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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Patrick Gauvin: Producer

Lamèque Island is more than just Patrick Gauvin´s own piece of heaven – it is also where he started his production house.
The young director has been producing documentaries and TV and web series since 2008.
Lamèque Island is located on the northeastern tip of New Brunswick. There, television cameras are just as common a sight as quays, boats and peat.
Gauvin’s favourite subject is the ocean; it is everywhere, and it is the livelihood of most of the island´s 8000 inhabitants. It is also responsible for bringing him back to the island after nearly having taken his life.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, PATRICK GAUVIN, producteur-réalisateur, on montre des images du paysage de l'île Lamèque ainsi que des productions de Bosco Médias.


LINDA GODIN

L'île Lamèque,

située à la pointe de la

péninsule acadienne au

Nouveau-Brunswick, vit de la

pêche, bien sûr, mais aussi de

la tourbe. L'île compte pas

moins de huit tourbières. Il y a

quelques années, des

éoliennes sont venues

s'ajouter à ce décor.

On y voit donc beaucoup plus de

quais, de bateaux et de champs

de tourbe que de

caméras de télévision.

Pourtant, c'est ici dans ce

qu'il appelle son coin de pays,

que Patrick Gauvin a lancé

sa boîte de production.

Le jeune réalisateur originaire

de Lamèque produit depuis

2008 des téléséries,

webséries, documentaires.

Son sujet de

prédilection: la mer.

Parce qu'elle l'entoure, qu'elle

est le gagne-pain de la majorité

des 8000 insulaires et bien

entendu, parce qu'elle est

belle, comme il dit.

C'est aussi parce qu'elle a

failli lui enlever la vie

qu'il est revenu sur son île.


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de PATRICK GAUVIN.


LINDA GODIN

Patrick Gauvin, bonjour.


PATRICK GAUVIN

Salut.


LINDA GODIN

Quand est-ce que la

production télévisuelle

est entrée dans ta vie?


PATRICK GAUVIN

Oh, bien la première fois,

c'était pas nécessairement de la

production télévisuelle,

mais c'était vraiment à l'époque

qu'on faisait du skateboard à

l'adolescence, on se

filmait tout le temps.

Entre amis, on a filmé beaucoup

de cassettes, mais on n'a jamais

fait de montage final pour

regarder ça. On a juste des

piles et des piles de cassettes.

C'est un peu comme ça que j'ai

commencé à... jouer avec une

caméra. Par la suite, bien, ça a

été plus la photo, quand les

caméras numériques sont sorties,

je me suis amusé pas mal

avec ça. Mais la production

télévisuelle comme telle, c'est

venu... J'avais quelqu'un de par

chez nous qui avait été étudier

à la Cité collégiale à Ottawa,

et moi, j'étais rendu

à l'université, et je savais pas

trop ce que je voulais faire,

j'étais un passionné de l'image

et tout ça, j'ai découvert qu'il

y avait ce cours-là qui se

donnait à Ottawa, fait que j'ai

décidé d'appliquer là-dedans et

c'est là que j'ai découvert,

vraiment, ma passion là-dedans.

Dès les premiers jours que

je suis arrivé là, j'ai compris:

OK, c'est ça que je veux faire.

C'était vraiment une belle

école, et on était en studio,

on avait une caméra, c'était

vraiment une super belle

expérience, et ça a été

deux ans qui ont passé

comme ça. C'était magique.


LINDA GODIN

Et là, depuis quelques années,

tu fais beaucoup de productions,

t'es installé ici, mais entre

autres,

Rural.com, est-ce que

ça, c'est la production qui

t'a fait connaître

comme réalisateur?


PATRICK GAUVIN

Rural.com, ça a été un

projet que j'ai fait par la

suite avec René Savoie, mais le

premier projet que j'ai vraiment

fait en télévision ici, c'était

Tout le monde à bord, qui est

une série de variété musicale,

avec les artistes. À l'époque,

Lisa LeBlanc avait venu, et tout

ça. Puis, c'était dans mon

studio. La première année,

j'avais fait la caméra, et

l'année d'ensuite, j'ai fait la

réalisation avec

Denise Poirier et...

