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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Robert et Denise Martel

Robert and Denise have over 100 boarders who take up all their time! Indeed the Martel couple are alpaca breeders. Alpaca is a high end fiber; it’s warmer, softer, more resistant and a lot lighter than sheep wool. The alpacas look a lot like llamas and the Martels who started with 9 heads now have over a hundred on their Bruce Mines farm near Sault-Saint-Marie in Northern Ontario. But Robert and Denise have more plans…..



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que LINDA GODIN présente ses invités, ROBERT MARTEL et DENISE MARTEL, éleveurs et propriétaires de la ferme Meadowview Alpaca, on présente des images d'alpagas et de la production de la laine de cet animal.


LINDA GODIN

Il n'y a pas si longtemps, on

ne connaissait pas grand-chose

des alpagas. Mais depuis

quelques années, les produits

faits en laine d'alpaga se

voient davantage sur les

tablettes des magasins. Comme la

demande de laine d'alpaga

augmente, le nombre d'éleveurs

aussi. On en dénombre près de

200 au Canada. C'est en Ontario

que l'on retrouve le plus grand

nombre de fermes. Robert et

Denise Martel font partie de

cette cohorte d'éleveurs. Après

avoir passé leur carrière en

éducation, le couple a décidé

de se lancer dans l'élevage

d'alpagas. Ils ont une

ferme à Bruce Mines près de

Sault-Sainte-Marie dans le nord

de l'Ontario. Des neuf bêtes au

départ, ils en ont présentement

130 et ça ne s'arrêtera pas là.


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de ROBERT MARTEL et DENISE MARTEL.


LINDA GODIN

Denise et Robert

Martel, bonjour.


ROBERT MARTEL ET DENISE MARTEL

Bonjour.


LINDA GODIN

Comment une directrice et un

directeur d'école finissent par

devenir des éleveurs d'alpagas?


ROBERT MARTEL

Ça, c'est une longue histoire.

Mais ça commence vraiment avec

Steak et Hamburger. Veux-tu en

parler un petit peu, Denise.


DENISE MARTEL

Bien, ça commence

vraiment avant ça.


ROBERT MARTEL

Oui, oui, un petit peu avant

ça. Oui, oui, d'accord. J'étais

sur le point de prendre ma

retraite et je ne me voyais

pas à la maison. Denise était

obligée de continuer au travail

pendant un autre quatre, cinq

années. Donc je ne me voyais pas

être assis à la maison à ne rien

faire. Donc j'ai dit: peut-être

une petite ferme. Et on voulait

être sur l'eau aussi et sur

cette propriété ici, il y a

un lac aussi. Donc on peut se

permettre d'aller se baigner

quand ça nous tente et des

choses comme ça. Donc on avait

décidé d'acheter la maison et

d'avoir quelques petits animaux.


LINDA GODIN

OK.


ROBERT MARTEL

Et puis quand on a déménagé

ici, Denise avait rencontré un

fermier et le fermier lui a

offert, il lui a dit: "Tu as une

ferme maintenant, peut-être

que tu voudrais avoir quelques

petits veaux." Et puis Denise,

veux-tu y aller avec l'histoire

de Steak et Hamburger? Elle

raconte mieux l'histoire

que moi je la raconte.


LINDA GODIN

Il nous a offert un petit veau

et j'ai dit oui, naturellement.

On avait une petite fermette. Et

il nous a dit: "Mais n'oublie

pas, ce petit veau-là, il ne

faut pas que tu t'attaches trop,

trop. Appelle-le Steak pour t'en

rappeler. C'était un fermier

avec le sens de l'humour.


ROBERT MARTEL

C'est un mauvais tour qu'il

nous jouait, parce qu'on

le sait: tout le monde qui a des

fermes sait que tu ne donnes pas

un nom à un animal

que tu vas manger.


LINDA GODIN

En tout cas, on a pris Steak.

Steak avait à peu près six

semaines dans ce temps-là. On

l'a emmené à la maison. Et moi,

je faisais bien attention pour

ne pas trop m'attacher à Steak.

Mais après trois semaines, Steak

est tombé malade. Alors il

a fallu faire entrer le

vétérinaire. On a appris plein

de choses. J'ai appris à donner

des piqûres. Mais Steak ne

voulait pas boire son lait dans

le seau. Alors j'ai été obligée

de lui donner son lait avec

un biberon. Et là, il me suivait

partout comme un petit chien.

