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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Alexis Normand : Author-Composer-Performer

Alexis Normand puts her native region’s landscapes to music.

Although the singer-songwriter from Saskatoon studied in Ottawa and Granby Quebec, she did not hesitate to return home and make a career for herself in the Canadian West.

Influenced by jazz and folk, she released her first album in 2013.

More recently, the group Rosie and the Riveters has let Normand give free reign to her wackier side.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, des extraits vidéos et musicaux d'ALEXIS NORMAND défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mêlez la musique aux vastes

plaines de la Saskatchewan et ça

donne Alexis Normand.

L'auteure-compositeure-

interprète originaire de

Saskatoon met en musique les

paysages de sa province natale.

Et bien qu'elle ait étudié à

Ottawa et Granby, elle n'a pas

hésité à rentrer chez elle et à

faire carrière dans l'Ouest

canadien.

Ses influences de jazz et de

folk ont donné lieu à un premier

album en 2013. Plus récemment,

le groupe Rosie & The Riveters

lui a permis de donner libre

cours à son côté un peu plus

loufoque.

Alexis fait à l'occasion de

courts séjours à Montréal,

question de se ressourcer auprès

de mentors comme Luc De

Larochellière et Marc Pérusse,

mais ses visites sont toujours

de courte durée. Les vents de

l'Ouest l'appellent et elle

rentre vite chez elle.

(GISÈLE QUENNEVILLE et ALEXIS NORMAND sont maintenant assises l'une en face de l'autre dans un café.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alexis Normand, bonjour.


ALEXIS NORMAND

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons d'abord de ta musique.

Tu fais du folk, du jazz.

Qu'est-ce qui t'a attirée à ces

styles-là en particulier?


ALEXIS NORMAND

Je me souviens, je pense que

j'étais en 11e année, ma

première date. Puis le gars

m'avait amenée à un show durant

le festival jazz de Saskatoon,

et c'était Guy Nadon, je crois,

son nom, un percussionniste qui

jouait. Et à ce moment-là, je me

suis dit: Oh, ça, c'est vraiment

cool, je veux aimer le jazz.

C'était comme une décision que

j'avais prise.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est à cause du

jazz ou à cause du gars?


ALEXIS NORMAND

Bien, on n'est plus ensemble,

ça a pas duré longtemps. Je

pense que c'était vraiment à

cause du show et c'était venu me

chercher. Et le côté folk, je

pense que ça vient...

Mes parents écoutaient beaucoup

de musique folk, de Joni

Mitchell, des choses comme ça à

la maison. C'est juste un genre

de musique que j'aime, que

j'écoute et qui s'est infiltré

un peu comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu fais de la musique depuis

que t'es très jeune? À quel

moment tu as commencé à faire de

la musique, ou à jouer de la

musique même?


ALEXIS NORMAND

Ça fait longtemps, je pense.

Mes parents m'avaient inscrite

dans un cours pour des jeunes

enfants, un cours de musique, je

pense que j'avais 3 ou 4 ans, de

4 à 6 ans, quelque chose comme

ça. Un groupe de tout-petits qui

chantaient ensemble, on faisait

des jeux musicaux, et je pense

que c'est comme ça que mon

intérêt pour la musique s'est

vraiment développé.

Et par la suite... bien, mon

père est agent immobilier, il

vendait une maison pour ses amis

qui déménageaient en Ontario,

mais ils ont pas réussi à vendre

leur piano avant leur départ.

Donc mon père a dit: "On va

prendre le piano, je vais

essayer de le vendre pour vous."

Et je me souviens, je suis

arrivée à la maison un jour de

l'école et ma soeur jouait, elle

était plus jeune, pas encore à

l'école et j'ai trouvé ça

vraiment cool. J'ai commencé à

jouer, je jouais à deux mains,

puis mes parents se sont dit: on

peut pas vendre le piano, elle

joue avec ses deux mains. On

devrait peut-être trouver une

enseignante.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais moi, quand je pense à

toi, je pense plus à la guitare

qu'au piano.


