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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Don Boudria : Former liberal deputy

Don Boudria was a Liberal Deputy for over twenty years – for three years at Queen’s Park and in Ottawa for 21 years.
Celebrated member of the Rat Pack, specialist in parliamentary procedure, minister… we can say he has had quite a full career.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2014

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Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que DANIEL LESSARD présente son invité, DON BOUDRIA, ancien ministre fédéral, on montre des images du village où ce dernier habite de même que du décor de sa maison.


DANIEL LESSARD

Don Boudria a deux passions.

D'abord, la politique. Il en

mange encore jour et nuit.


La voix de DON BOUDRIA accompagne la présentation faite par DANIEL LESSARD


DON BOUDRIA

♪ When the night has come And

the land is dark And the moon is

the only light we'll see ♪


DANIEL LESSARD

Et puis, la musique, le country,

rock, et surtout, le bluegrass

dont il court les festivals à

travers l'Amérique avec Mary

Ann, son épouse et sa complice

musicienne.


DON BOUDRIA

♪ ...as you stand Stand by me

And darling darling Stand by me


DANIEL LESSARD

Membre du célèbre

Rat Pack,

grand spécialiste de la

procédure parlementaire,

ministre, il a eu une carrière

bien remplie.


DON BOUDRIA

♪ Stand by me Stand by me ♪


DON BOUDRIA

(Citation tirée de l'entrevue)

Quand j'ai donné des conseils

à mes enfants, qu'ils voient mon

parcours de vie, je leur dis:

Ç'a marché pour moi, mais s'il

vous plaît, ne l'essayez pas!


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de DON BOUDRIA.


DANIEL LESSARD

Monsieur Boudria, bonjour.


DON BOUDRIA

Bonjour.


DANIEL LESSARD

Monsieur Boudria, on est en

période préélectorale, ça vous

chatouille, ça vous agace, ça

vous tente d'y retourner?


DON BOUDRIA

Bien, deux des trois. Ça me

tente pas de retourner, mais

tout le reste, oui. Ça me

chatouille, ça me fait tout

cela.

Et bien sûr, j'appuie grandement

notre nouveau chef, Justin

Trudeau, et notre candidat

libéral dans le comté que j'ai

appuyé à l'investiture, Francis

Drouin, etc.


DANIEL LESSARD

Dans votre autobiographie, de

(Propos en français et en anglais)

busboy jusqu'à la carrière que

vous avez faite,

busboy,c'est

quoi, vous avez fait quoi?


DON BOUDRIA

Un garçon de table.


DANIEL LESSARD

Au restaurant du Parlement?


DON BOUDRIA

Au restaurant du Parlement.


DANIEL LESSARD

Vous avez abouti là comment?


DON BOUDRIA

J'ai commencé comme décrocheur

scolaire à l'âge de 17 ans à

travailler au Parlement. Et là,

je voyais des parlementaires

et... C'était mon rêve d'enfance

tout d'abord, des

parlementaires. Et... j'y

travaillais et je disais à mes

collègues: "Un jour, je serai un

d'eux." Ça, ça faisait rire les

gens. Je peux m'imaginer ce

qu'on racontait le soir quand on

entrait chez soi. On vient d'en

attraper un bon au travail.


DANIEL LESSARD

Le petit Boudria veut devenir

premier ministre.


DON BOUDRIA

Il veut devenir ministre, il

veut devenir député, etc. Mais

quand même, c'est une ambition

d'enfance et puis qui est à peu

près toujours restée avec moi.

Et... d'une manière à peu près

tout croche, parce que c'est pas

la façon que devrait commencer

une carrière en politique. J'ai

entamé le marché du travail en

commençant au Parlement comme

garçon de table.


DANIEL LESSARD

Vous êtes né à Hull, vous avez

grandi à Sarsfield, Alfred?


DON BOUDRIA

Non, à Sarsfield. Uniquement à

Sarsfield. C'est tout à fait ici

où nous sommes.


