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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Claude Roussel : Artist

Considered a pioneer of the Modern Acadian Art, Claude Roussel is one the most prolific artist! With 115 expositions, of which 40 he fully organized and put together himself. Claude’s house is literally like a museum where paintings, sculptures and collages are exhibited all throughout.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT


Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, on montre des images de l'intérieur de la maison de CLAUDE ROUSSEL et des œuvres d'art qui la décorent.


LINDA GODIN

Entrer dans cette maison à

Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick,

c'est un peu comme entrer dans

un musée. Ici, il y a des

oeuvres d'art partout; tableaux,

sculptures, plastique moulé,

collages. Faites en toile, bois,

métal, papier, verre, corde.

Tous les matériaux peuvent

devenir des oeuvres d'art entre

ses mains. Ici, toutes les

oeuvres sont signées du même

artiste, Claude Roussel. On le

considère comme un pionnier de

l'art moderne acadien.

Claude Roussel a participé à

plus de 115 expositions, dont

une quarantaine solo.

Ça s'appelle être prolifique.


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de CLAUDE ROUSSEL.


LINDA GODIN

Claude Roussel, bonjour.


CLAUDE ROUSSEL

Oui, bonjour.


LINDA GODIN

Dans votre maison, on est

entouré de vos oeuvres d'art.

Vous en avez créé beaucoup. Les

avez-vous déjà comptées?


CLAUDE ROUSSEL

Non, je suis pas rendu à ce

point-là. Disons que je suis

trop... occupé à en créer

d'autres, c'est ça, le problème.

C'est que j'essaie d'arrêter

de créer, de produire, mais

l'instinct créatif est

toujours vivant.


LINDA GODIN

Comment l'art moderne est

arrivé à vous, s'est

présenté à vous? À moins que ce

soit l'inverse?


CLAUDE ROUSSEL

Oh, ça, c'est une bien longue

histoire, ça. Disons qu'à

Edmundston, dans les années

40, quand j'ai commencé à

sculpter le bois, bien entendu,

les choses traditionnelles,

très réalistes, très raffinées

techniquement, c'était ça la

voie à suivre. Et puis le seul

débouché qu'il y avait dans ce

temps-là, c'était produire des

oeuvres aussi pour les églises.

Mais quand je suis arrivé à

l'École des beaux-arts, en 1950,

bien là, bien entendu, avec

l'influence de Pellan, qui était

ancien directeur et professeur

à l'École des beaux-arts, bien,

l'esprit était réellement

contemporain, moderne. Donc

quand j'ai gradué, en 56, je

suis revenu à Edmundston, puis

bien entendu, ce que j'ai

réalisé, c'était pas trop

populaire parce que c'était

trop... c'était trop différent

de ce que je réalisais avant.

Alan Jarvis avait catalogué les

Maritimes comme étant les

(Propos en anglais)

"Backwaters" of Canadian Art.

Mais toute ma vie, j'ai

voulu lui prouver qu'on pouvait

être aussi contemporains que

n'importe quel groupe

d'artistes dans n'importe

quelle région du Canada, et

ailleurs. Et puis...


LINDA GODIN

Mais comment... est-ce que

l'art moderne ou l'art fait en

Atlantique est différent

d'ailleurs?


CLAUDE ROUSSEL

C'est sûr qu'il est peut-être

un peu différent parce que dans

un sens, le goût populaire est

beaucoup centré sur le

traditionnel. Les paysages, et

puis pour les Acadiens, bien,

en 1963, Émery LeBlanc qui était

le rédacteur de l'Évangéline,

le journal du temps, avait

déclaré: Le goût populaire

des Acadiens, c'est la

reproduction d'oeuvres

illustrant la Déportation

et tout ça. Puis ça

aussi, disons que je me suis

pas concentré simplement sur

des oeuvres historiques. Quoique

j'en ai reproduit... j'en

ai réalisé quelques-unes à

saveur réellement acadienne ou

historique. Mais par contre, y

a vraiment trop de possibilités

avec les nouveaux concepts, les

nouveaux matériaux qu'on

travaille avec pour se limiter

aux oeuvres historiques.


LINDA GODIN

Mais pour vous, qu'est-ce que

c'est que le modernisme ou

l'art moderne? Qu'est-ce que

c'est? C'est quoi votre

définition?