ALEXIS NORMAND

Oui, bien la guitare est venue

plus tard. C'était au

secondaire, je pense que j'avais

14 ans. On venait d'avoir un

nouveau prof de musique à

l'école et les gens commençaient

à jouer puis comme des guitares

traînaient un peu partout, j'ai

décidé: moi aussi, je voudrais

apprendre à jouer et j'ai

découvert que mon père avait une

guitare à la maison et des vieux

livres de musique, la musique

des Beatles ou des affaires de

même. C'est comme ça que j'ai

appris. J'ai ouvert le livre des

Beatles, j'ai choisi la chanson

qui avait le moins d'accords,

c'était Yellow Submarine, c'est

la première toune que j'ai

jouée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et depuis ce temps-là, tu fais

carrière, t'as gagné des prix.

Qu'est-ce qui te rend

différente, dirais-tu, des

autres artistes?


ALEXIS NORMAND

Je pense que ma musique est

très enracinée, surtout dans les

plaines. Ici, la Saskatchewan,

c'est un endroit qui m'habite

partout où je vais. C'est

l'horizon que je porte en moi et

je pense qu'on l'entend dans ma

musique. La musique folk, c'est

planant, il y a de l'espace dans

ce que je fais.

Ça, c'est un élément de ma

musique. Et de plus en plus,

j'essaye d'explorer des

thématiques beaucoup plus

personnelles, vraiment. Donc ma

musique est enracinée et intime,

personnelle, je veux créer des

liens avec les gens qui sont là

pour écouter.


GISÈLE QUENNEVILLE

Où est-ce que tu prends tes

inspirations?


ALEXIS NORMAND

Ça va en phases. Avec mon

premier album, la plupart des

tounes étaient inspirées par mon

retour en Saskatchewan. Je

venais de passer six ans en

Ontario et aussi au Québec, et

en revenant, je pense que c'est

là que j'ai senti mon besoin de

comprendre mes racines. Donc les

tounes parlent beaucoup...

Tu sais, il y en a une, Le pays

du ciel vivant, qui parle du

ciel ici.

Toutes les thématiques de cet

album-là étaient en lien avec un

endroit. Des fois, un endroit

physique.

Par exemple à Saskatoon, il y a

une rivière qui passe au centre-

ville, donc il y a une toune qui

a été inspirée par ça, par cette

rivière-là.

Ou des fois, c'est des endroits

plutôt abstraits. Par exemple,

ma grand-mère, sur le côté

anglophone de ma famille, elle a

le Alzheimer, donc il y avait

comme... En apprenant à

connaître ma grand-mère et le

fait qu'elle avait le Alzheimer,

j'avais l'impression de la

perdre de plus en plus, mais en

même temps, ça crée une sorte

d'espace vide, tu sais, comme un

blanc de mémoire, l'oubli. Et ça

aussi, c'était une inspiration

pour une toune.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ton album Mirador, c'est ton

premier album? Il est sorti en

2013, donc ça fait pas très

longtemps. J'imagine qu'on

ressent une grande satisfaction

quand son premier album sort.

Qu'est-ce que t'as ressenti et

qu'est-ce que t'as appris en

terminant ce projet-là, ou même

en faisant ce projet-là?


ALEXIS NORMAND

C'était un projet quand même

ambitieux pour un premier album

parce qu'il y avait toute une

dimension d'arts visuels.

Ma démarche créative était

partagée avec Zoé Fortier, ma

bonne amie, une artiste

visuelle. Maintenant, ça fait

trois ans presque, je vois

jusqu'à quel point on était

ambitieuses! J'ai simplifié ma

démarche. Mais c'est certain

qu'une fois qu'on lance un

album, c'est comme mettre au

monde un bébé, on sait pas ce

qui va arriver, on met le

travail qu'on peut pour rendre

la chose d'une qualité qui nous

satisfait, mais en même temps,

c'est comme une photo, ça

représente une partie de ma

démarche, et déjà là, je vois

qu'il y a plein de choses qui...

