Universe image Carte de visite Universe image Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

Share

A plugin is needed to display this content

https://get.adobe.com/flashplayer/

Léo Therrien : Director, Maison Vale Hospice

He is recognized for his dedication to and engagement with community – Léo Therrien unites people. He gathered community support for a project to create a hospice for those at the end of their lives. Since 2008, he has been the Director of Maison Vale Hospice, the only palliative care residence of its kind in the Sudbury region.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

Accessibility
Change the behavior of the player

VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que RACHEL DESAULNIERS présente son invité, on montre des images extérieures et intérieures de la Maison Vale Hospice, fondée par LÉO THERRIEN.


RACHEL DESAULNIERS

Il est reconnu pour son

dévouement et son engagement

communautaire. Depuis près

de 30 ans, Léo Therrien milite

pour la justice sociale.

Il consacre ses efforts à venir

en aide aux démunis, à changer

des mentalités, à amasser

des fonds et à faire une

différence dans la vie de ceux

qui l'entourent.

Au fil des ans, il a su

s'entourer d'un réseau solide.

Léo Therrien est un rassembleur.

Il a rallié la communauté autour

d'un projet de création d'une

maison d'accueil pour des

malades en fin de vie. Depuis

2008, il est le directeur

de la Maison Vale Hospice,

une maison de soins palliatifs

uniques dans la région de

Sudbury.


LÉO THERRIEN

(Citation tirée de l'entrevue)

Je me vois plutôt

une personne humaniste

que religieuse.

(L'entrevue suivante se déroule dans les locaux de la Maison Vale Hospice.)


RACHEL DESAULNIERS

Bonjour, Léo Therrien.


LÉO THERRIEN

Bonjour, Rachel.


RACHEL DESAULNIERS

Léo, vous êtes originaire du

Nord de l'Ontario, d'un village

qui s'appelle Opasatika.

Décrivez-nous le village

où vous avez grandi.


LÉO THERRIEN

Ah, c'est un tout petit

village entre Hearst et

Kapuskasing.

On dit « poussé par le vent

puis reculé par le tonnerre. »

Si tu t'ouvres pas les yeux,

tu vas le manquer assez

rapidement. C'est un beau

petit coin de pays dans

le Nord de l'Ontario.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez choisi Ottawa comme

ville pour destination où faire

vos études. Pourquoi Ottawa

et pas demeurer dans le Nord

de l'Ontario?


LÉO THERRIEN

La majorité des gens allaient

le plus loin possible. Fait

qu'on s'enlignait à Ottawa

parce que c'était français. Puis

on connaissait pas vraiment

Sudbury à ce moment-là puis

tous les jeunes à ce moment-là,

en grosse majorité, allaient

à Ottawa, surtout à l'Université

d'Ottawa. Fait que j'ai fait

la même chose.


RACHEL DESAULNIERS

Et puis un retour par la

suite dans le Nord où vous avez

quand même travaillé. Ç'a été

pas évident pour vous de

trouver votre chemin, de choisir

de faire carrière dans le

domaine du travail social.

Pourquoi?


LÉO THERRIEN

Bien, quand j'ai laissé

Ottawa, je suis allé travailler

au moulin pendant

une secousse. Puis un moment

donné, je me suis aperçu

que c'était pas ça que je

voulais faire. Fait que j'ai

décidé venir à la Laurentienne

à Sudbury ici. Puis ça m'a pris

une secousse à m'enligner

en service social, parce que

j'avais des amis qui me disaient

que c'est vers ça que je devrais

peut-être aller dedans. Mais

finalement, quand j'ai fait

ce choix-là, c'était le meilleur

choix. J'avais trouvé où

est-ce que je devais être.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez dit que des amis

vous ont conseillé. Est-ce

qu'il y avait des modèles pour

vous, des gens dans votre

entourage qui faisaient de

l'engagement social et qui ont

eu une influence sur vous

peut-être?


LÉO THERRIEN

Quand je suis retourné

au village, j'avais travaillé

à l'Arc-en-ciel, qui est une

maison pour les jeunes dans

le besoin qui avaient des

problèmes de toxicomanie.

Puis c'est un ami prêtre, René

Poirier, qui avait mis ça sur

pied dans mon village. Alors

c'est lui qui m'encourageait

beaucoup d'aller en service

social. Fait que finalement,

à un moment donné, je pense

que je l'ai écouté. Mais c'est

après que je sois allé en Haïti

avec lui que ça m'a ouvert

les yeux aussi aux réalités

du monde. Puis un moment donné,

c'était le bon temps d'aller

en service social pour moi.

La porte s'ouvrait.


