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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Sylvain Charlebois: Professor, U of Guelph´s Food Institute

For many years now, University of Guelph professor Sylvain Charlebois has been studying the ups and downs of the agri-food industry. It is a global industry where balance is fragile: a drought in Brazil can have an impact on your plate right here in Canada. Last year, your grocery bill saw an increase of over 4% from the previous year; this means that the average Canadian family spent $325 more on food in 2015. For Sylvain Charlebois, matters such as these are food for thought.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Titre 

(Carte de visite)


On survole les pâturages où le bétail en liberté broute paisiblement. Ensuite des images d'équipements de ferme et de serres défilent.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Si vous trouvez que votre kilo

de bœuf ou votre tête de chou-fleur a

augmenté, eh bien, vous ne rêvez

pas. L'an dernier, le prix

de votre panier d'épicerie

a grimpé de plus de 4% par

rapport à l'année précédente,

ce qui veut dire que la famille

canadienne moyenne a payé 325$

de plus pour se nourrir en 2015.

Et tout indique que cette

tendance va se maintenir.


SYLVAIN CHARLEBOIS, professeur du Food Institute de l'Université Guelph est assis dans un escalier de bois.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Sylvain Charlebois en sait

quelque chose. Depuis plusieurs

années, ce professeur de

l'Université de Guelph suit les

hautes et les bas de l'industrie

agroalimentaire, une industrie

mondiale où la valeur du dollar,

le prix du pétrole ou une

sécheresse en Californie

peut avoir des répercussions

dans nos assiettes au Canada.


SYLVAIN CHARLEBOIS (Narrateur)

On a comme oublié un peu quels

sont les cycles agricoles.

On est un peu déconnectés,

malheureusement. Il y a quoi?

À peine 2% des gens au Canada

qui vivent sur une ferme.


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre SYLVAIN CHARLEBOIS en entrevue dans une pièce chaleureuse garnie de boiseries.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain Charlebois, bonjour.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain, on n'a jamais autant

parlé de céleri et de chou-fleur

que ces dernières semaines. Les

prix ont doublé, dans certains

cas, triplé. C'est dû à quoi?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, c'est dû à un paquet de

choses, hein. Ça dépend toujours

du produit qu'on regarde.

Mais principalement, il y a

deux facteurs prédominants.

Il y a la devise, hein, le

dollar canadien a chuté de

16% ou 17% en 2015. On parle

de peut-être encore d'un autre

10% cette année déjà. Alors,

notre pouvoir d'achat pour

importer beaucoup de produits,

notamment les fruits et légumes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


SYLVAIN CHARLEBOIS

80% de ce qu'on consomme en

termes de fruits et légumes...


GISÈLE QUENNEVILLE

Vient d'ailleurs.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Vient d'ailleurs. Alors,

on est... Ce sont deux

catégories de produits qui

sont ultra-vulnérables envers

les fluctuations monétaires.

Ça, c'est un facteur. L'autre

facteur, c'est les changements

climatiques. Un État important

pour nous, surtout en hiver,

c'est la Californie. La

Californie produit beaucoup de

fruits et légumes qu'on importe.

Mais depuis trois, quatre ans,

la Californie est affectée par

une sécheresse majeure. Alors,

quoique El Nino... Je pense

qu'El Nino va aider un petit

peu, mais pas suffisamment. J'ai

l'impression que la production

va être encore affectée par

cette sécheresse-là. J'ai

l'impression que c'est ça, il y

a un manque d'approvisionnement.

Il faut payer plus cher pour

aller en Europe, en Amérique

du Sud pour acheter les

mêmes produits comme

les piments, le céleri.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Ce sont des exemples.


GISÈLE QUENNEVILLE

On doit s'habituer, c'est

le nouveau normal pour nous

pour les prochaines années?


SYLVAIN CHARLEBOIS

D'un côté, oui, on va devoir

s'habituer. Mais d'un autre

côté, on fait affaire

à un consommateur très

exigeant. On a été gâté

comme consommateur, là. Il y

a même beaucoup de gens qui

ne savent pas que le Canada

ne produit pas d'oranges.

