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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Dr. Aurel Schofield

Dr. Aurel Schofield is the figurehead in medical education in French in New Brunswick. As family doctor, he gave birth to more than 3000 babies during his 30 year career. Medecine flows through his veins and Francophony makes his heart beat …



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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Générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, le docteur AUREL SCHOFIELD, on montre des images du Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick.


LINDA GODIN

Il reflète son environnement.

Il est moderne, jeune.

Le Centre de formation médicale

du Nouveau-Brunswick

accueille 24 nouveaux étudiants

en médecine par année depuis sa

création, en 2006.

Il est l'aboutissement de

nombreuses années de travail.

Son fondateur et directeur

jusqu'en 2014 en a été un

acteur de premier plan.

Le docteur Aurel Schofield est

une figure de proue en

enseignement de la médecine en

français au Nouveau-Brunswick,

mais aussi au Canada français.

Médecin de famille, il a donné

naissance à plus de 3000 bébés

pendant ses 30 ans de carrière.

Il a la médecine qui lui coule

dans les veines et la

francophonie qui lui fait

battre le coeur.


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure d'AUREL SCHOFIELD.


LINDA GODIN

Aurel Schofiled, bonjour.


AUREL SCHOFIELD

Bonjour.


LINDA GODIN

Vous êtes le fondateur du

Centre de formation médicale du

Nouveau-Brunswick. En 2006, vous

l'avez créé, vous l'avez fondé;

qu'est-ce que c'est venu

changer, ça, dans le paysage,

la formation en médecine ici?


AUREL SCHOFIELD

Je pense que premièrement, ça

a donné une très belle

opportunité à nos étudiants

acadiens d'être formés ici

au Nouveau-Brunswick,

en fait, une formation complète

au Nouveau-Brunswick.

Il y avait déjà l'opportunité

de faire beaucoup de stages

cliniques dans la province

depuis plusieurs années.

Mais le fait d'être capable

d'offrir le cours complet du

programme MD, ça a créé

vraiment des nouvelles

opportunités. Alors ça a changé

un peu le profil de notre

clientèle étudiante dès le

début de l'ouverture.


LINDA GODIN

Mais comment alors,

auparavant, comment ça

fonctionnait? Où étaient

formés les médecins?


AUREL SCHOFIELD

Depuis les années 75, les

étudiants acadiens étaient

formés principalement au

Québec, dans les trois facultés

de médecine du Québec. Et au

début des années 80, grâce au

Dr Léon Richard, qui a eu la

vision de créer un réseau de

stages cliniques dans la

province, on a commencé à

rapatrier les étudiants pour

qu'ils viennent faire des stages

au Nouveau-Brunswick. Donc

à partir du début des années

80, les étudiants ont eu de

plus en plus d'opportunités

à venir faire des stages au

Nouveau-Brunswick, ce qui a

eu un impact très important sur

nos ressources médicales. Parce

que les ressources médicales

francophones se sont grandement

améliorées au cours des...

des... 20 années, de 80 à 2000.

Qui a été un peu la base du

Centre de formation médicale.

On avait déjà développé

beaucoup de rotations de

cliniques, et arrivé en 2004,

on avait une masse critique

suffisante de médecins

francophones pour penser

à offrir le cours au complet.

Donc on s'est mis en

négociations pour créer le

Centre de formation médicale.


LINDA GODIN

Est-ce que vous réussissez

réellement à retenir les

étudiants? Pas juste les

étudiants, mais quand ils ont

terminé leur formation, quelle

proportion vous réussissez

à retenir ici?


AUREL SCHOFIELD

Vous savez que c'est comme...

Avant la création du Centre, le

Centre a été ouvert en 2006,

on avait déjà près de 90%

de retour de nos étudiants

en médecine de famille et 80%

de retour de nos étudiants qui

étaient formés en spécialité

au Québec.

Mais on savait qu'en ouvrant le

Centre, qu'on allait faire plus

que la formation médicale.

On allait ouvrir toute une autre

opportunité de carrière pour

nos étudiants en médecine,

en fait nos futurs médecins,

que ce soit de la recherche,

que ça soit en pédagogie

médicale, que ça soit des

volets de simulation médicale...

Donc on voyait beaucoup plus

que juste la formation.

