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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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denise truax: Prise de Parole Director

If Prise de Parole has become the largest French-Canadian publishing house outside of Quebec, it is largely thanks to Denise Truaux, who has been at its helm since 1988. She lives for the world of publishing and literature, and her steadfast, longstanding commitment to French-Canadian culture and literature has granted her an unrivalled knowledge of this universe. She is also the driving force behind several Francophone institutions and organizations, such as the Regroupement des éditeurs canadiens-français and Sudbury´s Salon du livre.



Réalisateur: Alexandra Levert
Production year: 2015

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Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Sur des images de la ville de Sudbury et des différentes publications des Éditions Prise de Parole, l'animatrice LINDA GODIN fait une courte présentation de son invitée, DENISE TRUAX, directrice générale et éditoriale aux Éditions Prise de Parole.


LINDA GODIN (Narratrice)

Quand les Éditions Prise de parole

naissent à Sudbury en 1973,

c'est d'un désir et d'un

besoin criant de jeunes

Franco-Ontariens qui avaient

soif de littérature qui

parlerait d'eux, de leur

territoire, des gens

qui les entourent.

Prise de parole est aujourd'hui

la plus grande maison d'édition

canadienne-française avec

une réputation enviable.

denise truax en assure

la direction depuis 1988.

Elle est l'une des bâtisseurs

de plusieurs institutions et

organismes comme le Salon

du livre de Sudbury et

le Regroupement des éditeurs

canadiens-français.

Impliquée depuis très longtemps

dans le milieu culturel et

littéraire au Canada

francophone, elle connaît ce

milieu comme peu de personnes.


DENISE TRUAX et LINDA GODIN se rencontrent dans la bibliothèque de la maison d'Édition.


LINDA GODIN

denise truax, bonjour.


DENISE TRUAX

Bonjour.


LINDA GODIN

Dites-moi, en quoi consiste la

profession d'éditrice? Qu'est-ce

que vous faites exactement?


DENISE TRUAX

En fait, l'éditeur, c'est le

premier lecteur d'un auteur.

Donc, c'est celui avec

qui on va souvent

tester un manuscrit, vérifier

s'il est bon. Quand on reçoit

des manuscrits,

c'est ce qu'on fait.

On a différentes piles. On prend

les... on prend les

meilleurs, évidemment.

Des fois, c'est au niveau de la

langue. Des fois, ça peut

être au niveau de l'ordre des

chapitres. Ça peut être au

niveau du développement d'un

personnage. Ou il y a des choses

qui sont parfois peut-être...

qui peuvent nous sembler

curieuses, qui peuvent

être correctes.

Donc, on est vraiment le premier

lecteur, qui va retourner à

l'auteur et le questionner sur

sa démarche, puis son point

d'arrivée, puis qui va poser les

petites questions

haïssables, s'il y en a.


LINDA GODIN

Donc, quand un auteur vous

envoie un manuscrit,

vous les lisez tous?


DENISE TRUAX

Non.


LINDA GODIN

OK.


denise truax

Non. Non. Je vais lire tous

les manuscrits des auteurs qu'on

publie déjà parce que comme la

maison a 40 quelques bonnes

années derrière elle, il y a

chaque année, je pense que

le deux tiers, peut-être même un

peu plus, des ouvrages qu'on

publie qui sont des ouvrages

d'auteurs qu'on publie déjà, qui

nous ont déjà avertis, il y a

six mois, un an, parfois 18 mois

qu'il y aurait un manuscrit de prêt.

Alors, ces manuscrits-là, oui,

je les lis tous avec le plus

de célérité possible parce qu'on

veut quand même pas faire

attendre les auteurs qu'on aime

beaucoup parce qu'on

les a déjà publiés.

En fait, c'est pas autant...

C'est aussi la personne, mais

c'est les oeuvres qu'on aime

beaucoup qu'on veut voir

continuer à se bâtir.


LINDA GODIN

Mais est-ce qu'un auteur que

vous avez déjà publié sera

forcément publié à

nouveau chez vous?


DENISE TRUAX

Idéalement. Mais il y a toutes

sortes de circonstances.