RACHEL DESAULNIERS

Vous mentionnez un voyage

à Haïti. Qu'est-ce qui s'est

passé là-bas? Qu'est-ce que

vous avez vu et comment ça

vous a transformé peut-être?


LÉO THERRIEN

Bien, pour un petit gars du

Nord, qui est jamais sorti

de la province, t'arrives en

Haïti, qui est certainement

un des pays les plus

pauvres de la planète. On était

dans un Boys Town géré

par les frères et sœurs de

Mère Teresa. Puis c'était

la pauvreté absolue. Les jeunes

vivaient dans des taudis. Mais

on était dans un Boys Town

où ils accueillaient

les enfants. Mais on avait été

aussi dans un mouroir où

ils accueillaient les gens,

les hommes et les femmes

de la rue pour leur donner

une place pour mourir en

dignité. Ça, ç'avait été très

difficile, parce que tout ce

qu'ils avaient, c'était des

aspirines pour la douleur.

Au retour, par la suite, c'était

le choc culturel. C'est ça qui a

été difficile. Que tu vois la

misère, mais tu vois le sourire

des gens aussi, parce que les

enfants, c'était toujours de

bonne humeur. T'arrives ici,

à l'université où les gens

gaspillent de la nourriture.

On est blasé un peu. Ç'a été

très difficile. Ça fait qu'il y

a une couple de semaines certain

que j'étais en choc culturel

par la suite.


RACHEL DESAULNIERS

Est-ce que ça vous choquait

de voir ces différences ou ces

différents modes de vie?


LÉO THERRIEN

Les gens ont pas grand-chose.

Bien, ils ont rien pour vivre.

Ils vivent dans des taudis.

Les gens se nourrissaient

dans le dépotoir. Mais quand

tu reviens ici, tu remarques

le luxe beaucoup. Juste dans

un magasin de coin en Floride

à Miami par la suite, j'ai vu

plus de nourriture que j'avais

vu pendant deux semaines en

Haïti. Fait que tu vois l'excès

qu'on a en Amérique du Nord

puis le manque qu'on a là-bas.

Mais ça veut pas dire qu'on est

plus heureux, en conséquence,

toujours aussi des fois. Fait

qu'on a tendance des fois

à se plaindre puis en réalité,

y a du monde dans de bien

pires situations qu'on est.


RACHEL DESAULNIERS

Comme premier travail,

je crois que vous avez

travaillé avec un groupe qui

s'appelle Développement

et Paix. Qu'est-ce que c'est,

Développement et Paix?

Qu'est-ce que vous faisiez

avec eux?


LÉO THERRIEN

Il s'adonnait que j'étais

retourné chez nous. Après avoir

été diplômé, je suis retourné

chez nous puis j'avais pas

de job. Puis ça adonnait que

l'animatrice de Développement

et Paix, elle était de mon

village à Opasatika. J'ai

appliqué pour le poste qui

était basé à Sudbury. Et

Développement et Paix, c'est

un organisme de l'Église

catholique qui commandite

des projets de développement

dans les pays du tiers-monde

puis qui fait aussi de

l'éducation. Fait que j'étais

animateur pour tout le Nord

de l'Ontario jusqu'à

Thunder Bay, Moosonee,

je couvrais tout le Nord, qui

était un grand territoire. Fait

que j'ai fait ça pendant cinq

ans. Ça m'a permis

d'aller au Nicaragua,

d'aller au Kenya, au Sénégal,

d'aller visiter des projets de

développement, et de voir

des projets concrets, mais

aussi très créatifs et très

positifs. De voir le positif

dans le tiers-monde,

de ne pas seulement voir

la pauvreté, de voir l'espoir.


RACHEL DESAULNIERS

Et puis lorsque vous voyagez

comme ça, est-ce que ça forme

aussi votre esprit politique?


LÉO THERRIEN

Bien, au Nicaragua surtout,

je suis arrivé là dans

la guerre des Contras.

J'étais allé aux États-Unis

auparavant. Fait que c'est sûr

que par la suite, quand tu

reviens, tu regardes pas les

nouvelles de la même manière.

Tu commences à lire entre

les lignes. Tu te demandes:

s'il dit ça, c'est peut-être

qu'il veut dire d'autre chose.

Mais ça m'a beaucoup politisé

à la politique américaine

à travers la planète. Les autres

voyages, la même chose aussi,

c'est juste que... j'ai une

bonne mémoire photographique.

Quand je revenais, j'avais

beaucoup d'histoires à parler.

Fait que ce qui est intéressant

avec les projets de

développement, j'avais quelque

chose à parler quand je faisais

des présentations sur

Développement et Paix.