Et avec les années de recul, on

voir que c'est bien ça qui est

en train d'arriver.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il est temps

d'explorer un programme

autonome? Que ce soit le

programme de l'Université de

Moncton? Parce que

présentement, c'est le

programme de médecine de

l'Université de Sherbrooke qui

est enseigné ici.


AUREL SCHOFIELD

Oui, tout à fait, oui.


LINDA GODIN

Est-ce que ça, c'est une

possibilité que ce soit un

programme... de l'Université de

Moncton? Que vous ne soyez plus

affilié, dans ce sens-là, avec

l'Université de Sherbrooke?


AUREL SCHOFIELD

Peut-être qu'un jour, ça

arrivera. Mais je pense qu'il

faut regarder un petit peu la

démographie ici, on est quand

même 200 000, 230 000

francophones avec une

population décroissante.

En plus, si on regarde la

tendance des programmes de

formation médicale de par le

monde, les gens ont pas

tendance à créer de nouvelles

facultés de médecine. Ils ont

tendance à créer des pôles de

formation à partir de facultés

de médecine existantes. Parce

que l'idée, c'est de vraiment

tenter de décentraliser la

formation médicale vers les

communautés. L'autre élément,

c'est qu’on est encore en

pénurie de ressources

médicales. Je pense que...

on n’a pas les ressources, les

expertises locales pour tout

appuyer le programme. On a

les ressources nécessaires pour

livrer le programme, et on le

fait très, très bien. Et là, je

pense qu'on a le meilleur des

deux mondes parce qu'on a la

faculté, avec ses experts en

pédagogie, mais les gens

non-médecins, professeurs

enseignants, travaillent sur des

comités conjoints et il y a une

influence positive entre les

deux sites. Nous, on réussit

très bien. Sherbrooke avance

très bien parce que c'est très

innovateur qu'est-ce qu'ils

font, et la faculté a même

avoué qu'elle avait énormément

progressé depuis l'ouverture

des sites, parce qu'on amène un

apport différent, une

perspective différente,

beaucoup plus près

de la communauté. Et nous, on

est comme un petit peu à

l'avant-plan de tout ça, on est

un petit peu avant-gardistes.

Le fait qu'on est petit, on est

sur le terrain, tout en ayant

l'aide de Sherbrooke, qui nous

aide à se développer.


LINDA GODIN

Vous avez travaillé très fort

pour l'obtention de ce Centre.

On pourrait dire presque 25

ans, peut-être les dernières

années plus fort, mais ça

fait longtemps que vous vouliez

avoir un Centre comme ça.


AUREL SCHOFIELD

On a commencé à recevoir les

étudiants en stages cliniques

dès les années 80, en fait.

J'étais un jeune médecin, un

jeune diplômé arrivé du Québec

ayant une année en pratique

clinique, et on a commencé à

recevoir des étudiants en

médecine. On a commencé par

les stages cliniques. On a

développé graduellement les

stages cliniques, on a augmenté

la masse critique des

professeurs ici...

Alors on s'est développé par les

petits. Jusqu'au jour où est-ce

qu'on a été capable de ramasser

le gros bout du bâton

et de dire: OK, on y va.


LINDA GODIN

Et aujourd'hui, quels sont les

défis du Centre?


AUREL SCHOFIELD

Je pense que les défis...

Un des défis, c'est notre

population étudiante qui

diminue. On a quand même un

bassin d'étudiants qui devient

plus restreint à cause de la

population qui diminue.

Et actuellement, on forme

seulement les étudiants

du Nouveau-Brunswick.


LINDA GODIN

Vous en aviez 24 par année;

est-ce que c'est toujours

le cas?


AUREL SCHOFIELD

C'est toujours le cas.

Et je pense pas qu'il y aura...

il y a de l'intérêt de la part

du gouvernement pour augmenter

le nombre pour tout de suite.

Et il y a peut-être pas les

besoins non plus parce que le

système de santé est en train

de changer. Donc vous savez, il

y a cette question-là de petit

nombre qu'on a. Et toujours,

lorsqu'on fait la formation

médicale, faut toujours

garder l'équilibre entre la

pratique clinique et

l'enseignement parce que c'est

des médecins cliniciens qui

enseignent, c'est pas le type de

professeur plein temps qui ne

fait seulement qu'enseigner

à l'université, c'est des

médecins cliniciens. Et les

médecins cliniciens, ils ont

leurs obligations d'abord et

avant tout à leurs patients.

