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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Marie-Anne Coninsx: EU Ambassador

The European Union ambassador in Canada, Marie-Anne Coninsx, spends a lot of time explaining the role and the importance of the free trade treaty Canada just signed with the 28 countries of the Union.
While most Canadians are familiar with France and Great Britain, they know little of the European Union.
Questions remain about the treaty and the future of a European Union still shaken by crises in Ukraine and Greece, among others…



Réalisateur: Linda Godin
Production year: 2015

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Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que DANIEL LESSARD présente son invitée, MARIE-ANNE CONINSX, on montre des images de la France et de l'Allemagne. Puis des images de l'ambassadrice au travail dans un bureau au Canada et enfin des images de la Grèce. L'entrevue a lieu dans un bureau.


DANIEL LESSARD

Si l'ensemble des Canadiens

connaissent bien la France, la

Grande-Bretagne ou l'Allemagne,

il en va autrement de

l'Union européenne. Voilà

pourquoi Marie-Anne Coninsx,

l'ambassadrice de l'Union au

Canada, passe beaucoup de

temps à expliquer le rôle de

l'organisme et l'importance du

traité de libre-échange que

le Canada vient de conclure

avec les 28 pays de

l'Union européenne.

Reste que des questions

subsistent quant au traité, mais

surtout quant à l'avenir de

l'Union, ébranlée entre autres

par les crises en

Ukraine et en Grèce.


DANIEL LESSARD

Madame l'ambassadeur, Bonjour.


MARIE-ANNE CONINSX

Bonjour.


DANIEL LESSARD

Merci d'être là. Madame

l'ambassadeur, le Canada et

l'Union européenne viennent

de conclure l'accord de

libre-échange. Ça a été

long et compliqué. Pourquoi?


MARIE-ANNE CONINSX

"Long", ça a été seulement

cinq ans, et pour un accord qui

est l'accord le plus ambitieux

que l'Union européenne et le

Canada aient jamais conclu,

cinq ans, c'est pas beaucoup.

Aussi, tenant compte que, du

côté européen, il y a quand même

28 États membres et du côté

canadien, pour la toute première

fois, dans son histoire, on a

aussi associé les provinces.

Et je crois qu'avec les

résultats qu'on a, et aussi

tenant compte qu'il y a des

intérêts très différents qu'il

faut essayer d'adresser des deux

côtés et trouver des compromis,

je crois que c'est un beau

résultat pour les deux côtés

et dans une période

très raisonnable.


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous êtes confiante

que l'accord sera ratifié

tant en Europe qu'au Canada?


MARIE-ANNE CONINSX

Pas du tout.


DANIEL LESSARD

Parce que, il y a quoi, un

an ou deux avant que

ce soit ratifié?


MARIE-ANNE CONINSX

Oui, on a toute une procédure

interne qui pourrait paraître

également que c'est une

procédure longue, mais c'est

tout à fait normal au sein

de l'Union européenne.

Pour vous donner un exemple,

l'accord devrait être traduit

dans 23 langues officielles de

l'Union européenne, et ça prend

du temps parce que c'est un

accord... Il y a 1400 pages

et ça doit être tout à fait

juridiquement correct. Ça veut

dire que ça prend du temps, puis

ça va retourner aux États

membres au Conseil des

ministres, retourner

au Parlement européen.

Alors, c'est une procédure

normale, de telle façon qu'on

prévoit que, probablement,

l'accord pourrait être

mis en oeuvre début 2017.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce que ça va apporter à

l'Europe, cet accord-là?

Qu'est-ce que ça lui ouvre comme

marchés qui n'existaient

pas auparavant?


MARIE-ANNE CONINSX

Je crois que les bénéfices,

ils sont très semblables des

deux côtés. Ils sont peut-être

plus visibles ou évidents

du côté canadien, parce qu'on va

ouvrir et donner un accès

préférentiel pour les Canadiens

à un marché de 500 millions de

consommateurs, mais aussi

pour les Européens.

Le Canada est un partenaire

quand même aussi important.

C'est le 12e partenaire

commercial de l'Europe. Le fait

qu'on va abolir les tarifs va

aussi déjà... On a quand même un

commerce de plus de 30 milliards

d'euros des exportations de

l'Europe vers le Canada, qui va

certainement augmenter parce

qu'on va abolir les tarifs,

abolir les obstacles

non tarifaires.

