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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Mario Blouin: Robotics Teacher

In the École secondaire catholique de Hearst workshops, Mario Blouin´s students pull off some astonishing feats in robotics. Although this school is one of the smallest educational in the country, with only 275 students, and although Hearst is one of Ontario´s more remote areas, its laboratories house computer programming, robot development and 3D animation projects, to name only a few. Blouin´s students´ technical creations are making waves all the way to Holland and Brazil.



Réalisateur: Charles Pepin
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Titre :
Carte de visite


On visite l'école secondaire catholique de Hearst, d'abord à l'extérieur puis à l'intérieur. Pendant ce temps l'animatrice GISÈLE QUENNEVILLE fait une courte présentation de son invité, MARIO BLOUIN.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

L'école secondaire catholique

de Hearst est loin d'être la plus

grande de la province.

En fait, avec ses 275 élèves,

elle est parmi les plus petites.

Pourtant, à l'intérieur de ses

murs se retrouve un programme

de technologie parmi

les plus réputés du pays.

Dans ses laboratoires,

les jeunes peuvent programmer

des ordinateurs,

fabriquer des robots,

faire de l'animation 3D,

tout sous l'oeil veillant

de leur prof, Mario Blouin.

En fait, Mario a tellement

confiance en ses élèves

qu'il les inscrit dans des

compétitions pour qu'ils

se mesurent à d'autres

élèves de la province.

Et les résultats sont

impressionnants.

Au cours des dernières années,

les élèves de Mario ont remporté

des médailles pour leurs

prouesses technologiques.

En Ontario, au Canada et

un peu partout dans le monde.


MARIO BLOUIN (Narrateur)

L'histoire qu'on a avec

les compétitions de métiers,

bien, c'est un peu contagieux.

On doit vraiment dire que c'est

dans notre culture. Les élèves,

ils veulent venir prendre nos

cours. C'est ça qui fait

en sorte qu'on est tellement

compétitifs.


GISÈLE QUENNEVILLE et MARIO BLOUIN enseignant en technologie ont un entretien dans un atelier de robotique de l'école secondaire catholique de Hearst.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mario Blouin, bonjour.


MARIO BLOUIN

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mario, moi, quand je suis

allée à l'école, les cours

de technologie, c'était de

la menuiserie et de la mécanique

automobile. Je regarde autour

de moi et je me dis:

Ça a changé depuis ce temps-là.

C'est quoi la technologie

aujourd'hui à l'école?


MARIO BLOUIN

Bien, une grosse révolution

des années 1970, 1980, si on

veut: l'ère informatique

s'est jointe à la technologie

existante qu'on voit

derrière nous.

On a beaucoup maintenant de

machines à commande numérique,

ce qu'on appelle les CNC.

On a aussi des imprimantes 3D.

On a les ordinateurs qui

font la visualisation 3D.

Fait que, là, ça nous permet

d'imprimer les pièces en trois

dimensions, montrer aux élèves

c'est quoi le résultat.

Fait qu'il y a beaucoup

d'améliorations qui se sont

faites, puis ça fait en sorte

que c'est plus facile à

enseigner aux élèves parce que

c'est plus intéressant

dans le fond.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous êtes arrivé ici

à l'école secondaire comme prof

en 1987 et en arrivant, je pense

que vous vouliez que l'école

devienne un chef de file

en matière de technologies

de l'information et des

communications. Quand vous

êtes arrivé ici, à ce moment-là,

qu'est-ce que vous rêviez pour

l'école secondaire de Hearst?


MARIO BLOUIN

Bien, les rêves se sont faits

à mesure qu'on avançait. Parce

que, dans le fond, en 1987,

c'est là que l'ère numérique

commençait; les premiers Apple,

les premiers IBM commençaient.

Nous, à l'école, on avait tout

l'équipement conventionnel,

si on veut. Qu'est-ce qui est

arrivé, c'est qu'on a fait

l'achat à travers la communauté

pour la formation industrielle

pour les adultes. Puis, à partir de là,

l'équipement est venu;

les machines à commande

numérique, AutoCAD, etc.

Fait qu'on a grandi

graduellement là-dedans. Puis,

pour nous, on s'est aperçus que

les élèves, c'était une chance

inouïe pour eux de l'apprendre,

donc pas juste aux adultes,

parce qu'on n'avait pas

de collège à ce moment-là.

