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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Marcel Rheault and Mireille Morin: Distillers

One of the world´s most esteemed vodkas is made right in the living room of Marcel Rheault and Mireille Morin, from Hearst. Northern Ontario is known for its forests, hunting, and snowmobiling activities. But it is also becoming renowned for a whole other reason: it is home to a microbusiness that produces vodka, whisky and fine liqueurs. The Rheault family´s vodka has received accolades from as far away as China, and bottles are flying off the shelves—much to the surprise of the product´s creators!



Réalisateur: Charles Pepin
Production year: 2015

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Titre :
Carte de visite


On visite une contrée sauvage couverte de neige. Soudain dans le paysage une bouteille de vodka géante portant l'étiquette Loon apparaît devant une grande maison. Ensuite on visite l'établissement où est installée la distillerie Morin-Rhéault.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Le nord de l'Ontario.

Pays de forêts, de chasse

et de motoneige. Mais le nord

de l'Ontario est, depuis

quelques années,

pays de la vodka.

En 2009, Marcel Rheault et

Mireille Morin ont installé une

distillerie dans leur salon.

Aujourd'hui, leur vodka est

primée lors de compétitions

internationales et les

bouteilles s'envolent

des étagères du LCBO

partout en Ontario.


Des bouteilles portent l'étiquette CWSA. Ensuite on rencontre MIREILLE MORIN et MARCEL RHÉAULT dans leur salon distillerie.


MIREILLE MORIN (Narratrice)

Les gens ont tendance,

maintenant, à essayer d'aller

chercher un produit qui est local

pour aider la roue à tourner.

Il n'y en a pas beaucoup,

en Ontario, qui produisent

du grain jusqu'au verre.


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre MARCEL et MIREILLE, producteurs de spiritueux artisanaux, dans leur salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel, Mireille, bonjour.


MARCEL ET MIREILLE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi de votre vodka.

Quelles sont les

caractéristiques de votre

vodka, la vodka Loon?


MIREILLE MORIN

Vas-y, mon Marcel. C'est

toi qui es le spécialiste.


MARCEL RHÉAULT

OK, notre vodka, c'est ce

qu'ils appellent un

alpha vodka. C'est la plus haute

qualité de vodka que tu peux

produire au monde. On est cinq

qui font ça dans le monde.

Dans le nord de l'Amérique,

on est les seuls.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vraiment?


MARCEL RHÉAULT

Oui. On distille quatre fois,

et la quatrième fois on utilise

du lait dans le pot still,

et puis... C'est ça.

Ça enlève tous les ions

négatifs, ça enlève...

toutes les impuretés

dans l'alcool.

Puis, après ça, c'est ça,

on se trouve à la distiller

à 94% pure, puis après ça

on la redescend à 40%.

Et c'est ça. Alors ça

lui donne un petit goût

différent des autres.

Dans le nord de l'Amérique, on a

été habitués à ce que la vodka

est pas supposée sentir rien et

c'est pas supposé goûter rien,

mais dans le temps des Romanov,

en Russie, dans les 1600, 1700,

la vodka était faite de cette

façon, parce qu'ils avaient pas

de charbon pour la filtrer.

Donc, ils utilisaient le lait.

Et puis, nous autres, on a dit:

"OK, on va faire une vodka

traditionnelle comme ils

le faisaient dans l'ancien

temps en Russie."


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum! Ça prend combien de temps

pour faire, je sais pas,

moi, un baril de vodka?


MARCEL RHÉAULT

C'est six jours, admettons.

À partir de la journée que

tu fais cuire ton grain...

Admettons, là, tu la mets dans

les tanks de fermentation, ça

prend... C'est un cycle. Dans le

temps que t'es en train de faire

fermenter, bien t'es en train

de distiller la batch

de la semaine d'avant.

Donc, ça prend six jours.

Après ça, c'est là que

tu vas la descendre à 40%.

