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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Ruth Ellen Brosseau: MP

At first, the NDP´s Ruth Ellen Brosseau, Member of Parliament for the Berthier-Maskinongé riding, was known for all the wrong reasons. 2011´s paper candidate did not ring any doorbells in her riding and even went to Las Vegas during part of her electoral campaign. And while this made her subject to quite a bit of ridicule, she was nevertheless elected on that fateful night in 2011. In 2015, she swept to victory as her own party was crumbling. Now in her second term as MP, Brosseau has risen in defiance of her harshest critics, earning the respect of her peers and constituents along the way.



Réalisateur: Charles Pepin
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Titre :
Carte de visite


Pendant qu'on fait le tour de la ville d’Ottawa, DANIEL LESSARD fait une courte présentation de RUTH ELLEN BROSSEAU, député néo-démocrate à la Chambre des Communes.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Ruth Ellen Brosseau, la députée

néo-démocrate de

Berthier-Maskinongé

a d'abord été connue

pour les mauvaises

raisons. Candidate parachutée

en 2011, elle n'a pas fait campagne,

allant même jusqu'à passer

quelques jours

à Las Vegas, devenant

ainsi la cible de railleries.

Réélue facilement en 2015 alors

que son parti s'effondrait,

Ruth Ellen Brosseau a fait

mentir tous ses détracteurs pour

devenir une députée respectée

par ses pairs et surtout

aimée par ses commettants.


RUTH ELLEN BROSSEAU se tient debout dans un corridor du parlement.


RUTH ELLEN BROSSEAU (Narratrice)

Pour moi, c'est important de

travailler avec tout le monde,

peu importe leur allégeance

politique, il faut trouver

un terrain d'entente.


DANIEL LESSARD rencontre RUTH ELLEN BROSSEAU dans un bureau.


DANIEL LESSARD

J'imagine, Ruth Ellen

Brosseau, que ce début

de mandat est pas mal

plus facile que le début

du mandat précédent.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Bien oui, c'est plus facile.

Avec quelques années

d'expérience. La rentrée,

j'ai vraiment hâte. On commence

la session dans quelques jours

puis j'ai hâte, vraiment.


DANIEL LESSARD

Quand le NPD a commencé à

descendre pendant la campagne

électorale, on se le disait:

"Est-ce que Ruth Ellen Brosseau

et les autres vont survivre

ou ils vont tous être défaits?"

Vous avez survécu

avec une majorité plus forte

que la dernière fois.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exactement. Cette fois-ci,

c'était la plus longue campagne

de l'histoire, 78 jours. Puis on

a travaillé fort tout au long,

puis j'ai réussi à augmenter

l'appui. En 2011, j'ai réussi

à avoir 6000 de la majorité.

Maintenant, c'est proche

de 9000. Donc, 42%. Donc, on est

vraiment fiers du résultat.


DANIEL LESSARD

Est-ce que ça vous agace quand

on dit: "En 2011, Ruth Ellen

Brosseau, vous avez été élue

à cause de Jack Layton."?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Je le cache pas. J'ai été élue

à cause de Jack, à cause du NPD.

C'était la vague orange en 2011.

Cette fois-ci, en 2015,

c'était la vague rouge.

J'ai réussi à rester. Mais...


DANIEL LESSARD

Donc, cette fois,

ils ont voté pour Ruth Ellen

Brosseau avant le NPD.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Euh... Oui, je pense que--


DANIEL LESSARD

Ou un peu des deux.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Peut-être les deux.

Je pense, les deux, oui.


DANIEL LESSARD

Avez-vous senti, pendant la

campagne, qu'à un moment donné,

les gens étaient inquiets, qu'il

y a des choses qui les agaçaient

et qu'ils étaient moins sûrs

de voter pour vous ou si c'était

stable presque tout le temps?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr que la campagne,

c'était vraiment long. C'était

pratiquement deux campagnes

en une. On a commencé en short

et on a fini en veston. On

s'habillait, c'était l'automne.

Beaucoup a changé pendant

la campagne. Beaucoup a changé.

Il y avait plusieurs enjeux

qui, je pense, nous ont nui.

On n'a peut-être pas agi

de la meilleure façon. Mais dans

une campagne, t'es là-dedans.

