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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Daniel Pauly: PhD in Marine Biology

Daniel Pauly, professor and director at the University of British Columbia´s Institute for the Oceans and Fisheries, is one of the world´s top authorities in marine resources. Ever active in the fight against over-fishing and the implementation of marine protected zones, he was awarded an International Cosmos Prize (environmentalism´s equivalent to the Nobel prize). He decries the dishonesty of the fishing industry and world governments´ failure to act in that respect. Although some may accuse him of doom and gloom, Daniel Pauly is categorical when he says: the time to act is now.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

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Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, DANIEL PAULY, on montre des images de l'océan Pacifique, de l'Université de la Colombie-Britannique ainsi que du Beaty Biodiversity Museum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il est une sommité mondiale en

matière de ressources marines.

Il donne des conférences partout

dans le monde. Il est

récipiendaire du prix Cosmos,

l'équivalent du Nobel en

écologie.

Son terrain de jeu: les océans

de la planète. Mais son

chez-lui, c'est au bord du

Pacifique, à Vancouver, où il

enseigne à l'Université de la

Colombie-Britannique.

Daniel Pauly milite contre la

surpêche et pour l'instauration

de zones marines protégées.

Selon lui, les gouvernements

n'ont qu'à faire de petits

efforts pour avoir

de grands résultats.


DANIEL PAULY

(Citation tirée de l'entrevue)

La consommation du bon

poisson, c'est devenu une sorte

de rituel. Et on ne pense pas

du tout aux conditions

politiques, économiques qu'il

faudrait changer pour que la

surpêche elle-même cesse.


L'entrevue suivante se déroule dans l'atrium du Beaty Biodiversity Museum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Pauly, bonjour.


DANIEL PAULY

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Pauly, y a certains

scientifiques, dont vous-même,

qui dites que d'ici 2048, il

n'y aura plus de poissons dans

la mer, ou plus de poissons

comestibles comme on le connaît

aujourd'hui. Est-ce que c'est

réaliste ou c'est alarmiste,

ça?


DANIEL PAULY

C'est pas vraiment ce qu'ils

ont dit. Ce qui a été dit, c'est

que les stocks de poissons,

les populations de poissons

exploitées, sont réduites à une

biomasse, à une quantité telle

qu'elles ne produiront qu'un

dixième des prises maximales.

C'est un peu compliqué, mais

ce n'est pas dire que les

poissons seront éliminés ou

éteints. C'était seulement

que les stocks seront tous

surpêchés. Or, la plupart de

nos stocks sont déjà surpêchés.

Et le monde entier va vers une

situation qui correspond plus

ou moins à celle qui a été

décrite par ces collègues. Je

n'en faisais pas partie, mais

j'ai compris ce qu'ils ont dit.

Alors que la plupart des gens

dans le public ont compris que

les poissons disparaîtraient.

Or, c'est seulement les

prises qui seraient beaucoup

plus basses que maintenant. Et

on a déjà maintenant des

centaines de cas de stocks de

poissons qui sont réduits à une

fraction infime de leur

population antérieure.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est quand même

inquiétant, ça. C'est dû à quoi?

C'est dû à la surpêche? Les

changements climatiques?


DANIEL PAULY

La surpêche. Les changements

climatiques ont un effet. Mais

ce qu'ils entraînent dans la

plupart des pays, c'est un

changement de la composition

des espèces, la composition des

prises. Donc vous avez des

espèces d'eau chaude qui

remplacent les espèces d'eau

froide. Par exemple, en

Colombie-Britannique, ici, on a

des calmars géants qui viennent

du Mexique. Et on a beaucoup de

sardines, qui, aussi, nous

viennent du Mexique et de

Californie. Et d'autres stocks

de poissons, d'autres espèces

qui aiment plutôt l'eau froide,

ont des problèmes à se

maintenir ici. Donc il y aura

un changement de la composition

des prises. Donc les changements

climatiques auront des effets,

mais pas des effets... ils vont

pas anéantir les stocks ni la

pêche. C'est plutôt la pêche

qui est capable de faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc le problème, c'est la

surpêche essentiellement.


DANIEL PAULY

Le problème qu'on a, c'est la

surpêche. Or, c'est un problème

facile à résoudre. Et il a été

résolu, ou on est en train de

le résoudre dans plusieurs

pays, dont les États-Unis.