CLAUDE ROUSSEL

Jusqu'à un certain point,

être actuel dans le sens que,

comme j'ai dit, on découvre

maintenant que la soudure peut

faire partie d'une oeuvre d'art

ou avec toutes les différentes

techniques de reproduction en

peinture maintenant. La

photographie et tout ça. Disons

que c'est une explosion

de possibilités.


LINDA GODIN

Vous vous êtes fait critiquer

parce que vous faisiez de

l'art moderne.


CLAUDE ROUSSEL

Ah, bien sûr.


LINDA GODIN

Est-ce que ça a été

difficile, ça?


CLAUDE ROUSSEL

C'est difficile, mais par

contre, on... Disons que j'ai

réussi à passer, à survivre ça.

Puis... j'ai de la difficulté

à croire que je me suis rendu

à l'âge que j'ai présentement.

C'était pas toujours plaisant

de créer des oeuvres quand on

sait que c'est difficile...

à les... présenter et les

communiquer au... au public.

Mais maintenant, j'ai beaucoup

d'aide de ma progéniture.

Disons que eux aussi ont...

font toujours un bon travail de

sensibilisation globale de notre

population. Mais par contre,

malheureusement, il y a encore

pas suffisamment de

collectionneurs pour nous

encourager pleinement.


LINDA GODIN

Pourquoi les artistes des

Maritimes, leurs oeuvres sont

si peu achetées à l'extérieur

du... ailleurs au Canada?


CLAUDE ROUSSEL

Bien pourquoi? C'est que

ordinairement, on dirait que le

goût du Haut-Canada ou des

artistes de l'ouest sont...

(Propos en français et en anglais)

plus in.Tandis que nous

autres, bien, on dirait qu'ils

ont une sorte de hantise que ce

qu'on produit, c'est... pas si

valable. À tel point que y a

quand même quelques expositions

qui ont été organisées par la

Galerie nationale puis parfois,

y a... pas d'artistes du

Nouveau-Brunswick anglophones ou

francophones. Personnellement,

je trouve que faut accepter ce

qui se produit ici comme on

accepte ce que les autochtones

vont produire ou ce que les

artistes ontariens vont

produire.

Mais... c'est toujours une

question d'une série d'experts

qui vont choisir subjectivement

des oeuvres. Mais c'est vraiment

pas juste pour, disons...

les artistes, nos artistes qui

sont aussi innovateurs que

d'autres. Il s'agit de nous

accepter tels que nous sommes.


LINDA GODIN

Vous avez fait beaucoup

d'expositions dans votre vie.

Collectives, en solo... Et

pourtant, vous avez pas tant

d'oeuvres qui ont été achetées.

Pourquoi?


CLAUDE ROUSSEL

Bien... c'est peut-être

qu'elles sont pas assez bonnes.

Mais de toute façon, disons que

au niveau du marché de l'art,

ce que nos artistes demandent

pour leurs oeuvres, c'est

vraiment moindre que la plupart

de ce qui est disponible

ailleurs au Canada.


LINDA GODIN

Et pourtant, les oeuvres ne

se font pas tant acheter que

ça. Est-ce que ça, c'est une de

vos grandes frustrations dans

votre carrière?


CLAUDE ROUSSEL

C'est sûr que c'est une grande

frustration. Disons que faut

apprendre à vivre avec la...

satisfaction de produire ce

qu'on veut faire

personnellement. Puis c'est un

peu pour ça qu'on expose, mais

c'est... On dirait que c'est un

show qu'on présente au public,

mais après l'exposition, tout

revient à la maison. C'est pour

ça que les oeuvres sont... Mais

j'ai le plaisir de vivre avec

mes oeuvres, en tout cas.


LINDA GODIN et CLAUDE ROUSSEL sont devant une sculpture de poisson encadrée et posée au mur.


LINDA GODIN

Monsieur Roussel, ça, c'est

votre plus vieille oeuvre d'art

que vous avez ici. Qu'est-ce que

c'est? À quel âge vous

l'avez créée?


CLAUDE ROUSSEL

Oui, ça, cette oeuvre-là,

une des premières que j'ai

réalisées, étant donné que mon

père était vraiment un bon

chasseur et un bon pêcheur,

disons qu'il a pris une grosse

truite de 6 livres et quart,

quelque chose comme ça. Puis

à un moment donné, y avait pas

de taxidermiste à Edmundston.

