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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Bernard Lord : CEO, Canadian Wireless Telecommunications Association

In 1999, at the age of 33, Bernard Lord became Premier of New Brunswick – Canada’s youngest Premier at the time.
Today he is President of the Canadian Wireless Telecommunications Association, yet any time the federal Conservative Party is looking for a leader, his name comes to many lips.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


L'animatrice GISÈLE QUENNEVILLE fait un résumé biographique de son invité BERNARD LORD, pendant qu'on les voit tous les deux dans une pièce richement décorée.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Il partage son temps entre

Moncton, Ottawa et Toronto.

Toronto parce qu'il est le

président du Conseil

d'administration de

Ontario Power Generation,

Ottawa parce qu'il est le PDG

de l'Association canadienne des

télécommunications sans fil, et

Moncton parce que c'est là où

sont ses racines; ses parents,

son épouse et ses enfants.

En 1999, à l'âge de 33 ans,

Bernard Lord est devenu premier

ministre du Nouveau-Brunswick.

Le plus jeune de l'histoire du

Canada. Il y est resté pendant

sept ans. Il a quitté la

politique il y a une dizaine

d'années, mais chaque fois

qu'une place se libère dans les

hautes sphères du Parti

conservateur, une chose est

certaine: le nom de Bernard

Lord circule. Bernard Lord, bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE accueille BERNARD LORD, président et chef de la direction à l'Association canadienne des télécommunications sans fil, dans une salle de conférence.


BERNARD LORD

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'aimerais qu'on commence en

parlant de politique, de votre

parcours politique.


BERNARD LORD

Avec plaisir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez été élu premier

ministre du Nouveau-Brunswick,

vous aviez à peine 33 ans.

Qu'est-ce qui vous est passé par

l'esprit le soir de

votre victoire?


BERNARD LORD

Le soir de la victoire comme

tel, plusieurs choses évidemment.

Y a toutes sortes

d'émotions. Je m'attendais à

gagner le 7 juin 99.

Au début de la campagne, je

m'attendais pas nécessairement

qu'on allait gagner autant. Mais

c'était l'ampleur de la victoire

qui m'avait surpris.

C'est le fait qu'on avait

gagné, qu'on avait fait élire,

si je me souviens, 44 des 55

députés la soirée de

l'élection. Et donc c'est...

Pour moi, le travail

commençait. J'étais excité de

me faire élire, j'étais content.

Je voulais faire avancer

les choses pour les gens

du Nouveau-Brunswick et,

pour moi, c'était une occasion

extraordinaire. On avait une

plate-forme précise, des idées

concrètes, un plan très bien

détaillé qu'on voulait mettre

en oeuvre, et l'élection nous a

permis de faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

On semble avoir l'habitude

d'élire des jeunes premiers

ministres au Nouveau-Brunswick.

Il y avait vous, qui aviez

33 ans à l'époque. Après ça,

y a eu Shawn Graham qui

était dans la trentaine.


BERNARD LORD

Un petit peu plus vieux, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Là, y a Brian Gallant qui a 32

ans quand il a été élu l'automne

dernier. Qu'est-ce qui a dans

l'eau chez vous qui fait en

sorte qu'on élit des

jeunes politiciens?


BERNARD LORD

C'est une bonne question,

ça. Je sais pas c'est quoi

exactement. Je crois que c'est

parce qu'il y en a eu avant et

les gens se sentent à l'aise.

Donc c'est... vraiment faut

reculer à ceux qui l'ont fait en

premier. Que ce soit Louis

Robichaud, Richard Hatfield.

Pour eux, c'était vraiment

nouveau. Par la suite, ce l'est

moins. Frank McKenna, moi,

Shaun, Brian. Dans le fond,

l'exception, faudrait poser la

question à David Alward,

qu'est-ce que lui il a fait

pour se faire élire. Parce qu'il

a presque 50 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez mentionné votre

programme. C'était 200 jours de

changement, je pense.


