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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Georges Brossard

Georges Brossard is more than an entomologist, he is a modern day Indian Jones. He has traveled and hunted down thousands of insects on the planet. He is the founder of several Insectariums all around the world, but this 70 something lover of nature and visionary still has plenty of projects for the future.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, GEORGE BROSSARD, entomologiste et fondateur de l'insectarium de Montréal, on montre des images de sa collection d'insectes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans le sous-sol de Georges

Brossard, il y a des insectes

partout. Des centaines de

milliers. Il y a des

coléoptères, des lépidoptères,

des orthoptères. Tous ont été

chassés par M. Brossard

lui-même. En fait, depuis 40

ans, il passe six mois par

année à chasser des insectes

partout dans le monde.

Et cette passion, Georges

Brossard la partage en fondant

l'Insectarium de Montréal, en

animant des émissions de

télévision, en donnant des

conférences et en acceptant

d'accueillir des équipes de

télévision dans sa cave d'Ali

Baba.


L'entrevue suivante se déroule dans le sous-sol de GEORGE BROSSARD, où il expose sa collection d'insectes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Georges Brossard, bonjour.


GEORGE BROSSARD

Heureux de vous connaître,

Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

On est ici chez vous, dans

votre sous-sol. Peut-être, avant

de commencer l'entrevue, nous

dire où est-ce qu'on est

en ce moment.


GEORGE BROSSARD

Vous êtes chez moi, à ma

résidence. Alors j'ai une maison

de rêve: 24 pièces. Je vais être

honnête avec vous, j'en utilise

10 pour mes insectes -

tout le sous-sol - sept, huit

pour ma famille, trois pour mon

épouse. C'est assez.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les insectes qu'on voit ici,

il y en a combien? Ils

viennent d'où?


GEORGE BROSSARD

Bon, j'ai fait des chasses

personnelles dans au moins

cent quelques pays.

Jour et nuit. Douze mois par

année. Je ne travaille pas, j'ai

pas le temps. Ma passion a pris

le dessus. Moi, j'aime les

insectes. C'est pas tellement

de les posséder, comme vous les

voyez ici. Parce que quand je

vais mourir, je vais les avoir

tous donnés. Parce que moi, je

considère que je chasse en

fiducie, c'est-à-dire

in trust, comme on dit en anglais;

pour le monde. Alors mon but est

de faire des collections

faramineuses et de les donner

au monde pour faire des

insectariums. Alors je suis

fondateur de l'Insectariun de

Montréal et de plusieurs autres

dans le monde. Les gens se sont

réveillés, à un moment donné, et

se sont aperçus que les insectes

sont beaux. Ah. Spectaculaires.

Attirants. Spéciaux.

Ça a beaucoup de qualités,

un insecte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors pourquoi on n'aime pas

les insectes?


GEORGE BROSSARD

Ça dérange. Les insectes

dérangent énormément les

humains parce que les humains

sont rendus intolérants.

Tard venus sur cette planète,

ils veulent occuper toutes les

niches écologiques seuls, sans

être achalés par d'autres

animaux. Quel égoïsme, quelle

intolérance. On a besoin des

insectes. Alors les insectes

dérangent par leur seule

présence. Qu'à être en contact

avec des insectes, 90% du monde

s'énervent et ont peur.

Peur de se faire piquer, peur de

se faire mordre. Donc ça.

Et ils dérangent aussi parce

qu'ils sont vecteurs de

maladies. Bon. Comme l'humain.

La maladie vient pas de

l'insecte, elle est transportée

par les insectes. C'est un agent

de transmission. Comme la

malaria, la maladie du

sommeil et d'autres maladies.

Bon. Alors ils dérangent.

Ensuite, bien, leurs piqûres et

leurs morsures sont assez...

bizarres. Mais il y a pas 1%

qui pique et qui mord. Pas plus

que 1%. Mettez-vous bien dans

la tête, il y a au moins deux

millions d'espèces. Il y en a

quelques centaines seulement

qui piquent et qui mordent.

Les autres sont inoffensives.

Les insectes contribuent d'une

façon extraordinaire à l'humain

et à la nature. Les insectes,

c'est des pollinisateurs, des

vidangeurs, des laboureurs, des

recycleurs, des nourrisseurs.