En Europe, le parlement

européen a passé des lois, une

législation selon laquelle...

enfin, qui forcera les

administrations à faire

remonter les espèces, à les

reconstituer en pêchant moins.

Donc on peut tout à fait

remédier à ces situations. On

peut tout à fait améliorer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce qu'on est

rendu à ce point-là?


DANIEL PAULY

Il y a plusieurs raisons.

Une des raisons principales,

c'est qu'on donne des

subventions à la pêche, même

quand il y a une situation de

surpêche. Donc les subventions

que l'État donne aux pêcheurs,

il faut le dire, à l'industrie

de la pêche, par exemple

des primes pour construire

des bateaux, pour avoir

avoir des crédits pour

construire des bateaux et tout,

tout ça, ce sont des incitatifs

qui poussent à la surcapacité

et à la surpêche. Aussi, quand

on a... une situation où les

prises ne doivent pas aller

au-delà d'une certaine

quantité, selon les

scientifiques, il y a une

tendance aux politiciens à

donner plus. Donc pour le thon

rouge de l'Atlantique, un cas

bien connu, on a maintenu

pendant longtemps des prises,

des quotas trop élevés. Et donc

le stock s'est pas maintenu.

Il a dégringolé. Et on ne peut

remédier à ces situations

seulement en réduisant les

quotas. Mais évidemment, y aura

des gens qui se plaindront.

C'est toujours ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

La surpêche, y a un impact

sans doute économique à cette

surpêche-là. Et c'est sûr qu'on

est en train de renverser la

vapeur. Mais est-ce qu'on a déjà

ressenti les impacts

économiques de la surpêche?


DANIEL PAULY

Les impacts économiques, au

niveau global, c'est que le

secteur de la pêche est un

secteur perdant. C'est-à-dire

que les bénéfices nets sont

négatifs, parce que les

différents pays subventionnent

à un niveau tel qu'en fait, on

y perd à maintenir la pêche.

Ça, c'est difficile à

concevoir, mais c'est le cas.

Et bien sûr, cette situation

pourrait se renverser

complètement s'il y avait moins

ou pas de subvention. Alors là,

l'effort de pêche, la

surcapacité serait éliminée et

on pêcherait que les stocks qui

sont abondants. Et en pêchant

les stocks abondants, on gagne

énormément. On gagne de

l'argent. Et on peut le voir

dans des pays qui ne

subventionnent pas leur

pêcherie. Par exemple, en

Australie, les subventions sont

interdites, sont pratiquement

impossibles. Et ils ne pêchent

que des stocks abondants.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, si on élimine des

subventions, il doit y avoir

des pressions politiques

énormes, justement

pour ne pas faire ça.


DANIEL PAULY

Exactement. Donc on est dans

une situation très similaire à

la... au réchauffement

climatique, où on sait très

bien ce qu'on devrait faire.

C'est plus ou moins inévitable.

Mais on ne le fait pas parce

qu'il y a des forces politiques

qui l'empêchent, qui n'en

veulent pas. Et la situation

toujours, elle s'aggrave. Et

dans les deux cas, c'est triste

à voir, parce qu'on a les

solutions, on sait quoi faire,

et si on le faisait, la société

en tout gagne. Et on peut le

voir dans ces pays où ces

décisions sont prises. On peut

aller au-delà de la surpêche.

On peut reconstruire les

stocks. Et alors les pêcheurs

gagnent. La diversité de

l'océan y gagne. Et tout

le monde est content.


GISÈLE QUENNEVILLE

On nous dit souvent qu'il faut

manger du poisson deux, trois

fois par semaine. Est-ce qu'on

peut manger du poisson deux,

trois fois par semaine?


DANIEL PAULY

Jusqu'à présent, au Canada,

dans d'autres pays riches, on

peut le faire, parce qu'on

importe le poisson.

Évidemment, qui c'est on?

On doit manger. Si on, c'est

tout le monde entier, ce sont

des gens en Afrique, en Asie

et nous ici au Canada, ça

devient plus difficile.