Il y a comme un décalage, j'ai

le goût d'exprimer autre chose,

je suis rendue ailleurs comme

personne et comme artiste.

Voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment ça marche quand on

travaille avec une bonne amie,

une artiste visuelle, et qu'on

essaye de jumeler les deux

médiums finalement?


ALEXIS NORMAND

C'était plutôt un

accompagnement, je dirais. On

savait pas non plus nous deux

comment ça allait marcher.

Et depuis, j'ai eu plein

d'expériences de co-écriture de

chansons et j'ai comme

l'impression d'avoir vécu la

même chose mais avec Zoé.

Parce que chacune des chansons,

elle a exploré la même

thématique au centre des

chansons, mais en arts visuels.

Donc des fois, on partait d'un

point de départ. Un jour, par

exemple, on est allées jouer au

bingo à Saskatoon parce qu'on

l'avait jamais fait puis on

s'était dit: on va faire une

expérience nouvelle, on va vivre

ça ensemble. Et elle prenait des

notes, c'était comme des

sketchs. Moi aussi, j'en

prenais, mais en mots. Et à

partir de ça, on s'est dit:

voici notre point de départ,

c'est des gens qui s'entourent,

pour être entourés, mais en même

temps, il y a comme une solitude

là-dedans. Alors c'était notre

point de départ, on a créé

quelque chose.

Dans la plupart des cas, on

s'échangeait des oeuvres. Donc

elle me donnait une oeuvre

terminée, c'était mon point de

départ pour créer, et moi aussi,

je lui offrais une chanson puis

elle s'en inspirait pour faire

une toile. On s'accompagnait au

travers de ce processus qui

était nouveau et pour elle et

pour moi, et quand on était

bloquées, on prenait une pause,

on se versait un verre de vin et

on en parlait pour trouver des

solutions ou faire du

brainstorming pour trouver une

autre direction où on peut

amener la thématique, pour

débloquer, en fin de compte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alexis, quand tu écris une

chanson, qu'est-ce qui vient

d'abord, c'est les paroles ou la

musique?


ALEXIS NORMAND

Avant, c'était la musique,

maintenant c'est les paroles.

En fait, c'était Luc de

Larochellière qui m'avait lancé

le défi il y a quelques étés.

Je travaillais avec lui durant

une résidence d'artistes à Banff

et il m'a dit: "Essaye ça juste

pour voir", puis j'aime beaucoup

ça. Je trouve que les tounes

sont meilleures, les textes sont

plus forts, le mariage texte-

musique est plus fort aussi.

Pour moi, écrire en français,

c'est une façon d'apprivoiser la

langue française et quand je me

concentre juste sur ça au

départ, je trouve le résultat

beaucoup plus personnel.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alexis, t'as grandi à

Saskatoon. Ta mère est

anglophone, ton père est

francophone. Qu'est-ce qu'on

parlait chez vous?


ALEXIS NORMAND

Les deux.

Maintenant, on parle plus en

anglais. Je sais pas pourquoi on

est tombés là-dedans.

Apparemment, ma mère me parlait

en français quand j'étais jeune

puis elle a décidé de nous

parler en français jusqu'à ce

qu'on devienne meilleurs

qu'elle. Donc ça a pas pris

longtemps. Mais on parle surtout

en anglais chez nous maintenant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais t'as quand même été

capable de garder ton français,

comment t'as fait?


ALEXIS NORMAND

C'est comme n'importe quel

francophone en contexte

minoritaire, on décide. Je pense

que ça doit être un choix

conscient. Jusqu'à quel point

est-ce que je veux vivre ma

francophonie. Puis si c'est pas

une décision consciente, c'est

tellement plus facile d'être

assimilé. Je pense que pour moi,

la décision était prise quand

j'avais 15, 16 ans. Je me

souviens, j'ai changé d'école.

J'ai quitté l'école francophone

pour aller dans une école privée

où ma mère avait été.

J'ai réalisé que ça me manquait,

il y avait un manque de français

dans mon quotidien et à partir

de ce moment-là, je me suis dit:

je veux garder ça.

