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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Bernard Ho: Franco-Chinese Entrepreneur

Bernard Ho is a Canadian engineer and entrepreneur of Chinese descent. Born in France, Bernard moved to the Canadian West Coast about ten years ago to pursue an education in engineering. But his entrepreneur spirit led him to one day set up shop – not as an engineer, but in the world of gastronomy, with which he was familiar from his childhood in Lyon. An entrepreneur´s journey, from the Cambodian genocide to the Pacific Coast.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

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Générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, BERNARD HO, on montre des images de la boulangerie vancouvéroise Baguettes et compagnie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Entrer dans un

café, c'est une découverte pour

les sens. L'odeur du café, les

étalages colorés, et bien sûr,

les goûts du chocolat et de la

crème pâtissière. Qui pourrait

croire qu'un tel décor soit

créé et conçu par un ingénieur

français? Bernard Ho s'est

retrouvé sur la Côte-Ouest

canadienne il y a une

dizaine d'années pour terminer

ses études. De Victoria, il a

déménagé à Vancouver pour le

travail. Mais un désir de

devenir entrepreneur

l'habitait. Un jour, il s'est

lancé en affaires. Pas dans le

domaine de l'ingénierie qu'il

avait étudié, mais dans le

monde gastronomique qu'il avait

connu depuis sa tendre enfance

dans la capitale

culinaire de Lyon.


BERNARD HO

(Citation tirée de l'entrevue)

Bizarrement, en

fait, ici, je me sens vraiment

Français. Tout le monde, malgré

que j'aie les traits asiatiques,

tout le monde me considère

comme un Français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard Ho, bonjour.


BERNARD HO

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard, vous avez grandi

à Lyon. Mais je pense

qu'on peut dire que...

Votre vie, votre enfance

n'était pas une enfance

typiquement française.


BERNARD HO

C'est vrai.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi d'abord

de vos parents.


BERNARD HO

Moi, mes parents, ils sont nés

au Cambodge. Et bon, ils ont

vécu ce qui s'est passé au

Cambodge, donc, la guerre plus

le génocide. Hum... Puis,

ils sont arrivés

en France en 1981.

Ils sont arrivés en France avec

pas grand-chose. 50 francs à

l'époque pour 4 personnes. Donc,

ma mère, ma grand-mère, ma tante

et mon père. Et malgré que mon

père ait eu des diplômes,

tout ça, qui étaient pas du tout

reconnus en France, faut bien

faire vivre sa famille, donc ils

ont dû tous travailler au

début à l'usine, et puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'ils parlaient

beaucoup de leur

vie au Cambodge?


BERNARD HO

Non, absolument pas. Donc,

moi, j'ai appris tout ça par ma

grand-mère, parce que j'ai été

élevé par ma grand-mère pendant

que mes parents étaient occupés

à travailler. J'ai eu, du coup,

une éducation dans la pure

tradition chinoise, entre

guillemets. Puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est quoi la

pure tradition chinoise?


BERNARD HO

Bien, enfin, moi, c'est

simple. Quand on est à Lyon

et qu'on rentre chez moi,

ça devient la Chine. Donc, on ne

parle plus un mot de français,

il y a plus de... Enfin, tout

est chinois. Le seul truc

français qu'on va avoir, c'est

peut-être un bout de baguette

qui traîne, et puis un ou deux

paquets de pâtes. Comment je

qualifierais, je raconterais la

culture chinoise, je dirais que

les asiatiques arrivent dans un

pays où tout est différent. La

langue, la culture, tout ça.

Même l'alphabet. Donc... Et

quand ils arrivent entre 25

et 40 ans, on va dire, c'est

pratiquement impossible de

s'intégrer. C'est beaucoup trop

différent. Donc, ma grand-mère

connaît peut-être 50 mots de

français, et elle est en France

depuis plus de 25 ans. Donc,

c'est vraiment très, très

difficile. C'est pour ça que

dans pratiquement toutes les

villes du monde, il y a

un chinatown, un

quartier chinois. Donc,

la première génération,

je dirais, se regroupe. Et puis,

après, ils ont bien compris

qu'il faut s'adapter, et qu'on

peut pas retourner en Chine. On

reste dans le pays, donc, la

génération d'après s'adapte

plutôt assez rapidement. On a

tous... Tous les Asiatiques ont

un prénom occidental une fois

qu'ils sont... Leurs enfants ont

un prénom occidental. Le mien

a été choisi au hasard sur un

calendrier. Donc, je m'appelle

Bernard. Donc, c'était pas

facile à vivre quand j'avais 4

ans, mais finalement, des fois,

je suis content de m'appeler

Bernard, parce que j'aurais pu

m'appeler, je sais

pas, Pâques ou Ascension.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de l'école. Bon, c'est

sûr que t'as pas eu la même

enfance qu'un enfant français de

souche, si vous voulez, a

eue. Ça ressemblait à quoi?


