Universe image Carte de visite Universe image Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

Share

A plugin is needed to display this content

https://get.adobe.com/flashplayer/

Denis Perreaux: Albertan Historian

Historians like Franco-Albertan Denis Perreaux love to remember and tell stories. Francophones only account for 2% of Alberta`s population, but with the economic boom the province has seen for the past several years, Francophones from all over have come to settle down.
Denis Perreaux is chairman of the Société historique francophone de l’Alberta and a true son of the West. Born in Manitoba, he grew up in Saskatchewan and now lives in Alberta.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

Accessibility
Change the behavior of the player

VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, DENIS PERREAUX, on montre des images de la ville de Saint-Albert, de sa cathédrale et de différents monuments et édifices.


LINDA GODIN

Saint-Albert,

une ville de 60 000 habitants

près d'Edmonton et un bastion

francophone avec 10% de sa

population parlant français.

La cathédrale est au coeur de

cette ville dont les cultures

anglophone, francophone

et métisse se côtoient.

Ici comme ailleurs dans

la province, l'histoire des

Franco-Albertins est remplie

de hauts et de bas quant

à la défense du français.

Les historiens comme

Denis Perreaux aiment

s'en souvenir et la raconter.

Il est le directeur de la

Société historique francophone

de l'Alberta. Un véritable

fils de l'Ouest. Il est né

au Manitoba, a grandi

en Saskatchewan et vit

aujourd'hui en Alberta.


DENIS PERREAUX

(Citation tirée de l'entrevue)

J'ai suivi les cours d'eau que les

explorateurs ont suivis, hein?

D'un côté, je me sens chez moi

partout sur les Prairies,

mais de l'autre côté,

j'appartiens à nulle part.


L'entrevue suivante se déroule dans la chapelle du Père Lacombe, à Saint-Albert.


LINDA GODIN

Dennis Perreaux, bonjour.


DENIS PERREAUX

Bonjour.


LINDA GODIN

Quel est le secret le mieux

gardé de l'histoire des

francophones de l'Alberta?


DENIS PERREAUX

L'histoire est surprenante

dans le sens que les

francophones étaient les

premiers ici. La première langue

européenne parlée en

Alberta était le français.

La première colonie, le premier

village étaient francophones

et les gens ne savent pas ça

de l'Alberta. Souvent, on a

l'impression, même ici, que

la province est née en 1905

et que tout le monde est arrivé

dans ces vagues d'immigration

qui sont venues après.

Mais ce qui est très peu connu,

c'est que les francophones

étaient ici bien avant et

qu'on a joué un rôle des siècles

avant la colonisation.


LINDA GODIN

C'est ça. La première école

qui a vu le jour en Alberta

était de langue française.


DENIS PERREAUX

Oui, absolument. C'était

les Soeurs Grises qui ont été

recrutées pour ces raisons-là.


LINDA GODIN

Moi, ce qui m'a étonnée en

lisant l'histoire de l'Alberta,

c'est que la province était

majoritairement francophone

à la fin du siècle.


DENIS PERREAUX

Oui. Ça mène à une

interprétation intéressante

aussi. C'était francophone,

mais c'était francophone-métis.

Donc, quand on pense à l'arrivée

des Canadiens-Français, il faut

regarder les époques parce que

les époques sont différentes.

On a l'époque des engagés et

des voyageurs de la Compagnie

de la Baie d'Hudson qui a donné

naissance à toute une nation

de Métis qui, eux, étaient

francophones. Mais aujourd'hui,

c'est une histoire autochtone.


LINDA GODIN

Racontez-nous un peu ce qui

s'est passé jusqu'à ce qu'il

y ait des lois qui permettent

entre autres l'enseignement

du français dans les écoles.


DENIS PERREAUX

Si on prend les grands

chapitres, c'est d'abord

lorsqu'on a eu la vague

d'immigration ou de migration

de l'Est canadien. Des gens

qui étaient issus de racines

loyalistes et pour qui

la notion d'Empire britannique

était très forte.

On connaît l'histoire de

la Rébellion Riel, la résistance

Riel, à Rivière-Rouge. Les mêmes

luttes ont vraiment mené vers

l'anglicisation de l'Ouest

canadien parce qu'on avait

peur que l'influence

franco-catholique, aussi

puissante, se manifeste

et soit maintenue.