DANIEL LESSARD

Et pour les gens peut-être qui

ignorent, puis je veux pas vous

insulter, c'est quoi, une

vingtaine de kilomètres

d'Ottawa, en lointaine banlieue

d'Ottawa?


DON BOUDRIA

C'est ça, c'est une banlieue

d'Ottawa, c'est le centre de

l'univers comme on le sait tous.

Mais c'est à peu près à 20,

peut-être 30 kilomètres du

Parlement.


DANIEL LESSARD

Vous avez quitté Hull,

pourquoi?


DON BOUDRIA

Mes parents ont aménagé chez

mes grands-parents à Sarsfield

pour des raisons économiques

probablement. Et mon père

travaillait à Montréal, un jeune

homme de 28 ans. En revenant de

Montréal de travailler, un bon

vendredi, sa voiture a dérapé et

il est mort d'un accident,

laissant ma mère veuve à l'âge

de 23 ans avec deux enfants et

des services sociaux qui

n'existaient pas dans le temps.


DANIEL LESSARD

Vous êtes sorti comment de ça?

Qu'est-ce qui est arrivé après?


DON BOUDRIA

Bien, on a continué à demeurer

chez mes grands-parents, là où

on habitait quand mon père

travaillait à Montréal. Et grâce

à mes grands-parents, tout s'est

bien passé pour un bon bout de

temps. Ma mère s'est remariée

ensuite et son deuxième mari,

c'est en fait...

un, est le père que j'ai eu,

l'autre est le père que j'ai

connu si vous voulez. C'est deux

personnes différentes et je

garde de très bons souvenirs de

lui qui est également maintenant

décédé.


DANIEL LESSARD

Vous avez dit: décrocheur à 17

ans. L'école, c'était pas votre

passe-temps favori?


DON BOUDRIA

Bien... c'est paradoxal encore

une fois. J'ai décroché dans ma

dernière année d'école

secondaire pour ensuite à peu

près tout de suite commencer des

cours à temps partiel en

gestion, en ceci, en cela, en

musique. On dirait que toute ma

vie, je suis retourné à l'école,

incluant faire un bac en

histoire à l'université de

Waterloo.

Quand j'étais ministre, le bac

universitaire a pris 11 ans de

temps à temps partiel, de 88 à

99.


DANIEL LESSARD

Vous avez des regrets de cette

période-là? Vous auriez aimé

faire autre chose, différemment,

aller à l'université à cette

époque-là?


DON BOUDRIA

De cette période-là, c'est sûr

que plus tard... Écoutez, j'ai

passé ma vie à le corriger.

C'est sûr que ça aurait dû être

fait de manière différente.


DANIEL LESSARD

Si vous pouviez recommencer,

vous le feriez différemment.


DON BOUDRIA

Bien, disons que quand j'ai

donné des conseils à mes enfants

et mes petits-enfants qui...

qui voient mon parcours de vie,

je leur dis: ça a marché pour

moi, mais s'il vous plaît, ne

l'essayez pas.


DANIEL LESSARD

C'est pas nécessairement le

modèle à imiter.


DON BOUDRIA

Non, c'est pas le modèle à

imiter, c'est celui de faire

votre formation académique en

premier et le reste par après.

D'ailleurs, notre fils Daniel

détient une maîtrise en histoire

et notre fille a également un

bac spécialisé en histoire avec

civilisations anciennes, et moi-

même, ma formation est en

histoire aussi.


DANIEL LESSARD

Politique municipale, dans le

canton de Cumberland, ça aussi,

pour les gens qui pourraient

l'ignorer, c'est en banlieue

immédiate d'Ottawa, région très

francophone, vous avez été battu

la première fois.

Pourquoi vous vouliez vous

lancer en politique municipale?

C'était le tremplin idéal pour

aller au provincial et au

fédéral ou si...?


DON BOUDRIA

C'était une continuation du

rêve d'enfance. Tout ça, ça

commence...


DANIEL LESSARD

Le petit gars qui voulait

devenir ministre devait d'abord

passer par le conseil municipal.