Donc, t'as pas besoin d'attendre

dans un baril comme le whisky,

t'es obligé d'attendre trois

ans. Alors, c'est ça qui t'aide

à payer tes bills à la fin

du mois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez dit que c'est

fait à base de grain.

Et quel grain? C'est

fait à base de quoi?


MARCEL RHÉAULT

C'est du blé. Pour être un

alpha vodka, il faut que tu--


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, j'avais l'impression

que c'était fait à base

de patates, la vodka.


MARCEL RHÉAULT

Dans l'ancien temps, en

Russie, il fallait que ce soit

le blé ou le seigle. La vodka

faite avec les patates... La

royauté, dans ce temps-là, ils

faisaient payer leurs taxes avec

des grains. Le grain se gardait,

la patate se gardait pas.

Donc, c'était considéré comme

une vodka pour les paysans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et là, vous vous

approvisionnez localement,

strictement localement.


MIREILLE MORIN

Comme c'est là, on va jusqu'à

New Liskeard, c'est vraiment

dans la région du Clay Belt.

Et puis... Parce que, justement,

Marcel, veux-tu expliquer

un peu pourquoi. C'est lui

qui est le technique, hein.


MARCEL RHÉAULT

La région de Clay Belt, c'est

de la glaise qu'on a. C'est

le même pH que dans la région

de Cognac, en France. Donc, le

grain qui est poussé dans cette

glaise-là a un goût particulier.

C'est complètement différent

qu'un grain qui va être poussé

dans le sud. Une autre chose,

aussi, c'est que l'été, on a de

grandes heures de lumière, donc

le grain produit plus de sucre

naturel que, admettons, dans le sud.

Alors, ça a un goût complètement

différent des autres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, ça prend du grain pour

faire votre vodka, mais ça prend

également de l'eau. Et je pense

que votre eau, ici, est

assez spéciale également,

n'est-ce pas?


MIREILLE MORIN

Oui. C'est de l'eau de la Baie James.

C'est de grandes nappes souterraines.

Ici, ce qui s'est passé,

c'est qu'on est dans la région

des fameux pits de gravelle.

Dans les anciens temps, c'est

ça, il y a eu des dépôts de

glaciers, ici, dans la région.

Puis, c'est ça. C'est de l'eau

qui est très bonne. Marcel,

d'ailleurs, pour ses fermentations,

on le passe pas en...


MARCEL RHÉAULT

On le passe pas dans un

filtreur. Donc, il y a beaucoup

de minerai dans cette eau-là.

L'eau... Alors, j'ai pas besoin

de rien mettre pour nourrir la

levure qui va manger le sucre

qui a été produit quand on a...

Donc, normalement, il y a bien

d'autres endroits où ils sont

obligés de rajouter soit du

calcium ou quelque chose dans

leur eau pour arriver et nourrir

la levure. Nous autres,

on n'a pas besoin de rien

mettre du tout.

Alors, c'est fabuleux pour ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre vodka a remporté

plusieurs prix, plusieurs

médailles à différentes

compétitions au Canada, aux

États-Unis, même jusqu'en Chine.

Qu'est-ce que ça veut dire quand

on remporte une médaille?

Qu'est-ce qu'on évalue quand on

présente sa boisson, sa vodka,

en compétition comme ça?


MARCEL RHÉAULT

Dans le nord de l'Amérique,

c'est assez difficile de rentrer

dans les compétitions avec ma

vodka, parce que je suis le seul

qui en fait. Donc, j'ai

aucune compétition ici.

Et quand on a commencé aux

États-Unis, les juges goûtaient

à ça et ils disaient: "Oh!"

À moment donné, il y en a

un de Chicago qui m'a appelé.

On avait gagné la médaille

d'or à Chicago. Puis, là,

il m'a dit: "Tu fais

pas une vodka traditionnelle."

J'ai dit: "Non, non. 'Moi', je

fais une vodka traditionnelle.

