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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Paul Martin: Former PM of Canada

Since he retired from politics, former Canadian PM Paul Martin has been keeping quite busy travelling around the world and meeting some of its greatest inhabitants.

He is fascinated by Africa, aboriginal peoples, international development, and he is passionate as ever about the Liberal Party, newly elected in Ottawa. He is delighted with the Party´s success, but not to the point of making a political comeback at 77 years of age. He´s happy to share his wisdom without quite getting his hands dirty.

Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

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Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que DANIEL LESSARD présente son invité, PAUL MARTIN, ancien premier ministre du Canada, on montre des images du centre de commerce mondial de Montréal et du bureau de PAUL MARTIN.


DANIEL LESSARD

Depuis

qu'il a quitté la politique,

Paul Martin n'a pas arrêté

une seconde.

L'Afrique, les Autochtones,

le développement international

passionnent l'ancien

Premier ministre du Canada.

Sans oublier, bien sûr,

ses chers libéraux qui viennent

de reprendre le pouvoir.

Il en est très heureux, mais pas

au point de vouloir revenir

en politique à 77 ans.

Il se contente de jouer

les vieux sages, mais pas

les belles-mères.


PAUL MARTIN

Je ne comprends

pas pourquoi quelqu'un veut

devenir premier ministre

à ne rien faire.


On nous présente un extrait d'un discours de JUSTIN TRUDEAU le jour de son élection.


JUSTIN TRUDEAU

Mes amis, nous avons battu la

peur avec l'espoir. Nous avons

battu le cynisme avec le travail

acharné. Nous avons battu la

politique négative avec une

vision rassembleuse et positive.


DANIEL LESSARD interviewe PAUL MARTIN dans le bureau de celui-ci.


DANIEL LESSARD

M. Martin, bonjour.


PAUL MARTIN

Bonjour, M. Lessard.


DANIEL LESSARD

Dites-moi, vous devez être

heureux avec le retour

des libéraux au pouvoir.


PAUL MARTIN

Très heureux. Très. Vraiment,

je pense que ça va être

très différent et beaucoup

plus productif.


DANIEL LESSARD

Vous êtes optimiste, vous êtes

confiant. Les gens se disent:

Ah, nouveau gouvernement,

jeune premier ministre,

pas beaucoup d'expérience...


PAUL MARTIN

Moi, je trouve qu'il y a

énormément de confiance

dans le pays. Écoute...

Et on sent l'optimisme.

On sent l'optimisme.

Et je pense que le premier

ministre Trudeau, et je dois

vous dire aussi, son cabinet,

ils sont très...


DANIEL LESSARD

Une bonne équipe.


PAUL MARTIN

Oui, formidable.


DANIEL LESSARD

Dites-moi, M. Martin,

honnêtement, est-ce qu'il s'est

passé une journée dans votre vie

d'adolescent et d'adulte sans

que vous parliez politique

ou sans que vous pensiez

à la politique?


PAUL MARTIN

Oh oui.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


PAUL MARTIN

Ah oui. Mon père était député,

alors je travaillais avec lui,

par exemple, dans ses campagnes.

Mais j'avais pas beaucoup

d'intérêt dans la politique. Et

d'ailleurs, il faut dire que je

l'ai fait beaucoup plus tard

dans la vie. J'avais la

mi-quarantaine avant que j'aie

l'idée de devenir député. Moi,

quand j'étais, par exemple,

teenager à Windsor, sur la

frontière américaine, j'étais

beaucoup plus impliqué dans

toute la question des droits

civils des Afro-Américains.

Je faisais les marches

pour les droits civils

partout au Michigan.


DANIEL LESSARD

Vous étiez un protestataire?

Paul Martin avec une pancarte?


PAUL MARTIN

Oui, oui.


DANIEL LESSARD

C'est difficile à imaginer.


PAUL MARTIN

Bien, c'était ma génération à

Windsor. On était très impliqués

dans la politique, vraiment,

pour appuyer les Afro-Américains

à Détroit et à Michigan.