Je pense que c'est important

pour moi et je pense que ça a

influencé plein de choix dans ma

vie: pourquoi je suis allée à

Ottawa pour étudier en musique

en français, pourquoi je fais de

la musique en français et tout

ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as fait tes études à

l'université d'Ottawa en musique

et en enseignement. Tu voulais

être prof de musique?


ALEXIS NORMAND

Oui, au départ, c'était mon

plan. Je savais que je voulais

faire de la musique, mais je

savais pas comment ça allait

s'intégrer à ma vie, donc au

départ, la solution évidente,

c'était d'être enseignante de

musique. Alors j'ai fait cinq

ans à Ottawa pour me donner

cette formation, mais avant de

retourner en Saskatchewan, j'ai

découvert l'École nationale de

la chanson à Granby.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que t'es allée faire

là-bas?


ALEXIS NORMAND

C'était awesome!

C'était une très belle

formation, c'était une formation

de dix mois. C'est comme une

sorte de survol qui donne un

aperçu de c'est quoi être

auteur-compositeur- interprète.

Donc on a des cours d'histoire

de la musique francophone, de la

composition musicale, l'écriture

de paroles, la gestion de

carrière, des ateliers de

création, l'interprétation, la

mise en scène. On monte un gros

projet de fin d'année, un gros

spectacle, et on en fait la

promotion. Donc ça nous donne

plusieurs outils que j'utilise

encore aujourd'hui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Finalement, est-ce que t'as

jamais enseigné?


ALEXIS NORMAND

Oui, mais pas longtemps. J'ai

enseigné un an à mon retour en

Saskatchewan à temps partiel.

Mais en même temps je commençais

ma carrière, je commençais à

faire des shows à Saskatoon, et

je voyais... je me sentais

tiraillée un peu par les deux

chemins.

Je me suis dit: s'il y a un

moment dans ma vie où je peux

vivre sans nécessairement avoir

un revenu stable et fixe, c'est

maintenant. Alors j'ai décidé de

lâcher cette job-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de ce revenu stable et

fixe. À un moment donné, t'as

décidé de te concentrer

uniquement sur ta musique.

Est-ce que tu peux vivre

uniquement de ta musique?


ALEXIS NORMAND

Tu peux vivre de ta musique,

mais il faut diversifier tes

sources de revenus. Et j'ai deux

projets surtout qui génèrent...

ma vie. Est-ce qu'on peut dire

ça? Whatever...


GISÈLE QUENNEVILLE

Je comprends.


ALEXIS NORMAND

J'ai mon projet francophone

solo, la musique jazz folk, j'ai

aussi un projet anglophone,

Rosie & The Riveters. On est un

quatuor de musique folk gospel.

Et je fais d'autres affaires. Je

fais des ateliers en milieu

scolaire. J'ai déjà fait de la

direction musicale, de la

direction artistique, donc...

C'est le fun d'être en

Saskatchewan parce que si

j'étais à Montréal, il faudrait

peut-être que je choisisse dans

quelle veine je veux... Mais

ici, j'ai accès à une diversité

de contrats qui me fait goûter,

toucher à plein de choses, donc

je peux expérimenter.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es bilingue, t'es en

Saskatchewan. Est-ce que ce

serait pas plus simple juste de

tout faire an anglais?


ALEXIS NORMAND

Ça serait plus simple, mais

c'est pas ça que je veux faire.

Tu sais, il y a des défis

partout.

Je pense si tu choisis une

carrière dans le milieu des

arts, c'est tough, peu importe

ce que tu pratiques et dans

quelle langue. Même les artistes

visuels. Donc c'est juste une

question d'assumer les défis qui

se présentent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quels sont ces défis

justement de chanter en français

dans l'Ouest canadien?