Tous les partis vont faire

un post mortem pour évaluer

les points forts puis les points

faibles. Mais je suis vraiment

fière de la campagne que j'ai

menée dans Berthier-Maskinongé

avec tous les bénévoles.


DANIEL LESSARD

Revenons un peu dans le temps.

Si je comprends bien,

vous êtes née à Ottawa?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, exactement.


DANIEL LESSARD

Vous avez grandi à Ottawa?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Non, non. L'histoire, c'est...

C'est pas bizarre, mais c'est...

Je suis née à Ottawa. 18 mois

plus tard, j'ai eu une soeur,

Stéphanie. Mes parents

ont déménagé à Hudson. Mon père

travaillait pour une compagnie

à Montréal. On est restés là

jusqu'à temps que... J'étais

rendue deuxième, troisième

année, puis mon père a perdu son

emploi à Montréal. Il a commencé

à travailler avec mon grand-père

qui a une compagnie ici à

Ottawa, une compagnie de

tickets. Mais mon père avait

le territoire Kingston, Toronto.

Donc, on a déménagé, la

famille, à Kingston.


DANIEL LESSARD

Et à ce moment-là,

qu'est-ce que vous aviez

en tête? Qu'est-ce que

vous vouliez faire?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Je pensais d'être vétérinaire,

parce que j'adore les animaux.

Aussi architecte, construire

des belles maisons. J'achetais

toutes les revues de maison,

les plans, les structures,

je capote. Mais j'ai changé

de plan à plusieurs reprises.

Finalement, pour mes études

postsecondaires, j'ai fait

du graphisme, et aussi,

j'ai terminé un petit peu

vers le marketing.


DANIEL LESSARD

À 16 ans, vous avez un enfant.

C'était pas prévu, j'imagine.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Non. C'est pas toujours...

Non, c'était pas prévu d'avoir

un enfant à 16 ans. Mais des

fois, la vie nous amène à des

choses spectaculaires. J'ai eu

mon fils à 16 ans. C'est sûr

que c'était pas facile. J'étais

en 10e année, secondaire 3.


DANIEL LESSARD

Vous avez jamais hésité?

À partir du moment où vous avez

su que vous étiez enceinte,

il n'était pas question

de ne pas garder l'enfant?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'était pas question. Puis

j'avais l'appui de ma famille

aussi. Donc, Logan était né,

j'avais 16 ans. Pour moi,

c'était important de

continuer à faire mes études.


DANIEL LESSARD

Ça change une vie

considérablement.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exact. Ça change tout, mais ça

met tout en perspective. Pour

moi, c'était important de finir

mes études, et les finir le plus

tôt que possible. J'étais en

secondaire 3, 10e année.

Je voulais faire mes études.

Donc, je suis retournée

à l'école quand Logan avait 7

mois. J'allais à l'école à temps

plein, mais aussi, je faisais de

la correspondance. Donc, cette

année, j'ai réussi à avoir

17 crédits. Donc, à la fin--


DANIEL LESSARD

17 en une année?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, oui. Je voulais finir,

j'étais tannée d'être...


DANIEL LESSARD

Donc, c'était votre fils et

les études et rien d'autre?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Rien d'autre. Rien d'autre.

Exactement. Mon fils, les

études et c'était tout.


DANIEL LESSARD

Vous avez réussi à adapter

votre vie en fonction de

ça et c'était bien?


RUTH ELLEN BROSSEAU

À cause que j'avais l'appui de

ma famille. Ils m'ont jamais

empêchée de faire des

choses ou de rêver.

Pour moi, les priorités, c'était

de finir l'école le plus tôt

que possible, aller poursuivre

des études postsecondaires

puis il fallait que je trouve

un emploi. Mon rêve, c'était

de faire partie de la classe

moyenne, de trouver un

appartement, d'avoir un salaire

de 40 000, 50 000.

C'était ça, le rêve.


DANIEL LESSARD

Ça a pris un peu de temps

avant de se produire.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce que vous avez

fait comme travail au début?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Après que j'ai terminé

les études à Kingston,

je voulais retourner et être

proche de ma famille.

Donc, mes parents ont déménagé--


DANIEL LESSARD

Et ça, c'était à Ottawa?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Gatineau.