Vous autres, vous faites pas

des vodkas traditionnelles."

Donc, il avait trouvé ça

vraiment... Il la trouvait

super bonne, mais d'après leurs

standards, c'est pas supposé...

Comme je l'ai dit tantôt,

c'est pas supposé sentir, c'est

pas supposé goûter rien, mais en

réalité c'est ça que ça goûtait.

C'est comme... Admettons

qu'on prend la région de Cognac,

quand ils faisaient du cognac

dans les années 1500, ils

font encore la même méthode

aujourd'hui. La vodka, quand

on a commencé à la produire

dans le nord de l'Amérique,

ce qui est arrivé, c'est qu'à

la place d'utiliser le blé,

ou le rye, ils ont commencé

à utiliser le blé d'Inde.

Donc, c'est pour ça

qu'on a une vodka qui va

sentir fort comme...

Je nommerai pas des compagnies,

là, mais... Ce qui est arrivé,

c'est que le monde qui ont

commencé à faire cette vodka-là,

c'est qu'ils payaient la moitié

moins cher pour une tonne de blé

d'Inde, après ça ils doublaient

le montant d'alcool qu'ils

produisaient avec une tonne.

Donc, la raison, c'était pour

l'argent. C'était pas vraiment

pour le goût. Et c'est là

qu'ils ont commencé à utiliser

le charbon de bois activé

pour arriver et le filtrer,

pour essayer d'enlever

le plus de ce goût-là.

Et c'est pour ça qu'on a gagné

une double médaille d'or.

C'est... Les juges qu'il y avait

là, ils connaissaient les

alpha vodka. Ils savaient c'était

quoi. Donc, quand je suis rentré

dans cette compétition-là

et qu'ils ont goûté à ça, eux

autres savaient c'était quoi.

Alors, ils m'ont jugé d'après

ce que j'avais produit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les résultats

que vous avez obtenus dans les

compétitions internationales,

est-ce que ça vous a surpris?


MARCEL RHÉAULT

En Chine, j'étais

content en tabarnouche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui! J'imagine.


MARCEL RHÉAULT

Quand on a gagné la double

médaille d'or en Chine,

j'étais vraiment content.


MIREILLE MORIN

Ça nous a fait chaud au coeur,

parce que c'est à "nous",

ce produit-là. Et c'est pas

n'importe qui qui l'a fait.

C'est pas la bouteille, c'est

qu'est-ce qu'il y a dedans

qui a gagné ces médailles-là.


Le trio se retrouve dans la cuisine des MORIN-RHÉAULT devant un petit baril et quelques bouteilles de vodka.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel, Mireille, on peut pas

venir vous voir sans faire

une dégustation, n'est-ce pas?

Avant de déguster, peut-être

nous montrer, nous dire

quels sont les produits

que vous avez sur le marché

ou presque en ce moment.


MARCEL RHÉAULT

OK, on a le Sinful Cherry,

lui, il est au LCBO. On est

à peu près dans 70 magasins

comme c'est là. La Loon vodka,

elle est dans 200 magasins,

et elle fait bon. Après ça, ça,

c'est une liqueur aux framboises.

On a des whiskys

qu'on vend à la maison. Et puis,

aussi, le petit baril de

whisky qu'on vend à la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et il y en a d'autres

qui sont en préparation.


MARCEL RHÉAULT

Oui, on en a fait avec

des pêches. Il y a différentes

sortes qu'on joue

avec comme c'est là.


MIREILLE MORIN

Oui, parce que l'avantage

de venir nous visiter,

c'est d'essayer toutes sortes

de produits qu'on essaie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sur place, oui. C'est ça,

on peut être vos cobayes.

Bien, moi, je suis prête

à goûter à la Loon vodka.

Qu'est-ce que... qu'est-ce

que je dois surveiller

en dégustant cette vodka-là?