ALEXIS NORMAND

Le milieu ici est très petit

et parsemé sur un énorme

territoire, surtout dans

l'Ouest. Et je dirais que les

structures de l'industrie en

tant que telle, comme le fait

d'avoir des diffuseurs

professionnels et un réseau de

diffusion interprovincial dans

l'Ouest, c'est des structures

qui sont en train de se

développer, donc pour moi, mon

plus grand défi, c'est que je

vois que je suis en train

d'évoluer peut-être plus

rapidement que l'industrie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que tu fais dans

ce cas-là?


ALEXIS NORMAND

Bien, il faut penser

créativement. Et je suis pas mal

autonome et j'essaye de faire

mes tournées quand même. Je

m'inspire aussi beaucoup de mes

collègues anglophones qui

s'organisent eux-mêmes des

tournées dans l'Ouest en

appelant ou en contactant par

courriel des bars ou des salles

de spectacle qui sont peut-être

plus intimes, propices à la

musique et je finance de façon

indépendante mes tournées ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc toi, t'as pas d'agent,

t'es ta propre agente.


ALEXIS NORMAND

Je fais tout. Je suis mon

agente, ma gérante.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es femme d'affaires.


ALEXIS NORMAND

En même temps oui. J'ai

découvert aussi que j'aime le

côté business, marketing.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que t'as des mentors

francophones ici dans l'Ouest

canadien?


ALEXIS NORMAND

Oui, je m'inspire beaucoup de

ce que font les autres artistes

dans l'Ouest. Puis on se parle

et on s'encourage, on

s'entretient aussi. Et je pense

que c'est un des meilleurs

mentors qu'on peut avoir.

Surtout parce que tout est très

jeune, tout est à développer.

Donc on s'échange des idées, on

s'appuie, on fait des tournées

ensemble. J'ai fait une tournée

avec Raphaël Freynet, un auteur-

compositeur- interprète basé à

Edmonton.

J'en ai fait une autre avec

Anique Granger, une artiste

fransaskoise basée à Montréal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu parles de ces autres

artistes de l'Ouest canadien. Je

suis curieuse de savoir, est-ce

qu'il y a un son de l'Ouest

canadien?


ALEXIS NORMAND

Les gens me disent qu'il y a

un son, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quoi ce son-là?

(Elles rient légèrement.)


ALEXIS NORMAND

Je sais pas, c'est comme un

peu atmosphérique. On entend

l'espace dans la musique.

Et il paraît que nos mélodies

sont créées différemment que les

mélodies au Québec. Je pense que

c'est la façon qu'on parle, nos

structures de phrases et on

l'applique en chanson, donc

apparemment, c'est quelque chose

qui nous distingue.

(Un enregistrement vidéo d'ALEXIS NORMAND jouant une de ses compositions devant GISÈLE QUENNEVILLE défile pendant quelques secondes.)

♪ Ta voix tremblait quand je

suis arrivée T'étais en robe de

chambre et jeans usés Tes yeux

rougis cherchaient un peu de

bien Et voulaient plonger au

fond des miens T'as dit tu es la

seule qui peut me calmer Dis-moi

comment fais-tu pour continuer

Moi je ne l'ai pas consolé dans

mes bras J'avais la peur de

vouloir rester là C'est moins

personnel comme ça Moins

personnel comme ça ♪

♪ T'as vidé ton coeur de ses

remords T'as avoué que tu

m'aimais encore Tu ne le sais

pas mais ça m'a tout pris pour

éviter de te dire moi aussi ♪

(GISÈLE QUENNEVILLE et ALEXIS NORMAND sont maintenant debout l'une en face de l'autre dans un café.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alexis, quand t'étais aux

études à Ottawa, t'as travaillé

comme page au Parlement.

C'était comment, ça?


ALEXIS NORMAND

C'était intéressant. à chaque

fois que j'arrivais au travail,

je me sentais vraiment

privilégiée de pouvoir

travailler là et surtout dans la

Chambre des communes pour voir

les échanges, voir comment ça

fonctionne. Et j'ai développé

une très grande appréciation

pour le travail des députés. Ils

sont occupés.

La plupart des gens pensent que

les députés sont tout le temps

dans la Chambre des communes,

mais non, ils sont pas toujours

là, la plupart de leur travail

se fait ailleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis après ça, t'as été guide

au Parlement.