La question était de vouloir

minimiser l'influence des

francophones catholiques afin

d'avoir

(Propos en anglais et en français)

One Nation One Language

et ça se disait comme ça,

ouvertement. Donc, ce qu'on a

fait, c'est que les Territoires

du Nord-Ouest, qui étaient

ici avant l'Alberta, étaient

en fait institués comme étant

un territoire bilingue.

Parce que la langue de travail,

la langue économique et même la

langue du gouvernement, jusqu'à

un certain point, étaient

bilingues, du moins. Le français

était intégré pleinement et

les lois reflétaient

cette réalité-là.

Mais dans la question du

Nord-Ouest, c'était une petite

astuce dont on pourrait être

fiers aujourd'hui, c'est qu'on

n'a pas dit qu'on abolissait le

français. Ce qu'on a dit, c'est

qu'on permettait aux Territoires

de décider de la langue

de publication.

Donc, le fédéral, c'est comme

ça qu'ils ont fait en sorte

d'éviter la question

linguistique. Ils ont dit: "Les

Territoires décident comment ils

veulent légiférer la langue."

Et localement, on a décidé

qu'on n'avait plus besoin

de publier dans les deux

langues officielles.

Donc, on a aboli le français

comme langue officielle, si

on veut, en 1812. La langue

d'enseignement aussi. On a

aboli le français comme étant

une langue publique, sauf

à Saint-Albert où le Conseil

scolaire catholique demeurait

le conseil scolaire principal

si on veut, public.

Mais à partir de ce point-là,

la langue d'enseignement

et la langue publique en

Alberta était l'anglais.


LINDA GODIN

Et ça a pris des décennies et

des décennies avant qu'on puisse

recommencer à enseigner

le français. Un moment donné,

c'était 20%, enfin,

je ne me souviens plus...


DENIS PERREAUX

Oui.


LINDA GODIN

50%, jusqu'à 80%.


DENIS PERREAUX

À compte-gouttes.


LINDA GODIN

C'est ça. Par jour. Ça a pris

du temps, là. Ça a pris... Moi,

je calculais à peu près comme

80 ans. Est-ce que c'est le cas?


DENIS PERREAUX

Oui. Absolument.

Il y avait la période noire

qui était vraiment entre 1916...

Disons la Première Guerre

mondiale jusqu'aux années 60.

C'était une période... C'est

là où on a vraiment vécu

les ravages de l'assimilation.

Et ça, c'est un peu partout,

mais en Alberta aussi, où

des générations ont perdu

leur langue, leur culture

et il y avait une honte

qui s'est imposée.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum-hum.


DENIS PERREAUX

Il y a des historiens qui

revoient présentement un peu les

mouvements nationaux au Canada

des années 1960. On parle

de Révolution tranquille au

Québec, mais en fait il y a

une révolution tranquille

partout au Canada.

Chaque communauté commençait

à vivre cette fonte où les gens

avaient soit d'un côté, moins

peur. Moi, je dirais que c'était

aussi la menace de l'unité

canadienne. Et donc, on

commençait à avoir une ouverture

d'avoir plus d'enseignement du

français comme dans les années

60, en 1964, on augmente à 50%,

dans les années 1970, 80%. Donc,

on a l'immersion officielle

qui entre en place en 1978.

Et donc, c'est là où la langue

française devient une langue

qui revient comme étant

une langue d'enseignement.


LINDA GODIN

Vous diriez, quel est

l'événement, dans l'histoire

francophone de l'Alberta, qui a

été le plus marquant ou le

plus décisif pour recommencer,

justement, à... Est-ce qu'il y

en a un? Pour que le français

recommence à avoir une place

entre autres dans les écoles

et dans la vie des gens?


DENIS PERREAUX

Moi, je dirais que ce n'était

pas le fusil de départ, si

on veut. Il y a pas eu quelque

chose, dans les années 60, qui

a fait en sorte que tout a été

bouleversé. Ça a été beaucoup à

petits coups de couteau et on va

voir à travers, spécialement les

derniers 50 ans, si on veut,

d'histoire francophone en

Alberta, que beaucoup a été

fait à petites tranches.

À l'exception des années 80.

Les années 80 en Alberta

étaient très bousculées.

On commence avec l'affaire

Mahé qui commence en 1981.