BERNARD HO

Enfin... Bien, moi, dans ma

famille, la religion, c'est le

travail. Du coup, c'est comme ça

que j'ai été éduqué aussi par

mes parents. Donc, j'allais à

l'école le matin. Au début...

Ils m'ont pas vraiment scolarisé

au début, parce qu'ils savaient

pas qu'il y avait la maternelle,

etc. Donc, j'ai commencé

à l'école quand c'était vraiment

obligatoire, donc, au CP.

Donc, c'est ma première

interaction avec, entre

guillemets, le monde extérieur.

Donc, c'était plutôt bizarre au

début, mais bon, je m'y suis

fait. Et puis, après, au fur et

à mesure, on apprend à vivre

avec la culture locale.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est ça, tes parents

avaient un restaurant?


BERNARD HO

Oui, ils ont travaillé très

dur au début. Donc, beaucoup

à l'usine pour mettre le plus

d'argent de côté. Et ma mère, à

l'époque, vraiment, tout ce qui

était couture, etc., ça marchait

plutôt bien dans les années 80.

Et quand ils ont réussi à

mettre suffisamment d'argent

de côté, ils ont acheté un

restaurant, enfin, fait un

business. Donc, voilà. Ils ont

eu leur premier restaurant,

et puis, j'avais à peu près

6 ans à l'époque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, est-ce que t'avais

des activités parascolaires?


BERNARD HO

Très peu. Enfin, j'ai grandi

beaucoup grâce aux

échecs, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aux échecs?


BERNARD HO

Oui. Donc, comme je comprenais

absolument rien à l'école,

les professeurs trouvaient ça

aberrant que j'aie des super

notes en calcul mental, mais

qu'ailleurs, ça s'effondre

totalement. Parce que je

comprenais absolument pas ce

qu'on me demandait. C'était

la directrice de mon école

primaire qui, voyant que j'étais

très passable à l'école, mais

plutôt bon en maths, qui a dit:

"On va faire un test. On va le

mettre aux échecs pour voir ce

que ça donne." Et puis, voilà.

J'ai progressé, puis... C'était

vraiment une super expérience.

C'était la première expérience

positive que je trouvais, enfin,

à l'école. C'est celle qui me

donnait envie d'aller à l'école

tous les jours. Donc, voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le stéréotype chinois, bien

sûr, c'est l'éducation avant

tout. Comment t'as vécu ça, toi?


BERNARD HO

Bien, enfin, les Chinois

ont très bien compris que

l'intégration se passe par

l'éducation. Donc, c'est pour

ça, que souvent, la première

génération, quand ils arrivent

quelque part, ils se regroupent

tous dans un

chinatown, mais

qu'après, les enfants vivent

ailleurs, et ont des meilleurs

diplômes, et font des

meilleurs jobs qu'eux.

Moi, j'entre dans un restaurant

ou autre chose, restaurateur

ou tenir une épicerie, souvent,

c'est la première génération

avec les parents. Moi, je

fais pas exception à ça du tout.

Donc, voilà. Mes parents m'ont

dit: "Travaille bien à l'école,

et débrouille-toi. Faut que

t'aies de bonnes notes, et c'est

comme ça que tu vas t'en sortir

dans la vie." Donc,

voilà. J'ai écouté.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as décidé d'étudier le

génie. Est-ce que c'était par

passion ou par obligation?


BERNARD HO

Absolument pas. C'était...