Lorsqu'il y a des urgences,

faut être capable de compenser

pour que le médecin puisse se

déplacer pour régler le cas

d'urgence. Fait que pour

l'instant, je pense qu'on est,

je dirais, à une capacité.

La formation et de très, très

bonne qualité, autant au niveau

de la formation de base que la

formation clinique. Donc pour

grandir, faudra développer plus

de ressources médicales. Si les

besoins sont là, bien sûr,

d'avoir plus de médecins. Puis

ça, c'est à revoir parce qu'on

n’est pas sûrs. Mais comme je

disais tout à l'heure, d'autres

volets, quand même, les volets

de recherche, les volets de

pédagogie. C'est toutes des

choses qu'on a impliqué de plus

en plus les médecins à

développer des expertises

dedans. Donc c'est un peu comme

des opportunités de nouvelles

carrières pour nos médecins

cliniciens qui peuvent, étant

ici, avoir des carrières

académiques aussi grandes que

d'autres médecins dans d'autres

facultés de médecine au Canada,

mais tout en restant beaucoup

plus près de leur communauté.


Dans cette partie de l'entrevue, AUREL SCHOFIELD présente un de ses oiseaux.


LINDA GODIN

Monsieur Schofiled,

présentez-nous le perroquet

que vous avez.


AUREL SCHOFIELD

Celui-ci, c'est rubis. Rubis,

c'est une femelle eclectus.

C'est un oiseau qui origine

des îles Salomon.

En fait, au nord-est, je pense,

de l'Australie.

C'est un oiseau assez

particulier. Elle a un plumage

qui est plutôt comme une...

comme un poil plutôt

qu'une plume.

Sur la tête, c'est vraiment

une variété de plumage assez

particulier.


LINDA GODIN

Vous avez un amour,

une passion des oiseaux.

C'est venu d'où, ça?


AUREL SCHOFIELD

En fait, on a commencé à être

intéressé par les oiseaux

lorsque ma nièce est partie

étudier à Poitiers, en France,

elle avait une petite perruche

ondulée qu'elle voulait mettre

en pension.

Mais on a été pas mal

impressionnés de l'intelligence

de ce petit oiseau-là. Donc

on s'est mis à développer un

programme d'élevage pour...

peut-être éventuellement faire

partie d'un club d'aviculteurs

mondial.


LINDA GODIN

C'est ça, à un moment

donné, vous aviez une volière.

Combien... Le plus d'oiseaux que

vous avez eus, c'était combien?


AUREL SCHOFIELD

Probablement proche de 150.


LINDA GODIN

Et vous en avez combien

aujourd'hui?


AUREL SCHOFIELD

Actuellement, on a deux

perroquets. Puis on a trois

cockatiels.


L'entrevue se poursuit sans le perroquet.


LINDA GODIN

Monsieur Schofield,

pourquoi avez-vous choisi

la médecine de famille?


AUREL SCHOFIELD

Bien, je pense que la

médecine de famille, pour moi,

était, je dirais, le...

était plus matché

avec mon caractère

et ce que je voulais faire.

J'avais pas nécessairement le

goût de me spécialiser. Parce

que lorsque tu te spécialises,

tu viens, oui, très connaissant

dans un domaine, mais le reste

de la médecine, c'est devenu

plus très important pour toi.

Aussi, je pense que le contact

avec le patient, le suivi à

long terme des patients...

et la possibilité de faire

plein de choses. Alors la

médecine de famille te permet

de faire tout ça. Ça fait que

c'était comme assez clair que

c'était la direction que je

voulais prendre.


LINDA GODIN

Et vous avez pratiqué

pendant combien d'années?


AUREL SCHOFIELD

En fait, j'ai pratiqué

pendant... 20 ans.

20, 22 ans.

À plein temps.

À ce moment-là, je faisais de la

clinique, oui, mais je faisais

de l'hospitalisation, j'ai fait

de l'urgence pendant une

quinzaine d'années, des

accouchements, je faisais du

bureau... J'ai commencé à faire

de l'enseignement dès ma

première année de clinique.

J'ai intégré un petit peu de

recherche à travers de ça.