DANIEL LESSARD

À Gatineau, hum-hum.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exactement. Donc, mes parents

avaient une maison à Gatineau,

j'avais mes grands-parents

maternels à Ottawa.

Donc pour moi, c'était important

que mon fils connaisse

ses grands-parents

et arrières-grands-parents.

Donc, j'ai déménagé ici

à Gatineau. Le premier emploi

que j'ai eu, c'était dans un

bar, dans un restaurant. C'était

facile. J'avais une bonne

équipe, un bon entourage.

C'était vraiment du fun.

Mais c'était pas un gros salaire

que je rêvais d'avoir.


DANIEL LESSARD

C'est pas payant?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Non, pas

nécessairement payant.


DANIEL LESSARD

Et c'est des longues heures

aussi debout tout le temps.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exact. Puis des heures...

C'était pas certain.

Si tu tombes malade, t'as pas de

revenus, t'as pas de sécurité.

Donc, il y avait même des

moments, des instants, des

années où je travaillais deux

et trois emplois au même moment.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui. Je travaillais dans une

boutique de vêtements à temps

plein. Je retournais à la maison

vers 4h pour voir Logan. Puis

par la suite, je sortais encore

pour travailler la nuit dans un

bar. Donc, c'était lourd. Mais

vers la fin, entre 2010 et 2011,

j'ai trouvé un emploi à Carleton

comme assistante-gérante

d'un bar d'étudiants.


DANIEL LESSARD

Ce genre de travail-là,

j'imagine... pour l'avoir fait

moi aussi pour finir mes études,

ça vous met en contact direct

avec les gens et vous n'avez pas

le choix un, d'être gentil avec

les gens, même si vous les aimez

pas. Et deux, vous avez pas le

choix que de vous adapter à

toutes sortes de personnes,

j'imagine. Puis aujourd'hui,

c'est une expérience

qui vous est utile, non?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Absolument. Je l'ai dit à

plusieurs reprises en 2011,

que mon expérience en tant

que waitress dans un bar,

mon expérience en restauration,

ça m'a vraiment aidée à être une

députée. Parce qu'il faut que

t'aimes les gens, il faut avoir

de la patience un petit peu

et il faut savoir comment

foncer un petit peu.


DANIEL LESSARD

J'ai lu quelque part, on dit

de vous deux choses. Que vous

avez une capacité de travail

exceptionnelle, et qu'il n'y a

pas mieux que vous pour écouter.

"Si vous avez des problèmes de

quoi que ce soit, allez voir

Ruth Ellen Brosseau, elle va

vous écouter, elle va vous

comprendre puis elle va vous

faire vous sentir mieux."


RUTH ELLEN BROSSEAU

Elle va vous écouter, elle va

vous comprendre, mais elle va

vous défendre aussi à la

Chambre. C'est les deux. Pour

moi, c'était vraiment important,

au début, après l'élection,

de comprendre c'était quoi

nécessairement la job de député.

Puis c'est vraiment ça,

d'aller rencontrer les gens,

les écouter, mais apporter

tout ce que t'apprends

à Ottawa pour les défendre.

Vous êtes leur représentant,

donc c'était important....


DANIEL LESSARD

Et ça, vous aimez ça.


RUTH ELLEN BROSSEAU

J'adore ça. J'adore ça. Si

j'aimais pas ça, je chercherais

pas un deuxième mandat.


On se retrouve dans un centre de ski de Gatineau.


RUTH ELLEN BROSSEAU (Narratrice)

Dans la région, j'aime faire

de la planche à neige avec

mon fils, pas loin de notre

appartement à Gatineau,

à Ski Camp Fortune.

J'ai pas beaucoup de temps

libre, mais quand j'ai du temps

libre, j'essaie de prendre une

soirée et d'aller faire de la

planche avec mon fils. Et c'est

le site où Logan a appris

comment faire du ski quand il

était vraiment bien plus petit.

C'est juste le souvenir,

quand il était plus jeune

à apprendre à faire du ski.

Puis par la suite, il voulait

apprendre à faire de la planche,

comme maman. Donc,

on a commencé

à faire de la planche ensemble.

On voyage, on va faire de la

planche au Mont-Tremblant ou

d'autres, mais Ski Camp Fortune,

c'est pas... C'est juste simple,

c'est beau puis c'est une façon

de passer du temps ensemble,

de parler, prendre

un chocolat chaud, mais aussi

faire une activité physique.

