a vraiment donné, je

dirais, le volume de travail

pour créer des équipes sur un

projet: au niveau du montage, au

niveau de la réalisation, au

niveau de plusieurs choses comme

ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, TFO était là. Mais est-

ce que vous avez... est-ce que

vous êtes allés cogner aux

portes des... des diffuseurs

québécois aussi?


LOUIS PAQUIN

On a fait un projet avec

Radio-Canada, au début, mais ça

a été... l'ONF était partenaire.

Donc, ça a pris quelques années

avant qu'on puisse créer un

momentum où est-ce que...

Puis, quand même, en même temps

qu'on a commencé les Productions

Rivard, sans le savoir, le

gouvernement fédéral avait une

loi, qui s'appelait la loi 41-

42. Je connais pas trop c'est

quoi, mais je sais que c'était

essentiellement une loi qui

disait que toutes les

institutions fédérales devaient

s'occuper de la francophonie.

Donc, avant, quand moi, j'étais

plus jeune puis dans les

organismes, tu faisais un

projet, tu allais au secrétariat

d'État, à l'époque, puis là,

c'est rendu Patrimoine Canada.

Mais là, ils ont décidé que

c'est pas seulement à Patrimoine

à subventionner ou à appuyer la

francophonie, c'est les

institutions fédérales.

Donc que ce soit Radio-Canada,

l'ONF, Téléfilm, toutes ces

institutions-là, dans mon

secteur à moi, devaient intégrer

un peu la francophonie

canadienne dans leurs...

opérations. Donc nous, on

arrivait à ce temps-là. Donc, y

avait comme une... curiosité,

"Comment on va faire ça?".

Mais je dirais que ça a pris...

disons au début 2000 avant

que... le système tombe... que

Téléfilm, le Fonds des médias

puis Radio-Canada puis les

autres embarquent un peu dans la

production.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était... difficile de vous

faire connaître au Québec.

Ou comment est-ce qu'on a réagi

quand vous avez commencé à dire:

"Bon, nous, on est une maison de

production du Manitoba"?


LOUIS PAQUIN

Dans le fond, j'ai manqué une

étape. C'est que, quand on a

commencé les Productions Rivard,

on s'est rassemblé, quatre-cinq

producteurs à Ottawa, et on a

créé une association. Dans le

fond, on n'avait pas de voix.

Moi, comme producteur

indépendant à Winnipeg, j'avais

pas tellement de voix.

Je cognais aux portes, mais dans

le fond, j'étais... je

représentais pas personne.

Quand on a créé... qu'on s'est

rencontré avec les producteurs

de l'Acadie, de l'Ontario puis

nous autres, on était juste

cinq-six personnes, mais on a

créé l'Association des

producteurs francophones du

Canada. Et, avec ça, on avait

maintenant une... je sais pas

pourquoi, mais ça donnait une

autorité à un groupe de gens de

parler au nom de la communauté.

Donc là, on a fait beaucoup

d'interventions à... à

Patrimoine. à l'époque, Sheila

Copps avait vraiment été une

championne pour la production.

Les gens de Téléfilm...

y a des gens qui ont pris

vraiment le...

le drapeau pour nous aider

là-dedans. Mais on avait une

association. Parce que ce qu'on

n'avait pas compris, c'est

qu'ils disaient: "Tant que c'est

pas une association, on peut

pas, comme institution fédérale,

on peut pas faire affaire avec

un individu."


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


LOUIS PAQUIN

Donc là, on fait affaire avec

un groupe." Donc, on

représentait quelqu'un.

Puis je dois dire que la

francophonie institutionnelle

nous a appuyés à l'époque, la

FCFA, la FCCF, ils ont reconnu

l'importance de la production

francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louis Paquin, vous faites de

la télé, et y a plusieurs

aspects de la télévision.

C'est lequel que vous préférez?


