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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Barry Ancelet: Cajun Culture Specialist

Every Saturday evening for 24 years, radio host Barry Jean Ancelet regaled Radio-Acadie listeners with the best of Cajun and zydeco music, live from Eunice, Louisiana´s Liberty Theatre.

Barry Ancelet, a retired University of Louisiana at Lafayette professor and key figure in the Louisiana landscape, is a specialist in Acadian culture
who has dedicated his entire life to preserving his ancestors´ memory and heritage.



Réalisateur: Linda Godin
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Titre :
Carte de visite


On se trouve devant le Liberty Center.


BARRY ANCELET (Narrateur)

On nous avait dit que le

Jambalaya Cajun Band était pour

venir à soir. Ça me semble

comme s'il y a des Mardi gras

qui ont pris leur place.


Ensuite, on nous présente une petite salle de spectacle vide.


BARRY ANCELET (Narrateur)

Et ordinairement, pour jouer

le tambour en arrière, c'est

"Tony" Huval. Je ne connais pas

qui c'est à soir.


Sur la scène de la petite salle, une batterie est installée derrière une cage de plexiglas.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Le Rendez-vous des Cajuns, tous

les samedis soirs en direct

du Liberty Theater à Eunice,

en Louisiane. Pendant 24 ans,

Barry Jean Ancelet a été au

rendez-vous, présentant la

musique cajun et zydeco sur

les ondes de Radio Acadie.


Devant la scène, des banderoles sont suspendues, dont celle de KRVS, radio Acadie. [On entend un extrait radio présenté à KRVS.


BARRY ANCELET (Narrateur)

Comment les affaires...

Are you Jambalaya?


TERRY HUVAL

Jambalaya, je crois qu'ils

sont après manger

quelque chose, peut-être

sur le "gru" asteure.

(Avec un petit rire niais)


BARRY ANCELET, poète et folkloriste Cadien, apparaît dans le noir sur la scène.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Barry Ancelet est un

incontournable dans ce coin

de pays, un professeur à

l'Université de la Louisiane à

Lafayette, un spécialiste de la

culture cadienne. Un homme qui a

consacré sa vie à sauvegarder

la mémoire et le patrimoine

de ses ancêtres en Louisiane.


Sur une petite scène dans un bar, GISÈLE QUENNEVILLE reçoit BARRY ANCELET.


GISÈLE QUENNEVILLE

Barry Ancelet, bonjour.


BARRY ANCELET

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre famille est une vieille

famille louisianaise, je pense.

Vous, vous êtes un Louisianais

pure laine. Vos ancêtres

sont arrivés ici quand?


BARRY ANCELET

Ça dépend, lesquels? J'ai des

ancêtres acadiens qui sont

arrivés avec la première arrivée

des Acadiens en Louisiane, 1765.

Et des Arceneaux et des Trahan

et tout ça. Et puis là, mon

patronyme, mon nom français

"Ancelet", ça vient de la France.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

Lui, il est arrivé...

début du XIXe siècle, puis il

s'est marié avec une Acadienne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Chez vous, ça a toujours

parlé en français?


BARRY ANCELET

Hum-hum. Oui.

Mes grands-parents... parlaient

presque pas anglais du tout.

Et mon père et ma mère avaient

eu l'expérience d'aller à

l'école et d'être empêchés de

parler français à l'école.

Et donc, eux, ils parlaient anglais.

Mais mon père et ma

mère travaillaient. C'était un

cas typique de l'après...

Après la Deuxième Guerre, il y a

beaucoup de gens qui ont

commencé à travailler, pour

la première fois, pour des salaires.

Ils ont commencé à avoir

des... Au lieu de travailler

sur la ferme, ils ont déménagé

à la ville, puis mes parents

étaient dans ce cas-là.

Puis, donc, tandis qu'ils

travaillaient, mes

grands-parents et mes tantes et

mes oncles m'ont élevé. J'ai

appris à parler français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors vous, vous avez toujours

parlé français en grandissant. À

l'école, comment ça se passait?


BARRY ANCELET

À l'école... Dans mon temps

à moi, à l'école, on faisait pas

attention au français du tout.

Il y avait pas... La bataille

était déjà passée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Était passée. Hum-hum.

La bataille étant...


BARRY ANCELET

La génération de mes parents.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, là où c'était

interdit de parler français.


BARRY ANCELET

Là, c'était interdit officiellement.