Ça fait vraiment du bien.


On revient à l'entrevue principale avec RUTH ELLEN BROSSEAU.


DANIEL LESSARD

Ruth Ellen Brosseau, donc,

vous vous retrouvez sur le

campus de l'Université Carleton.

À un moment donné, quelqu'un

vient vous voir et il dit: "Je

veux que vous soyez candidate

du NPD." Et vous avez éclaté

de rire ou vous avez dit: "T'es

tombé sur la tête ou quoi?"


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr, à ce moment-là,

ça faisait à peu près

un an que je travaillais

comme assistante-gérante

à Oliver's, le pub à l'Université

de Carleton. Puis c'était

une amie qui m'a posé

la question. Elle cherchait

des candidats. C'est sûr que

je pouvais pas faire campagne

à temps plein. J'étais une mère

monoparentale qui avait beaucoup

de misère à rejoindre les deux

bouts. Mais je voulais, en fait,

permettre aux électeurs

de voter pour le NDP dans

Berthier-Maskinongé. J'avais pas

des connaissances approfondies

de Berthier. Mais finalement,

j'ai dit: Oui. Je suis d'accord

pour être candidate papier.


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous aviez

des amis, est-ce que

vous connaissiez des gens

au Nouveau Parti démocratique?

Est-ce que c'est un milieu

qui vous était familier un peu?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr que j'avais

plusieurs amis qui faisaient du

bénévolat. Dans un campus, il y

a plusieurs groupes d'étudiants

qui militaient pour certains

partis, puis j'avais beaucoup

d'amis qui militaient, qui

étaient bénévoles pour le NPD.

Ça, c'est pourquoi j'ai été

demandée pour être candidate

papier. Je connaissais le parti,

j'avais beaucoup de sympathie,

des valeurs, on partageait les

mêmes valeurs. Donc, j'ai dit:

Finalement, vas-y, on va

le faire. Le parti savait aussi

que j'allais continuer à

travailler à temps plein et

aussi que j'avais des vacances

prévues pour ma fête.


DANIEL LESSARD

À Las Vegas.


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est ça. Puis ça a fait le

tour des nouvelles vers la fin

de la campagne. Mais c'est ça,

je voulais juste faire

en sorte que les gens...


DANIEL LESSARD

Puissent voter pour le NPD.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Voter pour le NPD.


DANIEL LESSARD

Une fois que vous avez dit

oui, dans vos rêves

les plus fous, vous vous êtes

dit: "Et si je gagnais?"


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est pas nécessairement une

question au début. Au début,

tu sais, on signe les papiers.

Je suis candidate papier. En

parlant avec ma famille et mes

amis, je disais: Ah, peut-être

plus tard, ça me tenterait

d'être une vraie candidate puis

de faire une campagne et faire

les levées de fonds, puis tu

sais, cogner à des portes. Mais

dans ce moment-là, je pouvais

pas. C'était pas une question,

c'était pas possible.


DANIEL LESSARD

Et j'imagine que dans le comté

comme presque partout au Québec,

il n'y avait pas d'organisation

néo-démocrate, d'associations

ou quoi que ce soit?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Dans Berthier-Maskinongé

en 2011, il n'y avait pas

d'association dans

Berthier-Maskinongé NPD

fonctionnelle, exécutive. Donc,

ça, c'est pourquoi je me suis

retrouvée comme candidate

papier. Mais comme vous le

savez, ça arrive des fois,

des partis politiques, qui ont

des candidats papier. En 2011,

on en avait quelques-uns de plus

peut-être au Québec.


DANIEL LESSARD

Au Québec en particulier, oui.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Mais tous les partis vont

chercher des candidats

pour faire en sorte

que tout est rempli

à travers le Canada.


DANIEL LESSARD

Pendant la campagne

électorale, quand le NPD a

commencé à monter au Québec,

quand on a commencé à parler

de cette vague orange, quand

M. Layton est passé à

Tout le monde en parle, puis là, les

gens se sont dit: "On ne veut

plus du Bloc, on veut du NPD",

est-ce que vous vous êtes dit

à un moment donné: "Oh là, là,

je pourrais peut-être gagner?"