Fait que là, on a figuré: OK,

c'est le temps d'avoir un petit

ami à Steak. Fait qu'on est

allés voir le fermier encore et

on a eu Hamburger. Fait que

là, on avait Steak et Hamburger.

Et Steak et Hamburger étaient

les deux seuls animaux dans la

basse-cour. Alors naturellement,

quand on allait travailler

autour de la grange, dans la

basse-cour, ils nous suivaient

partout. Alors après deux, trois

mois, moi, j'ai dit à Robert: Tu

sais, cette idée d'élever des

animaux pour de

la viande,

(Hésitant)

hum...


LINDA GODIN

Peut-être pas pour nous.


ROBERT MARTEL

C'est plus difficile.


DENISE MARTEL

C'était un petit peu plus

difficile qu'on le pensait. Et

puis lui, il était encore à

l'école et il a trouvé le petit

journal agricole qui vient de la

région d'Ottawa. Il y avait un

article là-dedans un sujet des

alpagas. On n'avait jamais

entendu parler d'alpagas. Alors,

il a apporté le petit journal

à la maison et il a dit: "Tiens,

lis cet article-là, ça a

l'air intéressant."


ROBERT MARTEL

"Ça a l'air intéressant."

Exactement.


DENISE MARTEL

Alors j'ai trouvé ça très

intéressant. J'ai dit: c'est ça

qu'on va élever, parce qu'on

peut les élever, on tond à

chaque année, on n'a pas

besoin d'envoyer les animaux à

l'abattoir, ça faisait

bien mon affaire.


ROBERT MARTEL

C'est une ressource

renouvelable.


DENISE MARTEL

C'est ça.


LINDA GODIN

Oui, aussi. Mais vos plans

originaux, là, c'est vous

qui étiez à la maison à ce

moment-là, alors que c'est vous,

Robert, qui deviez rester à la

ferme. Il y a une circonstance

qui a fait que c'était moi qui

étais supposé rester à la ferme.

Par contre, Denise, juste au

moment où je prenais ma retraite

et qu'on était en marche

d'acheter cette ferme ici,

Denise est tombée malade,

d'une maladie très sérieuse.


DENISE MARTEL

J'avais le cancer au sein,

mais c'était le cancer au

sein plus agressif, un cancer

inflammatoire. C'est le plus

agressif qu'il y a. C'est rare

de trouver des personnes qui

s'en sortent. Alors j'étais très

chanceuse. J'avais un oncologue

qui était merveilleux. Alors

moi, j'étais à la maison et

Robert avait été

placé dans mon poste.


LINDA GODIN

Vous aviez une ferme, des

animaux à élever, même si

les alpagas n'étaient pas encore

dans le portrait, je pense,

à ce moment-là, hein?


ROBERT MARTEL

Non.


LINDA GODIN

Est-ce que ça a été une

transition aisée ou

facile pour vous?


DENISE MARTEL

Ça a été une transition facile

franchement. Quand je suis

tombée malade, mon médecin

m'a dit que j'avais besoin de

changer mon style de vie.

Je suis convaincue qu'à ce

moment-là, le stress avait

ajouté beaucoup et c'est une des

raisons pour lesquelles je

suis tombée malade.


ROBERT MARTEL

Et ne demeurant sur la ferme,

ça a fait la transition beaucoup

plus facile pour changer notre

style de vie. Et la nourriture

qu'on mangeait aussi. En tout

cas, je crois que tout le

processus, c'est ça qui était la

clé du succès pour Denise.


LINDA GODIN

Mais revenons aux alpagas.

Donc après l'aventure Steak et

Hamburger, vous vous êtes dit:

Non, on ne veut pas avoir des

animaux qu'il faut abattre. Les

alpagas sont revenus quand vous

avez fait cette recherche-là, et

au début, vous avez acheté

quoi, neuf alpagas?


DENISE MARTEL

On en avait acheté neuf.


ROBERT MARTEL

C'est ça.


LINDA GODIN

C'est facile à

élever ces animaux-là?


ROBERT MARTEL

C'est des animaux assez

faciles à élever, mais la

nutrition, c'est très important.

Et pour avoir une excellente

fibre, il faut que tu

t'occupes de la nutrition.


DENISE MARTEL

De la nutrition, de la

santé de l'animal, tout ça.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qu'il y a à faire en

fait avec un alpaga? Est-ce

que c'est la laine uniquement?