DON BOUDRIA

Voilà. Vous savez, j'étais

enfant et je me souviens d'un

jour où y avait un candidat aux

élections, je sais même pas si

c'était des élections

provinciales ou fédérales, qui

venait faire un discours sur le

perron de l'église. C'était la

mode dans le temps. Je sais pas

si vous vous souvenez de ça dans

votre région où vous avez

habité. Toujours est-il que mon

oncle qui m'emmenait à l'église

- puisque mon père était décédé-,

je le sais pas, il avait

veillé un peu trop tard la

veille, il était célibataire, et

c'est tout à fait

compréhensible, en tout cas, il

est pas allé à la messe, et j'ai

jamais vu le candidat. Le

candidat que je voulais voir

parce que sa photo était sur les

affiches sur les poteaux de

téléphone. Alors j'étais tout

intrigué par ça, je voulais le

voir, je l'ai jamais vu.

Probablement une grande chose

qui m'est arrivée parce que

c'est toujours resté dans ma

tête, que cette personne célèbre

que j'aurais pu voir, je l'ai

manquée.

C'était la faute de mon oncle.

Dans ma tête en tout cas.

Et ça a demeuré avec moi.

Bien sûr, quand on devient

adolescent, les jeunes filles,

surtout si elles sont jolies, et

les guitares et surtout si ça

fait beaucoup de bruit, bien, ça

prend priorité sur plusieurs

autres choses. Mais ces choses-

là, plus tard, on revient à nos

premiers amours, celui de mon

enfance, c'est-à-dire, de

vouloir être une personne en

politique.


Une partie de l'entrevue se déroule dans une église.


DANIEL LESSARD

Monsieur Boudria, pourquoi

cette église-là est si

importante pour vous?


DON BOUDRIA

Bien, c'est le centre

physique, spirituel et même

culturel de la paroisse, si on

voit les oeuvres qu'il y a ici.

Mais au niveau personnel, c'est

l'endroit où Mary-Ann et moi, on

s'est épousés, y a 44 ans. C'est

l'endroit où se sont épousés mes

parents, les siens, mes

grands-parents maternels et

ses grands-parents paternels.

Et d'ailleurs, c'était le

premier couple à se marier dans

l'église en 1893.


DANIEL LESSARD

Donc c'est un peu votre

église.


DON BOUDRIA

Euh, bien, non. C'est notre

église, pas la mienne

personnellement, mais c'est

celle de notre communauté.


L'entrevue reprend dans la demeure de DON BOUDRIA.


DANIEL LESSARD

Monsieur Boudria, après le

conseil municipal de Cumberland,

Queen's Park à Toronto, élu

libéral, et ça, c'était encore

là, la deuxième marche du

tremplin?


DON BOUDRIA

Voilà. Mais... à l'époque,

quand j'ai été élu député

provincial, je pensais rester

très longtemps à Queen's Park.

Je pensais pas que, trois ans et

demi ou quatre ans plus tard, je

serais candidat au niveau

fédéral. Premièrement, mon bon

ami Denis Éthier était député

fédéral et ça reste comme ça.

Et il s'agissait pas de se

présenter contre à

l'investiture, bien sûr que non.


DANIEL LESSARD

Ça aurait été téméraire.


DON BOUDRIA

Bien oui. Et puis

deuxièmement, je venais d'être

élu député provincial. Sauf que

trois ans et demi plus tard, à

la grande surprise de tout le

monde, Denis Éthier prend sa

retraite en même temps où le

gouvernement Trudeau a terminé.

Et là, ça a laissé le poste

ouvert au niveau fédéral. Des

gens spéculaient, Boudria va se

présenter, les gens

m'appelaient: "Faut pas que tu

te présentes." "Faut que tu te

présentes."


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qui vous

a décidé?

Votre fils?


DON BOUDRIA

Oui, c'est mon fils.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qu'il vous a dit?


DON BOUDRIA

Je suis parti pour aller à une

conférence de presse à laquelle

j'allais annoncer que je me

présentais pas. Et mon épouse et

moi, on venait de deux endroits

différents et pour une raison

quelconque, mon fils était dans

l'auto avec moi plutôt que dans

l'auto de Mary Ann.