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr que je voyais

le momentum. Je lisais les

articles, je surveillais ce qui

arrive. On voyait, il y avait un

vent de changement puis les gens

se retrouvaient plus vers

le NPD. Mais encore une fois,

parce que j'ai pas fait

campagne, j'étais pas connue.

Je pense que dans

Berthier-Maskinongé, il y a un

député sortant. Il est là depuis

des années, il est connu. C'est

impossible que je vais rentrer.

Et surtout vers la fin,

j'avais pas nécessairement

une publicité super

favorable à mon regard.

Donc, je pensais peut-être pas.

Mais il y avait toujours

la chance que je rentre.


DANIEL LESSARD

Est-ce que cette publicité

négative, ça vous a fait mal?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Pendant la campagne, je pense

que non, parce que j'ai réussi

à gagner le 2 mai 2011. Mais je

me suis fait connaître. J'étais

pas connue nécessairement pour

des bonnes raisons. Mais en

politique, c'est important

d'être connu. Mais il fallait

que je fasse mes preuves. Il

fallait que je travaille fort.

Il fallait que je démontre

que je prends la job au sérieux,

puis je peux le faire.

Au moins, en 2011,

j'avais la barre vraiment bas,

puis il fallait que...


DANIEL LESSARD

Là, elle est plus haute.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exact.


DANIEL LESSARD

Quand vous avez vu

les résultats et que vous avez

compris que vous aviez gagné, on

se sent comment à l'intérieur?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr, cette soirée-là,

j'étais pas à Las Vegas, j'étais

de retour à Gatineau. En fait,

au bureau fédéral avec d'autres

personnes, des amis, des

personnes qui ont travaillé

pendant la campagne.

Cette soirée-là, c'est sûr,

on écoute ça sur l'ordinateur

en cliquant "refresh"

chaque deux minutes.

Puis finalement, je gagne.

Donc, pour moi, c'était comme...


DANIEL LESSARD

Un choc?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Pas un choc, mais les gens

m'ont fait confiance sans

me connaître. Ils ont fait

confiance à Jack, ils ont fait

confiance au NPD. Puis j'avais

une couverture médiatique...


DANIEL LESSARD

Peut-être pas la plus

gentille possible.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Pas super favorable. Donc pour

moi, j'avais beaucoup à faire.

Il fallait que je visite le

comté, parce que je connaissais

pas le comté. Il fallait

que je comprenne un petit peu

c'est quoi l'emploi, c'est quoi

être un bon député. Il y avait

beaucoup à faire. Et aussi

comment gérer les médias.

Il fallait que j'apprenne

à connaître les journalistes,

à être plus à l'aise à faire des

entrevues, mais aussi la langue.

J'étais pas nécessairement

vraiment forte. J'avais un

manque de confiance au début.

Donc, il fallait que

je retrousse les manches

puis que je me mette au travail

le plus vite que possible.


DANIEL LESSARD

Avec les journalistes,

ça va mieux maintenant?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Ça va mieux. J'ai pas peur.


DANIEL LESSARD

Vous êtes devenue un star,

une vedette du NPD qu'on veut

voir et rencontrer.

Ça vous agace ça? Vous aimez ça?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr... J'aime ça.

Je suis un personnage public,

je représente les électeurs. Au

début, il fallait que j'apprenne

un petit peu. Il fallait que

je me mette plus à l'aise. Mais

Jack était toujours là pour...


DANIEL LESSARD

Il vous a beaucoup aidée?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, beaucoup aidée, Jack.

Mais aussi Thomas Mulcair.

Quelques semaines après

l'élection, on a fait une visite

dans le comté et on a rencontré

plusieurs maires, le maire

de Louiseville, de Lavaltrie.

L'accueil était vraiment

chaleureux et c'est--


DANIEL LESSARD

Les gens étaient curieux,

vous posaient des questions,

ils voulaient savoir...


RUTH ELLEN BROSSEAU

Ils étaient curieux, oui. Ils

m'ont dit: "J'ai voté pour toi,

mais, tu sais, on se connaît

pas. On va voir ce que

vous allez faire pour nous."

Mais oui, vraiment curieux de

voir c'était qui leur députée,

de la voir en personne, mais ils

voulaient me voir aller aussi.


