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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Dr. Anne Leis: Community Health and Epidemiology, U of S

Anne Leis is a speech language pathologist, a doctor in health psychology, and a professor and director at the University of Saskatchewan´s Department of Community Health and Epidemiology. She moved from France to Saskatchewan in 1990 and has been deeply involved in her community ever since . The few thousand Francophones living in Saskatoon may not be strong in number, but they are a very active community. Services in French don´t appear overnight, at the snap of one´s fingers. It takes people like Anne Leis to bring about change.



Réalisateur: Linda Godin
Production year: 2015

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Titre :
Carte de visite


On fait une brève visite de Saskatoon, en hiver. Puis on visite plus spécifiquement les endroits qui desservent la population francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Il y a quelques milliers

de francophones qui

vivent à Saskatoon.

Ils ne sont peut-être pas

nombreux, mais ils ont des

institutions et des services:

la paroisse, les écoles, la

garderie, la troupe de théâtre

et la coopérative d'habitation.

Mais des services comme ceux-ci

n'arrivent pas du jour

au lendemain. Ça prend

du monde comme Anne Leis.

Cette Française est arrivée ici

en 1990 pour être professeure à

l'Université de la Saskatchewan.

Mais avec quatre jeunes enfants,

elle s'est vite rendu compte

que si ses enfants allaient

continuer de parler français,

elle allait devoir s'impliquer.


Dans un espace très fenestré GISÈLE QUENNEVILLE s'entretient avec ANNE LEIS, professeure en psychologie de la santé de l'Université de la Sasktechewan.


GISÈLE QUENNEVILLE

Anne Leis, bonjour.


ANNE LEIS

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mme Leis, décrivez-moi

Saskatoon, la communauté

francophone de Saskatoon lorsque

vous êtes arrivée ici, en 1990.


ANNE LEIS

Je dois dire que je la

connaissais pas! Je ne la

connaissais pas. La seule chose

que je voulais, c'est que

mes enfants soient dans

une école francophone

ou français première langue.

Parce que venant de Winnipeg où

j'avais seulement découvert, par

après-coup, qu'il y avait une

communauté francophone, et donc,

mes enfants avaient passé quatre

ans en immersion. Et j'étais

affolée de voir comment

ils perdaient leur français.

Donc, j'avais dit à mon mari:

"Il faut absolument trouver une

école francophone à Saskatoon."

C'était une petite école qui

avait quoi, 60 élèves, peut-être

même moins, 50, et qui était

francophone, mais sous la

division scolaire catholique.

Et donc, c'était pas tout à fait

ce que moi, j'aurais aimé,

mais, disons, au moins, c'était

français. Donc, c'est comme ça

que j'ai échoué dans une

école francophone.

C'est l'École canadienne-française;

une petite école qui avait été

démarrée par des parents en 1982.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, il y avait une école.

Est-ce qu'il y avait une

garderie à cette époque-là?


ANNE LEIS

Bien non, il y avait rien. Ah

non, il y avait absolument rien.

Moi, j'avais un petit enfant

d'un an et il y avait pas

de garderie, il y avait rien

pour lui. Et donc, la première

année, vraiment, j'ai appris

à connaître un petit peu les...

comment ça fonctionnait.

Parce que c'est vraiment très

différent de... Bon, de la

France, d'abord, d'où je viens,

et c'était aussi différent de

ce que j'avais connu à Winnipeg.

Tout d'un coup, j'ai découvert

qu'il y avait des choses

pour les parents, il y avait

des activités, etc.. Donc, j'ai

commencé à assister à des

rencontres et puis à assister

à l'assemblée générale annuelle

des parents, en regardant un peu

qu'est-ce qui se passait.

Et puis, bon, et puis

finalement, j'ai accepté

de rentrer dans l'association

des parents de l'École

canadienne-française, le conseil

d'administration, disons.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous êtes devenue

militante et activiste à

la fois, un peu malgré vous.