MIREILLE MORIN

Bien, tu vas t'apercevoir,

premièrement, quand tu vas la

sentir qu'elle est très douce

au nez. On la sent pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, effectivement.


MIREILLE MORIN

Même sucrée, je te dirais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un petit peu, oui.


MIREILLE MORIN

Puis, ensuite de ça, quand

tu vas prendre tes premières

gorgées, ça ne brûle pas comme

un autre alcool. Elle est

vraiment douce, soyeuse.

La robe, le palais. Elle

reste un genre... Tu sais,

habituellement, avec d'autres

vodkas, tu vas rester

avec la bouche sèche,

tandis qu'avec celle-ci, tu

vas voir que c'est vraiment

très doux autour de la bouche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Allons-y, tchin tchin!


MARCEL RHÉAULT

Tchin tchin.

Un petit coup de chaleur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, effectivement. C'est

très bon, merci beaucoup.


MIREILLE MORIN

De rien, c'est avec plaisir.


On retourne au salon avec MARCEL et MIREILLE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Faire de la vodka, c'est

un métier assez unique. Mais

il faut dire qu'avant ça,

votre gagne-pain était assez peu

conventionnel aussi. Vous

faisiez pousser des concombres,

des concombres anglais.

Comment vous êtes tombés

dans les concombres?


MARCEL RHÉAULT

J'aimais les concombres,

c'est pour ça que--


GISÈLE QUENNEVILLE

À ce point-là?


MARCEL RHÉAULT

Oui, et je faisais...

Au commencement, quand

j'ai commencé, c'était juste

des expériences que je faisais.

Et, c'est ça, je produisais

mes concombres, mes tomates...


MIREILLE MORIN

Des tomates, des piments.


MARCEL RHÉAULT

Des piments...

tout dans mon garage.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans une serre?


MARCEL RHÉAULT

Oui. Bien... Comme, après ça,

j'ai bâti une serre et j'ai

travaillé dans ma serre.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était rentable

produire des concombres?


MARCEL RHÉAULT

Oui, jusqu'à tant qu'on signe

le free trade. Quand on a

signé le free trade, avant ça,

on était payés, on avait

36$ de la caisse qu'il y a

12 concombres dedans. Puis,

après ça, quand on a signé

les ententes, le free trade,

on est tombés à 8,99$ en plein

milieu de l'hiver. Alors là,

ce n'était plus payant.

Fait qu'à moment donné... Mais,

ça nous a permis de rencontrer,

admettons, le directeur des

special crops du Canada, puis

c'est ça. C'est eux autres...

à moment donné, il m'a dit...

Il parlait des added values,

des valeurs ajoutées. Puis,

c'est ça, c'est de là que l'idée

est sortie. Il dit: "Le gars

qui fait pousser des patates,

il fait pas trop d'argent, mais

le gars qui fait de la vodka

avec ses patates..."

Et là, après ça, je prenais

une ride de bicyclette,

encore, et...


GISÈLE QUENNEVILLE

Une chance qu'il y a

du vélo, hein.


MARCEL RHÉAULT

Et c'est ça, quand

je vais en vélo de même...

Des meetings de même, quand

tu as ça, après ça, je repense

à qu'est-ce qui s'est dit. Puis,

là, j'ai dit: "Ah!" Quand il m'a

dit ça, il veut que j'applique

pour une licence pour distiller.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pourquoi de la vodka?


MARCEL RHÉAULT

La vodka, c'est que tu peux

la produire et tu l'envoies.

Et moi, j'ai toujours

été buveur de vodka.


MIREILLE MORIN

La grosse farce, c'était que

j'y coûtais trop cher au LCBO.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, entre boire de la

vodka et faire de la vodka,

c'est pas la même chose.


MARCEL ET MIREILLE

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, comment est-ce qu'on

devient producteur de vodka?


MARCEL RHÉAULT

On... Beaucoup de lecture.

Je suis une personne qui lit

beaucoup des livres...