Et je mentionnerai deux

avantages spécifiques pour

l'Europe, c'est l'accroissement

des investissements, parce

que, surtout, on va ouvrir les

marchés publics au Canada. Ils

sont déjà ouverts au niveau

fédéral. Avec l'accord, on va

aussi ouvrir les marchés publics

aux niveaux provincial et

municipal, bien qu'il y a des

seuils qui vont aussi protéger,

je dirais, encore, au niveau

local, le marché public, et--


DANIEL LESSARD

Ce qui veut dire,

pardonnez-moi de vous

interrompre, qu'une société

européenne peut soumissionner

pour un contrat au Manitoba, au

Québec ou en Alberta, ce qu'elle

ne pouvait pas faire

jusqu'à maintenant?


MARIE-ANNE CONINSX

Tout à fait, tout à fait,

parce qu'il y a certaines

limites qui vont être abolies,

mais avec des seuils, parce

que ça, c'était

justement, je dirais,

l'impact, l'association des

provinces, que les provinces ont

dit: "Oui, on est d'accord pour

l'ouverture des marchés publics,

mais pour certains montants."

Alors, il y a des seuils pour

protéger au-dessous de ces

seuils qui seront réservés

uniquement aux provinces, aux

municipalités. Là, c'est un bon

compromis. Ça, c'est un avantage

spécifique, je dirais,

pour l'Europe.

Du côté européen, le Canada est

déjà le quatrième investisseur

de l'Europe, qui est pas bien

connu. Le quatrième au monde.

Alors, il y a déjà beaucoup

d'investissements canadiens en

Europe qui pourront aussi, parce

qu'il y a aussi une ouverture

du marché public pour les

Canadiens. Mais un deuxième

avantage spécifique pour les

Européens, c'est aussi le

fait qu'on va avoir une mobilité

temporaire des travailleurs de

haute qualité, je pourrais

dire, avec des qualifications

hautes, et aussi une

reconnaissance des professions,

des qualifications des

professions. De telle façon,

combinée avec ces deux choses,

ça va permettre que plus

d'Européens puissent travailler

au Canada de façon temporaire.


DANIEL LESSARD

Dans le cas du Canada,

bon, les avantages, ils sont

nombreux. Question peut-être

simpliste pour essayer de mieux

comprendre: si, une fois

le traité approuvé partout et en

vigueur, j'achète une BMW ou une

Mercedes ou une Volvo, elle

va me coûter moins cher?


MARIE-ANNE CONINSX

Elle va vous coûter moins cher

parce que les tarifs douaniers

vont être éliminés, et aussi, il

y a des procédures sur les

standards qui vont être

simplifiées. Il y aura une

reconnaissance mutuelle. Par

exemple, s'il y a un processus

pour tester la sécurité des

freins d'une voiture, une fois

qu'ils sont reconnus en Europe,

ils vont être reconnus d'office

au Canada, ce qui n’est

pas le cas actuellement.

C'est aussi une

réduction des coûts.


DANIEL LESSARD

Il y a beaucoup de discussions

aussi, beaucoup de réactions,

surtout au Québec et dans

certaines parties de l'Ontario,

de la part des producteurs de

fromage, qui se disaient:

Ce sera une concurrence énorme à

laquelle on n'est pas habitués.

Est-ce qu'ils sont vraiment

désavantagés, ces gens-là?

Est-ce que ce sont les

perdants de ce traité?


MARIE-ANNE CONINSX

Il y a pas de perdants

avec ce traité, d'abord, et

deuxièmement, je crois que les

gagnants vont être certainement

les 36 millions de consommateurs

au Canada qui vont plus

profiter, je dirais, d'une

plus grande offre des fromages

européens. Mais là aussi, le

quota est très limité de ce

qu'on peut importer. Moi, j'ai

été frappée au moment où je suis

arrivée ici, au Canada, que

les prix des fromages et des

produits laitiers soient très,

très élevés au Canada.

Mais en plus, j'ai eu l'occasion

à plusieurs reprises de goûter

aux fromages du Québec, et moi,

je suis certaine que, pour les

fromages du Québec, il y aura

aussi un marché en Europe.

Alors, je crois qu'il y

aura pas de perdants.


DANIEL LESSARD

À partir de maintenant, madame

l'ambassadeur, votre rôle à

vous, c'est de... J'emploie une

expression peut-être pas très

élégante, mais c'est de vendre

le traité aux Canadiens? C'est

d'aller partout et de leur dire:

"Vous faites une bonne affaire."