Puis je revenais avec beaucoup

de photos, d'images. Fait que

je pouvais facilement parler

de ce que je devais promouvoir

dans ma job.


RACHEL DESAULNIERS

Mais c'est un organisme

de l'Église catholique.

Est-ce que vous êtes quelqu'un

de religieux nécessairement?


LÉO THERRIEN

Je suis quelqu'un d'humaniste

plus que religieux. Ma femme va

dire que je ne peux pas faire

ce que je fais ici sans que je

sois spirituel aussi. Non, je

ne suis pas une personne qui

est pratiquante. Mais il y a du

bien dans tout. Fait qu'à

Développement et Paix, ce que

j'avais remarqué, c'est que

c'est un organisme très

progressiste. Fait que tu voyais

beaucoup l'esprit progressiste

de l'Église catholique. Ça,

c'était très intéressant.

Je me vois plutôt une personne

humaniste que religieuse.


RACHEL DESAULNIERS

Pour faire le type de travail

que vous faites, vous devez être

solide psychologiquement.

Comment vous faites justement

pour maintenir le cap dans

le travail que vous faites?


LÉO THERRIEN

Je suis un diplômé en service

social, mon épouse aussi.

Fait qu'elle a un bon sens de

l'écoute. C'est sûr que j'ai

besoin de me vider, des fois,

puis elle... c'est une bonne

manière de faire ça aussi.

Mais tu trouves d'autres moyens.

Moi, dans mon cas, je vais

au chalet autant que je peux

y aller puis je fais du bicycle,

je viens au travail en bicycle.

Bien, pas en hiver, parce que

le Nord de l'Ontario, c'est

un peu difficile, malgré que ça

se fait ici. Non, pendant

l'été, je viens travailler en

bicycle. Fait que ça, ça change

le mal de place.


RACHEL DESAULNIERS

Qu'est-ce qui nourrit

votre sens d'engagement?


LÉO THERRIEN

Je pense que tu peux faire

une différence. Tu veux aider

les gens, tu veux... Tant qu'à

moi, c'est ça, c'est faire

une différence dans la vie.

Fait que toutes les jobs...

J'ai eu trois jobs dans ma vie.

C'était toujours d'amasser

des fonds, c'était toujours de

faire de la sensibilisation

communautaire, du développement

communautaire. Puis c'est ça

qui m'intéressait, moi, en

service social. C'était de

l'action sociale, du

développement communautaire.

C'est d'aller changer

les choses puis de travailler

avec le monde. Fait que c'est

ça que j'aime faire.


RACHEL DESAULNIERS

Avec le recul, est-ce que

vous trouvez que vous avez fait

une différence dans votre

cheminement?


LÉO THERRIEN

Juste ici, avec la maison

de soins palliatifs, oui, ça

fait 15 ans que je travaille

ici à la Maison La Paix.

Tu vois une différence parce que

les familles te le disent par

la suite que ça apporte une

grande différence pour eux.

Fait que quand les gens te

disent par la suite que ça leur

a permis de vivre une fin de vie

qui est plus honorable, qui est

meilleure, c'est sûr que ça fait

une différence. Tous les gens

qui travaillent ici apprécient

où est-ce qu'ils travaillent.

Mais les familles, c'est eux

autres, c'est les messages

qu'ils te ramènent par la suite

qui fait que oui,

ça fait du bien.

(On se trouve dans une pièce de la Maison Vale Hospice où des tableaux sont accrochés au mur.)


RACHEL DESAULNIERS

Ce qui est vraiment frappant,

c'est l'accueil, la chaleur du

lieu. Vous avez vraiment tissé

des liens humains. Les objets

ont des histoires qu'on regarde

un peu partout. Qu'est-ce qu'on

peut voir et qu'est-ce que

ça raconte?


LÉO THERRIEN

Ici, c'est la galerie de la

maison. Fait qu'on a des

artistes à tous les deux mois

qui viennent étaler leurs

tableaux ici. Puis on en a

aussi qui ont été donnés à la

maison. Ça met beaucoup

de vie dans la maison. Puis

on a nos arbres, l'arbre

généalogique de la maison,

si tu veux. On a le nom

des résidents qui sont décédés

ici à partir de Maison La Paix

jusqu'à tout récemment ici

à la maison.


RACHEL DESAULNIERS

Et puis les gens sont très

généreux. On vous fait

des dons de sculptures,

des œuvres d'art. Donnez-nous

des exemples.