ALEXIS NORMAND

Oui, justement, j'avais besoin

d'emploi pour les quatre autres

années que j'ai passées à Ottawa

et souvent j'ai travaillé au

Parlement pour faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on te posait des

questions bizarres des fois sur

le Parlement?


ALEXIS NORMAND

Oui. Une des questions les

plus bizarres, j'étais à

l'extérieur du Parlement et

quelqu'un est venu me voir, qui

m'a dit: "C'est quelle religion

cette église?"

Bienvenue au Parlement du

Canada!

(Elles rient ensemble.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alexis, tu vas parfois à

Montréal pour faire des

ateliers. Je pense que t'es

allée en faire un récemment avec

Luc de Larochellière.

Pourquoi lui?


ALEXIS NORMAND

J'aime ce qu'il fait. On

s'était rencontrés à quelques

reprises dans le cadre d'autres

projets, d'autres résidences

d'artistes et je voulais

retravailler avec lui parce que

justement, on s'était rencontrés

la première fois je pense en

2010 et encore en 2013.

Donc il a comme vu un peu d'où

j'arrive.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ton évolution.


ALEXIS NORMAND

Oui, c'est ça. Et je respecte

beaucoup son travail et je

voulais que quelqu'un se penche

avec moi sur mes textes pour les

améliorer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais justement, qu'est-ce que

tu fais avec lui? Qu'est-ce que

t'apprends de lui?


ALEXIS NORMAND

J'ai appris que je me suis

vraiment beaucoup améliorée.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est bien, bravo!

Si c'est lui qui le dit,

ça doit être vrai.


ALEXIS NORMAND

Oui... Donc, j'arrive chez

lui, dans son salon. J'amène ma

guitare, je fais la toune une

couple de fois, puis là, on

regarde le texte puis il va

souligner peut-être des endroits

où l'articulation de mes idées

est peut-être moins claire, ou

il va me proposer des mots qui

seront peut-être une façon plus

efficace de communiquer ce que

j'essaye de dire dans la

chanson.

Des fois même, il me suggère:

"Tu sais, Alexis, ta toune a

besoin d'un refrain ou d'une

autre section musicale. Va

travailler ça, on va se revoir

la semaine prochaine puis tu me

montreras ce que tu as fait."

Donc on a fait ça. On a eu cinq

sessions de calées sur un mois,

j'ai passé un mois à Montréal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que tu aimerais ça,

faire carrière là-bas? Est-ce

que quelque part ça fait partie

de tes projets de percer au

Québec?


ALEXIS NORMAND

J'aimerais jouer plus au

Québec, ça, c'est certain.

Je pense juste...

C'est parce que j'ai fait pas

mal ce qu'il y a à faire dans

l'Ouest. Il y a encore quelques

festivals et des tournées que je

peux toujours faire ici, mais

j'ai le goût de voir d'autres

scènes, j'ai le goût de jouer au

Québec, de partager ma musique

puis rencontrer les publics

québécois, donc c'est certain

que c'est dans mes plans. Mon

prochain album, je veux tourner

ça au Québec.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a eu une couple d'années,

les gens t'ont connue peut-être

pas forcément pour les bonnes

raisons, c'est la Coupe

Memorial. Tu chantais l'hymne

national américain, t'as eu un

blanc de mémoire et t'as oublié

les paroles. Moi, j'ai vu puis

je me suis dit que tu t'es

comportée avec beaucoup de

classe. Comment t'as vécu ça?


ALEXIS NORMAND

C'était tough.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


ALEXIS NORMAND

C'était vraiment tough. Oui.

Je pense que cet événement-là a

mis plein de choses en question

à la suite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vraiment?


ALEXIS NORMAND

C'était vraiment quelque chose

qui m'a secoué l'âme, il fallait

que je me reconstruise après.

C'était une erreur et je

regrette de l'avoir faite. Et

l'expérience a été presque une

exception.

C'était exceptionnel dans le

vrai sens du terme. C'est

rare... je me plante jamais.