Bon, par exemple.

Mais c'est un fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce qu'on en a à l'année.


SYLVAIN CHARLEBOIS

À l'année. C'est ça.

On a comme oublié un peu quels

sont les cycles agricoles.

On est un peu déconnectés

malheureusement. Il y a quoi?

À peine 2% des gens au Canada

qui vivent sur une ferme.

Or, il y a 90% des gens qui

prennent les choses peut-être

un peu pour acquis. Moi, j'ai

l'impression que ce qui se passe

avec la hausse des prix au

détail, c'est qu'on conscientise

un peu le consommateur par

rapport à toutes ces choses-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


SYLVAIN CHARLEBOIS

On va valoriser l'alimentation

davantage, plus qu'auparavant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que la situation

est semblable au niveau

de la fluctuation des prix?

Est-ce que la situation

est pareille aux États-Unis

ou en Europe, par exemple?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Non. En fait, quand on compare

les pays industrialisés, là,

le Canada, en fait, est un peu

un cas unique actuellement.

Le taux d'inflation alimentaire

dépasse le 4%, même si le taux

d'inflation général est à peine

de 1,5%. Aux États-Unis,

juste au sud de nous,

le taux d'inflation

alimentaire est de -0,4%.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Donc, il y a un contraste

assez majeur en raison,

évidemment, de notre climat

nordique. En hiver, on importe

beaucoup, et puis le dollar

qui a faibli de beaucoup.

Alors, actuellement, là,

le Canada, vraiment, en fait,

est différent, vit une réalité

macroéconomique qui est

différente des autres

pays industrialisés.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle beaucoup de fruits

et de légumes en ce moment,

mais c'est pas juste les fruits

et légumes. Quand on regarde

le boeuf, par exemple, qui

a augmenté, je pense, de 40%,

dans les trois dernières années.

Ça, forcément, c'est pas dû...

à la devise canadienne ou

aux changements climatiques?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Non. On est souverains

par rapport au boeuf. On est

souverains. Quoique dans

certains cas un peu bizarres,

on importe des produits bovins.

A&W, qui est une chaîne très

connue canadienne qui, il y

a quelque temps, a décidé de

vendre du boeuf sans hormones,

sans stéroïdes, hein, on

connaît bien la campagne.


GISÈLE QUENNEVILLE

La pub. C'est efficace!


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien oui, c'est une

campagne à succès.

Mais vous savez, pour offrir

du boeuf sans hormones, sans

stéroïdes aux Canadiens,

on importe du boeuf du

Montana et de l'Australie.

On voit qu'il y a vraiment...

On a une bonne offre ici,

au Canada, on a une bonne

production, mais la production

est pas fragmentée. On n'a

pas vraiment travaillé sur

l'architecture de l'industrie

pour répondre à une demande qui

est plus moderne, une demande

qui va rechercher peut-être

de la viande biologique, par

exemple, de la viande sans

hormones. Il y a le bien-être,

aussi, animal qui s'en vient.

Donc, il y a toutes ces

choses-là qui se passent que,

bon, on se contente à vendre

aux Américains, on vend aux

Canadiens. Mais là, ça nous

rattrape un peu, là. On paie

plus cher le boeuf, mais j'ai

l'impression que ça arrêtera pas

là. J'ai l'impression que les

prix vont continuer à augmenter

tranquillement pas vite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que le boeuf va

devenir ou est déjà devenu

un produit de luxe?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Ah oui! Ça a toujours

été un produit de luxe.

C'est qu'on s'en est pas

vraiment aperçu. C'est une

protéine animale qui est chère

comparativement au poulet ou au

porc. Par exemple, en Chine, la

viande la plus populaire, c'est

le porc. Pourquoi? Parce que

c'est pas cher. Le cycle de

production est de quatre

mois, pour faire un cochon.