ROBERT MARTEL

Voyez-vous, si on demeurait au

Pérou, l'animal au complet

serait utilisé. Non seulement on

le tondrait, mais aussi,

on l'utiliserait

pour la nourriture.


LINDA GODIN

La viande.


ROBERT MARTEL

La viande, exactement. Donc

tout l'animal est utilisé d'un

bout à l'autre. Par

contre, ici, non.


DENISE MARTEL

On pourrait les utiliser pour

la viande. Il y a des fermes qui

s'en servent pour la viande. La

majorité des éleveurs d'alpagas

ne veulent absolument rien

savoir. C'est un point

très contentieux.


LINDA GODIN

Vous êtes parmi les plus

grands éleveurs en Ontario.


DENISE MARTEL ET ROBERT MARTEL

Oui.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y a en a tant que

ça des éleveurs d'alpagas ici?


ROBERT MARTEL

Oui, environ, quoi?

150 fermes enregistrées.


DENISE MARTEL

Je crois qu'à

l'association provinciale,

Alpaca Ontario, je crois qu'il y

a à peu près 155 membres. Alors,

ça en fait quand même plusieurs.

Mais plusieurs sont de petites

fermes. C'est surtout, vois-tu,

au début, les éleveurs qui

rentraient là-dedans, c'étaient

surtout des gens qui étaient

intéressés à élever les

animaux et à les revendre.


LINDA GODIN

OK.


DENISE MARTEL

Mais des éleveurs, c'est quand

même limité. Tu peux juste en

avoir tant et à un moment donné,

le marché est saturé. Nous, ce

qu'on a décidé dès le début,

c'est qu'on voulait travailler

avec la fibre parce qu'après ça,

c'est ça le produit de l'animal.

On peut juste avoir tant

d'éleveurs. À un moment donné,

il faut qu'il y ait un produit,

un produit final. Et puis, c'est

ce qu'on a fait. On a travaillé

la fibre. On a appris à

connaître la fibre. J'ai pris

des cours pour savoir comment

faire pour avoir le produit de

la meilleure qualité possible.


L'entrevue se poursuit dans un bâtiment de la ferme Meadowview Alpaca.


LINDA GODIN

Denise, il y a

différentes catégories de fibres

de laine d'alpaga.

Parlez-moi-en un petit peu.


DENISE MARTEL

Au Canada, la fibre d'alpaga

est divisée en six catégories.

On appelle ça six "grades". Et

puis, lorsqu'on fait la tonte,

on fait la récolte de la fibre,

on la met sur une table spéciale

et à ce moment-là, on fait le

triage. C'est-à-dire, on enlève

les différentes catégories pour

les séparer, on veut que chaque

sac soit uniforme

selon une catégorie.


LINDA GODIN

Donc j'imagine, grade 1,

c'est la meilleure qualité.


DENISE MARTEL

C'est ça. C'est ce

qui est plus fin.


LINDA GODIN

Où est-ce qu'on la retrouve

cette laine-là? C'est-tu sur

différentes parties du corps?

Comment ça fonctionne?


DENISE MARTEL

C'est surtout ce qu'on appelle

la couverture. C'est-à-dire,

si on pense à une couverte qu'on

met sur un cheval, mais agrandie

un petit peu, c'est la partie

qu'on recouvrerait

sur un alpaga.


LINDA GODIN

OK, le dos.


DENISE MARTEL

C'est ça. Le dos et les côtés.

Mais c'est pas sur tous les

animaux. Donc ça dépend de la

génétique de l'animal, ça dépend

de l'âge de l'animal, ça

peut dépendre jusqu'à un certain

point sur la nourriture

de l'animal.


L'entrevue reprend dans la demeure de DENISE MARTEL et ROBERT MARTEL.


LINDA GODIN

Denise et Robert, on est

en 1990, vous êtes enseignants à

Sault-Sainte-Marie. Le conseil

municipal adopte un règlement

qui fait de l'anglais l'unique

langue officielle de la ville

et là, éclate une crise

linguistique qui a fait les

manchettes à travers le pays.

Comment était le climat

là-bas à ce moment?


ROBERT MARTEL

Oh là là...


DENISE MARTEL

C'était un moment

très difficile.


ROBERT MARTEL

Il y a pas de doute là.