Alors, ça a commencé de cette

façon, puis on a toujours

continué à grandir. Peu après,

bien, on a eu les compétitions

de métiers qui ont commencé

après que j'aie commencé

à enseigner. Alors, à partir de cette

date-là, on a toujours

essayé d'être chef de file,

si on veut, en technologie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui s'inscrit dans ces

cours de technologie là?


MARIO BLOUIN

Nous autres, on a la gamme

de tous les élèves,

de tous les niveaux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que si je reviens à mon

temps, c'était un type d'élèves

qui s'inscrivaient en menuiserie

ou en technique automobile.


MARIO BLOUIN

C'est ça, qui aimaient pas

l'école vraiment. Pour nous,

les élèves, comme on... Pour une

école de 275 élèves, on a encore

plus ou moins 20 sections,

qui est trois profs et demi

à temps plein, qui est beaucoup.

Parce que si on regarde les

autres écoles qui ont 1000

élèves, ils ont 30 sections.

Fait qu'on a trois fois moins

d'élèves et on a pratiquement

le même montant de sections.

Non, nous, les élèves aiment

vraiment être dans nos cours,

parce qu'on fait beaucoup

de belles choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et dans les sections,

que ce soit de transport ou de

fabrication, de communication,

donnez-moi des types de projets

ou de cours qui se donnent.


MARIO BLOUIN

On a le cours de petits

moteurs où... Tous les

Weed Eater, tondeuses,

motoneiges, motocyclettes.

Ensuite, on a l'automobile.

Puis ensuite, on a équipement

lourd: le diesel, les freins

à l'air, les systèmes hydrauliques.

En construction, on a un

cours de design pour les filles,

rénovation, où elles dessinent

tout en trois dimensions des

pièces d'une chambre. Puis après

ça, elles vont dans l'atelier.

On a un appartement à quatre...

On a une maison à quatre

appartements. Puis, ils vont

dans chacune des pièces

pour appliquer le gyproc,

le plâtrage... toutes les couches

de peinture qui sont nécessaires,

primer, etc. Puis la finition.

Fait que c'est très intéressant.

Ils font le plancher, ils font

les baseboards. Je cherche

les mots en français, là,

mais peu importe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes aussi très connus

pour la robotique. Qu'est-ce

qui s'offre dans les cours

de robotique?


MARIO BLOUIN

Oui, c'est ça. Comme les cours

de fabrication et la majorité

des cours techniques amènent aux

élèves... On essaie toujours de

demander aux élèves d'avoir pris

certains cours en technologie,

fabrication de dixième

année ou autre pour pouvoir

être capable d'arriver dans le

cours de robotique et commencer

tout de suite à fabriquer. Parce

que le cours de robots, c'est un

cours qui est très intéressant.

C'est fondé sur le concept

auquel on se rend à Skills

à tous les ans, aux compétitions

de métiers à Toronto, à

Kitchener-Waterloo

dans ce cas-ci,

pour participer aux olympiades

ontariennes des métiers.

Puis, le concours, c'est de

construire un robot. Le 1er

septembre, on obtient un bouquin

qui dit: "Voici les règlements,

voici la tâche qu'on doit accomplir.

Vous devez respecter ces

dimensions-là, vous devez..."

Etc. Tous les critères sont là.

Alors nous, à partir des

critères, on développe

des idées. Fait qu'on met

en pratique à 100%. Je trouve

que c'est un programme qui met

à 100% le design en pratique,

parce que les élèves arrivent

avec des idées, doivent

faire des croquis.

Parfois, on les fait à

l'ordinateur pour voir si ça va

marcher mieux. Ensuite, à partir

de pièces qu'on va jeter

plus tard, ils font juste visser

des morceaux ensemble pour faire

des mécanismes pour prouver

que ça va marcher.

Après ça, ils les développent.

Ça travaille en équipe.

Puis, le but ultime, c'est qu'on

ait un robot à la fin du cours

pour pouvoir compétitionner.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je regarde ici les bannières

derrière moi. Ça a l'air très

masculin, ces programmes-là.

Est-ce que c'est le cas

ou il y a des filles

une fois de temps en temps?