MARIE-ANNE CONINSX

Euh, je ne crois pas que c'est

mon rôle parce que, déjà, les

Canadiens, le gouvernement

canadien et les provinces ont

fait un rôle magnifique... Je

dis pas en "vendant le traité,

l'accord", mais, par exemple, le

ministre du Commerce extérieur,

le ministre Fast, il est allé

dans toutes les provinces

pour expliquer, en fait, les

bénéfices de cet accord.

Il y a un grand enthousiasme

partout où je suis allée pour

l'accord. Il y a une impatience

pour pouvoir déjà commencer avec

le traité. Au Canada, on connaît

l'accord. Je crois qu'il y a

plutôt un travail à faire au

sein de l'Union européenne pour

expliquer, donner la visibilité

à l'accord au sein de

l'Union européenne.



Pendant que MARIE-ANNE CONINSX parle, on voit des images du Parlement canadien et de sa bibliothèque: la statue d'une reine trône au milieu. Aussi des images du Canal Rideau avec des patineurs en hiver et la rivière des Outaouais en été.


MARIE-ANNE CONINSX

J'ai plusieurs endroits

préférés, je dirais. Par

exemple, le Parlement, surtout à

l'intérieur du Parlement. La

Bibliothèque est quelque chose

qui est fantastique. En hiver,

quand on a le canal, c'est aussi

un endroit magnifique. Et

surtout de voir l'activité, les

gens qui profitent de l'hiver.

Et un endroit préféré, c'est là

où se trouvent les résidences de

l'Union européenne et

surtout la vue qu'on a.

On a une vue splendide sur la

rivière d'Ottawa et c'est comme

être dans le cinéma chaque jour

parce que j'ai une très, très

belle vue et je peux voir

l'évolution des saisons, et ça

change tout le

temps. C'est unique.


DANIEL LESSARD

Madame l'ambassadeur,

j'aimerais que vous nous parliez

un peu de vous. Vous êtes née et

avez grandi en Belgique.


MARIE-ANNE CONINSX

Tout à fait.

Je suis née à Tongres, et

Tongres, c'est la plus

vieille ville de Belgique

qui se trouve à l'est. Ça a

été fondé par les Romains.


DANIEL LESSARD

Hum hum. Et vos parents?


MARIE-ANNE CONINSX

Mes parents étaient, d'un côté

aussi... Ma mère, en tout cas.

Mais d'un côté, ils étaient de

la Wallonie, et de l'autre

côté, de la Flandre.


DANIEL LESSARD

Donc, vous parlez français,

anglais, néerlandais,

allemand...


MARIE-ANNE CONINSX

Et espagnol.


DANIEL LESSARD

Et espagnol.


MARIE-ANNE CONINSX

Tout à fait.


DANIEL LESSARD

C'est nécessaire... de parler

toutes ces langues quand

on est diplomate?


MARIE-ANNE CONINSX

Euh, je crois que c'est

très utile. Et surtout, si je

parlais, par exemple, uniquement

le néerlandais, je pourrais

pas me déplacer dans beaucoup de

pays. Et je crois que même dans

un pays trilingue, qu'est la

Belgique, il faut connaître les

trois langues. Et dans le monde

diplomatique, le plus qu'on

connaît, le mieux c'est.


DANIEL LESSARD

Donc, vous avez fait vos

études en Belgique,

à Gand, je pense?


MARIE-ANNE CONINSX

Oui, j'ai fait les études de

droit à l'Université de Gand. Et

puis, je suis allée à Cambridge

University, et après, à

l'Université... universitaire

des Études européennes à Nancy.


DANIEL LESSARD

Et vous étiez fin prête à

devenir... fonctionnaire,

d'abord, à l'Union européenne?


MARIE-ANNE CONINSX

Moi, je crois que quand j'ai

fait les études de droit, j'ai

hésité entre étudier le droit et

les mathématiques, dans le

temps. Mon père était professeur

de mathématiques et j'adorais

les maths. Mais c'est lui qui

m'a conseillé de

prendre autre chose

et je savais pas bien quoi

choisir, et j'ai choisi le

droit parce que ça donne les

possibilités. Et la dernière

année, j'ai eu un cours qui

m'a impressionnée et qui a été

déterminant pour ma carrière.

C'était "L'histoire de la

diplomatie européenne". Et quand

j'ai eu ce cours, j'ai su que

j'ai voulu aller à l'étranger et

continuer dans l'international.

Et j'ai fait un stage à la Cour

internationale de La Haye, et

j'étais convaincue, j'étais

passionnée par le droit

international et

le droit européen.


DANIEL LESSARD

Votre premier travail,

qu'est-ce que ça a été?