Pour moi, le diplôme, ce n'est

qu'un bout de papier. Ce n'est

rien d'autre. Un bout de papier

qui est important, parce qu'il

ouvre des portes. Mais ça

reste un bout de papier. Et moi,

voilà, je voulais être dans le

business de tout ce qui est

métier de bouche, et faire des

nouveaux concepts de tout ce qui

était gastronomique. Et mon seul

obstacle, c'était avoir un bout

de papier. Donc, ma mère, je lui

ai dit: "Bon, bien, qu'est-ce

que je fais? Qu'est-ce que je

fais comme étude?" Elle a dit:

"Fais ce qu'il y a de mieux."

Ce qu'il y avait de mieux à

l'époque, c'était ingénierie,

donc, école d'ingénieur,

préparer l'école d'ingénieur,

tout ça. Donc, c'est

ce que j'ai fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as déjà dit, je pense,

que les enfants de Chinois

deviennent médecins, ingénieurs,

pharmaciens, mais jamais

CEO. Pourquoi pas?


BERNARD HO

Je me suis rendu compte très,

très vite qu'en France, être

bon, ça suffisait pas. Donc,

c'est un pays génial, j'adore la

France. L'égalité des chances,

tout ça, la gratuité de

l'éducation, même au plus haut

niveau. Et c'est vraiment

génial. Mais bien sûr, comment

est-ce que les privilégiés

gardent leurs privilèges...

Enfin, on met en place ce

qu'on appelle en France, c'est

maintenu, le piston entre

guillemets. Bien que je sois

très bon, enfin, que j'ai été

bon dans ma classe, j'ai eu

des bourses au mérite, etc., à

l'école, où tout joue sur le

bulletin, j'ai toujours eu mon

stage le dernier de la classe,

parce que je connaissais

personne, tout simplement, dans

le domaine de

l'engineering.

Donc, j'ai compris très, très

vite que c'était pas comme ça

que ça se passait. Et donc,

j'ai décidé de partir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans ton cas, est-ce que c'est

du népotisme ou du racisme?


BERNARD HO

Pour moi, il y a un peu de

tout. C'est pas forcément que du

népotisme ou que du racisme, il

y a un peu de tout, enfin. C'est

un tout. Donc, moi, j'ai été de

l'autre côté de la barrière.

Donc, c'est vrai que les

Chinois, ils sont bons pour être

informaticiens, pas pour être

ingénieur mécanique, designer

des moteurs, ou architecte, etc.

Et à l'époque, c'était l'une des

premières vagues d'immigration

asiatique. Donc, très peu de

gens connaissaient encore, à

l'époque, la culture asiatique,

que ce qu'on dit maintenant,

c'est des gens

travailleurs, sérieux, etc.

À l'époque, les gens en

rencontraient très peu. Donc,

forcément, on recrute pas

ce qu'on connaît pas, ce

qui est totalement normal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est différent au

Canada que ça l'était en France?


BERNARD HO

Pour moi, ici, le plafond est

beaucoup plus élevé. Donc, c'est

au niveau directeur, CEO, etc.,

où on voit moins de diversité

culturelle, où c'est beaucoup de

copinage. Mais en France, ça

commence, je trouve... Le

plafond est beaucoup plus bas.

Moi, je le conçois totalement.

Donc, encore une fois, c'est

parce qu'on a peur de ce qui est

inconnu, et c'est normal. Donc,

on s'inquiète, on sait pas si la

personne va faire l'affaire, si

c'est quelqu'un de vraiment

sérieux, etc., etc. Surtout

en France où la législation

favorise énormément les

employés, et où être un patron

devient un vrai cauchemar, c'est

vrai que ça encourage pas

du tout à l'embauche. Ici, c'est

vraiment différent. Pour moi,

ici, enfin, quand je suis

arrivé ici, c'était vraiment

l'Eldorado. Pour moi, ici, le

CDI n'existe pas. Il suffit de

deux semaines de notice pour

terminer, bon, un CDI,

quoi. Donc, au niveau d'un

entrepreneur, c'est rien.


On présente des images de Whytecliff Park.


BERNARD HO

Le lieu que je préfère à

Vancouver, il s'appelle

Whytecliff Park. C'est un petit

parc qui est très pittoresque.

C'est des falaises qui vont

directement dans l'eau avec des

arbres. C'est la nature vraiment

brute. Moi, je vais là-bas quand

j'ai besoin de me ressourcer,

quand j'ai besoin de répondre à

certaines questions, prendre des

décisions assez importantes.