DANIEL LESSARD

Oui. Est-ce que déjà, ils

avaient des projets à vous

soumettre ou des causes qu'ils

vous demandaient de défendre, ou

si c'est venu plus tard ça?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Non, ça commence. Ça commence

dès le début. Je me souviens,

on recevait des grosses boîtes

de lettres. Notre courrier était

inondé. Des e-mails, des appels

dès le début. On a reçu beaucoup

de projets, de questions.

Donc il fallait que je monte une

équipe, il fallait que j'ouvre

le bureau. On l'a fait je pense

le 10 juillet, donc quelques

semaines après l'élection.

J'avais l'aide beaucoup de Jack,

mais aussi de Tom. Et notre

parti, parce qu'on a élu en 2011

plusieurs nouveaux élus, on a

fait un jumelage. Donc on était

jumelés avec quelqu'un avec plus

d'expérience. J'ai eu la chance

de travailler beaucoup avec Jean

Crowder. Donc elle a partagé son

expérience, comment réussir, des

choses à faire, des choses à un

peu laisser de côté. Donc ça m'a

vraiment aidée les premières

semaines, les premiers mois

suite à l'élection en 2011.


On présente un discours de JACK LAYTON datant de 2011.


JACK LAYTON

Je vous dis, c'est à votre tour.

Et je sais que nous formons l'équipe.

Nous sommes tous ensemble

dans le coup!

On sait que c'est le temps de

retrousser nos manches et

faire en sorte que ça marche.

C'est ça du leadership à la

canadienne!

Allons-y, faisons ce travail

ensemble, d'accord?

Merci beaucoup!


Dans un corridor du parlement, DANIEL LESSARD tient un segment de l'entrevue.


DANIEL LESSARD

Ruth Ellen Brosseau, depuis

presque cinq ans que vous êtes

ici, quels sont les gens

qui vous ont vraiment marquée?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oh... Il y a beaucoup de gens

qui m'ont marquée ici à Ottawa à

la Chambre des communes dans mes

travaux en tant que députée.

Jack, il y a Tom, il y a Jean

Crowder, qui était mon mentor

pour plusieurs années. Elle m'a

épaulé depuis le début, elle a

répondu à mes quelque mille

questions que j'ai eues. Mais en

circo, j'ai eu Jean-Paul Diamond

qui m'a vraiment marquée.


DANIEL LESSARD

Ça, c'était le député provincial.


Une photo de JEAN-PAUL DIAMOND apparaît.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Un député provincial

libéral, je sais.


DANIEL LESSARD

Libéral? Ouh là là!


RUTH ELLEN BROSSEAU

Je sais, mais lui, il était

maire, il était aussi préfet.

Au début en 2011, tu sais,

je regardais les gens aller

un petit peu et souvent,

les politiciens provinciaux

sont perçus être plus

près de la population.

Je voulais être proche des gens,

proche de mes électeurs, donc--


DANIEL LESSARD

Et c'était un bon modèle?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, exactement.

J'ai vraiment apprécié la façon

dont il travaille, son approche.

Donc je voulais m'inspirer

de sa façon de faire.


DANIEL LESSARD

C'est facile pour vous

de travailler avec les gens?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, exact. Pour moi, c'est

important de travailler avec

tout le monde, peu importe leur

allégeance politique. Il faut

trouver un terrain d'entente.

On est choisi pour représenter

les gens en tant qu'élus.

Au fédéral, même au provincial

et même municipal,

il faut trouver des solutions,

un terrain d'entente

pour avoir des gains, des

résultats pour les électeurs.


DANIEL LESSARD

Et c'est plus facile

quand tout le monde travaille

ensemble, collabore, même si

les partis sont différents.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exactement.


Un extrait d'une intervention de RUTH ELLEN BROSSEAU à la Chambre des Communes est présenté.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Monsieur le Président, il n'y

a aucun doute. Le seul parti

qui est clair, précis et

défend la gestion de l'offre,

un seul parti se tient debout

à côté des producteurs.

Ce parti, c'est le NPD.


On retourne à l'entrevue principale dans un bureau.


DANIEL LESSARD

Est-ce que, au début

en particulier,

il vous est arrivé de vous

décourager, de vous dire:

"Non, je veux pas faire ça."