Fait que c'est ça... C'est là

que j'ai rencontré René Savoie,

en tant que producteur et de là,

on a développé d'autres projets,

et entre autres,

Rural.com,

qu'il m'a offert comme

projet de réalisation.


LINDA GODIN

Mais, c'est ça, depuis

quelques années, on te voit,

on te connaît de plus en plus.

Il y a-tu une production

que t'as beaucoup aimé faire,

réaliser et/ou produire?


PATRICK GAUVIN

C'est sûr que chaque projet a

ses bonheurs, ses moments

de difficulté, tout...

Généralement, c'est dur d'en

nommer un qui m'a marqué plus,

mais c'est sûr que Pirate,

c'était une websérie de fiction

qu'on a tourné à Lamèque. Et

Miscou, que j'avais écrit et

que c'était la première fois que

j'écrivais de la fiction et que

je réalisais et que je faisais

de la direction photo. On était

une équipe incroyable, ça a été

vraiment un beau trip

de gang, tout ça.

Et sinon, plus récemment, il y a

vraiment les deux documentaires

sur les pêches, la pêche au

hareng, la pêche au flétan,

qu'on a faits pour Canal D,

que ça a été un super beau défi

aussi et c'est surtout de voir

la réponse des gens de la

région, c'est incroyable de voir

le sourire. Il y a des pêcheurs

qui versaient des larmes en me

parlant comment ça les avait

touchés et ça leur faisait

du bien de voir ça.

De se voir à la télévision,

de voir leur métier porté

à l'écran comme ça.


LINDA GODIN

Justement, la pêche au hareng,

ce documentaire-là,

La pêche maudite, c'est une pêche qui

est extrêmement violente, vous

étiez sur le bateau. C'était

quoi les défis de production

pour ce documentaire-là?


PATRICK GAUVIN

Oh, c'est sûr que la pêche

au hareng, le documentaire

s'appelle

La pêche maudite,

c'est pas pour rien, parce que

c'est vraiment une pêche

rock'n'roll, t'sais, les bateaux,

il y a près 150 bateaux

qui s'entassent sur un petit

banc de poissons en pleine

mer, en pleine nuit...


LINDA GODIN

Et qui veulent tous avoir ce

banc de poissons-là, jeter

le filet à la mer...


PATRICK GAUVIN

C'est ça, et... Il y a des

accros d'équipement, les bateaux

se frappent ensemble. Et quand

tu tournes, t'as pas le choix,

t'es habillé comme un pêcheur et

t'as autant du hareng qui vient

sur toi que sur la caméra.

Fait que c'est constamment...

T'as le mal de

mer des fois aussi, les odeurs,

c'est... Mais c'est un beau trip

d'adrénaline, les pêcheurs, eux,

c'est pour ça qu'il y en a qui

sont super passionnés de cette

pêche-là, parce que c'est un

gros rush, t'sais, eux ils vont

là, c'est la chasse au trésor,

et c'est une quête incroyable et

nous, en tournant, on vivait ça

avec eux et c'était...

C'était spécial, oui.


LINDA GODIN

Oui, là, je parle du

documentaire sur la pêche au

hareng, mais dans

Pirate, vous

tourniez aussi sur l'eau, vous

avez tourné souvent sur l'eau.

Est-ce que... Il y a des trucs

que tu as développés... Je sais

pas, pour prendre mieux le mal

de mer, prendre mieux la vague,

quand on tourne pour les

caméramans aussi...

C'est pas évident.


PATRICK GAUVIN

Non, c'est sûr que c'est pas

évident, mais t'sais, moi j'ai

grandi dans une région maritime,

et la mer, c'est une passion,

mais côté technique, c'est sûr

que tu t'habitues, au mouvement

des vagues. Des fois, j'ai quand

même le mal de mer. T'sais, on a

des patchs, des Gravol juste en

masse. Si j'en mets pas,

je risque d'être malade.

Surtout comme le sprint au

flétan, c'est une pêche de 10

heures, et il faut ramasser les

images dans cette journée-là, on

était cinq équipes de tournage

en mer en même temps sur

différents bateaux, et moi, dès

le matin, je suis tombé malade.