Sans eux, les poissons, les

reptiles, les amphibiens ne

sauraient survivre. Donc mon

but est bien simple, très

simple: rétablir justice,

réconcilier les humains

avec une classe animale

qui a beaucoup de classe,

la classe des insectes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait une quarantaine

d'années maintenant que vous

partez chaque année à la chasse

aux insectes un peu partout

dans le monde. Vous avez visité

140 pays, à peu près. Où sont

les meilleurs endroits pour

trouver les insectes?


GEORGE BROSSARD

Bon. C'est sûr que c'est

l'équateur. Suivons l'équateur

1000 milles chaque côté. Voici

pourquoi. Ça commence par

exemple... On va aller en

Afrique, on va commencer par

Côte-d'Ivoire, Sénégal. Bon.

On arrive en Afrique Centrale.

La Guinée, République centrale

africaine. On continue un petit

peu plus vers l'océan, bien,

on arrive à Madagascar. Après

ça, on traverse l'océan Indien,

on arrive en Asie. Alors

c'est Thaïlande, Malaisie,

Singapour, Phillipines,

Indonésie. Et ensuite, on

traverse, on suit toujours

l'équateur, 1000 milles

chaque bord, on arrive en

Amérique du Sud. Alors c'est

l'Équateur, Pérou, Brésil,

Colombie, les Guyanes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelle a été la plus belle

découverte pour vous?

La plus belle chasse que vous

ayez faite?


GEORGE BROSSARD

Oh, j'aurais bien des

réponses à vous donner. Si vous

me parlez strictement chasse,

ce que j'ai trouvé

extraordinaire, c'est l'instinct

de survie des humains. Parce que

eux autres, je les voyais dans

des pays où, finalement, les

richesses naturelles n'étaient

pas aussi extraordinaires,

disons que le Canada, et qui

quand même réussissaient

à tirer une survie fort valable

des éléments naturels qu'ils

avaient chez eux. Et souvent,

ils utilisaient des insectes à

outrance non pas seulement pour

se nourrir, mais pour

s'inspirer. Les insectes

peuvent être une grande source

d'inspiration.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans quel sens?


GEORGE BROSSARD

Les insectes nous enseignent

beaucoup de choses.

La maternelle, par exemple.

Bon, insectes et autres,

araignées, scorpions. Une maman

araignée, ça pond plusieurs

bébés. Elle les pond dans une

oothèque, c'est-à-dire une

petite capsule spéciale faite de

soie pour les protéger contre

les prédateurs. N'importe quand,

elle va donner sa vie pour

sauver un seul de ses bébés.

Elle les accompagne jusqu'à

tant qu'ils soient prêts à

survivre. Elle les groupe sur

son dos, le soir, pour dormir,

afin de s'assurer que...

Que de soins maternels une

tarentule donne à ses bébés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous êtes dans la

jungle, ou quand vous êtes

à la chasse aux insectes,

vous devez... dans la plupart

des cas, tuer l'insecte.

N'est-ce pas?


GEORGE BROSSARD

Hélas.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine qu'il y a beaucoup

de gens qui seraient pas

d'accord avec ça.


GEORGE BROSSARD

Je me fais chialer effrayant.

J'en tue beaucoup. Je le

reconnais, j'en tue disons un

30 000, 40 000 par année.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous les ramenez

au Canada?


GEORGE BROSSARD

Morts. C'est légal

si c'est mort.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans votre valise?


GEORGE BROSSARD

Oui, oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est légal, mais ça doit

surprendre les douaniers,

quand même.


GEORGE BROSSARD

Ils capotent.

Y a pas d'autres mots.

Maintenant, avec le temps, je me

donne pas de mérites, mais j'ai

bien fait ça. Voilà 40 ans, je

suis allé voir les douaniers de

Montréal et je leur ai dit:

Voici, monsieur, moi, je vais

apporter ici beaucoup

d'insectes morts. Je viens vous

voir pour que vous me disiez ce

qui est permis, ce qui est pas

permis, ce qui est légal, ce

qui est pas légal. Là, ils ont

bien aimé ça, eux autres, ils

ont dit: Ah, si tout le monde

faisait ça! Alors ils m'ont

dit: Vous pouvez rapporter

à peu près n'importe quoi

à condition que ce soit mort.