LOUIS PAQUIN

Bien, c'est sûr que développer

les idées et tout le

développement des projets,

c'est... c'est une période

intense et c'est une période où

est-ce que, dans le fond, tout

est parfait.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Riant)


LOUIS PAQUIN

Tout est parfait. Je dis ça:

quand l'idée quitte le papier,

tu rentres dans l'imperfection.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Riant)


LOUIS PAQUIN

Mais j'aime beaucoup le

développement des idées. J'aime

beaucoup la collaboration.

J'aime beaucoup, je dois dire,

quand on a... soit un

coproducteur ou un diffuseur ou

des gens avec qui on construit

ensemble un projet, j'aime

beaucoup cette partie-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vous vous êtes

intéressé à la télévision?

Comment vous avez appris sur la

télévision?


LOUIS PAQUIN

Comme je te disais, j'étais

impliqué au collège, au

secondaire, dans le domaine

culturel. Puis là, Radio-Canada

m'a initié à un projet, qui

s'appelait Dimension J, pour

faire de la télévision. On avait

été... on était sept-huit qui

avaient été impliqués là-dedans.

Puis aujourd'hui, 35 ans plus

tard, les sept-huit-dix qu'on

était là-dedans, au moins la

moitié sont dans le domaine de

la télé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow!


LOUIS PAQUIN

Oui. Je suis dans le domaine

culturel. Quand j'étais au

Festival du Voyageur, on

produisait une émission qui

s'appelait Télé-Relais, qui

était un show de télé, de

variétés. Donc, comme directeur

du festival puis je faisais la

programmation artistique. Je

travaillais avec la gang de

Radio-Canada pour le show. Donc

je faisais un... j'étais

comme... pas coproducteur mais

j'étais très impliqué dans le

show de Télé-Relais. J'ai

toujours pogné le goût de faire

de la production. Puis, dans le

fond, produire

live ou produire

pour la télévision, c'était

comme une transition, mais...

je pouvais gagner ma vie avec

ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louis Paquin, vous êtes né à

Saint-Boniface, mais je pense

que vous avez beaucoup déménagé

dans votre jeunesse. Vous vous

êtes retrouvé où et pour quelles

raisons?


LOUIS PAQUIN

Pour quelles raisons, ça,

c'est toujours... c'est

toujours... ça a jamais été

clairement. Ma mère faisait une

farce puis elle disait toujours:

"Ton père, il lâchait sa job

avant de se faire clairer." -

Bon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais mon père, c'était un prof

de littérature en anglais, il

enseignait l'anglais, mais

c'était un francophone, puis il

enseignait l'anglais. Et il a...

enseigné à l'école des Jésuites.

Donc, il était à... ce qui est

maintenant l'Université de

Saint-Boniface, qui était à

l'époque le Collège de Saint-

Boniface. Donc, il a enseigné

là. Et je pense qu'il a eu...

c'était un genre de...

c'était pas un puriste, mais

c'était pas un gars qui pouvait

se compromettre sur les

principes. Donc... il y a eu une

certaine tension. Il a quitté

ici puis il est allé enseigner à

Toronto, dans une école privée,

à Hope.

Et puis, donc, on a quitté...

Winnipeg puis on est allé à

Toronto. Puis on est allé à

Montréal quelques années.

On est allé en Alberta, puis on

est retourné à Montréal, puis,

finalement, on est revenu ici.

Donc, il était un peu... pas

vagabond, mais il était un

peu... On a toujours eu une vie

stable, mais en même temps, il

quittait souvent...

pour des questions de principe.

Il y avait l'administration qui

demandait des compromis, des

choses comme ça, puis--


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous, vous avez un peu de

votre père dans vous?


LOUIS PAQUIN

Moi, je dirais que j'ai un

peu... un bon ballant entre ma

mère puis mon père. Ma mère,

c'est... c'est la conciliation.

Et puis, je pense que j'ai vu la

difficulté que c'est de pas

compromettre. Donc, faut faire

des compromis. Mais j'ai quand

même apprécié son engagement à

être aussi authentique et

honnête que possible, puis dans

ta façon de vivre ta vie, tu

sais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous, le monde du

spectacle, ça vous a intéressé

dès un jeune âge, n'est-ce pas?

