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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Peggi Lepage: Model

Peggi Lepage is a model-turned-talent-scout.
So many young girls dream of it: wearing pretty clothes, travelling around the world, being on the cover of a magazine…
Many are called, but few are chosen. It is the reality of life as a model.
Peggi Lepage knows a thing or two about the industry. From Paris to Tokyo, this Franco-Ontarian has had a taste of the thrills of top modelling.
Today, she works as a talent scout and offers guidance to young girls who pursue the dream of making it in an industry where youth and looks reign supreme.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, PEGGI LEPAGE, recruteuse de mannequins, on montre des images de sa maison au décor baroque.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est le

rêve de plusieurs jeunes filles.

Porter de beaux vêtements,

voyager dans le monde entier,

faire la une des magazines de

mode. Beaucoup d'appelées, peu

d'élues, c'est la réalité

de la vie de mannequin.

Peggi Lepage en sait quelque

chose. De Paris à Tokyo, cette

Franco-ontarienne a goûté à la

vie trépidante d'un top modèle.

Aujourd'hui, elle guide les

jeunes filles qui caressent

ce même rêve, dans une industrie

qui se base sur la jeunesse

et la beauté physique.


PEGGI LEPAGE

(Citation tirée de l'entrevue)

Quand je

suis devenue mannequin, je

travaillais la nuit dans une

ancienne usine de coton à

Hamilton, parce que je voulais

plus aller à l'école. Alors,

c'était vraiment un cadeau

pour moi. C'est un peu comme

l'histoire de Cendrillon.


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de PEGGI LEPAGE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Peggi Lepage, bonjour.


PEGGI LEPAGE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Peggi, tu travailles tous

les jours avec de jeunes filles

qui veulent devenir mannequins.

Pourquoi une jeune fille

veut-elle devenir mannequin?


PEGGI LEPAGE

J'espère que c'est pour

découvrir le monde, rencontrer

des gens qui travaillent dans

les arts, des choses comme ça.

Peut-être aussi l'occasion

de gagner de l'argent pour

peut-être payer ses études

plus tard. Il y a de très bonnes

raisons pour vouloir devenir

mannequin, mais c'est sûr que

la raison la plus fréquente,

c'est parce que les filles

ont envie de voir de belles

images d'elles-mêmes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a de mauvaises

raisons pour devenir mannequin?


PEGGI LEPAGE

Oh, oui. Si on pense qu'on

va devenir millionnaire d'ici

à demain, ça ne marche pas comme

ça. À part ça, je ne pense pas.

Non, je ne pense pas. Moi,

je l'ai très bien vécu,

j'étais très fière d'avoir

été mannequin. Ça m'a donné des

occasions pour certaines choses

que j'aurais pas eues, parce que

je viens du Nord de l'Ontario

et voyager n'était pas quelque

chose de facile à faire,

alors ça m'a donné beaucoup

d'avantages à ce niveau-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je le disais tantôt, tu aides

des jeunes filles à devenir

mannequins. Quel est le rôle que

tu joues? Quand une jeune fille

se présente à toi et te dit:

"Je veux devenir mannequin."

Qu'est-ce que tu fais

à partir de ce moment-là?


PEGGI LEPAGE

La première chose que je fais,

c'est que je les prends en

"digitals"; je prends de petites

photos sous une lumière très

naturelle et je regarde bien

leur visage. Parce que souvent,

les filles sont très belles

en personne, mais ça ne...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça ne se traduit pas en photo.


PEGGI LEPAGE

Oui. Et puis si la fille a une

bonne symétrie et une très bonne

personnalité, parce que ça,

ça fait partie du fait d'être

photogénique, la personnalité,

j'organise pour elle des

prises de vue avec de

jeunes photographes.

Après ça, je rencontre le

photographe et j'organise. Les

filles doivent apprendre à être

mannequins. C'est pas quelque

chose... On n'est pas mannequin

juste parce qu'on est belle, on

est mannequin parce qu'on amène

quelque chose d'autre

à la table aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'on

amène à la table?