ANNE LEIS

La première année, c'était

juste regarder un peu. Et après,

je me suis dit: mais...

Il y avait des choses que

j'aimais et des choses que

j'aimais moins, disons. Et je me

suis dit: bon, si on veut

faire une différence, il faut

s'impliquer. Alors, l'année

suivante, je me suis présentée

à la présidence.

Et voilà!


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça, c'est à l'époque,

on est au début des années 1990.

C'est à l'époque où on parle

de gestion scolaire d'un

bout à l'autre du pays.


ANNE LEIS

C'est ça. La gestion scolaire,

j'en connaissais un tout petit

peu. Je connaissais un petit

peu, mais pas beaucoup.

Je savais qu'on cherchait

la gestion autonome

des écoles francophones.

Mais j'avais pas vraiment

compris tous les enjeux encore

parce que je connaissais pas

vraiment le milieu. Je suis

devenue présidente

de l'association des parents.

Je crois que c'était le 1er juin 1993.

Et le lendemain, la gestion

scolaire est proclamée

à l'Assemblée législative

de la Saskatchewan à Régina, et

j'ai Radio-Canada qui m'appelle:

"Bonjour, Mme Leis!

Qu'est-ce que vous pensez

de la gestion scolaire?"


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, c'est super...


ANNE LEIS

Et je dis: "Attendez, gestion

scolaire... Mais ça va très

bien, mais est-ce que vous

pouvez m'expliquer

un petit peu?"


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est parfait, parce que--


ANNE LEIS

J'étais gênée un peu parce que

je ne savais pas ce que c'était

vraiment. J'avais pas compris

tout. Mais ça a pas pris

longtemps que je comprenne!


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est bien parce que

vous êtes arrivée là, et là,

la gestion scolaire, elle était

acquise. Il fallait la mettre

en oeuvre, par exemple, et ça,

c'est une autre paire de manches.


ANNE LEIS

La première année, c'est

ça, c'était vraiment... Tout le

mouvement en Saskatchewan

a été mené par l'Association des

parents fransaskois. Donc,

c'était l'association

provinciale. Ça s'appelait un

peu différemment à l'époque,

mais peu importe. Et eux,

ils ont travaillé avec toutes

les associations de

parents de toutes les localités

de la Saskatchewan. Il y

en avait, je sais pas, 10 ou 12.

Donc, on a fait des rencontres

mensuelles, bimensuelles. Il y

avait un consultant qui avait

été embauché pour nous aider à

mettre toute la gestion scolaire

en oeuvre. Ça a pris un an.

Ça a été un travail fou.

Les gens, je veux dire, on se

rencontrait tout le temps

jusqu'à minuit. Enfin, tout

le temps, tout le temps.

Heureusement que mon mari m'a...

... a assuré les arrières,

disons, à la maison, parce

que c'était extrêmement prenant,

mais il semblait qu'il y avait

pas le choix. Il fallait

convaincre. Il fallait aller

voir les politiciens. Il fallait

rédiger... les lois, la loi

scolaire, tous les détails,

etc.. Ça a été vraiment

compliqué. Mais bon,

on l'a fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça a été compliqué. Quelle a

été la réaction de la population

anglophone? Parce qu'en

quelque part, ces écoles dites

françaises d'avant étaient sous

l'égide des divisions scolaires.


ANNE LEIS

Je pense que la division

scolaire catholique était...

Nous, on représentait pas un

grand nombre. Donc, je pense pas

qu'il y avait tellement de

problèmes de ce côté-là. Le

problème, c'était de trouver

des lieux. Nous, on a dû trouver

un bâtiment, et alors, le seul

bâtiment qu'on a consenti

à nous donner, c'était

un vieux bâtiment qui était

délabré et fermé.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est là où l'école

est en ce moment?


ANNE LEIS

Oui, c'est ça. Ça s'appelait

l'école Haultain. Mais il

fallait faire beaucoup, beaucoup

de transformations, mais dans

des bâtiments qui avaient... qui

étaient pas vraiment moderne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment se porte

cette école-là, aujourd'hui?