DANIEL LESSARD

Mais quand on a un père

député, ministre, un ministre

important, il a joué le rôle

extrêmement important dans

l'histoire du Canada, votre

père. La politique sociale,

c'est lui en très grande partie.

On ne peut pas être

très politisé.


PAUL MARTIN

Vous avez entièrement raison.

Mon père a été de loin la plus

grande influence dans ma vie.

C'est tout cet aspect social,

les allocations familiales, la

santé, tout cela. Et lorsqu'il

est devenu le ministre des

Affaires extérieures, j'étais

assez vieux pour aller aux

Nations unies avec lui.


DANIEL LESSARD

C'est difficile de vivre

dans une famille où le père est

politicien, puis un politicien

de premier plan, qui est

souvent absent, j'imagine?


PAUL MARTIN

Oui. Sauf que j'avais une mère

extraordinaire. C'est ma mère

qui tenait la famille ensemble.

Il y a pas de doute. Je dois

énormément à ma mère.


DANIEL LESSARD

Donc, milieu familial stable.

Vous avez fait de bonnes

études. Vous êtes allé, si j'ai

bien compris, en philosophie et

en histoire. C'était quoi l'idée

derrière ça, d'abord, avant

de faire votre droit?


PAUL MARTIN

J'étais pas sûr si je voulais

être avocat. Ça, c'est une

chose. J'ai fait le droit, mais

je l'ai jamais pratiqué. Mais

probablement la philosophie.

C'est parce qu'un jour, j'ai eu

une conversation avec mon

père, mon père a dit: "Fais ta

philosophie, parce que je te

connais, tu liras jamais la

philosophie plus tard." Alors,

j'aimais beaucoup l'histoire,

mais j'ai fait la philosophie

parce que c'est vraiment

le domaine que je ne connaissais

pas. Et je dois vous dire

que lorsque je vieillis,

ça m'intéresse beaucoup plus.


DANIEL LESSARD

Oui. Le droit, c'était quoi?

Vous vouliez devenir avocat?


PAUL MARTIN

Non, pas vraiment. Je savais

pas quoi faire. Et...


DANIEL LESSARD

Vous étiez pas le seul.

Beaucoup de gens,

à cette époque-là...


PAUL MARTIN

Oui. Tout le monde me disait,

avec raison, que c'était la

meilleure formation. Et une fois

que j'étais diplômé en droit,

j'ai rencontré Maurice Strong,

qui est un autre qui m'a

beaucoup influencé. C'est un des

grands environnementalistes de

notre pays. Mais aussi, Maurice

Strong est devenu, après

avoir été président de Power

Corporation, le président de

l'ACDI, c'est le développement.

Et on s'est rencontrés

après que j'aie eu mon...

J'étais membre du barreau

de l'Ontario. Puis Maurice

Strong m'a demandé: "Qu'est-ce

que vous avez l'intention de

faire?" Je lui ai dit: "Je

m'en vais en Afrique." Et il m'a

regardé, puis il dit: "Ah oui,

vous avez entièrement raison.

C'est ça qu'ils ont besoin

en Afrique, c'est un autre jeune

avocat." Mais là, qu'est-ce que

je fais? Puis il dit: "Vas-y

en affaires. Apprends donc les

affaires. Puis après ça, tu

pourras aller en Afrique."

Et il m'a offert la job pour

apprendre. Et... Je dois

vous dire aussi, il m'offrait

un emploi à Montréal. Et c'était

dans le temps de la Révolution

tranquille et... Ça

m'intéressait énormément. Pour

moi, la Révolution tranquille

a été un des mouvements les plus

importants du Canada. Et je

voulais y participer. Alors...


DANIEL LESSARD

Après Duplessis

puis Jean Lesage...


PAUL MARTIN

C'était Jean Lesage. Alors, je

suis venu à Montréal à cause

de cela. Mais ce qui est arrivé,

c'est que je suis venu pour

travailler pour Maurice Strong,

mais Maurice Strong a

démissionné pour aller ailleurs.