LÉO THERRIEN

Les tableaux partout étalés

dans la maison, c'est

des cadeaux. L'aquarium qui est

à côté ici, ç'a été donné

par une famille. C'est le mari

qui a sculpté, c'est son fils

qui a développé le principe

de l'aquarium. Tout ce qu'il y

a à l'extérieur de la maison,

toutes les balançoires,

la fontaine en avant, le quai,

le gazebo, c'est tous des dons

des familles qui ont eu affaire

à nous autres. Les gens

commanditent les pierres sur

le sentier, commanditent les

arbres, parce qu'ils veulent

redonner à la maison, puis

ils font des dons. Puis ils

veulent aussi que les noms de

leurs proches apparaissent

à la maison. C'est pour ça

qu'il y a des dédicaces à

beaucoup de personnes,

à beaucoup d'organismes

tout le tour de la maison.


RACHEL DESAULNIERS

Léo Therrien, vous avez eu

le plaisir de voyager, d'aller

en mission humanitaire, de voir

le monde. Est-ce que c'est

le résultat de vos voyages qui

a fait en sorte que vous avez

créé le Village International

à Sudbury?


LÉO THERRIEN

Bien, en partie, mais l'autre

partie, c'est que les cinq ans

que j'ai faits à Développement

et Paix, j'avais accumulé

beaucoup de ressources,

beaucoup de matériel,

que je voulais que les gens

aient accès. Parce que je

recevais beaucoup d'information

sur le tiers-monde. Puis

dans ces années-là, en 1990,

il y avait beaucoup d'organismes

de développement international

ici à Sudbury, dont Oxfam,

Amnistie Internationale,

Jeunesse Canada Monde,

etc. Fait que le but,

c'était de rassembler ces

organismes-là dans un centre

de ressources sur le

développement international et

de faire de l'éducation. Fait

que c'est ça que j'ai fait

quand j'ai laissé Développement

et Paix, c'est qu'on a parti

le Village International,

puis on a regroupé ces

organismes-là ensemble.


RACHEL DESAULNIERS

En fait, c'est une boutique

où les gens peuvent aller

acheter de l'artisanat,

des produits, mais à des prix

équitables.


LÉO THERRIEN

C'est devenu une boutique.

Au commencement, c'était

un centre d'éducation. Mais

pour subvenir à nos besoins,

il fallait ramasser de

l'argent, parce qu'il n'y avait

pas grand financement

provincial, parce que ça venait

pas souvent dans le Nord de

l'Ontario, c'était plutôt

fédéral. Fait qu'on a parti

une boutique d'artisanat.

On a commencé à vendre

des articles. Il y avait

Ten Thousand Villages,

de Mennonite, dans le coin

de Kitchener. Puis on est allé

au marché des fermiers

les week-ends, on vendait

un petit peu. Avec qu'est-ce

qu'on faisait, on en rachetait

d'autres. Puis c'est de même

qu'on a grossi. Puis on s'est

ouvert une boutique par la

suite. Puis on faisait du

commerce équitable avant

que ce soit à la mode.

On vendait du café équitable

avant que ce soit à la mode.

Puis ç'a été mis sur pied

en 90, fait que ça fait 25 ans

que ça existe.


RACHEL DESAULNIERS

Est-ce que les gens étaient

au rendez-vous? Vous dites

que c'était un peu

à l'avant-garde. Est-ce qu'il y

avait une soif de vouloir

aller acheter les produits?


LÉO THERRIEN

L'artisanat amène beaucoup

de l'historique du pays, de

la culture du pays. Fait que

les gens étaient vraiment

intéressés, parce que tu

trouves pas ça nécessairement

dans le Nord de l'Ontario

à ce moment-là. Fait qu'on

attirait toutes sortes de

personnes qui étaient

intéressées aux voyages,

mais intéressées

à l'internationalisme aussi.

Fait que c'était vraiment

intéressant. On a rencontré

un paquet de monde...

C'était le bon temps, je pense.


RACHEL DESAULNIERS

Votre cheminement, un moment

donné, vous amène à Maison

La Paix. C'était une maison

d'accueil pour sidéens. Est-ce

qu'il y avait un réel besoin

dans la région de Sudbury pour

une maison comme ça?


LÉO THERRIEN

Il y avait un besoin.

La maison a ouvert en 1996.

Le groupe de VIH-sida avait été

mis sur pied en 88. Fait que

c'était dans le mille, quand

la maladie a commencé.

Fait que les personnes qui

vivaient avec le VIH-sida

à Sudbury comme ailleurs étaient

pas nécessairement très bien

traitées, étaient très ignorées,

il y avait un gros stigma.

Puis c'est ça que le groupe

s'est aperçu ici, c'est qu'ils

avaient besoin de logement.