Alors, on a accès à une protéine

animale pas chère, tandis que

le boeuf, le cycle de production

est de deux ans. Donc, c'est

beaucoup de farine, beaucoup

d'eau. C'est une production

qui est coûteuse. On paie pour

en tant que consommateur. Et

ces coûts-là vont continuer

à augmenter. C'est certain.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a des nouveaux accords

commerciaux qui verront le jour

sous peu. Le Canada a signé

ou va signer des ententes de

libre-échange avec l'Europe.

Il y a le partenariat

trans-pacifique également. Il y

a des producteurs qui disent

que ça va nuire à leur vie,

à leur qualité de vie.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Ah oui?


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour le consommateur,

qu'est-ce que ça veut dire?

C'est des bonnes nouvelles

ou des mauvaises nouvelles?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Ça dépend ce qu'on mange.

Ça dépend ce qu'on veut

manger. En fait, en gros,

les traités de libre-échange

vont toujours offrir une

plus grande variété aux

consommateurs. Donc, si on

aime la variété, si on aime

les produits, par exemple,

de l'Europe, les fromages

de l'Europe, quand même,

sont de bonne qualité.

Donc, on pourrait avoir accès

à ce genre de produits là.

Hum... Au niveau des prix,

souvent, les prix diminuent.

En gros, plus grande variété

pour les consommateurs, mais

quand on regarde l'industrie

domestique, ici, chez nous,

c'est certain que si on est

un fromager artisan, il y a

de quoi à s'inquiéter. Parce

qu'en Europe, les fromages fins,

là-bas, c'est de très bonne

qualité, ils sont moins chers,

parce qu'ils ont accès à du lait

qui est moins cher. Donc, j'ai

l'impression que si le fromage

fin d'Europe arrive ici, il y

a beaucoup de fromagers qui

vont fermer leurs portes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au Canada, on dit qu'on

dépense à peu près 9% de notre

budget sur notre alimentation.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que ça se

compare avec d'autres pays ça?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Oui, ça, c'est une bonne

question. En fait, ça varie

beaucoup d'une province

à l'autre. Le Québec est...

C'est là où on voit les

ménages dépenser le plus en

alimentation. On est à peu

près à 14%. Dans les Maritimes,

c'est en deçà de 8% parfois.

La moyenne nationale, c'est

à peu près 9% et quelques.

Mais si on compare le Canada

avec d'autres pays, on est

actuellement cinquième avec

le pourcentage le plus bas.

OK? Par rapport à notre

budget. C'est un ratio qui

est intéressant, parce qu'en

fait, on fait l'analyse de

l'importance de l'alimentation

dans notre quotidien, dans

le fond, par rapport à notre

richesse. Et puis, bon,

il y a les Américains qui

arrivent premiers. Deuxième,

c'est l'Angleterre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toujours vers le bas.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Toujours vers le bas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils paient moins cher.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Oui. Troisième, c'est

Singapour. Quatrième, c'est la

Suisse. Ce qui est intéressant

avec la Suisse, c'est que

c'est très cher. Les produits

alimentaires sont très, très

chers, mais les gens gagnent

beaucoup. Donc, c'est pour ça

que le ratio, il est pas élevé.

Et cinquième, c'est le Canada.

Grosso modo, on a accès à un

panier d'épicerie qui est

relativement pas cher par

rapport aux autres pays

du monde. Ce qu'on vit

actuellement, c'est un peu un

phénomène de rattrapage, parce

que pendant des décennies, le

taux d'inflation alimentaire

était à peine de 1%. Et ça,

quand ça arrive, bien,

évidemment, on force les

consommateurs à prendre

des décisions difficiles.


Des images de marchés publiques et d'aliments en vrac défilent pendant le commentaire de M. CHARLEBOIS.


SYLVAIN CHARLEBOIS (Narrateur)

Quand on regarde les produits

qui ont été affectés par le

climat ou par la devise le plus,

quand on regarde les prix, bon,

il y a d'abord le céleri. Le

céleri est en augmentation d'à

peu près 46%. Donc, ça, c'est

un produit qu'on achète de la

Californie. Il y a la laitue

aussi. Encore là, c'est la Californie.

Devise et climat, les deux.