Donc il était tellement fier de

ça. Moi, je lui ai dit, à un

moment donné, que je pense que

si j'avais du bois, je pourrais

lui sculpter ça. On a réussi à

avoir une belle planche de pin.

Et la peinture qui a servi à ça,

c'est de la peinture dont je me

servais pour faire mes modèles

d'avion.


LINDA GODIN

OK.

Vous aviez quel âge

à ce moment-là?


CLAUDE ROUSSEL

J'avais 14 ans.


LINDA GODIN

OK. Mais vous avez commencé

à créer plus jeune que ça.


CLAUDE ROUSSEL

Même à l'âge de 10 ans, j'ai

sculpté un avion. Mais j'ai...

j'ai pas réussi à la garder. Je

l'ai donnée à un ami. Mais ça,

c'est celle qui est la plus

vieille de la série, ça.


LINDA GODIN

Monsieur Roussel, jusqu'à quel

point on retrouve l'Acadie dans

vos oeuvres?


CLAUDE ROUSSEL

Bien, disons que j'ai toujours

dit que je ne voulais pas trop

exagérer, travailler sur le

bagacadien, qu'on appelle.

J'aime me sentir beaucoup plus

libre que ça. J'aime

m'identifier plutôt à l'esprit

plus aventureux.


LINDA GODIN

Oui, parce qu'on retrouve pas

nécessairement le bleu, blanc,

rouge puis l'étoile jaune dans

vos oeuvres, c'est pas... Ou le

Tintamarre, le village

historique acadien.


CLAUDE ROUSSEL

Bien justement, non. La

Sagouine et tout ça, oui, oui.

Disons que ça, je respecte ça

pour ceux qui veulent le faire,

mais par contre, moi, c'est...

Y a autre chose. Puis j'ai du

plaisir dans d'autres choses.


LINDA GODIN

Puis d'ailleurs, vous vous

êtes, très tôt dans votre

carrière, dressé contre la

fixation des Acadiens envers la

Déportation. Vous vous êtes un

peu éloigné de ça.


CLAUDE ROUSSEL

Oui.


LINDA GODIN

Pourquoi, en fait?


CLAUDE ROUSSEL

Une des raisons,

premièrement, c'était que le

goût populaire était centré.

Y avait pas d'artistes acadiens

qui réalisaient des oeuvres...

disons la reproduction

d'événements tragiques des

Acadiens. Les oeuvres de la

Déportation qui étaient visibles

dans ce temps-là, c'était

réalisé par des... des soldats

anglais ou américains ou...

C'était pas des oeuvres qui ont

été créées par des Acadiens.

Ça, c'était un facteur. Puis je

trouvais que c'était bien

trop... garder les artistes dans

l'esclavage. Me semble que...


LINDA GODIN

D'une tragédie, en fait,

aussi, dans cette image d'une

tragédie.


CLAUDE ROUSSEL

Oui, oui.


LINDA GODIN

On dit souvent de votre

oeuvre qu'elle a une saveur

sociale. Est-ce que c'est le

cas? Est-ce que vous êtes

d'accord avec ça?


CLAUDE ROUSSEL

Hum... je pense que oui.

Disons, les problèmes

sociopolitiques... J'ai des...

oeuvres, à un moment donné, qui

traitent de toutes sortes de

problèmes de société. Aussi bien

dans le domaine économique,

écologique. Je m'aperçois que...

on peut faire ces oeuvres-là,

mais on n’a pas la radiation

publique qu'on devrait avoir.


LINDA GODIN

Comment vous décririez votre

oeuvre, vos oeuvres d'art?

C'est quoi, votre définition

à vous?


CLAUDE ROUSSEL

Essayer de me définir, c'est

un petit peu essayer de...

Je me débats, comme on dit,

comme un diable dans l'eau

bénite. C'est bien évident que

les concepts puis les sujets

sont importants, mais pour moi,

ce qui est important, c'est le

contact des matériaux qui me

suggèrent des solutions, qui me

suggèrent une poétique. J'ai de

la difficulté à me définir puis

je pense que je laisse ça aux

historiens puis aux psychologues

de m'analyser, je pense bien.