Est-ce qu'on peut dire ça?

Vous avez commencé à produire

des spectacles assez jeune.


LOUIS PAQUIN

Assez jeune. C'est-à-dire

qu'avant de revenir à Winnipeg,

non. Je connaissais pas mon

histoire de famille. Je suis

parti en première année. Mon

père était beaucoup intéressé

aux arts. La culture faisait

partie de notre vie. Mais...

j'étais plus sportif à

l'élémentaire puis... Mais quand

je suis revenu au Manitoba, en

neuvième année, au Collège

Saint-Boniface, la culture était

beaucoup valorisée. Et je me

suis beaucoup impliqué

là-dedans. Donc, à partir de la

neuvième année, c'est vrai que

j'ai commencé à produire ce

qu'on appelait des boîtes à

chansons. Je jouais de la

musique, je me suis beaucoup

impliqué dans les danses de

l'école; on produisait plusieurs

spectacles. Même en douzième

année, on a produit un gros

show. À partir d'être revenu au

Manitoba, j'ai toujours été

impliqué. Mais j'ai su, par

exemple, quand je suis revenu

ici, que j'avais un oncle qui

faisait de l'opéra, j'avais un

cousin qui était agent

d'artistes, j'avais un autre

cousin qui jouait avec Daniel

Lavoie dans un groupe, c'est un

des premiers à gagner au

Festival de Granby. Donc,

j'étais dans tout ça--


GISÈLE QUENNEVILLE

Sans le savoir.


LOUIS PAQUIN

...sans... sans le savoir.

C'est sûr que, quand on est

revenu au Manitoba, en 9e, 10e

années, j'ai connu tous ces

gens-là puis j'ai su qu'on avait

vraiment... le goût de la

culture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous aimiez être...

derrière la scène ou sur la

scène?


LOUIS PAQUIN

J'ai fait un peu sur la scène

comme... musicien. J'ai

accompagné des gens des fois,

puis... Rendu à

l'applaudissement, j'étais

vraiment mal à l'aise.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui?


LOUIS PAQUIN

Je pense que je préfère être

derrière la scène. J'ai

toujours... dans le fond, j'ai

toujours aimé être derrière la

scène. Organiser les choses,

c'est un grand plaisir. J'aime

ça, le sentiment quand les gens

sont là puis le show marche puis

tout marche, puis...

tout fonctionne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourtant, vous avez fait vos

études en géomorphologie?


LOUIS PAQUIN

Oui, j'aime beaucoup le plein

air et j'aime beaucoup être dans

le bois, puis j'aime beaucoup la

géographie. Et la

géomorphologie, vraiment, c'est

l'étude des changements plus

superficiels de la Terre. Donc

des volcans, ou... des glaciers,

tout ce qui forme un peu la

Terre. C'est un peu ce qu'on

appelle

soft rock geology.

C'est pas... c'est pas les

roches, mais c'est l'effet de

l'érosion sur la Terre, ces

choses-là. Donc, j'aimais

beaucoup, ça m'amenait dehors.

Ça m'amenait à être à

l'extérieur; donc j'ai beaucoup

aimé ça. Mais en même temps, je

faisais de la musique et je

faisais les deux. Et après mon

degré universitaire, j'ai pris

une année pour aller voyager en

Amérique du Sud. Et quand je

suis revenu, bien là, il fallait

me trouver un travail.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et là, je pense que vous avez

quoi? Une vingtaine d'années?


LOUIS PAQUIN

J'avais peut-être 21 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez trouvé un job au

Centre culturel franco-

manitobain.


LOUIS PAQUIN

Quand je suis revenu, mon

frère m'a dit: "Louis, je pense

qu'il y a une job au Centre

culturel." Et... j'ai appliqué

puis j'ai eu la job.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis qu'est-ce que vous

organisiez comme spectacles au

Centre culturel?