Ça, je vais là-bas, ça

me calme. C'est vraiment

incroyable comment être en

nature une demi-heure, deux

heures, dans la nature en

plein milieu de la forêt à

une demi-heure de Vancouver,

on peut être aussi reposé,

enfin... Ça a le même effet que

se reposer deux jours en ville,

quoi. Les jours de pluie quand

il fait soleil, les jours même

de tempête, c'est magnifique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard, t'es venu au

Canada pour quelle raison?


BERNARD HO

Moi, je suis venu au Canada

dans le cadre de mes études.

Donc, voilà. Enfin, j'ai... Mes

parents m'ont donné le virus du

voyage quand j'étais au lycée.

Et j'ai même beaucoup voyagé.

C'est vrai qu'en restant en

France, qui est un super pays,

on reste un peu dans son

quotidien, dans sa routine. J'ai

commencé avec un voyage en

Chine, puis en Angleterre.

Puis, après, un peu plus dans

l'Europe, et beaucoup en Asie.

Et du coup, je voulais vraiment

voyager. Et comme je savais que

je pourrais pas le faire pendant

que je travaille, j'ai décidé de

le faire pendant mes études.

Donc, j'ai choisi Victoria.

Enfin, je suis allé à

l'Université Victoria. J'ai

choisi Victoria parce qu'à

l'époque, c'était... Il me

semble que c'était l'une

des toutes premières écoles

d'ingénieurs qui proposait le

coop programme. Donc, c'est

une formation en alternance pour

ingénieurs. L'alternance

est obligatoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce que t'es venu

ici avec l'intention d'y rester?


BERNARD HO

Non, au début, je devais

rester que deux ans, puis

rentrer. Et puis, je me suis

vraiment bien plu ici. J'aime

beaucoup la culture, le climat,

enfin, tout ça. La ville. Donc,

je suis vraiment tombé amoureux.

Ça m'a mis du temps. Ça m'a

vraiment mis du temps. Ça m'a

mis quatre ans à me

sentir chez moi, ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qui

a été le déclic?


BERNARD HO

Ce qui a été le déclic, c'est

quelque chose de tout bête.

C'est de marcher dans la rue

à downtown, enfin, comme

ça, samedi après-midi.


GISÈLE QUENNEVILLE

À Victoria ou

ici, à Vancouver?


BERNARD HO

Non, ici, à Vancouver.

Donc, j'ai fait deux ans à

Victoria, qui était un petit

peu... C'était pas vraiment

excitant, parce que c'est

vraiment une petite ville. Mais

quand je suis arrivé à Vancouver

où j'ai eu mon premier job,

c'était un peu la renaissance.

Et au bout de deux ans, ici, un

week-end, je me suis baladé dans

la rue au centre-ville,

et je suis tombé

sur quelqu'un que je

connaissais. J'ai fait: Ah! Je

commence à croiser des gens que

je connais à Vancouver. Donc,

pour moi, c'était le signe

tout simple que j'étais

chez moi, ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as travaillé comme

ingénieur. À quel moment est-ce

que t'as dit: Je n'en veux plus,

je veux être entrepreneur.


BERNARD HO

Ah, non. Moi, je voulais être

entrepreneur depuis l'âge de 16

ans. Et j'ai fait ingénieur pour

être entrepreneur, parce que

c'était la condition des

parents, tout simplement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, t'as montré ton diplôme

à tes parents, et t'as

dit: Bon, bien, j'y vais.


BERNARD HO

(Propos en français et en anglais)

Le jour où j'ai eu mon

diplôme, le jour de ma

graduation ceremony, j'ai

appelé ma mère. J'ai dit: "Bon,

bien, voilà, maman. Je peux

m'ouvrir un restaurant. J'ai

rempli la part de mon

contrat." Elle m'a dit: "Non,

non, mais attends."


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pourtant, eux, ils

étaient restaurateurs?


BERNARD HO

Oui, oui, bien sûr, mais

ils voulaient pas d'une vie

de restaurateur pour un gamin,

entre guillemets. Donc, voilà,

ils voulaient quelque chose de

mieux, mais ils savaient pas

que, sans faire exprès, ils

m'avaient entraîné, depuis que

je suis tout petit pour... Pour

moi, quand je travaille 40

heures par semaine, c'est un

mi-temps. Et je ne peux pas

rester à la maison rien faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais en même temps, on a passé

quatre, cinq, six ans aux

études, pour ensuite

tout laisser tomber.