RUTH ELLEN BROSSEAU

Ouf! Euh...

C'était... Il y avait des hauts

et il y avait des bas au début.

Il fallait que j'apprenne

un petit peu la job.

Mais c'est toujours en public.

Donc c'est facile d'être

critiquée. Je suis vraiment

dure envers moi-même aussi.

Et encore, j'avais un bon groupe

de personnes autour de moi,

les amis, la famille

qui m'entouraient, qui

m'encourageaient à poursuivre.

Et aussi, je pensais:

J'ai rien à perdre.

Tu sais, les gens m'ont fait

confiance, il faut que

je travaille fort. Mais aussi,

c'est important, je pense,

mon expérience personnelle,

c'est important. Tu sais,

je suis mère monoparentale,

je l'ai pas toujours eu facile.

Donc il fallait que je fonce.

Oui, il y avait des moments

où j'étais plus nerveuse, où

j'avais moins de confiance...


DANIEL LESSARD

Mais jamais découragée.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Jamais découragée.


DANIEL LESSARD

Quel est le plus grand défi au

début dans ce métier de députée?

Le travail à la Chambre

des communes ou dans le comté?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est deux mondes différents,

mais il faut qu'ils travaillent

pour que ça se parle

et ça fonctionne bien.

Je pense que le plus difficile,

c'était à Ottawa.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est la procédure,

comprendre un petit peu

comment ça fonctionne,

comment réussir. Je pense que

j'ai trouvé ça plus difficile

que le travail dans le comté.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qui vous agace

au Parlement? La partisanerie?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oh... On avait un gouvernement

majoritaire conservateur.

Je pensais au début, peut-être

que j'étais un peu naïve,

qu'on pouvait trouver un terrain

d'entente. Tu sais, on est tous

des êtres humains, on a été

choisis pour représenter les

gens. On peut trouver un terrain

d'entente. Le fait que tout

était contrôlé par le Bureau

du Premier ministre, ça,

j'ai trouvé ça dur au début.


DANIEL LESSARD

Quand vous avez posé

vos premières questions,

vous étiez ultra nerveuse ou...


RUTH ELLEN BROSSEAU

Ultra nerveuse, mais fière aussi.


DANIEL LESSARD

J'imagine.


RUTH ELLEN BROSSEAU

De poser une question, de

se lever. C'était un enjeu local

aussi. Mais tout le monde autour

s'est levé pour applaudir.


DANIEL LESSARD

Ah, ça fait du bien ça.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Je pense que j'ai le coeur

qui voulait sortir de...


DANIEL LESSARD

Oui, oui.


RUTH ELLEN BROSSEAU

J'étais fière, mais tu sais,

c'est la pratique.

Il faut que tu trouves ta voix

à la Chambre des communes.


DANIEL LESSARD

On le dit souvent: le travail

du député dans le comté,

c'est d'aller à peu près

à toutes les réunions dans les--


RUTH ELLEN BROSSEAU

Soupers spaghettis.


DANIEL LESSARD

Les soupers de spaghettis,

les poulets de caoutchouc,

serrer des mains, prendre

les enfants dans ses bras.

Vous aimez faire ça?


RUTH ELLEN BROSSEAU

J'adore ça.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, oui. Au début, ça m'a

vraiment surprise le nombre

d'invitations. Et quand

j'expliquais ça à mes parents,

mon père me dit: "T'es invitée

à faire ça? à aller là?

Quand?" L'horaire, là...


DANIEL LESSARD

Les tournois de

hockey, les bals...


RUTH ELLEN BROSSEAU

Fallait que j'apprenne à dire

non, surtout avec un comté

avec 37 municipalités,

trois à Mercier.


DANIEL LESSARD

C'est pas évident, oui, oui.


RUTH ELLEN BROSSEAU

On peut pas se cloner. Mais

c'est quelque chose que j'aime

beaucoup de rencontrer les gens,

être présente, que ce soit un

souper âge d'or ou le festival

de la galette ou un

week-end motoneige.


DANIEL LESSARD

Oui.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Tu sais, j'aime ça.

Et je pense que c'est important

d'avoir un député présent. Pour

moi, le comté que je représente,

Berthier-Maskinongé, j'ai deux

représentants à l'Assemblée

nationale. Et au début, en 2011,

j'avais Jean-Paul Diamond,

un député vraiment connu.