Parce que dans ces pays, on

retire du poisson qu'on mange

ici. Alors on n'a pas de

poisson. Eux n'en ont pas et

nous, on en a. Alors si par

contre, on, c'est seulement

nous, eh bien, on peut manger

du poisson, parce qu'on

l'importe.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle beaucoup de marques

de poisson écologiques,

équitables, biologiques. Est-ce

que ça, c'est la bonne voie à

suivre justement pour sauver

nos stocks de poissons?


DANIEL PAULY

Quand cette tendance a

commencé aux États-Unis il y a

une quinzaine d'années, je me

souviens d'un collègue qui

m'avait dit que c'était pour que

les gens prennent conscience.

Donc les gens prennent

conscience de ce qui se passe

autour d'eux, de ce qui se

passe dans la mer, par

l'intermédiaire de ce qu'ils

mangent. Et c'était une bonne

idée. C'est toujours une bonne

idée. Et c'est à la base de tous

ces mouvements. Seulement, pour

beaucoup, on n’a pas avancé,

au-delà de la prise de

conscience. C'est-à-dire qu'on

mange le poisson qu'il faut, du

poisson qui est durable,

organique, je sais pas quoi, et

puis on ne fait rien d'autre.

Or, la conscience qu'on a

acquise, on devrait pouvoir

l'utiliser pour changer par

exemple la politique. Parce que,

en fin de compte, c'est au

niveau de la politique que les

grands changements se font. Et

je déplore un peu le fait que

la consommation du bon poisson,

c'est devenu une sorte de

rituel. Et on ne pense pas du

tout aux conditions politiques,

économiques, qu'il faudrait

changer pour que la surpêche

elle-même cesse. Et non pas la

non-participation à la surpêche

par la non-consommation.


Dans cette partie de l'entrevue, on montre des images des différentes salles du Beaty Biodiversity Museum.


DANIEL PAULY

Donc on est dans l'atrium du

Musée de biodiversité. Ce

bâtiment contient un musée et

derrière, il y a des labos. Ce

musée, il est particulier pour

deux raisons. D'abord, la pièce

principale, la pièce de

résistance, c'est un squelette

de baleine qui nous est venu de

Prince Edward Island. C'est une

baleine qui est morte au large

de la côte et qui s'est échouée

sur la plage. Elle a été

enterrée et on l'a déterrée il y

a quatre à cinq ans. Et elle a

été dépecée par des étudiants

vétérinaires. Les os ont été

ramenés ici et ils ont été

graissés. Ça a duré plusieurs

années. Et ils sont montés

maintenant en un squelette

complet.

En bas, il y a les collections

de UBC, de l'université,

d'animaux et de plantes, de

spécimens. Et avant, ces

spécimens étaient utilisés que

pour la recherche. Donc ils

étaient cachés dans des tiroirs

ou dans des armoires et dans

des pots pleins d'alcool dans

les caves des autres bâtiments.

Et toutes ces collections ont

été mises à jour, ont été

nettoyées et sont rendues

visibles au public.


L'entrevue reprend dans l'atrium du Beaty Biodiversity Museum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Pauly, vous êtes

un chercheur. Vous avez

une réputation internationale.

Pourtant, quand on regarde

votre jeunesse, y a rien qui

indiquait que vous alliez

devenir un chercheur...

spécialiste des...


DANIEL PAULY

Des pêcheries mondiales.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi peut-être d'abord

de vos parents.


DANIEL PAULY

J'allais plutôt devenir une

statistique. Ma mère est

française. Sa famille vient

de Lorraine.

Et elle a fait connaissance,

disons, d'un soldat américain.

D'un GI noir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pendant la guerre?


DANIEL PAULY

Après la guerre. Parce qu'elle

a été déportée en Allemagne.

C'est après la guerre. Elle

était revenue. Et donc je suis

issu de cette liaison. Et il se

trouve qu'à l'âge de deux ans

à peu près, ma mère a fait la

connaissance d'une famille

suisse. J'étais malade et les

Suisses lui ont promis qu'ils

me prendraient chez eux et

qu'au bout de cinq, six mois,

ils me rendraient en bonne santé

et tout. Et le fait est qu'ils

m'ont pris, ils m'ont pas

renvoyé à la maison. Et ma mère

a accepté ça, parce qu'elle a

cru que j'étais dans une bonne

famille. En fait--


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'était le cas?


DANIEL PAULY

Non. Des Thénardier. Vous

savez, dans les Misérables?