BERNARD HO

Bien, moi, comme je vous l'ai

dit, les études, c'était juste

un moyen de faire ce que je

voulais. Juste pour dire à

mes parents que j'étais pas,

enfin... Mes parents voulaient

que je fasse ça, donc, je l'ai

fait, et c'était la condition,

c'était un contrat verbal

et moral qu'on avait passé

ensemble. Enfin, je décroche un

bout de papier qui est un

diplôme, et après, je peux

faire ce que je veux. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi une boulangerie?


BERNARD HO

Bien au début, voilà, je

voulais entreprendre dans

le monde de la nourriture. Donc,

quand j'ai compris que mes

parents voulaient pas que

je reprenne les restaurants,

et que je fasse pas de

business dans le monde de la

restauration, qu'ils allaient

beaucoup moins m'aider, bien...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils voulaient pas

t'aider, tes parents?


BERNARD HO

Beaucoup moins, enfin. Ma mère

m'a dit que si j'ouvrais

un restaurant, ils me reniaient.

Donc, je lui ai dit:

"Voilà, au bout de..."


GISÈLE QUENNEVILLE

Une boulangerie, ça va?


BERNARD HO

Non. Au bout de plusieurs

années, enfin, ou un business

dans le monde de la nourriture.

Au bout de plusieurs mois, je

lui ai dit: "Bien, écoute, je

vais le faire quand même. Ça va

me prendre 5 ans, 10 ans, 15

ans, je m'en fous, mais je vais

le faire." Donc, voilà, j'ai

très bien gagné ma vie. J'ai mis

tout ce que je pouvais de côté.

J'ai fait quelque chose de

complètement fou que je

recommande à personne de faire,

c'est que j'en ai investi en

bourse. Et je m'en suis

même... Grâce à l'argent que

j'investissais, ça m'a permis

aussi d'avoir une ligne de

crédit pour emprunter, et aussi

de placer en bourse. J'ai eu

beaucoup de chance au final.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, pourquoi

une boulangerie?


BERNARD HO

Bien, au début, enfin, moi,

c'était n'importe quoi. Donc, je

voulais ouvrir une boîte de nuit

au début, parce que j'aimais

bien faire la fête. Et j'aimais

pas faire la queue en

boîte de nuit. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est une façon de

rentrer rapidement.


BERNARD HO

Oui. On s'y met un peu

sérieusement, on fait un peu de

recherche. On se dit: "Ah,

faut que je fasse mon chiffre

d'affaires de toute la semaine

en deux jours." Donc, vendredi

soir et samedi soir. Si on

est raisonnable, faut

qu'on oublie un peu ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, c'est plus facile?

C'est assez facile d'ouvrir un

commerce comme une boulangerie?


BERNARD HO

Euh, non. Ça a été plus dur

que ce que je pensais. Au niveau

administratif, c'est beaucoup

plus facile. Après, c'est vrai

qu'au niveau des permis, etc.,

du code du bâtiment et tout

ça, c'est beaucoup plus dur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez quatre magasins

en tout, maintenant?


BERNARD HO

Aujourd'hui, quatre, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que le fait d'être

ingénieur, ça vous aide

dans votre entreprise?


BERNARD HO

Ah, oui, oui, ça m'a aidé

énormément. Enfin, je veux être

absolument pas du tout... loin

de là. Et même maintenant, oui,

enfin, ma mère a eu raison de

me dire de travailler un peu

dans mon domaine quelques

années. J'ai appris beaucoup,

j'ai travaillé en start-up.

J'ai travaillé dans des grosses

boîtes. J'ai travaillé dans

l'académique. Ça m'a apporté

énormément de choses, et je sais

comment structurer une boîte.

Donc, là, aujourd'hui, on est

une boulangerie, mais on est

une start-up. Notre taux de

croissance, c'est un magasin par

an, pratiquement, enfin, tous

les 18 mois. Donc, oui, c'est le

rythme d'une start-up. OK,

pour les gens, "start-up",

ça sonne comme nouvelle

technologie. Nous, on est

une boulangerie, mais si

on regarde la définition

pure, je pense qu'on rentre

dans le cadre d'une

start-up. J'essaie de mettre

une culture un peu

corporate aussi dans

mon entreprise parce qu'on

est passés de boulangerie de

quartier à une vraie petite

entreprise, maintenant, et

presque 50 salariés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que tes parents

pensent de ce que tu

fais aujourd'hui?