LOUIS PAQUIN

Bien, là, elle m'a dit... ma

patronne, qui était une femme

qui m'a beaucoup appuyé, qui m'a

beaucoup encadré...

j'étais responsable de... ça

s'appelait coordinateur de

spectacles. Puis elle m'a dit:

"Faut que t'organises une série

d'abonnements de spectacles."

Donc...

Je sais pas, y avait pas de

précédent, y avait rien

d'organisé. Donc là, j'ai

imaginé une série dans laquelle

je produirais trois spectacles

et j'en embaucherais trois.

Donc là, j'ai comme conçu ça

pendant l'été puis, à l'automne,

on a lancé la première série.

Ça s'appelait Spectacles

enchanteurs. Puis, en même

temps, je produisais localement

des shows avec des artistes

locaux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et les grands noms, parce que

vous avez fait venir des grands

noms du Québec ici, au Manitoba.

Est-ce qu'ils voulaient venir au

Manitoba?

Est-ce qu'ils voulaient venir à

Winnipeg? Est-ce qu'ils

connaissaient cette ville-là?


LOUIS PAQUIN

Bien, Pauline Julien, elle

faisait un spectacle qui

s'appelait Fleur de peau. Et...

donc, j'ai... On allait à des

contacts au Québec; des fois, on

voyait des shows comme ça,

puis... Je lui avais demandé si

elle voulait venir ici, par son

agent. Puis elle a accepté.

Donc, ça a été une très belle

expérience, parce que là... des

fois, y a des surprises. Des

fois, y a des surprises pourquoi

les gens veulent venir à Saint-

Boniface. Des fois, tu penses

que c'est l'argent, mais des

fois, c'est pas l'argent. Des

fois, c'est autre chose. Dans le

cas de Mme Julien, elle est

arrivée un jeudi soir... et moi,

je ramassais les artistes à

l'aéroport. Donc je me rends à

l'aéroport. Puis avant qu'elle

arrive vraiment, y a un gars qui

m'a appelé. Un gars qui

s'appelle Réal Bérard.

Que je connaissais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un gars de Winnipeg.


LOUIS PAQUIN

Un gars de Winnipeg.

C'est un artiste, qui vit à

Saint-Pierre-Jolys. Et il

m'appelle, il dit: "Louis,

demande donc à Mme Julien si

elle vient pas du Manitoba." Là,

j'ai dit... "Mais je douterais

fort." Là, j'appelle son agent,

qui était un peu insulté. Donc,

j'ai rappelé Réal pour lui dire

que "Non.

Je pense que j'ai même été trop

loin en évoquant cette idée-là."

Mais quand elle est arrivée,

jeudi soir, on attendait ses

bagages puis elle me dit: "Est-

ce qu'on peut aller à Saint-

Pierre-Jolys?" Elle dit: "Ma

mère a vécu là, mes parents ont

vécu là pendant cinq ans.

Puis je veux aller visiter la

petite école, puis voir s'il y a

encore des choses." Donc, de

l'aéroport, j'appelle Réal

Bérard puis je dis: "Réal, y a

un lien." Le lendemain, Réal

avait organisé...

Réal avait une petite maison

dans le bois, puis on a passé

vraiment toute la journée

ensemble, avec Pauline Julien,

Réal puis moi. Moi, j'étais

surtout... comme j'étais

beaucoup plus jeune, donc, j'ai

surtout écouté la conversation.

Puis on a visité la petite

école, où est-ce que sa mère

avait enseigné. Donc ça a été

vraiment une belle expérience de

découvrir qu'elle avait vraiment

le goût d'être ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

À cette époque-là, Winnipeg,

c'était quand même un lieu

important dans la francophonie

canadienne. Est-ce qu'on peut

dire ça?


LOUIS PAQUIN

Oui. Comme francophone hors

Québec, je trouve que j'ai été

un peu chanceux. J'ai été

élevé... j'étais à l'école

secondaire dans les années 70.