PEGGI LEPAGE

Une spontanéité. Une facilité

avec les gens, parce que quand

on commence à travailler, il va

y avoir un client là aussi.

Et puis l'idée n'est pas juste

d'être belle, l'idée, c'est de

vendre. Est-ce qu'on peut vendre

des produits pour

quelqu'un d'autre?

Et aussi, les jeunes filles

doivent avoir une confiance.


GISÈLE QUENNEVILLE

On entend souvent, toujours,

dire que pour être mannequin,

il faut être grande, il faut

être mince, il faut être comment

grande et comment mince?


PEGGI LEPAGE

Grande... En ce moment, j'ai

une fille qui mesure 6 pi 1 po,

alors grande, c'est grande.

Ça peut être très grande.

On doit regarder les marchés

internationaux. Alors, ici c'est

plutôt commercial et puis les

demandes sur les filles sont un

peu moindres, mais il y a moins

de compétition aussi. Arrivée à

Paris, t'as peut-être été la

plus belle fille à Toronto, mais

maintenant est-ce que tu es

aussi grande et aussi mince

que les filles qui arrivent

de la Russie, de Pologne,

de l'Espagne?

Alors, il y a beaucoup plus de

compétition et puis c'est vrai

que, surtout les gens qui

fabriquent les vêtements,

recherchent une certaine taille;

c'est grand et c'est plutôt

mince. C'est un peu moins

exigeant que ça l'a été il y

a une dizaine d'années. Je pense

que les filles...

(Propos en anglais et en français)

On a passé un

moment où les filles étaient

trop minces, pendant

le heroin chic.

Mais là, on voit beaucoup plus

de diversité. Moi, j'encourage

ça. Mais en même temps, si une

agence me demande des filles

et me donne un

template, les

filles doivent rentrer dans

cette petite boîte et puis

malheureusement, c'est pas

toujours facile pour les filles.

Je suis la première à l'avouer,

c'est pas toujours facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il faut qu'elles

soient jeunes.


PEGGI LEPAGE

Euh... Moi, j'ai été mannequin

jusqu'à l'âge de 43 ans, alors

je pense que si on commence

jeune et puis on garde ses

clients, on peut travailler très

longtemps. Et jeune, ça change,

vis-à-vis le pays. Au Canada,

c'est un peu moins jeune. C'est

vrai que dans d'autres pays, les

filles commencent plus jeunes.

Alors, au Canada, les filles

pouvaient aller à l'école et

commencer vers 17, 18 ans, pas

de problème. Des fois, il y a

des parents qui m'amènent des

filles beaucoup plus jeunes que

ça, parce que les filles, à 12,

13 ans, elles mesurent déjà 5 pi

11 po. Alors, il y a des gens

qui leur donnent des cartes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais à 12, 13 ans, est-ce

qu'une fille est prête

à devenir mannequin?


PEGGI LEPAGE

Non. Non, pas du tout. Mais si

elle veut faire de petites

choses localement...


GISÈLE QUENNEVILLE

On leur donne un petit goût

de ce que c'est, et puis...


PEGGI LEPAGE

Oui. Et puis, peut-être que

ça, ça va suffire et elles vont

continuer leur vie. Et peut-être

que d'autres vont se dire:

"Tiens, j'aime beaucoup et

je vais continuer comme ça

jusqu'à l'âge de 16, 17 ans."

Moi, je développe des filles

et il y a plein d'agences qui ne

veulent pas prendre des filles

plus jeunes que 16, 17 ans. Ils

vont me dire: "Non, tu la gardes

et quand elle est prête,

on est très intéressés."


GISÈLE QUENNEVILLE

Si la fille ne rentre pas dans

le moule, qu'est-ce

que tu lui dis?