BERNARD LORD

Y avait deux choses. Oui,

ça, c'est un élément du

programme. C'est celui que les

gens se rappellent le plus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien oui et c'était un peu ça,

ma question. Est-ce que ça prend

un slogan comme ça pour se faire

élire en politique?


BERNARD LORD

Je pense pas, non, je crois

que ça prend des idées et des...

des initiatives qui rejoignent

les gens. Il faut répondre à

certains besoins des gens. Faut

d'un côté offrir une vision

pour l'avenir, mais faut aussi

régler des problèmes immédiats.

Les 200 jours de changement,

c'était 20 choses que nous

allions faire dès le début. Et

pour nous, c'était simplement

une façon de régler des irritants,

des choses qui irritaient les électeurs

du Nouveau-Brunswick, les gens du

Nouveau-Brunswick, puis qui

voulaient que ça soit réglé

immédiatement. Et c'est un

signe pour démontrer aux gens,

nous allons régler ces

choses-là immédiatement. Et en

plus, on va faire toutes ces

choses qu'on avait prévues de

faire pendant les quatre années

du mandat.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que la politique a

beaucoup changé au fil des

15 dernières années?


BERNARD LORD

Je crois que la politique a

changé à certains niveaux, oui.

La venue des nouvelles

technologies a changé la

politique d'un certain côté

pour le bien, parce que les

gens sont beaucoup plus

accessibles des deux côtés. Les

élus sont plus accessibles et

les non-élus sont plus

accessibles aussi. Ça permet

aux gens de se regrouper aussi.

La façon que l'information est

véhiculée est différente.

L'envers de la médaille, c'est

que les gens sont accessibles

tout le temps. Et si quelqu'un

dit quelque chose sur Twitter,

on s'attend que la personne

élue va répondre immédiatement.

Mais parfois, ça... c'est bon

de prendre le temps de réfléchir

avant de répondre.



GISÈLE QUENNEVILLE

En 2002, je pense, vous avez

été courtisé pour remplacer

Joe Clark à la chefferie du Parti

conservateur fédéral. Vous avez

dit non, pourquoi?


BERNARD LORD

Tout simplement parce que

pour moi, ce n'était pas le bon

choix, ce n'était pas le bon

choix. à ce moment-là, j'étais

premier ministre du Nouveau-Brunswick.

J'adorais le travail que je faisais comme

premier ministre. J'avais un

mandat des gens du

Nouveau-Brunswick. Et j'avais

conclu que je devais compléter

mon mandat et je préférais

demander un deuxième mandat. Et

les gens du Nouveau-Brunswick

m'ont élu pour un deuxième

mandat. L'année suivante, j'ai

été courtisé pour devenir chef

du nouveau Parti conservateur du

Canada. Et à ce moment-là

aussi, j'ai dit non. Parce que

j'avais... je venais de recevoir

un nouveau mandat des gens du

Nouveau-Brunswick et... toutes

les choses mises ensemble, que

ça soit au niveau politique,

mais aussi au niveau personnel,

pour moi, c'était... la

meilleure décision était de

rester au Nouveau-Brunswick.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des regrets?


BERNARD LORD

Aucun. Aucun.


GISÈLE QUENNEVILLE

En 2006, vous avez perdu vos

élections, mais l'ironie de tout

ça, je pense, c'est que votre

parti, vous avez ramassé le

plus de votes. Vous avez

ramassé plus de votes que les

Libéraux qui ont formé le

gouvernement. Est-ce que...

vous l'aviez de travers

cette élection-là?


BERNARD LORD

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Non? À l'époque quand même.


BERNARD LORD

Bien... non parce que dans le

fond, ça fait partie des règles

et moi, je comprenais bien les

règles. Est-ce que j'étais déçu?

Bien absolument, j'étais

déçu. On avait des choses qu'on

voulait continuer à faire.