ANNE LEIS

Elle se porte très bien.

Alors, vous imaginez, on a

déménagé dans cette école

en 1995. On a déménagé, il y

avait à peu près, peut-être

80 enfants. Maintenant,

il y en a 350.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow!


ANNE LEIS

Il y a dix portatives qui

ont dû être ajoutées dans les

dernières années. Donc, je veux

dire... Et il y a maintenant,

bien sûr, une garderie,

un centre éducatif

à la petite enfance.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, ça fait une bonne

vingtaine d'années que vous avez

la gestion scolaire, ici,

en Saskatchewan.


ANNE LEIS

Oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il reste des choses

à faire? Est-ce que

tout est gagné?


ANNE LEIS

On a des problèmes d'espace.

Donc, ce qu'on a quand même

réussi à gagner, c'est que...

c'est que ce soit une école

avec des espaces communautaires.

Mais... Mais avec le succès

grandissant, on a plus de

500 élèves et avec

un centre éducatif à la petite

enfance, il faut plus d'espace,

il faut une autre école.

Maintenant, le gouvernement

commence juste à construire

des écoles dans des nouveaux

quartiers qui attendent depuis

trois-quatre ans ou cinq ans.


On visite le Village urbain francophone.


ANNE LEIS (Narratrice)

Le Village urbain francophone,

en fait, c'est un concept.

C'était au moment où on

commençait à discuter le besoin

d'espace. La Troupe du Jour

cherchait des espaces, donc

de production, pour le théâtre.

On cherchait une école

secondaire parce qu'on n'avait

plus de place dans l'école

élémentaire. La Fédération des

Francophones voulait un bâtiment

communautaire pour des

spectacles, pour se rencontrer.

En cherchant un bâtiment central

pour la Fédération, ce qu'ils

appellent maintenant Le

Rendez-vous francophone, voilà,

ça, ça va être le coeur du

village. Ça va être le lieu

de rassemblement. Et on a

une église catholique qui existe

déjà. On a déjà une coopérative,

Villa Bonheur, pour l'habitation.

On a déjà une école élémentaire.

On veut une école secondaire. On

veut des espaces de production

pour la Troupe du Jour et

d'autre chose. Donc, il faut

pas se limiter. Notre espace,

c'est la ville de Saskatoon.


On montre des images de Chamberlain, Saskatchewan, puis on retourne à l'entrevue avec ANNE LEIS.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mme Leis, vous êtes Française

d'origine. Comment vous vous

êtes retrouvée à Saskatoon?


ANNE LEIS

Oui, je me le demande

moi-même!

(En riant)

J'ai rencontré mon mari

aux États-Unis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre mari, il est Américain?

Canadien?


ANNE LEIS

Non, il est Canadien.

Anglophone du sud de l'Ontario.

Donc, on est allés en France.

Il a appris le français. Il a

fait des études en France.

En fait, il a fait un doctorat

à la Sorbonne, si vous voulez.

Donc, ensuite, l'idée, le pacte,

c'était: après sept ans, on

retourne au Canada, et on va

essayer de s'intégrer, et après,

on verra. On va passer sept ans

au Canada et après, peut-être

ailleurs. Voilà. C'est comme

ça que je me suis retrouvée à

Saskatoon avec quatre petits

enfants et connaissant personne.

Alors, c'est pas facile,

pas facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous faites de

la recherche sur l'aspect,

la relation entre le médecin et

le patient, mais souvent vue par

le patient. Comment est-ce que

vous êtes arrivée à faire cette

recherche-là? Pourquoi axer

la recherche sur le patient

plutôt que le médecin?


ANNE LEIS

Bien, c'est-à-dire qu'au

niveau de l'oncologie et

des cancers, dans les années

1980-1990, si vous voulez, et

surtout en Europe, un peu moins

aux États-Unis, il y a eu...