Qui maltraitent leurs filles et

tout. Ça a été plutôt ça. Et

donc, j'ai vécu dans une petite

ville de Suisse romande qui

s'appelait la Chaux-de-Fonds.

C'est là que l'industrie

horlogère était centrée. Et

j'ai grandi là dans... J'étais

plutôt malheureux. Parce

qu'on... je connaissais pas

ma mère. Donc j'étais toujours

censé être reconnaissant

à cette famille suisse qui me

maltraitait, qui me traitait

comme domestique, il faut

le dire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comme un domestique?


DANIEL PAULY

Oh, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous faisiez?


DANIEL PAULY

Je faisais le ménage entre

autres. Et j'étais loué plus ou

moins à des marchands qui

avaient besoin de garçons pour

vendre leurs trucs. C'est des

histoires aberrantes. J'ai dû

quitter l'école parce que

j'avais aucun soutien matériel

pour continuer à l'école à 16

ans. À l'époque, j'étais perdu

un peu. Y avait un prêtre

protestant qui m'a proposé

d'aller en Allemagne et de faire

une année de volontariat pour

l'Église protestante. Et c'est

ce que j'ai fait. Je me suis

retrouvé dans un asile pour

des... Je sais pas le mot

maintenant. Des retardés

mentaux. Et j'y ai travaillé

pendant six mois. Ensuite, j'ai

travaillé six mois dans un

hôpital. Et j'ai rencontré dans

cet hôpital, pendant que je

travaillais comme espèce

d'assistant un peu... J'ai

rencontré des étudiants qui

me parlaient de faire un

baccalauréat, qui faisaient

leur baccalauréat et qui, entre

autres, avaient mentionné

qu'il existait une école du

soir, où on pouvait faire son

baccalauréat. On pouvait

rattraper. Alors je me suis

intéressé à ça. Et il se

trouvait que l'Allemagne, à

cette époque, avait une campagne

pour éduquer des gens qui

s'étaient retrouvés ouvriers,

qui auraient pu faire des

études, mais qui n'ont pas

choisi la bonne voie. Alors on

pouvait donc pendant quatre ans

aller le soir de 5 h à 9 h, tous

les soirs. Et travailler la

journée. Alors c'est ce que j'ai

fait pendant quatre ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, vous êtes toujours

très loin de la mer.


DANIEL PAULY

Quand j'ai obtenu mon

Abitur, c'est le baccalauréat

allemand, j'ai décidé

que j'apprendrais

quelque chose à l'université

qui me permettrait d'aller

travailler dans des pays du

tiers-monde. Parce que j'ai...

je me sentais plutôt mal à

l'aise en Europe. Parce que les

gens remarquaient toujours que

j'étais de couleur. Je me suis

retrouvé au Centre de recherche

marine. Et je suis allé au

Ghana pendant six mois. J'ai

fait une collecte de matériels,

de données, de tout, et j'ai pu

faire mon master très vite.

J'ai ensuite obtenu un emploi

à... l'Agence allemande pour le

développement, qui m'a envoyé

en Indonésie. J'ai travaillé

deux ans en Indonésie. Je suis

revenu la tête pleine d'idées.

Surtout des idées comment

réformer la théorie de

l'halieutique, de la pêche,

comment l'adapter à la situation

tropicale. Et ça a été ma thèse

doctorale, que j'ai faite très

rapidement. Et après, j'ai

obtenu un emploi aux

Philippines, dans un centre

de recherche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous êtes resté aux

Philippines, je pense,

une vingtaine d'années.


DANIEL PAULY

C'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous faisiez

aux Philippines? Et pourquoi

les Philippines?


DANIEL PAULY

En fait, j'animais un petit

groupe qui développait

des méthodes pour évaluer

les stocks tropicaux.

Et j'enseignais ces méthodes

dans des cours de par le monde.

Mais alors partout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez choisi Vancouver?


DANIEL PAULY

C'est plutôt Vancouver qui

m'a choisi. Parce qu'à l'époque,

ils venaient de créer un

centre, Fishery Center. Un

centre halieutique. Et ils

recrutaient. Et ils m'ont fait

une offre que je n'ai pas pu

refuser.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, ici, vous n'êtes plus

dans les poissons tropicaux

quand même.