Et... si je devais perdre une

élection, je préférais la

perdre avec plus de votes que

de me faire planter le soir de

l'élection. L'ironie, non

seulement qu'on avait plus de

votes que le Parti libéral qui

a formé le gouvernement, mais

on avait plus de votes qu'on

avait eus l'élection précédente.

Pour moi, c'était

pas un rejet de la part de la

population, c'est la façon que

les choses se sont déroulées.

Au Nouveau-Brunswick, ce n'était

pas la première f... c'était la

première fois qu'un conservateur,

un progressiste-conservateur

perdait une élection avec plus

de votes. Mais les libéraux

l'ont fait à quelques reprises.

Richard Hatfield, qui a gagné

quatre élections comme chef

progressiste-conservateur,

comme premier ministre

progressiste-conservateur, deux

des quatre, il les avait gagnées

avec moins de votes.

Moi, j'ai fait l'inverse de

mes prédécesseurs

progressistes-conservateurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais est-ce que ça en dit

long sur notre... notre système?


BERNARD LORD

Bien, si vous voulez ajouter

à l'ironie, dans notre programme

électoral de 2006, je m'étais

engagé à tenir un référendum

pour permettre une... élection

hybride où une partie des

membres seraient élus à la

proportionnelle. Pas l'ensemble

de l'Assemblée législative, mais

une partie. J'avais établi en

2004 une commission sur

la démocratie législative

qui avait fait

cette recommandation-là et,

pour moi, c'est important de poser la

question aux gens et c'est pour

ça qu'on l'avait dans notre

programme électoral. Et on

allait offrir aux gens la

possibilité. Et ça, c'est

vraiment, ça complète l'ironie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous savez, avec l'âge, on...

on acquiert de la sagesse, une

certaine perspective, je pense

aussi. Je sais que moi, mon

travail, je pense que je le

fais mieux aujourd'hui que je

le faisais y a dix ans. Est-ce

que... vous seriez meilleur

premier ministre aujourd'hui

que vous l'avez été y a une

dizaine, une quinzaine

d'années?


BERNARD LORD

C'est une excellente...

À un certain niveau, probablement.

Y a une expérience additionnelle

dans les dix dernières années

que je n'avais pas à ce moment-là.

Mais de l'autre côté, y avait une

énergie qui était là lorsque

j'avais 33 ans, une conviction,

une certitude. Le fait que j'ai

un petit peu plus d'expérience

aujourd'hui, oui, y a des

choses que je connais que je ne

connaissais pas à ce moment-là,

c'est normal. Mais y a beaucoup

de choses que j'avais à ce

moment-là, que, je pense, j'ai

encore, mais est-ce qu'on

serait capable de tout recréer?

Je suis pas prêt à dire que je

serais nécessairement meilleur.

Je pense pas que je serais pire

aujourd'hui, mais vraiment les

choses se sont bien déroulées.


GISÈLE QUENNEVILLE

La grande question que tout le

monde se pose depuis au moins

1999, c'est: est-ce que c'est

Bernard Lord...

(En prononçant en anglais)

... ou Bernard "Lord"?

(En prononçant en français)


BERNARD LORD

C'est Bernard Lord.

(En prononçant en anglais)

Parce que mon père est

anglophone, le nom de famille,

c'est Lord. Et... puis pour

moi, du temps que j'étais jeune,

c'était Bernard... Lord. Et ça

a toujours été comme ça.

Mon père a appris le français

lorsqu'il avait 26... 27 même,

à peu près 27 ans. Il a

rencontré ma mère, il s'est

convaincu que pour convaincre

ma mère de la marier, il

fallait qu'il apprenne le français.

Il a appris le français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça vous dérange quand on vous

appelle Bernard "Lord"?


BERNARD LORD

Non, non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que Lord, ça existe.