C'est-à-dire qu'on n'a pas

publié autant le livre en

particulier que l'auteur. Alors,

quand on découvre un nouvel

auteur, c'est une nouvelle voix

et on se dit: Bien, c'est

pas juste pour ce livre-là qu'on

souhaite l'accompagner. C'est

pour le suivant et les suivants,

donc il y a une espèce

de principe de fidélité.

Ça peut arriver, par exemple,

qu'il y ait des manuscrits qui

fonctionnent pas chez un auteur,

qui est déjà très bon, et

qu'on a déjà publié.


LINDA GODIN

Donc, si un manuscrit arrive

chez vous, vous le lisez, est-ce

que ça passe après à un comité

de lecture? Ou... Comment ça

marche? Parce qu'il y a des

comités de lecture, hein.


DENISE TRUAX

En fait, on a des conseillers.

On a des conseillers

littéraires, ce qu'on appelle

aussi des conseillers

scientifiques parce que pour les

études et les essais, entre

autres, ce sont des oeuvres

qui nous arrivent donc de

chercheurs. Donc, c'est plus

arbitré, le processus est

plus long de ce côté-là.

Alors, pour recommencer un

peu l'histoire, il y a donc deux

piles de manuscrits en partant.

Il y a la pile des auteurs qu'on

a déjà publiés, qu'on connaît et

qu'on nous a souvent annoncés au

préalable, donc pour qui on a

potentiellement déjà réservé un

espace dans la prochaine saison

ou dans la prochaine année

de publication.

Il y a aussi l'autre pile, qui

est beaucoup plus importante, de

gens qu'on connaît pas, qui en

sont souvent à leur première

publication, qui peuvent

avoir publié ailleurs, connu des

expériences qui étaient pas

satisfaisantes, donc qui

nous envoient ça.

J'aimerais dire qu'on donne

exactement la même attention aux

deux, qu'on fait tout ça

rapidement, rapidement, mais...

mais non. Mais on va donner

l'attention en priorité aux

auteurs qu'on publie déjà et on

va essayer de voir dans le reste

ce qui est le meilleur parce que

dans le reste, c'est souvent

aussi les jeunes auteurs

qu'on va trouver là.


LINDA GODIN

Des découvertes.


DENISE TRUAX

Bien oui, oui. Puis, une

maison, on peut pas... C'est

comme n'importe qui. On peut pas

vivre seulement sur les

auteurs qu'on publie déjà.

Éventuellement, eux autres,

ils vont arrêter d'écrire.

Alors, dans ce travail-là de

choix des manuscrits, il y a

donc cinq conseillers qui

m'appuient, des spécialistes

en théâtre, en poésie, en roman,

nouvelle et aussi pour les

études et les essais parce que,

moi, je suis capable de faire

une partie de ce travail-là,

mais j'y arriverais pas et j'ai

pas toutes les compétences pour

faire ça non plus

dans tous les genres.


LINDA GODIN

Puis, vous demandez aux

auteurs de, parfois, souvent, je

pense, retravailler certains

bouts de leur livre,

n'est-ce pas?


DENISE TRUAX

Oui, il y a un travail de

révision, là, qui est juste de

la correction de la langue,

qu'on fait avec chacun des

auteurs. Il y en a qui en ont

à peu près pas besoin. Mais tout

le monde a besoin d'un bon

deuxième lecteur pour essayer

de dénicher ces

petites coquilles-là.

Dans d'autres cas, on va

un peu plus loin avec les

jeunes auteurs, que ce soit...

On fait ce qu'on appelle

un travail d'accompagnement pour

être sûr que le manuscrit qui

est déjà très bon, parce qu'il

faut qu'il soit déjà très bon,

soit encore meilleur, mais

tout en demeurant l'oeuvre de

l'auteur. Parce qu'il faut faire

bien attention, quel que soit

le travail qu'on fait avec un

auteur, qu'on est pas en train

de s'approprier sa voix ou de la

transformer pour que ça dise des

choses que nous autres, si on

avait écrit une oeuvre, on

aimerait dire de telle manière.

Donc, c'est vraiment un travail

très délicat de pénétrer dans le

coeur et dans le sens de

l'oeuvre et de poser un auteur

des questions qui s'imposent,

qui lui permettent

d'aller un peu plus loin.