Rendu dans les années 50,

ils portaient pas attention

à ça. Ils enseignaient le français

au lycée, mais en tant

que langue seconde,

comme une langue étrangère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais vous, c'était

votre langue première.


BARRY ANCELET

Ça aurait pu être l'allemand

ou le japonais ou n'importe

quoi. Sauf qu'on parlait

français. Je veux dire, il y

avait beaucoup d'étudiants

dans la classe qui parlaient

français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

Et le premier jour de l'école...

hum... l'instituteur qui venait

du Canada nous a dit:

"Combien, dans la classe,

parlent français à la maison?

Levez la main."

On était à peu près un tiers,

une moitié qui a levé la main.

Et il a dit: "Tous ceux qui ont

la main levée, allez derrière

la salle. Il faudra que je vous

désapprenne ce mauvais français

avant de vous apprendre

du bon français."


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum... Puis comment

vous avez réagi?


BARRY ANCELET

Bien, c'était le prof. On...

Il devait avoir raison. Nous,

on savait rien. Ça fait...

Il a dit: "Allez, allez."

On se lève, puis on commence

à marcher derrière la classe. Et

comme pour illustrer qu'il avait

raison, au cas où on le croyait

pas, on passait à côté du mur,

puis il y avait le trou vitré

par lequel on regarde dehors,

il dit: "Qu'est-ce que c'est?"

Et il y a quelqu'un... Moi,

j'osais rien dire. J'étais

timide. Mais il y a quelqu'un

dans le groupe qui a dit: "Un

châssis." C'est comme ça qu'on

appelle ça, nous autres. Il dit:

"Non, c'est une fenêtre",

avec son accent, tu sais.

Mais moi, je dis: "Gee! Si

ça, c'est une fenêtre, il a

raison. On parle pas un bon

français parce que moi, j'ai

jamais entendu parler de ça."

Ça fait qu'on va derrière

la salle. Dans moins de deux

semaines, tous ceux qu'il avait

envoyés derrière la salle

étaient assis au premier rang

parce qu'on parlait déjà

français. Donc, on a assez

rapidement compris qu'on pouvait

utiliser le français qu'on

parlait à la maison comme

ressource, avec quelques

négociations. Châssis, fenêtre.

Beaucoup plus tard, c'est ça qui

m'a... ça m'est resté à l'idée.

Beaucoup plus tard, j'étais

devenu professeur, j'avais fait

un doctorat en linguistique

et anthropologie en France.


GISÈLE QUENNEVILLE

Avez-vous jamais

revu votre prof?


BARRY ANCELET

Non, je l'ai jamais revu,

mais je faisais des recherches

étymologiques et je

tombe sur "châssis".

Et un "châssis" fait référence à

quelque chose qui ouvre comme

ça. Alors que "fenêtre",

originalement, faisait référence

à quelque chose qui ouvrait

comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vous aviez

tous les deux raison.


BARRY ANCELET

Je peux vous montrer

aujourd'hui l'école, la salle de

classe est toujours là et

puis c'était un châssis.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était pas une fenêtre.


BARRY ANCELET

Qu'on passait devant,

c'était pas une fenêtre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous l'avez mentionné, vous

avez vous-même fait des études

supérieures, vous avez un

doctorant en français. Qu'est-ce

qui vous a poussé à aller

jusque-là? Vous êtes devenu un

grand spécialiste de la culture

et du français louisianais.


BARRY ANCELET

Au début, la paresse.

(En riant)

Au début, bien, j'ai pris ce

premier cours en huitième

année et puis j'ai découvert

que c'était facile.

Puis moi, la deuxième année,

ma deuxième année, on m'a choisi

pour aller faire un concours

en français et j'ai gagné.

Oh my God! J'ai gagné une

médaille, troisième place. Là, à

la deuxième année, j'ai gagné

la première place. Oh my...

Puis... "Comment je peux

faire ça?" Et donc...

Là, quand je suis arrivé à

l'université, c'était d'une part

plus tard, les choses avaient

évolué. Et il y avait un

professorat qui était un peu

plus éclairé concernant la

possibilité d'utiliser cette

ressource extraordinaire.

J'avais des profs qui nous ont

fait considérer des textes

qui venaient de la Louisiane

sur des... des thèmes et

des histoires qui venaient d'ici,

et ça m'a ouvert

toute cette possibilité. Wow!