BERNARD LORD

Oui, oui, ça existe. Oui, ça

existe. Ça me dérange pas. Mais

lorsqu'on me pose la question,

est-ce que c'est "Lord" ou

Lord, la réponse, c'est Lord.

(En prononçant à l'anglaise)


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard Lord, vous êtes né à

Roberval, vous avez grandi à

Moncton. Votre papa était

anglophone. Maman est québécoise.

Vous, dans le fond,

vous êtes même pas acadien.


BERNARD LORD

Non, mais je suis acadien

d'adoption. Ça dépend comment on

définit... Je suis pas acadien

de naissance, non. Je crois que

c'est Herménégilde Chiasson

qui avait dit: "Quelqu'un est

acadien ou acadienne s'il

laisse l'Acadie l'habiter."

Et pas juste si on habite l'Acadie.

Et ce côté-là, je deviens acadien,

je suis devenu acadien

de cette façon-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait vos premiers

pas en politique, en politique

étudiante à l'université de Moncton.

Qu'est-ce qui vous a attiré

à la politique à ce moment-là?


BERNARD LORD

J'avais même commencé avant,

mais vraiment c'est la politique

étudiante. C'est juste le désir

de m'impliquer, de faire des choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y avait des gros

dossiers à l'époque à

l'université de Moncton?


BERNARD LORD

Il me semble que les dossiers

sont toujours gros. C'est ça

l'avantage de...


GISÈLE QUENNEVILLE

À 18 ans.


BERNARD LORD

À 18 ans, tout est gros,

tout est nouveau.

Et... j'ai été élu trois fois

comme président de la

Fédération des étudiants et des

étudiantes de l'université de

Moncton et j'ai adoré ça.

C'était une très belle

expérience. Ça a été un apprentissage

extraordinaire pour moi. Je

dirais que j'en ai autant

appris là, sans vouloir

offusquer mes anciens

professeurs, que dans mes classes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, quand est venu le

moment de choisir un parti

politique, je pense que vous

avez fait campagne d'abord...


BERNARD LORD

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour le NPD.


BERNARD LORD

Oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça?


BERNARD LORD

Quand on est jeune, on est

rempli d'idéaux puis... y avait

des gens qui... qui m'avaient

approché puis j'aimais leurs

idées. Mais avec le temps, pour

moi, y a le côté économique qui

devient très important, et on ne

peut pas financer tous les

idéaux qu'on veut, auxquels on

aspire si on a pas une économie

forte. Et avec le temps, oui,

j'ai aidé une candidate

néo-démocrate en 1987, mais ça

a pas pris de temps pour moi

par la suite que les idées se

sont clarifiées. Finalement,

c'est en 1995 que des gens m'ont

approché pour que je me

présente pour le Parti

progressiste-conservateur. Et

je me suis présenté dans une

des circonscriptions les plus

libérales de la province.

Et je... en termes électoraux,

je me suis fait planter

comme il faut. Mais c'est...

ça m'a pas découragé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense que, traditionnellement,

les Acadiens votent pour les

libéraux. Pourquoi on a voté

pour vous?


BERNARD LORD

Euh... faut croire qu'on a

réussi à répondre à leurs

besoins. On est allés chercher

beaucoup... Premièrement, on

avait une équipe très forte.

Pour moi, j'ai jamais cru

qu'ils votaient simplement

juste pour moi, les gens

votaient pour notre équipe. On

avait beaucoup de gens, de très

bons candidats. Des gens qui

étaient reconnus dans leur

communauté, qui ont choisi de

faire de la politique pour les

bonnes raisons. Et on

partageait beaucoup... on avait

beaucoup d'affinités. Je dirais

aussi que Diane, mon épouse,

les gens votaient pour elle.

Puis la seule façon de l'avoir,

elle, c'était de voter pour

moi. Et... donc ça devenait

facile de faire campagne, mais

ça veut pas dire que c'était

facile de gagner les élections.