LINDA GODIN

Ça fait longtemps que vous

êtes éditrice. Plus de 25 ans

à peu près, ça se peut-tu?


DENISE TRUAX

Ça fait plus de 25 ans. En

fait, j'approche plus de

30 que de 25, oui.


LINDA GODIN

Est-ce que c'est difficile de

dire non à un auteur? Que

vous ne publierez pas son livre?


DENISE TRUAX

Oui.


LINDA GODIN

Toujours difficile, hein.


denise truax

Oui, c'est difficile, mais

c'est nécessaire. C'est plus

difficile quand ça arrive, ce

qui est pas souvent, mais quand

ça arrive avec des auteurs

qu'on a publiés, puis qu'on a

accompagnés, puis que c'est

quelque chose avec laquelle on

est pas capable... Parce que ça

arrive qu'on est pas capable

d'établir une correspondance,

une communication autour de

cette oeuvre-là et de dire:

"On la voit pas. On la voit pas,

l'oeuvre. On sait pas comment on

va la défendre." Parce que nous,

une fois qu'on accepte un livre,

on le défend sur la place publique.

Il faut qu'on soit capable d'en

parler à des lecteurs et des

acheteurs éventuels. Nos

représentants qui vont aller

parler des livres en librairies

auprès des libraires, bien il

faut qu'ils soient capables d'en

dire quelque chose qui va... qui

va permettre à ce livre-là

d'éveiller le libraire et de se

dire: Ah oui, bien, moi, je

le veux sur mes tablettes.

Donc, quand on sent qu'on est

pas capable de le défendre

et qu'on est pas capable de

travailler avec l'auteur pour en

arriver à... à faire... Ça se

peut que ce soit des visions

complètement divergentes de

l'oeuvre. C'est des choses

qui arrivent.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous aimez

de votre travail d'éditrice?


DENISE TRUAX

C'est le travail avec les

oeuvres et le travail avec

les auteurs. C'est cette

conversation autour d'une oeuvre

qui est en train de naître.

Puis même quand la conversation,

c'est une conversation très

soft où il y a pas énormément

d'échange parce que l'oeuvre est

déjà très achevée, c'est de la

découvrir pour commencer. De

découvrir, en fait, chez des

auteurs qu'on publie longtemps,

puis même chez les jeunes,

comment il évolue, comment la

voix continue à raconter d'une

façon extrêmement particulière

qui est la leur, leur

vision de l'univers.

Dans les ouvrages scientifiques,

parce qu'on publie beaucoup

d'études qui portent sur la

situation minoritaire, sur les

études littéraires dans nos

milieux, c'est de comprendre

quelle lecture on en fait,

qu'est-ce que ça raconte

de nous. Donc, pour moi, ce sont

tous des révélateurs de

notre milieu. C'est d'être

perpétuellement à...

de partir à l'aventure

dans chaque nouveau texte.

J'ai ma perception du travail

d'un auteur, puis d'avoir la

chance d'en parler avec l'auteur

et d'avoir lui aussi ou elle

aussi sa perspective, qui

est pas toujours la même.


LINDA GODIN

denise, pourquoi votre

nom en minuscules?


DENISE TRUAX

C'est joli. C'est plus joli.


LINDA GODIN

Tout simplement?


DENISE TRUAX

Oui, puis il y a pas de

lettres qui ont plus d'autorité

sur les autres lettres.


LINDA GODIN

Présentement, qu'est-ce

que vous lisez?


DENISE TRUAX

J'ai beaucoup, beaucoup,

beaucoup de livres qui

m'attendent. Comme le dernier de

Michel Dallaire, qui a remporté

le prix Trillium, qui est sur ma

table et qui m'attend

bien sagement.


LINDA GODIN

Quel est le voyage qui

vous a marqué le plus?


DENISE TRUAX

Celui qui m'a, je pense, le

plus marquée, c'est le premier

grand voyage que j'ai fait, donc

en Asie. Sri Lanka, Inde,

Birmanie, Myanmar aujourd'hui,

Thaïlande, Singapour et en fait,

ce qui m'a le plus marquée,

parce que j'avais choisi d'une

part de partir pour plus

longtemps et j'avais choisi de

m'en aller là où je savais, où

je pressentais que j'allais être

dépaysée, que ça ressemblerait

pas à chez nous.