MARIO BLOUIN

Oui, il y en a à l'occasion,

des filles, oui. J'en avais

l'année passée. Elles ont décidé

de ne pas revenir cette année.

C'est correct. Elles ont aimé

leur expérience, elles m'ont

dit... Elles aimaient bien

ce qu'elles faisaient.

Le problème dans l'enseignement

avec les filles et les gars,

c'est que les filles trouvent

les gars excessivement

immatures. Ou bien qu'ils

essaient toujours de faire...

de montrer qu'ils sont

meilleurs qu'elles.

Puis, ça, ça les empêche un peu

de prendre les cours. C'est une

des raisons pour quoi notre

cours de design rénovation,

c'est pour les filles seulement.

Fait que ça, ça attire une

quinzaine, une vingtaine

de filles par année.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourtant, les gars, ils seraient

bons là-dedans.


MARIO BLOUIN

Ils seraient bons là-dedans

aussi, mais les gars font

la grosse construction,

puis les filles viennent

faire la rénovation et tout

le monde est content.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes pas un peu

sexiste de ce côté-là?


MARIO BLOUIN

C'est pas sexiste, c'est

un peu la réalité. Nous autres,

on a basé notre étude... On n'a

pas fait notre étude qui a coûté

100 millions, mais on a fait une

étude où, en éducation physique,

ils ont été obligés de les séparer.

Ils les ont jumelés à un certain

moment donné pour s'apercevoir

que ça marchait pas pantoute.

Fait qu'ils les ont séparés.

Alors, nous autres, j'ai dit:

"Pourquoi qu'on se battrait

contre ça?" Je veux dire... Eux

autres l'ont essayé, ça marche

pas. Mais dans nos cours, on a

trois à quatre filles... Deux

à trois, quatre filles. Dans

mon cours de soudure, j'ai trois

filles, puis c'est bien correct.

Elles sont bien heureuses

d'être là, puis elles font

la même chose que les gars.

La vie est belle.


GISÈLE QUENNEVILLE se retrouve à l'extérieur près de la motoneige avec MARIO BLOUIN. Pendant ce segment, on évite les sentiers de motoneige en compagnie de MARIO et ses amis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mario, la semaine, vous êtes dans les

ateliers à l'école secondaire

de Hearst, mais le samedi matin

vous êtes ici, vous partez

en motoneige. C'est un

grand plaisir pour vous?


MARIO BLOUIN

C'est toujours un grand

plaisir. Je vais avec mes amis,

on fait des expéditions

hors piste constamment.

On évite les sentiers battus.

On essaie de trouver toujours

de la neige fraîche et...


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi vous évitez

les sentiers battus?


MARIO BLOUIN

Lorsqu'on va sur les rivières,

bien, il y a pas de traces,

ça va beaucoup mieux. C'est la

nature. C'est le grand plaisir

de se promener à son aise.

Puis, c'est moins dangereux

aussi. Je veux dire, on peut se

promener quatre, cinq de large.

Les gars sont pas obligés

de suivre dans la même trace.

C'est beaucoup plus intéressant,

il n'y a aucun doute là-dessus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis, vous partez le samedi

matin comme ça. Vous faites

combien de kilomètres

dans la journée?


MARIO BLOUIN

Bien, comme la

semaine passée, c'était -41.

On est partis, c'était froid

un peu, mais on a fait 400

kilomètres. On amène notre

essence avec nous,

sur nos machines.

Puis, on est partis, on

s'est rendus dans le sud, à

Missinaibi, pour ensuite finir

à Dubreuil. Et on a repris

de l'essence à Missinaibi. Mais

ça fait des grandes journées.

On a commencé à 9h le matin, on

a fini à 7h le soir. On fait pas

toujours ça, mais on fait

toujours des randonnées

de cinq, six heures.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, je veux pas vous

retenir, je vous souhaite

une bonne promenade.


MARIO BLOUIN

Merci, Gisèle. Je suis sûr

qu'on va en prendre

une bonne aujourd'hui,

on a de la neige fraîche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il fait beau en plus.


MARIO BLOUIN

Il fait beau et il fait chaud,

fait que... Je vais aller

rejoindre mes chums.


GISÈLE QUENNEVILLE

OK, c'est beau.


On revient à l'atelier de robotique avec MARIO BLOUIN.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mario, vous, je pense que

vous êtes de Hearst.