à cette époque-là, Radio-Canada

avait cinq réalisateurs de

variétés. On avait des émissions

comme jeunes... à l'école

secondaire à Radio-Canada, on

faisait des shows. Y avait...

toute la francophonie

institutionnelle était basée à

Winnipeg. Y avait beaucoup,

beaucoup d'activités, beaucoup

de gens qui venaient à Saint-

Boniface pour les événements; la

communauté se rassemblait, y

avait mille personnes qui

venaient aux réunions annuelles.

Y avait vraiment beaucoup,

beaucoup de vitalité. Donc moi,

j'ai été élevé un peu... dans un

environnement où c'était super

dynamique. On avait des

artistes, des émissions de

télévision, on consommait la

culture. C'était vraiment

"immersé", c'était dynamique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ce n'est plus comme ça

maintenant.


LOUIS PAQUIN

C'est-à-dire que les

organismes nationaux... un

moment donné, ont décidé qu'il

fallait être à Ottawa. J'ai

jamais trop compris pourquoi.

Parce qu'aujourd'hui, je trouve

que j'ai un avantage de pas dans

l'Est. Parce que, quand moi, je

me déplace sur Ottawa ou sur

Montréal, les gens: "Ah!

Mais il vient de loin. On va

trouver de la place pour lui."

Mais quand tu viens d'Ottawa,

ils vont te caser n'importe

quand, ils savent que tu vis là.

Le Manitoba, malgré qu'eux

autres ont quitté, y a quand

même eu beaucoup de progrès au

niveau des langues officielles

au Manitoba. Tu sais, au niveau

provincial, y a eu le cas

Forest, donc... on a plus de

services maintenant en français

qu'on avait dans cette époque-

là. Mais c'est sûr que le... la

réduction de production à Radio-

Canada réduit, mais... les

Productions Rivard ont produit

beaucoup de projets. Donc on

fait une quarantaine d'heures

par année de contenu, pour

différents diffuseurs. Le

dilemme, c'est qu'on a moins de

contact avec la communauté. Nos

projets sont diffusés sur des

chaînes nationales et

interpellent moins le public

local. à l'époque, quand Radio-

Canada faisait de la télévision,

c'était vraiment de la télé de

proximité. C'est-à-dire qu'on

avait nos artistes à l'écran, on

faisait nos émissions...

d'information. Pas les

nouvelles, mais je parle de

contenu... plus... un peu comme

l'entrevue qu'on fait

maintenant, plus de choses comme

ça, tu sais.


L'entrevue se déplace dans un studio de radio et pendant cette partie de l'entrevue, on voit des images du Festival du Voyageur en hiver. Des enfants jouent sur la glace, sous une tente, habillés en premiers colons et en Amérindiens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louis Paquin, vous avez dirigé

pendant sept ans, je pense, le

Festival du Voyageur, festival

très connu ici, à Winnipeg. Mais

pour les gens qui le connaissent

pas, c'est quoi, le Festival du

Voyageur?


LOUIS PAQUIN

Bien, au niveau marketing,

c'est le plus gros festival

francophone d'hiver dans l'Ouest

canadien. Donc, le festival,

c'est vraiment une célébration

culturelle. Qui est inspirée un

peu par le patrimoine qui est le

référent pour les Franco-

Manitobains puis les Métis, qui

est l'époque des Voyageurs. Donc

ça, c'est le...

je dirais, la toile de fond.

On est sensible à ce patrimoine-

là, les Voyageurs qui sont

arrivés du Québec ici, la

création de la société métisse,

de la nation métisse.

Donc de ça émane une culture,

qui est à la fois francophone et

à la fois métisse. Par rapport

au volet francophone, y a toute

une dimension culturelle

artistique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez été là pendant sept

années. Est-ce que ça a été des

années formatrices pour vous?


LOUIS PAQUIN

Ça a été à la fois des années

de formation puis de... de

grandes joies. J'ai vraiment eu

des années extraordinaires.

Parce que... j'ai été chanceux.