Parce que beaucoup étaient

délaissés par leur famille,

leurs amis, mais aussi par

le système. Fait que le but,

c'était d'avoir une maison

de quatre lits à ce moment-là

pour les personnes qui vivaient

avec cette situation. Puis moi,

je suis arrivé en 2000, ça

faisait quatre ans que la maison

était ouverte. Puis en arrivant

avec un « background » en service

social, j'arrivais avec une

différente approche.

Parce qu'auparavant, c'était

surtout des infirmières, fait

que moi, c'est un peu plus

le réseautage que j'ai mis

de l'avant puis les systèmes.

Puis c'est là-dessus

que j'ai travaillé surtout.


RACHEL DESAULNIERS

Est-ce que... j'imagine,

quand c'est une petite maison,

vous côtoyez les gens,

les résidents. Est-ce que vous

vous attachez? Est-ce que vous

formez des amitiés parfois avec

les gens qui vous entourent?


LÉO THERRIEN

Que ce soit de travailler

avec les sidéens ou en soins

palliatifs ici à la maison, oui,

tu t'attaches aux personnes.

Moi, j'ai tendance à m'attacher

beaucoup surtout aux

francophones. Quand il y a de

grosses familles francophones

qui rentrent dans la place,

ça ressemble... Moi, je viens

d'une famille de huit enfants,

fait que c'est très naturel

pour moi, les grosses familles.

Fait que quand il y a

des francophones à un moment

donné, c'est comme qu'il y a

un lien de parenté, que tu le

veuilles ou non. Il y a quelque

chose qui a rapport. Fait que

oui, on s'attache. Le problème

quand tu t'attaches, tu te fais

mal aussi. Dans ce cas-ci,

les gens décèdent. C'est

la même chose avec les sidéens.

À un moment donné, il y en a

qui sont décédés, il y en a

d'autres qui retournaient dans

la communauté. Fait que faut

que tu fasses attention.

(Propos en anglais et en français)

Faut que t'ailles ce qu'on appelle

des bondaries,des... des...

en tout cas, une manière de

faire attention, parce que tu

vas te faire mal. Fait que

des fois, tu prends un recul,

après ça, tu te rattaches,

tu prends un recul, c'est très

commun dans le métier.


LÉO THERRIEN

Il y avait une personne en

particulier, je crois, qui vous

a touché. Racontez-nous

cette histoire.


LÉO THERRIEN

Ah, c'était Terry. Terry,

c'était un gars de mon âge

qui arrivait de Chapleau.

Il était dans Chapleau, mais

il est arrivé de Thunder Bay...

il est arrivé chez nous à la

maison en 2004, je crois.

Puis il était tombé sur la rue,

il était rentré à l'hôpital. Ça

a pris un mois avant qu'ils

s'aperçoivent qu'il avait le

sida. Il est rentré à la Maison

La Paix, mais il était

semi-paralysé, ne pouvait

presque pas parler. Puis on

avait quelque chose en commun.

Je lui enregistrais de la

musique, parce qu'on écoutait

le même genre de musique,

on avait le même âge. Fait

qu'un moment donné, il s'est

retrouvé à l'hôpital. Il

voulait pas mourir à la Maison

La Paix, parce qu'il ne voulait

pas être un fardeau pour la

maison. Une fois rentré

à l'hôpital, après une semaine

à la maison où on s'est pas

vraiment occupé de lui, on le

nourrissait pas, on lui laissait

la nourriture là, mais il était

paralysé. Quand il est revenu,

il m'a fait signe que c'est ici

qu'il voulait mourir. Fait

que... chaque fois... Bien,

il est mort devant moi. C'est

le premier résident que j'ai vu

mourir. Fait que c'est ça qui a

vraiment mené à la maison

de soins palliatifs ici.

Parce que t'oublies jamais le

premier. La première personne

que tu vas voir ça, ça te

marque. Mais par la suite,

on a créé la maison de soins

palliatifs. Mais Terry est resté

marqué, parce que c'est lui

qui a ramené les soins

palliatifs. Parce qu'à un

moment donné, à Maison La Paix,

avec le sida, les gens vivent

beaucoup plus longtemps avec

la maladie, fait qu'ils ne

mouraient pas. Terry est

décédé. Fait que les soins

palliatifs ont refait surface

puis on a lancé par la suite

le projet de soins palliatifs.

Fait que c'est un peu basé

sur Terry.


RACHEL DESAULNIERS

Mais comment s'est fait ce

projet? Le passage de la Maison

La Paix à la Maison Vale?


LÉO THERRIEN

Ça aide d'avoir de la gueule

des fois.


RACHEL DESAULNIERS

Tiens, tiens!


LÉO THERRIEN

Ouais, parce que comme

on était un organisme du sida,

on n’était pas invité

à grand-chose. On était plutôt

à l'écart. Fait que toutes

les affaires qui se passaient

en santé, on n’était pas financé

adéquatement puis on n’avait pas

un financement permanent.