LINDA GODIN

Madame truax, quel rapport

entretenez-vous avec le livre,

l'objet? Est-ce que vous êtes du

genre à en avoir une tonne chez

vous dans votre bibliothèque?


DENISE TRUAX

Ça traîne partout.

Il y a les piles... Bof, ç'a

plus de sens, ç'a plus de sens.

Puis, en fait, je suis

capable d'en donner.


LINDA GODIN

OK.


DENISE TRUAX

Il y en a qui sont pas

capables de se débarrasser de

leurs livres. Moi, je suis

capable d'en donner.


LINDA GODIN

D'en prêter?


DENISE TRUAX

Oui. Il y en a que... Entre

autres, je suis une grande

amatrice de polars, mais

je voudrais pas avoir une

bibliothèque à en plus finir de

polars, même quand

ils sont très bons.

Alors, ça... Il y en a parfois

que je veux qu'ils reviennent,

mais il y en a d'autres que je

donne en leur disant: "Bien,

quand vous en aurez fini, vous

le passerez à la personne que ça

vous tente, puis il continuera

sa route comme ça."

Mais j'ai quand même beaucoup de

livres et j'ai beaucoup de

piles, puis j'ai commencé

à faire du ménage récemment

pour mettre dans...

... une presque pile tous ceux

que j'ai pas encore lus, puis

que je sais que je voudrai lire

prochainement. Puis, bien,

ç'a juste rempiré depuis.

Alors, je sais pas ce que je

vais faire. Éventuellement,

je vais... je vais

faire quelque chose.

J'aime les livres numériques. On

en fait aux Éditions Prise de

parole, mais je me verrais

pas... J'achète... j'achète

du papier presque exclusivement.


LINDA GODIN

Est-ce que vous aimez l'odeur

du papier? L'odeur du livre neuf

quand vous l'ouvrez, cette

odeur-là, est-ce que ça, vous...


DENISE TRUAX

Bien oui. Bien oui, bien

oui. Puis, en fait, comme j'en

fais... Donc, les papiers qu'on

peut choisir pour la couverture,

les papiers qu'on peut choisir

pour l'intérieur, les différents

formats du livre, de tester

toutes ces choses-là, puis

de les changer. On a...

L'an dernier, on s'est rendu

compte que notre collection de

poésie avait pas tout à fait

l'allure assez poétique.


LINDA GODIN

Ah!


DENISE TRUAX

Oui.


LINDA GODIN

Et donc?


DENISE TRUAX

Les livres avaient beau

être bons, mais on a changé

légèrement le format. On a

changé la couverture et donc,

on a changé le papier

de couverture.

Puis là, notre graphiste nous a

dit: "Bien, c'est un papier

qui est peut-être un peu moins

permanent, qui va peut-être se

salir ou s'abîmer plus vite." Et

on a dit: "C'est le papier qu'on

veut." Donc, on fait des

choix comme ça en

fonction effectivement...

Peut-être que ce sera un livre

un petit peu plus fragile qu'il

va falloir ménager un peu plus,

mais des livres qui ont l'air

usés, c'est correct aussi.


LINDA GODIN

Avec les coins écornés.


DENISE TRUAX

Oui, oui, oui. Qu'on a lu,

qu'on a relu, qu'on a mis

à plat, dont on a défait le dos,

puis auquel on est revenu.

Ça, c'est correct aussi.


LINDA GODIN

Il y a une vie, hein?


DENISE TRUAX

Oui.


LINDA GODIN

Vous avez dit que vous aimez

beaucoup les polars. Y a-t-il

d'autres styles

littéraires que vous...


DENISE TRUAX

Les polars, c'est pour les

vacances. Je lis ça quand

je décide un moment donné que...

Puis que j'ai pas le temps

de partir. Je peux me prendre un

polar et disparaître pendant

trois jours. Appelez-moi pas

parce que je ne répondrai

probablement pas au téléphone

avant de savoir qui

est le meurtrier. Donc...