Le festival, avant que j'arrive,

avait eu une période difficile

financière. Et ils avaient plus

ou moins réglé, pas tout réglé,

mais ils avaient réglé la grosse

crise. Puis j'aurais pas été bon

dans les grosses crises. Il y

avait un directeur qui était bon

là-dedans. Et moi, j'ai pris

charge quand les gens avaient le

goût d'avoir du renouveau, de

réinvestir dans le contenu, dans

la programmation. Quand même,

ils m'ont donné confiance,

j'avais 28 ans à l'époque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Est-ce que vous y

allez encore, au Festival du

Voyageur, aujourd'hui?


LOUIS PAQUIN

Oui. Je suis bénévole.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous avez fait

cette année?


LOUIS PAQUIN

Cette année, tu travailles

dans un bar puis tu sers la

boisson.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Paquin, les

Productions Rivard, ça fait une

quinzaine d'années que ça existe

maintenant. Les objectifs que

vous vous êtes fixés en 1997,

est-ce que vous les avez

atteints?


LOUIS PAQUIN

Dans 20 ans - j'avais pas

réalisé que c'est 20 ans en

2015, c'est 20 ans...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah! Ça fait 20 ans.


LOUIS PAQUIN

Vingt ans, en 2015, qu'on a

commencé cette idée, ce projet

ici. Et puis, après 20 ans, on

a...

une banque d'archives qui a

vraiment permis de découvrir une

francophonie. Parce que nous, on

a fait beaucoup de projets

nationaux. Donc, au niveau des

contenus, on a réussi à

travailler avec plusieurs

diffuseurs. On est vraiment fier

de travailler avec la majorité

des diffuseurs francophones au

Québec. Nos... nos équipes, au

Manitoba, on a formé, je dirais,

facilement 60, 75 personnes, qui

sont maintenant... qui

travaillent dans le secteur de

la production. à qui on peut

faire appel. On a... on a accès

aux diffuseurs, qui sont

intéressés à notre contenu, à

nous entendre. Notre boîte a

aussi participé au niveau du

mouvement national. Donc, je

trouve que les boîtes à

Vancouver puis en Ontario puis

en Acadie, y a plus de maisons

de production maintenant. Je

pense qu'on est une vingtaine de

maisons de production

francophones, versus cinq-six à

l'époque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait, au fil des

ans, des... des documentaires,

des émissions jeunesse, des

variétés. Est-ce qu'il y a un

genre d'émission qui vous plaît

plus que les autres, ou dans

lequel vous avez peut-être eu

plus de succès que dans les

autres?


LOUIS PAQUIN

Mais c'est sûr que j'ai un

intérêt... j'ai deux intérêts

forts. Un, c'est... les enjeux

de société qui me préoccupent

personnellement. Puis donc je

suis très actif à ce niveau-là.

Puis la variété. Je trouve que

les variétés permettent de...

de faire... découvrir des

couleurs, des perspectives des

artistes, puis... les variétés

sont... c'est quelque chose

qu'on peut faire au Manitoba.

On a beaucoup de ressources.

Puis aussi, je trouve qu'on peut

produire... On a fait une série

pour Radio-Canada, qui s'appelle

Pour un soir seulement, pendant

huit ans. Et donc, on a fait

venir beaucoup d'artistes au

Manitoba, d'artistes qui ont

collaboré ensemble. Donc qui ont

connu... on a pu jouer un rôle à

rapprocher le Québec avec les

francophones hors Québec.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes un production de

télévision. Est-ce que vous êtes

un créateur ou un homme

d'affaires?