Il y avait tout un courant de

pensée qui montrait que, bon, on

s'est intéressé à lutter contre

le cancer, trouver les causes

du cancer, et qu'en fait, on y

arrivait pas. Plus on cherchait,

plus ça devenait compliqué.

Il y avait pas "le" cancer,

mais "des" cancers.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum.


ANNE LEIS

Et on avait complètement

obnubilé l'expérience de la

famille et du patient lui-même.

On y pensait même pas. On

pensait pas, et puis, en

général, encore plus à l'époque

que maintenant, quand les gens

disaient: "Vous avez le cancer",

les gens se voyaient en train

de mourir. Je veux dire,

c'était une sentence de mort.

Et c'était ça qui m'avait

fascinée à l'époque quand

j'avais commencé mes recherches.

Donc, quelle est l'expérience du

patient, comment est-ce qu'il se

sent dans sa peau, comment

est-ce qu'il l'entend, le

diagnostic, comment est-ce

qu'on le lui annonce,

qu'est-ce qui fait que...

la personne va pouvoir se

prendre en main ou non, etc.,

etc. Ça, c'était plein de

questions. Et puis, comment

est-ce qu'on fait pour soutenir

les patients, les accompagner,

avec leur diagnostic, les

traitements, etc. Moi, j'étais

vraiment fascinée par ça.

Et me dire: il faut faire

des recherches parce que les

recherches, à l'époque et de

plus en plus, montraient que

les personnes... Si une personne

était déprimée et elle se

laissait aller, elle avait

beaucoup plus de chances

de mourir qu'une personne

qui avait un esprit positif,

qui se prenait en main, etc. Au

début, c'était même pas évident,

mais maintenant, c'est de plus

en plus évident. Une personne

qui avait un soutien, une

famille derrière elle, etc.,

avait plus de chances de

s'en sortir que quelqu'un

qui était tout seul.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez fait cette

recherche-là et qu'est-ce que

ça a donné, dans le sens que...

Est-ce qu'on peut donner plus

de soutien aux patients?

Et qui donne ce soutien-là?


ANNE LEIS

Qu'est-ce qu'on sait

actuellement: on sait d'abord

que, bien sûr, les traitements,

on a affaire à beaucoup de

cancers. On sait que les...

que les traitements sont

beaucoup plus ciblés. Et on

essaie de réduire tous les

effets secondaires, etc. Mais

on sait que la prise en charge

psychosociale est fondamentale.

Elle est fondamentale pour

que les gens puissent arriver

à passer au travers. Maintenant,

le taux de survie est très important.

Maintenant, moi, ce qui

m'intéressait à plus tard, dans

ma carrière, c'est dire: OK,

toutes ces personnes survivent.

Alors, on dit: "Ça y est, ils

ont survécu. Au revoir. Et puis,

on vous verra dans un an ou dans

six mois." Les gens arrivent à

la maison et ils sont paniqués.

Parce qu'ils disent... Parce que

c'est plus... Ils sont en train

de redécouvrir ce qu'on

appelle "le nouveau normal".


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum, hum.


ANNE LEIS

C'est pas "l'ancien normal".

Mais comment est-ce qu'ils se

réadaptent dans leur propre

communauté et comment est-ce

qu'ils continuent à vivre avec

quand même cette idée que ça

peut peut-être revenir, mais

en même temps, il faut profiter

de la vie. On peut retourner

au travail, etc. Et donc, je me

suis intéressée beaucoup aux

survivants des cancers. C'est

vraiment fascinant de voir

que, effectivement, il y a toute

une prise en charge, soit au

niveau de la communauté ou aider

les personnes, mais c'est aussi

individuel. Parce que de penser:

bon, on fait des groupes de

soutien. Il y en a qui adore ça.

Mais il y en a qui n'aime pas du

tout être dans un groupe. Donc,

il faut trouver d'autres moyens.