Si c'est vivant, sauf les

araignées et scorpions; ça,

tu n'as pas besoin de permis.

Ah, merci beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui?


GEORGE BROSSARD

Bizarrement.

Mais pour beaucoup d'insectes,

j'ai besoin d'un permis

spécifique, et du pays où je les

prends et aussi du Canada, qui

va accepter que je les importe.

Et souvent, moi, je les

apportais, bien sûr,

à l'Insectarium. Je n'ai jamais

voulu apporter des insectes ici

pour moi-même. Je les apportais

pour l'Insectarium.

Et je reconnais que je m'en

gardais quelques-uns... pour

enlever la peur. Les gens ont

tellement peur que ce n'est pas

par la parole qu'on enlève la

peur, mais c'est en leur

faisant manipuler bel et bien

un insecte vivant.


GEORGE BROSSARD présente des insectes à GISÈLE QUENNEVILLE et celle-ci doit les manipuler.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors Monsieur Brossard,

vous avez des insectes vivants

ici chez vous. Qu'est-ce que

vous avez?


GEORGE BROSSARD

J'ai certains animaux, madame

Gisèle, et si vous me

permettez, je voudrais vous

utiliser comme cobaye pour

prouver combien il est

important d'enlever la peur

de nos vies quotidiennes.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


GEORGE BROSSARD

Alors je commence par vous

donner un peu d'odeur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Allez-y, hein, beaucoup.


GEORGE BROSSARD

Oui, oui. J'ai déjà quelque

chose ici d'intéressant.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Intriguée)

Ah-ha.


GEORGE BROSSARD

Oui. Voyez-vous, j'ai un

merveilleux millipède. Ce

n'est pas un insecte, c'est

pour ça que j'utilise le mot

"animal". Ce sont des

myriapodes, c'est-à-dire des

animaux dotés d'une multitude

de paires de pattes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça, c'est vivant?


GEORGE BROSSARD

Ils sont vivants. Vous allez

voir, ils vont se réveiller.

Ils sont gênés un peu

par votre froideur.


GISÈLE QUENNEVILLE

On se connaît pas, hein.


GEORGE BROSSARD

Froideur de vos mains,

je parle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà.


GEORGE BROSSARD

Alors regardez, en le déposant

ici dans la main, il se

réveille tranquillement. Il va

se mettre à marcher. Il ne

pique pas, il ne mord pas,

il est totalement--


GISÈLE QUENNEVILLE

Il chatouille.


GEORGE BROSSARD

Tant mieux. Il est totalement

inoffensif. Alors lorsque je le

mets dans les mains d'une

personne qui est très apeurée,

ça règle déjà le cas.

Elle dit: C'est pas si pire.

Alors je dis: Voilà, tu as

franchi la première étape.

Nous allons passer--


GISÈLE QUENNEVILLE

À la prochaine!


GEORGE BROSSARD

À une deuxième étape.


GISÈLE QUENNEVILLE

Là, est-ce qu'il faut enlever

l'odeur du millipède?


GEORGE BROSSARD

Non, non, non. Lui, il est

très, très, très familier

avec ça.

Alors j'ai ici... Permettez-moi

quelque chose que les gens

méprisent beaucoup, et pourtant,

c'est un animal

extraordinairement intéressant

et important dans la forêt.

Alors je vous montre une

merveilleuse coquerelle, blatte,

ou cafard. Les gens ont peur de

ça parce que dans tous les

hôtels du monde, il s'en

retrouve. Les gens paniquent

et appellent toujours

évidemment la direction de

l'hôtel pour venir intervenir.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est parce qu'on a

l'impression que c'est sale.


GEORGE BROSSARD

C'est pas sale, c'est propre,

propre, propre. Elle passe la

moitié de son temps à se

nettoyer. C'est propre, propre,

propre. Regardez si c'est

gentil. Là, elle est gênée un

peu, mais elle va se réveiller.

Regardez, avec ses petites

antennes, elle vérifie si c'est

sécure. Et si c'est sécure, elle

va se mettre à bouger

tranquillement. Tiens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oh.