Ça fait longtemps que

la famille est ici?


MARIO BLOUIN

Oui, nous... Bien, moi et

mon épouse sommes troisième

génération de... Nos grands-parents

étaient des pionniers.

Nos parents ont vécu ici.

Puis, pour nous, bien... C'est

ça, on est encore les deux ici,

à Hearst, puis on travaille.

Ça fait plus ou moins

une trentaine d'années

et plus que je travaille,

35 ans que je travaille.

Mon épouse, la même chose.

On est ici pour le grand

voyage, si on veut.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes passé par

les bancs d'école ici,

à l'école secondaire?


MARIO BLOUIN

Oui, j'ai été étudiant ici à

l'école. C'est ici même que j'ai

pris mon inspiration pour

devenir enseignant. L'enseignant

en technologie Raymond Lamarche,

en soudure, m'avait inspiré,

il m'avait même demandé

de le remplacer au moment

où il quittait l'enseignement.

Fait que, c'est ça qui m'avait

amené principalement

à devenir enseignant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pourquoi devenir

enseignant? Comment est-ce qu'on

passe de soudeur à enseignant?

C'est pas tout à fait

dans le même registre.


MARIO BLOUIN

C'est pas évident, je vais

te dire, parce que plusieurs

personnes... Plusieurs gens de

métiers pensent que pour aller

enseigner en technologie, un,

ça prend beaucoup d'expérience.

Oui, j'ai commencé quand même

assez jeune, alors j'avais

un bon bagage d'expérience

dans différents métiers.

Il y en a beaucoup qui voient ça

comme un projet à la retraite.

Ils disent: "Lorsque je vais

être tanné de travailler dans

l'industrie, je vais aller

enseigner." Moi, j'ai jamais cru

que c'était une bonne chose,

parce que ça prend énormément de

patience enseigner à des élèves

de 16, 17 ans. On travaille

avec un groupe de...

d'humains qui sont assez

difficiles à mener, si on veut.

Et ça prend beaucoup d'énergie.

Comme je dis à mes élèves:

"Je peux pas rendre ça plus

intéressant que vos Xbox,

vos Game Boy, vos PlayStation et

vos iPhone. Je suis pas capable

de compétitionner avec ça."

Alors, j'ai dit: "On fait

des robots, on fait des chars

de course, on fait des avions."


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas si mal.


MARIO BLOUIN

J'ai dit: "Qu'est-ce que vous

voulez avoir de plus?" à moment

donné... Fait que, non,

c'est ça. J'avais une bonne

carrière dans l'industrie.

J'aimais beaucoup ce que

je faisais. J'étais quand même

assez bon dans ce que je

faisais. J'avais toujours des

bonnes responsabilités, j'avais

toujours les beaux projets si on

veut, parce que j'étais capable

de faire du beau travail.

Puis, j'ai dit: Ce serait le fun

de pouvoir transmettre ces

connaissances-là à nos élèves,

aux élèves futurs, puis

maintenir un niveau acceptable

pour les métiers

dans la communauté.

Tous les élèves qui sont dans

tous les garages ont tous passé

ici. Ils savent tous souder,

ils savent tous faire

de la mécanique. Ils sont

tous capables de travailler.

C'est ça que la communauté

nous remercie de.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a quelques années, vous

avez reçu le Prix du premier

ministre pour l'excellence

en enseignement. C'est pas

n'importe quoi ce prix-là.

Quel est, diriez-vous,

votre style d'enseignement?


MARIO BLOUIN

Tout l'enseignement que je

fais, c'est à base de projets.

Il faut bâtir quelque chose et

j'explique chaque étape. Chaque

étape comprend quelque chose

dans le curriculum qui

doit être couvert.

Alors, tout le monde apprend

à faire de quoi sans réaliser

qu'ils sont en train d'apprendre

quelque chose, si on veut.

Fait que ça, ça fait en sorte

que ça amène beaucoup de succès

dans notre parcours, si on veut.

Les élèves travaillent tous

ensemble, ils apprennent à

produire. On est très exigeants

sur la production aussi.