Et ça, c'était la revendication

qui est devenue le droit à la

gestion scolaire accordé dans la

Charte des droits et libertés.

On a, en 1987, M. Léo Piquette,

qui était un membre de

l'Assemblée législative et, puis

dans un geste politique assez

rusé pour un Franco-Albertain,

il s'organise avec la ministre

de l'Éducation, qui était

elle-même bilingue et une amie

de la communauté de poser

une question en français.

Et c'était au sujet de la

gestion scolaire. Et le

président de l'Assemblée

législative dit: "En anglais

s'il vous plaît." Et ça a

démarré tout un mouvement avec

des milliers de personnes qui

ont manifesté sur l'Assemblée

législative avec "en français

s'il vous plaît" qui est devenu

un genre de slogan pour

une génération de jeunes

Franco-Albertains. Donc,

ça, c'était en 1987.

Et la décision, finalement,

Mahé, qui était arrivée en 1990.

Donc, c'était une décennie très

mouvementée. Donc, les grands

gestes ont eu lieu

à ce moment-là.


LINDA GODIN

Ça fait 25 ans que la Cour

suprême a donné gain de cause

à la cause Mahé. Qu'est-ce

qui reste de ça? Est-ce que

les jeunes s'en souviennent

aujourd'hui? C'est une cause qui

est très importante, ça, dans le

reste, même, du Canada français.


DENIS PERREAUX

Moi, je dirais que la mémoire

est courte à ce niveau-là et

c'est que dans le quotidien,

on absorbe et on consomme les

services qui nous sont offerts

et l'école francophone

maintenant, c'est un acquis.

À l'époque, on avait trois

ou quatre écoles dans les années

80 qu'on pourrait qualifier

d'écoles francophones ou si

aujourd'hui, elles sont

encore des écoles.

On va de là à aujourd'hui,

on a 40 écoles. On est allés

de quelques centaines d'élèves

à aujourd'hui, plus

de 6000 élèves.


LINDA GODIN

L'impact de la

décision est énorme.


DENIS PERREAUX

Monumental. Un système qui est

passé de zéro à 6000 plus élèves

en quelques années, deux

décennies, c'est vraiment

quelque chose d'unique.


L'entrevue se poursuit à l'extérieur.


LINDA GODIN

M. Perreaux, vous nous

emmenez dans un cimetière.

Quel est ce cimetière-ci?


DENIS PERREAUX

Ce cimetière, c'est le dernier

endroit pour les Oblats parce

que Saint-Albert, c'était le

lieu, un peu le siège social des

Oblats du Nord-Ouest. Et donc,

les gens ici, pour moi, ça

représente l'histoire du

Nord-Ouest. On a des gens, des

fondements de l'ACFA, de l'ACFC,

le fondateur du diocèse de

Prince Albert, le premier saint

potentiel de l'Ouest canadien.

Ils sont tous enterrés ici.


LINDA GODIN

Et quand vous dites "le

Nord-Ouest", c'est pas le

nord-ouest de l'Alberta?


DENIS PERREAUX

Bien, c'est Nord-Ouest de

la façon que ça a été décrit à

l'époque par les diocèses. Donc,

Saint-Albert couvrait le très

Grand Nord et puis ça allait

au nord de la Saskatchewan et

ça allait jusqu'aux Rocheuses.

Donc, c'était quand même

un très grand territoire.


LINDA GODIN

Parlez-moi de peut-être deux,

trois frères Oblats qui ont

été vraiment très importants là,

pour l'Alberta en particulier.


DENIS PERREAUX

L'Alberta, il y aurait Jean

Patoine. Jusqu'à aujourd'hui, il

est encore commémoré comme étant

un activiste communautaire.

Quand tu lis ses archives, c'est

quelqu'un qui allait jusqu'au

fond. Il demandait "pardon" et

non pas "permission". Il a été

DG de l'ACFA, comme on pourrait

l'appeler, pendant

40 ans environ. Paul-Émile

Breton, qui était un écrivain,

un journaliste, si on veut, un

missionnaire, a fondé la presse

de La Survivance, il a fondé

les journaux originaux de

l'Alberta. Et, puis il y a aussi

le Frère Antoine Kowalczyk qui

était un homme très très humble.

C'était celui qui s'occupait

des terres ou de l'emplacement

du Campus Saint-Jean.