C'est... On a quelque chose ici

à développer. Une façon de le

dire, ce serait que je voulais

essayer de faire ce que je

pouvais pour que mes

compatriotes apprennent

qu'ils n'avaient pas besoin

d'avoir honte de leur français

et de leur culture. Qu'ils

pouvaient en être fiers plutôt.

Parce que c'est quelque chose

qu'on avait préservé, c'est

quelque chose qu'on avait que

personne d'autre avait. Ça

produisait une magnifique

musique, de belles chansons, des

histoires incroyables et un

peuple en fait. Un peuple.


GISÈLE QUENNEVILLE fait un segment d'entrevue au bar du WHIRLYBIRD.


GISÈLE QUENNEVILLE

On fait l'entrevue, aujourd'hui,

au Whirlybird.

Qu'est-ce que c'est,

le Whirlybird?


BARRY ANCELET

Le Whirlybird est un...

un phénomène. C'est un ancien

bar qui a été acheté,

apprivoisé par un de mes amis.

Il avait juste eu l'idée de

créer un espace pour des

performances de théâtre, ou

des lectures de poésie, ou

des soirées de contes, ou des

soirées de musique.

Il y a pas de licence ou rien.

Les gens apportent leur boisson

et puis quelqu'un se porte

volontaire pour servir

derrière le bar.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous vous êtes déjà

improvisé derrière le bar?


BARRY ANCELET

Oui. C'était un rêve: j'ai

toujours voulu être un barman et

puis un soir, je suis arrivé,

puis il y avait personne

derrière le bar et j'ai sauté le

bar, puis j'ai... C'était drôle.

L'autre côté, les gens me

parlaient normalement, j'arrive

de ce côté, ils commencent

à me conter toutes leurs peines.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, c'est vrai, l'histoire

des barmen.


BARRY ANCELET

C'est absolument vrai.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous venez souvent?


BARRY ANCELET

Oui, c'est magnifique. Il y

a toutes sortes de choses qui se

passent ici. Et puis beaucoup

de choses en français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah!


BARRY ANCELET s'adresse aux auditeurs en anglais derrière la console d'un studio de Radio-Acadie, à Lafayette, en Louisiane.


On revient sur la scène de bar- salle de spectacle où GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entretien avec BARRY ANCELET.


GISÈLE QUENNEVILLE

Barry Ancelet, vous, vous avez

trouvé, découvert beaucoup,

voire des milliers de contes,

de chansons cadiennes

de la Louisiane.

Qu'est-ce que vous avez trouvé?

Ça datait de quand et

qu'est-ce que ça racontait?


BARRY ANCELET

Ça faisait partie d'un effort

pour essayer de comprendre

qui on est, d'où on vient.

J'ai commencé à enregistrer des

conteurs et des chanteurs et des

menteurs, et j'ai trouvé toutes

sortes de choses. Par exemple,

des... ce qu'on appelle des

contes de fées, des contes

multi-épisodiques qui nous

ramènent souvent à un temps

avant des choses comme la radio,

la télévision, quand les gens

n'avaient rien d'autre à faire

le soir. Puis les contes

pouvaient durer une demi-heure,

une heure, deux heures.

Au lieu de chercher dans

la forme, j'ai... ça m'a pris du

temps, mais j'ai finalement

compris qu'il s'agit de, par

exemple, le sens de l'humour ou

la nature du héros du conte.

Qui est ce héros? Et très

souvent, il est le petit qui

finit par gagner, pas par

sa force, mais par sa ruse. Mais

c'est tout à fait le héros

de tous les peuples qui sont

oppressés, qui sont opprimés.

C'était le héros des paysans en

France, c'était le héros des

gens qui se trouvaient opprimés

par des plus grandes forces

comme les Anglais ou la

culture anglo-américaine.

C'était le héros des Africains

au Nouveau Monde qui était rendu

esclave. C'était un héros qui

donnait espoir que, quelque part

dans l'imaginaire, on pourrait réussir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un moment donné, vous, vous

avez commencé à écrire, à écrire

des poèmes en particulier.


BARRY ANCELET

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. Qu'est-ce qui vous a

motivé à vous diriger là-dedans?


BARRY ANCELET

C'était un pur accident.

En avril de 1978, j'ai eu

l'occasion de participer à

la rencontre des Acadiens,

à Moncton.

L'Université de Moncton

avait organisé un rassemblement

des Acadiens de partout,

puis on avait été invités.

Et en même temps, pendant cette

semaine, je tombe en amour

avec une fille de là-bas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum!