DANIEL LESSARD

Il avait quel âge à ce moment-

là?


DON BOUDRIA

Je pense qu'il avait 11 ans.

Et en s'en allant, il me dit:

"Tu vas pas te présenter?" J'ai

dit non.

Il me répond: "Mais pourquoi?"

J'ai dit: "Papa aime son chef,

monsieur Peterson. Je m'arrange

bien avec, c'est un bon ami.

Puis j'aime mon travail." On

explique à un enfant de 11 ans

du mieux qu'on peut, n'est-ce

pas? Puis lui de me répondre:

"C'est dommage parce que si tu

t'étais présenté, moi, je

t'aurais aidé et t'aurais

sûrement gagné." Merci beaucoup,

Dan. Il dit: "Y a une autre

raison aussi." C'est quoi

l'autre raison? Bien, il dit:

"C'est parce que tu reviendrais

à la maison."


DANIEL LESSARD

Saprée bonne raison.


DON BOUDRIA

C'est fini. Cinq minutes plus

tard, je suis arrivé à la

conférence de presse et j'ai dit

à Mary Ann: "Qu'en dis-tu si on

change d'idée et je me

présente?" Je m'en allais faire

une conférence de presse pour

annoncer que je me présentais

pas et j'annonce ma candidature.


DANIEL LESSARD

Vous arrivez au Parlement

fédéral en 1984 dans l'un des

pires moments de l'histoire

libérale. Vous venez d'être

balayé complètement par l'équipe

de Mulroney qui a fait élire

plus de 200 députés. Et tout de

suite, vous décidez, ou c'est

arrivé par hasard de...

d'emmerder le gouvernement

Mulroney avec le Rat Pack?

Excusez le choix de mots, mais

je pense que ça décrit assez

bien ce que vous avez fait à ce

moment-là.


DON BOUDRIA

Probablement que ça le décrit,

des fois à mon chagrin, des fois

autrement, mais c'est vrai que

ça décrit un peu ce qui s'est

passé à l'époque. Non, c'était

pas un choix. Ce qui est arrivé,

c'est qu'au lendemain de

l'élection en 84, les libéraux,

bien... les libéraux boudaient

en général.

Mais certains des jeunes, nous,

on venait d'être élus. On est

élus au plus grand forum de

notre pays. Que nos collègues

soient de mauvaise humeur ou

déçus, nous, ça nous faisait

rien. Sheila Copps et moi, on

avait été élus à la Ligue

nationale de la politique, là.

Et on voulait...


DANIEL LESSARD

Sheila Copps, vous, Brian

Tobin.


DON BOUDRIA

Brian Tobin qui n'était pas

nouveau, mais qui avait le

comportement semblable et puis

John Nunziata qui était lui

aussi nouveau. Donc nous, notre

travail consistait à poser des

questions au gouvernement. C'est

pour ça qu'on avait été élus,

c'est pour ça qu'on était à

l'opposition quand même. Pas

pour défendre le gouvernement.

Et...


DANIEL LESSARD

Sans exagérer, vous posiez

juste des questions normales?


DON BOUDRIA

Au début. On intervenait et on

arrivait aux réunions avec nos

collègues le matin pour dire:

OK, aujourd'hui, on aimerait

poser telle question.

Et certains, certains de la

vieille garde disaient: "Bien

non, quand même, si nous, on

avait été au gouvernement, on

aurait fait la même chose." Et

nous, de répondre: "On n’était pas

là, nous. Qu'est-ce que vous

voulez que ça nous fasse?

Notre travail est de rendre le

gouvernement imputable." Et je

me souviens d'une conversation,

je me souviens de Herb Gray de

dire: "Un instant, tout le

monde, nos jeunes collègues ont

raison. Le peuple canadien a

décidé que notre travail, c'est

de poser des questions, pas d'y

répondre.