Mais il priait pour faire

fonctionner ses machines,

il priait pour retrouver des

choses, et on les retrouvait

et les machines fonctionnaient.

Donc, jusqu'à aujourd'hui, le

pape même, le remet sur la liste

pour canonisation potentielle.

Ce qui ferait de lui le premier

saint de l'Ouest canadien.


L'entrevue reprend à l'intérieur, dans la chapelle.


LINDA GODIN

M. Perreaux,

vous êtes issu d'une famille

exogame. Votre mère est une

anglophone, votre père,

francophone. Et contrairement à

beaucoup d'enfants qui sont nés

d'une famille exogame où la mère

est anglophone, vous, vous avez

pas perdu votre français.

Qu'est-ce que vous avez fait?


DENIS PERREAUX

Moi, dans mon cas, je suis

parti d'assez loin. Dans le sens

où j'étais dans un petit village

où le français n'était pas

une langue d'utilisation

à l'extérieur de l'église

et de la salle de classe.

Donc, vous pouvez imaginer,

le niveau de français était très

très faible, jeune. Sauf que

j'ai quand même une formation

assez classique dans le sens que

les soeurs... On s'assoyait avec

notre cahier, puis il fallait

écrire les verbes d'une certaine

façon. Donc, ma conjugaison

était très bonne, ma grammaire.

J'avais quand même une langue

assez bonne sur le

plan technique.

Le défi que moi j'avais, c'était

sur le plan social. De rendre ça

intéressant où tu pouvais parler

à quelqu'un sans que ce soit

complètement bizarre.

Et réellement, la vraie

différence a été faite quand

j'avais 22 ans et je suis allé

au Festival du voyageur à

Winnipeg. Là, on a vraiment vécu

ce que moi, j'ai toujours

absorbé, mais que j'ai jamais pu

vraiment exprimer ou manifesté

et c'était la culture dans

le vrai sens où je me voyais

finalement. Je comprenais

certaines choses

qu'on faisait chez nous.

Je comprenais pourquoi

on faisait un feu de camp

le 24 juin. On l'appelait plus

"Saint-Jean-Baptiste". C'était

juste la fin de semaine où

on jouait à la balle, puis

on faisait des choses, mais

c'était juste une célébration

du village. Et j'ai appris

à connaître des gens qui étaient

cool, si on veut, des gens qui

me ressemblaient. Et j'ai dit:

"OK, finalement, on peut parler

en français, puis c'est normal."

(Propos en français et en anglais)

Et c'est là où j'ai fait

vraiment un switch à ce

niveau-là. J'ai pu, grâce

à l'appartenance, vraiment

vivre comme francophone même si

j'avais pas toutes les tournures

et le style que ça prenait.


LINDA GODIN

Et vous êtes un véritable

homme de l'Ouest, dans le sens

où vous êtes né au Manitoba,

vous avez grandi en Saskatchewan

et là, maintenant,

vous habitez en Alberta.


DENIS PERREAUX

Oui. J'ai suivi les cours

d'eau que les explorateurs

ont suivis, hein! Mais je me

considère... Quand les gens

me demandent: "Ton identité,

c'est quoi?" Et c'est un

francophone des Prairies.


LINDA GODIN

Saint-Albert, où vous habitez

présentement, c'était un bastion

francophone. C'était et est-ce

que c'est toujours un bastion

francophone aujourd'hui?


DENIS PERREAUX

Saint-Albert est très

intéressant parce que c'est

le berceau de l'Alberta.

Parce que c'est le premier

village en Alberta et c'est le

premier village francophone.

Quand tu parles aux gens,

comme M. Daniel Cournoyer qui

est un aîné de la communauté, il

dit: "Dans les années 1950-1960,

tu entendais de l'anglais et tu

tournais la tête ou tu disais:

"C'est quoi ça?'" Mais

aujourd'hui, c'est le contraire.

Là, tu entends du français et

tu regardes pour voir c'est

qui. Mais l'affichage est

en français. Lorsqu'on parle

de l'histoire du village dans le

musée, on dit pas que le village

est canadien-français, mais on

dit que les pionniers et tout ça

sont Canadiens-Français

et Métis.


LINDA GODIN

À Saint-Albert, vous avez,

je ne sais pas si c'est encore

le cas, le projet de créer

un village historique.