Et moi, j'ai fait la campagne

au leadership de mon père. C'est

dans le temps de Pierre Trudeau.


DANIEL LESSARD

En 1968, hum-hum.


PAUL MARTIN

Oui. Quand je suis revenu,

j'avais travaillé un an à Power

Corporation. Paul Desmarais m'a

demandé: "Qu'est-ce que tu veux

faire chez nous?" J'ai dit:

"Je veux démissionner. Je vais

partir en affaires pour

moi-même." Il dit: "Reste,

et tu partiras plus tard."

Je suis resté pendant quoi?

Tu sais... 13 à 15 ans. Et

la raison, c'est que... On parle

des influences sur la vie de

quelqu'un. Paul Desmarais,

comme Maurice Strong, comme mon

père, a été une des grandes

influences. Paul Desmarais est

un homme d'énorme intégrité

et il avait une vision

économique globale.


DANIEL LESSARD

Canada Steamship Lines. Vous

vous êtes levé un matin et vous

vous êtes dit: Moi, je m'achète

des bateaux, ou ça a été

plus compliqué que ça?


PAUL MARTIN

Canada Steamship Lines, ça

appartenait à Power Corp.

Et à l'âge de 33 ans, Paul

Desmarais vient me voir un jour

et il dit: "Tu vas devenir

président. Tu vas être le

président de Canada Steamship

Lines." Une des grandes

compagnies dans le domaine, mais

qui avait des problèmes. Et moi,

j'avais passé pas mal de temps

dans des compagnies qui avaient

des problèmes chez Power Corp.

Alors, il dit: "Là, tu t'en

vas à Canada Steamship Lines."

J'étais le président, nommé

en 1973, et après sept,

huit ans plus tard, 1981, Paul

Desmarais est venu me voir,

il dit: "T'es-tu le président

de Power Corp? Je veux le

vendre. Parce que je songe

À l'acquisition de Canadian

Pacific Railway."

Puis il y a une compétition

entre les deux compagnies.

Alors, il dit: "Je veux que tu

vendes la compagnie." Alors,

moi, je lui ai dit: "Je veux pas

le vendre. Je vais l'acheter."

Alors, il m'a dit: "Mais t'as

pas assez d'argent." J'ai

dit: "Je vais me trouver un

partenaire." Il dit: "Alors, je

vais faire un arrangement. Ça va

être une négociation très dure,

puis je veux pas que tu cherches

15 partenaires puis que tu

gâches toute l'affaire.

Tu me nommes ton partenaire

potentiel tout de suite.

Si t'es capable de faire

un deal avec lui puis que t'es

capable de me faire une offre

convenable, on va te le vendre."

J'avais un ami qui était le

président, le propriétaire de la

plus grande compagnie maritime

au Canada, Lawrence Pathy.

Alors, je lui ai dit son nom.

Puis il a dit: "OK. On va voir

si t'es capable d'avoir un

partenaire." J'ai traversé la

rue, parce que sa compagnie

était de l'autre côté. J'ai

songé au deal que je

voudrais faire. Je rentre,

je vais le voir, je dis: "On va

acheter la compagnie ensemble",

À Larry Pathy. Il dit: "Très

bien." Et je suis retourné une

semaine plus tard, parce qu'il

fallait parler à la banque

puis emprunter l'argent.

J'ai fait l'offre.

Paul Desmarais l'a refusée.

On a commencé trois mois de

négociation, puis après trois

mois, on a acheté la compagnie

moi et mon partenaire.

Et après ça, six ans plus tard,

j'ai acheté les parts

de mon partenaire.


DANIEL LESSARD

Ça a été un grand succès.


PAUL MARTIN

Ça a été un succès. On a

emprunté beaucoup d'argent,

au-delà... C'était vraiment

le plus... je pense, l'achat

par management le plus important

dans l'histoire du Canada

dans le temps. On a emprunté

180 millions, je pense.


DANIEL LESSARD

Ah, bien oui...


PAUL MARTIN

Oui, oui. Mais ça marche.