De un. Et de deux, qui est-ce

que tu connais qui a une vidéo

virale en ligne? Moi, je connais

pas grand monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, t'en as une maintenant.


ALEXIS NORMAND

J'en ai une et ça a explosé,

et toute l'expérience attachée à

ça, les entrevues, je pense que

j'ai fait comme une cinquantaine

d'entrevues à la suite aux

États-Unis, sur toutes les

chaînes, et à la fin, j'étais

vidée au complet.

J'ai appris beaucoup de choses.

J'ai appris que je suis plus

forte que je pense que je suis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sûrement pour faire ça.


ALEXIS NORMAND

Et j'ai appris aussi à lâcher

prise. C'est correct de faire

des erreurs et de les assumer.

Je pense que maintenant, j'ai

trouvé une vraie confiance. Ce

doute ou ce questionnement que

j'avais avant, surtout avant, me

causait beaucoup d'angoisse et

maintenant que je...

Je suis plus confiante dans ce

que je fais et ça m'enlève

beaucoup de stress. Et je peux

aimer ce que je fais.

Je monte sur scène, j'ai jamais

vraiment peur, mais il y a

vraiment quelque chose qui s'est

relâché à la suite et ça m'a

permis de vivre avec une plus

grande liberté d'expression et

une plus grande fluidité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu fais partie d'un nouveau

groupe, de ce temps-ci, ça

s'appelle Rosie & The Riveters,

tu y as fait allusion tantôt.

C'est un groupe qui chante en

anglais. Peut-être me parler un

peu de ce groupe, qui sort un

peu de l'ordinaire quand même.


ALEXIS NORMAND

On fait de la musique folk

gospel inspirée des années 40.

Ça fait qu'on fait des chansons

un peu comme les Andrews

Sisters, mais à quatre voix,

donc beaucoup d'harmonie vocale,

on incorpore la percussion

corporelle comme des

foot stamps puis des hand claps

puis on chante des Hallelujah

dans les bars.

Donc c'est plus pour amener une

joie de vivre à nos publics. On

veut s'amuser avec eux sur

scène, et de plus en plus on

écrit des tounes originales,

donc on s'inspire du gospel dans

la structure, mais on n'est pas

un groupe religieux.

On célèbre la joie. On veut

juste avoir du fun.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez l'air d'avoir du fun

sur scène.


ALEXIS NORMAND

Oui, on s'amuse vraiment

beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tout le côté performance,

chorégraphie, humour, est-ce que

c'était nouveau pour toi ça?

Parce qu'il y a de l'humour dans

ce que vous faites.


ALEXIS NORMAND

Beaucoup d'humour, on rit. Et

chaque show est différent.

Les blagues... Bien, il y a des

blagues qui reviennent d'un show

à l'autre, mais la plupart du

temps, c'est vraiment comme...

c'est pas improvisé, mais c'est

nouveau à chaque fois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça va aller où, ce groupe-là,

tu penses? Ou tu aimerais que ça

aille où?


ALEXIS NORMAND

Oh, bien je sais pas. C'est un

projet secondaire pour chacune

des membres. On a toutes quelque

chose. Moi, j'ai mon projet

solo, mais chacune de nous avons

un autre projet.

Mais on enregistre un album ce

printemps, on le lancera cet

automne, en octobre 2015, et on

continue à faire la tournée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et du côté francophone, t'as

un deuxième album en chantier?


ALEXIS NORMAND

Oui, justement, j'ai travaillé

des nouveaux textes avec Luc de

Larochellière puis quand j'étais

à Montréal, je suis rentrée en

studio avec Marc Pérusse. Avec

lui, on est capable de mettre le

texte vraiment à l'avant,

l'interprétation à l'avant et

tout le reste coule de source,

donc je trouve que le résultat

jusqu'à maintenant est vraiment

plus lié à moi-même et c'est

plus personnel.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Alexis Normand, merci

beaucoup.


ALEXIS NORMAND

Merci à toi.

(Générique de fermeture)

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