Mais en fait, je lis, je lis

beaucoup de... J'aime beaucoup

les bons romans. à une certaine

époque, j'ai lu... De la

littérature de voyage

m'a intéressée beaucoup.


LINDA GODIN

Donc, là, est-ce que vous avez

déjà calculé combien de

livres vous aviez

dans votre bibliothèque?


DENISE TRUAX

Non.


LINDA GODIN

Non.


DENISE TRUAX

Non.


LINDA GODIN

Des centaines

et des centaines.


DENISE TRUAX

Oui, c'est ça. Je connais des

personnes qui en ont beaucoup

plus que moi, mais ils sont plus

maniaques. Oui, oui, oui. Alors

que moi, je suis juste dans

la... dans le... J'en

ai beaucoup. Oui.


LINDA GODIN

Et qu'est-ce que ça vous

procure de lire comme sentiment?


DENISE TRUAX

Ça dépend de ce que je lis. Il

y a de la lecture évasion voyage

comme je parlais tantôt, il y a

de la lecture exploration, mais

dans les grandes oeuvres, c'est

vraiment la perspective d'un

auteur ou d'une personne

sur l'univers qu'on habite.


LINDA GODIN

OK.


DENISE TRUAX

Et de voir, c'est comme si on

était dans les yeux et dans le

coeur de cette personne-là, dans

le milieu qu'elle habite avec

les enjeux qui préoccupent

et aussi, c'est une langue parce

qu'on lit les ouvrages pour

la manière dont c'est dit.

C'est une chose. On raconte

toujours la même histoire.

Han, on entend ça souvent en

littérature que... En fait, on

raconte pas toujours la même

histoire, mais il y a rien qu'un

certain nombre d'histoires, mais

qu'on va placer avec des voix,

des éclairages, des milieux

différents et avec une espèce de

regard ou de questionnement très

personnel qui va changer selon

les époques et c'est

ça qui est fascinant.


LINDA GODIN

Est-ce que vous réussissez à

lire... Comment dire? Sans avoir

de déformation professionnelle?

C'est-à-dire sans l'éditrice?

Est-ce que vous réussissez à

être une lectrice

pure et simple? Oui? OK.


DENISE TRUAX

Oui, oui, oui. Absolument.

Absolument. Oui. De l'éditrice,

c'est... Je vais quand même voir

les coquilles. Ça me dérangera

pas, mais je pourrais dire, par

exemple, que même chez les bons

éditeurs, dans les dernières

années, probablement parce que

les moyens de faire des livres,

donc de monter les livres, ont

changé, parce que les moyens

ont changé, il y a

plus de coquilles.

Il y en a quand même pas

beaucoup, mais même chez les

bons éditeurs, maintenant, il

y en a. Je me souviens d'une

époque où, quand on en trouvait

une dans un livre de Prise

de parole, on nous disait: "Ah!"


LINDA GODIN

Drame!


DENISE TRUAX

Bien oui. Bien oui, bien oui.

Ça m'a beaucoup réconfortée

quand j'ai vu que d'autres...

que les bons éditeurs pouvaient

en laisser aussi et qu'on

en mourait pas. Parce qu'on a un

petit complexe de la langue

en Ontario français.


LINDA GODIN

En plus.


DENISE TRUAX

Oui, oui, oui. Donc, ç'a

été un petit réconfort

de savoir que...

Voilà, qu'on peut en

laisser des coquilles.


LINDA GODIN

J'imagine aussi que ça doit

arriver qu'un des livres publiés

chez vous reçoive une mauvaise

critique, reçoive une bonne

critique, reçoive des prix.

Vous avez plusieurs livres qui

ont été primés. Mais reçoive

une mauvaise critique. Est-ce

que ça, c'est difficile

comme éditrice?


DENISE TRUAX

Ce qui est difficile dans les

mauvaises critiques, c'est,

quand c'est pas seulement une

mauvaise critique du livre, mais

c'est une mauvaise

critique en soi.

C'est-à-dire qu'il est arrivé

qu'on ait fait le procès d'un de

nos livres parce qu'il était pas

le livre que le critique aurait

souhaité qu'il soit. Bien, non.