DANIEL LESSARD

Et on dort bien quand

on emprunte 180 millions?


PAUL MARTIN

Lorsqu'on est jeune, oui.


DANIEL LESSARD rit.


On nous montre des images d'un morceau du mur de Berlin au centre de commerce mondial de Montréal.


PAUL MARTIN (Narrateur)

Le morceau du mur de Berlin,

à côté de nous, j'étais jeune

député quand le mur est tombé.

Mais ce que ça me rappelle,

c'est que cinq, six ans plus

tôt, j'avais été à Berlin,

et j'ai demandé: "Est-ce que

c'est possible de passer par

Checkpoint Charlie pour

entrer dans Berlin-Est?"

Puis, ils ont dit oui. Alors,

j'ai passé tout un matin et

toute une après-midi à marcher

dans les rues de Berlin-Est.

Et j'avais travaillé dans une

shop d'acier lorsque j'étais

jeune avocat, avec des jeunes

Allemands, dont un grand ami qui

était de là. Et il m'a parlé

du désespoir de la population.

Et je marchais dans les rues,

c'était bien avant que le mur

tombe, et j'ai vu ce désespoir.

Je me dis que ce n'est pas

croyable qu'on peut tenir un

peuple en prison comme cela.

Et quand le mur est tombé, je

pensais à mon ami puis je

pensais à toutes ces personnes

que j'avais vues. Et je me

disais: Hé, le monde vient de

changer de façon fondamentale.


On nous présente un extrait d'un discours de PAUL MARTIN à la Chambre des communes en 2001.


PAUL MARTIN

Voilà le résultat de notre

approche prudente. Voilà le

résultat de la ténacité des

Canadiens et les Canadiennes,

car une économie n'est pas une

simple question de statistiques

ou de graphiques. Non, c'est la

mesure du travail, des efforts

de tous et de chacun. Parfois,

il faut du courage devant

l'adversité, du sang

froid devant le défi.

Mais toujours, les Canadiens

et les Canadiennes ont manifesté

cette force. Et voilà pourquoi

nous regardons vers demain

avec confiance.


L'entrevue avec DANIEL LESSARD se poursuit.


DANIEL LESSARD

M. Martin, en 1988, vous

devenez député de LaSalle-Émard,

vous êtes... Mulroney a été là

jusqu'en 1993, cinq ans dans

l'opposition. C'était le fun?


PAUL MARTIN

Oui, c'était le fun.

Honnêtement,

j'ai aimé l'opposition parce que

pour moi, c'était le temps

d'apprendre. Et d'ailleurs, je

suis très content parce que...

Il y a beaucoup à apprendre en

politique. Écoute, c'est un

métier, et puis c'est un métier

qui est très honorable,

mais il y a ses règles,

puis il faut les apprendre.


DANIEL LESSARD

Oui. Donc, vous êtes au

gouvernement en 1993 avec Jean

Chrétien. On vous nomme ministre

des Finances. À cette époque-là,

je me souviens avoir fait un

reportage où on disait, des gens

aux États-Unis disaient: "Le

Canada est en faillite, presque

en banqueroute. C'est presque

devenu une république de

banane." Est-ce que c'était

si épouvantable que ça

après les années Mulroney?


PAUL MARTIN

Absolument.

C'est que le Canada avait

le pire ratio de dettes, le pire

déficit de tous les pays du G7,

sauf l'Italie. Et moi, ce qui

me faisait le plus peur,

c'est que périodiquement, il y a

des crises internationales

et qu'on aurait une crise

internationale avec nos taux

d'intérêt où ils étaient,

et on payait 36 cents sur chaque

dollar, simplement en service de

la dette. Si les taux d'intérêt

montaient, on était la Grèce.

Alors, ce qui m'inquiétait de

plus, c'est qu'il fallait régler

ce problème-là. Et d'ailleurs,

c'est ça qu'on a fait

avec le budget de 1995.


DANIEL LESSARD

Et ministre des Finances

dans un contexte comme

celui-là, c'est quasiment

un cadeau empoisonné?