BARRY ANCELET

Louise. Elle s'appelait Louise.

Mais à la fin de la semaine,

j'ai dû quitter pour retourner

en Louisiane. Elle travaillait là.

Ça fait... J'ai écrit poème d'amour,

puis on écrivait des lettres et tout

ça, puis on restait en contact.

Quelques mois plus tard, je me

trouve invité, encore une fois,

à un autre rassemblement des

peuples francophones à Québec.

Et une partie de cette

expérience, c'était une soirée

qui s'appelait Paroles et musique,

organisée par Marcel Dubé.

Ils ont découvert, à la

dernière minute, qu'ils avaient

oublié d'intégrer la Louisiane.

C'était... Oh! Gaffe.

Alors, les organisateurs me

convoquent et il faut absolument

trouver quelque chose sur la

Louisiane. Je dis: "Bien, oui,

mais il y a personne qui..."

C'était en 1978 et personne, à

ma connaissance, qui écrit de

la poésie de la Louisiane.

Puis j'ai pensé aux poèmes que

j'avais dans mon sac. Ça fait

que j'ai dit: "Moi, j'ai des

poèmes qui ont été écrits par

un de mes amis." Il dit: "Qui?"

Ça fait que j'ai inventé :

Jean Arceneaux


GISÈLE QUENNEVILLE

Jean Arceneaux.


BARRY ANCELET

Mon nom, c'est Barry Jean

Ancelet. Ma grand-mère, c'était

une Arceneaux et puis c'est...

je passais beaucoup de temps

avec elle. Ça fait que j'ai

inventé Jean Arceneaux.

Il le lit: "Ah, c'est parfait."

C'était une sorte de confluence

entre Louise et Louisiane,

comme, traitez mon pays

comme une femme bien aimée.

Il dit: "Téléphone tout de suite

pour avoir sa permission."

Puis là, j'étais pris dans

ma menterie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

J'étais pris dans ma menterie.

Ça fait que j'ai téléphoné à mon

appartement à Lafayette et j'ai

eu une conversation avec

Jean Arceneaux, que je venais

d'inventer, avec le téléphone

qui sonnait dans mon oreille

parce qu'il y avait personne

dans mon appartement.

Dans ce temps-là,

il y avait pas de répondeur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


BARRY ANCELET

Et c'est comme ça que Jean

Arceneaux est né. Mais...


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que Jean Arceneaux, faut

dire que c'est

votre nom de plume.


BARRY ANCELET

Oui, oui, c'est mon nom de plume.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que Jean

Arceneaux a à dire?


BARRY ANCELET

Ah, toutes sortes de choses.

Les mêmes choses en fait, les

mêmes choses: soyez

fiers, acceptez... acceptez

votre identité,

célébrez la spécificité.

Hum... Il...

Quelquefois, il y a des choses

qui sont un peu difficiles, mais...

(En lisant)

"Se laisser souffrir

Le désir de se faire voir

Le désir de se faire croire

Se laisser rêver

Les rêves qui effacent

les milles misères

d'un monde en marée

Se laisser sentir le mal aux

doigts qui se lassent

d'écrire 1001 fois

Se laisser sentir

l'étranglement des années avant

Se laisser sentir la fin

De savoir l'histoire des vieux

Se laisser sentir la soif de

voir du français devant les yeux

Se laisser sentir le mal

au coeur pour être capable

de rejeter sur un bout de papier

Pour garrocher

le message au large

Qu'on est toujours là

Qu'on a pas lâché

Qu'on est juste caché en

arrière de nous-mêmes"


GISÈLE QUENNEVILLE et BARRY ANCELET sont assis sur un banc dans un parc.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Ancelet, depuis que je suis

en Louisiane, j'apprends des

nouveaux mots, des nouvelles

expressions. Jusqu'à maintenant,

j'ai appris "faire de la pâture",

ce qui veut dire "être chauve".

J'ai appris.


BARRY ANCELET

J'aime bien ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

... "haler", qui veut dire

"tirer", que je connaissais pas.

Vous qui êtes un des

auteurs du dictionnaire du

français-louisianais, je compte

sur vous pour ajouter à ma liste.


Le Dictionary of Louisiana French est posé sur une table.


BARRY ANCELET (Narrateur)

Certains des mots qu'on a

trouvés sont des... des mots

ou des expressions sont des

préservations du vieux français,

hein, des vieilles expressions.

Par exemple, aujourd'hui, ce que

les charpentiers appellent une

règle, les charpentiers ici

appellent un "pied-du-roi".