Il y a la tomate aussi. La

tomate a été affectée. Surtout

en hiver. On est hors saison,

là. On a accès aux tomates

de serre, mais c'est des tomates

qui sont chères. Mais en gros,

les tomates aussi ont été

affectées par ce qui se

passe en Californie.

Pendant des années, on

transformait... Il y avait

des pâtes qui se fabriquaient

au Canada, mais plus maintenant.

Évidemment, c'est la devise

qui affecte l'approvisionnement

de pâtes alimentaires au Canada.

Bon, les noix, il y a une

trifecta qui se passe entre

la noisette, la pistache

et les amandes. Les amandes,

Californie. 80% des amandes sont

produites en Californie. Donc,

plus chères. Il y a aussi la

pistache. Plus grand exportateur

de pistaches, c'est l'Iran, et

l'Iran a été affecté par un gel

précoce l'an passé. Donc, il y

a un manque de pistaches sur

le marché. Et la noisette, bien,

le monde adore le Nutella, et

Ferrero produit beaucoup de

Nutella. Donc, il y a un manque

d'approvisionnement à ce

niveau-là, parce qu'il y a une

augmentation de la demande de la

noisette. Mais en gros, ce qui

affecte beaucoup les prix dans

les noix, c'est la demande

pour les noix qui est en hausse

partout dans le monde, parce que

c'est une source de protéines

qui est préférée au boeuf.


On revient à l'entretien entre SYLVAIN CHARLEBOIS et GISÈLE QUENNEVILLE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain Charlebois, vous

travaillez en économie rurale,

en économie agroalimentaire.

Est-ce que vous avez grandi

sur une ferme?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Presque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comme est-ce qu'on grandit

presque sur une ferme?


SYLVAIN CHARLEBOIS

En fait, en grandissant,

j'ai travaillé sur des fermes,

plusieurs fermes, en étant

à Farnham dans les

Cantons-de-l'Est. On

était entourés, entourés

de fermes, hein, partout.

Alors, j'ai tout fait. Bon,

le trait, le foin, les fraises,

la pomme de terre, la terre

noire, ramasser des roches

dans le champ.


GISÈLE QUENNEVILLE

Piocher.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Piocher, tout l'été. En fait,

j'ai trouvé ça extrêmement

agréable évidemment. Quand

je vais visiter un endroit,

puis ça sent le fumier,

je m'en rends même pas compte.

Mais mes enfants s'en rendent

compte, par exemple. Mais c'est

dû à mon enfance. à Farnham, on

était entourés de producteurs.

Quand j'ai décidé de retourner

à l'école, faire ma maîtrise,

mon doctorat, ça a été comme

un peu naturel pour moi de

retomber dans le bain agricole.

Évidemment, avec ma formation

militaire, j'ai une pensée

stratégique, chose que

je trouve souvent qui

manque en agriculture.

Il y a du gaspillage, les

agriculteurs veulent les

grosses machines, puis, bon,

c'est à peu près tout ce

qu'ils veulent. Mais souvent,

on ne pense pas, on n'a pas

une pensée stratégique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans quel sens?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, c'est au niveau...


GISÈLE QUENNEVILLE

Comme tout le monde

se met ensemble pour

acheter une moissonneuse--


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, au niveau financier, au

niveau des ressources, comment

planifier à l'avance, quel

genre d'équipement qu'il faut

pour exploiter tant d'acres.

Quantifier la performance d'une

ferme, c'est quelque chose qu'il

manque beaucoup au Canada.

Je m'en suis rendu compte par

après, plus tard. Aujourd'hui,

on voit que les choses ont

vraiment changé. Puis, je

suis heureux de contribuer

à ce changement-là. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et à quel moment est-ce

qu'une carrière académique

s'est révélée à vous?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, c'est plus tard. Quand

je gérais mon entreprise, c'est

un collègue que je connaissais

qui m'a invité à enseigner au

collégial. J'avais qu'un bac

à l'époque, ça a été le coup

de foudre. L'enseignement,

l'interaction avec les étudiants...