Faut quand même répondre aux

besoins des gens. La tradition

pour les francophones au

Nouveau-Brunswick de voter

libéral date de longtemps.

Et pendant des décennies,

les... les francophones, les

Acadiens, les Acadiennes

votaient pratiquement

uniquement pour les libéraux.

Y a eu plusieurs élections où y

avait pas un député conservateur

d'élu chez les francophones,

puis à la dernière élection, y

en a juste, malheureusement, il

y en a juste eu une, Madeleine

Dubé. Donc... y a une histoire.

Mais temporairement, pour

presque trois élections, on a

réussi à aller chercher beaucoup

d'appuis chez les francophones

du Nouveau-Brunswick.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez de Diane, votre

épouse. Pendant ces années-là,

quand vous étiez premier

ministre, vous aviez une très

jeune famille. Vos enfants

étaient vraiment tout petits.

Quel est l'impact que ça a eu

sur votre famille, ça?


BERNARD LORD

Pour nous, c'est la seule vie

de famille que nous avons eue.

Donc si je regarde le résultat

aujourd'hui, l'impact a été

très positif. Ils ont grandi

dans la politique. Les années

où j'étais premier ministre,

pour eux, c'est... ça a été de

belles années. J'étais pas

toujours là. Mais c'est le seul

père de famille qu'ils ont

connu, donc ils ont jamais

connu la différence. On a voyagé

beaucoup ensemble. Ça leur a

ouvert l'esprit sur beaucoup de

choses. Et j'ai une très bonne

relation avec... avec mes deux

enfants. J'ai encore une très

bonne relation avec Diane aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien justement, vous parlez

beaucoup des enfants, est-ce que

Diane dirait la même chose de

ces années en politique?


BERNARD LORD

Oui. Sans équivoque. Sans

équivoque. Nous, on savait dans

quoi on s'embarquait. Pas qu'on

avait une expérience directe,

mais on avait parlé à beaucoup

de gens pour bien comprendre.

Puis... vous savez parfois la

politique pour certaines

personnes, ça va séparer des couples.

J'en ai vu. Cinq de mes ministres

se sont... dans notre premier mandat,

se sont divorcés sur 15.

Donc... un tiers. Mais pour d'autres,

et pour nous, ça a eu l'impact

inverse. Ça nous a rapprochés.

Ça veut pas dire

que tous les jours étaient

parfaits puis on se couchait

sur des roses puis tout sentait

le parfum, non, c'est pas ça.

Mais simplement que lorsqu'on

met les choses, on regarde les

choses dans son ensemble,

ça a été une très belle expérience.


GISÈLE QUENNEVILLE

À 40 ans, vous n'étiez plus

premier ministre du

Nouveau-Brunswick.


BERNARD LORD

C'est jeune pour être un

has-been pareil.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un... c'est un peu là où je

veux en venir. Est-ce que vous

avez ressenti un... un vide,

genre qu'est-ce que je fais

maintenant?


BERNARD LORD

Pas un... y a un changement.

Absolument qu'il y a un

changement puis faut s'adapter.

Mais pour moi, c'était clair du

début que ça allait pas durer

pour toujours. Si je m'étais

fait élire une troisième fois

comme premier ministre,

probablement que ça aurait été

mon dernier mandat. C'est

certain que je me suis posé la

question: qu'est-ce que je fais

maintenant? Mais la vie est

remplie d'occasions. Il suffit

simplement de les saisir et...

j'aurais aimé pouvoir continuer

à travailler pour les gens du

Nouveau-Brunswick un autre

mandat. Ça s'est pas fait.

On s'est adaptés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes maintenant dans le

privé. L'association pour

laquelle vous travaillez est

basée à Ottawa, mais je sais que

vous conservez encore des liens

avec le Nouveau-Brunswick.

Qu'est-ce qui vous garde

groundé si vous voulez?