PAUL MARTIN

Non. Je pense--


DANIEL LESSARD

Ça ne vous faisait pas peur?


PAUL MARTIN

Mais c'est-à-dire, je pensais

peut-être. Si vous êtes en

politique, il faut faire votre

job. Et pour moi, c'était

vraiment de sortir de la crise

potentielle. Deux mois avant que

je présente le budget de 1995

qui a réglé la question du

déficit, il y a eu la crise

mexicaine. Nos taux d'intérêt

ont commencé à monter. Avec

notre budget, on a réglé le

problème un petit peu. Ça a créé

une confiance dans les marchés.

Mais quand même. Et il faut

dire que deux ans plus

tard, après ce qu'on avait

réglé, au moins, on avait créé

un sentiment de confiance

dans le Canada. On a eu la crise

asiatique. Si on n'avait pas

réglé la question comme on l'a

fait, comme je vous ai dit,

le Canada aurait été la Grèce.


DANIEL LESSARD

Les provinces vous en ont

voulu beaucoup en disant:

"Ah, M. Martin, il a fait des

merveilles à Ottawa, mais il en

a pelleté pas mal dans notre

cour, a créé une espèce

de déséquilibre fiscal."

Vous répondez quoi à ça?


PAUL MARTIN

Les provinces faisaient

la même chose, parce que c'était

pas seulement le fédéral qui

avait des problèmes, et on a

travaillé très bien. Écoute,

j'ai expliqué à mes collègues

des provinces, les ministres des

Finances, et ils comprenaient.

Et la preuve, c'est qu'un après

le gros budget, où on a fait ces

coupures-là, mes officiers sont

venus me voir pour dire: "Là,

on a le problème du fonds de

pension du Canada." Et le fonds

de pension du Canada a un niveau

d'endettement plus grand que

la dette nationale. Mais c'est

un programme provincial fédéral.

Alors, j'ai téléphoné à chacun

de mes collègues aux provinces.

J'ai dit: "Écoute, on a passé

une période assez

rough, mais

là, il faut régler la question

du fonds de pension. Il faut

travailler ensemble."

Il n'y en a pas un qui a refusé.

Il n'y en a pas un qui a refusé.

Ils ont dit: "Oui, on va

travailler ensemble." Alors,

honnêtement, on est capables

de travailler ensemble, même

si on fait des choses qui sont

tough, s'ils les comprennent.

Et je leur ai promis que le jour

qu'on efface le déficit,

c'est le jour qu'on commence

à réinvestir dans les provinces,

et j'ai tenu parole.


DANIEL LESSARD

Est-ce que cette période-là,

vers la fin de votre séjour aux

finances et à partir du moment

où Chrétien est parti et vous

êtes devenu premier ministre, il

s'est dit énormément de choses

sur les relations que vous

aviez avec M. Chrétien.

Dans votre biographie,

vous dites à un moment donné que

Chrétien n'a pas joué franc jeu.

Je sais que vous n'avez pas

insisté là-dessus, mais est-ce

que c'était aussi pire que ça?


PAUL MARTIN

C'était pas facile, il y a pas

de doute. Lorsque vous avez une

tension en... Il doit y avoir

une tension entre le premier

ministre et son ministre des

Finances. Il doit y avoir une

tension, parce que le ministre

des Finances est tellement

concentré sur les finances et le

premier ministre a une option,

une vision qui doit être plus

large. Mais on a travaillé très

bien ensemble. À la fin, est-ce

qu'il y avait de la tension

entre nous qui dépassait celle

de ministre Finances/premier

ministre? Oui.


DANIEL LESSARD

Premier ministre, est-ce que

vous avez eu le temps...

Il me semble que ça a été court.

Est-ce que vous avez eu le temps

de faire tout ce que

vous vouliez faire?


PAUL MARTIN

Non. J'aurais profité

peut-être de plus de temps.