Maintenant, un des moyens,

surtout pour les jeunes, c'est

être en ligne. C'est le soutien

en ligne au travers du web et

tout ça, et où les gens peuvent

se parler. Ça marche bien

surtout dans la nouvelle

génération, les plus jeunes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous vous intéressez

également, en ce moment,

sur l'effet des médecines

alternatives ou des traitements

alternatifs sur les patients

du cancer. Est-ce que c'est

une bonne idée de suivre

un traitement alternatif pour

un patient du cancer? Est-ce

que ça l'aide psychologiquement?


ANNE LEIS

Ce qui est important, et moi,

j'attache toute cette recherche

au fait qu'une personne...

C'est bien, les traitements,

mais les personnes veulent se

prendre en charge ou veulent

faire des choses pour eux-mêmes.

Pour elles-mêmes ou eux-mêmes.

Et donc, disons, moi, je dirais

les thérapies complémentaires

peuvent améliorer la qualité de

vie des patients. Et ça, c'est

extrêmement... Par exemple,

réduire les nausées au niveau

de la chimiothérapie. Ou aider

avec la dépression. Ou,

par exemple, les méditations,

le yoga. Aider dans l'équilibre

général du corps, trouver...

Arriver à mieux dormir. Donc,

ça aide vraiment avec tous les

symptômes soit qui découlent

de la chimiothérapie ou

de la radiothérapie, ou alors

qui sont liés au cancer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les médecins-

oncologues sont prêts à proposer

ces traitements complémentaires?


ANNE LEIS

De plus en plus. Ce qui est

important, c'est qu'il y ait un

dialogue entre le patient et le

médecin. Que le médecin ne pose

pas des jugements en disant:

"De toute façon, ça, c'est..."

Écoute le patient, vois quels

sont ses besoins et essaie

de dire: "Là, oui, il y a des

preuves. Ce sont des données

probantes. Mais ça, je me

méfierais un peu parce que

ça peut interférer avec votre

traitement de chimio", par

exemple. Il y a des choses

qu'on ne peut pas faire quand on

est en chimio parce qu'il risque

d'y avoir des interférences

qui soient mauvaises.

Mais moi, j'attends de voir

des recherches où on donne

de la chimiothérapie plus de

l'exercice, et qu'on compare la

chimiothérapie seule comparée à

la chimiothérapie plus une diète

plus de l'exercice physique. Ça

commence à se faire. Ça commence

à se faire, et on voit

des résultats extraordinaires.


GISÈLE QUENNEVILLE et ANNE LEIS sont devant un des édifices de l'Université de la Saskatchewan, en hiver. Puis on présente des images des différents bâtiments, anciens et nouveaux, rattachés à l'université.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mme Leis, on est sur le

campus de l'Université de la

Saskatchewan où vous enseignez

depuis un certain nombre

d'années. Il est immense,

ce campus. Qu'est-ce qu'on fait

ici? Qu'est-ce qu'on donne

comme cours, comme programmes?


ANNE LEIS (Narratrice)

Écoutez, en fait, c'est tout

un tas de programmes au niveau

sous-gradué, et puis ensuite,

bien sûr, gradué: maîtrise et

doctorat. Il y a aussi beaucoup

de postdocs. On a aussi des

établissements qui sont des

centres de recherche, surtout en

partenariat avec le gouvernement

fédéral. On a aussi le

synchrotron. C'est le seul

synchrotron qu'il y a au Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quoi ça, un synchrotron?


On visite l'intérieur du synchrotron.


ANNE LEIS (Narratrice)

Un synchrotron, c'est un

grand bâtiment qui utilise

l'accélération des particules

pour avoir une image extrêmement

précise de, par exemple, de

cristaux chimiques, etc. Il y

aura, on appelle ça des rayons,

beams. Il y en a un qui,

on espère, pourra améliorer

la recherche biomédicale. Il y a

les cinq collèges des sciences

de la santé. Donc, on a

pharmacie et nutrition.

