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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Michel Deschênes: Drummer

Michel Deschênes is a percussions ambassador in New Brunswick.
Drums, djembe, marimba, triangle, timbales, vibraphone… Michel Deschênes knows all those percussion instruments very well, and they`re part of this Moncton University professor’s daily life. Moncton University is the only French-language university in New Brunswick.
Percussions are Michel Deschênes`s passion, and he`s largely responsible for making them better known in New Brunswick.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT


Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, on montre des images de l'Université de Moncton et on présente différents instruments de percussion dont joue MICHEL DESCHÊNES.


LINDA GODIN

L'université

de Moncton est la seule

université de langue française

au Nouveau-Brunswick.

Avec ses trois campus, dont

le principal à Moncton, elle

accueille près de 5000 étudiants

par année, dont une soixantaine

dans le programme de musique.

Djembé, marimba, triangle,

timbales, vibraphone, tous

des instruments de percussion

que Michel Deschênes

connaît très bien.

Ça fait partie du quotidien

de ce professeur de musique à

l'université de Moncton. Les

percussions, c'est son dada,

sa passion. Si elles sont

de plus en plus connues

au Nouveau-Brunswick,

c'est beaucoup grâce à lui.

Il est aussi en partie

responsable de la hausse des

inscriptions dans le programme

de percussions à l'université.

On pourrait le nommer

ambassadeur des percussions au

Nouveau-Brunswick et

personne ne critiquerait.


L'entrevue suivante se déroule dans un local de musique de l'Université de Moncton.


LINDA GODIN

Michel Deschênes, bonjour.


MICHEL DESCHÊNES

Bonjour.


LINDA GODIN

Quand on dit percussion, pour

vous, qu'est-ce que ça

veut dire immédiatement.


MICHEL DESCHÊNES

Immédiatement, ça veut dire

n'importe quoi que l'on frappe,

que l'on frotte ou que l'on

secoue. Donc ça, ce sont les

trois façons de jouer

des percussions.

Et c'est ça, immédiatement,

qui me vient en tête.


LINDA GODIN

Est-ce que les percussions

sont un peu comme les enfants

mal-aimés de la musique?


MICHEL DESCHÊNES

Oui, mais de moins en moins.

On dirait, depuis les derniers

15, 20 ans, les percussions

prennent de l'ampleur et tout le

monde commence à prendre ça plus

au sérieux. Avant ça, c'était un

peu regardé comme: "Ah, les

percussionnistes, ils tapochent

sur n'importe quoi." Maintenant,

on est devenus partie de la

famille vraiment sérieuse,

les instruments sérieux.

Et ça, c'est grâce un peu

aux instruments qu'on a choisis,

aussi. Les instruments comme

le marimba, comme le vibraphone,

c'est des instruments des fois

qui nous permettent de jouer

plus doux, parce que beaucoup de

gens croient que les percussions

ne sont que du bing, bang.

Mais ça va bien plus loin que

ça. Ça peut être un instrument

qui joue avec une sensibilité et

des nuances très douces. Ça n'a

pas toujours besoin d'être fort.


MICHEL DESCHÊNES joue une pièce au vibraphone.


LINDA GODIN

Et ça, c'est

quelque chose que vous essayez

depuis longtemps de faire,

c'est-à-dire de démystifier,

si je puis dire, que les

percussions, c'est juste du gros

bang, bang, boum, et c'est juste

de la batterie, essentiellement.


MICHEL DESCHÊNES

C'est ça.


LINDA GODIN

Est-ce que vous réussissez?


MICHEL DESCHÊNES

J'espère que oui. J'essaie

vraiment de faire connaître cet

aspect-là des percussions à

travers le public, mais il faut

dire que, des fois, on n'a pas

toute l'écoute qu'on aimerait

avoir; on n'a pas

l'exposure à

travers le public en général,

donc il faut constamment essayer

de faire connaître notre

instrument et l'amener

toujours un peu plus loin.

Mais c'est une de mes passions,

de faire connaître la beauté

de ces instruments-là et les

différentes richesses que

ces instruments apportent.