DENISE MARTEL

C'était...

Il y avait un climat très, très

négatif dans la communauté.

On aurait dit que le fait que le

conseil municipal a adopté ceci,

c'était comme donner permission

à tous ceux qui étaient

anti-francophones à s'exprimer

davantage. Pour nous, on était

un petit peu choyés puisqu'on

travaillait dans une école de

langue française. On était

entourés de francophones tout le

temps. Alors on était choyés

de ce côté-là. Les gens

qui travaillaient dans la

communauté, qui étaient

dans des entreprises...


LINDA GODIN

Qui avaient des

collègues anglophones.


DENISE MARTEL

C'est ça. Eux autres ont

trouvé ça un petit

peu moins drôle.


ROBERT MARTEL

On était vraiment chanceux

de... Premièrement, quand on a

appris qu'il y était pour avoir

une résolution qui était pour

être soumise, je croyais

vraiment pas qu'ils

étaient pour la passer.


LINDA GODIN

OK.


ROBERT MARTEL

C'est pour ça qu'il y a très

peu de francophones à la

soirée où ça a été passé. Les

francophones pensaient vraiment

pas que c'était pour passer.

Ça faisait pas de sens.


LINDA GODIN

Sentiez-vous un sentiment

anti-francophone?


DENISE MARTEL

Il y avait une pétition qui

circulait dans la communauté.


LINDA GODIN

Oui.


DENISE MARTEL

Il y avait une minorité de

personnes qui écrivaient

des lettres qui étaient

anti-francophones. On ne s'en

est pas fait. On s'est dit que

c'était un petit groupe qui

essayait de... qui parlait fort,

qui essayait de broyer les

choses un petit peu, mais que ça

passerait. Et on ne voulait

pas enflammer les

choses en réagissant.


LINDA GODIN

En répondant à ça, oui.


DENISE MARTEL

On va laisser les choses

et ça va se passer.


LINDA GODIN

Mais vous, Denise et Robert,

vous étiez aux premières loges.

Vous avez reçu des

menaces à ce moment-là.


ROBERT MARTEL

Oui. Nous, on faisait partie

du comité et le comité, c'est

un comité organisateur qui

organisait la résistance. Et on

figurait aussi tous les deux

parce que j'étais le directeur

de l'école secondaire, donc on

était tout le temps dans les

journaux, à la

télévision, à la radio...


LINDA GODIN

À l'avant-scène.


DENISE MARTEL

C'est ça.


LINDA GODIN

Mais quelles sont les menaces

que vous avez reçues exactement?


DENISE MARTEL

Eh bien, ce qui est arrivé à

un moment donné, c'est qu'il y a

quelqu'un qui nous a envoyé une

carte en nommant nos enfants, en

nommant l'école à laquelle

allaient nos enfants.


ROBERT MARTEL

Les autobus!


DENISE MARTEL

Oui, même les autobus.


LINDA GODIN

Qu'ils prenaient.


DENISE MARTEL

Oui, et ils ont menacé... Je

ne me rappelais pas si c'était

menaces à la vie, mais en tout

cas, c'était assez sérieux pour

qu'on appelle la police. Et on

n'était pas les premiers. Il y

en avait une couple d'autres

parmi les gens, les

membres du comité.


ROBERT MARTEL

Les francophones, oui.


DENISE MARTEL

Mais le comité, on a eu une

grosse discussion à un moment

donné: est-ce qu'on rend ça

public ou non? Il y en avait qui

pensaient "On garde ça secret,

on n'en parle pas parce que ça

va devenir pire." Et nous, on se

disait: Non, c'est pas possible,

il faut que les gens de la

communauté de Sault-Sainte-Marie

sachent qu'est-ce qui se passe.


ROBERT MARTEL

C'était une

décision consciente.


DENISE MARTEL

C'était rendu sérieux.


ROBERT MARTEL

Ce qui s'est produit pendant à

peu près six mois de temps, on

nous faisait le procès dans

les journaux, des

lettres sans arrêter.


DENISE MARTEL

Des attaques.


ROBERT MARTEL

C'était SAPELR qui faisait ça.

C'était une organisation pour la

protection et pour garantir

les droits pour les anglophones.