PEGGI LEPAGE

T'es très belle. Va.

Sois belle et deviens médecin,

deviens maman, n'importe quoi.

C'est pas nécessaire d'être

mannequin juste parce qu'on est

belle. On n'est pas là pour

valider la beauté. Et on peut

être belle et faire plein

d'autres choses dans la vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, cette jeune fille

peut s'attendre à quoi

comme carrière?


PEGGI LEPAGE

Voyager, c'est sûr. Le voyage

est la plus facile des choses à

atteindre. Des fois, les filles

vont voyager une ou deux fois et

vont dire: "Tiens, c'était

pas pour moi. J'ai beaucoup

apprécié, mais je vais

recommencer mes études." Ou:

"Tiens, j'ai beaucoup aimé,

mais il y a d'autres choses dans

la mode qui m'intéressent plus."

Peut-être que pendant qu'elles

étaient dans un appartement de

mannequins, elles ont commencé

à prendre des photos des autres

filles et elles disent:

"Tiens, je préférerais être

photographe ou maquilleuse."

Elles choisissent d'autres

vocations similaires ou

dans le même créneau que...


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que la fille qui

est mannequin... Elle fait quoi,

elle fait des défilés, elle fait

des photos pour être dans des

magazines? C'est sûr que c'est

ce qu'on pense des mannequins.


PEGGI LEPAGE

Il y a différentes catégories.

Il y a des filles qui sont très

commerciales et elles peuvent

faire plus de catalogues.

Il y a des filles qui sont

très grandes et très minces,

et ces filles-là vont souvent

faire plus d'éditoriaux

et des défilés.

Et il y a des filles qui

sont très animées et elles ont

beaucoup de succès avec les pubs

télévisées. De temps en temps,

il y a une fille qui arrive à

faire un peu de tout. Ça, c'est

génial et c'est à ce moment-là

qu'on peut gagner plus d'argent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça prend,

dirais-tu, pour réussir

dans ce monde-là?


PEGGI LEPAGE

(Propos en français et en anglais)

Une jeune femme qui connaît

bien ses

limits and boundaries.

Une jeune femme qui a une

bonne personnalité et qui peut

s'exprimer. Parce que sinon, les

autres vont parler pour toi et

dans ces moments-là, les filles

peuvent être malheureuses.

Quelqu'un qui a envie de

voyager. Ça, c'est très

important, parce que comme on

l'a dit, il n'y a pas beaucoup

de travail ici, au Canada.

Alors, cette envie-là. Si une

fille est curieuse, intelligente

et, bon, c'est sûr,

si elle est grande...


GISÈLE QUENNEVILLE

Grande, mince et belle.


PEGGI LEPAGE

Grande, mince et belle,

ça aide beaucoup. Dans un

casting avec 100 autres filles

et ils vont en choisir que deux,

pourquoi ces deux-là?

Normalement, c'est là où

on voit que la personnalité

prend un grand rôle.


On présente des images du quartier Parkdale, de la ville de Toronto.


PEGGI LEPAGE

J'aime beaucoup Parkdale,

pour beaucoup de raisons. Ce que

j'aime avec Parkdale, c'est

que c'est un mélange de gens qui

sont là depuis 40-50 ans et ce

sont des gens colorés. C'est des

personnages, des artistes.

Il y a des maisons à Parkdale

qui ressemble à des maisons

de gingembre. Et puis ce sont de

super belles maisons. Il y a des

maisons très anciennes, et comme

il y a beaucoup d'artistes,

elles ont été refaites

d'une façon très respectueuse

de l'architecture originale.

(Propos en anglais et en français)

Je pense que Parkdale a été

fondée il y a des centaines

d'années maintenant,

peut-être 150 ans, par un

horticulturalist. Alors, il y

a beaucoup de cours, beaucoup

d'espaces verts et puis c'est un

quartier que j'aime beaucoup.