LINDA GODIN

La réputation des percussions

en tant qu'enfant pauvre de la

musique, est-ce que l'origine de

ça, de cette réputation-là,

c'est parce qu'on peut faire une

percussion avec à peu près

n'importe quoi? Est-ce que c'est

un peu ça, c'est l'instrument de

musique des pauvres? Est-ce

que c'est ce qui a mené à ça?


MICHEL DESCHÊNES

C'est un peu ça, oui. Il faut

dire qu'au début du siècle, il y

a des compositeurs qui ont

commencé à utiliser des

instruments inusités, comme

des tambours à freins, qu'on

retrouve sur les automobiles.

(Propos en français et en anglais)

On appelle ça des

break drums

d'automobiles. Bien ça, c'est

devenu... Avec de grands

compositeurs comme John Cage et

Henry Cowell et des compositeurs

des États-Unis ont commencé

à expérimenter avec ces

instruments-là, qui n'étaient

pas du tout des instruments au

début,

(Propos en français et en anglais)

c'était vraiment des

instruments de pauvres et

c'était des instruments qu'on

retrouvait dans

des junk yards.

Et petit à petit, ça a été

incorporé aux instruments de

percussion et c'est devenu

maintenant un instrument qui

fait partie de la famille

des percussions. Maintenant, les

percussions prennent de plus

en plus une place primordiale et

beaucoup d'instruments peuvent

être entendus par

eux-mêmes, en solo.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y a beaucoup de

pièces pour les

percussions ou pas?


MICHEL DESCHÊNES

De plus en plus. Le répertoire

augmente d'année en année, c'est

incroyable. Et là, maintenant

avec la technologie, avec

YouTube et tout ça, on voit des

choses de partout à travers

la planète, ça nous permet

d'enrichir vraiment

le répertoire.


LINDA GODIN

De quelle façon?


MICHEL DESCHÊNES

Eh bien, c'est qu'on voit plus

et on entend plus. Avant ça...

Quand j'ai fait mes études, on

n'entendait pas les oeuvres

qu'on jouait. On les lisait à

partir d'une feuille de musique,

mais on ne savait pas comment ça

allait sonner au

bout de la ligne.

Il y a une certaine beauté avec

ça, par exemple; ça demandait

beaucoup d'imagination, de

créativité. Maintenant, tout est

donné sur un plateau d'argent,

parce que tu peux aller

l'écouter, la pièce, et dire: Ah

oui, c'est comme ça qu'il faut

que ça sonne. OK, là, je vais

aller la jouer

comme je l'ai vue.

Je m'aperçois que ça change

aussi mes étudiants. Dans

l'enseignement que je fais, eux

autres viennent me voir dans les

leçons, ici, et ils disent: "Ah,

Michel, je veux jouer ça, j'ai

vu ça sur YouTube. Regarde ça."

Et là, ils me montrent ça et là,

je dis: "Ah oui, c'est beau."

Souvent, je vais dire:

"Oui, bravo, essaie ça."

Ce qui fait que le

répertoire augmente et...

Le niveau augmente aussi. Le

niveau des étudiants, parce

que les pièces sont souvent plus

difficiles. Mais le fait qu'ils

aiment ça et qu'ils ont vu ça

sur YouTube et qu'ils ont dit:

"J'aime ça, j'aime ça." On

dirait qu'ils mettent

plus de temps, aussi.


LINDA GODIN

Comment les percussions

sont-elles entrées

dans votre vie?


MICHEL DESCHÊNES

Wow. C'est vraiment inusité

la façon que c'est rentré.

Au début, j'étais beaucoup dans

les sports. Je jouais beaucoup

au hockey et je trouvais ça

violent, le hockey, et je me

suis dit: Il faut que je

me trouve un sport qui est moins

violent. Et là, j'ai trouvé la

musique. C'est pas vraiment un

sport, mais il faut dire qu'on

mon père déménageait souvent,

parce qu'il était gérant de

banque et qu'il était transféré

souvent d'une ville à l'autre.

Et on a été transférés

d'Edmundston à Moncton.

Et Moncton, j'avais juste 12 ans

et j'allais à l'école et j'étais

exclu des gangs, parce que je ne

pouvais pas parler en anglais.

C'était pas cool, ne pas pouvoir

parler en anglais, alors je m'en

allais à la maison et

j'écoutais de la musique.