BERNARD LORD

Le Nouveau-Brunswick, c'est

chez nous. Et on y reste parce

qu'on veut y rester. Ça serait

plus facile pour moi de vivre

soit à Ottawa, soit à Toronto.

Mais le Nouveau-Brunswick, c'est

chez nous. Ma famille est là,

mes parents sont là, les

parents de Diane sont là. On

est chanceux que nos parents

soient encore vivants. Mais ils

vieillissent. Donc lorsqu'on

peut passer un peu de temps avec

eux, c'est... c'est plaisant pour nous,

c'est plaisant pour nos enfants aussi.

C'est important pour nous

qu'ils connaissent et

qu'ils vivent avec leurs

grands-parents. Et je souhaite

que ça apporte un peu de bonheur

à nos parents aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard, étiez-vous bon en

mathématiques, vous, à l'école?


BERNARD LORD

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


BERNARD LORD

Oui. Très bon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pourquoi vous avez décidé

de faire votre droit à ce

moment-là?


BERNARD LORD

Parce que j'aimais faire

autre chose. J'aimais beaucoup

les mathématiques quand j'étais

jeune. J'aimais jouer aux échecs.

Mais j'aimais aussi... la

discussion, j'aimais le droit,

j'aimais la politique, j'aimais

l'économie. Et pour moi,

l'économie, c'est un peu ça qui

me permettait de faire des

mathématiques, mais avec

l'aspect politique publique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors si je comprends bien,

votre fils, il prend de son

papa. Parce que votre fils est

très bon en mathématiques.


BERNARD LORD

Oui, Sébastien est plus...

est encore plus doué que moi.

Puis il a une passion pour les

mathématiques qui est presque

unique. Il adore les mathématiques.

Pas juste au niveau du calcul

ou au niveau des chiffres,

mais de la philosophie

des mathématiques.

Je me souviens quand il était

tout jeune, Diane, j'arrivais,

Diane me disait qu'elle

trouvait des papiers dans ses

poches puis c'était des

formules mathématiques. Je

parle quand il avait cinq, six

ans. Il écrivait des formules

mathématiques. Il adore ça. Il

aime tout ce qui touche les

mathématiques. Et Sébastien

écrit des articles de physique,

de recherche qui ont été... ce

qu'on appelle "peer review", il

a été publié trois fois déjà. Il

adore ça, c'est... Nous, on est

chanceux, on a des enfants qui

se sont trouvé chacun des

passions. Puis Sébastien, c'est

les mathématiques, Jasmine,

l'équitation.


Quelques photos des enfants de BERNARD LORD sont présentées pour illustrer le propos.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard Lord, vous êtes

aujourd'hui président, PDG de

l'Association des télécommunications

sans fil. Est-ce que vous aimez ça,

les gadgets?


BERNARD LORD

J'adore les gadgets. Ça

fait longtemps que j'aime les

gadgets. J'en ai toujours eu.

Je me souviens, quand j'ai

convaincu mes parents de

m'acheter un Commodore 64.

Ça, c'était en 1982. Et je me

souviens du premier téléphone

Motorola. C'était un...


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans le sac.


BERNARD LORD

Dans le sac. Le

Bag Phone. Y en a d'autres

qui les appelaient le

Car Phone. La raison,

c'est qu'on avait besoin

d'une automobile pour le

transporter. Du premier

StarTAC, le téléphone

flip phone que

j'ai eu en 1996-97.

J'aime la technologie

pas simplement pour

aimer la technologie, mais

j'aime la technologie pour ce

que ça nous permet de faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense qu'on peut dire que

les Canadiens adorent leur

téléphone intelligent.


BERNARD LORD

Ça, c'est indéniable.


GISÈLE QUENNEVILLE

On adore nos téléphones, mais

on adore moins nos compagnies

de téléphone cellulaire.

Pourquoi?