Alors dans le temps qu'on était

au gouvernement, on faisait ce

qu'on pensait qui était logique

pour un gouvernement, mais on ne

l'est plus au gouvernement.

Alors le gouvernement ne prétend

pas être l'opposition,

l'opposition ne doit pas

prétendre être le gouvernement.

Notre travail, c'est

d'intervenir. Allez-y, posez-les

vos questions.


DANIEL LESSARD

Donc y a eu toute cette

période-là dans l'opposition,

mais y avait en même temps au

Parti libéral, cette guerre à

peine larvée, à peine cachée

entre Jean Chrétien et ses

partisans et John Turner et ses

partisans.


DON BOUDRIA

Une guerre fratricide un peu.


DANIEL LESSARD

Et vous, vous avez toujours

été d'une fidélité, d'une

loyauté sans reproches à Jean

Chrétien.


DON BOUDRIA

Non, loyal à celui qui était

là. Donc j'étais loyal à John

Turner parce que c'était lui,

mon chef.


DANIEL LESSARD

Vous n'avez jamais manigancé

pour faire en sorte que Chrétien

le remplace?


DON BOUDRIA

Non. Et quand est arrivé Jean

Chrétien, même chose. Le joueur

différent, mais la loyauté avant

tout. Et quand est arrivé Paul

Martin, même chose encore.


DANIEL LESSARD

Ça a été difficile avec Paul

Martin.


DON BOUDRIA

Oui, ça a été difficile...


DANIEL LESSARD

Il vous a sorti du cabinet.


DON BOUDRIA

Je me souviens d'une rencontre

que j'ai eue avec lui juste

avant qu'il devienne premier

ministre, mais après qu'il ait

gagné la chefferie du Parti

libéral. Et de lui dire: "Paul,

tu es maintenant mon nouveau

chef. Bientôt, tu seras premier

ministre, je veux offrir mes

services. Et... tout ce que je

veux que tu saches, c'est que

j'ai été très loyal à ton

prédécesseur et je le serai de

la même façon à ton endroit. Et

je veux aussi que tu saches

autre chose, que tu me

choisisses ministre ou pas: je

serai ton candidat à la

prochaine élection." Il ne m'a

pas choisi, je l'ai fait pareil.

J'ai été candidat, mais rendu à

la deuxième fois, bien là,

c'était assez.


DANIEL LESSARD

Revenons aux années Chrétien

qui sont... je me trompe en

disant que c'est vos plus belles

années politiques?


DON BOUDRIA

Ah oui. Ah oui.


DANIEL LESSARD

Vous avez été ministre,

responsable de la francophonie,

leader parlementaire. Vous étiez

un incontournable. Y a rien qui

se faisait au Parlement sans

passer par vous. Vous étiez un

gros joueur dans ce

gouvernement-là.


DON BOUDRIA

Oui. Oui, mais ça, c'est grâce

à Jean Chrétien qui me faisait

confiance. Et au début, je dois

vous dire que c'était un peu

frustrant dans le sens que... on

se demandait toujours: est-ce

qu'il est content avec mon

travail? Est-ce que... on

sentait parfois que j'aurais eu

besoin, ou je sentais que

j'aurais eu besoin de le

consulter. Mais c'est pas comme

ça que ça marchait avec Jean

Chrétien. Vous étiez ministre,

vous faisiez le travail d'un

ministre et si on est pas

content, on vous remplace. Alors

c'est comme ça que ça marchait

avec Jean Chrétien.


DANIEL LESSARD

C'était célèbre chez lui.


DON BOUDRIA

Il déléguait, et...

Des histoires que j'entends

aujourd'hui, par exemple, à

l'effet que le bureau du premier

ministre choisit...


DANIEL LESSARD

Contrôle tout, tout, tout.


DON BOUDRIA

La secrétaire à l'agenda du

ministre puis des choses comme

ça, jamais le bureau du premier

ministre Jean Chrétien ne se

serait mêlé de la façon dont je

dirigeais mon ministère. Je

pouvais m'attendre à un appel du

premier ministre à peu près une

fois toutes les deux, trois

semaines pour me dire,

habituellement un dimanche

matin, pour me demander: "Il est

où le projet de loi untel?" Un

instant, premier ministre.