De là est venu le goût de la

musique et je commençais à

écouter de la musique. Mon père

m'a demandé: "Qu'est-ce que

tu voudrais avoir pour ta fête?"

J'ai dit: "Une batterie."

Là, j'ai commencé à jouer de la

batterie dans la cave, juste

pour le fun. J'avais 12 ans.

J'ai rencontré des amis. Là, mon

père a été retransféré à

Edmundston et là, j'avais des

amis là-bas qui jouaient de la

musique et j'ai commencé à jouer

dans des bands de rock, jusqu'à

ce que j'arrive en 12e année

et j'ai vu un groupe

qui s'appelait Répercussion.

Ils venaient du Québec.

Eux autres, ils jouaient avec

des percussions que je ne

connaissais pas, parce que pour

moi, jusqu'à cette époque-là,

les percussions se limitaient à

la batterie. Mais ensuite, quand

j'ai vu Répercussion, j'ai vu

les xylophones, les vibraphones,

les marimbas, les timbales.

Les yeux m'ont allumé et j'ai

dit: "Wow, il faut que

j'aille étudier là-dedans."

Suite à ça, je suis venu

m'inscrire au département de

musique et...

(Propos en anglais)

The rest is history.


LINDA GODIN

Wow...

Mais votre père n'était pas

d'accord avec ça,

hein? Pourquoi?


MICHEL DESCHÊNES

Non, non. Eh bien, parce que

lui, il était gérant de banque

et il voulait que je fasse un

métier qui ramène de l'argent.

Et c'était pas évident d'être

musicien. Il disait: "Tu ne

feras pas ta vie là-dedans,

ça ne te rapportera pas

assez d'argent,

alors choisis un autre métier."

Mais non, j'ai continué, j'ai

persévéré et je pense que c'est

ça, la clé: la persévérance.

J'ai fait mon baccalauréat en

musique, ici. Ensuite, je suis

allé à McGill étudier à la

maîtrise et je suis content de

ne pas l'avoir écouté, parce que

maintenant, je fais la carrière

de mes rêves et je vis une vie

extraordinaire et j'ai des

étudiants magnifiques,

ça me garde très motivé.

Je fais beaucoup de spectacles,

je joue avec beaucoup

d'ensembles différents, des

trios de musique et puis toutes

sortes de musique de chambre.

Donc, je suis content de ne

pas avoir écouté ses conseils.


LINDA GODIN

Vous dites que vous jouez

beaucoup de musique moderne,

c'est ce que vous préférez.

Expliquez-moi ce que vous voulez

dire quand vous parlez

du mythe d'Édith Butler.


MICHEL DESCHÊNES

Ah ça, c'est... En Acadie, on

est vraiment souvent confrontés

à de la musique traditionnelle

acadienne. On vit dans un monde

de musique traditionnelle

acadienne et c'est difficile de

s'en sortir. Et c'est un peu ça

que je voulais dire à propos du

mythe d'Édith Butler: de ne

pas toujours être

pris dans le passé.

Je trouve que le rôle d'un

artiste est de faire évoluer

le peuple et ce n'est pas

en restant dans la musique

traditionnelle qu'on peut

faire évoluer le peuple. Ça a sa

place, comme la musique pop a sa

place, comme la musique country

a sa place. Mais je trouve

souvent que ces formes d'art là

prennent trop de place et on n'a

pas assez de place pour nous

autres, la musique

moderne contemporaine.

Alors, si la radio commençait

à faire jouer plus de musique

moderne, je suis sûr que

le public embarquerait. C'est un

peu mon rôle dans la vie,

d'essayer de faire connaître

cette musique-là et de

constamment... Mais on se débat

dans l'eau bénite... C'est pas

évident. Il ne faut pas se

décourager, mais des

fois, c'est difficile.


L'entrevue se poursuit devant un marimba.


LINDA GODIN

M. Deschênes, j'aimerais que

vous nous donniez un mini

cours de percussions.


MICHEL DESCHÊNES

Certainement, Linda. C'est

assez facile. L'instrument

devant nous s'appelle le marimba

et la première chose qu'il faut

apprendre, c'est comment

tenir les baguettes.


LINDA GODIN

D'accord.