DANIEL PAULY

Mais bien sûr. Ce que j'ai

fait, j'ai élargi la portée de

mon travail, qui, maintenant,

couvre toujours le monde

entier. Je fais tous les

poissons du monde. Je me suis

spécialisé sur la

non-spécialisation. Vous voyez,

la plupart de mes collègues,

ils travaillent sur un stock.

De la baie de truc ou du golfe

de machin. Et ça, c'est une

perspective locale bien utile

à la communauté locale, mais ça

répond pas à des attentes...

comment est-ce qu'il faut

réformer les pêches au niveau

mondial. Alors que les grands

investissements, les grands

axes de recherche, tout ça, ça

se fait à une échelle beaucoup

plus grande. Et j'essaie de

répondre aux questions

que les gens posent à ce niveau

global plutôt.


Une partie de l'entrevue se déroule à l'extérieur du musée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Pauly, vous avez dit

tout à l'heure que votre mère,

vous l'avez quittée, vous

aviez à peine de deux, deux ans

et demi. Est-ce que vous avez

renoué avec elle? Est-ce

que vous l'avez revue?


DANIEL PAULY

Oui. J'ai renoué avec elle

quand l'armée française voulait

m'avoir. Fallait que je fasse

mon service militaire.

À l'époque, j'étais à l'école en

Allemagne, au lycée du soir.

J'ai dû interrompre mes études

au bout de deux ans pour aller

en France. Et en France, on m'a

réformé dès qu'ils ont fait ma

connaissance. Ils voulaient pas

de moi. Mais ils avaient

retrouvé ma mère, ils m'avaient

retrouvé moi. Et donc on a pu

faire connaissance. Et bien sûr,

ça a été... Bon, elle pleurait

et tout. Et elle a épousé

M. Pauly. Et ce monsieur m'a

reconnu en France. Ça s'appelle

reconnaître. Et leurs enfants

m'attendaient, parce qu'elle

parlait toujours de moi. Mais

depuis, ça fait déjà longtemps

de ça. Ça fait 40 ans presque,

40 ans de ça. Nous avons vécu

ensemble toute une vie. Et c'est

comme si j'avais jamais vécu en

Suisse. Donc c'est ma famille

en France.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et votre papa?


DANIEL PAULY

J'ai fait sa connaissance

en 1969.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aux États-Unis?


DANIEL PAULY

Aux États-Unis. Il est

devenu... On s'est... on s'est

liés un peu. Et quand mes

enfants sont nés, il est devenu

un grand-père comme il se doit.

Donc c'est une affaire qui

s'est très bien réglée. Et son

amie, l'amie de mon père aux

États-Unis, avait trois filles.

Et j'ai fait leur connaissance

et j'ai épousé l'aînée. Donc

ma femme est américaine.


L'entrevue reprend dans l'atrium du Beaty Biodiversity Museum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Pauly, j'aimerais

qu'on parle du Canada. Le Canada

est vu comme un pays de nature,

de forêts, de lacs, d'océans.

À l'étranger, on a ou on avait

en tout cas une réputation très

écologique. Est-ce que c'est

une réputation qui est

bien méritée?


DANIEL PAULY

Elle l'était auparavant. Bien

sûr, le Canada a presque

toujours été une... un pays qui

exporte des matières premières.

Mais l'effet de ces

exportations n'était pas

visible sur l'image du pays.

Maintenant, c'est devenu très

visible, parce que le Canada

exporte du pétrole et il n'y a

plus que de ça qu'on parle.

Et toutes les autres

considérations, le gouvernement

Harper, vraiment, n'en tient

pas compte. Et l'image du Canada

est en train de changer. Je le

remarque à l'étranger où d'un

côté, les gens s'attendent à ce

que le Canada continue... ils

s'attendent à ce que ce soit

comme avant. La vision du Canada

quand même graduellement

change. Et ceux qui travaillent

par exemple sur les changements

climatiques le savent bien.


GISÈLE QUENNEVILLE

En matière de stocks de

poissons et de maintien

des océans, où est-ce qu'on

se situe?