BERNARD HO

Bien, mes parents, voilà,

c'est des parents chinois. Ils

sont pas très expressifs.

Ils viennent, ils regardent, ils

font: "Pas mal." Voilà. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est décevant un peu?


BERNARD HO

Non, pas forcément, enfin.

C'est... Enfin, la culture

asiatique est comme ça. On nous

apprend très bien, et on

est les champions de ça.

On est les champions pour

se sortir de la mouise entre

guillemets, parce qu'on nous

apprend et on nous forme

depuis tout petit à "dealer"

avec n'importe quelle....

... n'importe quelle situation

délicate, faire face aux

problèmes, ne jamais se

plaindre, puis avancer, quoi.

Toujours avancer, avancer,

avancer, ou mourir. Tout

simplement, marche ou crève,

entre guillemets. C'est ça,

l'éducation que j'ai eue. Mais

quelque chose qu'on ne nous

apprend absolument pas, c'est

gérer le succès, et puis,

profiter un petit

peu. Donc, voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que tu en profites

quand même un peu?


BERNARD HO

Oui, depuis deux ans, je me

suis un petit peu lâché. Donc,

je me suis acheté une Mustang il

y a deux ans, donc, la première

fois que je me suis fait

plaisir. Je me suis pas bien

senti au début, quand je l'ai

achetée, mais bon. Faut

bien profiter un petit peu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard, moi, quand je parle à

des boulangers français au

Canada, ils me disent qu'il est

très difficile de faire un pain

authentiquement français à cause

de la farine. Est-ce

que c'est le cas?


BERNARD HO

Je vais vous dire ce qui se

passe vraiment. Faire une

très bonne baguette, un très bon

croissant, c'est super facile.

Il y a rien de plus facile.

Le faire 365 jours dans l'année,

c'est mission impossible. C'est

comme ça. Surtout à l'étranger.

Et c'est vrai que c'est

difficile de trouver des

bons boulangers. C'est difficile

d'avoir du beurre de provenance

du même pays ou de la même

crèmerie toute l'année. C'est

pratiquement mission impossible.

Donc, il y a beaucoup de quotas,

de choses comme ça. Enfin, il y

a énormément de politique et de

lobbying derrière pour tout ce

qui est import-export. Et ici,

c'est ça le problème.

C'est la constance.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'ici,

vous avez des spécialités?


BERNARD HO

On a tout ce qu'il y a à

la pistache. La raison pour

laquelle on a choisi la

pistache, c'est que notre

premier magasin qui est à

Kitsilano fait partie du

quartier grec. Et dans le

quartier grec, on mange beaucoup

de pistaches, beaucoup de

pâtisseries. On a fait aussi,

par exemple, le cheese-cake. Il

fallait bien qu'on fasse une

version du cheese-cake...


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas très français.


BERNARD HO

Même McDonald's, quand ils

vont en France, ils vont des

McRaclette, ou quand ils vont

en Inde, ils font pas de boeuf.

Donc, il faut qu'on s'adapte au

marché local. C'est une réalité,

ça, c'est sûr. Monter un

business, tout le monde sait

faire; monter un business qui ne

perd pas d'argent, c'est pas

tout le monde qui peut le faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais on parle des spécialités,

Bernard, je vois également des

muffins. Pas très français, ça.


BERNARD HO

Oui. Donc, je parlais de tout

ce qui était adaptation à la

population locale et à la

cuisine locale, donc, il y avait

le cheese-cake, mais il faut

aussi qu'on parle de notre gamme

nord-américaine. Le muffin, par

exemple, est un bon exemple de

cuisine, on va dire, un peu

hybride ou fusion. On a essayé,

par exemple, les madeleines. Ça

n'a pas marché du tout, bien

qu'elles étaient très bonnes.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est que les gens

ne connaissent pas?


BERNARD HO

Voilà. Les gens connaissent

absolument pas. Donc, on a

décidé de faire notre pâte à

muffin avec de la madeleine.