MIREILLE MORIN

Autodidacte, hein, mon Marcel?


MARCEL RHÉAULT

Oui. Et puis, après ça, on a

été à l'université du Michigan

à Lansing. Ils donnent un cours

pour la distillation. Et puis,

le docteur qui donnait ce cours-là,

il avait écrit deux livres et

moi, ses livres je les... Et

je suis une personne qui va lire

un livre, je vais le relire

une fois, deux fois, trois fois.

Parce que je pogne beaucoup

après la deuxième et la

troisième, surtout quand c'est

technique de même. Parce que

quand on a commencé, ça a pris

au moins six mois avant que

je sois capable de me rappeler

des termes qu'il utilise.

Après ça, ce qu'on a fait, c'est

qu'on a été se promener. Au

Canada, c'était dur, parce que

les distilleries, on arrivait

là, le monde ne voulait pas nous

parler. C'était bien, bien dur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi pas?


MARCEL RHÉAULT

Ils nous voyaient tout

de suite comme une compétition.

Aux États-Unis, c'était

comme une grande famille.

J'en revenais pas. J'étais pas

un fervent, bien, bien, des

Américains avant. Mais après ça,

quand je les ai connus,

c'est là qu'on a commencé...


MIREILLE MORIN

Oui. Bien, la première année,

au niveau du plan d'affaires,

c'était une des affaires

qu'il fallait monter. C'était

d'arriver et puis de décider

c'est quel équipement qu'on

voulait, comment on était

pour procéder avec tout ça.

Ça fait qu'on se lançait un peu

à l'aveuglette. Quand on a eu

cette licence-là, ça a été comme:

"Ouf! Qu'est-ce qu'on fait avec

maintenant?" C'est un peu un

cadeau de Noël, mais après ça,

il faut que tu te développes

et il faut que tu l'organises.

Ça fait qu'on s'est promenés

plus dans l'est. Au Maine,

au Vermont, et puis Marcel

a été travailler

surtout avec les meilleurs,

qui faisaient dans les

meilleures vodkas au monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour faire de la vodka, il

faut une "distilleuse". La vôtre

est là, juste derrière vous.

Ça vient d'où, cette machine-là?

Ça s'achète facilement, ça?


MARCEL RHÉAULT

Non, ça vient d'Allemagne.


MIREILLE MORIN

On a fait faire des prix

un peu partout. Il y avait aussi

Kothe, qui est excellent aussi.

Eux autres, ils sont basés

à Chicago.


MARCEL RHÉAULT

Il y a CARL, too.


MIREILLE MORIN

CARL...


MARCEL RHÉAULT

C'est toutes des compagnies

d'Allemagne. Si tu veux avoir

vraiment une bonne qualité pour

distiller, eux autres ça fait

vraiment qu'ils les font.

Aux États-Unis, il y a un

endroit, c'était Copper Vendome.

Quand on a acheté ça, il a fallu

en payer la moitié et ça a pris

13 mois avant de la recevoir.

Fait qu'avant qu'ils nous l'envoient,

il a fallu payer le restant.

Aux États-Unis, la compagnie

Vendome Copper, eux autres,

c'est deux ans d'attente pour...


MIREILLE MORIN

Oh...


MIREILLE MORIN

Ça fait que quand tu planifies

tes agrandissements ou des

choses comme ça, c'est des

choses qu'il faut que tu prennes

en compte. Si t'as l'intention

de faire des exports ou quoi

que ce soit, il faut que tu planifies ça,

parce que ça prend du temps à

recevoir ton équipement.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est cher, une machine comme ça?


MIREILLE MORIN

Oh, c'est dans le... C'est

dans le quart de million

et plus. Juste la machine.


MARCEL RHÉAULT

Juste ça, ici. Pas les

tanks en bas, le restant. Tu parles

quasiment d'un demi-million

d'investissement avant de décoller.