Donc ça a été une pratique qui a

été toujours très, très

achalandée, mais très

diversifiée aussi. Dès le début,

ça a été assez diversifié.


LINDA GODIN

Est-ce que pour vous, c'était

évident, jeune, que c'est ce que

vous vouliez faire?


AUREL SCHOFIELD

La médecine?


LINDA GODIN

Vous diriger en médecine,

puis en médecine familiale.


AUREL SCHOFIELD

Non. Je pense que c'est...

Moi, j'ai beaucoup été par

opportunités. Les opportunités

qui se sont présentées à moi.

J'étais orienté beaucoup plus

vers les sciences, peut-être...

l'astronomie, biologie. Alors

je suis rentré à l'Université de

Moncton en biologie.

Mais pendant la première année

que j'étais en biologie, le

diplôme science de la santé

a été créé. Donc à partir de la

deuxième année, le diplôme a été

disponible que je m'inscrive.

Alors j'ai dit: OK, ça, c'est

quoi? J'ai regardé ça, j'ai vu

que c'était un diplôme de

biologie de base, en fait, mais

élargi, beaucoup plus intense,

beaucoup plus chargé.

Mais qui m'ouvrait les horizons

à tous les programmes sciences

santé dans l'entente Québec-

Nouveau-Brunswick. Alors

médecine, physio, argo, arts

dentaires, ophtalmologie...

Alors toute une panoplie.

Et lorsque les applications sont

sorties pour... après le DSS,

pour le choix de carrière,

bien, je sais pas pourquoi,

j'ai appliqué en médecine...

quelque sorte d'intérêt,

d'intuition que c'était

peut-être une carrière

intéressante pour moi.


LINDA GODIN

C'était pas hyper clair pour

vous que c'était ce que vous

vouliez faire.


AUREL SCHOFIELD

Non, du tout. Mon père était

décédé quelques années avant,

subitement, d'un arrêt

cardiaque. En fait, pas subit

parce qu'il a été 3, 4 jours à

l'hôpital, mais... En fait, il a

été malade, il est décédé, je

crois, que j'avais certainement

été ébranlé par ça, mais un peu

curieux à savoir tout ce

phénomène-là... de la santé,

le système de santé.


LINDA GODIN

Le coeur...


AUREL SCHOFIELD

On avait vécu ça quand même

de façon assez particulière.


LINDA GODIN

Avez-vous l'impression que ça

vous a indirectement influencé?


AUREL SCHOFIELD

Bien, ça se pourrait. Je me

dis... un désir de comprendre

ça et tout ce système-là. Et

c'est... à l'époque, on n'avait

pas d'émissions de télévision

comme qu'on a aujourd'hui,

d'urgences et de choses comme

ça, alors ce que tu vivais

comme expérience de vie, j'ai

l'impression que c'est ça qui a

probablement fait que j'ai

décidé d'aller en médecine.


LINDA GODIN

Comment était votre début de

carrière? Parce qu'à cette

époque-là, il y avait pas tant

de médecins francophones.


AUREL SCHOFIELD

Non, c'est ça. Moi, j'étais

dans la nouvelle vague... Je dis

"nouvelle vague" parce que même

si on avait une entente avec le

Québec, à partir des années 68,

on avait à peu près deux tiers

de nos médecins qui ne

retournaient pas au

Nouveau-Brunswick. Ils

restaient au Québec parce qu'il

y avait pas d'opportunités de

venir faire des stages

cliniques au Nouveau-Brunswick.

Donc moi, j'étais un petit peu

dans la nouvelle vague. Nous, on

était... un nouveau groupe

d'étudiants qui sont sortis en

même temps, cinq étudiants en

médecine de famille qui sont

arrivés à Moncton.

(Imitant le bruit d'une chose qui se produit soudain)

Schlack.

C'était comme OK...

Puis avec l'Hôpital Dumont,

qui avait pas beaucoup de

médecins de famille à l'époque,

et plusieurs médecins qui

étaient anglophones au sein de

l'hôpital. Donc tout était à

développer.


LINDA GODIN

Mais vous êtes arrivé, vous

l'avez dit, à une époque où il

y avait une pénurie de médecins

francophones. Vous travailliez

quoi, des heures et des heures?

Est-ce que c'était fou un peu?