Donc, maintenant, les gens

viennent chez nous, mangent

nos muffins, et les trouvent

meilleurs qu'ailleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard, je pense que ça fait

une bonne dizaine d'années

que tu es au Canada, maintenant.


BERNARD HO

Douze ans, maintenant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelle est la plus grande

différence, dirais-tu, entre

Vancouver et Lyon, entre...


BERNARD HO

Ah, il y a énormément

de différences.


GISÈLE QUENNEVILLE

Entre le Canada et la France?


BERNARD HO

Il y a énormément de

différence. Déjà, moi pour

m'établir à l'étranger, il me

fallait... Je savais que je

voulais pas m'établir en Asie,

par exemple, parce que

j'avais besoin d'une culture

occidentale, déjà. Parce que

c'est là où j'ai grandi,

et je suis habitué à ça.

Un pays où il y a un semblant de

justice, où c'est pas la

corruption qui règne comme ça

peut se passer dans beaucoup de

gouvernements en Asie. Avec

aussi une certaine protection

sociale, etc., et pas d'armes

à feu non plus. Donc, c'est pour

ça que je voulais pas aller

vivre aux États-Unis.

Donc, c'est pour ça que j'ai

choisi le Canada. Je voulais pas

quitter la France pour retrouver

la France ailleurs, donc, c'est

pour ça que je suis pas allé

au Québec. Donc, j'ai choisi

l'autre côté. Vraiment, le

plus loin possible. Donc, côté

pacifique. Et c'est pour ça

que je suis arrivé à Victoria.

Après, les différences, il y en

a énormément. Donc, déjà, ce qui

m'a beaucoup rassuré,

c'est qu'il y a énormément

d'Asiatiques ici. Donc, je

me suis senti un petit peu aussi

comme à la maison. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

Peut-être plus, même?


BERNARD HO

Oui, sûrement plus, oui. Donc,

ça, c'était déjà un très bon

point. Au niveau cuisine,

j'étais pas perdu du tout. Non,

ça s'est très, très bien passé

au début. Enfin, c'était dur. Ça

s'est bien passé au niveau de

tout ce qui était, on va dire,

les besoins primaires. Donc, le

logement, la société, la santé,

et la nourriture. Après, pour

tout ce qui est interactions

sociales, c'est là que ça a

été beaucoup plus compliqué.

Maintenant, avec le recul et

avec toutes les années ici, j'ai

réfléchi énormément, enfin,

je me suis posé beaucoup de

questions, et je me suis aussi

remis beaucoup en question.

Mais c'est vrai que j'ai un peu

de recul, et j'arrive à trouver

des mots et poser le doigt

sur certaines différences, et

certains problèmes que les

Français peuvent rencontrer

ici avec des gens de BC.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel genre de problèmes?


BERNARD HO

Bien, au niveau de la culture.

Donc, on n'a pas du tout la même

façon d'aborder les choses.

Donc, c'est dans la culture

latine, Europe, européenne

et latine, si les problèmes sont

là, le conflit est là, on va

y aller. On va y aller, et on va

courir. On va courir, on va être

super contents: "OK, on y va,

on y va." Dans la culture

asiatique, les conflits sont là,

on va être là, parce qu'on peut

pas faire sans, quand même,

et puis, on va mettre un pied

dedans, et puis dehors. On va

voir. On va essayer de résoudre

au fur et à mesure, voir ce

qu'on peut faire avec des choses

qu'on peut tolérer, d'autres

qu'on ne peut pas. Enfin, faire

des compromis. Avec la culture

ici, au Canada, à BC, à

Vancouver, les conflits et les

problèmes sont là, eh bien, eux,

ils vont là. Et ça fait très

bizarre au début. Ça va être

extrêmement bizarre. On a

l'impression que les gens

deviennent amnésiques du jour au

lendemain. Et c'est vrai que

pour un Français, c'est

très, très dérangeant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pourquoi c'est

comme ça, tu penses?


BERNARD HO

Bien, c'est la culture qui est

comme ça, ici. Donc, c'est... Je

sais pas, enfin. Enfin, moi, je

crois que ça vient de la culture

aussi anglo-saxonne, où on évite

le conflit. On reste des

gentlemen, mais ça, enfin,

souvent, il faut... il faut

éviter le conflit, quoi. À tout

prix. Donc, quoi qu'il arrive.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que tu participes

à la communauté chinoise,

ici, à Vancouver?