J'avais toujours ça avec moi.

Je l'ai fait passer à la Chambre

des communes avant hier, il s'en

va au comité. Dans trois

semaines à peu près, je pense

qu'il revient pour la troisième

lecture.

"Bon, ça va. C'est tout ce que

je voulais savoir. Merci." -

C'est pour ça que Deborah Grey

vous avait appelé le

(Propos en anglais et en français)

Binder Boy de...


DON BOUDRIA

(Propos en anglais et en français)

Binder boy,l'homme au

cartable. Alors... y avait des

dossiers, je ne me souviens

plus, je pense que c'était les

octrois pour lesquels était

responsable la ministre Jane

Stuart. C'est un programme

d'emploi et les députés du Parti

de la réforme demandaient des

questions au sujet du programme

qui, disaient-ils, ne devrait

pas exister.

(Propos en anglais et en français)

C'était The Million Dollar

Boondoggle, une expression comme

ça. Pourtant, en même temps,

chacun d'entre eux écrivait des

lettres demandant d'avoir de ces

mêmes fonds sur ce programme-là

dans leur propre circonscription

électorale. Et moi, j'avais le

cartable et chaque fois qu'un

nouveau député de cette

formation se levait pour poser

une question, je donnais la

réponse à Jean Chrétien. Alors

un jour, Deborah Grey demandait

une question de ce genre et tout

à coup, elle dit: "Je demande la

question au premier ministre et

je ne veux pas que son homme au

cartable,

(Propos en anglais et en français)

que Binder Boy, lui

donne la réponse. Je veux avoir

la sienne. Et c'est comme ça

qu'est venu le nom, le sobriquet

Binder Boy.


DON BOUDRIA chante et joue de la guitare, accompagné de sa femme Mary Ann à la mandoline.


DON BOUDRIA

♪ Ma vie est un long chemin sans

fin Et je ne sais pas très bien

où je m'en vais Je cherche dans

les faubourgs et les villes

C'est dans l'espoir d'accomplir

mon destin Mile après mile je

suis triste Mile après mile je

m'ennuie Jour après jour sur la

route Tu ne peux pas savoir

comme je peux t'aimer... ♪

♪ Un jour quand mes voyages

auront pris fin Et qu'au fond de

moi j'aurai trouvé Cette paix

dont je sentais le besoin à ce

moment je pourrai m'arrêter Mile

après mile je suis triste Mile

après mile je m'ennuie Jour

après jour sur la route Tu ne

peux pas savoir comme je peux

t'aimer Tu ne peux pas savoir

comme je peux t'aimer ♪


La performance musicale s'achève. L'entrevue reprend.


DANIEL LESSARD

Monsieur Boudria, y a beaucoup

de cynisme à l'endroit des

politiciens. Il se dit beaucoup

de choses désagréables. Y a eu

l'enquête Gomery, les enquêtes

au Québec, la Commission

Charbonneau, etc.

Est-ce que c'est justifié?


DON BOUDRIA

Ça dépend. L'enquête Gomery,

c'était, ça aurait dû être une

enquête policière, ça en a été

une. L'enquête Gomery, c'était

ni plus ni moins qu'une émission

de télé en parallèle avec un

travail de police.

Ça aurait jamais dû avoir lieu.

Ça servait absolument à rien. Et

puis ça avait... y en avait eu

une semblable, la Commission

Parker dans le cas de Sinclair

Stevens qui était également...

qui accomplissait rien elle non

plus. Mais le travail, bien sûr,

de la police doit être fait.

Si y a quelque chose qu'on

soupçonne de ne pas être

correct, de ne pas être bien,

ça, c'est sûr.


DANIEL LESSARD

Et le cynisme?