AUREL SCHOFIELD

Oui, c'était très fou, oui.

J'ai énuméré tantôt toute la

liste de mes activités. Et à ça,

il y avait des gardes qui

étaient attachées, des gardes à

l'hôpital, soit d'accouchement

ou des rotations d'urgences

dans la nuit. Heureusement que

je pouvais dormir un peu

partout: devant la visite,

avec visite, pas de visite.

Quand fallait que je dorme,

je dormais.


LINDA GODIN

Ils étaient compréhensifs.


AUREL SCHOFIELD

Ouais. J'ai été très, très

bien entouré, une famille qui

m'a toujours bien encadré et

bien supporté. Et un bon groupe

d'amis aussi, qui eux étaient

aussi dans le domaine de la

santé, mais peut-être pas dans

le domaine médical, mais le

domaine de la santé, alors ça

aidait peut-être à

comprendre... toutes les

énergies que je devais mettre

là. Mais une carrière très

chargée où est-ce que je

comptais pas les heures parce

que ça aurait été un peu

effrayant de compter les heures.


LINDA GODIN

Oui, c'est ça. Vous auriez eu

vous-même peur peut-être.


AUREL SCHOFIELD

C'est ça. Exactement.


LINDA GODIN

Je vous pose un petit test de

mathématiques. 200 fois 15,

ça fait combien?


AUREL SCHOFIELD

Je sais pas,

je sais pas compter.


LINDA GODIN

3000. Ça, c'est le nombre

d'accouchements approximatif

que vous avez faits.


AUREL SCHOFIELD

Oui, probablement, c'est ça.


LINDA GODIN

Dans votre carrière. Parce

que vous avez, à un moment

donné, cessé de faire des

accouchements.


AUREL SCHOFIELD

C'est ça. Oui.


LINDA GODIN

C'est beaucoup.


AUREL SCHOFIELD

Oui. Ça, c'était en fait un de

mes dadas. Lorsque j'ai fait la

médecine de famille, comme je

disais tantôt, il y a beaucoup

de choses qui m'intéressaient,

mais l'obstétrique, les

accouchements, c'était un

intérêt particulier. Et lorsque

j'avais fait ma formation au

Québec, j'avais fait plusieurs

mois de stages additionnels

pour être très confortable

à faire des accouchements comme

médecin de famille. Parce que

je savais qu'à Dumont, que

j'allais être capable... fallait

que je me débrouille assez

bien. On n'avait, à ce

moment-là, pas beaucoup d'appui

de gynécologues pour nous aider.

Heureusement, lorsque je suis

arrivé, on avait un jeune

gynécologue qui était arrivé

juste avant moi et on a réussi

à mettre en place une équipe

d'obstétrique, médecin de

famille appuyé par ce

gynécologue-là.

Et je me suis lancé à créer avec

l'équipe l'unité de maternité,

la clinique de maternité... Et

là, je me suis mis à faire des

accouchements à tour de bras.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y en a que

vous recroisez par la suite?


AUREL SCHOFIELD

Quotidiennement. Je rencontre

soit des... Parce que j'étais

médecin de famille, donc il y a

beaucoup de ces "enfants-là"

que j'ai suivis jusqu'à

l'adolescence et plus.

Dans chaque classe de mes

gradués en médecine, il y avait

au moins une ou un étudiant

que c'était un bébé

que j'avais accouché.


LINDA GODIN

Vraiment?


AUREL SCHOFIELD

Et une année, il y en avait

cinq ou six. Parce qu'il y a une

année qu'on a fait une petite

moquerie de ça avec les photos

de moi et six bébés, c'était les

six jeunes qui graduaient

cette journée-là à l'École

de médecine.


LINDA GODIN

C'est bon. Ça fait des drôles

de rencontres.


AUREL SCHOFIELD

Ouais. Ça a été...

L'obstétrique, pour moi, ça a

été toujours... c'était

toujours un de mes dadas.

Ça demandait beaucoup d'énergie,

mais... En fait, j'ai jamais

signé mon papier de démission

que je ne ferais plus

d'obstétrique. Mon dernier

accouchement, je l'ai fait deux

heures avant d'être opéré pour

ma hanche. Je suis allé faire

mon accouchement dans la nuit

puis j'ai été me coucher

dans mon lit d'hôpital pour me

faire opérer le lendemain

matin. Ça a été pour moi une

superbe de belle contribution

à... cette partie-là de la

médecine. Ça fait que... oui.