BERNARD HO

Non, pas chinoise.

Bizarrement, en fait, ici, je me

sens vraiment Français. C'est

vrai qu'au début, quand on va

quelque part, on se sent plus de

son pays d'origine. Ça revient

de façon exacerbée, parce que ça

nous manque. Mais tout le monde,

malgré que j'aie les traits

asiatiques, tout le monde me

considère comme un

Français. Au boulot...


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu l'es.


BERNARD HO

Oui, c'est vrai. En quelque

sorte, je le suis, je le suis.

Mais tous, ils me font tous

sentir que je suis Français.

Pas Chinois du tout,

mais Français. Ça m'a fait

vraiment bizarre d'être

considéré comme un Français,

alors qu'en France, on m'a

toujours rappelé, bien que je

suis bien plus Français que des

Caucasiens en France, parce que,

je suis pareil, j'ai grandi

en France, j'ai eu une éducation

française. J'ai une double

culture, mais je suis aussi

Français, et on m'a toujours

remis à ma place, entre

guillemets, de Chinois.


GISÈLE QUENNEVILLE

La France est très présente

ici dans le commerce. C'est une

boulangerie française. Il y a

des croissants, il y a des pains

au chocolat, il y a le drapeau

français. On se fait servir

en français, et si c'est en

anglais, c'est avec un gros

accent français. Est-ce que ça,

c'est par patriotisme ou

c'est par business?


BERNARD HO

Non, il faut jouer le jeu.

C'est comme ça. Il faut jouer le

jeu. Il faut ce qu'il faut, il

faut qu'on s'adapte. La marque,

entre guillemets, française,

c'est quelque chose qui

s'exporte très bien dans le

monde. On a bien fait notre

marketing, en fait, on va dire.

Et puis, c'est vrai, on fait des

vrais produits français.

Beaucoup de gens nous disent

même, des Français nous disent

même que souvent, nos produits

sont même meilleurs

qu'en France. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a quatre magasins, quatre

cafés. Comment est-ce que tu

choisis où tu t'installes ici?


BERNARD HO

Ah, bien, moi, c'est facile.

Je prends une grande enseigne,

et je me mets à côté. Donc,

à Kitsilano, on est en face

d'un McDonald's qui n'a pas de

McDrive. Donc, ça veut dire que

c'est piéton. À Davie, on est en

face d'un Starbucks, et puis,

là, on partage le même

mur que Tim Hortons.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai vu, oui.

C'est audacieux, ça.


BERNARD HO

Non, enfin. Le monde attire le

monde. Donc, c'est comme ça. On

peut pas manger... Aussi bon que

ce soit, c'est impossible

de manger la même chose à

chaque repas, plusieurs jours

d'affilée. Donc, un jour, ça va

être ici, un jour, ça va être

à Tim Hortons. Enfin, ça tourne,

c'est normal. Et on se partage

les clients. C'est pas vraiment

une compétition. Enfin, pour

moi, je suis pas en compétition

du tout avec Tim Hortons. On

fait pas les mêmes produits,

on fait pas la même chose.


GISÈLE QUENNEVILLE

Où est-ce que vous vous voyez

dans 5 ou 10 ans?

Vous avez un plan d'affaires?


BERNARD HO

Ah, moi, je me vois nulle

part. Non, moi, mon plan

d'affaires, il a tenu sur

un bout de mouchoir écrit sur un

restaurant où tu veux manger un

bon plat, quoi. Donc, en

train de "brainstormer" avec

quelqu'un, mes amis, etc.

J'ai pas de plan

d'affaires spécifique.

Oui, enfin, je sais ce que je

veux faire. Je sais que je veux

amener ce projet à une sorte de

franchise ou une chaîne, etc. Le

faire grandir, enfin. De toute

façon, pour moi, il faut

toujours avancer. Le monde

avance en permanence, si on fait

du surplace, on cuit. Donc,

il faut toujours avancer.

Donc, il faut avancer plus vite

que le monde avance en plus. Et

donc, plus on est gros, plus

c'est difficile d'avancer vite.

Moi, je développerais toujours

ma compagnie. C'est ce qui

m'excite le plus à

faire dans la vie, quoi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bernard, merci beaucoup.


BERNARD HO

Merci.


Générique de fermeture


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