C'était pas le projet que

l'auteur s'était donné. C'était

écrit dans l'introduction:

"C'est ça que je fais." Donc...

Alors, ça, c'est le genre de

choses... Ça, ça me rend

de mauvaise humeur. Oui.


LINDA GODIN

Quand, un peu,

l'argumentaire est...


DENISE TRUAX

Oui, oui, oui. Ou... En

fait, des fois, les mauvaises

critiques, c'est quelqu'un qui

ose pas se prononcer. On sait

pas s'il a aimé ça ou s'il a pas

aimé ça. Une fois qu'on arrive

au bout, il a réussi à écrire 14

paragraphes, à raconter un petit

bout de l'histoire, à parler un

peu de l'auteur, à situer cette

oeuvre-là par rapport à si c'est

la sixième, la septième ou

le huitième de l'auteur, mais

on arrive au bout... Puis,

j'imagine que tout le monde en

lit de ça. Puis, on

se dit: Mais... OK.

Est-ce que ce livre était

intéressant? Il est intéressant

pourquoi? Est-ce qu'il avait des

failles? Parce qu'on peut

publier des livres qui ont

des failles et on le sait.

Habituellement, moi, je le

sais quand il y a des... des

maladresses qu'on a laissées

dans des livres,

puis ça me gêne pas.

Des fois, on peut amener une

oeuvre jusqu'à un certain point.

On sait qu'elle peut pas aller

plus loin, mais que la prochaine

oeuvre de l'auteur va

probablement le faire ou va nous

amener ailleurs. Donc, on

le sait parfois qu'on publie des

livres avec des affaires

qui sont difficiles.

On s'attend à ce que les

critiques le voient, mais quand

ils nous racontent n'importe

quoi sauf le livre lui-même...

En fait, je trouve ça très

triste et ç'a fait qu'il y a été

des bouts de temps où j'en

lisais pas parce que ça me

rendait de mauvaise humeur.


LINDA GODIN

Auriez-vous aimé ça être

auteur ou publier, écrire?

Est-ce que c'est quelque chose

que vous auriez ou

que vous aimeriez faire?


DENISE TRUAX

Non, je pense pas que j'ai

jamais eu envie d'être auteur et

j'ai beaucoup trop de respect

pour ce métier-là pour penser

que quand je vais avoir 65 ans,

par exemple, puis que je vais

prendre ma retraite, que je

vais m'improviser auteure.

J'ai bien trop de respect

pour... C'est une pratique,

c'est une discipline. Les

meilleurs auteurs que je

publie font ça tous les jours.

Alors, de penser que moi...

J'écrirais peut-être des petits

carnets ou je m'amuserai

peut-être avec quelque chose,

mais je pense que j'ai aucune

velléité de devenir auteure. En

fait, c'est tellement un grand

bonheur de travailler avec des

gens qui écrivent très bien

et qui ont des choses à dire que

c'est pas comme si

j'étais en manque.


LINDA GODIN et DENISE TRUAX se trouvent sur un sentier en forêt.


LINDA GODIN

denise, vous aimez beaucoup

faire de la randonnée pédestre.

Où est-ce que vous allez

à Sudbury pour en faire?


DENISE TRUAX

Il y a beaucoup, beaucoup,

beaucoup de sentier à Sudbury,

puis même autour de la ville. On

a juste à penser au Parc

Killarney, qui est à une

centaine de kilomètres

d'ici, qui donne sur la baie

Georgienne, qui est

un super bel endroit.

Mais dans la ville, il y a un

réseau de pistes. Il y a plein

de lacs. Donc, c'est ça.

Il y a plein de lacs. Il y a des

randonneurs sur des

sentiers comme on est ici.

En fait, il y a une montagne,

une petite colline assez longue

où on est en ce moment. Donc,

sur le bord du lac Ramsey. Donc,

on est entourés de ça. Si on

veut se dépayser le moindrement,

se mettre en santé un peu, avoir

un peu d'air frais, oublier

qu'on est en ville, bien,

Sudbury, c'est une maudite

belle place pour ça.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui vous plaît dans

la marche ou la randonnée?