DENIS PERREAUX

Ce qui est voulu avec ça,

c'est qu'on raconte l'histoire

de Saint-Albert, mais on

ne reconnaît pas Saint-Albert

comme étant un village

d'origine francophone. Et c'est

une distinction très mince.

On parle, quand on va au musée,

l'héritage à Saint-Albert,

on parle de la rue Perron et

on parle de la rue Sainte-Anne,

on parle des Sept Collines.

Tu sais que c'est francophone,

mais c'est pas dit

que c'est francophone.

Ce sont des personnages.


LINDA GODIN

Mais pourquoi ça?


DENIS PERREAUX

C'est juste des personnages.

C'est mon opinion. Je trouve

que, souvent, dans l'Ouest,

on n'aime pas parler d'histoire

dite ethnique ou culturelle.


LINDA GODIN

Et donc, ce village

historique, pour vous,

ce serait une façon de...


DENIS PERREAUX

C'est qu'on n'a pas de lieu

de commémoration de la présence

française en Alberta.

On a des villages, comme

Saint-Paul, Girouxville où

on a le musée du village et

le village est francophone.

Mais on n'a pas de musée

francophone. Donc, on veut

reconnaître que le premier lieu

d'établissement des francophones

en Alberta était Saint-Albert et

on veut raconter cette histoire

parce que ça se fait

rarement ailleurs.


L'entrevue se poursuit à l'extérieur, à un carrefour névralgique de la ville de Saint-Albert.


LINDA GODIN

M. Perreaux, vous nous amenez

à Saint-Albert. Ici, c'est

le quartier un peu historique.

Même s'il n'y a pas grand-chose

qui paraît historique,

mais ça l'est!


DENIS PERREAUX

Bien, c'est carrefour original

de Saint-Albert en tant

qu'entité urbaine. Donc,

dans un coin, on a une banque.

C'est la banque d'Hochelaga et

c'est un édifice qui commémore

la banque qui est venue...

Ça a été fondé à Montréal,

mais ça a été établi ici. C'est

devenu par après la Banque de

Montréal. L'autre coin, on a une

des premières tavernes ouvertes

aux femmes en Alberta. Et donc,

les gens venaient de partout

parce que dans le temps, la

Prohibition disait que... ou les

lois disaient qu'il fallait que

les femmes et les hommes soient

servis dans différentes salles.

Mais c'était une des seules dans

la province où les femmes et

les hommes pouvaient boire

ensemble. Donc, il y avait

des lignées jusqu'à traverser

le pont parce que les gens

voulaient boire avec les femmes.

En plus, il fallait être assis.

Donc, les gens achetaient une

caisse de bière pour s'asseoir

dessus. Comme ça, ils pouvaient

être servis par le

bartender.


LINDA GODIN

Ça devait boire!


DENIS PERREAUX

Ça devait! Oui, ça devait être

quelque chose. Les gens... Quand

tu parles du

Bruin Inn, les

gens rient parce qu'ils disent

que c'était vraiment légendaire.


LINDA GODIN

C'était difficile, le seul qui

a gardé, quand même, son aspect

patrimonial à l'extérieur.


DENIS PERREAUX

Oui. Et ce qu'ils ont fait,

c'est que depuis... Récemment,

maintenant, il y a des

politiques qui disent que si on

est pour bâtir des nouvelles

bâtisses, il faut qu'elles

prennent un caractère

historique original.

Donc, la brique rouge et des

choses comme ça. Et on le voit

sur l'autre coin. Donc, même, il

y a un bureau de député là et on

voit pas les couleurs ou rien.

C'est écriture noire sur une

façade en briques. Donc, c'est

fait pour reproduire un peu le

look original de Saint-Albert.


L'entrevue reprend à l'intérieur de la chapelle.


LINDA GODIN

M. Perreaux,

est-ce qu'en Alberta, il y a une

loi linguistique qui protège,

justement, les francophones?


DENIS PERREAUX

En fait, il y a une loi

linguistique qui a aboli

l'utilisation du français comme

langue publique. Ironiquement,

c'est la seule loi bilingue en

Alberta. C'est un peu exagéré de

dire que ça abolit le français

parce qu'en fait, ce qu'on dit

c'est que tu as le droit de le

parler, mais pas d'être compris.

Et ce qu'on dit aussi c'est que

la langue de publication, les

choses qui sont importantes,

en fait, sont en anglais.