DANIEL PAULY

Alors là, je peux citer une

étude tout à fait surprenante

de l'Académie des sciences de

la Société royale du Canada,

dont je suis un membre. Qui a

fait une étude y a quelques

années, une étude qui a comparé

entre autres la performance de

l'aménagement de la gestion des

stocks avec les États-Unis et

avec l'Europe. Et à la grande

surprise de presque tout le

monde, y compris les auteurs,

le Canada est en beaucoup plus

mauvaise position que les

États-Unis et que l'Europe. Que

l'Europe! Qui était l'exemple

typique d'un pays riche qui a

les moyens de bien faire et qui

ne le fait pas. Au Canada, non

seulement les stocks sont

réduits par rapport à ce qu'ils

étaient avant. C'est l'histoire

de la morue bien sûr. Il n'y a

pas aucun plan pour les

rebâtir. Et ça, c'est effarant.

Il n'y a pas de plan au niveau

du ministère. Il n'y a pas de

plan au niveau de la

législation, de plan de rebâtir

ces stocks. Or, aux États-Unis,

c'est la loi. N'est-ce pas?

Un stock ne peut pas être

maintenu dans un état de

surpêche. C'est devenu la loi

maintenant en Europe. Et

les stocks européens, c'était

bien connu qu'ils étaient

surexploités, qu'ils étaient

réduits à une ombre de ce

qu'ils étaient, ils sont

en train de se remettre.

Mais pas au Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pourquoi c'est ainsi,

vous diriez?


DANIEL PAULY

Pourquoi? Parce que le DFO,

le Département des pêches et

océans, n'a aucune...

(Propos en anglais)

incentive! N'a pas de motivation

de gérer les stocks de façon à

ce qu'ils soient remis... qu'ils

obtiennent des abondances

supérieures à celles qu'ils ont

maintenant. Il n'y a pas de

législation qui pousse le DFO

à faire quelque chose

de différent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on sent qu'il y a

une volonté politique?


DANIEL PAULY

C'est justement ça qu'on sent

pas. Et en fait, c'est facile à

faire. Parce que les pêcheurs,

ils veulent finalement qu'il y

ait plus de poissons dans

l'eau. On arriverait à les

convaincre. Mais il n'y a pas

d'effort soutenu politique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce que ça, c'est un

problème du gouvernement

actuel? Est-ce que d'autres

partis politiques, s'ils

accédaient au pouvoir,

changeraient les choses ou vous

pensez que ce sera comme ça

pour toujours?


DANIEL PAULY

Je sais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

On n'en parle pas.


DANIEL PAULY

On n'en parle pas. Et je pense

que les Canadiens ont

tendance... Nous avons

tendance, puisque je suis

maintenant canadien aussi.

À regarder surtout à l'intérieur

du pays. 80% des Canadiens

n'ont pas d'orientation sur la

mer. Évidemment, ça, c'est très

différent par exemple aux

États-Unis où la plupart des

gens vivent des deux côtés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sur la côte, ouais.


DANIEL PAULY

Donc il y a cet effet-là.

Et... il y a toujours eu cette

tendance, disons, ontarienne,

cette tendance...


GISÈLE QUENNEVILLE

Du Canada central.


DANIEL PAULY

À ne pas voir les côtes et

les problèmes de la mer. Mais

évidemment, ces problèmes

se sont aggravés avec un

gouvernement qui s'intéresse

pas aux ressources naturelles.

Qui s'intéresse qu'au pétrole.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je vous écoute parler et je me

demande si vous êtes optimiste

ou pessimiste quant à l'avenir.


DANIEL PAULY

Je pense pas qu'on puisse...

qu'on puisse caractériser une

personne par pessimisme ou

optimisme. Je suis très

optimiste au devenir de

l'humanité par rapport à la

libération des individus, à

l'épanouissement des gens.

En fait, je vois les lumières se

répandre graduellement. Y a des

coins qui résistent vraiment.

Mais je vois, y a des tas de

choses qui se passent qui

sont... L'esclavage a été

aboli, l'émancipation féminine,

même s'il y a des arriérés

partout, ça avance. Les grands

dossiers, on peut dire,

avancent. Par contre, en

ce qui concerne la mer

et ses poissons, c'est

une course. C'est une course

entre ceux qui exploitent les

espèces sans réfléchir et ceux

qui essaient de les protéger.

Et c'est pas sûr que... qu'on

arrivera à gagner cette course.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Pauly,

merci beaucoup.


DANIEL PAULY

Je vous en prie.


Générique de fermeture


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