GISÈLE QUENNEVILLE

Encore aujourd'hui.


BARRY ANCELET

Oui. Par exemple, une ligne

qu'on met à travers le bayou

avec des petits appâts

à tous les intervalles,

c'est une "palanc".


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais nous, on n'a pas ça

chez nous, alors c'est pour ça

qu'on n'a pas ce mot-là.


BARRY ANCELET

Alors, est-ce que c'est un vieux

mot français ou je sais pas?

Ou est-ce que ça vient

de quelque chose qu'ils ont

emprunté? Par exemple, le mot

pour ce qu'en français standard,

on appelle un raton laveur,

nous, on appelle ça un "chaoui".


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

Parce qu'on a demandé aux gens

qui étaient déjà là: "C'est quoi, ça?"

Et ils ont dit : "chaoui",

dans leur langue.

Donc, on a pris beaucoup de mots

des Amérindiens. On a emprunté

des mots des Espagnols.

Par exemple, le mot pour dire assis

comme ça, sur un cheval, une

bicyclette ou une chaise.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nous, on dit "à cheval".


BARRY ANCELET

"Acajack."


GISÈLE QUENNEVILLE

"Acajack."


BARRY ANCELET

"Acajack." Et ça vient de

"horcajadas", de l'espagnol.

Par exemple, le machin qu'on

fait... du café dedans. En

France, ils appellent ça

une cafetière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

Nous, on appelle

ça une "greg".


GISÈLE QUENNEVILLE

Une "greg".


BARRY ANCELET

Une "greg". Et il s'avère

que dans cette partie du Poitou,

ils appellent encore ça une "greg".


On revient dans le bar salle de spectacle où GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entretien avec BARRY ANCELET.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Ancelet, est-ce que les Cadiens

sont fiers d'être Cadiens?


BARRY ANCELET

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tout le monde?


BARRY ANCELET

Oui. Et c'était pas toujours

le cas. Les gens avaient appris

à avoir honte, à se cacher derrière...

un... une image.

Mais de plus en plus, je pense

que les gens, pas seulement

qu'ils sont fiers, mais ils sont

même un peu "vanteux".

Mais c'est pas mauvais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on peut être

Cadien sans parler français?


BARRY ANCELET

Ha! Wow! Ça, c'est

une grande question.

Grande question. Il est vrai

que la langue française

nous donne un lien

avec une trace, avec une

ressource, avec une continuité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

Mais moi, je voudrais pas dire

à tous les jeunes... Cadiens,

qui se considèrent Cadiens,

qui n'ont pas appris à parler en

français... encore, qu'ils sont

pas Cadiens. Je veux dire...

Est-ce que c'est vraiment une

bonne idée d'attacher autant de

l'identité à la langue qu'on parle?


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, une des choses qui m'a

frappée depuis que je suis ici,

c'est la richesse de la culture

cadienne, la musique, votre

poésie par exemple. Et je me

suis dit: Est-ce que c'est

par la culture qu'on va

sauver le peuple cadien?


BARRY ANCELET

Encore une très bonne question.

À mon avis, la meilleure idée,

c'est de les attirer au français.

Parce que la musique est

tellement bonne et les histoires

sont tellement bonnes et la

chanson est tellement bonne et

la nourriture est tellement

bonne qu'ils vont choisir de

venir. Là, t'as pas seulement

quelqu'un qui parle français,

mais t'as un adhérent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


BARRY ANCELET

C'est devenu son idée

de venir au français.

C'est peut-être rêver en

couleurs, mais soit.


BARRY ANCELET

Est-ce qu'on enseigne votre poésie?


GISÈLE QUENNEVILLE

Hein? Oui, oui. Bien, tiens...

Oui, il y a des... Et puis

pas seulement en Louisiane. J'ai

appris que c'est enseigné en

Californie et en Ohio et un peu

partout. Donc, on est devenus...

... on est devenus existants.


BARRY ANCELET

Hum-hum. Existants ou exotiques?


GISÈLE QUENNEVILLE

Existants.


BARRY ANCELET

Oui?


GISÈLE QUENNEVILLE

Peut-être exotiques aussi. Ça,

c'est à eux de décider. Mais

avant d'être étudié, il faut exister.


BARRY ANCELET

Hum-hum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et puis c'est comme ça

que ça a commencé. C'est...