GISÈLE QUENNEVILLE

Peggi, toi, tu as été

mannequin pendant plusieurs

années. Qu'est-ce que tu as

fait comme mannequin,

quel genre de travail?


PEGGI LEPAGE

J'ai fait un peu de tout,

mais c'était une autre époque.

Il y avait beaucoup moins

de compétition dans

les années 80 et 90.

Du moment où les pays de l'Est

ont pu voyager, tout a changé

dans ce métier. Les filles

sont devenues plus grandes

et plus minces très rapidement.

Mais avant ça, les filles

étaient plus romantiques. On a

passé une phase où il y avait

beaucoup de boucles,

c'était vraiment différent.

À ce moment-là je faisais

un peu de catalogues,

un peu de défilés, les revues

aussi. C'était un petit mélange.

J'ai beaucoup travaillé au

Japon. Je pense que c'est parce

que mon grand-père était métis

et, pour les Japonais, j'ai

un petit quelque chose

qui leur fait penser que

peut-être que ma grand-mère

était Japonaise. Alors, j'ai eu

beaucoup de succès au Japon,

c'était super, j'ai beaucoup

aimé le Japon. Oui,

j'ai fait un peu de tout

et j'ai beaucoup voyagé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu as grandi à Sudbury et plus

tard à Hamilton. Alors,

comment est-ce que tu es

devenue mannequin?


PEGGI LEPAGE

À Hamilton, j'étais dans la

rue et puis une femme m'a donné

une carte. Elle m'a dit:

"Tiens, appelle cette personne,

tu pourrais être mannequin." Et

c'était un photographe qui a eu

beaucoup de succès, il travaille

encore, il habite à New York.

Et puis, il a pris des photos de

moi et m'a envoyée à une agence

qui s'appelait Judy Welch.

Et à l'époque, c'était "l'agent"

au Canada. Et puis c'est

Judy Welch qui m'a envoyée... la

première fois, c'était à Paris.

Et puis, oui... C'est comme

ça que j'ai commencé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que devenir mannequin,

c'était toujours quelque chose

que tu avais rêvé de faire?


PEGGI LEPAGE

Je pense qu'il y a beaucoup de

jeunes filles qui rêvent d'être

mannequins. Est-ce que je pensais

que c'était quelque chose que je

pouvais vraiment faire? Non,

probablement pas. Mais c'était

sûrement quelque chose que

j'avais envie de faire. J'étais

pas une fille populaire

à l'école.

J'aurais jamais osé dire:

"Tiens, je suis assez belle pour

être mannequin." C'est quelque

chose qui ne m'aurais jamais

passé les lèvres. Mais c'était

un vrai cadeau pour moi, parce

que ma mère était étudiante à

McMaster, à Hamilton, et puis

moi, j'avais beaucoup

de mal à l'école.

Je venais d'un village avec

3000 personnes et, d'un coup,

j'étais dans une école avec 3000

personnes et j'ai eu beaucoup de

mal à trouver ma place et à me

faire des amis. Alors, quand

quelqu'un m'a dit: "Tiens,

tu pourrais être mannequin."

j'étais très heureuse

de l'opportunité qui

était présentée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ta mère a réagi? Parce

que ta mère est une femme... De

par son parcours, ça doit être

une femme assez forte, une femme

qui est retournée aux études

pour devenir médecin.


PEGGI LEPAGE

Je pense qu'elle aussi était

très excitée par l'opportunité.

Il y avait quelque chose de

nouveau qui se présentait, parce

que, comme je le disais, j'avais

du mal à l'école. Elle était

très supportive, oui. Elle

trouvait que c'était une super

bonne idée. Je me souviens que

c'est elle qui m'a amenée à ma

première prise de vue. Et puis,

j'étais pas une jeune fille qui

avait trouvé sa voie. C'est

pourquoi j'encourage ça, avec

les jeunes filles, parce que

c'est comme ça que j'ai commencé

et puis je suis partie

trois, quatre mois

plus tard pour Paris.