Votre premier emploi.


MARIE-ANNE CONINSX

Mon premier emp... J'étais

assistante parlementaire d'un

parlementaire européen. Et

après, j'ai passé ce qu'on

appelle un concours à la

Commission européenne, que j'ai

passé. Et j'ai commencé

au Service juridique de la

Commission européenne comme

fonctionnaire. Et je suis

fonctionnaire depuis

plus de 30 ans.


DANIEL LESSARD

Donc, de là, vous êtes jusqu'à

ambassadeur au Canada. Donc,

ça a été un trajet compliqué,

difficile? Est-ce que c'est

facile de devenir ambassadeur?

Est-ce qu'on dit: "Moi, je

voudrais devenir ambassadeur" et

puis on a le poste, ou si

c'est plus compliqué que ça?


MARIE-ANNE CONINSX

Euh, ce serait bien si c'était

tellement facile. Non, je crois

que c'est... une prolongation

d'un parcours... que j'ai suivi.

J'ai toujours été fascinée par

les relations extérieures, et la

plus grande partie de ma

carrière, je l'ai passée dans ce

domaine, et c'était évident

quand on a... Je me suis occupée

des relations entre l'Union

européenne et l'Amérique

latine, par exemple, au siège à

Bruxelles. Et c'était normal

que ce soit comme une diplomatie

nationale, quand on fait une

carrière au ministère des

Affaires étrangères, qu'on doive

aussi passer à l'étranger.

Et j'ai toujours voulu aller à

l'étranger, et mon premier poste

à l'étranger, c'était en étant

le numéro 2 à notre délégation

à New York, au sein des

relations... pour suivre les

relations multilatérales.


DANIEL LESSARD

Avant de venir au Canada,

vous êtes allée au Mexique.


MARIE-ANNE CONINSX

Avant le Canada, j'étais

ambassadeur... C'était mon

premier poste d'ambassadeur,

au Mexique, qui est aussi

fascinant, dans une partie

des Amériques qui est très

chaleureuse, avec laquelle aussi

on a un partenaire stratégique,

et on a aussi des dossiers

très importants, tout à fait

différents du Canada,

mais qui m'a fort plu.


DANIEL LESSARD

On a beaucoup parlé, madame

l'ambassadeur, en début

d'entrevue, de cette relation

commerciale entre le Canada et

l'Union européenne. Au-delà du

commerce, il y a une

relation... importante?


MARIE-ANNE CONINSX

Très importante. Je crois

que c'est le plus grand défi que

j'avais certainement en arrivant

au Canada. Quand on pense aux

relations Union européenne

et Canada, on pense toujours que

c'est économique et

commercial, et c'est tout.


DANIEL LESSARD

Et on a surtout l'impression

que si... par exemple, le Canada

va négocier directement avec la

France, avec l'Allemagne, avec

l'Angleterre, et que l'Union

européenne est peut-être un

partenaire intéressant, mais

peut-être pas aussi important.

Comment ça se définit, tout ça?


MARIE-ANNE CONINSX

D'abord, il y a une division

de compétences. Par exemple,

quand on négocie des accords

commerciaux, c'est exclusivement

avec l'Union européenne, parce

que c'est une compétence

exclusive. Les autres dossiers

qu'on traite, qui sont des

compétences un peu partagées

avec les États membres, bien

qu'ici au Canada, c'est moi

exclusivement qui représente

l'Union européenne au Canada.

Mais les relations sont beaucoup

plus le commerce. Par exemple,

nous coopérons... Le Canada

est un partenaire stratégique de

l'Union européenne. Nous avons

uniquement neuf partenaires

stratégiques dans le monde.


DANIEL LESSARD

Hum hum, hum hum.


MARIE-ANNE CONINSX

Et nous travaillons très

étroitement avec le Canada

dans le domaine extérieur,

par exemple en Ukraine, dans les

missions de paix dans le monde,

dans les dossiers humanitaires.

Le Canada est le seul pays non

européen qui participe dans

nos missions électorales,

d'observation électorale.

Alors, il y a une coopération

extrêmement étroite qui est pas

tellement bien connue. Il y a

une concertation, par exemple

sur les sanctions

contre la Russie.


DANIEL LESSARD

Oui.


MARIE-ANNE CONINSX

On travaille très étroitement

dans le domaine des sciences, la

recherche et l'innovation. Nous

avons, spécifiquement avec

le Canada et les États-Unis,

une coopération étroite dans

le domaine arctique et maritime.