LINDA GODIN

Monsieur Schofield, vous êtes

le président de la Société

Santé en français, et l'un des

membres fondateurs. Qu'est-ce

qui a amené la création,

justement, de cet organisme-là?


AUREL SCHOFIELD

En fait, on avait fait des

démarches avec la FCFA pour

tenter d'améliorer l'accès aux

services de santé en français

pour les communautés

francophones minoritaires.

Et de là, le ministre de

l'époque, Allan Rock, avait

créé une commission qui

regardait la problématique et

une des recommandations de

cette commission-là était la

création de la Société Santé en

français, pour tenter de mettre

sur la place publique les

besoins des francophones en

situation minoritaire.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que fait la Société?


AUREL SCHOFIELD

En fait, la Société, notre

mission, c'est de vraiment

travailler avec les cinq

partenaires; c'est-à-dire les

décideurs politiques, les

gestionnaires de la santé, les

institutions académiques, les

professionnels de la santé et

les membres de la communauté,

pour mettre en place des

stratégies qui vont améliorer

l'accès aux services de santé

en français. Alors c'est

vraiment de développer du

partenariat, une compréhension

commune de la problématique et

trouver des stratégies qui vont

améliorer l'accès.


LINDA GODIN

Monsieur Schofield, quels sont

les défis de la médecine en

français au Nouveau-Brunswick

aujourd'hui?


AUREL SCHOFIELD

Bien, je pense qu'au

Nouveau-Brunswick, on a

toujours certainement un

certain rattrapage à faire en

termes de services de santé.

C'est clair que lorsqu'on

regarde à la grandeur

de la province,

c'est très, très différent. Les

régions de Fredericton, les

régions de St-Jean sont presque

comme qu'on était il y a 25,

30 ans.


LINDA GODIN

C'est des régions qui

sont plus anglophones.


AUREL SCHOFIELD

Oui, mais quand même, avec

des populations assez

importantes de francophones.

Avec très peu de services

en français. Alors que les

régions plus francophones de la

province, je pense qu'on a eu un

développement majeur, important,

au cours des 20, 25 dernières

années. Je pense que les

services de santé sont

grandement améliorés. Mais on

reste avec des défis, comme tout

le monde: la pénurie de

médecins, l'accès aux

services qui est pas toujours

très, très bon. Et encore une

iniquité dans les services.

Alors actuellement, il y a un

programme de rattrapage des

soins de santé en français qui

est mis en place... qui devrait

nous aider à avancer un peu.

Mais je pense qu'il y a encore

énormément, énormément à faire.

On regarde les unités

néonatales, en pédiatrie, il n’y

a aucun hôpital francophone

dans la province qui a une

unité de soins néonatals--


LINDA GODIN

Même pas Georges-Dumont?


AUREL SCHOFIELD

Non. On a une pouponnière.

Mais lorsque les enfants sont

très, très malades et ont besoin

de soins intensifs

pédiatriques soutenus--


LINDA GODIN

Ils vont où?


AUREL SCHOFIELD

Ils doivent aller au Moncton

City Hospital. Ou si c'est plus

important, être transférés

à Halifax.


LINDA GODIN

Est-ce que vous devez encore

expliquer l'importance de la

médecine francophone, la

médecine en français, quand

vous faites différentes

interventions, différentes

présentations? Quand vous avez

un point à marquer, si je puis

dire, est-ce que vous êtes

encore obligé d'expliquer ça?


AUREL SCHOFIELD

Je pense que ce qu'il faut

expliquer, c'est qu’un service

en français, c'est égal à un

service de qualité et un

service de sécurité.

Lorsqu'on parle d'un service de

qualité, un service de

sécurité, on est sur la même

longueur d'onde que tout le

monde. Et on sait que la

qualité, la sécurité passent

vers l'adaptation culturelle et

linguistique de tes services.

Donc c'est pas juste le fait

d'offrir le service, mais c'est

de l'offrir dans la langue de

communication qui est la plus...

la plus comprise par

l'individu, et qui est le mieux

adaptée aussi à sa culture.

Donc je pense que...