GEORGE BROSSARD

Criez pas là. C'est... Tiens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Non, ça chatouille, ça aussi.


GEORGE BROSSARD

Alors deuxième étape

franchie avec succès.

Je vous félicite.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord. Ça va bien!


La manipulation des insectes se termine et l'entrevue reprend.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Brossard, à quel

moment est-ce que vous vous

êtes intéressé aux insectes?


GEORGE BROSSARD

C'est une belle histoire.

C'est très simple. Nous

habitions Brossard. Papa était

cultivateur. Nous avions une

ou deux fermes à Brossard.

Alors les puits n'existant pas

beaucoup, il fallait aller

chercher de l'eau au bout de la

terre et pomper de l'eau d'une

veine qui se trouvait là. Fait

qu'un jour, il m'a amené avec

lui pour pomper de l'eau. Et

quand je suis arrivé dans la

grosse cuve qui contenait un

restant d'eau, il y avait cinq

ou six abeilles qui se

noyaient. Il a pris son gros

doigt, il dit: Viens voir. Il a

déposé son gros doigt, les

abeilles sont montées sur son

doigt et ne l'ont pas piqué.

Fait qu'il dit: Mets ton doigt,

toi aussi. J'avais huit ans.

Alors j'ai mis mon petit doigt.

Les abeilles ont monté sur mon

doigt. Elles ne m'ont pas piqué.

Mais j'ai eu une piqûre

beaucoup plus forte.

Il a semé dans mon coeur,

cette journée-là, une carrière

d'entomologiste.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais vous avez pas étudié

en entomologie.


GEORGE BROSSARD

Beaucoup, mais pas d'une

façon comme tout le monde.

Je suis un autodidacte,

complètement autodidacte,

je n'ai pas de doctorat en

entomologie. Moi, j'ai étudié

plutôt le droit. Je suis

notaire de profession.

J'ai fait mon cours de

droit à l'Université d'Ottawa,

j'ai fait un bon cours de

droit. J'ai pratiqué le

notariat pendant 15 ans. Ça m'a

dérangé beaucoup dans ma

passion d'insectes. Non, non,

je le dis franchement. Alors

aussitôt que j'ai eu une

certaine aisance financière,

capable de me supporter jusqu'à

la fin, bien, adieu veau,

vache, cochon, j'ai lâché le

notariat, j'ai abandonné ma

belle pratique. Je réussissais

très bien comme notaire, j'avais

fait fortune comme notaire,

mais les insectes m'appelaient

plus que toute autre chose.

Alors là, je suis parti avec

un filet et je me suis mis à

voyager partout au monde

comme un malade.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous étiez très petit quand

vous avez fait votre première

exposition d'insectes,

n'est-ce pas?


GEORGE BROSSARD

Ça va vous surprendre. Alors

il y avait un vieux garage

contre la maison et au deuxième

étage, c'était le bordel.

Alors j'ai demandé à papa:

Prête-moi-le. J'ai tout

nettoyé ça, j'ai tout vidé

ça et je collectionnais des

petits insectes sur la ferme,

avec un vieux filet. Et je les

épinglais sur des murs, qu'on

appelle de "tent test", un

paravent, et j'épinglais

mes insectes là. Et je

faisais visiter ça à tout le

monde. Je suis devenu un

entomologiste amateur, donc

autodidacte. J'ai étudié

partout. J'ai étudié dans tous

ces pays-là. Je m'achetais

des livres d'entomologie,

j'étudiais, j'étudiais la nuit,

le soir... sur les avions. J'ai

étudié comme un malade.

Comme le droit.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'aimerais juste faire une

petite parenthèse, parce que

même avant d'étudier le droit,

vous vouliez être curé.


GEORGE BROSSARD

Ça vous choque?


GISÈLE QUENNEVILLE

Non.


GEORGE BROSSARD

Voici. Je voulais être curé

dans le sens... pas tellement

curé; moi, je voulais être

prêtre. Moi, j'avais le

sacerdoce dans le coeur, dans

l'âme. J'aurais voulu être

prêtre pour aider le monde.