LINDA GODIN tient les baguettes comme le lui indique MICHEL DESCHÊNES.


MICHEL DESCHÊNES

Donc, on commence à deux

baguettes et on prend les

baguettes comme ceci, de

la façon la plus naturelle

possible, et on garde les paumes

des mains parallèles au sol.

L'index autour du bâton, comme

ça. C'est ça. Paume des mains

parallèles au sol. Il faut

commencer par la base: il faut

apprendre les gammes, les

arpèges. Ça dépend juste--


LINDA GODIN

Mais dans l'ensemble des

instruments de percussion, si je

puis dire, est-ce que c'en

est un des plus difficiles?


MICHEL DESCHÊNES

C'en est un des plus

difficiles, parce qu'on doit

apprendre à jouer à quatre

baguettes, c'est-à-dire deux

baguettes dans chaque main. Mais

là, on va essayer quelque chose;

toi à deux baguettes, moi

à quatre baguettes. OK?


LINDA GODIN

D'accord. En haut, toujours?


MICHEL DESCHÊNES

C'est parti. Un,

deux, trois, quatre.


LINDA GODIN et MICHEL DESCHÊNES jouent une pièce ensemble.


L'entrevue se poursuit dans le local de musique.


LINDA GODIN

M. Deschênes, on est entourés

d'instruments de musique, de

percussions; vous

en jouez combien?


MICHEL DESCHÊNES

Wow... Il y en a encore qu'il

me reste à apprendre, parce que

dernièrement j'ai commencé

un groupe de musique

avec un monsieur de l'Iran qui

est venu s'installer à Moncton.

Et on a commencé à jouer

de la musique iranienne. Eh bien

là, j'ai appris que

je ne savais rien.

Et on dirait que c'est quand tu

t'aperçois que tu ne sais rien

que t'es prêt pour apprendre,

parce que c'était tout un

autre monde. Premièrement, la

structure de leur musique n'est

pas du tout comme la nôtre. Les

gammes ne sont pas comme

nous autres. Les instruments non

plus. Ça, ça m'a remis à zéro.

Souvent, constamment, je suis

remis à zéro, parce qu'il y en a

beaucoup des instruments

de percussion.

Et je suis venu un peu à la

conclusion que je ne serais

jamais un virtuose d'aucun de

ces instruments-là. Moi, le fait

que je touche un peu à tout,

je me débrouille sur tous les

instruments, mais je ne suis

pas un virtuose de rien.


LINDA GODIN

Comment ça se passe un cours

de percussions avec vous?


MICHEL DESCHÊNES

Ça se passe dans le plaisir.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous

faites avec vos étudiants?


MICHEL DESCHÊNES

On commence souvent par la

caisse claire. On apprend à

jouer les rudiments, on apprend

comment tenir les baguettes

et on commence avec la caisse

claire. On a des rudiments qu'il

faut apprendre et on fait

de la lecture sur caisse claire.

Ensuite de ça, j'enseigne aussi

la batterie: apprendre tous les

rythmes de différents pays,

surtout des rythmes

d'Amérique du Sud.

Donc, des bossas-novas, des

cha chas, rumbas, des sambas; il

faut apprendre à jouer

tous ces rythmes-là.


LINDA GODIN

Et vous, vous jouer souvent

avec eux, semble-t-il.


MICHEL DESCHÊNES

Absolument, oui.


LINDA GODIN

Alors que... Ce n'est pas

vraiment une obligation.


MICHEL DESCHÊNES

Non, ça ne fait pas partie

vraiment de mes tâches, mais

moi, ça me garde en forme.

Et les étudiants aiment ça.

C'est quasiment plus le fun

de monter la pièce que de la

présenter. La présenter

live, c'est stressant.


LINDA GODIN

C'est quoi votre objectif en

enseignement? Qu'est-ce

que vous tenez à faire?


MICHEL DESCHÊNES

C'est de partager ma passion

des percussions. C'est de

partager l'amour du métier et

aussi, partager le fait que

c'est un langage, la musique.

C'est comme... Une histoire.

On amène les gens dans une

histoire, dans le genre de

voyage. Et c'est ce que j'essaie

de partager avec mes étudiants:

de toujours avoir une intention

derrière ce qu'ils jouent.