Et ça, ça fait des années,

en fait, qu'on...

Et là, je parle de "on" plus

en termes peut-être de

la Société Santé en français.

Au niveau national, c'est un peu

le discours qu'on tient. Et je

dirais que ça a eu beaucoup,

beaucoup de succès. Parce que

lorsqu'on parle de qualité,

sécurité, on vient sur un pied

d'entente avec tout le monde.

Y a personne qui va contredire

la qualité et la sécurité

des services.


LINDA GODIN

Donc ça, c'est un concept qui

est compris, si je peux dire.


AUREL SCHOFIELD

Oui.


LINDA GODIN

Les services en français,

ou dans la langue maternelle

du patient. Ça, c'est

assez compris?


AUREL SCHOFIELD

C'est ça. Ça, c'est compris.

Je pense que là, je dirais,

il y a certainement eu un

cheminement majeur dans la

province ici au

Nouveau-Brunswick. Et tout le

monde sait que les communautés

francophones minoritaires sont

là, on a des besoins en santé

qui sont particuliers, et qu'on

a mis en place des outils pour

travailler en collaboration

avec eux pour améliorer les

services. Donc c'est très

différent encore d'une province

à l'autre, mais je pense que, au

moins, tout le monde est sur

les radars de leur

gouvernement. Et il y a eu de

l'évolution quand même

intéressante au cours des

dernières années. Très variable,

oui, par province et

territoire, mais quand même

une évolution positive

dans ce sens.


LINDA GODIN

Vous avez pris votre retraite

en 2014. Est-ce que le Centre de

formation médicale vous manque?

Est-ce que la pratique de la

médecine vous manque?


AUREL SCHOFIELD

Bien, oui. Comme... Je pense

que... J'avais quand même

des dossiers assez intéressants

pour m'occuper, que je peux

dire. Mais... je sentais que

j'arrivais un petit peu à bout

de souffle. Et je pense que

j'étais très, très fier de mes

accomplissements et je voulais

vraiment m'orienter un petit

peu, me centrer un peu plus sur

moi, pour les années futures,

que sur les autres. Donc...

ça me manque, oui, parce que...

je veux dire, c'était mon

quotidien, mais je m'adapte

très, très bien, de façon

surprenante...


LINDA GODIN

À la retraite?


AUREL SCHOFIELD

C'est une bonne idée,

la retraite. Puis je

m'adapte bien.


LINDA GODIN

Oui? C'est ça, vous qui avez

beaucoup, beaucoup travaillé,

vous êtes un travailleur

acharné, je pense qu'on peut

dire ça, qu'est-ce que vous

faites maintenant? Vous trouvez

pas ça trop difficile d'être

pas super occupé tout le temps?


AUREL SCHOFIELD

Non, du tout. En fait là, je

continue comme président de la

Société Santé en français

nationale, donc ça... C'est du

travail bénévolat, mais c'est

très gratifiant parce que c'est

vraiment d'aider les

communautés francophones

en situation minoritaire à se

prendre en main, à développer

leurs services de santé en

français, à intégrer la

formation aussi des

professionnels dans tout ce

processus-là. Donc c'est tous

des domaines que j'ai joués

beaucoup avec dans les dernières

années. Alors c'est pas

nouveau. Alors si je peux

encore contribuer, à avoir une

influence à faire évoluer ce

système-là, ça me fait plaisir.

Et lorsque je vais à ces

réunions-là, j'ai absolument

rien d'autre dans la tête que

ces dossiers-là, donc j'ai

comme 500 livres de moins sur

les épaules au quotidien.

Je n'ai plus tous les autres

dossiers qui me tracassent.

C'est sûr que je manque les gens

avec qui je travaillais. J'avais

une équipe fantastique avec qui

je travaillais.

Alors tout ce contact

quotidien-là. Mais là, mon

groupe d'amis sont presque tous

à la retraite, donc là, j'ai ma

vie sociale avec mes amis

beaucoup plus fréquente.

J'ai du temps avec mon épouse,

des petits-enfants aussi

qu'on peut voir plus souvent.

Donc c'est bien, la retraite.

Il y a beaucoup de choses

positives.


LINDA GODIN

Aurel Schofield,

merci beaucoup.


AUREL SCHOFIELD

Merci à vous.


Générique de fermeture


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