Mais ce que vous savez pas,

moi, je voulais être prêtre

missionnaire, pas curé dans une

paroisse ici à Montréal. Moi,

je voulais être prêtre

missionnaire dans les grandes

forêts tropicales humides

baignées de pluie et de soleil

où les insectes volent. J'aurais

été un bon missionnaire, mais

j'aurais collectionné comme un

malade. Et tous mes zouaves

auraient collectionné pour moi.

Et j'aurais fait un insectarium

dans ce pays-là puis dans les

pays autour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça a pas marché.


GEORGE BROSSARD

Le droit mène à tout.

Le sacerdoce peut mener à tout.

Voici mon point de vue. C'est

qu'on se limite. Qui a dit

qu'on était faits pour une seule

profession, un seul métier?

On peut exceller dans plusieurs

domaines. Excusez, moi, je

donne ça comme exemple, je me

pète pas les bretelles avec ça.

Mais moi, j'ai eu sept

professions. Sept succès.

Moi, je suis un notaire. J'ai

réussi très bien comme notaire.

Je suis un entomologiste. J'ai

réussi mondialement. Je suis un

muséologiste. Je fais des

institutions un peu partout

dans le monde. Je suis un

acteur. Je suis un scénariste.

Je suis un écrivain. Je suis un

conférencier. Sept professions,

sept succès.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de l'Insectarium.

Parce que vous êtes reconnu

pour ça, vous êtes le fondateur

de l'Insectarium de Montréal,

puis d'une trentaine ailleurs

dans le monde également.

Quelle était l'idée derrière ça

au départ?


GEORGE BROSSARD

Réconcilier les humains

avec une classe qui a beaucoup

de classe, la classe des

insectes. Deux: valoriser une

classe animale oubliée.

Regardez, on avait bâti des

zoos pour les mammifères,

des volières pour les oiseaux,

des aquariums pour les poissons,

planétarium pour les

planètes, jardin botanique

pour les plantes. Pour les

insectes, rien. Ou absolument

rien. Comme si c'était quantité

négligeable. Et pourtant, 95%

de tout ce qui vit sur Terre

sont des insectes. Les insectes

attirent autant qu'un zoo.

L'Insectarium attire de 500 000

à 600 000 visiteurs par année

depuis 25 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait ça, oui,

pour les adultes, mais surtout

pour les enfants, n'est-ce pas?


GEORGE BROSSARD

Pour les enfants d'abord parce

que je n'aimais pas la

muséologie employée dans

plusieurs musées. Tout est trop

haut. Baisse la toile. Baisse

les spécimens et mets-les en

plein visage. Alors moi, je

préconisais une exposition à

deux niveaux; un niveau

enfant où l'enfant a ces

spécimens-là, excusez, en pleine

face. Et d'autres un peu plus

haut, mais suffisamment écrit

gros pour que les vieillards

puissent lire ça.

Et le premier insectarium que

j'ai fait, je l'ai fait, comme

je vous dis, pour ceux à qui

j'appartiens, ceux que j'aime,

les Québécois d'abord. Après ça,

j'en ai exporté. Cette

expertise-là, je l'ai exportée

dans le monde. Et je rends

hommage à du monde qui m'ont

aidé. Celui qui m'a le plus aidé

à faire ça, c'est Pierre

Bourque, l'ancien maire de

Montréal. Qui lui a compris, lui

m'a ouvert les portes du Jardin

botanique, m'a facilité

l'introduction. Et le maire

Drapeau. Le maire Drapeau est le

premier qui a cru en moi en

m'offrant toutes les bâtisses

que je voulais. "Tu peux prendre

le pavillon de l'île

Notre-Dame, tu peux prendre le

Casino, tu peux prendre la

Biosphère." Il m'offrait des...

bâtisses. J'ai dit: C'est le

Jardin botanique que je veux.

Il dit: Va voir Pierre Bourque.

Quelle belle histoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'Insectarium de Montréal

existe depuis 25 ans

maintenant.


GEORGE BROSSARD

Et plus, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après un quart de siècle,

est-ce que vous êtes toujours

satisfait du résultat?


GEORGE BROSSARD

Pas du tout. Faut grossir.

Faut être meilleur. Faut

performer plus. Faut en montrer

plus. Faut aimer plus le monde.

Il faut développer une

muséologie encore plus

attirante. Faut pas se

contenter d'un succès. Il faut

se renouveler continuellement,

comme les insectes.