J'ai été malade toute

la journée, mais il fallait

quand même que je filme, mais

c'était assez difficile, mais

c'est un beau petit trip.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que tu... comme

réalisateur, qu'est-ce qui te

drive, qu'est-ce qui t'allume?

Qu'est-ce que tu veux faire?


PATRICK GAUVIN

Je suis un peu le genre à

toucher à tout. Et même en étant

ici, du début, j'ai fait de

la fiction, j'ai fait de

la variété, j'ai fait des

captations de spectacles pour

le Congrès et tout ça. On a fait

du documentaire. Si le projet

m'allume, je vais le faire à

100% et... Mais plus récemment,

c'est sûr que la série

sur la pêche qu'on va faire...

Des choses qui me touchent, qui

touchent ma région, qui parlent

de ma région, ça m'apporte

beaucoup, je trouve pour...

Ça me ramène dans mes racines,

aussi. Et je trouve que c'est

important. Ce que je veux faire,

c'est sûr qu'on a les vidéoclips

qu'on a des projets, plusieurs

vidéoclips qui s'en

viennent qui est une nouvelle...

C'est quelque chose qui se

faisait pas souvent en Acadie,

des vidéoclips pour des

artistes. Souvent, les artistes

vont les faire faire au Québec.


LINDA GODIN

OK.


PATRICK GAUVIN

On a des projets de vidéoclips

qui s'en viennent et on revient

aussi de la Louisiane,

pour tourner un vidéoclip

avec un bon ami, Raphaël Butler,

et ces projets-là,

t'as plus de liberté, tu fais

ce que tu as envie de faire,

ça, c'est sûr que...


LINDA GODIN

Plus créatif, aussi.


PATRICK GAUVIN

Oui, oui, oui.

Et c'est sûr que le vidéoclip,

là, on l'a fait... C'est un

roadtrip et c'est un voyage,

on l'a fait plus... On prend ce

qui vient et on tourne et on vit

le moment et ça a été vraiment

une super belle expérience.


On présente un extrait du vidéoclip de la chanson « Harley 1970 », de Raphaël Butler.


Début extrait vidéo


CHANTEUR

Elle efface tout

ce qui reste de toi ♪

♪ Il n’y a jamais rien

qui arrive pour rien ♪

♪ Welcome bonheur

dans les États ♪


Fin extrait vidéo


L'entrevue se poursuit à l'extérieur, sur un quai, à l'île Miscou.


LINDA GODIN

Patrick,

tu pratiques le paddle surf.

Qu'est-ce que c'est, ça?


PATRICK GAUVIN

Le paddle surf, ça s'appelle

aussi le stand up paddle. Il y a

toutes sortes de noms

pour ça, mais c'est vraiment

une planche qui a assez de

flottaison pour être debout

dessus avec une rame et tu peux

avancer. Mais tu peux aussi

prendre la vague quand tu as

des vagues assez fortes

pour pousser et les surfer.


LINDA GODIN

Mais c'est-tu très

populaire par ici?


PATRICK GAUVIN

Par ici, on est peut-être une

quatre-cinq qui en font dans les

vagues, mais il commence à y

avoir plus d'adeptes qui

en font sur l'eau plate.


LINDA GODIN

Est-ce que ça, tu peux le

pratiquer ça juste l'été?


PATRICK GAUVIN

Euh... Bien... Nous autres,

les meilleures conditions,

c'est vraiment à l'automne

et le printemps. Parce que tu as

des gros vents de tempête qui

amènent la vague ici et la

vague qui vient du nord-est

directement de Terre-Neuve.

Donc, on a la grosse livraison

de vagues qui rentre sur l'île,

et on se lance dans les vagues

et il faut vraiment regarder

la météo, c'est vraiment des

moments précis.


On présente des images de PATRICK GAUVIN qui fait du paddle surf.


PATRICK GAUVIN

Mais on peut

avoir de la vague, on a déjà

surfé du 10 pieds, du 10-12

pieds... Des belles vagues.