Alors, on a beaucoup de

résultats. C'est sûr que

le Prix du premier ministre...

c'est relié à plein de choses,

parce que lorsque je suis devenu

en charge du département,

on a développé le cours pour

les filles de design rénovation;

développé un cours

interdisciplinaire avec caméra

digitale, GPS, SPG si on veut

en français; caméra vidéo, faire

des montages, et les cours

informatiques qu'on a

développés. Alors, c'était

tout à "l'avant-gardiste"

de la technologie montante.

Alors, vraiment, c'est une

cumulation de développer des

nouveaux projets et développer

le projet de robotique, puis...

être chef de file, si on veut.

Je pense que c'est un peu ça

qui a mené au Prix du premier

ministre, pas juste la

méthode d'enseignement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vous faites,

vous, aujourd'hui,

pour vous tenir à jour?


MARIO BLOUIN

Ah, c'est très difficile.

Notre meilleur ami, en ce

moment, c'est YouTube. On en

fait le soir autant qu'on peut.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les tutoriels.


MARIO BLOUIN

Oui, les tutoriels, surtout

dans la nouvelle ère robotique.

On parle de LabVIEW, Arduino...

Il y a une explosion en

informatique qui s'est faite

dernièrement avec toutes sortes

de pièces disponibles, et

à coût très réduit. Alors là,

tout le monde veut en faire.

C'est très difficile. Je suis

à deux ans de la retraite.

Il y en a qui me trouvent

fou encore de continuer, mais

le fait d'oeuvre en robotique

ne te donne aucun choix,

si on veut, de rester à date.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous allez vraiment prendre

votre retraite dans deux ans?


MARIO BLOUIN

Pas vraiment le choix,

ils vont me jeter dehors.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour vrai?


MARIO BLOUIN

Oui, j'ai pas le choix.

Lorsque je vais arriver à cette

date-là, je dois plus ou moins

me retirer. Je vais laisser

la place à des jeunes aussi.

Puis, je m'amuse comme un petit

fou à tous les jours. Je me

pince à tous les matins. Je me

réveille, j'ai hâte d'aller

travailler. Des nouvelles idées,

et payé, dans le fond, pour

inventer des robots avec mes

élèves. Alors... Je vais

dire comme on dit: "On tripe

bien raide". Les jeunes disent:

"Monsieur, je pourrais rester

ici toute la journée." "Oui, je

sais." Je veux dire, j'ai encore

de la misère à m'en aller

chez nous. Je pars à 5h, 6h.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes bon pour deux ans

encore jusqu'à la retraite?


MARIO BLOUIN

Ça devrait. J'espère. J'en

doute pas. Je suis pas trop

inquiet, malgré la population

décroissante. On a seulement

275 élèves. Quand j'ai

commencé à enseigner...

on était au-dessus de 650.

Quand j'étais étudiant,

on était 700 élèves.

Puis là, on est 275.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui est arrivé?


MARIO BLOUIN

Bien, premièrement, le côté

public anglais est parti à leur

propre école il y a deux ans--


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce qu'il y a pas si

longtemps, les anglophones

et les francophones ici

étaient dans la même école.


MARIO BLOUIN

Dans la même école, dans les

mêmes cours. Puis, on avait

les Autochtones de Calstock...

Constance Lake, qui étaient

ici eux autres aussi. Alors,

eux autres on fait bâtir leur

école voilà à peu près dix ans.

Alors on en a perdu 75, 80.

Puis, il y a une diminution

dans la population.

Les parents ont seulement un

ou deux enfants, comparativement

à cinq, six. Fait que ça,

ça a fait... Ça nous rattrape

à un certain moment donné.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça vous inquiète

cette diminution de la

population scolaire ici?


MARIO BLOUIN

Oui. Je trouvais ça vraiment

triste du travail qu'on a fait,

parce que c'est pas juste moi.

C'est tous les enseignants.

On a fait beaucoup. On a de très

beaux ateliers, de très belles

installations à la fine pointe.

Puis, je verrais ça triste

qu'on ferme la porte un jour et

qu'on rouvre plus les lumières

et qu'on dise "c'est fini".

Alors... J'aimerais ça que

ça continue, si on veut, que

les jeunes... Les élèves sont

intéressés, il y a pas d'erreur.

C'est juste qu'à moment donné,

s'il n'y en a plus de jeunes,

ça va être dur enseigner.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Mario, maintenant,

vous allez nous faire une

démonstration de robotique.