Les insectes nous donnent des

leçons. Eux autres, ils se

renouvellent, ils s'adaptent,

ils s'organisent. Nous autres,

je veux pas que l'Insectarium

vive sur son erre d'aller. Alors

on parle actuellement d'un

projet pour le grossir

davantage, pour rendre

l'Insectarium habité par des

papillons vivants à l'année

longue. C'est des gros défis,

c'est difficile, c'est possible.


À nouveau, GEORGE BROSSARD présente des insectes à GISÈLE QUENNEVILLE et celle-ci doit les manipuler.


GEORGE BROSSARD

J'ai ici une merveilleuse

mygale. Bon, c'est une araignée,

évidemment, donc huit pattes,

ce n'est pas un insecte.

C'est un arachnide. Arachnide.

Ça comprend les araignées

et les scorpions.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle s'appelle comment?


GEORGE BROSSARD

Voyons! Jamais je donne de noms

à mes animaux. Voyons donc!


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi pas?


GEORGE BROSSARD

Bien non. Ça, c'est les

humains qui...


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


GEORGE BROSSARD

Regardez ça si c'est gentil.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle est toute poilue, hein.


GEORGE BROSSARD

C'est une maman. Elle vit

20 ans au moins. Des fois 10.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous l'avez prise où?


GEORGE BROSSARD

Elle vient d'un certain pays

que j'ose pas nommer.


GISÈLE QUENNEVILLE

OK. Pourquoi?


GEORGE BROSSARD

Parce que. J'ai mes raisons.

Et puis elle est gentille.

C'est une maman.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait longtemps

que vous l'avez?


GEORGE BROSSARD

Quelques années.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


GEORGE BROSSARD

Elle est très gentille.

Elle est maternelle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça mange?


GEORGE BROSSARD

Du vivant seulement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc des criquets.


GEORGE BROSSARD

Criquets, sauterelles.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


GEORGE BROSSARD

Des larves de papillon.

Parfois un ver de terre.


GEORGE BROSSARD sort un insecte d'une cage.


GEORGE BROSSARD

Criez surtout pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


GEORGE BROSSARD

J'ai ici un merveilleux

scorpion. Regardez-y l'air.

Il est beau. Regarde s'il est

gentil. Il est un petit peu

endormi. Je vais le vérifier

avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est-à-dire?


GEORGE BROSSARD

Alors lui, il pince avec ses

pinces. Très fort. Ça peut

couper. Et il pique avec son

dard, qui est ici au bout de la

queue.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


GEORGE BROSSARD

Mais en le prenant par la

queue comme ça, il perd toute

agressivité. Comme un homme.

Sont pareils.


GISÈLE QUENNEVILLE rit.


GEORGE BROSSARD

Ça vous fait rire. C'est une

réalité. Bien oui.

Alors j'y vais donc.

Voilà.


GEORGE BROSSARD dépose le scorpion dans la main de GISÈLE QUENNEVILLE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah. Mais il est beau.


GEORGE BROSSARD

Il se tient droit.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est une statue.


GEORGE BROSSARD

Eh, qu'il est gentil. Il va

être récompensé pour sa

coopération. On y va!

Êtes-vous prête?


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


GEORGE BROSSARD

Voilà. Parlez pas. Parlez pas.

Garde si c'est facile. Il est

subjugué. Il est subjugué par

vous. Regardez s'il vibre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


La manipulation des insectes se termine et l'entrevue reprend.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai lu votre biographie,

monsieur Brossard, et puis vous

dites que vous auriez aimé ça

être ministre de

l'Environnement. Qu'est-ce que

vous auriez fait comme ministre

de l'Environnement?


GEORGE BROSSARD

Il y a tellement à faire au

niveau environnemental,

c'est pas croyable.

Le premier problème,

c'est qu'on attend trop

de subventions pour bouger.

Regardez. Il y a un paquet de

vieillards, il y a un paquet

d'adolescents, il y a un paquet

de gens retraités, il y a un

paquet de gens qui ont des

loisirs. Les semaines sont

rendues 30, 35 heures

d'ouvrage. On pourrait utiliser

quelques heures par semaine pour

des fins environnementales.