DON BOUDRIA

Bien, le cynisme... le

cynisme, c'est pas mauvais qu'il

y en ait un peu. Y en a trop,

mais c'est pas mauvais qu'il y

en ait un peu. Faut toujours...

faut pas faire confiance absolue

à ceux qu'on va élire. Faut leur

dire: c'est vous qui avez les

deniers publics, mais en même

temps, une mise en garde. Et

d'ailleurs, ça se rapproche, ça,

du rôle de l'opposition.

L'opposition questionne le

gouvernement. Pas parce qu'ils

veulent savoir la réponse, parce

qu'ils veulent garder le

gouvernement imputable. C'est

une période d'imputabilité. Ça

s'appelle la période des

questions, on s'entend.


DANIEL LESSARD

Mais c'est souvent un

spectacle, monsieur Boudria.


DON BOUDRIA

Oui, mais c'est pas mal, ça

non plus. C'est pas mal non plus

si c'est assez bien géré.

Laissez-moi vous dresser un

parallèle. Aux États-Unis, par

exemple, dans la période de

Nixon, où personne ne voulait du

président, même dans son propre

parti, c'était impossible de le

déloger. Dans notre système, un

vote de non-confiance, un vote

de blâme, ça prend huit minutes

pour défaire un gouvernement.

Pensez-vous qu'on aurait pas

aimé se débarrasser de Nixon?

Pourtant, notre système est plus

imputable, ça serait possible

dans le nôtre.


DANIEL LESSARD

Le système est bon, vous ne

voulez pas le changer?


DON BOUDRIA

Bien, peut-être que de façon

périodique, c'est les

parlementaires qu'il faut

changer. Mais pas le système.

Et bien sûr, comme partisan du

Parti libéral, je vous dirais

que c'est le temps de le faire

tout de suite. Mais si on va au-

delà de ça, c'est pour ça que

l'exercice démocratique existe,

c'est pour justement remplacer

les parlementaires par d'autres.

On s'entend qu'on va les mal

aimer à un moment donné aussi,

mais ça fait partie de la

démocratie, et le système, en

soi-même, est bon.


DANIEL LESSARD

Si vous retourniez 40 ans en

arrière et que vous aviez le

choix de faire une carrière en

politique et une carrière en

musique, vous choisiriez quoi?


DON BOUDRIA

Non, j'aurais fait le même

choix parce que j'ai... tout

d'abord, j'ai joué de la musique

quand j'étais jeune et...


DANIEL LESSARD

Dans un groupe rock,

j'imagine.


DON BOUDRIA

Dans un groupe rock, oui.

Et c'était très agréable, mais

faudrait pas en même temps

penser que c'est un style de

vie. C'est un bon hobby, un bon

passe-temps, mais un musicien

sur la route, etc., c'est pas un

style de vie que j'aurais voulu

pour toute ma vie. Vous savez,

le dernier chapitre dans mon

livre s'intitule: Non, je ne

regrette rien.


DANIEL LESSARD

La chanson de Piaf.


DON BOUDRIA

Voilà. Ça touche bien sûr la

chanson de Piaf, mais ça

explique en même temps, quand on

lit le texte, que je ne regrette

pas le choix de carrière. Bien

sûr, je regrette mes erreurs

comme tout le monde, mais pas le

choix de carrière, que j'ai

beaucoup aimée.


DANIEL LESSARD

Mais la musique, ça vous a

suivi tout le temps. Qu'est-ce

que ça fait à Don Boudria

d'écouter une chanson que vous

aimez, ou d'en jouer une que

vous aimez?


DON BOUDRIA

Pour en jouer, j'en joue

beaucoup, et mon épouse aussi.

Et... c'est le passe-temps

idéal. Pour moi, ça part de mon

enfance où ma mère m'a enseigné

les premiers accords sur la

guitare. J'ai aussi appris à

l'école secondaire, la

clarinette, mais ça, ça n'a pas

duré. Ma grand-mère m'avait

enseigné encore plus jeune

comment jouer l'harmonica, la

musique à bouche. Et la

bombarde.

Vous vous souvenez?


DANIEL LESSARD

Oui, oui.


DON BOUDRIA

Ce curieux instrument.