Fait qu'on faisait pas partie du

réseau.

(Propos en anglais et en français)

Fait que moi, j'ai

commencé à crasher tous

les meetings qu'il y avait sur

les soins palliatifs en disant

qu'on devrait avoir

un financement adéquat

à la Maison La Paix. Fait

que je m'invitais à tous

les meetings. Puis un moment

donné, quand tu te lèves la

tête au-dessus de la foule,

des fois, tu te fais remarquer,

des fois tu te la fais couper.

Fait qu'un moment donné, quand

ç'a été le temps de nommer

des organismes ou des

communautés qui auraient

une maison de soins palliatifs,

Maison La Paix était reconnue

à Sudbury pour être cet

organisme. Mais c'est parce

qu'un moment donné, tu te

débats puis les gens

remarquent... Puis dans le Nord

de l'Ontario, c'est souvent ça

qu'il faut que tu fasses. Avec

Village International, c'était

la même chose, on n’avait pas de

financement. Fait que tu vas

à des meetings puis tu t'envoies

la trappe si t'en as une.


RACHEL DESAULNIERS

Y a une part où c'est

un discours qui est très... qui

vient de la raison. Mais vous

êtes aussi quelqu'un qui parle

avec beaucoup de passion.

Dans l'ensemble, votre

personnalité y est pour combien

dans cette équation-là de

pouvoir rallier les gens?


LÉO THERRIEN

Bien, je pense qu'une

des choses, si tu viens

d'un petit village du Nord,

je pense que ça fait

une différence. Le petit

village d'Opasatika reste en

toi. Le fait français, le fait

de débattre pour tes droits.

En service social, c'est ça que

j'avais fait à un moment donné.

À l'école des sciences sociales,

pour avoir des stages en

français, il fallait se

débattre. Puis les gens se

demandaient pourquoi avoir

des stages en français quand

tu parles anglais? Mais en

réalité, je parlais pas que le

diable anglais quand je suis

arrivé à Sudbury. Le seul temps

que je me suis aperçu, c'est

quand il a fallu que je

m'obstine en anglais avec

des anglophones pour les

convaincre des besoins des

francophones, que je me suis

aperçu que j'étais capable de

parler anglais. Quand c'était

à cœur, ça sortait. Avec

une petite bière, des fois,

ça aidait aussi, mais tu peux

pas toujours faire ça. Fait

qu'en réalité, quelque chose

qui te tient à cœur, pour moi,

je le défends. Fait que le fait,

les besoins de francophones,

c'est important. Dans mon cas

ici, c'était le développement

international, maintenant,

c'est rendu les soins

palliatifs, et des soins

équitables à tout le monde,

c'est ça qui est important,

puis je me mets au batte,

c'est tout.


RACHEL DESAULNIERS

La Maison Vale est entourée

de nature à côté du lac,

des arbres, le site est aussi

aménagé de façon bien spéciale

pour le bien des patients et

des familles. Décrivez-nous

qu'est-ce qu'on retrouve

sur le site.


LÉO THERRIEN

C'est ce qu'on appelle nous

autres le sentier de la vie.

On a bâti un sentier tout

le tour de la maison. L'idée,

c'est de rendre le lac

accessible, parce qu'on veut

créer des moments de fin

de vie aux personnes.

Puis dans le Nord de l'Ontario,

être proche d'un lac, c'est

naturel pour tout le monde.

C'est comme aller au camp.

D'ailleurs, il y a des

résidents qui pensent qu'ils

sont au camp quand ils sont

ici. Fait qu'on a bâti un quai,

on a bâti un gazebo, on a bâti

une forêt enchantée, on a

un coin pour les enfants.

(Propos en anglais et en français)

On a un deck là-bas. Tous

les arbres ont été commandités.

Fait que c'est tout accessible

aux chaises roulantes,

aux fauteuils roulants. Fait

qu'on peut faire le tour de la

maison. Puis un jour, on va

pouvoir continuer tout le tour

jusque devant la maison.

L'idée, c'est de créer un

émerveillement pour tout le

monde. Parce qu'encore

une fois, comme je disais,

on a eu une résidente qui a

pêché un poisson ici une année.

Fait que le dernier moment

de sa vie, sa fille c'est de se

rappeler que maman, elle a

pêché un poisson, un brochet.

La première fois qu'elle

pêchait de sa vie, elle a pogné

un brochet tout de suite. Fait

que c'est ces choses-là que

t'oublieras jamais. On essaie

de créer ces moments de fin

de vie-là dans la nature.