L'entrevue reprend à l'intérieur, chez PATRICK GAUVIN.


LINDA GODIN

Patrick, avant de revenir

habiter sur l'île Lamèque,

tu habitais sur une autre île,

l'île de Montréal, beaucoup

plus grosse, évidemment.

Qu'est-ce que tu faisais là-bas?


PATRICK GAUVIN

Montréal, j'ai commencé

par faire mon stage à

MusiquePlus, comme réalisateur,

en réalisation-montage, en fait.

Et j'avais fait mon stage

pendant un mois,

et par la suite, j'ai pogné

un emploi là à contrat sur

différents projets. J'ai fait

VJ Recherché, Colocs.tv,

plusieurs productions

pendant presque deux ans.

Ça a été vraiment une expérience

vraiment tripante, j'ai...

Et mon stage, comble de bonheur

pour moi, j'ai fait mon stage

avec S.P.A.M., l'émission que

j'écoutais quand j'étais jeune,

c'était un peu un rêve.


LINDA GODIN

C'était une émission

de sports extrêmes.


PATRICK GAUVIN

Oui, c'est ça.

C'est un peu un drôle de

concours de circonstances,

parce qu'à la fin de ma première

année, je suis descendu

par chez nous pour les vacances

d'été et j'ai rencontré

Éric Girard qui venait d'ouvrir

une école de kitesurf à Lamèque.

J'ai passé l'été à faire

des photos avec lui et on a fait

plusieurs publications dans

les magazines internationaux

et tout ça, c'était...

Moi, je tripais au bout.


LINDA GODIN

Mais surtout de la photo, pas

de la vidéo, à ce moment-là.

Pas de la télévision.


PATRICK GAUVIN

Oui, c'est ça. Et je fais de

la photo et des magazines avec

lui, mais j'ai quand même fait

un petit vidéo corporatif de son

entreprise pendant l'été.

Et il organisait une compétition

à l'automne. Moi, j'étais

supposé repartir au collège de

nouveau, mais il me dit: "Oui,

Pat, tu peux-tu être quand même

par ici, tu peux-tu manquer ta

première semaine de collège?

Parce que S.P.A.M. veulent

venir tourner la compétition,

mais ils pourront pas être

là les deux premiers jours.

Fait que je leur ai dit que tu

pourrais filmer pour eux autres

en attendait qu'ils arrivent."

J'étais comme... Euh... T'es-tu

sérieux? Je croyais pas à ça,

et j'étais comme... J'ai dit:

C'est sûr que je vais faire

ça. J'ai appelé mon prof

et il a dit: "Eille, pas de

problème. Reste là."


LINDA GODIN

Et là, à ce moment-là,

t'avais pas encore fait

ton stage à MusiquePlus--


PATRICK GAUVIN

Non, non.


LINDA GODIN

Non, c'est ça.

C'est venu après.


PATRICK GAUVIN

Oui. Fait que j'ai continué à

filmer avec eux autres, tout ça.

Et comme tout le temps, toute la

semaine, j'étais comme... Je me

dis: OK, il faut que je trouve

le moyen de leur demander mon

stage pour faire avec eux

autres, parce que j'avais mon

stage qui s'en venait et j'avais

pas encore de place et...

Fait que finalement, la dernière

soirée, quand tu pars, on prend

un petit verre et tout ça. Là,

c'est la productrice qui me dit:

"Oui, Pat, Éric m'a dit qu'il

faut que tu fasses un stage,

ça te tenterait-tu de le faire

avec nous autres?" Et j'ai fait

comme: Euh... Bien ça fait

depuis le début de la semaine

que je veux demander--


LINDA GODIN

Tu cherchais un

moyen de demander...


PATRICK GAUVIN

Je dis: Ce serait incroyable.

Elle dit: "Bien, si ça te tente,

on pourrait te faire réaliser

une émission. Et tu pourras

faire du montage." J'étais

comme: Non... Sérieux? Fait que

c'est ça. Ça fait que j'ai eu

mon stage là et même avant mon

stage, ils m'ont appelé trois

semaines avant. Il me dit: "Oui,

Pat, ça te dérangerait-tu de

faire une fin de semaine de

tournage avant ton stage?