Donc... ça a toujours fait

partie de ma vie.

(chanson, indistincte)

Et même comme ministre, on avait

un groupe musical à l'intérieur

du caucus libéral. J'ai

d'ailleurs joué sur l'émission

de Julie Snyder avec le groupe.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


DON BOUDRIA

Enfin, on a fait toutes sortes

de choses intéressantes comme

ça. Et maintenant, à la

retraite, heureusement pour moi,

mon épouse a choisi d'apprendre

à jouer de la musique. Alors

elle joue la mandoline, je joue

la guitare. La mandoline qui est

un instrument surtout de

bluegrass, et donc on joue des

chansons style de vieux

rock'n'roll.


DANIEL LESSARD

Et vous chantez tous les deux

ou si...


DON BOUDRIA

Non, c'est seulement moi.

Et donc... habituellement, c'est

trois ou quatre prestations par

semaine que nous avons à

différents endroits.


DANIEL LESSARD

Donc ça, c'est une grande

partie de votre retraite.

L'autre partie, vous faites un

peu de lobbyisme aussi, si j'ai

compris?


DON BOUDRIA

Oui, lobbying et surtout je

donne des conseils en procédure.

Conseils en procédure

parlementaire pour une société

de droit, Hill & Knowlton

Canada.

Et également, de mon propre

chef, je fais des discours,

j'enseigne. Par exemple, j'irai

dans quelque temps faire mes

deux jours d'enseignement que je

fais à chaque année à

l'université Concordia à

Montréal. Je fais avec des

groupes de gens qui font un

lobby eux-mêmes, je vais leur

enseigner comment s'y prendre.

Former des gens qui vont

témoigner devant un comité, quoi

faire, quoi ne pas faire. Parce

que de nos jours, les

commissions parlementaires, les

comités sont télévisés.

Déjà, ce l'était pas. Donc, il

faut bien se présenter parce

qu'on... le message qu'on veut

transmettre ne passe pas.

C'est peut-être juste, c'est

peut-être injuste, mais c'est la

réalité moderne.


DANIEL LESSARD

En terminant, monsieur

Boudria, quelques questions en

rafale, rapides avec des

réponses courtes. Le politicien

qui vous a le plus impressionné

dans votre vie?


DON BOUDRIA

Pierre Trudeau.


DANIEL LESSARD

Sans hésitation.


DON BOUDRIA

Sans aucune.


DANIEL LESSARD

Votre musicien préféré?


DON BOUDRIA

Ah bien là, c'est compliqué.

C'est compliqué. La rafale est

difficile. Au niveau bluegrass,

c'est sûr que c'est Bill Monroe,

au niveau du rock'n'roll, pour

sûr, c'est les Beatles, et au

niveau musique country, c'est

Hank Williams, c'est la première

chanson que j'ai apprise dans ma

vie.


DANIEL LESSARD

La plus grande chanson de tous

les temps, celle que vous

préférez par-dessus tout?


DON BOUDRIA

Stand by me.


DANIEL LESSARD

De Ben E. King?


DON BOUDRIA

De Ben E. King, oui.


DANIEL LESSARD

Un roman qui vous a marqué?


DON BOUDRIA

Ah bien, quand j'étais jeune,

c'est sûr que je lisais

Guèvremont, des choses comme ça.


DANIEL LESSARD

Le survenant.


DON BOUDRIA

Oui. Oui, Le survenant,

Marie-Didace et l'autre, je ne me

souviens plus. Et je dirais,

dans les dernières années,

My Life, de Bill Clinton.


DANIEL LESSARD

Si vous aviez encore un grand

rêve, qu'est-ce que ce serait?


DON BOUDRIA

Je le sais pas. Je le sais

même pas. Sans doute de voir le

jour de mariage de tous mes

petits-enfants.


DANIEL LESSARD

Vous en avez plusieurs?


DON BOUDRIA

Cinq.


DANIEL LESSARD

Cinq. Monsieur Boudria, merci

mille fois.


DON BOUDRIA

Merci.


Générique de fermeture

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