DENISE MARTEL

Et encore, ça revenait à toute

la question qu'une fois que le

conseil municipal avait adopté

cette résolution-là, qui était

vue par tout le monde à travers

le pays anti-francophones,

ça donnait vraiment permission à

ceux qui étaient vraiment

anti-francophones de s'exclamer,

de déclarer, de parler contre

les francophones,

d'insulter, tout ça. Alors--


LINDA GODIN

Et donc là, vous

recevez ces menaces-là.


DENISE MARTEL

Oui.


LINDA GODIN

Vous décidez d'aller

voir la police?


ROBERT MARTEL

Absolument.


LINDA GODIN

On a appelé la police,

absolument, parce qu'il fallait

que nos enfants soient protégés.

Alors notre maison était sous la

protection de polices. Si jamais

il y avait un appel, ils

savaient qu'ils devaient se

rendre rapidement. Mais ce qui

est arrivé, c'est qu'on a décidé

aussi, non seulement qu'on était

pour parler à la police, mais

on était pour parler aux

journalistes. Là, ce qui est

arrivé, c'est que la majorité

silencieuse, la plus grande

partie de la population de la

ville s'est révoltée et a dit:

"Qu'est-ce qui se passe dans

notre communauté? Quand même, on

demeure au Canada. Qu'est-ce qui

se passe qu'il y a des menaces à

des enfants parce que ce sont

des enfants qui

parlent le français."


LINDA GODIN

C'était la ligne à ne pas

franchir. Dans le

fond, c'est ça.


ROBERT MARTEL

C'est ça, et c'est ça

qui a fait la différence.


DENISE MARTEL

C'était le point tournant.


ROBERT MARTEL

Le climat a totalement changé.


DENISE MARTEL

C'était le point tournant

et à ce moment-là, il y a eu

tellement de réactions négatives

contre ces personnes-là qui

étaient anti-francophones qu'ils

ont été obligés de se fermer

complètement et ça a été la fin.

Ça a mis fin à toute l'affaire.


ROBERT MARTEL

Et je crois que les journaux

ont commencé à empêcher

ces lettres-là. Ils ne les

publiaient plus. N'importe

quelle lettre qui était négative

n'était plus publiée, donc ça a

éliminé leur façon

d'attaquer les francophones.


DENISE MARTEL

C'était vraiment

le point tournant.


ROBERT MARTEL

Dans nos écoles françaises, on

a perdu un tiers de nos profs.

Les gens ont tout

simplement quitté.


LINDA GODIN

(Surprise)

Han! Après la crise?


ROBERT MARTEL

Tout d'un seul coup.


DENISE MARTEL

Dans l'année qui a suivi, on a

perdu un tiers de nos profs,

un tiers de nos élèves.


LINDA GODIN

Hé, c'était noir.


ROBERT MARTEL

Un tiers de nos

élèves a quitté.


DENISE MARTEL

Les gens qui travaillaient dans

la communauté anglophone...

Comme j'avais dit tantôt, nous,

on était choyés, parce qu'on

était entourés de francophones

tous les jours à la journée

longue. Mais les gens qui

travaillaient dans la communauté

anglophone avaient subi beaucoup

pendant six mois de temps.

C'était six mois qui étaient

lents. Alors il y en a plusieurs

qui ont décidé: "Moi, je fiche

mon camp. Je m'en vais à quelque

part d'autre où je me sens

à l'aise de m'exprimer en

français, d'élever mes

enfants en français..."


LINDA GODIN

Donc pourquoi rester?


ROBERT MARTEL

Parce qu'on est

des têtes de cochon?

Parce que nous, on était--


DENISE MARTEL

Des têtes dures!


ROBERT MARTEL

On s'est tout le temps sentis

confortables dans notre peau.

Les gens ne peuvent pas nous

influencer. On a tout le temps

cru dans nos principes de base

et il n'en était pas question.


LINDA GODIN

Aviez-vous l'impression que si

vous déménagiez, vous leur

donniez un peu raison?


ROBERT MARTEL

Peut-être un peu ça aussi.

Oui, mais en fin de compte, on

était bien dans nos écoles et on

jouait un rôle important dans la

communauté francophone. Et puis,

si nous on partait, ça

aurait eu un impact aussi.


LINDA GODIN

Ça fait 25 ans que cette

crise-là a eu lieu. Comment

c'est maintenant entre

les deux communautés?


DENISE MARTEL

Les deux communautés

s'arrangent très

bien maintenant.


ROBERT MARTEL

Oui.