Qu'est-ce qu'on voit,

cette machine-là devant nous?


MARIO BLOUIN

Oui. Ça, c'est un de nos

prototypes qu'on a construits

pour essayer d'effectuer

le travail. Le concours,

cette année, c'est de ramasser

des pièces pour ensuite

en construire un bateau.


GISÈLE QUENNEVILLE

OK...


MARIO BLOUIN

Naturellement, je suis

peut-être pas aussi

habile que les élèves.

OK... Eux autres s'amusent--


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils ont plus de pratique.


MARIO BLOUIN

Oui, ils ont plus de pratique

que moi. Le but, c'est d'essayer

d'assembler. Ça va être

un concours excessivement

difficile cette année.

Beaucoup plus difficile

que les autres années.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça, c'est voulu, j'imagine?

On est rendus à ce niveau-là?


MARIO BLOUIN

On est rendus à ce niveau-là.

Comme là, ici, je vais essayer

d'aller le placer à sa place.

Puis là... On a quatre minutes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum... Pour

assembler le bateau?


MARIO BLOUIN

Pour assembler le bateau.

Mes élèves seraient pas

trop fiers de moi, là.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pour ça que c'est eux

qui font la compétition.


MARIO BLOUIN

C'est ça, exactement.

Alors là, le but serait

d'aligner les goujons dans les

trous, puis on a un mécanisme

ici qui va être utilisé

pour ramasser les goujons.

Eux autres aussi

font partie du parcours.

C'est très sensible. Les jeunes,

les élèves, ils pratiquent

excessivement fort.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que j'imagine que

c'est une chose de construire

la machine, mais après ça...


MARIO BLOUIN

Ça, il faut la conduire,

c'est ça. Il faut la conduire.

Alors ça, ça donne un petit peu

une idée comment que les élèves

vont devoir s'y prendre.

Pas si pire, ils vont

peut-être être fiers de moi.

Tiens. Hein!


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà, bravo!


MARIO BLOUIN

Eh voilà. Hé...


MARIO BLOUIN a complété le montage du bateau avec le robot téléguidé.


On revient à l'entrevue de MARIO BLOUIN.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mario, très tôt dans votre

carrière d'enseignant, vous vous

êtes intéressé aux compétitions

en métiers. Tant au niveau

provincial que national, et

par la suite à l'international.

Pourquoi des compétitions?

Qu'est-ce que ça donne?


MARIO BLOUIN

Bien, c'est bizarre un peu

la manière que ça a

commencé, parce que...

(En riant)

Quand on a commencé,

c'était Claude Veilleux

qui était notre chef

de département, puis il dit...

On était des nouveaux

enseignants, moi et Alain

Proulx, puis il dit: "Bon, les

gars, il y a des compétitions

de métiers qui vont avoir lieu

cette année à Toronto."

Il dit: "Il faudrait aller là."

On se doutait, comme tous

les jeunes se doutent et comme

tout nouvel enseignant, etc.

Fait qu'on a dit: "Bien,

OK, on va essayer ça."

Puis, cette année, ça fait

25 ans qu'on compétitionne,

compétitions de

métiers provinciales.

Ça va être notre 25e année

cette année. Puis, en 25 ans,

bien 24 ans ou plus, là,

on a, quoi, 86 médailles de

remportées; une au mondial, une

médaille de bronze en robotique.

On en a vingt quelques au niveau

national, dont 15 or. Fait que

ça a repoussé un peu nos doutes

face à... On est-tu assez

compétents pour pouvoir aller

compétitionner, les petits

francophones du nord.

C'était un petit peu ça.

Puis, pour nos jeunes, pour

notre génération qui est quand

même assez jeune, dans notre

école, nos jeunes se doutent

par rapport aux grands centres.

"On est-tu aussi bons qu'eux?"

Fait que ça nous a toujours

poussés un peu à continuer à

les amener. Alors, on amène une

classe. On amène 20, 25 élèves

à tous les ans dans un autobus

aux compétitions de métiers.

Puis là, eux autres, ils voient

ce qui se passe. Ils voient

la grande ville, ils voient

l'élément compétition.


On présente des images du mondial des métiers.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, ramenez-nous, je pense

que c'était l'année passée,

le mondial des métiers?