Nous travaillons très

étroitement ensemble sur

l'Arctique, qui est aussi

pas bien connu, et en

matière d'éducation.

Nous avons des programmes

au niveau européen et des

États membres pour

promouvoir l'échange des

étudiants, la mobilité.


DANIEL LESSARD

Vous avez un programme,

d'ailleurs, hein, qui fait le

tour des écoles pour essayer

d'expliquer un peu ce que c'est,

l'Union européenne, ce

que c'est l'Europe?


MARIE-ANNE CONINSX

Tout à fait. Ça s'appelle

"Back to School", qu'on a depuis

2012, et c'est un programme

très populaire auquel

participent, à part moi-même et

les collègues de la Délégation,

aussi des ambassadeurs, d'autres

diplomates des États membres.

Et ça sert à donner de la

visibilité à l'Union européenne

et surtout pour expliquer ce que

ça veut dire, être membre de

l'Union européenne. Je crois que

c'est un programme fantastique.


DANIEL LESSARD

Quelles sont les questions

qu'on vous pose le plus souvent?


MARIE-ANNE CONINSX

Oh, ce que c'est, l'Union

européenne. Je veux dire que

c'est très, très mal connu.

"Quelles sont les divisions

de compétences? Que fait

un ambassadeur de l'Union

européenne? Quelle est la

différence avec les États

membres? Quel est le

rôle des États membres?"


DANIEL LESSARD

Hum hum, hum hum.


MARIE-ANNE CONINSX

Oui, il y a beaucoup de

questions, et toujours de

très bonnes questions.


DANIEL LESSARD

Et de très bonnes

réponses aussi, j'imagine.


Pendant que MARIE-ANNE CONINSX parle, on voit des images de la salle de réunion de l'Union européenne, le livre «Ma saison en enfer», une photo de l'ex-ambassadeur Fowler et des rebelles armés.


MARIE-ANNE CONINSX

J'aime beaucoup les livres

d'histoire qui sont basés

sur les vrais faits.

J'ai lu, pas récemment, mais

quand je suis arrivée,

le livre de l'ex-ambassadeur

Fowler, et ça, c'était

Une saison en enfer,

et c'était son expérience

extrêmement pénible quand il a

été pris en otage. Ça m'a

fort, fort impressionnée.


DANIEL LESSARD

Madame l'ambassadeur, dans la

foulée de la crise grecque, il y

a beaucoup, beaucoup de gens qui

remettent en question... non

seulement l'existence, mais

la survie ou l'avenir de l'Union

européenne. Est-ce

que vous êtes optimiste?


MARIE-ANNE CONINSX

Je suis optimiste en ce qui

concerne certainement l'avenir

de l'Union européenne. Je

crois que c'est... une réussite.

Je crois que pour comprendre les

forces de l'Union européenne, il

faut regarder un peu l'histoire

et réaliser que c'est une

institution, l'Europe. L'Union

européenne est relativement

jeune, à une soixantaine

d'années. Elle a été créée après

deux guerres mondiales qui

ont dévasté le

continent et l'Europe.

Et puis, il y a eu quand même

des politiciens brillants

qui ont eu l'idée de proposer un

système pour éviter la guerre,

et je crois qu'on a réalisé

dans cette période est

unique et remarquable.

La génération de mes parents

a connu encore la guerre

et maintenant, je crois que nous

sommes, l'union, le plus grand

projet de paix dans le monde.

Parfois, ça, ça a été un de

mes défis ici. L'Europe est

présentée comme l'Europe en

crise, ce que je n'accepte pas

parce que l'Europe

n'est pas en crise.

Elle a passé des moments

difficiles, mais l'Europe, c'est

la plus grande puissance

économique du monde. C'est aussi

la région la plus intégrée, la

région la plus riche au monde,

la plus compétitive. Mais elle a

connu, dans son histoire

et récemment, certaines

difficultés. Mais une des forces

de l'Europe, c'est que

chaque fois qu'il y a eu une

difficulté, une crise, elle en

est sortie beaucoup plus forte.


DANIEL LESSARD

Donc, l'Ukraine et la Grèce ne

vont pas faire éclater

l'Union européenne?


MARIE-ANNE CONINSX

Je crois que plutôt renforcer

certainement. Je dirais... C'est

chaque fois un test pour la

solidarité et l'unité de

l'Europe. Et aussi longtemps

que l'Europe maintient la

possibilité de rester unie,

l'union fait la force, je

crois qu'il y a pas de danger.