DENISE TRUAX

Bien, le fait de marcher, mais

le fait de ne plus être en

ville. Donc, le fait de... Comme

on est ici, tout à coup, et on

pourrait presque oublier qu'on

est en plein coeur de Sudbury.

Et dès qu'on est là, ça nous

sort, ça nous sort de la ville,

ça nous sort de la job, ça nous

sort du quotidien. Et je pense

que n'importe qui qui fait ça

a le même sentiment. On se

retrouve quatre minutes dans de

la verdure un peu sauvage, puis

là, tout à coup, notre humeur

change, puis notre sentiment de

bien-être augmente, puis on

joint à ça un petit peu de

mouvement, puis, oui, on entend

les oiseaux. Les bruits

sont extrêmement agréables.


De retour à l'entrevue dans la bibliothèque de la maison d'Édition.


LINDA GODIN

denise, vous faites

partie du milieu culturel

canadien-français depuis

longtemps. La Fédération

culturelle canadienne-française,

fondatrice des Éditions

L'Interligne, le réseau des

éditeurs canadiens-français

et j'en passe.

Vous connaissez bien ce

milieu-là, pas juste littéraire,

mais culturel, mais aujourd'hui,

quel regard portez-vous sur la

production littéraire

au Canada français?

- Oh, je pense qu'elle a

bien évolué. Je pense que...

Si je regarde juste au moment où

le Regroupement des éditeurs est

né en 1989, on est beaucoup plus

de maisons d'édition, mais on

est plus... Même si on reste des

petites maisons d'édition dans

la plupart des cas, c'est

des maisons beaucoup plus

professionnelles avec un

catalogue encore plus imposant.

La plupart des maisons ont connu

une certaine croissance, pas une

énorme croissance parce

que quand on est en milieu

minoritaire, notre marché de

proximité est pas évident à

rejoindre, puis que le marché

québécois, bien, c'est pas

évident non plus. C'est pas

facile parce qu'on est loin

et parfois, pas pertinent,

je pense, au Québec.

Ça, c'est pas... c'est pas un

éloignement juste géographique,

mais c'est un éloignement de

pertinence. Pourquoi parler de

Sudbury ou de Moncton ou de

Saint-Boniface, alors qu'il y

a tant de belles voix au Québec?

Donc, c'est notre concurrence,

mais cela étant dit, les maisons

autour du Regroupement se

sont professionnalisées, font un

excellent travail. Il y a des

bons auteurs dans chacune des

maisons et je regarde juste...

Et maintenant, je sais pas

combien il peut y avoir de

chercheurs en littérature qui...

de chercheurs dont la spécialité

ou une des spécialités, c'est

les littératures minoritaires au

Canada et il y en a comme

pas mal plusieurs aujourd'hui et

elles ont du travail à

faire. Elles font des études

extrêmement intéressantes, des

analyses de ces parcours-là

qu'on est en train de tracer,

des 40-45 ans de présence

sur nos milieux.


LINDA GODIN

Oui. L'industrie du livre,

comme elle va, elle,

au Canada français?


DENISE TRUAX

Bien, je sais pas si on

peut vraiment appeler ça une

industrie dans nos milieux, même

si l'industrie du livre au

Canada, c'est l'industrie la

plus importante. En fait,

comme chiffre d'affaires, c'est

beaucoup plus gros même que le

cinéma. Parce que quand on pense

à probablement tout ce qui

rentre dans les écoles avec...

Donc, c'est vraiment la plus

grosse industrie canadienne.

Cela étant dit, des petites

maisons comme les nôtres

qui travaillent en milieu

minoritaire, on a d'industrielle

la volonté qu'on a de vendre

chacun de nos livres et de nos

auteurs et d'en vendre le

plus grand nombre possible.

Mais de dire qu'on est

vraiment industrielles.


LINDA GODIN

Peut-être pas.


DENISE TRUAX

Oui, peut-être pas.

Peut-être... Mais on

va travailler avec autant

d'acharnement que n'importe qui

pour vendre des livres, mais

on fait pas, dans la plupart des

cas, des produits commerciaux.