Mais c'est pas là où existe

le problème. Ce que je voulais

faire, je voulais un programme

national de garderies. On l'a

fait. Je voulais vraiment avoir

une solution à plus long terme

sur la question de la santé,

l'investissement, puis après ça

des choses comme des programmes

assurances médicaments, des

choses comme ça. Je voulais

le faire. Mais je voulais

absolument l'entente que l'on a.

C'est-à-dire régler la question

de l'éducation, de l'eau potable

des Autochtones. Tout ça,

je l'ai fait. Le problème, c'est

que lorsque M. Harper a pris le

pouvoir, il a tout renié. Il a

tout renié, incluant le fait

qu'on lui a donné un surplus qui

a tourné en déficit très vite.


DANIEL LESSARD

Vous en voulez

à Stephen Harper?


PAUL MARTIN

Je ne comprends pas pourquoi

quelqu'un veut devenir premier

ministre à ne rien faire?


Des images de rapides de Lachine se succèdent.


PAUL MARTIN (Narrateur)

Les rapides de Lachine,

ça fait partie de LaSalle.

LaSalle-Émard, mon comté. Alors,

je passais beaucoup de temps

là-bas. Regardez ces images-là.

C'est très rare les sites qui

sont aussi beaux que cela.

Non seulement les sites, non

seulement les rapides, mais les

oiseaux migrateurs qui sont là,

on les voit. Puis l'autre chose

qu'il faut dire: c'est un site

qui est historique. Parce que le

Cavelier de LaSalle, qui a donné

son nom à LaSalle, qui demeurait

à Lachine juste à côté. Et c'est

lui qui a fait l'exploration

de toute l'Amérique du Nord.

Puis, il les a faites de là.

Et puis c'est les rapides

qui l'ont arrêté.

Alors, il fallait partir de

l'autre côté. Non, c'est un

site historique, puis c'est

certainement une des plus belles

places qu'on a au Canada.


On nous présente un extrait d'un discours de PAUL MARTIN à la Chambre des communes en 2004.


PAUL MARTIN

... de ce parlement minoritaire

sont confrontés à un défi. Faire

en sorte que ce parlement

fonctionne pour le bénéfice des

Canadiens et des Canadiennes.

Pour ce faire, nous devrons

établir des consensus.

Nous devrons agir de façon

constructive. Monsieur le

président, vous rencontrez

de nouveaux défis dans ce

parlement, comme chacun de

nous présent dans cette chambre.

Gouvernement minoritaire est

synonyme des responsabilités

accrues pour vous, pour ceux

d'entre nous qui font partie

du caucus gouvernemental, et

en fait, pour tous les députés.

Le gouvernement ne peut plus

être assuré qu'il garantira

l'adoption de projets de loi.

Mais les partis d'opposition

ne peuvent plus voter

automatiquement contre

les projets de loi sans vivre

avec des conséquences

qui en découlent.


L'entrevue avec DANIEL LESSARD se poursuit.


DANIEL LESSARD

M. Martin, vous êtes à

l'origine de la création du G20.

Expliquez-moi pourquoi c'est

important que 20 pays se

réunissent une ou deux fois par

année pour regarder l'économie.


PAUL MARTIN

Lors de la crise mexicaine,

j'ai essayé de faire partir

le G20 parce que le Canada a été

frappé par la crise mexicaine,

et c'était une économie

émergente. Alors, je me suis

dit et puis j'ai dit à mes

collègues: "Écoute, c'est

pas seulement nous qui affectons

l'économie globale." Mais

ça a pas marché. Mais lorsque

la crise asiatique est arrivée,

et en même temps la dévaluation

de la devise brésilienne puis

le défaut de la Russie, de sa

dette, c'était clair qu'il

fallait faire quelque chose. Le

G7, nous les ministres des G7,

on a envoyé nos instructions

À ces pays-là, la Corée,

l'Indonésie et ces pays-là,

le Brésil. Puis ils nous ont

retournés et dire qu'on n'était

pas à la table, c'est pas à vous

autres de nous dire quoi faire.

Puis là, j'ai vu l'avantage.