Ça, c'était pas un grand

succès. J'étais pas...


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de Paris, justement.


PEGGI LEPAGE

J'étais pas un énorme succès.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'avais 18 ans, t'es partie

là-bas toute seule. Qu'est-ce

que t'as fait là,

comment t'as vécu ça?


PEGGI LEPAGE

Oui, je suis allée toute

seule. Une fois arrivée à Paris,

j'étais très fière de moi-même,

j'avais tout fait ça toute

seule. Et puis, oui... J'avais

une petite chambre de bonne dans

un appartement de quelqu'un qui

écrivait des pièces de théâtre,

mais j'étais très timide

et j'étais pas à l'aise dans son

appartement, alors j'utilisais

pas la cuisine très souvent. Et

j'ai commencé à manger dans les

boulangeries, alors... Dans

la troisième, quatrième semaine,

l'agence m'a dit: "Tiens,

tu as beaucoup grossi."


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a de bonnes

choses dans les boulangeries.


PEGGI LEPAGE

Il y a de très bonnes choses.

Et ma mère est venue à Paris

et elle m'a mise sur un régime

et puis... Je suis rentrée

à la maison et je me suis posé

des questions: Est-ce que c'est

vraiment quelque chose que j'ai

envie de faire? Peut-être que

c'est trop difficile, trop

compliqué, que ça me pousse

un peu trop à mes limites.

Et à ce moment-là, j'ai

rencontré un agent qui venait

du Japon et il m'a dit: "Viens

à Tokyo. Gagne de l'argent avant

que tu décides d'arrêter." Et

puis, pendant ces trois mois-là,

j'ai réalisé que c'était

vraiment une super bonne

opportunité pour moi et il n’y

avait rien d'autre qui me

plaisait autant que l'idée

de continuer d'être mannequin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, Tokyo... Si Paris

c'est différent, Tokyo c'est

un autre monde complètement.


PEGGI LEPAGE

Oui... Oui et non. C'est

organisé différemment. Il y a

des gens qui nous aident

avec les métros, il y a des gens

qui... Il y a quelqu'un qui nous

amène à nos castings. Ils

prennent plus soin des jeunes

filles parce qu'ils savent que

c'est un autre monde. C'était

très amusant d'être au Japon.

Paris, c'était plus: "On

est là pour travailler."


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel moment vous

êtes-vous dit: j’en ai assez?


PEGGI LEPAGE

Je suis rentrée au Canada en

2003 et puis j'étais prête

à arrêter, mais je ne savais pas

ce que j'allais faire, quelle

était la prochaine étape

de ma vie. Et...


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pourquoi étiez-vous

prête à vous arrêter?


PEGGI LEPAGE

Il y a plein de raisons, mais

je voulais faire autre chose.

Et puis, j'ai eu quelques

petits clients à Toronto

qui m'ont encouragé à continuer

à demi-temps et c'était parfait,

parce que j'ai pris aussi des

cours à Ryerson, j'ai commencé à

faire autre chose, mais c'était

plutôt dans l'année... 2006 ou

2007. Un des agents à Ford, qui

était mon agence à Toronto,

m'a dit:

(Propos en anglais et en français)

"Tiens, pourquoi tu

fais pas un peu de

scouting pour nous?" Et tous les

mercredis, l'agence est ouverte

pour les jeunes filles

du public pour venir pour

voir si elles ont le potentiel.

C'est le open call. Et c'est

moi qui faisait le

open call. Alors, entre le

scouting et le open call,

j'ai réalisé que je voulais

rester dans la mode et que je

voulais vraiment faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est difficile,

après avoir eu toute

une carrière, de ne plus

être devant la caméra?