Parce qu'il y a un événement à

Rimouski qu'on veut couvrir,

mais on n'a personne et

on pourrait t'envoyer réaliser

ça avec un caméraman de

MusiquePlus." Et j'étais comme:

Euh, bien là... Vous êtes

sérieux? Fait que là, j'ai pas

dormi pendant trois semaines

avant que cette date-là... Là,

je me préparais, j'essayais...

Là, j'ai vraiment fait

une préparation too much

pour essayer d'être...

Arriver là-bas et botcher ça,

t'sais. Ça a été vraiment

une expérience incroyable de

faire ce stage-là avec eux.

Et surtout, leur esprit qu'ils

ont, de liberté et de dire:

OK, petit cul, je vais te donner

une chance, scrappe-la pas,

mais ça, c'est un beau

cadeau, je pense, oui.


LINDA GODIN

Et donc, t'as travaillé à

MusiquePlus pendant

deux ans, c'est ça?


PATRICK GAUVIN

Oui, presque deux ans,

un an et demi, à peu près.


LINDA GODIN

Pourquoi avoir décidé de

revenir à l'île Lamèque?


PATRICK GAUVIN

Bien ça pareil, c'est un autre

moment qui a comme un peu

bouleversé un petit peu le

cours... Parce que j'avais

un emploi un peu de rêve que

je tripais et je me suis rendu

compte assez vite à vivre là

que j'étais plus un gars

de campagne, un gars de mer,

un gars de sport, c'est tout ça.

Je commençais à trouver

ça lourd un peu.

Mais entre mes projets, entre

mes contrats à MusiquePlus,

je faisais des reportages.

J'avais continué à faire des

publications de kitesurf dans

les magazines et dans un voyage

au Brésil, à un moment donné, on

est allé voir sur le bout d'une

pointe, une longue pointe dans

une petite baie, une chaîne de

récifs et il y avait une tour

qu'ils utilisaient pour faire

des photos à l'époque, quand il

y avait une course de régates.

En tout cas. Et on a décidé

d'aller voir si on pouvait...

Si c'était pas trop pourri et on

pouvait monter dessus. Et on a

marché et c'était super loin de

la côte. Et... quand on a décidé

de revenir, on pouvait plus

marcher sur la chaîne de récifs,

parce que la mer avait monté,

fait que mon ami du Brésil

a dit: "Ah, on va nager au

travers", t'sais. Et moi, s'il

le dit, ça devrait se faire.

Fait qu'on est parti, mais moi,

j'étais pas super bon nageur

et je me suis presque noyé.

Au milieu, j'ai perdu

presque connaissance,

c'est mon ami qui a reviré de

bord et ils m'ont mis sur un

bateau de pêcheur et j'étais

presque inconscient.

Et sur le coup, t'arrives dans

le village et les petits...

Le monde là sont comme: "Oh,

le Canada,

(Imitant le bruit de bulles)

glouglouglou!" C'est

comme la joke dans le village,

le Canadien qui s'est presque

noyé et... Fait que je prends ça

à la légère, mais quand je suis

revenu, quand j'ai pris l'avion

et je fais... presque 30 heures

de transferts et tout ça, et

t'es tout seul avec toi-même, et

t'es comme: OK, oui, j'aurais pu

revenir dans une boîte en carton

ou je sais pas trop

comment et c'est...

Je sais pas comment ça s'est

fait, mais juste naturellement,

je me suis dit: OK, il faudrait

peut-être que je retourne par

chez nous essayer de faire

ma propre affaire, ma propre

compagnie, et tout ça et

d'essayer pour voir, t'sais,

est-ce que ça peut marcher.

Deux mois après, j'étais revenu

ici, j'avais mon plan d'affaires

et j'ai parti ma

compagnie à Lamèque.


LINDA GODIN

Et donc, quand tu as décidé de

revenir ici, tu dis, toi,

tu t'es rendu compte que tu

voulais... T'aimais les

grands espaces, tout ça, même

à Montréal. Mais quand tu as

décidé de revenir ici, qu'est-ce

que tu cherchais qui était ici

et qu'est-ce que tu ne voulais

plus qu'il y avait ailleurs?