MIREILLE MORIN

Et là, t'as pas développé

ta recette, t'as pas travaillé

avec. Ça fait que ça a pris

une grosse année avant que

tu développes la bonne sorte.


MARCEL RHÉAULT

Arriver avec la recette,

faire de la recherche et essayer

toutes sortes de grains,

différents goûts.

Mais quand on a distillé

avec le lait...


MIREILLE MORIN

Ah oui, celle-là...


MARCEL RHÉAULT

Quand c'est sorti, après,

je l'ai coupée à 40% et j'ai

goûté à ça, j'ai dit: "Tiens,

c'est ça qu'on va sortir."


GISÈLE QUENNEVILLE

La machine est dans votre

salon. J'imagine qu'il doit

y avoir des inspecteurs.

Ils ont dû sourciller quand

ils ont vu ça dans le salon.


MARCEL RHÉAULT

Oui. Le fédéral, eux autres,

ils ont pas dit... Ils nous ont

donné le OK tout de suite, parce

qu'en dessous, c'est notre

garage. Alors, ça avait été

bâti pour pas sentir le gaz

ou quelque chose quand

tu rentres une voiture.

Donc, ils étaient bien corrects

avec ça. Puis, les flammes,

la fournaise est en bas. Fait

qu'ici, quand tu distilles,

il y a aucune open flame,

de flamme. Donc,

c'est pas dangereux.

Le danger, dans tout le système

de distillation, c'est quand

tu concasses le grain. Quand

tu casses le grain et que

tu fais une farine avec,

ça fait une poussière.

S'il y a une roche ou une

bolt ou n'importe quoi

qui est tombé de la machine

et qui est tombé

dans ça, dans les roller mills,

qu'ils appellent, c'est là

que ça explose.


MIREILLE MORIN

C'est pour ça que Marcel,

il fait ce procédé-là. Il a des

grosses assurances. Non, non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et puis vous, Mireille,

vous aimez ça l'avoir dans votre

salon, cette "distilleuse"-là?


MARCEL RHÉAULT

C'est elle qui voulait

l'avoir dans le salon.


MIREILLE MORIN

J'ai dit: "Tu peux pas mettre

ça dans le garage." J'ai dit:

"Voyons donc. Hé, pareille belle

pièce d'instrument." Ça a l'air

de clarinettes. Ou un saxophone

un peu, hein? Ça fait que

c'est une belle pièce d'art.


On observe le fonctionnement et les équipements liés à la distilleuse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel, ça, c'est la "distilleuse".

C'est comme ça qu'on appelle ça?


MARCEL RHÉAULT

Oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça marche,

cette machine-là?


MARCEL RHÉAULT

Une grosse pompe en bas,

puis on pompe le

mash, que t'appelles, dans le

pot still. Et puis, ça, ça se met à

bouillir. La steam d'alcool

monte, ça passe dans le tuyau

qu'on voit là, en l'air,

elle vient connecter ici,

en arrière de la colonne.

Et puis, ici, chaque endroit

qu'on voit un hublot, il y a un

plateau de cop bord en bord.

Donc, la steam, elle arrive

là. Elle est obligée d'arrêter,

elle est obligée d'aller

de chaque côté. Elle "refesse"

sur le dessus et elle va à la

prochaine. Alors, elle fait ça

de même toujours, la motion.

Ce plateau de cop-là, ce qui

arrive, c'est que l'humidité,

l'eau qu'il va y avoir dans

la steam, elle va redevenir

une gouttelette d'eau, elle va

retomber en bas et elle s'en

retourne dans le pot still.

Donc, plus tu montes haut,

plus l'alcool se purifie.

Puis, après ça, elle descend,

elle passe en dessous, en

stainless en l'air, et elle

descend ici. Et ici, elle se

fait refroidir par de l'eau qui

vient de notre puits. Alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous faites...


MARCEL RHÉAULT

Là, la steam redevient

une goutte d'alcool.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous faites ça combien

de fois, qu'elle passe

dans la machine?