LOUIS PAQUIN

Hem! Le mot créateur... si on

le prend dans le sens large, je

pense que je suis plus dans

cette catégorie-là qu'un

entrepreneur. J'ai... Dans le

fond, on a créé l'entreprise

parce qu'on voulait faire de la

production et que c'était le

seul modèle pour faire de la

production. J'ai toujours

travaillé dans les organismes à

but non-lucratif, dans le

communautaire, et quand j'ai

quitté mes années au Festival du

Voyageur puis fait une petite

tournée dans une compagnie du

Nord-Ouest. Mais dans le fond,

dans le fond, l'entreprise les

Productions Rivard, puis je

regarde maintenant, quand je

regarde mes vieilles notes, le

plan d'affaires que j'avais,

c'est vraiment un organisme

communautaire qui faisait de la

production. Et, y a quelques

années, j'ai entendu Leonard

Cohen dire: "Je travaille pas

pour l'argent, mais je veux être

payé pour mon travail." Puis

dans le fond, c'est ça, la

motivation. Je veux gagner ma

vie à faire de la production, à

faire de la culture, travailler

avec des créateurs, ces choses-

là. Et, pour faire ça, j'ai dû

assumer une job

d'administrateur, de

gestionnaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il est plus facile

aujourd'hui d'aller chercher des

sous, de vendre au Québec,

d'être bien perçu au Québec?


LOUIS PAQUIN

Je dirais pas que c'est plus

facile vendre un projet. Un, y a

plus de compétition pour les

hors-Québec. Mais je dirais

que... y a un contexte puis y a

un environnement qui sont prêts

à recevoir des propositions.

Quand on a commencé, vraiment,

les gens... savaient pas quoi

faire avec nous autres. Donc, il

y avait pas de ressources

financières, les diffuseurs te

connaissaient pas. Là, tout le

monde dans l'industrie connaît

la francophonie hors Québec, le

Fonds des médias, les

institutions, le CRTC, tout le

monde connaît.

Fait qu'il y avait pas vraiment

de mécanismes solides.

Y a eu au moins deux années,

dans les premiers dix ans, que

tous les projets hors Québec

avaient été refusés au Fonds des

médias.

Cent pour cent. Y avait aucun

projet qui passait. à cause

que... c'était toujours... le

minimum qu'ils donnaient aux

francophones hors Québec. Donc,

on pouvait pas compétitionner

dans quelques années. Des fois,

ça marchait, puis des fois, ça

marchait pas. C'était vraiment

sporadique. Mais maintenant, y a

un mécanisme en place.

Donc c'est sûr que c'est...

c'est plus établi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes francophone. Vous

êtes producteur de télévision.

Est-ce que ça vous est jamais

passé par la tête d'aller faire

carrière au Québec?


LOUIS PAQUIN

Non. Non. Un, je suis manitobain,

j'aime beaucoup la prairie.

J'aime... j'adore nos hivers.

Je sais que ça sonne

complètement... cave. J'aime...

j'aime l'isolement. J'adore être

minoritaire. Je trouve que le

point de vue minoritaire, c'est

comme le point de vue d'un

bénévole... c'est un point de

vue de... d'être engagé.

T'es proche du front, t'es

proche de l'action. J'aime

beaucoup le Manitoba.

Le Manitoba, le monde dit que

c'est la province au Canada où

est-ce que les gens... veulent

pas déménager. Quand tu dis:

"quitte Toronto, déménage à

Winnipeg" ou "quitte Vancouver,

viens à Winnipeg", c'est la pire

chose que tu peux faire.

Mais... il paraît que c'est

aussi la province, quand les

gens sont ici, ils ne veulent

plus quitter. C'est le fun,

faire partie d'une cause. Je me

souviens, Charlebois m'avait dit

ça, il était venu quand j'étais

au Festival du Voyageur, puis...

on avait...

eu l'occasion de jaser ensemble.

Puis il m'avait...

moi, j'avais développé une

structure où est-ce que... c'est

des bénévoles qui accueillaient

les artistes qui venaient de

l'extérieur de la province, puis

ces choses-là. Puis il m'avait

raconté, il dit: "Tu sais, c'est

tellement le fun, ici, tout le

monde est dans la

gameici. Tout

le monde fait partie du projet

de société." Il disait que

"Nous, dans l'Est, on avait

donné ça un peu au gouvernement,

la loi 101, y a des

fonctionnaires qui s'occupent de

ça, puis..." Y a encore du monde

impliqué, y a pas de doute, mais

ici, c'est comme si chaque

personne était interpellée par

la cause.

Puis ça nous rapproche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louis Paquin, merci beaucoup.


LOUIS PAQUIN

Merci.


Générique de fermeture

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