Quand le peuple se prend en

main, décide de se nettoyer,

de se dépolluer, de se

réapproprier certains

territoires qui leur ont

échappé, c'est pas croyable

combien ça, ça peut changer

tout un environnement.

Et à ce moment-là, le

gouvernement pourra

intervenir. Mais nous autres,

on attend que le gouvernement

intervienne puis après ça, on

décide d'y aller un petit peu.

C'est le contraire. C'est comme

si on distribuait des prix au

premier jour de l'année

scolaire. Non, non, non. Les

prix, c'est au dernier jour de

l'année scolaire. Alors au

niveau environnemental, moi, je

voudrais que l'environnement

devienne une préoccupation dans

la tête des gens beaucoup plus

réaliste qu'elle ne l'est

actuellement, que l'on

s'implique. Et que chaque

ville, chaque village, chaque

hameau développe un projet

environnemental. Mais moi,

j'aurais voulu être ministre de

l'Environnement et j'aurais

révolutionné la façon de gérer

l'environnement au Québec et au

Canada en faisant participer les

gens. Bon. Et récompensons-les.

Nettoyons le fleuve. Prenons

soin du fleuve. Le fleuve.

Quel dénominateur commun

qu'on a, nous autres, le fleuve

St-Laurent. Il y a 330

municipalités qui vivent sur le

fleuve et ses affluents.

Le fleuve, c'est notre trésor

national. Prenons-en soin.

Nettoyons-le. N'acceptons pas

qu'il soit pollué. Nettoyons ses

rives. Voyons donc. Il y a tout

à faire en environnement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Allons-y avec un autre

projet que vous avez en tête

en ce moment. C'est un projet

avec les insectes, et c'est

de faire des insectes

de la nourriture.


GEORGE BROSSARD

Voilà. Pour tout le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour le bétail et pour les

humains. Est-ce qu'on est

rendu là?


GEORGE BROSSARD

On est rendu là, madame.

Regardez la réalité. Ça prend

des chiffres puis vous les

avez, ces chiffres-là. Veux,

veux pas, il y a 200 millions

d'enfants, ce matin, qui sont

pas allés à l'école dans le

monde parce qu'ils ont trop

faim. Commençons par ça.

Ça, c'est pas les chiffres de

Brossard, c'est les chiffres de

l'ONU. Et il y a un milliard de

personnes au moment où je vous

parle, qui crèvent de faim sur

Terre. Sur une population de

six, sept milliards. On s'en va

nulle part. De plus en plus,

les richesses naturelles

diminuent, de plus en plus, on

cultive pour des fins de

pétrole et non pas pour

soulager la faim, comme

le blé d'Inde, le maïs.

Etc, etc. Alors il y a déjà une

cinquantaine de peuples qui

mangent des insectes et ils s'en

tirent très bien. Un insecte,

c'est bon. Un insecte, c'est

très, très, très nourrissant.

Un insecte, c'est plein de

protéines. Alors mon but est

très simple, un peu comme

j'ai fait pour les insectes,

ça serait d'élever des insectes

en quantités industrielles.

Donc on part une usine de

fabrication d'insectes. Quels

insectes? Les insectes les plus

nourrissants. Un. Deux: qui sont

comestibles. Trois: qui ont un

cycle vital très rapide.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donnez-nous des exemples.


GEORGE BROSSARD

Exemple: la mouche drosophile.

Elle a 10 à 15 générations par

été. Nous autres, les humains,

on a trois à quatre générations

par siècle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous feriez ça où?


GEORGE BROSSARD

Bon. Où? Au Québec. On a tout

ce qu'il faut. Deux: il y a

beaucoup de cultivateurs qui

ont manqué leur coup avec

le porc. Ils élevaient du porc.

Le porc a tombé, la compétition,

les ci, les ça... Ils ont des

installations grandioses, de

très belles porcheries, avec

tout ce qu'il faut: l'air

climatisé, le chauffage, la

lumière... l'évacuation des

déchets. Et ils sont vides.

Mon premier but serait d'abord

d'en louer une ou d'en acheter

une. Acheter une belle ferme.

Qui a déjà du terrain aussi,

parce que je vais avoir besoin

de plantes pour faire ça. Parce

que mon mélange comprendrait

mettons des insectes, mais aussi

certaines plantes. Par exemple,

les feuilles de blé d'Inde.