Moi, j'ai adoré ça. Puis, j'ai dit:

"Qu'est-ce qu'on fait pour

passer plus de temps

sur le campus?" Puis, on m'a dit

qu'il fallait une maîtrise. Puis

c'est durant ma maîtrise que

j'ai rencontré un mentor, que

j'ai encore aujourd'hui, qui

m'a encouragé d'aller faire de

la recherche dans le domaine

agroalimentaire, en traçabilité

alimentaire, spécifiquement,

à l'Université de Sherbrooke, et

puis, qui était pas loin d'où je

venais à Farnham. Et puis, après

ça, bien, j'enseignais à temps

partiel au HEC à Montréal, à

l'UQAM, à l'Université d'Ottawa.

Et puis, en fait, c'était

à temps partiel, jusqu'au moment

où la Saskatchewan m'appelle.

Et puis, on m'a offert un

poste, et puis j'ai demandé

à ma femme si ça lui tentait

d'aller en Saskatchewan.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est tout un déménagement.


SYLVAIN CHARLEBOIS

C'est ça. Après, disons,

un martini, peut-être deux, elle

a été convaincue. On est allés

en Saskatchewan, et puis on

a passé, en fait, six belles

années en Saskatchewan.

Avant de retourner vers

l'est à Guelph, et je suis

à Guelph, ici, depuis 2010.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il doit pas y avoir beaucoup

de francophones, ici, à Guelph?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Non. En fait, ce que j'ai

beaucoup aimé en Saskatchewan,

c'est que la communauté

fransaskoise, c'est une

communauté qui est très forte,

très unie. Il y avait beaucoup

d'activités dans la communauté,

et puis j'aimais beaucoup ça.

Puis, je m'ennuie de ça. à

Guelph, c'est... Parce qu'à

Guelph, il y a une francophonie,

mais la francophonie est un peu

disparate. Les gens sont poussés

vers London, vers Mississauga,

vers Hamilton, vers Toronto.

C'est une communauté qui est

éclatée. Pas comme on avait

à Regina. Alors, ça me

manque un petit peu, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Vous avez quatre

enfants, ils sont quand même

assez jeunes. Donc, une famille

quand même assez nombreuse.

Est-ce que c'est vous

qui faites l'épicerie?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Ha! Ha! Ha! J'essaye. Le plus

souvent possible. Quand je vais

à l'épicerie, je travaille.

Je regarde ce qui se passe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Je regarde les prix, évidemment.

Je vais parler avec des bouchers,

je vais parler avec des gérants.

C'est sûr, bon, c'est difficile pour

moi de juste penser comme

père pour nourrir mes enfants

à l'épicerie. J'y vais avec

ma femme. Mais ce que je trouve

vraiment intéressant, c'est

que ma femme, c'est une bonne

observatrice. Elle va voir

des choses que des fois,

je vois pas. Chose simple:

le chou-fleur.

Bon, on revient au chou-fleur.

Chou-fleur à 8,50$, là, bien le

chou-fleur bio était moins cher,

à moitié prix. Puis, je l'avais

même pas remarqué, c'est elle

qui me l'a fait remarquer.

En fait, elle m'aide à faire mon

travail. Donc, quand les médias

m'appellent, bien, je sais quoi

répondre, ou j'ai des idées,

ou en tout cas. Mais en gros,

souvent, quand je vais à

l'épicerie, c'est vraiment pour

travailler. Ou des fois, je vais

y aller avec des étudiants

pour des questionnaires, on

va interviewer des gens aussi

avec la permission de l'équipe

de gestion sur place.


On se retrouve à l'extérieur du campus Creelman Hall. Puis on visite la cafétéria du campus.


SYLVAIN CHARLEBOIS (Narrateur)

Quand on évalue la performance

des cafétérias qu'on a sur le

campus par rapport à d'autres

campus, l'Université de Guelph

est très, très, très bien cotée.

Principalement en raison du fait

que 60%, 70% des produits qu'on

offre à nos étudiants, à notre

faculté, ce sont des produits,

en fait, qui ont été récoltés

en dedans de 100 km du campus

ici. C'est l'avantage d'être

à Guelph, hein? On n'est pas

en campagne, mais presque.