PATRICK GAUVIN

Bien, c'est sûr que moi, en

ayant grandi ici, t'sais, quand

tu vis dans une région, souvent,

tu te fais dire, il y a rien à

faire, on peut pas faire

ça ici, t'sais, il y a pas

d'opportunités, et moi, j'étais

en train de vivre mon rêve à

Montréal, j'étais à MusiquePlus,

j'étais réalisateur là.

Un des facteurs qui m'a

fait revenir aussi, et j'ai mis

ça dans mon plan d'affaires

aussi, c'était de faire des

appels avec les jeunes et

essayer de dire aux jeunes de la

place, t'sais, on peut

faire de quoi pareil.

Et c'est pas à cause d'une

petite place que tu peux pas

faire ce que tu as envie de

faire. Fait que ça, ça me

motivait beaucoup de revenir

pour essayer de le prouver à

moi-même, de le faire chez nous,

t'sais, parce que pour moi,

c'était pas possible, deux ans

auparavant, de faire

carrière ici tout ça.

Oui, il y a peut-être pas

beaucoup de choses, mais tout

est à faire, t'sais. Et il y a

tellement, les dernières

années, des restaurants qui

sont ouverts, des nouvelles

entreprises, beaucoup

de jeunes qui sont revenus et

il y a vraiment un mouvement qui

est en train de se faire vers ça

et de... Un retour aux sources,

si tu veux. C'est sûr

que c'est beaucoup ça aussi

qui m'a motivé à revenir.


LINDA GODIN

La mer est dans beaucoup

de tes productions. C'est-tu ton

sujet de prédilection, la

mer, les pêcheurs?


PATRICK GAUVIN

C'est sûr que ça... Oui, c'est

vrai que même dans mes photos,

dans les sports que je pratique,

dans les sujets, dans mon

écriture, la mer est toujours

là, t'sais. Et c'est sûr qu'elle

avait toujours été là avant

même ma presque noyade, mais

maintenant, je pense qu'elle a

encore une place plus importante

dans ma vie, parce qu'elle m'a

quand même permis de faire ce

que j'ai envie de faire, et de

vivre ce que je vis tout de

suite. C'est parce que si

j'avais pas vécu cette

expérience-là, je serais

peut-être encore à Montréal,

je serais malheureux dans mon

train-train de vie qui était pas

pour moi, t'sais. Fait que c'est

sûr que je lui dois beaucoup à

la mer, t'sais. Dans le fond,

c'est peut-être une façon sans

le savoir de lui

redonner, je sais pas.


L'entrevue se poursuit à l'extérieur, sur un quai, à l'île Miscou.


LINDA GODIN

Patrick, qu'est-ce que tu

fais dans tes temps libres?


PATRICK GAUVIN

Dans mes temps libres, je vais

pas mal jouer de la guitare avec

mes chums, tout ça. Et pas

mal de vélo aussi et du stand up

paddle, quand il y a de la vague

qui rentre sur les îles.


LINDA GODIN

Quel groupe de musique ou

quel artiste que

t'aimes présentement?


PATRICK GAUVIN

Il y a un de mes bons amis,

Pascal Lejeune, son nouveau

projet avec Thomé Young, que

j'écoute beaucoup, c'est

vraiment le fun. Et lui, il

réalise les albums d'autres

gens. C'est vraiment un artiste

que j'apprécie beaucoup.


LINDA GODIN

Sur ta liste de lecture

de musique, qu'est-ce qu'on

retrouve, qu'est-ce que

t'écoutes beaucoup?


PATRICK GAUVIN

Moi, j'écoute beaucoup

d'alternatif et dernièrement,

beaucoup de Raphaël Butler,

un autre ami qu'on a fait un

vidéoclip, et Sandra Le Couteur

une artiste d'ici, que je

découvre son album dernièrement,

qui est super bon.


LINDA GODIN

La plus grosse folie que tu as

faite, si ça se

raconte à la télé?


PATRICK GAUVIN

Hé...