DANIEL LESSARD

Vous vous êtes sûrement

pas chicanée avec lui, hein?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Non, pas du tout.

J'essaye de m'entendre avec tout

le monde. Tu sais, on laisse

la partisanerie de côté et

on est des élus, on est là pour

représenter les gens et trouver

des solutions, des gains.

Mais Jean-Paul était partout,

aimé par tout le monde et moi,

je voulais être comme un député

provincial. Tout le monde pense

ou voit les députés provinciaux

plus proches des citoyens,

puis le fédéral vraiment loin.

Je voulais faire en sorte

que j'étais un député--


DANIEL LESSARD

Changer cette perception-là.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Exact. Un député de terrain,

proche des gens, porte toujours

ouverte. Et ça va dans le même

sens avec mes adjoints qui sont

là au service des citoyens.


DANIEL LESSARD

Plusieurs dossiers aboutissent

sur votre table de travail.

J'imagine qu'il y a des dossiers

qui sont très difficiles

à régler et que les gens

sont déçus ou impatients.

Ça doit être difficile

à vivre ça, quand ça arrive.


RUTH ELLEN BROSSEAU

C'est sûr qu'on va faire

notre possible. Suivant ce qui

arrive au fédéral, les gens vont

rentrer, ou parce que je suis

une députée connue, les gens

vont rentrer et ils pensent

que je peux tout régler et

c'est pas nécessairement le cas.

Mais si c'est juridiction

fédérale, on va aller

au bout pour essayer

de trouver une solution, aider,

encadrer le citoyen, en espérant

qu'il réussisse. Mais si c'est

pas juridiction fédérale...


DANIEL LESSARD

C'est plus compliqué.


RUTH ELLEN BROSSEAU

On va appeler le député

provincial pour dire:

"On a M. Morin qui va venir vous

voir avec un dossier d'aides

sociales." Ou si c'est même

municipal, tu sais, on peut

essayer de les alimenter

et donner une bonne...


DANIEL LESSARD

Mais si vous avez été réélue

avec une si grosse majorité,

j'imagine que vous avez

réglé plusieurs dossiers.


RUTH ELLEN BROSSEAU

On règle les dossiers

au bureau de comté.


DANIEL LESSARD

Votre moyenne est bonne?

Votre moyenne au bâton, comme on

dit au baseball, elle est bonne?


RUTH ELLEN BROSSEAU

J'ai une bonne équipe au

bureau de circo et à Ottawa.

C'est important. Sans mes

adjointes, je pourrais

pas faire la job.


DANIEL LESSARD

Et la vie après la politique,

vous la voyez comment? Avec

toute cette expérience que vous

auriez acquise à ce moment-là?


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oh, je sais pas. On verra dans

quatre ans. Tu sais, ça se peut

que je me représente encore une

fois. Mon fils va avoir 18 ans,

à ce moment-là, il peut conduire

et mettre des pancartes et

participer plus à la campagne.


DANIEL LESSARD

Plus activement.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Mais on va voir. Quatre ans,

c'est long. Au moins,

c'est stable pour quatre ans

et on aura la chance de vraiment

avancer certains dossiers.

Par la suite, on verra.


DANIEL LESSARD

Hum hum. Mais vous aimez assez

la politique pour dire: "Là,

je continue et jusqu'à nouvel

ordre, je reste là et il est

pas question d'abandonner."


RUTH ELLEN BROSSEAU

Si je sens dans quatre ans que

j'ai encore l'appui des citoyens

qui aiment le travail qu'on

fait, bien je vais voir si je

peux avoir un troisième mandat.

Mais c'est loin quatre ans.

Tout peut arriver.


DANIEL LESSARD

C'est les gens

qui vont décider.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Quatre ans en politique...

c'est une vie.


DANIEL LESSARD

Robert Bourassa avait

l'habitude de dire: "Une

semaine, c'est très long." Alors

quatre ans, c'est très long.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Oui, c'est long. On verra.


DANIEL LESSARD

Ruth Ellen Brosseau,

merci infiniment.

Ça a été très agréable.


RUTH ELLEN BROSSEAU

Ça fait plaisir, merci beaucoup.


Générique de fermeture


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