BERNARD LORD

La relation entre les abonnés

et leurs fournisseurs est

meilleure aujourd'hui qu'elle

l'était y a quelques années,

mais elle doit encore

s'améliorer. Et je crois que les

fournisseurs, l'ensemble de

l'industrie avait besoin et a

encore besoin d'améliorer la

façon qu'ils traitent les clients.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça va changer?


BERNARD LORD

Ça change déjà. On le voit. Y

a une chose qu'on oublie, c'est

que c'est une industrie qui est

très jeune. Voilà 20 ans, y a

presque personne qui avait des

cellulaires au Canada.

Maintenant, c'est presque tout

le monde qui a un cellulaire.

Sinon deux. Et y a un

apprentissage qui a dû se faire

des deux côtés. L'apprentissage

du côté des fournisseurs de

services, comment fournir le

service, mais aussi de la part

des clients, et la façon qu'on...

qu'on achetait et ce

qu'on recherchait dans un

appareil mobile y a 15 ans et

même voilà 10 ans, même voilà 5

ans versus ce qu'on recherche

aujourd'hui, c'est très

différent. Les choses changent

très, très vite dans le secteur

et c'est pour ça qu'il y a eu

des accrochages au fil des

années. Mais les choses sont

beaucoup mieux maintenant. Et

on le voit, y a des compagnies

qui offrent les services qui

sont beaucoup plus attentives

aux besoins de leur clientèle

qu'elles l'ont jamais été.


GISÈLE QUENNEVILLE

Où s'en va cette industrie-là?

Si on regardait dans une boule

de cristal, le téléphone de sac

qui est devenu le téléphone

intelligent aujourd'hui, il

sera où rendu une dizaine ou

une quinzaine d'années?


BERNARD LORD

La croissance va continuer et

nous, on prévoit au Canada une

croissance de 700% dans les

cinq prochaines années de

consommation de données mobiles.

Et c'est simplement

que les gens veulent en faire

beaucoup plus qu'avant avec

leur mobile. Ils vont continuer

à en faire plus. L'autre chose

qu'on va voir, c'est qu'on va

voir de plus en plus de ce

qu'on appelle les

Internet's Things,

où les choses vont être

branchées une à l'autre, même

sans passer par l'interface

humaine. Donc les automobiles

vont être branchées. Beaucoup

d'autres choses vont être branchées.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai pas hâte de voir

ma facture.


BERNARD LORD

Mais ce qu'on voit avec les

factures, c'est que les

factures, si vous comparez ce

que vous payez aujourd'hui pour

ce que vous recevez, c'est

beaucoup moins. Si on regarde

voilà 20 ans, qu'est-ce qu'on

pouvait faire avec un

appareil mobile? On pouvait

appeler. C'est tout. Je me

souviens, le premier appareil

que j'ai acheté, c'était 1$ la

minute. J'étais jeune avocat à

Moncton. Je trouvais ça

extraordinaire. Aujourd'hui,

c'est... la plupart des

forfaits, c'est illimité, le

nombre de minutes. Les gens

peuvent en ajouter beaucoup

plus. On a les textes, on le...

évidemment, les courriels, les

vidéos, les données. Et c'est

tout ça, et si on regarde la

facture que les gens payent en

moyenne aujourd'hui, versus ce

que c'était y a cinq ans, dix

ans, pour ce qu'on consomme, on

en consomme beaucoup plus qu'on

a jamais consommé. Et j'ai

l'impression qu'on va continuer

à consommer davantage.


GISÈLE QUENNEVILLE

En tant que PDG de

l'Association des télécommunications

sans fil, est-ce que ça fait de vous

un lobbyiste?


BERNARD LORD

Je suis lobbyiste selon la

loi, oui, parce que... Je suis

enregistré comme lobbyiste

pour l'association.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais on m'a dit que vous

aimiez pas ce mot-là.


BERNARD LORD

C'est pas un mot que j'aime

pas, c'est la façon... Y a des

mots dans la langue auxquels les

gens associent certaines images.