LINDA GODIN

Mais vous avez toujours,

toujours voulu explorer. Mais

constamment. Vous avez été sans

relâche. Pourquoi? Qu'est-ce qui

vous attire là-dedans de

toujours explorer des nouveaux

matériaux, des nouvelles

approches?


CLAUDE ROUSSEL

C'est vraiment un plaisir de

dépassement. D'essayer d'aller

un peu plus loin. C'est sûr

qu'à un moment donné, peut-être

qu'on se met un doigt dans

l'oeil, mais par contre, la

plupart du temps, on réussit à

s'en sortir.


LINDA GODIN

Vous avez utilisé tous les

matériaux possibles, je pense,

qui existent.


CLAUDE ROUSSEL

Oui, oui.


LINDA GODIN

Pour vous, c'est un désir de

continuer à être dans

la création?


CLAUDE ROUSSEL

Oui, disons que au début de

ma carrière, je réalisais

beaucoup de sculptures, je

travaillais beaucoup avec mes

mains et tout ça. J'ai sculpté

le bois, la pierre. Ensuite de

ça, avec les découvertes de

nouveaux matériaux, comme le

métal, de la soudure et tout

ça. Mais là, dernièrement, ça

fait à peu près quatre, cinq

ans que je travaille avec le

papier puis je suis à la période

où je découpe du papier, même

je déchire du papier, je

déchire des formes puis c'est

bon pour garder les...

l'arthrite éloignée.


LINDA GODIN

Oui, oui.

Le fait que vous avez exploré

vraiment toutes sortes de

choses, de matériaux,

d'approches comme je disais,

est-ce que ça, ça a nui, d'une

certaine façon, à votre

carrière? Vous l'avez dit, à un

moment donné: Le fait que

j'étais girouette un peu.


CLAUDE ROUSSEL

C'est sûr. Je me suis toujours

considéré comme une sorte de

girouette. Bien peut-être avec

certaines galeries ou certains

historiens d'art ou quelque

chose comme ça. Mais... je pense

que dans le fond, les personnes

qui ont suivi ma carrière

apprécient le fait que je suis

imprévisible.


LINDA GODIN

Souvent, avec l'âge, les

artistes vont, comment dire,

orienter leur oeuvre vers un

certain style ou avec certains

matériaux. C'est pas votre cas

à vous. Vous continuez. Ou

est-ce que c'est votre cas?

Est-ce que tranquillement,

vous cernez davantage

votre oeuvre?


CLAUDE ROUSSEL

Bien, c'est-à-dire, c'est sûr

que j'essaie, y a une

concentration majeure.

Je suis quand même tenté

à revenir au dessin très

réaliste ou au modelage...

au modelage en terre glaise.

Ça, je sais que c'était une de

mes forces. Mais je sens pas que

la réceptivité est là. J'aime

pas dire le mot "mode", mais y a

une sorte de... pas

nécessairement de

compétition entre artistes, mais

on dirait qu'il y a une sorte

d'association qui veut qu’on

essaie de se renouveler.


LINDA GODIN

Est-ce que vous vous

considérez plus peintre

ou sculpteur?


CLAUDE ROUSSEL

Bien...

C'est sûr que le volume est

toujours important pour moi.

Même quand je fais des oeuvres

forme-couleur, y a un certain

attrait au relief. Puis on

dirait que la marque du

sculpteur, du trois

dimensions...


LINDA GODIN

Est toujours là?


CLAUDE ROUSSEL

Oui. Je me considère pas un

peintre dans le sens que souvent

mes formes sont définies par

une ligne. Mais dernièrement,

par exemple, avec les... On

dirait que j'ai plus de plaisir

à explorer les... la tache

floue, la tache imprécise. En

tout cas, j'ai du plaisir

encore.


CLAUDE ROUSSEL tient un modèle réduit d'une sculpture métallique qu'il a réalisée.


CLAUDE ROUSSEL

Cette maquette-ci, c'est une

exploration de positif-négatif.

Ça a été réalisé en 1972 pour

l'édifice des sciences

infirmières à l'Université de

Moncton. Le pavillon de la

femme.


On montre des images de la véritable sculpture.