On n'est pas en ville, mais

presque. On est entre les deux.

Donc, on a des étudiants urbains

qui veulent des produits santé,

de bonne qualité.

Décrire la cafétéria de

Creelman, c'est assez facile.

C'est un labyrinthe de saveurs

locales, dans le fond.

On fait le tour un peu

de différents mets. Bon,

il y a le hamburger. C'est

un hamburger qui est très,

très populaire, parce que

c'est un boeuf qui est naturel.

Je crois qu'à ce comptoir-là, on

vend entre 350 et 400 hamburgers

par jour. Il y a un bar à

salades, il y a un endroit pour

des pâtes alimentaires, il y a

de la pizza, il y a un four à

bois pour la pizza. Vraiment,

on tente d'offrir quelque chose

d'authentique à chaque étudiant.

La majorité des produits sont

locaux. En fait, on a récolté

les produits, la matière

première, là, en dedans

de 100 km de Guelph.

L'Université achète pour

23, 24 millions de dollars

de nourriture par année.

60% à 70% de ce budget-là

est dédié à l'achat local.


GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entretien avec avec SYLVAIN CHARLEBOIS.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain Charlebois, il y a

beaucoup de nouvelles tendances

dans le monde agroalimentaire.

Puis, une des grosses nouveautés

depuis déjà plusieurs années,

c'est le biologique. Est-ce que

le bio est vraiment plus sain,

plus salubre, plus nutritif

que des aliments ordinaires,

le non biologique finalement?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Si on le croit.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est une religion.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, quand on regarde

dans les faits, au niveau

environnemental,

la production bio est plus durable.

Il y a moins de risques

au niveau de l'environnement,

ça, c'est clair. Au niveau

de la nutrition, c'est moins clair.

Il y a des études qui démontrent

que oui, effectivement, c'est mieux

pour la santé, tandis que d'autres,

bon, c'est le contraire.

Mais souvent, bon, ce qu'on

croit a une influence sur notre

expérience, hein? Culinaire

ou gastronomique. Alors, si

quelqu'un achète du bio, c'est

vraiment parce qu'il y croit,

parce que ça coûte plus cher.

Donc, il faut que ça vaille la

peine. Mais il y a des gens qui

croient au bio parce que c'est

important. Un segment... Donc,

le bio est vraiment... C'est

le deuxième segment... En termes

de croissance, c'est le deuxième

segment le plus important

qu'on a vu depuis les cinq,

six dernières années.

Mais le segment qu'on a vu

la plus forte croissance

depuis quelques années,

c'est le sans gluten.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Ça, c'est

la nouvelle mode.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Ah oui. En hausse de

600% depuis cinq ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est dû à quoi?

Est-ce qu'on est tous

allergiques au gluten?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, en fait, ce que

certaines études ont démontré,

c'est qu'à peine 5% des gens

qui achètent du sans gluten

sont allergiques au gluten.

Mais eux autres en bénéficient

parce qu'ils ont accès à de

meilleurs produits, hein?

Il y a cinq ans, je sais pas

si vous vous rappelez, mais les

produits sans gluten, c'était

pas mangeable. C'était dur,

il y avait pas de goût. Mais

puisqu'il y avait beaucoup

d'argent à faire dans le

sans gluten, il y a beaucoup

d'entreprises qui ont investi

en recherche et développement.

Alors, les produits sont plus chers,

mais ils sont de meilleure

qualité aussi. Mais là,

on vient d'atteindre

un cap, là, actuellement, pour

ce qui est du sans gluten. On

va commencer probablement à

voir les ventes diminuer durant

les prochaines années. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Et une autre tendance

ces derniers temps, c'est un

retour aux ingrédients plus

naturels. Même des trucs qui

sont pas naturels, mais pas

du tout, comme le Kraft Dinner

ou le Taco Bell, par exemple,

on retourne à pas de colorant,

pas d'ajouts. Est-ce que ça,

c'est tout simplement du

marketing ou c'est à la demande

du consommateur qu'on fait ça?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Bien, c'est les deux,

à mon avis. D'abord, il y a

un phénomène de... il y a

un phénomène de

pool, hein. De plus en plus,

le consommateur est reconnu

comme... disons, le

président directeur général de

la chaîne d'approvisionnement

à cause des médias sociaux.