PEGGI LEPAGE

Non, non. Ça ne m'a jamais

manqué. Même maintenant, il y

a de jeunes photographes qui

prennent des photos des jeunes

filles et ils me trouvent sur

Internet et: "Oh, t'étais

mannequin, est-ce que je peux te

prendre en photo?" Je dis:

(Propos en anglais)

"No, no, I don't want to."

Je vais pas être... Non. Je l'ai

bien vécu, je suis très fière

de ma carrière, mais je suis

très heureuse de ne plus être

mannequin. Je suis arrivée à un

point où je n'avais plus rien

à donner. Et même faire du

catalogue, ça ne me plaisait

plus du tout. J'étais

vraiment finie.



GISÈLE QUENNEVILLE

Si tu n'étais pas devenue

mannequin, t'aurais fait quoi?


PEGGI LEPAGE

Oh, je sais pas, parce

que, honnêtement, quand

je suis devenue mannequin,

je travaillais la nuit dans

une ancienne usine de coton

à Hamilton, parce que je ne

voulais plus aller à l'école.

Alors, c'était vraiment un

cadeau pour moi. C'est un peu

comme l'histoire de Cendrillon.

Je travaillais dans une usine.

Et puis... J'étais très

impressionnée par ma mère,

parce qu'elle m'a eue très jeune

et elle a recommencé ses études,

mais j'avais pas envie

d'être à l'école.

J'avais besoin de quelque chose.

L'occasion de voyager, d'être

mannequin, c'était vraiment

un cadeau pour moi.


FÉLICIA, une jeune mannequin, participe à une partie de l'entrevue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Felicia, toi, tu travailles

comme mannequin avec l'aide de

Peggi. Pourquoi as-tu

voulu être mannequin, toi?


FELICIA

Euh... Bonne question.

En vrai, j'ai commencé

au secondaire, en 11e année.

Et j'avais jamais vraiment pensé

être mannequin, mais quand

l'opportunité s'est présentée,

j'ai pensé: OK, ce serait une

bonne expérience et je vais

voir. Alors, je me suis assise

avec Peggi et elle m'a expliqué

un peu le processus, des codes

qu'il va falloir que je fasse

pour avoir des jobs et...

C'était une bonne expérience

pour rencontrer du bon monde

et j'aime beaucoup ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Peggi, je sais que toi, tu ne

dis pas oui à toutes les jeunes

filles qui viennent cogner

à ta porte. Pourquoi as-tu

dit oui à Felicia?


PEGGI LEPAGE

Ah, elle a les yeux qui

brillent, une peau incroyable.

C'est une belle fille, c'est une

belle jeune femme et puis elle a

une bonne personnalité. En fait,

pour moi, elle a tout ce qu'il

faut pour être mannequin et puis

elle peut faire un peu de

différentes choses. Elle peut

travailler... Elle a déjà fait

beaucoup de pubs télévisées,

elle peut faire plusieurs types

de pubs, elle peut faire des

choses commerciales, elle peut

faire un peu des éditos...

Elle peut faire des choses pour

les cheveux, les produits de

beauté. Elle est... Elle a

une bonne balance pour bien

travailler et puis, en plus,

pour travailler pour longtemps,

parce qu'elle est n'est pas

(Propos en anglais et en français)

une fille trendy, une fille

du moment. C'est une fille

qui est classique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est quelque

chose, Felicia, que tu veux

faire pendant longtemps?


FELICIA

J'aimerais faire ça le plus

possible. J'ai aussi des plans

d'aller à l'école... Bien,

je retourne à l'école au mois de

septembre, mais c'est toujours

quelque chose que j'ai eu sur le

côté. Cet été, je me suis plus

concentré sur ça, pour faire ça

à temps plein. Mais j'aimerais

continuer ça le plus possible.


La participation de FELICIA à l'entrevue est terminée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Peggi, la vie de mannequin

vue de l'extérieur, ça a l'air

extraordinaire: les voyages,

les beaux vêtements, les partys,

l'argent. Est-ce que ce qu'on

voit de loin, c'est comme ça que

ça se passe dans la vraie vie?