Ma plus grosse folie. Bien, il y

en a plusieurs. J'ai déjà pris

une débarque en quatre-roues que

je suis pas un gars de machine

et je me suis fracturé l'os ici.

J'ai 12 vis dans la face. Et

j'ai pas touché de machine

depuis ce temps-là.


L'entrevue reprend à l'intérieur, dans la demeure de PATRICK GAUVIN.


LINDA GODIN

Patrick, ta boîte de

production, Bosco Médias,

qu'est-ce que ça

signifie pour toi?


PATRICK GAUVIN

C'est sûr que c'est une

aventure, en premier lieu.

C'est de faire des choses

que j'ai envie de faire

chez nous et d'essayer de

développer une industrie

dans la péninsule

cinématographique

et en production télé.

Et c'est de créer de l'emploi,

c'est sûr que c'est surtout ça,

d'essayer de faire travailler

des gens dans le domaine ici,

et s'épanouir là-dedans

et faire ce que j'ai envie de

faire, quand j'ai envie de faire

dans un cadre... Dans la mesure

du possible, t'sais. On a plein

de projets en développement.


LINDA GODIN

C'était-tu un rêve, ça, pour

toi d'avoir ta propre boîte de

production ou c'est un peu comme

les événements qui t'ont amené à

dire: "Je veux revenir à Lamèque

et pour continuer à faire ce que

je veux, il faut que je parte ma

boîte de production."

C'est-tu ça, ou...


PATRICK GAUVIN

C'est un mélange des deux, je

pense. Parce que j'ai toujours

eu la fibre entrepreneuriale,

mon père avait un garage,

une station-service. J'avais une

(Propos en français et en anglais)

petite machine à candy et

je vendais des candy.

Je ramassais les 25 cents et...

Mais c'est sûr que le fait de

revenir, ça a été à la fois

un rêve d'être propriétaire

d'une compagnie de production--


LINDA GODIN

Son propre patron.


PATRICK GAUVIN

Mais c'était aussi une

nécessité, parce que j'avais pas

vraiment de boîte. À l'époque,

il y a sept ans passés, j'étais

la seule boîte de production

dans le nord-est du

Nouveau-Brunswick et

peut-être le nord, je sais pas.

Fait que... Bien... Je dis

ça, il y avait quand même des

personnes qui faisaient plus

la télé un peu. Mais du corpo

et tout ça, ça existait pas.

Fait que c'était vraiment

une nécessité de le faire.

C'était vraiment de créer

son propre emploi, dans le

fond. J'avais pas le choix.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que ça

veut dire, Bosco?


PATRICK GAUVIN

Bosco, c'est un terme maritime

à l'époque de la vieille marine

française, un bosco, c'est celui

qui s'occupait de la maintenance

de l'équipement, mais aussi,

il était chef d'équipage sur le

bateau, et c'était aussi lui, un

autre terme, le bosco s'occupait

de la bosse, qui était lui

qui montait l'ancre devant le

bateau, qui jetait l'ancre.


LINDA GODIN

La bosse?


PATRICK GAUVIN

La bosse, oui.


LINDA GODIN

Ils appelaient ça

la bosse, l'ancre?


PATRICK GAUVIN

Oui, c'est un vieux terme

dans le vieux jargon, oui.


LINDA GODIN

Du vieux français, peut-être.


PATRICK GAUVIN

Oui, encore là,

c'est un terme maritime.


LINDA GODIN

Là, ça fait quelques années

que ta boîte de production

roule. T'es capable

d'en vivre, là?


PATRICK GAUVIN

Ah oui, oui, oui. Ça va super

bien, et j'ai un employé

à temps plein qui est

incroyable, qui fait la

gestion de projets et fait de

l'animation 3D aussi, tout ça,

et lui, c'est un autre rapatrié,

si on veut. Il a travaillé à

Québec pour Ubisoft, il a

travaillé pour des jeux comme

Assassins Creed, il a été lead

artist sur un paquet de jeux

vidéos internationaux et tout

ça. Et on embauche souvent

des gens à contrat aussi,

c'est sûr, ça continue à évoluer

dans ce sens-là. Mais aussi,

éventuellement, avec Productions

du Milieu, mais ça, c'est

produire, devenir aussi une

maison de production qui

pourrait produire des projets

pour des diffuseurs comme

Canal D, TV5, UNIS, TFO...