Et même, on a ajouté récemment

un règlement qui dit que c'est

à la Couronne de décider si les

procès peuvent être en français

ou pas dans les tribunaux

civils. Donc, on a une loi,

mais elle ne protège

pas grand-chose.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il n'y avait pas un

projet de, justement, ramener...

amener, en fait, une loi qui

protégerait les services

en français au moins

dans la province?


DENIS PERREAUX

Bien, un peu dans

la même veine que notre

approche étapiste.

Ce qu'on a voulu, c'est de

commencer avec une politique

parce qu'une fois que tu as un

instrument, puis que les gens

voient que ça fonctionne et

que c'est quelque chose qui

ne tue personne, tu peux bâtir

là-dessus. Donc, on est arrivés

tellement proches sous le

gouvernement Stomach. On avait

tenté avant, puis l'idée

d'une politique a pris

du temps pour...


LINDA GODIN

Faire son chemin?


DENIS PERREAUX

Faire son chemin et, puis

d'apprivoiser les gens.

Et finalement, on est arrivés,

le gouvernent Stomach,

le premier ministre lui-même,

a envoyé une lettre à nous

en mettant en CC l'ensemble

du cabinet pour dire: "Il y aura

une politique gouvernementale

en matière de services

en français."

Finalement, elle a pris une

forme d'un genre de politique

de collaboration, puis à la

11e heure, littéralement, au

Stampede de Calgary, lors d'une

réunion du caucus, ça a été

refusé. Donc, on est passés très

proche. L'idée n'est pas morte.

C'est toujours quelque chose

qui est important pour

la communauté, mais c'est

pas pour aujourd'hui.


LINDA GODIN

La cause Caron, parlons-en

un peu. Expliquez-moi brièvement

ce que c'est que cette cause-là

qui est très importante,

là, pour la province.


DENIS PERREAUX

M. Caron, en 2003, en

décembre, il a fait un virage à

gauche qui a mal tourné. Et il a

demandé d'avoir la contravention

en français, puis on lui a

refusé. Et on lui a refusée

avec une certaine rudesse et

c'était avec une lettre sans

lettre d'en-tête disant "non".

Et je crois que ça l'avait piqué

un peu au vif. Ça a ramené

des souvenirs de son

père qui a dit: "Laisse-toi

pas faire quand il s'agit de

tes droits." Et donc, M. Caron

a dit: "Non. Moi, je me laisse

pas faire!" Et donc, il s'est

embarqué dans quelque chose

parce que finalement, c'était...

L'infraction, c'était en 2003 et

le procès a pas eu lieu avant

2008. Ça a pris tellement

d'années avant d'avoir le

procès. Donc, il a demandé, sur

le plan constitutionnel qu'on

reconnaisse le droit d'avoir les

droits de publication de tout

ce qui est gouvernemental:

les ordonnances, les droits, les

contraventions, etc., bilingues,

en anglais et en français.


LINDA GODIN

Mais la cause Caron, elle

s'est même rendue jusqu'en

Cour suprême, là.


DENIS PERREAUX

Oui. Bien c'est une cause

majeure parce que ce qui est

voulu, c'est de retourner à la

Cour suprême et ne redire que

la première fois que vous avez

tranché, vous avez fait 90%

de job. Là, on vous demande

le dernier 10%. On vous demande

maintenant de reconnaître que la

province ne peut pas légiférer.

Et il faut reculer jusqu'à la

Résistance Riel encore une fois,

dans laquelle on a eu des

garanties, même une garantie

par proclamation royale, que

les droits civils des résidents

seraient protégés.

Et faisant partie des droits

civils, étaient les droits

linguistiques. Donc, si la

Couronne garantit les droits

linguistiques en 1869, on dit

qu'aujourd'hui, ça veut dire

que c'est encore en vigueur.

Et jusqu'à présent, M. Caron

a gagné en première instance,

mais il y a eu des

revers après ça.


LINDA GODIN

Oui.


DENIS PERREAUX

Donc, c'est une cause très

importante. Présentement,

on est dans les 12 ans depuis

l'infraction et je crains

que c'est la dernière chance

qu'on aura de voir si les droits

linguistiques des francophones,

garantis par la Couronne,

je le dis encore une fois,

sont réellement des

droits constitutionnels.