Si je les passais au "blender",

je m'excuse,

et que je rajoute à cette

recette-là un peu d'insectes,

je pourrais faire une moulée

extraordinairement nutritive

qui commencerait par nourrir

les animaux.

Je sais qu'il y a beaucoup de

pays au monde qui mangent les

insectes. Je vais vous donner

un exemple, en Afrique du Sud,

il y a un gros papillon de nuit.

C'est un gros saturnidé.

Bien, on l'appelle mopane,

m-o-p-a-n-e. Quand le mopane

sort, le prix du steak

s'effondre. Pendant six

semaines, c'est le mopane qui

fournit la protéine aux gens, et

les repas aux gens. C'est un

délice. C'est du caviar.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, vos insectes, est-ce

que vous les vendriez pour

consommation ici, en Amérique

du Nord, ou est-ce que ça serait

pour aller ailleurs?


GEORGE BROSSARD

Je les élèverais au Québec.

Donc je prends pas ça dans la

nature. Et je vais fabriquer

des quantités d'insectes

industriels. Quoi? Des

criquets, des sauterelles, des

insectes endémiques au Québec.

Donc je vais les fabriquer en

laboratoire, in vitro, avec une

pureté incroyable. Et on va

vendre ça sous différentes

formes. Au kilo. Mais faut

pas avoir peur des quantités

là. Au kilo. Si je les vends

pas au Québec, je vais les

vendre ailleurs. Je vais

exporter cette expertise-là,

comme je l'ai fait avec les

insectes puis les insectariums.

Il y a beaucoup de pays au monde

qui sont venus copier

l'Insectarium de Montréal.

Moi, je passais pour fou. Tu

sais. Je passais pour fou.

Tout le monde riait de moi. Une

mouche qui l'a piqué, il a des

bébites dans la tête, il a des

fourmis dans les jambes. Non,

non. Mon idée d'un insectarium,

je l'avais prise où? En voyage.

Un début que j'avais vu en

Malaisie, un début

d'insectarium. J'ai dit: Je

vais faire ça, un insectarium.

Ça, je l'ai vu en Afrique, je

l'ai vu en Amérique du Sud.

Au Mexique, par exemple,

il y a 50 repas différents que

l'on sert à base d'insectes.

Moi, je suis allé avec mon

épouse, on les a tous essayés.

C'est délicieux. à Singapour,

on a des restaurants qu'à base

d'insectes. Soupe aux insectes,

salade aux insectes. Tous ces

cuisiniers de rêve que l'on a

ici, ils seraient donc heureux,

eux autres, d'innover,

quelques-uns d'entre eux

innoveraient et à la télévision,

on pourrait faire des plats

d'insectes et habituer le

monde. Alors à l'Insectarium,

j'ai pratiqué. Voilà 20 ans,

on a fait des dégustations

d'insectes à l'Insectarium.

Il n’y a personne qui est mort.

Il n’y a personne qui a été

empoisonné. Tout le monde a

aimé ça. Ceux qui aimaient pas

ça, ils en mangent pas.

Je force pas. Il y a des gens

qui aiment les huîtres;

j'aime pas les huîtres. Je force

personne à manger des insectes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez 75 ans. Est-ce que

votre projet va voir le jour?


GEORGE BROSSARD

Ça presse parce que moi, il ne

me reste pas grand temps puis je

suis pressé puis je suis actif

puis je suis enragé de faire

ça. Alors je me mets là-dessus

cette année. Vous allez dire

comment ça? Oui, oui, je me mets

là-dessus cette année. Je vais

me trouver la ferme. J'ai besoin

d'un peu de financement parce

que je veux le faire gros tout

de suite. Ça sera pas un petit

essai tranquille. Non, non,

non! C'est un projet très

sensé. Et ça va servir

à l'humanité tout entière. Il y

en a un milliard qui crèvent

de faim. C'est une réalité.

C'est pas mes chiffres.

On peut-tu rester indifférent

à ça? Non. Faut bouger.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, monsieur Brossard,

je vous souhaite bonne chance.

Et merci beaucoup.


GEORGE BROSSARD

Merci.


Générique de fermeture


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