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui manque à ta

compagnie pour qu'elle se

développe davantage?


PATRICK GAUVIN

Ici, bien au

Nouveau-Brunswick, le plus gros

défi, c'est la main-d'oeuvre,

la main-d'oeuvre qualifiée dans

le domaine. Il y a certains

moments, il y a des projets

qu'on n'arrive pas à trouver des

gens qualifiés, parce que soit

qu'ils travaillent sur d'autres

projets ou que... Fait que

c'est surtout ça, le gros défi

au Nouveau-Brunswick, d'avoir

des gens que... Il y a beaucoup

de gens talentueux et on a des

collaborateurs qui sont super et

tout ça, mais souvent, c'est les

disponibilités, ces choses-là

qui sont plus difficiles.

Le marché comme tel est

inexploité, si tu veux, les

corpos, les publicités.

C'est sûr que, comme je dis,

il y a des nouveaux joueurs qui

sont arrivés dans l'industrie et

c'est parfait, parce que c'est

un petit peu ça la raison que

j'étais revenu aussi, t'sais,

d'essayer de développer cette

expertise-là. Et c'est aussi les

ressources, d'avoir les budgets

pour avoir de l'équipement

supplémentaire et des trucs

comme ça. On est toujours

plus limités dans ce sens-là.


LINDA GODIN

T'es souvent cité en exemple

pour parler des jeunes qui

reviennent dans la péninsule

acadienne, parce qu'il y a

beaucoup de jeunes qui quittent

ici pour s'en aller travailler

ailleurs, pas juste dans l'Ouest

canadien, mais beaucoup dans

l'Ouest canadien. Mais toi, t'es

souvent cité en exemple pour

montrer, justement, le retour

des jeunes dans la péninsule,

que l'emploi est possible ici,

mais toi, pour réussir, t'as dû

créer ton entreprise. C'est pas

tout le monde qui a le sens des

affaires. Jusqu'à quel point ça,

c'est possible, que toi, tu es

une exception chez les

jeunes, justement?


PATRICK GAUVIN

C'est une grosse question,

qu'est-ce que...

Bien, c'est sûr que moi, j'ai dû

faire ça pour pouvoir survivre,

si tu veux et de...

Mais... C'est sûr que...

des gens qui sont des emplois

plus peut-être spécialisés,

c'est peut-être plus difficile,

comme dans n'importe quelle

région, parce que la démographie

est moins grande, mais...

C'est sûr que je pense que

revenir, comme ça, en région,

c'est un peu se garrocher sans

filet et dire OK, j'espère que,

peut-être, plus bas, il va y

avoir un autre filet, parce que

c'est un risque à prendre.

Mais c'est un risque qui est

tellement plus, pour moi en tout

cas, de vivre ça ici, et de voir

qu'il y a d'autres jeunes qui

reviennent aussi, qui partent

des business, et que même

s'ils partent pas des business,

ils reviennent travailler ici,

et qu'ils s'épanouissent.

Parce qu'ils sont tellement

fiers d'être revenus et de vivre

dans un milieu qui est super

sain à vivre, que tu peux aller

pêcher le maquereau,

tu peux... Juste la joie

de vivre des gens ici,

et de te reconnaître dans

ton entourage et l'esprit

de communauté aussi est

extraordinaire, t'sais.

Fait que je pense que ça vaut

la chandelle, de peut-être, des

fois, si c'est plus difficile.


LINDA GODIN

De risquer, presque.


PATRICK GAUVIN

Oui, de risquer, mais t'sais,

de mettre de l'effort et des

fois, c'est pas évident.

Des périodes plus creuses,

c'est quand même un gros défi,

mais ça vaut le coup, là.


LINDA GODIN

Patrick Gauvin,

merci beaucoup.


PATRICK GAUVIN

Fait plaisir.


Générique de fermeture



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