MARIO BLOUIN

Oui, le mondial l'année passée.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était au Brésil. Vous avez

remporté une médaille de bronze

derrière les Japonais et les

Coréens. On reviendra aux

Japonais et aux Coréens dans un

instant. Qu'est-ce qu'il fallait

faire pour cette compétition-là?


MARIO BLOUIN

Bien, on devait construire un

robot à partir d'une collection

de pièces qui nous avait été

envoyée. C'est un kit, si

on veut. C'était pas un kit pour

bâtir un robot, c'était juste

une collection de pièces. Tu

faisais ce que tu voulais avec.

Tous les pays avaient bâti plus

ou moins un chariot élévateur,

un forklift, pour ramasser

les objets. C'étaient des boîtes

que tu devais transporter à un

endroit, différentes étagères,

comme dans le principe

d'une warehouse,

si on veut, automatisée. Ça,

c'était complètement automatisé.

Tu disais "Go" et le robot

faisait tout à partir de

la programmation et des

sensors pour décider où il devait

aller la prochaine... Fait qu'il

fallait tout que tu calcules,

que tu programmes chaque

mouvement du robot à chaque

instant à l'aide de différentes

composantes électroniques.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous, vous

pouvez pas les aider.


MARIO BLOUIN

Non, on les aide pas. Fait que

les élèves s'asseyaient là,

programmaient tout l'ordre, la

séquence, qu'il devait ramasser

les pièces, et essayer de le

faire dans le meilleur temps

possible. Le moment stressant,

c'est quand on a vu le robot

arrêter en plein milieu du

parcours pour aucune raison,

en train de faire l'action

à peu près la plus facile,

qui demandait le moins de

chaleur, mais on a été...

On a eu de la malchance. Il y a

eu beaucoup de malchance, parce

qu'on faisait ça deux fois plus

vite que les Coréens et trois

fois plus vite que les Japonais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de la concurrence.

Parlons des Coréens et des

Japonais... Ils ont de

l'expérience là, eux autres.


MARIO BLOUIN

C'était pas la même machine.

Je veux dire... C'est eux

qui ont inventé la

robotique, si on veut.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est des jeunes du secondaire?


MARIO BLOUIN

Non. Nous, on était la seule

école... Comme c'est là, en

général, au niveau du mondial,

on est les seuls à avoir

gagné des médailles au niveau

secondaire. C'est tous

des élèves de collège.

Comme, tous les élèves qui font

Équipe Canada, c'est tous

des élèves de collège.

Toute la gang. Il y a juste

nous qui étions du secondaire,

parce que la compétition...

Il n'y a pas de compétition

collégiale en robotique,

donc c'est les secondaires qui y vont.

Puis on était contre toutes

les universités du monde et

toutes les compagnies privées.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, c'étaient

des étudiants?


MARIO BLOUIN

C'étaient des étudiants

qui allaient admettons

jusqu'à 23 ans.

Alors, t'as des étudiants

plus vieux. Et eux autres,

ils ont toute une équipe

d'ingénieurs et de--


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui ont fait des

écoles spécialisées.


MARIO BLOUIN

C'est ça, puis qui sont tous

avec eux. Nous autres, on était

trois. Il y avait moi

et les deux élèves, Zachary

Larose et Maxime Marineau.

Alors... Puis, l'autre équipe,

les Coréens, c'était Samsung.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum! On les connaît, eux.


MARIO BLOUIN

OK? C'est ça, on les connaît,

Samsung. Puis, les deux équipes

se pratiquaient de nuit

pour s'acclimater

au changement d'heure.

Les trois mois avant

la compétition, eux autres

pratiquaient... C'est ça qu'ils

nous expliquaient. Et leur enjeu

était beaucoup plus élevé que

le nôtre. Les Japonais avaient

100 000$ chacun s'ils gagnaient

la médaille d'or.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oh!


MARIO BLOUIN

Puis les Coréens avaient

chacun une maison ou un

appartement, une auto, puis

se faisaient exclure de l'armée.

Alors, pour eux, gagner

la médaille d'or, c'était

beaucoup plus que nous autres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pour vous,

la médaille de bronze?


MARIO BLOUIN

Rien. C'est ça, on aurait rien

eu même si on avait gagné

la médaille d'or. C'est ça.