Le collège vétérinaire qui

est juste là, à côté. On a

la médecine, les sciences

infirmières et aussi

les sciences dentaires.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a combien d'étudiants,

ici, sur le campus?


ANNE LEIS

Il y a à peu près, je

pense, au moins 20 000-25 000

étudiants, 22 000. Les étudiants

gradués sont en augmentation.

Il y a à peu près, je pense,

un tiers d'étudiants qui

viennent de l'étranger.


On reprend l'entrevue principale de ANNE LEIS.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mme Leis, vous faites

des recherches sur la santé.

Vous êtes très impliquée dans

la communauté francophone. Vous

avez donc fait des recherches

sur la santé en français.

Est-ce que ça, c'est un domaine

qui vous intéressait avant

d'arriver ici et avant

de vous impliquer dans

la communauté francophone?


ANNE LEIS

J'ai commencé à m'intéresser

à la santé en français

et à ce qui touchait, disons,

les minorités francophones.

Parce que disons la langue, la

culture, est un déterminant de

la santé. Moi, je suis dans un

département de santé publique

et d'épidémiologie. Je suis

d'ailleurs chef de ce

département maintenant. Et on

est vraiment intéressés par les

minorités... Les minorités de

tous genres ou les populations

marginales qui n'ont pas accès

aux services de santé en

français. Alors, pour revenir

aux francophones, en 2000,

il y avait le ministre de la

Santé de l'époque, il s'appelait

Allan Rock, sous la pression

bien sûr de l'ACFA et puis

d'autres, il a mis sur pied

un comité paritaire, et c'était

vraiment pour examiner toute la

question de la santé en français

pour les minorités

francophones hors Québec.

J'ai été choisie, donc j'ai

participé à ce comité. Ce comité

s'est réuni pendant sept ans,

de 2000 à 2007. Alors là, c'est

tout un monde qui s'est ouvert.

Dans le sens que non seulement

j'ai appris à connaître

des gens qui avaient des

préoccupations au niveau...

dans chaque province, mais

aussi au niveau fédéral.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, si je suis francophone

en Saskatchewan, je dois

m'attendre à quoi en matière

de services en français?


ANNE LEIS

Donc, voilà, ce qu'on fait

beaucoup en travaillant avec le

Réseau santé en français de la

Saskatchewan qui existe depuis

2005, donc, ça fait dix ans, ce

qu'on fait, et moi qui travaille

à l'université, ce qu'on fait,

c'est qu'on essaie, on a mis

en place un répertoire de

professionnels de la santé qui

est en ligne. Donc, ça permet

d'avoir des professionnels

de la santé et les gens,

s'ils cherchent un médecin,

disons un médecin généraliste,

ils peuvent regarder sur la

liste qui parlent français à

Saskatoon, à Régina. Dans les

villages, c'est beaucoup plus

difficile. L'accès est

beaucoup moindre, évidemment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est difficile parce

que, si je comprends bien,

la population fransaskoise,

elle est assez éparpillée.


ANNE LEIS

La population fransaskoise

est éparpillée, effectivement.

Mais il y a quand même une bonne

concentration à Saskatoon et

à Régina. Il y a à peu près la

moitié, plus de la moitié de

la population francophone qui

est dans les deux villes. Prince

Albert aussi, comme vous y étiez

hier. Le reste des villages,

c'est vraiment pas beaucoup

de population, ça, c'est sûr.

Mais donc, l'idée, c'est pas

d'avoir un système parallèle au

système anglophone, mais c'est

d'avoir des points de service.

Des points de service où on peut

trouver quelqu'un qui est

francophone, et de sensibiliser

les "régions" de santé sur

les besoins des Francophones.

Ce qui a beaucoup aidé dans

ce domaine, dans ce domaine-là,

c'est la vague d'immigration

avec tous les Africains qui sont

passés soit par la France, soit

par le Québec, ou directement,

qui parlent français

de l'Afrique de l'Ouest.