Je suis allé voir mon collègue

Larry Summers, qui était mon

homologue américain, j'ai

dit: "Là, c'est le temps pour

le G20." Et j'ai dit: "Il va

falloir que tu m'appuies."

Il a dit: "Très bien." Il dit:

"Quels seront les pays?" On est

assis avec une page blanche

À Washington puis on a nommé les

pays qui devraient faire partie.

Puis le deal était simplement

que les Américains étaient pour

m'appuyer, et je suis allé

voir les pays qu'on invitait.

Et ça a très bien marché. Il

a fallu convaincre certains pays

du G7 parce que les pays du G7

étaient un peu inquiets qu'ils

seraient submergés par ces pays,

comme la Chine et l'Inde. Mais

ça a bien marché et c'était la

chose à faire. Et lorsqu'on

regarde aujourd'hui, le G20 est

très important, parce que dans

le temps, les Américains étaient

la superpuissance.

Ils ne le sont plus. Là,

ils partagent avec les Chinois,

et éventuellement, ils vont

partager avec l'Inde, parce que

ce sont des populations énormes.

Pour moi, ce n'est plus une

superpuissance qui va dominer,

ça va être plusieurs pays.

Et pour le Canada, d'après moi,

c'est ça qu'il faut faire. Nous,

on est un petit pays, mais très

riche. Et je pense qu'on peut

jouer un rôle encore plus

important à l'intérieur du G20

qu'on joue à l'intérieur du G7.


DANIEL LESSARD

M. Martin, vous me disiez

avant l'entrevue: "Le plus grand

défi du G20 ou de la planète,

G20, c'est 90% de l'économie

mondiale, c'est la croissance.

La croissance se fait souvent au

détriment de l'environnement. La

croissance fait souvent que les

plus riches sont plus riches,

les pauvres sont plus pauvres."

Comment on se sort de tout

ça? Comment vous voyez ça?


PAUL MARTIN

Mais d'abord, si on règle pas

la question des changements

climatiques, ça va amener la

plus grande crise économique

qu'on a jamais vue. On n'est pas

capable de continuer comme ça.

Là, vous avez vu ce qui s'est

passé à Paris. Moi, je pense

que l'année entre Paris et

le G20 de la Chine l'année

prochaine va être l'année clé.

Et c'est là où on va déterminer

la façon... Affronter les

changements climatiques va avoir

un changement bénéfique pour

l'économie. On va continuer

À produire des produits

pétroliers. Ça, ça va continuer.

Mais il va y avoir un changement

fondamental. Et ce sont les pays

qui prennent avantage de tout

cela qui vont être les

pays qui vont réussir.


DANIEL LESSARD

Il y a une volonté

politique pour faire ça?


PAUL MARTIN

Ça prend énormément de volonté

politique pour faire ça, mais

heureusement, puis je vais pas

parler de politique ici,

mais c'est très clair que

le gouvernement Trudeau

a cette volonté.


DANIEL LESSARD

Volonté politique, elle semble

pas exister ces dernières années

quand il s'agit des Autochtones.

C'est la cause qui vous tient

le plus à coeur en ce moment.

Souvent, on a l'impression que

c'est un peu désespéré. On a vu

ce qui s'est passé à Val-d'Or,

dans les pensionnats, les

conclusions de la commission

sur la réconciliation. On a

l'impression que depuis des

années, on met des milliards

et des milliards et qu'on tourne

en rond et qu'on n'avance

jamais. Je me trompe?


PAUL MARTIN

Le problème, c'est qu'on

investit l'argent, mais on

investit pas dans les bonnes

places. Écoutez bien. C'est

la population la plus jeune et

la plus en croissance au Canada.

On est un pays qui vieillit.

Regardez-moi. Et c'est

l'exemple. Alors, on ne peut

pas ignorer la population

la plus jeune.

Mais le problème, aujourd'hui,

c'est qu'on dépense la moitié

per capita sur leur éducation.

On dépense la moitié

per capita

sur leur santé. On ne peut

pas continuer comme ça.

C'est la génération à venir et

on aura besoin de ces jeunes-là.