DENISE MARTEL

La communauté de

Sault-Sainte-Marie a souffert

beaucoup dans les deux,

trois années qui ont

suivi économiquement.

Parce qu'il y a quand même

beaucoup de francophones, tu

sais, pas nécessairement à

Sault-Sainte-Marie, mais disons,

à Blind River, à Elliot Lake.

Tu sais, il y avait beaucoup de

francophones qui venaient

faire le magasinage à

Sault-Sainte-Marie. Il y a

beaucoup de commerces

qui ont fermé.


ROBERT MARTEL

Une de nos décisions de comité

était d'inviter toutes les

associations francophones à ne

plus venir à Sault-Sainte-Marie,

parce que Sault-Sainte-Marie

était un centre où les gens

avaient leurs conférences, leurs

activités, des réunions. On

les faisait au Sault parce que

c'était vraiment très bien.

Alors, à partir de ce moment-là,

non seulement les organismes

francophones, mais des

organisations anglophones ont

refusé de venir au Sault,

parce que c'était une ville

intolérante. Maintenant, il

y a eu un impact aussi qui

était positif, parce que les

francophones, à différents

moments donnés, il y a avait des

petites chicanes internes

qui se passaient.


DENISE MARTEL

Des petites grosses chicanes.


ROBERT MARTEL

Entre francophones, on

est bons pour ça.


LINDA GODIN

Oh oui.


ROBERT MARTEL

Mais par contre, quand la

résolution a été marquée, a

été mise sur les livres, les

francophones se sont resserré

les coudes. Et puis quand

la première journée, la première

réunion qu'ils ont eue, il y

avait près de 1000 personnes

devant la mairie, toutes des

francophones, des gens qui

parfois ne s'entendaient pas sur

la même chose, là, tout le monde

s'entendait sur la même chose.


DENISE MARTEL

C'était unifiant.


ROBERT MARTEL

Tout le monde était déterminé,

compagnons ensemble. On a marché

sur cette ville-là, sur la

mairie pendant une année

de temps et ça a un impact. Pour

les francophones, jusqu'à un

certain point, c'était négatif,

mais c'était aussi positif,

parce qu'on s'est resserrés

et on s'est tenus ensemble.


L'entrevue se poursuit dans un bâtiment de la ferme de Meadowview Alpaca.


LINDA GODIN

Robert, vous donnez des

noms à vos alpagas. Pourquoi?


ROBERT MARTEL

C'est une façon de les

identifier et puis peut-être

aussi parce que chaque animal a

une personnalité. Donc nous, on

dit que les animaux naissent

avec un nom et c'est à nous

de le découvrir. Selon leur

personnalité et ces choses-là,

on décide du nom

quelques journées après.


LINDA GODIN

OK. Quel est le nom le plus...

Je sais pas, original que

vous avez donné par exemple?


ROBERT MARTEL

Euh... Je pense qu'on pourrait

dire peut-être le

Général Vanier.

On a un animal qu'on a appelé

Général Vanier parce que c'est

un petit animal, mais qui est

très corsé et qui a pas peur.

Fait qu'on l'a appelé Général

Vanier parce que la famille

de Denise est de descendance

Vanier. Et justement, on vient

d'aller à une réunion de

famille qui était les Vanier.


LINDA GODIN

Est-ce que des fois vous

arrivez, vous êtes

en rupture d'idées?


ROBERT MARTEL

Non, pas vraiment. Souvent,

Denise aussi va choisir des noms

qui vont avec le nom de la mère.

Comme celle-ci qui est couchée à

nos pieds, c'est Empress, eh

bien son bébé, on

l'a appelé Duke.


LINDA GODIN

Est-ce que vous cherchez

toujours à faire cette lignée-là

entre les parents et les petits?


ROBERT MARTEL

Parfois, parce que c'est plus

facile de se rappeler des noms à

ce moment-là parce qu'après

tout, on en a 130. Donc on aime

bien... Il faut se

rappeler des noms.


L'entrevue reprend dans la demeure de DENISE MARTEL et ROBERT MARTEL.


LINDA GODIN

Denise et Robert, vous avez

été enseignants, enseignantes,

directeur, directrice d'école,

jusqu'à quel point ça, cette

nature d'éducateur qui est en

vous est venue vous aider dans

le développement de

votre entreprise?


ROBERT MARTEL

Le désir d'apprendre

tout le temps, c'est ça.