PEGGI LEPAGE

Non. Rien n'est jamais

comme ce qu'on imagine.

Mais c'est vrai qu'il y a des

tentations au niveau des partys.

Il y a plein de filles qui

travaillent très bien

qui sortent très peu,

il y a des filles qui sortent

jamais et il y a des filles qui

sortent trop. Et normalement,

les filles qui sortent trop,

c'est pas les filles qui

travaillent, parce que pour

les clients, on a besoin quand

même d'une fille qui est

fraîche le matin.

Le voyage, oui. Il y a beaucoup

de voyages, ça, c'est sûr. Les

vêtements... C'est pas donné,

hein. Quand c'est donné, c'est

donné au lieu de... Souvent, pas

toujours, mais c'est donné au

lieu du paiement. Comme: "Tiens,

viens faire mon défilé, on va te

donner une paire de pantalons

et une belle chemise."

C'est génial, surtout si on aime

les vêtements, mais ça ne paie

pas le loyer, alors...

C'est une carrière

qui paie bien plus

tard, pas au début.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelle est la relation qu'une

mannequin a avec son corps?


PEGGI LEPAGE

Ça, c'est comme n'importe

quelle femme et n'importe quel

corps: c'est toujours différent.

On me pose souvent cette

question, parce que je sais

qu'il y a un stéréotype que les

filles ne mangent pas, mais

souvent on choisit déjà une

fille qui a un bon métabolisme.

Dès le départ, elle est grande,

elle est mince. Des fois,

des filles grossissent un peu

parce qu'elles sont en voyage

et la maison leur manque

et elles mangent parce

qu'elles s'ennuient.

Des fois, ça arrive et ça,

ça peut être le début de quelque

chose qui peut être mauvais,

parce que les clients vont

mettre une pression sur elle et

elle est un peu déprimée, alors

elle mange... Ça, c'est où

les problèmes débutent.

Mais si on peut éviter ça, si on

peut préparer les filles et leur

expliquer: "Tiens, c'est un peu

comme si tu étais athlète. Si tu

étais boxeur, tu pourrais pas

rentrer dans le ring si t'étais

pas entre certains poids."

Alors, comment peut-on préparer?

Quels outils peut-on donner

pour faciliter ça?

Des fois, les filles viennent me

voir et c'est une question de

2 centimètres. Et puis je vais

leur dire: "Tiens, prends l'été

et fais des changements. Si tu

veux, je peux te donner des

numéros de téléphone pour des

gens qui peuvent t'aider." Mais

souvent, la fille va dire:

"Tiens, c'est génial. Je mange

plus de poutine, je ne mange

plus de frites, je bois pas

de bière et j'ai perdu le poids

et c'était génial."

Et d'autres filles n'arrivent

pas à le faire. C'est vraiment

individuel. Il y a des gens qui

perdent du poids facilement, il

y en a d'autres qui ont beaucoup

de mal à le faire. Si une fille

souffre avec ça, ça ne vaut

pas la peine. Je préfère

leur expliquer que 10 kilos

de plus, dans la vie, ça

ne change rien. Dans ce métier,

ça change beaucoup. Mais si

c'est quelque chose qui va te

tracasser la tête, ça ne

vaut pas la peine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, j'ai déjà vu

des documentaires où c'était

des jeunes mannequins qui se

droguaient, carrément, justement

pour soit maintenir le poids

ou pour affronter le travail

qu'elles avaient. Ça existe, ça?


PEGGI LEPAGE

C'est pas pour dire que ça

n'existe pas, mais quand les

gens font des documentaires, ils

cherchent toujours le pire des

cas pour démontrer ce qu'ils ont

envie de...

(Propos en anglais)

their agenda, to

the table. Moi, j'ai vécu avec

100 filles dans ma carrière de

mannequin. Moi, on m'a rarement

demandé de perdre du poids.