BARRY ANCELET

Bien, vous, vous avez osé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, bien, voici ce qui s'est

passé. Dans cette expérience

avec Marcel Dubé et puis cette

première expérience à lire cette

poésie à Québec, devant 3000,

4000 personnes, dans la cour du

Séminaire du Vieux-Québec, j'ai

eu un grand applaudissement. Les

gens étaient probablement

surpris d'entendre quelque chose

de la Louisiane de toute façon.

Puis j'avais aussi... Je suis

allé voir mon ami Zachary

Richard. Il avait... Je lui ai

demandé s'il avait une chanson

qui n'avait pas encore été

enregistrée, puis on pouvait

dire que c'était de la poésie.

Alors, j'ai lu :

Chanson pour Louise et

Balade de Beausoleil, ce soir-là.

Ces trois soirs.

Et rendu en Louisiane, j'ai été

voir Zachary, j'ai dit:

"God! Tu vas jamais imaginer

l'expérience que j'ai eue.

C'était absolument extraordinaire.

Ça m'a ébloui. Il faut absolument

faire quelque chose ici."

On a pas eu ce genre de

créations par exprès depuis très

longtemps. Ça fait qu'on a

organisé... On a volé le nom,

Paroles et musique, et on a fait

la même chose à Lafayette. On a

rassemblé huit poètes et des

musiciens, Michael Doucet et

d'autres, on a fait une soirée

Paroles et musique. Et puis,

après, j'ai dit... C'était

absolument extraordinaire ce qui

s'est passé ce soir-là. En même

temps, il y avait le directeur

du CODOFIL, le président du

CODOFIL, James Domengeaux,

qui disait constamment qu'il

fallait... la seule façon de

sauver le français en Louisiane,

c'était en enseignant le

français standard.


BARRY ANCELET

Hum!


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que le français cadien,

il disait, n'est même pas une

langue écrite. Et puis j'ai

essayé de lui dire, à cause de

mes recherches sur les conteurs,

j'enregistrais les conteurs,

puis là, je transcrivais ce

qu'ils disaient. Alors, je

pouvais utiliser la langue

française que je pouvais écrire

pour écrire ce qu'ils avaient

dit. Alors, je savais que

ça pouvait être écrit.

Zachary a dit: "On pourrait

publier la collection de Paroles

et musique... chez mon éditeur à

Montréal." On l'a envoyé, puis

on a fait : Cris sur le bayou.

Quand j'ai eu la première

copie... "en" avance.


BARRY ANCELET

Je vous vois venir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je suis allé le voir et je

l'avais à la main, derrière

le dos, littéralement. Et chaque

fois qu'il me parlait, il me

faisait la même chanson:

"Ah ouais, toi, vous autres qui

vouliez enseigner le français

cadien, c'est même pas

une langue..."

Et je dis:

(En déposant un livre)

"Maintenant, ça l'est."

Il dit: "C'est quoi, ça?"

Je dis: "C'est du français

cadien écrit."

Il commence à regarder.

"Hum..."

Il dit: "Ça ressemble comme

si... ça ressemble comme nous

autres on parle." Je dis: "Oui."

Il dit: "Tu peux me laisser ça?"

Ça fait que je l'ai laissé.

Je suis allé le chercher le lundi...

... et il le lance sur son

bureau et il a dit:

"Goddamn!

Il faudra que je repense

toute ma philosophie."

Et à son honneur,

quand il a vu, il a compris.

Et il a engagé... il a commencé

à faire engager des gens pour

intégrer le français louisianais

dans l'enseignement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez déjà dit ou écrit,

et je cite: "Que les Cadiens

devraient sortir du coin et

danser au milieu de la salle."


BARRY ANCELET

Oui!


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça veut dire quoi?


BARRY ANCELET

C'est ça. Bien, ne plus avoir

honte de prendre position

conceptuelle et du territoire.

On devrait pas se cacher pour

parler français. On devrait...

On a des choses à dire, puis des

choses qui sont intéressantes.

Je viens de participer à une

lecture de poésie avec Zachary

Richard et Kirby Jambon à

Moncton. C'était terriblement

apprécié. Kirby Jambon, qui

vient d'ici, il vient de gagner

un prix de l'Académie française

pour sa poésie en français

cadien. Donc, évidemment,

il y a une valeur, hein.

Alors, ce que je cherche à

faire, c'est de montrer à la

population en général

cette valeur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Barry Ancelet, merci beaucoup.


BARRY ANCELET

Plaisir.


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