DENISE MARTEL

Ça, c'était

primordial, je pense.

Parce que c'était un domaine qui

était totalement, totalement

nouveau, inconnu pour nous.

Alors il a fallu faire des

études, participer à des

ateliers, faire toute sorte de

ce genre de choses-là, apprendre

à connaître ces gens qui

utilisent nos produits pour

savoir ce qu'ils voulaient.


ROBERT MARTEL

Si, mais c'est pas simplement

partir de l'animal et apprendre

à développer l'animal, à le

faire vivre, à le tondre,

à avoir la meilleure fibre. Mais

ça va jusqu'à du marketing, à la

vente, au développement de

produits. Il y a plein de

choses que ça regroupe. Comme

éducateurs, c'est pas exactement

dans notre nature de savoir

comment faire du marketing,

faire des produits. Combien

est-ce qu'on les vend? Comment

est-ce qu'on calcule le prix?


LINDA GODIN

Le profit. On est supposé

faire combien de profit?


DENISE MARTEL

Tout le côté business, le côté

business, entreprise, c'était

inconnu pour nous, le commerce.


LINDA GODIN

Mais au-delà de ça, de

l'animal et de faire des

affaires, le marketing et tout

ça, mais vous avez aussi

voulu amplifier, agrandir les

connaissances à propos du

produit. Vous offrez des cours

sur la laine d'alpaga, tout ça.


DENISE MARTEL

Faut dire, on a développé

une trousse avec une vidéo qui

montrait comment faire la tonte

des alpagas pour être capable

d'avoir le meilleur produit

final au bout de la ligne. Alors

ça, c'était un de nos projets et

ça a mené à d'autres choses.

Et finalement, l'association

provinciale est venue nous

chercher pour aider à développer

le côté industrie de la fibre.

Ce qu'on a fait, c'est qu'on

a fait une demande pour une

subvention de la part d'Alpaca

Ontario et on a développé plein

de choses, entre autres, des

cours. Il y avait des cours qui

avaient commencé à être donnés

dans l'Ouest canadien, mais ça

n'avait pas vraiment abouti.

C'était pour que les jeunes

développent les habilités pour

savoir comment prendre la fibre,

la classer comme il faut,

l'envoyer à la filature et

savoir quel genre de produit

les différentes

catégories pourraient...


LINDA GODIN

Donner?


DENISE MARTEL

C'est ça. Qu'est-ce que ça

pourrait donner. Et puis, oui,

de toute façon, on a développé

des cours et maintenant,

au Canada, neuf ou dix classeurs

certifiés ici en Ontario

depuis la dernière année.


LINDA GODIN

Vous, vous avez commencé à

transformer, justement, et

à avoir des produits de la laine

d'alpaga. C'est pas si

connu que ça aujourd'hui--


ROBERT MARTEL

Justement.


LINDA GODIN

Mais à l'époque, il y a quoi?

Une dizaine d'années, ça l'était

encore moins. Comment vous

avez fait pour faire connaître

davantage les

produits justement?


DENISE MARTEL

On a fait beaucoup, beaucoup

de promotion. On amenait les

animaux à des événements. C'est

un animal qui est très gentil,

qui est très doux, qui a

beaucoup de personnalité. On

amenait nos ambassadeurs, si

tu veux, à des événements où ils

pouvaient interagir

avec le public.


ROBERT MARTEL

Et ça, ça a aidé. Et puis,

c'est un animal qui est gentil.

Donc les gens voulaient toucher

et ils touchaient à l'animal. Et

ils touchaient l'animal et ils

disaient: "Oh mon Dieu, c'est

doux." Je disais: Bien oui,

regarde donc ce qu'on fait

avec les produits maintenant.


DENISE MARTEL

C'est ça.


LINDA GODIN

Mais où est-ce que vous vendez

vos produits? Est-ce que vous

vendez en ligne? C'est quoi les

réseaux de vente dans le fond?


DENISE MARTEL

C'est surtout le

marché des fermiers.


LINDA GODIN

C'est vrai?


DENISE MARTEL

Oui. Pour nous, c'est bien

tombé, parce que tout le

mouvement "Achetez localement",

"allez rencontrer les

fermiers de votre région"--


LINDA GODIN

C'est la tendance. C'est

toujours la tendance.