Rarement, parce que je faisais

un genre de travail où c'est pas

nécessaire d'être super maigre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a, au cours des dernières

années, des limites qui ont

été mises en place par

des gouvernements, par

des compagnies, carrément, qui

disent "bon, bien on ne veut

pas avoir une mannequin qui soit

en bas d'un tel poids ou en bas

d'un tel âge" par exemple.

Est-ce que tu penses que

c'est des choses qui marchent

ou est-ce que c'est des limites

qu'on se donne ou dont on parle

pour avoir bonne conscience?


PEGGI LEPAGE

Moi, je pense que c'est

important et c'est bien que ce

soit fait, absolument. Je pense

qu'il n'y a aucune raison pour

avoir une fille qui est trop

maigre en prise de vue.

Il n'y a aucune raison pour

avoir une fille de 15 ans sur

des prises de vue de catalogue,

sauf si elle est là avec un

parent. Et puis, si c'est

plusieurs jours de suite, s'il y

a quelqu'un là qui est sûr

qu'elle fait ses devoirs.

L'éducation est en premier,

toujours en premier.

Une fille ne peut pas avoir

de succès dans cette carrière-là

si elle n'a pas une discipline.

Et pour avoir cette discipline,

l'éducation est très importante.

Mais ça, c'est toujours organisé

dans des pays comme les

États-Unis, peut-être la France,

l'Angleterre. Mais dans les pays

où il y a beaucoup de jeunes

filles qui travaillent, comme en

ce moment la Chine, il y a plein

d'agences avec des centaines

de filles dans les agences...

La majorité de ces filles-là

viennent de la Russie et puis,

bon, comme je l'ai dit tantôt,

je ne suis pas là pour juger

comment les gens dans d'autres

pays, qui ont des situations

complètement différentes que nos

situations, comment ils font

ce qu'ils font... Mais des

règlements dans ces pays-là,

ça ne serait pas mal non plus.

J'ai des filles qui me disent

qu'elles travaillent tous les

jours de la semaine. Et quand je

me plains au téléphone avec les

agences: "Tiens, elle a besoin

d'un peu de repos." Ils disent:

"Oui, mais si elle ne veut pas

le faire, les autres filles vont

le faire. Les Canadiennes

sont toujours celles qui ne

veulent pas travailler."


GISÈLE QUENNEVILLE

Si tu avais une fille et elle

t'annonçait qu'elle voulait être

mannequin, comment tu réagirais?


PEGGI LEPAGE

Si je pensais qu'elle avait la

personnalité pour le faire, je

serais d'accord. Ça dépend de la

fille. Moi, je pense pas que

c'est un métier pour les filles,

comme je l'ai dit tantôt, qui ne

savent pas s'exprimer. C'est pas

une industrie pour les filles

qui sont super fragiles...

Mais quelle industrie est pour

quelqu'un qui est super fragile?

On met beaucoup de pression

sur la mode parce que c'est

très visible, mais on peut

être victime et travailler

au Shopper's Drug Mart aussi

facilement qu'on peut être

victime et être comédienne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quels seraient les conseils

que tu donnerais à ta fille

ou aux filles qui cherchent

à devenir mannequins?


PEGGI LEPAGE

Oui... Je ne sais pas comment

le dire en français, mais:

(Propos en anglais)

Don't put all your

eggs in one basket.


GISÈLE QUENNEVILLE

On ne met pas tous les oeufs

dans le même panier, carrément.


PEGGI LEPAGE

Sois sûre d'être bien

équilibrée dans la vie.

Occupe-toi de t'éduquer aussi,

lis le journal, des bouquins.

Mange pour la santé. C'est pas

pour tout le monde.

Ça, c'est sûr.


GISÈLE QUENNEVILLE

Peggi Lepage, merci beaucoup.


PEGGI LEPAGE

Merci à toi.


Générique de fermeture



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