Fait qu'on a fait bien des

farces avec ça, mais eux autres,

ils nous ont tous regardé,

ils ont dit: "Vraiment?" "Non,

on gagne rien, nous autres."

"Mais pourquoi vous travaillez

fort de même?" Bien, c'est juste

parce qu'on voulait leur montrer

qu'on était capables. C'était

vraiment le but ultime.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine qu'ils vous

respectent maintenant.


MARIO BLOUIN

Oui. Si on regarde sur

notre site Web, on a beaucoup

de portraits à la fin où

tous les Japonais, les Coréens,

les Russes, les nations

se sont toutes garrochées

sur notre robot pour regarder

comment c'était fait.

Parce que durant la compétition

ils n'avaient pas le droit. Tout

le monde avait son cubicule,

t'avais pas le droit d'espionner

et c'était très sévère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment se fait-il, Mario,

qu'une petite école française

de 275 étudiants dans le nord

de l'Ontario réussisse

à faire ce que vous faites?


MARIO BLOUIN

Premièrement, c'est la

fondation. Tous les parents, les

grands-parents, c'est du monde

très résilient qui ont toujours

travaillé très, très fort pour

obtenir des résultats, que

ce soit travailler dans le bois

comme bûcheron ou travailler

dans l'équipement. À Hearst,

la vie est quand même...

On a une belle vie

à cause de la grosseur,

mais c'est un climat qui

est assez difficile:

-40 à l'occasion. Alors,

les gens ici, pour

réussir et pour pouvoir

survivre, ils doivent travailler

tous très fort. Et ces

élèves-là, on les reçoit et ils

sont déterminés. Et l'histoire

qu'on a avec les compétitions

de métiers, bien c'est un peu

contagieux. On doit vraiment dire

que c'est dans notre culture.

Les élèves, ils veulent venir

prendre nos cours. Ils veulent faire

des robots, ils veulent

aller en transport.

Puis, on a plusieurs médailles

de gagnées en réparation

de petits moteurs et mécanique

automobile. Ils veulent prendre

les cours. Ils savent qu'ils

vont apprendre quelque chose.

En construction, la même chose.

C'est ça qui fait en sorte

qu'on est tellement compétitifs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le mondial des métiers, ça se

passe à tous les deux ans,

donc le prochain en 2017.

Est-ce que vous commencez

déjà à vous préparer?


MARIO BLOUIN

Bien, cette année,

si on remporte cette année

au provincial et... Il faut

commencer par gagner

au provincial pour pouvoir

accéder au national.

Si on gagne au national,

on retourne au prochain

mondial, qui est à Dubaï.

Puis, c'est ça. Fait qu'on

travaille fort. Nos chances sont

bonnes. Ça prend comme...

Ça fait plusieurs années

qu'on gagne. On a, je crois...

On a été huit fois au national

en robotique en quinze ans. Ça

veut dire qu'on a gagné au moins

huit fois la première place

au provincial. Puis, on a gagné

cinq médailles d'or au national.

Et à toutes les fois qu'on gagnait,

c'était l'année que c'était

pas l'année de sélection.

Alors ça a donné juste...

Fait qu'il y a une question

de timing et de chance, si

on veut. Comme, cette année,

si on gagne, comme je dis à mes

élèves, si on gagne cette année

ça adonne bien parce que c'est

mes dernières années. Il n'y

en aura plus d'autres après ça.

J'ai dit... Bien, il va y en

avoir d'autres. Sûrement que

quelqu'un va me remplacer. Puis,

je lui souhaite bien du succès

lui aussi, mais c'est juste

que c'est pas aussi facile

que ça en a l'air.

C'est vraiment, vraiment

difficile. Les élèves

travaillent vraiment fort et

le stress est là toute l'année.

Le plus dur, le plus difficile,

je croirais, c'est que tout

le monde pense que parce

qu'on y va on va gagner.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum!


MARIO BLOUIN

Ça, c'est difficile. Tu peux

en gagner un, Superbowl,

mais c'est dur d'en gagner un

deuxième et un troisième. Alors,

c'est un peu de même que c'est.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, on vous souhaite

bonne chance.


MARIO BLOUIN

Bien, merci bien, Gisèle.

Ce fut un plaisir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Merci beaucoup.


Générique de fermeture


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