DENISE MARTEL

C'est ça. L'autre chose aussi

qui est arrivée à peu près

en même temps, c'est que les

mennonites ont déménagé dans

la région. Donc, ça a

ajouté beaucoup, beaucoup à

l'atmosphère agricole de la

région. Et il y a une agence qui

s'est embarquée là-dedans pour

promouvoir davantage. Et même si

nous, on ne fait pas pousser de

légumes dans nos jardins qu'on

veut vendre, ils nous ont

embarqués là-dedans. C'est

pas de la nourriture qu'on fait,

mais ils nous ont embarqués

là-dedans parce qu'on est quand

même fermiers. C'est quand même

un domaine agricole. Alors

non, c'est bien tombé. Le timing

était parfait. Il y a un

mouvement pour faire ça.


LINDA GODIN

Là, vous avez à peu près 130

bêtes, 130 alpagas. Vous voulez

grossir ça jusqu'à combien?


ROBERT MARTEL

Jusqu'à 400 animaux.

Parce qu'en ce moment--


LINDA GODIN

C'est quoi votre but ultime?


ROBERT MARTEL

Avoir plus de fibre. Parce

qu'à mesure que notre marché se

développe, on a besoin de plus

de fibre. Et un des problèmes,

c'est qu'on ne peut pas en

acheter de la fibre. Il n'y

en a pas. Quand les gens la

regardent, font des produits

et vendent leurs produits et

vendent leurs produits en

grande partie. Donc c'est très

difficile à acheter la fibre. Ou

on sait pas comment la récolter,

donc c'est pas une fibre de

qualité, donc nous, on ne

veut pas l'acheter.


LINDA GODIN

Oui, oui, je comprends.

Mais avec 400--


DENISE MARTEL

Si la récolte est pas faite

comme il faut, nous, on ne veut

pas la fibre, parce qu'on s'est

déjà fait offrir de la fibre par

des gens qui voulaient rien

savoir de la fibre. C'est juste

l'élevage des animaux qui

les intéresse. Et moi, c'est pas

récolté comme il faut, c'est

trop de travail et ça ne fait

pas un produit de qualité. Alors

je veux rien savoir. C'est la

raison principale pour laquelle

on a développé les cours,

pour que les éleveurs d'alpaga

apprennent comment faire une

récolte qui va leur donner

un produit de qualité.


ROBERT MARTEL

Oui, parce que notre danger

était que les gens produisent

des bas et tu mets les bas et ça

pique et c'est pas confortable,

donc ça nous donne

une mauvaise réputation.


LINDA GODIN

C'est pas des bonnes affaires.


ROBERT MARTEL

Donc il fallait que je fasse à

ce moment-là, il fallait

s'assurer en général qu'on fasse

la promotion pour que tous les

produits d'alpaga à travers la

province soient de qualité.


LINDA GODIN

Vous n'êtes plus des

retraités, c'est une deuxième

carrière que vous avez là.


ROBERT MARTEL ET DENISE MARTEL

Oui, c'est ça.


LINDA GODIN

Et elle est sérieuse. Vous

êtes en affaires

par-dessus la tête.


ROBERT MARTEL

C'est très motivant quand

même. Il faut que les choses

bougent. Et cette organisation,

avec nos partenaires, nous avons

des réunions régulières et c'est

quelque chose qui est pris très

au sérieux. Et on avance très

bien, on se fixe des objectifs à

chaque année et on

travaille vraiment vers ça.


DENISE MARTEL

Mais c'est très intéressant.

On a fait beaucoup, beaucoup

de choses qui étaient

passionnantes.


LINDA GODIN

Dans votre vie.


DENISE MARTEL

Oui. On a appris beaucoup

de choses. On communique avec

beaucoup de gens. Il y a

beaucoup de social là-dedans. Il

y a beaucoup d'idées créatives

qui sortent de là. S’asseoir et

rien faire et se tourner les

pouces, c'est pas

dans notre nature.


ROBERT MARTEL

On serait malheureux.


LINDA GODIN

Ni de l'un, ni de l'autre. Il

y en a pas un qui traîne

l'autre dans cette aventure-là.


ROBERT MARTEL

Non, non, non. C'est

un vrai partenariat.


LINDA GODIN

Denise et Robert Martel, je me

souhaite une retraite aussi

active que la vôtre

un jour. Merci beaucoup.


DENISE MARTEL

De rien


ROBERT MARTEL

De rien ça nous

a fait plaisir.


Générique de fermeture


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