Et aussi, ils ont une culture

qui est très profonde,

qui est très valable.


DANIEL LESSARD

Comment on fait pour qu'ils

restent à l'école, pour qu'ils

apprennent, pour qu'ils

franchissent les seuils

critiques de trois ans, etc.?


PAUL MARTIN

On leur donne une éducation

valable. Une éducation primaire

et secondaire. Après ça, ils

vont prendre leur propre

décision pour aller à

l'université ou travailler dans

d'autres domaines. C'est pour ça

que j'ai parti l'initiative que

nous avons. Notre initiative,

c'est des programmes pour les

écoles primaires et secondaires.

Je dois vous dire que, par

exemple, dans toute la question

de la littératie, ils tirent

derrière les autres écoles. Mais

dans les écoles où on investit

suffisamment d'argent,

comparable à ce que les

provinces le font dans leurs

juridictions, on a les mêmes

réussites. Ils vont réussir,

mais le problème, c'est que,

vraiment, on les a abandonnés.

On n'a pas investi l'argent qui

devrait être dans l'éducation,

dans les choses qui comptent. Et

si on le fait, je vous assure,

avec la population la plus

jeune, d'ici une génération,

vous allez voir un

changement fondamental.


DANIEL LESSARD

Vous êtes allé en Afrique,

vous avez vu la misère là-bas.

Ça se compare à ce que les

Autochtones vivent chez nous ou

si là, j'exagère carrément?


PAUL MARTIN

Un jour, lorsque j'étais

ministre des Finances, la Banque

mondiale m'avait demandé, parce

que j'étais dans un pays de

l'Afrique centrale... Ça, ça

démontre à quel point la

situation, chez nous, avec les

Autochtones est pénible. On

m'avait demandé de visiter un

de ces pays-là puis une des

communautés où les Nations unies

avaient mis de l'argent, puis le

pays demandait d'autre argent.

Je suis allé le visiter. Et le

jour après, parce que c'est

connu, le cabinet et le

ministre des Finances a demandé

de me voir, de ce pays-là. Et je

suis allé les voir. Puis ils ont

dit: "M. Martin, est-ce que vous

allez recommander à la Banque

mondiale de nous donner l'argent

pour cette communauté-là?" J'ai

dit: "Non, pas du tout, monsieur

le ministre." J'ai dit: "J'ai

jamais vu une communauté aussi

pauvre que celle-là et vous

n'avez pas dépensé l'argent

comme vous auriez dû le faire

là-bas." Et alors, tout le monde

était un peu surpris, vous

pouvez comprendre. Il y avait

un jeune homme avec lui. C'était

son adjoint. Et il dit quelque

chose dans son oreille.

Le ministre m'a dit: "M. Martin,

le jeune homme veut vous

parler." Le jeune homme dit: "M.

Martin, vous venez de dire que

vous avez visité chez nous le

village le plus pauvre que vous

avez vu de votre vie. C'est pas

vrai, M. Martin. Moi, j'étais

un étudiant dans une de vos

universités pendant quatre ans.

J'ai travaillé deux ans dans

le Grand Nord de votre pays." Et

puis il a nommé une communauté

que je connaissais. Il dit: "M.

Martin, la pauvreté dans votre

communauté, dans votre pays avec

les Autochtones, c'est deux fois

plus pauvre de ce que vous avez

vu là-bas." Puis j'avais plus

rien à dire parce qu'il avait

raison. Et c'est pour cela

que je travaille tellement

fort pour la cause autochtone.


DANIEL LESSARD

Et c'est pour ça que le mot

"retraite", vous ne connaissez

pas ça. Vous allez continuer

aussi longtemps que la vie

vous permettra de continuer?


PAUL MARTIN

Je suis un peu comme vous,

M. Lessard.


DANIEL LESSARD rit.


DANIEL LESSARD

M. Martin, merci mille fois.


PAUL MARTIN

C'est moi qui vous remercie,

M. Lessard. C'est un plaisir

de vous revoir.


Générique de fermeture

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