Et parfois... Avec l'Ukraine, je

crois que ça a renforcé encore

plus la solidarité, et ça a

aussi provoqué, je crois... On a

une nouvelle politique, une

stratégie énergétique de l'Union

européenne, qui a été provoquée

indirectement par

la situation en Ukraine.

On a un problème de sécurité

énergétique qu'on est en train

d'adresser aussi en renforçant

les liens avec des pays comme le

Canada et les États-Unis. Et

avec la Grèce, je crois que

c'est une situation

extrêmement difficile.

Mais on n'a pas manqué de

solidarité. La Grèce a

déjà obtenu dans le passé

un soutien énorme de la part de

l'Union européenne, énorme de la

part de beaucoup de pays membres

de l'Union européenne, y compris

l'Allemagne. Mais quand on fait

partie d'un club, il faut aussi

respecter certaines règles, et

je crois que nul ne doute, y

compris le gouvernement grec,

qui a des réformes qui sont

absolument nécessaires à faire.

Alors, on passe une période

difficile, mais j'ai pas de

doute qu'on va... on va

survivre à ces problèmes.


DANIEL LESSARD

L'impression qui s'est dégagée

et qui a été véhiculée dans

plusieurs médias, c'est que

l'Union européenne, maintenant,

c'est l'Allemagne, c'est Mme

Merkel et c'est le "crois ou

meurs" allemand. Est-ce

que c'est exagéré?


MARIE-ANNE CONINSX


Oui, tout à fait, tout à

fait. Je crois que, d'abord,

l'Allemagne c'est un pays,

je dirais, avec une puissance en

Europe, mais tous les pays, tous

les États membres dans l'Union

européenne comptent. Mais je

crois que, ensemble, avec

d'autres pays, surtout parce que

l'Allemagne a joué un rôle

important dans l'aide pour

la Grèce, elle a eu

une voix importante.

Mais l'Allemagne toute seule ne

peut rien faire dans l'Europe.


DANIEL LESSARD

Dans les grands défis de

l'Union européenne, beaucoup de

journaux européens, en tout

cas que j'ai vus récemment,

disaient: le plus grand défi

au-delà, bon, de la crise en

Grèce et en Ukraine, c'est tous

ces gens qui quittent leur pays,

qui arrivent en Italie, qui

arrivent en Hongrie, et qui

arrivent par milliers par

bateau, souvent dans des drames

considérables. Comment on

fait face à ce défi-là?


MARIE-ANNE CONINSX

Oui, il y a plusieurs défis et

c'est un défi récent qu'on a ce

flux de migrants et de réfugiés.

Mais il faut faire la

distinction. On peut pas les

mettre tous ensemble. Mais

surtout les immigrés irréguliers

qui viennent en masse en Europe.

C'est un défi que l'Europe

est en train d'adresser par des

mesures assez complexes. On peut

pas dire qu'il y a une solution,

par exemple pour les réfugiés,

pour avoir aussi... que par le

poids et sur quelques États

comme la Grèce, l'Italie et

l'Allemagne, mais que c'est un

peu la solidarité, qu'on

partage le poids des réfugiés.

Et les autres, on est en

train de les régler par d'autres

mesures, par exemple les bateaux

qui se trouvent en Méditerranée,

mais aussi, je dirais, en

essayant de créer et de soutenir

le processus de paix et la

construction d'un État en

Libye, et surtout en continuant

d'aider les pays dont

viennent ces immigrants.


DANIEL LESSARD

En terminant, madame

l'ambassadeur, après le Canada?


MARIE-ANNE CONINSX

Après le Canada, ce sera

le retour à Bruxelles, parce

qu'après deux postes, on est

obligé de retourner au siège.

Et je me réjouis déjà parce

qu'en plus, le siège,

c'est mon pays.


DANIEL LESSARD

Hum hum.


MARIE-ANNE CONINSX

Et j'ai aucune idée quel poste

va m'attendre là-bas, mais...


DANIEL LESSARD

Et éventuellement,

retraite en Bavière?


[MARIE-ANNE CONINSX:]]

Euh, pas tout de suite.


DANIEL LESSARD

Vous êtes encore toute jeune.


MARIE-ANNE CONINSX

Mais après quelques années,

certainement, et la retraite

sera certainement en Bavière.

C'est un peu mon endroit préféré

en Europe. La Bavière est

magnifique. Oui, je me réjouis.


DANIEL LESSARD

Madame, merci infiniment.


MARIE-ANNE CONINSX

C'est moi qui vous

remercie beaucoup.


Générique de fermeture




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