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes le directeur

fondateur de la Maison Vale

depuis 2008. Racontez-nous

le quotidien de la maison.


LÉO THERRIEN

Ici, c'est une place où

les gens viennent vivre, fait

que c'est une maison pareille

comme une autre maison

ailleurs, c'est juste qu'il y a

dix chambres à coucher.

Chez nous, on était huit

enfants, on avait deux chambres

à coucher; six gars pour une

chambre puis deux filles

dans la même chambre.

Ici, il y a dix chambres

individuelles. C'est juste que

c'est axé sur la famille.

Alors, il y a un va-et-vient

continuel, parce qu'il y a pas

d'heure de visite, on barre pas

la porte, les gens viennent

quand ils veulent, à la quantité

qu'ils décident. Fait que des

fois, tu peux te retrouver avec

une vingtaine de personnes

dans une famille, surtout

des grosses familles

francophones italiennes.

Y a de la place, amènes-en,

on aime ça.


RACHEL DESAULNIERS

Vous avez dit que c'est

un endroit où les gens viennent

vivre. L'ambiance ici est

chaleureuse. Est-ce qu'il faut

que ce soit nécessairement

triste une maison

de soins palliatifs?


LÉO THERRIEN

Bien, je sais pas si ça

devrait l'être, mais ici, ça

l'est pas. C'est pas...

Parce qu'ici, ce qu'on dit,

c'est qu'on vit la vie. Parce

que la vie, c'est ça de gros,

la mort, c'est ça, puis après

ça, on verra plus tard.

Les familles se sentent chez

elles ici. Fait que ce qu'on a

créé, c'est un deuxième chez-

soi. Parce que quand ils se

retrouvent à la maison, des

fois, ils sont obligés de faire

l'infirmière, faire le médecin.

Puis des fois, il y a beaucoup

un fardeau en fin de vie.

Parce que surtout, la majorité

ont le cancer. Fait que quand

ils se retrouvent ici, souvent

les proches sont brûlés.

Fait que quand ils arrivent ici,

ils n'ont plus besoin de jouer

l'infirmière, de jouer le

médecin. Ils sont le père,

ils sont la mère, ils reprennent

leur rôle de famille. Puis on a

des infirmières, des médecins

qui peuvent s'occuper des soins.

Fait qu'ils reprennent leur vie

normale. On voit les femmes qui

se promènent en pyjama le

matin, c'est très normal.

On vit la vie la plus normale

possible. En sachant qu'on est

au bout du rouleau, mais on n’est

pas rendu encore.


RACHEL DESAULNIERS

Ça prend une équipe bien

spéciale. Est-ce que c'est

difficile de recruter des gens

qui veulent venir travailler

ici? Est-ce que le roulement

est élevé?


LÉO THERRIEN

Le roulement était élevé au

début, parce qu'on n’avait pas

un financement équitable de la

province, puis on essayait

de toujours avoir un meilleur

financement. Parce qu'on doit

amasser à peu près un million

par année. Fait qu'on aimerait

ça avoir un financement

soutenable. Mais ceux qui

travaillent ici, quand ils sont

ici, ils vont dire que c'est

le meilleur endroit où ils ont

travaillé. On a des infirmières

qui arrivent à leur fin de

carrière, puis elles vont dire

que c'est la meilleure place

où elles ont travaillé, même

si ça fait 40 ans qu'elles

travaillent comme infirmières.

Puis t'as des jeunes

infirmières, surtout les

infirmières qu'on a ici, qui

arrivent puis qui... C'est

parce que t'es dans une maison

ici, c'est pas un endroit

structuré, comme un hôpital

ou un foyer. C'est que ça pas

mal plus relax. Puis on vit

avec les familles, on vit dans

leur maison parce qu'ils

dorment ici. Fait que c'est

comme rentrer dans la maison

de quelqu'un. Puis les gens

sont très avenants. Puis on fait

une différence, fait que les

gens apprécient. Parce qu'on

est une petite communauté.

Fait que finalement, tu les

revois par la suite puis

tu vois qu'ils continuent

à vivre leur vie puis que t'as

fait une différence. Fait que

les gens apprécient. Je pense

que c'est ça la différence.


RACHEL DESAULNIERS

Les résidents qui sont ici,

pour la plupart souffrent de

maladies incurables. Ils font

face à la mort. Ils ont pas le

choix de faire autrement.

Récemment la Cour suprême

du Canada a levé l'interdiction

sur le suicide assisté.

Qu'est-ce que vous pensez

de cette question-là?