En arrivant dans le système, le

système a commencé à se rendre

compte que oups! on a un

problème! Oups! Alors, ça nous a

aidés dans notre cause. à

un Francophone, ils disent:

"Vous savez bien que vous

parlez l'anglais."

On essaie de dissuader les gens

de parler le français en disant:

"Vous pouvez vous débrouiller

en anglais. Vous êtes là."

Mais là, avec ces nouveaux

arrivants, ce n'est

plus possible.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, on peut parfois

obtenir un médecin de

famille francophone.


ANNE LEIS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Si nos besoins sont peut-être

plus poussés, si on a besoin

d'un spécialiste, par exemple,

on peut s'attendre à quoi?


ANNE LEIS

Par exemple, au niveau du...

du département de pédiatrie, je

peux vous dire qu'on a trois...

Deux, non trois pédiatres

francophones: un à Régina,

deux à Saskatoon. Et on a cinq

résidents qui parlent français.

Je sais que de temps en temps,

ça arrive qu'on ait un pédiatre

francophone, un résident

francophone, une infirmière qui

parle français. Ça n'arrive pas

toujours. Donc, c'est possible.

Mais ce qu'on essaie aussi de

faire, c'est travailler surtout

au niveau de la prévention,

de la promotion de la santé,

prévention. Il y a maintenant

tout un travail au niveau de

la santé mentale avec les

premiers soins en santé mentale.

Ça existe en anglais et en

français. Donc, vous voyez, il y

a des choses comme ça qui sont

offertes, et maintenant, il y a

un projet d'accompagnement des

immigrants ou des personnes qui

ont besoin d'une interprétation.

Alors, c'est pas seulement

l'interprétation parce qu'on

peut aussi utiliser un

téléphone, mais c'est amener la

personne à la réceptionniste,

la réceptionniste au médecin.

Ensuite, une fois qu'on a une

prescription, à la pharmacie.

Ensuite, de la pharmacie à

la maison. Et puis ensuite,

si on demande des examens

complémentaires, on va l'amener

chez la personne. Donc, il y a

des projets comme ça qui

se font, en ce moment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez quatre enfants

qui sont grands, qui sont

des adultes. Vous avez trois

médecins, un vétérinaire,

je crois. Vous avez cinq

petits-enfants. Est-ce que

vous avez encore du travail à

accomplir en tant que militante

communautaire ou est-ce que vous

êtes prête à passer le flambeau

à la prochaine génération?


ANNE LEIS

Je sais pas. J'ai pas encore

fait cette réflexion complète.

Je commence à y penser

évidemment parce que personne

n'est indispensable, hein. Et

ça, il faut le savoir. Personne

est indispensable. Mon mari,

d'ailleurs, me le répète aussi.

Mais bien sûr, je profite

aussi du fait que j'ai une

bonne connaissance du milieu

maintenant. J'ai une bonne

connaissance du milieu

universitaire. Et donc, je fais

des liens. Une des choses que

j'aimerais encore faire, c'est

qu'au niveau de l'Université

de la Saskatchewan, je dois dire

que ça fait 10-15 ans que

j'essaie d'avoir une présence

francophone plus forte.

Une coordination en français.

Dans la haute administration,

j'ai l'impression que les gens

disent: "Oui, oui, ça serait pas

mal." Il y a rien qui se fait.

On a plein, plein, plein

d'étudiants qui parlent

français. Il y a plein

d'étudiants qui viennent

des écoles d'immersion

et des écoles fransaskoises.

Ils sont perdus sur le campus.

Ce qui est certain, c'est que

les jeunes, par exemple, même

à l'ACF, disent: "Vous savez,

nous, les réunions, ça nous

intéresse pas trop." Il y a

d'autres choses qui intéressent.

Donc, comment s'assurer qu'il

y ait une continuation, une

continuité, mais répondre aux

besoins des jeunes qui sont pas

forcément les besoins

de ma génération?


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Mme Leis, on vous

souhaite bonne chance

et merci beaucoup.


ANNE LEIS

Je vous en prie! Merci.


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