Le consommateur a une voix,

une voix forte et influente.

Et les compagnies écoutent,

les compagnies se rendent

compte que de plus en plus, la

naturalisation de l'alimentation

est d'une importance capitale

pour plusieurs consommateurs,

même s'il y a plusieurs

consommateurs qui savent pas

trop même qu'est-ce que ça

veut dire, le mot "naturel"

vaut quelque chose, veut dire

quelque chose pour plusieurs.

Alors, c'est certain qu'on...

on recule dans le temps, dans

le fond, hein? Ce qui préoccupe

les gens dans l'industrie, c'est

comme fait-on pour innover quand

on naturalise, quand on recule

dans le temps? Parce que...

L'innovation, c'était, c'est...

d'aller vers l'avant, hein,

de changer, puis de créer

de la valeur, puis d'augmenter

des prix, puis tout ça. Mais

quand on recule en arrière,

et on rend la nourriture

moins sophistiquée, bien,

comment on fait pour

augmenter nos recettes?

Et c'est pour ça que depuis

quelque temps, là, la tarte

rétrécit tranquillement pas

vite. Alors, on va tenter, à mon

avis, de trouver un moyen pour

augmenter la valeur des prix

tout en naturalisant les

produits. Ce sera pas facile.

Parce que les gens vont dire:

"Si on mange ce qu'on mangeait

il y a 50 ans, pourquoi

qu'on paye plus cher?"

Donc, ça va être un défi de

taille. Les gens mangent moins,

donc, augmenter des ventes

dans le domaine agroalimentaire,

c'est un phénomène qui est

difficile, très difficile,

de plus en plus difficile.


GISÈLE QUENNEVILLE

On se soucie aussi de plus en

plus de bien-être des animaux,

que ce soit les poules dans le

McMuffin chez McDonald's ou le

boeuf, on mentionnait le boeuf

chez A&W, etc. Ça vient d'où,

cette tendance-là? Est-ce qu'on

va manger mieux si nos oeufs

sont pondus par des poules

qui sont pas dans des cages?


SYLVAIN CHARLEBOIS

Pas tout à fait. C'est une

valeur idéologique importante

pour les consommateurs, pour

plusieurs consommateurs.

C'est un mouvement qui était

marginalisé pour un bon moment.

Mais moi, je pense que 2015,

ça a été une année charnière

avec l'annonce de McDonald's.

En fait, McDonald's a fait deux

annonces, McDonald's Canada.

D'abord, les poules libres

pour les oeufs, et puis aussi

le poulet sans hormones. Ça,

c'est vraiment, là, quelque

chose qu'on n'a jamais vu au

Canada. Avec la gestion de

l'offre, on pouvait pas le

faire. Alors, McDonald's

a décidé d'établir des

partenariats avec les

producteurs de poules

et d'oeufs pour 2025.

Donc, on parle de dix ans.

On a décidé de faire ça chez

McDonald's, à mon avis, parce

qu'on croit fermement que les

consommateurs vont vouloir payer

plus cher pour leur McMuffin,

par exemple, d'ici dix ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, ils vont augmenter leur marge.


SYLVAIN CHARLEBOIS

C'est ça. Je pense qu'il y a

cinq, dix ans, il y avait un

mouvement vers le traitement

éthique animal, mais est-ce que

les consommateurs étaient prêts

à payer plus cher pour leurs

produits? La réponse était

non, jusqu'à 2015, et j'ai

l'impression que d'ici dix ans,

les compagnies comme McDonald's

vont bénéficier du fait que

le marché va être prêt à

valoriser, à monnayer le

traitement éthique animal.

Puis ça, c'est important, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, Sylvain Charlebois,

merci beaucoup.


SYLVAIN CHARLEBOIS

Merci.


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