LINDA GODIN

Donc, si effectivement,

la Cour suprême donne

victoire à M. Caron,

ça change énormément de choses

pour les francophones ici.


DENIS PERREAUX

Donc, juste sur le plan

symbolique, je pense que ça va

avoir un énorme impact. Le fait

de pouvoir avoir accès aux

publications dans les deux

langues... Quand tu vas sur

un site Web, c'est la première

chose qui te frappe quand tu

regardes le Manitoba. Ou en

Ontario, aussi. Tu l'ouvres ou

tu vas sur un site et tu peux

avoir la version anglaise

et française.

Là, si on peut commencer à voir

des versions françaises des lois

qui soient officielles, je pense

que ça aussi va avoir un impact.

Mais si on peut monter le seuil

pour dire: "OK, le français est

une langue publique en Alberta",

là on n'a pas besoin de

justifier notre existence avant

même de parler de service.

Si on a au moins ça d'enchâssé.


LINDA GODIN

Et sur le plan économique,

c'est sûr que là, ça va un

petit peu moins bien, mais les

dernières années, il y a eu un

boom économique dans la province

qui a amené un afflux de

francophones. C'est venu garnir

les rangs des francophones.

Est-ce que ça, c'est une

population qui s'intègre

bien, si je peux dire,

aux Franco-Albertains?


DENIS PERREAUX

On a un énorme défi et ça

remonte quand même, je dirais,

depuis les années 70 et c'est

que lorsque les gens arrivent en

cherchant de l'emploi ou même

plus, dans le cas d'immigrants

de ou de réfugiés qui arrivent

ici et qui ont énormément

besoin d'un emploi et plus,

ils ne nous voient pas.

Ils ne savent pas qu'il y a

une communauté qui existe.

Ils ne savent pas qu'il y a

des services qui existent.

Donc, ils arrivent comme

si moi, j'arrivais en Australie

ou ailleurs où j'ai pas

d'attentes de trouver

des écoles francophones,

des services en français.


LINDA GODIN

Mais ça fait augmenter,

quand même véritablement,

la population francophone?

Ça, c'est bon. Il y a

beaucoup plus d'élèves

dans les écoles par exemple.


DENIS PERREAUX

Oui. Absolument. Et il y a des

gens qui nous disent: "Profitez

de nous, là." Dans ce sens où,

les gens qui arrivent, que ce

soit du Québec ou d'ailleurs,

ce sont des gens qui demandent

des services en français.

Tandis qu'un Franco-Albertain

bilingue n'est pas toujours le

premier à cogner sur la porte

du dentiste demandant s'il est

capable d'avoir ses "plomberies"

en français, là.


LINDA GODIN

Oui, oui.


DENIS PERREAUX

Mais quelqu'un qui est

unilingue français va le faire.

Et donc, ça a haussé l'argument

politique d'avoir des services

en français de façon qui

était plus difficile avant.

Donc, ça, c'est certain.


LINDA GODIN

En espérant qu'une politique

sur les services en français

naisse un moment donné,

ça, ça viendra aussi

protéger un peu plus les--


DENIS PERREAUX

Protéger et attirer, j'espère

aussi. Au lieu d'avoir des gens

qui disent: "Bien, je m'en vais

en Alberta. Il va falloir que

j'apprenne l'anglais." Et les

gens découvrent qu'un an plus

tard, leurs enfants ne parlent

plus français, là. Ce qui est

souvent le cas, mais les gens

ne le croient pas jusqu'à

ce qu'ils le vivent.

Espérons que les gens vont dire:

"Bien, on s'en va dans une

province où il y a une présence

française." On n'aura jamais

50% de la génération

francophone, là.


LINDA GODIN

Non.


DENIS PERREAUX

Mais on a une immersion

qui est très forte ici,

qui nous donne presque

10% de la population qui parle

le français. Ce sont des gens

au restaurant à l'hôpital et...

Si les gens arrivent et

ils demandent le service

en français, de plus en plus,

ils l'ont. Donc, espérons que

les gens arrivent sans penser

qu'ils abandonnent le français,

mais qu'ils savent qu'ils sont

accueillis dans une communauté

francophone quand même.


LINDA GODIN

Denis Perreaux,

merci beaucoup.


DENIS PERREAUX

Merci beaucoup.


Générique de fermeture




Episodes

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Season
  • Category Documentary
  • Category Report

Résultats filtrés par