Puis on a l'image, lorsqu'on

parle de lobbyistes au Canada,

on pense aux lobbyistes surtout

la façon qu'on les voit dans

les émissions américaines.

C'est très différent au Canada.

On peut pas donner d'argent aux

gens comme ils font. On donne

par d'argent aux Political

Action Comity d'un candidat

comme ils le font. Des fois, on

rencontre des... des gens, des

Américains puis ils nous

demandent comment on fait,

nous. Notre lobbying, c'est par

persuasion, c'est expliquer,

c'est le genre de choses. Mais

dans le fond, je suis

lobbyiste, j'ai été politicien,

je suis avocat.


GISÈLE QUENNEVILLE

En début d'entretien, vous

avez parlé de votre parti, le

Parti progressiste-conservateur

au Nouveau-Brunswick. On sait

qu'au fédéral, le mot

"progressiste" ne fait plus

partie du nom du parti au fédéral.

En quoi le parti au fédéral

est-il différent de celui

que vous avez dirigé au

Nouveau-Brunswick? Est-ce qu'il

y a une différence?


BERNARD LORD

Oui, y a des différences.

Y a des différences entre les

régions aussi. Et le nom du

parti au niveau fédéral, c'est

suite à l'union du Reform Party

et du Parti progressiste-conservateur

du Canada que le parti a décidé,

les membres ont décidé de

renommer le parti le Parti

conservateur qui était le nom

du parti avant qu'il devienne

le Parti progressiste-conservateur

dans les années 30 si je me souviens

bien. Faut pas trop s'en faire,

ce sont des noms. Même chez

nous, la plupart des gens

parlent du Parti conservateur,

même si le parti est

progressiste-conservateur. C'est

la réalité. Est-ce qu'il y a

des différences? Il peut y

avoir des différences

temporelles. La politique

évolue, les idées évoluent.

Parfois, ce qu'on retrouve d'un

côté, avec le temps, peut tomber

d'un autre côté. Et c'est là

où les partis ont une raison

d'être. Absolument parce qu'il

y a une certaine idéologie qui

sous-tend les politiques d'un

parti. Mais les individus font

une grosse différence aussi. Et

faut s'adapter à l'époque, faut

répondre aux besoins des

électeurs, des citoyens. Et

faut leur demander confiance.


GISÈLE QUENNEVILLE

Chaque fois que le Parti

conservateur était à la

recherche d'un nouveau chef,

votre nom a circulé. Chaque

fois, vous avez dit non. Est-ce

que c'est non pour toujours?


BERNARD LORD

C'est non pour l'instant. Je

sais que... les gens vont dire:

ah, ça, c'est une réponse de

politicien. Mais... je me suis

jamais engagé... J'ai eu la

chance de dire oui, j'ai jamais

dit oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça prendrait quoi pour que

vous disiez oui?


BERNARD LORD

Je le sais pas. J'ai pas

encore trouvé ce qui pourrait

me faire dire oui. J'ai adoré

faire de la politique. J'ai...

j'ai aimé pouvoir servir les

gens, pouvoir mettre en oeuvre

des changements, des programmes

électoraux qui ont contribué à

améliorer la qualité de vie des

gens du Nouveau-Brunswick. J'ai

aimé pouvoir mettre de l'avant

certaines idées. J'ai adoré ça,

mais on peut pas vivre dans le

passé. Et donc, j'ai aimé ça,

j'aime ce que je fais maintenant.

J'ai pas encore 50 ans.

Je m'attends de travailler encore--


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça s'en vient par exemple.


BERNARD LORD

Oui, ça s'en vient.

Ça sera plus tard cette

année. Et... mais pour

l'instant, c'est pas oui.

Si jamais ça devient oui,

je vous le dirai.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard Lord, merci beaucoup.


BERNARD LORD

Ça me fait plaisir.


Générique de fermeture

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