CLAUDE ROUSSEL

Je me suis dit, bien, je

vais explorer l'action de la

courbe. Mais c'est sûr que c'est

de là qu'est venu le titre,

Éros. Disons que c'est un petit

peu plus sexy qu'avoir une ligne

droite. Parmi tous les artistes

du Nouveau-Brunswick, je crois

que je suis celui qui en a

réalisé le plus. Quoique je

m'aperçois que j'ai seulement

égratigné la possibilité de

plus d'oeuvres. Mais dommage

qu'il y en ait pas plus de

réalisées, mais je crois qu'on

a quand même sensibilisé des

administrateurs publics à

l'importance de l'art public.


On montre d'autres sculptures réalisées par CLAUDE ROUSSEL.


CLAUDE ROUSSEL

Ça a toujours été des oeuvres

monumentales et architecturales

et environnementales ont

toujours été importantes

pour moi.

Ça sort, les oeuvres d'art, d'un

contexte trop restreint et la

radiation des volumes et tout

ça est plus intéressante.

On dirait que ça amène l'art

dans la rue, ça amène l'art à

l'intérieur des grands espaces.


LINDA GODIN

Monsieur Roussel, vous avez

mis sur pied, fondé le

Département des arts visuels de

l'Université de Moncton, en

1963. Y avait une demande, des

besoins à l'époque, j'imagine?


CLAUDE ROUSSEL

Disons que... ayant vécu six

années complètes à Montréal,

et puis voir que les Québécois

avaient disons une assez bonne

sensibilisation au niveau des

collèges, dans les écoles

publiques, je m'étais dit:

bien, au Nouveau-Brunswick, y a

réellement du travail à faire

pour sensibiliser la population

à l'éducation par l'art. Ce qui

m'a sauvé, moi, c'était le...

Lord Beaverbrook, qui a fondé

une galerie, en 1959,

à Fredericton. Il m'a

invité à devenir conservateur

adjoint. Au début des années

60. En fin de compte,

l'Université de Moncton s'est

fondée et j'ai réussi à

convaincre le père Clément

Cormier.


LINDA GODIN

Qui était le recteur,

à l'époque.


CLAUDE ROUSSEL

De justement avoir un artiste

résident, avec l'aide de Roméo

Savoie et tout ça, qui avait

sensibilisé les gens de Moncton

aussi. Et puis ma première

épouse, Brigitte, qui avait

étudié au Collège Saint-Joseph.

Donc toutes ces personnes-là,

à un moment donné, ont réussi

à joindre le désir populaire

d'avoir des... d'avoir un

élément culturel. Et puis, c'est

de là que... de la galerie

Beaverbrook, je

suis venu à l'Université de

Moncton et... nous avons

présenté les... la possibilité

aux étudiants. La première

année, en histoire de l'art,

j'ai eu 80 étudiants.

C'était les premiers cours

option qu'il y avait à

l'Université de Moncton.


LINDA GODIN

C'est pas mal quand même.


CLAUDE ROUSSEL

Bien, 80 étudiants, c'était

pour les cours d'histoire de

l'art. Mais pour les cours

d'atelier, il n'y en a

seulement que trois.


LINDA GODIN

Ça, c'était la première

année. Mais après ça, y a eu

de plus en plus d'étudiants.


CLAUDE ROUSSEL

À chaque année, la

sensibilisation se faisait puis

s'est passé de 3 à 7, de 7 à 12

puis après ça de 12 à... De 12

à 20. Oui. Mais ça a été

réellement formidable de voir

l'explosion créatrice de toute

cette jeunesse. Et qui a été

stimulée par tous les événements

politiques qu'il a pu y avoir.

Que les Acadiens ont réussi à

prendre plus de place, à

s'affirmer sur le plan de

l'expression.


LINDA GODIN

Mais donc vous avez enseigné,

vous, au département. Vous avez

été directeur, certaines années,

enseignant. Vous êtes revenu

directeur. Vous avez enseigné

toute votre vie.


CLAUDE ROUSSEL

Oui.


LINDA GODIN

Pourquoi l'enseignement?

Qu'est-ce que ça vous

procurait?