D'avoir une intention

spécifique.

Si c'est un voyage sur le bord

de la mer, il faut que d'après

les notes que l'on joue,

qu'on réussisse à...

transférer cette

émotion-là au public.


LINDA GODIN

J'imagine que ça arrive que

vos étudiants surpassent

le professeur.


MICHEL DESCHÊNES

Oui. Absolument. Et c'est

mon but, c'est vraiment mon but.

C'est un très bon point, ce

que tu amènes là. Mon but, c'est

qu'ils surpassent le prof et

c'est arrivé. Ce que je leur

dis, à mes étudiants, c'est:

"Mon but, c'est que tu me

surpasses, que tu joues mieux

que moi et que je

devienne inutile à toi."


LINDA GODIN

À un moment donné.


MICHEL DESCHÊNES

Oui. Que je ne sois plus utile

du tout, que tu puisses te

débrouiller par toi-même, plus

besoin de professeur. J'essaie

de ne pas leur mettre trop de

contraintes et d'essayer de le

faire comprendre qu'ils peuvent

me surpasser et que je

ne serai pas fâché.


LINDA GODIN

Vous dites que les étudiants

qui arrivent ici en musique, en

percussions, sont de très

haute qualité. Et pourtant,

l'enseignement de la musique, au

niveau des écoles et même dans

les cours privés, il n'y

en a pas tant que ça au

Nouveau-Brunswick,

c'est une lacune, ça.


MICHEL DESCHÊNES

C'est une lacune,

effectivement. On joue

constamment du rattrapage.

On fait du rattrapage

constamment, parce que

la musique, au niveau du

primaire, même du secondaire,

est vue un peu comme une

récréation et c'est simplement

une fois par semaine, ça ne va

pas très en détail et il n'y

a pas beaucoup de professeurs

d'instruments principaux,

de professeurs privés.

Il faut dire qu'il y a des

régions très éloignées, souvent.

Il y a des régions qui sont très

éloignées l'une de l'autre et on

n'a pas un centre comme Montréal

ou quelque chose de même où

toutes les connaissances peuvent

être trouvées. Alors, ici...

Mais ça s'améliore. Je vois

une distinction, je vois une

différence dans les dernières

années. Beaucoup d'étudiants

arrivent plus préparés qu'avant,

parce qu'ils prennent des cours.

Et à l'école, il y a des

professeurs qui s'en viennent

de plus en plus expérimentés

et les étudiants nous arrivent

de plus en plus prêts.


LINDA GODIN

Et c'est aussi une des raisons

pour lesquelles il y

a l'école de préparation.


MICHEL DESCHÊNES

Oui et il y a une année

préparatoire, aussi. Si moi je

n'avais pas eu ça, je n'aurais

jamais fait le métier que je

fais présentement, parce que

quand je suis arrivé ici, je ne

savais pas ce qu'était

une clé de sol.

C'est intéressant, parce que

certains des étudiants qui ont

gradué sous ma tutelle sont

maintenant des professeurs

dans les écoles. Alors, eux, ils

peuvent enseigner ce qu'ils ont

appris de moi et ils enseignent

en privé, ce qui fait que les

étudiants arrivent et ils savent

déjà jouer du vibraphone. Il y

en a qui arrivent et ils

savent déjà jouer du marimba.


MICHEL DESCHÊNES et un étudiant jouent une pièce au marimba et au vibraphone.


LINDA GODIN

M. Deschênes, vous faites

partie de beaucoup de groupes de

musique. Vous avez fait partie

et vous faites encore partie de

beaucoup de groupes de musique.

Présentement, il y en

a combien, à peu près?


MICHEL DESCHÊNES

J'essaie de me limiter à deux,

parce que j'ai l'ensemble

de percussions aussi

au département,

ce qui compte comme le troisième

et je dirige aussi un ensemble

de samba brésilienne, ce qui

fait quatre. Et j'ai beaucoup de

projets où j'accompagne mes

étudiants, donc il faut

constamment que je monte du

répertoire. Donc, souvent, des

musiciens font appel à mes

services pour

différents agencements.

Donc, différents agencements

de musique de chambre.