On n'est pas dans le livre de

cuisine parce qu'on pourrait

demain matin... Prise de parole

pourrait changer. On pourrait ne

plus parler de choses reliées au

Canada français minoritaire

et on pourrait s'installer

autrement à Sudbury. Mais je

pense que c'est pas le cas de la

plupart des maisons qui sont

autour du Regroupement de sorte

qu'on fait bien notre travail,

mais c'est davantage un travail

à vocation littéraire qu'à

vocation commerciale.


LINDA GODIN

Le milieu littéraire comme le

milieu culturel dans toutes les

disciplines artistiques, je veux

dire, a besoin de subventions

pour réussir à produire, mais

est-ce que les années de vache

maigre que le monde littéraire

a connues sont terminées?


DENISE TRUAX

Non. Non, non.


LINDA GODIN

C'est pas revenu, hein?


DENISE TRUAX

En fait, il y a aucun des

bailleurs de fonds, à ma

connaissance, aucun des

"subventionneurs" qui a augmenté

ses programmes de financement

dans... Dans les quoi? Cinq,

sept, dix années, je

pense, dans certains cas.

Le milieu de l'édition est un

milieu beaucoup plus précaire.

Aujourd'hui, on fait des

ouvrages sur support papier,

mais il faut aussi faire des

ouvrages sur support numérique.


LINDA GODIN

C'est-tu payant de produire

des livres électroniques?


DENISE TRUAX

En ce moment, pas tellement.

Le marché a connu un espèce de

bond, il y a... Je dirais il y a

à peu près cinq ans et là, tout

à coup, du jour au lendemain, il

y a eu un engouement, mais les

gens... Je sais pas s'ils aiment

pas ça lire sur leur tablette

électronique, mais ç'a vraiment

plafonné très, très rapidement.

Et au Canada, c'est à peu

près 5% des ventes de livres qui

sont... de langue française.

Alors, là, on fait les deux

profils de production. On fait

aussi les deux profils de

commercialisation. Les choses se

transforment, mais comme je suis

pas devin et que je ne sais pas

exactement de quoi ça va

avoir l'air demain.

Une... Ce qui a surpris

tout le monde, je pense, c'est

de voir à quel point les gens

sont attachés au papier.


LINDA GODIN

Vous lisez beaucoup pour le

travail, vous lisez beaucoup

aussi personnellement. Est-ce

qu'une de vos craintes, c'est de

dire: "Est-ce qu'un jour je

vais me lasser de lire?"


DENISE TRUAX

Non.


LINDA GODIN

Non?


DENISE TRUAX

Non. Non.


LINDA GODIN

Ça n'arrivera jamais.


DENISE TRUAX

Ça va peut-être arriver, mais

si ça arrive, ça va me prendre

complètement par surprise

parce que je vois pas comment je

voudrais me priver du plaisir de

la langue. En fait, je me

rends compte que je me promène

n'importe où, il y a une petite

affichette, je vais

le lire. Je lis tout.

Ce bonheur-là peut pas, il me

semble, disparaître. C'est comme

de dire: "Est-ce que ça va me

tanner un jour d'aller à la

rencontre de quelqu'un d'autre?"


LINDA GODIN

Ça fait presque 30 ans que

vous êtes directrice des

Éditions Prise de parole. Est-ce

que vous préparez votre relève?


DENISE TRUAX

Oui. Et en fait, c'est presque

chose faite. La maison d'édition

va moins reposer sur une

personne et on est en train de

mettre en place et de tester une

structure collégiale. Donc...

Ce qui va permettre, en fait,

de remplacer des gens plus

facilement. Ça, c'est en

cours en ce moment et c'est

extrêmement excitant. Et moi,

dès l'année prochaine, je compte

ne plus être à temps plein

pour la maison d'édition.

Je veux garder et continuer

à travailler aussi longtemps que

je le pourrai, je pense,

le travail sur les manuscrits et

aussi longtemps que la maison

voudra de moi de toute évidence

aussi. Mais le travail

d'accompagnement avec un certain

nombre d'auteurs par année, le

travail sur les manuscrits. Ce

qui est en fait un travail qui

m'a toujours procuré et qui

continue à me procurer un

très grand bonheur.


LINDA GODIN

denise truax, merci beaucoup.


DENISE TRUAX

Ça m'a fait plaisir.


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