CLAUDE ROUSSEL

Bien moi, j'aime pas le mot

"professeur". Premièrement, je

suis un animateur d'atelier. Un

animateur de créativité. Et

puis c'est dans ce sens-là que

j'ai toujours vibré intensément

avec la jeunesse qui

m'entourait. Même aujourd'hui,

une des plus grandes

satisfactions que j'ai eues, en

2014, j'ai eu toutes sortes de

belles choses. Une des plus

importantes, ça a été une

exposition organisée par

Herménégilde, des anciens

étudiants. Ça faisait 50 ans que

le département... qu'il y a eu

des cours d'art à l'Université

de Moncton, et puis il a choisi

50 étudiants, anciens étudiants

pour une exposition qui m'a été

dédiée. Ça, ça a fait plaisir.


LINDA GODIN

D'avoir enseigné pendant toute

votre vie, quel impact que ça a

eu sur votre carrière? Est-ce

que ça a été un frein ou pas du

tout, au contraire?


CLAUDE ROUSSEL

Non, au contraire. Parce que

cette vitalité créatrice des

étudiants aussi me...

m'encourageait aussi à être

comme ça moi-même. Puis souvent,

je produisais des oeuvres. Je

ne voulais pas nécessairement

avoir des... disons, des

étudiants qui vont produire ce

que moi, je produis. Ce qui

m'intéressait, c'est de voir

l'intérieur créatif de chaque

étudiant et étudiante.


LINDA GODIN

C'est une des choses que vous

leur disiez toujours: "Trouvez

votre style".


CLAUDE ROUSSEL

Oui.


LINDA GODIN

Comment on fait pour trouver

son style?


CLAUDE ROUSSEL

C'est une question de...

d'être en contact avec son

intérieur puis ses goûts. C'est

sûr qu'on peut être influencé

par ce qu'on voit jusqu'à un

certain point. Mais j'ai

toujours été partisan

- même pour moi-même -

on peut se

documenter sur... certains

sujets ou formes ou... Mais par

contre, pas nécessairement

copier d'une façon... J'ai

toujours été contre cette

copie. Moi, je préfère que ça

vienne de nous.


LINDA GODIN

Est-ce que vous vous rendez

compte que vous avez formé

plusieurs générations

d'artistes acadiens?


CLAUDE ROUSSEL

Je pense que j'ai contribué

pas mal à sensibiliser pas mal

d'étudiants et étudiantes.

Puis c'est pas mal...

C'est comme une progéniture,

c'est une grande famille.

Ce qui me fait plaisir, c'est de

voir la continuité

et le renouvellement

qu'ils sont en mesure de

produire. Je réalise que les

batailles que j'ai réalisées,

ça a stimulé d'autres, ça a

encouragé d'autres. Et puis...

Mais quand je voyais que mes

anciens étudiants, à un moment

donné, avaient des difficultés

de survivance, disons que ça me

touchait vraiment, mais avoir eu

plus de ressources, j'aurais pu

peut-être aider plus, mais j'ai

essayé de donner tout ce que

j'ai pu.


LINDA GODIN

Ça fait déjà 20 ans quand même

que vous avez pris votre

retraite de l'enseignement, ça

fait... le temps passe vite.

Est-ce que vous vous lassez

parfois de créer? Avez-vous

l'impression que vous allez

arrêter un jour?


CLAUDE ROUSSEL

J'ai essayé! J'ai essayé, en

1992, quand je me suis retiré.

Je m'étais dit: là, la maison

est pleine d'oeuvres. Je vais

arrêter d'en produire.

Parce que quand on construisait

la maison ici, à un moment

donné, y avait des matériaux.

J'ai fait beaucoup des oeuvres

basées avec la récupération de

planches ou de plywood.


LINDA GODIN

Puis ici, vous avez tout pour

créer aussi.


CLAUDE ROUSSEL

Oui.

Bien c'est ça. Disons que

j'essaie de... j'ai beaucoup de

matériaux qui ont pas été... qui

sont encore disponibles. Donc...

j'essaie de récupérer

ces choses-là.


LINDA GODIN

Claude Roussel,

merci beaucoup.


CLAUDE ROUSSEL

Ça me fait plaisir d'avoir

l'opportunité d'échanger et de

présenter... aux gens du Canada,

et de l'Ontario surtout, le

labeur créatif que j'ai pu

réaliser durant ma carrière

puis qui est encore

assez vivant.


LINDA GODIN

Merci beaucoup.


Générique de fermeture


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