Pendant longtemps, j'ai eu un

ensemble de percussions

qui s'appelait Et+Ké2.


LINDA GODIN

Oui, et qui est

devenu Amérythme.


MICHEL DESCHÊNES

Exactement.


LINDA GODIN

Ça, vous avez roulé votre

bosse longtemps, là. Quoi, une

dizaine d'années, deux albums,

plein de spectacles, des

tournées, enfin...


MICHEL DESCHÊNES

Une dizaine d'années, oui.

Plein de spectacles. Ça, ça

m'a permis vraiment de mettre en

évidence les percussions, parce

que c'était un quatuor de

percussions, donc c'était

juste des percussions sur scène.

Marimba, xylophone, vibraphone,

timbales, caisse claire,

batterie, percussions d'Amérique

du Sud, conga, bongo,

djembé aussi--


LINDA GODIN

Donc, différents styles.


MICHEL DESCHÊNES

Oui. On partait d'un style

classique où on jouait des

fugues de Bach, à aller jusqu'à

du Scott Joplin, du ragtime,

à aller jusqu'à de la musique

africaine aussi. J'adore la

musique africaine, les djembés

africains. Mais cet ensemble de

percussions là a vraiment fait

beaucoup de chemin. On parfait

sur la route avec un gros camion

qu'on appelle une tonne, avec

une rampe, plein d'équipement

là-dedans, et une van pour

les autres musiciens et on

parcourait surtout le Québec.

Parce qu'il faut dire qu'au

Nouveau-Brunswick, c'est

restreint un peu les endroits à

jouer. Une fois que t'as

joué à deux trois places au

Nouveau-Brunswick, il n'y a plus

grand place. Les grandes salles

sont rares. Tandis que t'arrives

au Québec et là, tu fais dans

les millions de possibilités,

t'as des millions de personnes.

Beaucoup de possibilités de

salles de spectacles, alors j'ai

tout fait au Québec et même, on

allait en Ontario aussi. Donc,

j'ai adoré ces dix

ans-là avec Amérythme.


On présente un extrait d'un spectacle du groupe Amérythme.


LINDA GODIN

Pourquoi, après dix ans, avoir

quitté Amérythme, alors que

ça avait beaucoup de succès?


MICHEL DESCHÊNES

Ça avait trop de succès,

un peu, parce qu'on était en

demande et moi, j'avais une

job au département de musique.

J'enseignais les percussions--


LINDA GODIN

En même temps?


MICHEL DESCHÊNES

En même temps. Et là, ça

devenant problématique, parce

que j'étais parti souvent.

Et là, d'essayer de juxtaposer

les deux, c'était pas évident.

J'essayais de faire les deux et

de revenir à Moncton entre les

spectacles, mais c'était devenu

difficile et ça s'en

venait très en demande.

Et à un moment donné, mon gérant

m'a approché et il a dit: "Là,

Michel, il faut que tu prennes

une décision. Soit tu continues

avec nous autres, Amérythme,

ou tu continues avec ta

job à l'université."

Alors là, j'ai décidé de lâcher

ça. Premièrement aussi parce que

j'étais en amour, je le suis

encore beaucoup aussi. Si

j'avais été seul dans ma vie et

que je n'avais pas eu une femme

avec moi, j'aurais peut-être

dit:

(Propos en français et en anglais)

"OK, je lâche

l'enseignement, j'y vais

all the way." Ça, ça a été un

point qui a fait que j'ai

décidé de garder mon emploi

à l'université et de

mettre Amérythme de côté.

L'autre chose était que ça ne

payait pas beaucoup. On faisait

pas gros d'argent à jouer. Et ça

devenait très étourdissant

de changer de ville constamment,

avec tout l'équipement et tout

ça. C'était vraiment une très

grosse job et je trouvais que

c'était pas assez gratifiant, au

bout de tout ça. Malgré que je

sentais qu'on touchait beaucoup

de monde. Et ma passion et

ma mission dans la vie s'en

venaient plus claires: de faire

connaître les instruments et

de faire connaître l'aspect

plus sensuel des percussions.