LÉO THERRIEN

Le suicide assisté, c'est pas

des soins palliatifs. Fait que

nous, on fait des soins

palliatifs ici, on accompagne

les personnes jusqu'à la fin

de la vie. Fait que nous, ce

qu'on dit, c'est qu'on peut

contrôler les symptômes de la

douleur. Fait que si on avait

accès aux soins palliatifs

à travers la province,

peut-être qu'on aurait moins

besoin de suicide assisté ou

d'euthanasie. Fait que c'est

ça qu'on prêche avec les soins

palliatifs. 70% des Canadiens

n'ont pas accès aux soins

palliatifs. Pourquoi on commence

pas à faire ça? Fait qu'on va

donner accès à l'euthanasie,

tandis qu'on donne même pas

accès aux soins palliatifs.

Fait que si on pouvait

commencer par ça. Puis une

garantie qu'on a dans la vie,

c'est que tu viens au monde,

tu meurs. Fait qu'on le sait

que ça s'en vient.

Pourquoi on s'y prépare pas?

Puis pourquoi on n’en parle pas?

C'est un tabou dans

la communauté de parler

de la fin de la vie. Ici, on le

fait naturellement, ça fait

partie de la vie. Fait que les

gens se préparent au deuil ici

parce que t'as pas le choix,

t'es entouré. On a 150

personnes qui vont décéder

à la maison cette année.

Fait que les familles parlent

entre eux autres puis c'est

naturel ici. Fait qu'ils se

préparent à leur deuil avant

même le fait. Fait que c'est

un des avantages des soins

palliatifs, c'est que ça nous

permet de se préparer puis d'en

parler. Parce que même si tu

fais... si tu fais l'euthanasie

ou le suicide assisté puis que

t'es pas accompagné, si t'en

parles pas à personne, tu seras

pas bien par la suite. Tu vas

vivre avec ça quand même.


RACHEL DESAULNIERS

La Maison Vale est unique

à Sudbury. Est-ce que c'est

un modèle qui pourrait se

répéter dans d'autres

communautés?


LÉO THERRIEN

Dans le Nord, il y a Sudbury

qui en a une, mais

Sault-Sainte-Marie a ouvert

en même temps que nous autres

en septembre 2008. North Bay,

ça fait des années qu'ils

aimeraient avoir un projet.

Timmins travaille sur un projet

comme c'est là. On a des petites

communautés du Nord-Est

comme à Kirkland Lake,

New Liskeard puis Englehart.

Il y en a deux d'entre eux qui

ont bâti... ont eu un lit dans

un hôpital. Parce que des

hôpitaux du Nord-Est, il y en a

beaucoup qui sont des hôpitaux

communautaires qui sont souvent

à moitié, aux trois quarts

remplis. Fait que pourquoi ne

pas amener la philosophie des

soins palliatifs et des

maisons dans les petits

hôpitaux? C'est ce qu'on a vu

à Kirkland Lake puis à Englehart

dernièrement et qu'on va voir

à New Liskeard bientôt.

Fait que c'est le modèle

qu'on aimerait propager. Bien,

les grosses communautés,

on trouve qu'elles devraient

avoir au moins une maison

de soins palliatifs.


RACHEL DESAULNIERS

Et qu'est-ce qui vous motive

à venir travailler à tous

les matins?


LÉO THERRIEN

Encore une fois, c'est de

faire une différence. Moi,

les gens disent:

« Comment tu fais pour

travailler dans un environnement

de même? »

Je vous dirais que c'est

beaucoup plus difficile pour

les infirmières et les préposés,

parce qu'eux et elles sont

24 heures avec les résidents.

Nous autres, on voit un autre

côté. On les voit dans la

cuisine, on les voit ici, on

les voit des fois dans leur

chambre aussi. Mais c'est

beaucoup plus difficile pour

une infirmière, parce qu'elles

vivent avec eux continuellement.

Ici, encore une fois,

tu t'attaches, mais

tu rencontres toutes sortes

de monde. Ça fait 30 ans que

je suis à Sudbury, fait qu'il y

a des personnes qui sont venues

ici que je connaissais. C'était

des amis ou des connaissances

que j'ai eus ou c'était...

parenté avec des gens. Fait

qu'un moment donné, c'est que

tu peux faire une différence

dans leur vie, fait que moi,

je trouve pas ça triste de

travailler à la maison ici.

On vient ici puis a on a une

belle équipe puis tu rencontres

toujours du bon monde.

Fait que c'est pas ce que

les gens croient être,

les soins palliatifs, c'est

plein de vie là-dedans.


RACHEL DESAULNIERS

Merci beaucoup, Léo Therrien.


LÉO THERRIEN

Merci.

(Générique de fermeture)

Episodes

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Season
  • Category Documentary
  • Category Report

Résultats filtrés par