On jouait des pièces de Chopin

au marimba, très douces, pour

démystifier encore le faire que

les percussions, c'est toujours

fort. Ça fait que... J'ai dû

prendre une décision, de lâcher

l'ensemble ou, au moins, de

mettre ça de côté un peu. On

a quand même vécu de belles

expériences en tournée

avec Amérythme.

Même, il y a une année où on

a fait une tournée avec Jean

Leloup, Yusu Ndure, c'était

une tournée de francophonie

canadienne où on a joué sur

les plus grandes scènes.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qu'est

devenu Amérythme?


MICHEL DESCHÊNES

Ça a tombé à l'eau.


LINDA GODIN

Après que vous ayez quitté...

Un des quatre membres,

c'est beaucoup.


MICHEL DESCHÊNES

Oui. Et on a décidé de mettre

ça de côté, parce que j'étais

trop pressé. Et le fait que

j'avais de plus en plus

d'étudiants ici, au département,

ça demandait de plus en plus de

mon temps, alors on

a mis ça de côté.

Et on s'est dit: "Ah, un jour,

on reviendra ensemble pour faire

un spectacle." Mais ça ne

s'est pas produit encore.


LINDA GODIN

Mais si Amérythme avait

été plus payant, est-ce que vous

seriez resté? Est-ce que c'est

une déception dans votre vie?


MICHEL DESCHÊNES

Oui, j'aurais aimé ça que ça

fonctionne. Il y aurait eu moyen

peut-être de garder les deux et

de ralentir un peu le pas avec

Amérythme et tout ça, mais... Il

faut dire qu'on avait fait un

peu le tour des possibilités

avec Amérythme. Moi, je voulais

aller un peu plus

loin en musique moderne.

Et c'était devenu plutôt comme

une pièce de théâtre, Amérythme.

(Propos en français et en anglais)

Chaque pièce était très rodée,

on pouvait jouer ça

inside out, quasiment les yeux bandés,

donc le challenge était plus

là. Je pense que le but de

laisser Amérythme de côté,

c'était pour vivre des

expériences encore plus

avant-garde. Je ne regrette

rien, vraiment, par exemple.


LINDA GODIN

Mais est-ce que vous rêvez de

revenir sur les planches encore

plus souvent, un jour,

ou pas vraiment?


MICHEL DESCHÊNES

Eh bien, il faut dire que j'ai

perdu un peu confiance en la

musique d'aujourd'hui, ce qu'on

présente sur scène. Pour m'y

donner corps et âme, faudrait

qu'il y ait plus d'emphase sur

la musique contemporaine, que ce

soit plus visible. Il faut un

peu choquer le public. Et même

si ça va nous faire des ennemis,

je trouve que c'est

ça notre rôle.

Souvent, je trouve que la

musique est la forme d'art la

plus préhistorique qu'il y

a pas; on reste constamment dans

le passé. Étant professeur de

musique ici, dans un département

de musique classique, en fait on

fait beaucoup de musique

moderne, on est juxtaposés à des

gens en arts visuels, en art

dramatique. Je trouve qu'eux

autres, des fois, ont plus la

chance de prendre des risques.

On ne pourrait pas se permettre

ça en musique, parce qu'on

perdrait notre foule. Malgré que

j'ai eu certains signes, dans ma

carrière, qu'il y a des petites

avenues, des fois il y a des

petites étincelles qui disent

que, oui, le public serait

prêt pour aller là.

Ça force le public à ouvrir

leurs oreilles à d'autres

sonorités un peu. Je trouve

que c'est... Des fois, il y a de

petites opportunités qui nous

gardent encore un petit aspect

réjouissant, que je sais que

"peut-être" qu'on peut

amener le monde plus loin.

J'aimerais amener ça ailleurs et

faire une tournée de musique

contemporaine. Même un festival

de musique contemporaine, c'est

un de mes projets, ça, c'est un

de mes buts dans le futur. C'est

d'installer à Moncton un

festival de musique

contemporaine en Acadie. Mon

but, c'est de faire évoluer

le peuple, c'est d'essayer

de démontrer des nouvelles

sonorités, des nouvelles

approches, des nouvelles

expériences sonores. Oui.


LINDA GODIN

Michel Deschênes,

merci beaucoup.


MICHEL DESCHÊNES

Merci.


Générique de fermeture




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