MARCEL RHÉAULT

Elle passe quatre

fois là-dedans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et puis à quel moment

est-ce que le lait entre?


MARCEL RHÉAULT

La quatrième fois. Si ça

tourne pas et que tu mets

ton lait dedans, ça va cailler.

Alors, la première fois,

je l'avais pas partie et quand

j'ai mis le lait là-dedans,

j'ai paniqué.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y avait du yogourt.


MARCEL RHÉAULT

Oui, c'est ça. Du yogourt à

l'alcool. Fait que là, après ça,

avec le temps, on a appris

et on garde beaucoup d'eau

aussi dedans. On garde

le niveau d'eau haut

quand on a le lait dedans aussi.


On reprend l'entrevue principale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marcel, Mireille, ça fait

à peu près deux ans maintenant

que votre vodka Loon est dans

les succursales du LCBO, un peu

partout en Ontario. Est-ce que

ça a été difficile de rentrer au

LCBO? Moi, j'ai déjà entendu des

histoires que ça peut prendre

des années et des années.


MIREILLE MORIN

Oui, c'est assez difficile.

Mais... C'est ça, quand on a eu

la chance de pouvoir rencontrer

les bonnes personnes sur notre chemin,

ça a facilité beaucoup

l'entrée dans la LCBO.

Hum...


MARCEL RHÉAULT

La qualité du produit fait

une grosse différence. Si t'as

un top qualité, t'auras pas

de misère à entrer au LCBO.

C'est plus... Je pense que c'est

ça qui est le problème du monde.

Tu sais, ils produisent soit un

vin, si t'as trop de méthanol,

si t'as trop de sulfites,

il y a plein de choses

que tu peux pas le rentrer.

Comme à moment donné, on était

arrivés pour rentrer un produit,

une liqueur, puis quand on l'a

fait analyser, il y avait trop de plomb

et trop d'arsenic dedans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oh!


MARCEL RHÉAULT

Et puis, c'était causé

parce que quand ils faisaient...

Ils pressaient le fruit,

ça cassait le grain

et puis l'arsenic et le plomb

est dans le noyau. Donc,

ça découlait dans le jus.

Donc, la LCBO... Moi, je suis

bien content qu'ils soient de

même, parce que c'est les...

Admettons, c'est eux autres

qui ont les plus hauts standards

dans le monde entier.

Si tu vends au LCBO, t'as une

carte pour entrer dans n'importe

quel pays que tu veux vendre.

Aussitôt que t'as été au LCBO,

ça te donne le potentiel

de vendre n'importe où dans

le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous vendez combien au LCBO?

Est-ce que vous avez... Quand

vous rentrez au LCBO, est-ce que

vous avez des quotas à remplir?


MIREILLE MORIN

On avait un quota au début à

remplir, c'était... Mais il

est rentré directement. On a

été chanceux. Il est rentré

directement comme produit

régulier. Donc, c'était pas un

vintage, qu'ils appellent.

Ça a rentré directement,

donc on a eu un quota d'un

demi-million à remplir

dès notre première année.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un demi-million de...


MARCEL RHÉAULT

De produit.


MIREILLE MORIN

De produit, comme... Pour eux,

ça devait générer, à 45,35$,

pour un demi-million.

Et puis, ça, on l'a vendu

en dedans de trois mois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum!


MIREILLE MORIN

On est passés de 30 magasins

à 200 magasins, maintenant,

qu'on est dans les succursales

de LCBO. Mais je dois dire

que, aussi, avec les tendances

qu'on a d'encourager au niveau local,

les produits régionaux. Tu sais,

les microdistilleries. C'est un

genre de mode des gens d'aller

chercher des produits régionaux.

Ça fait que, ça, ça nous a aidés

beaucoup, parce que les gens ont

tendance, maintenant, à essayer

d'aller chercher un produit

qui est local pour aider

la roue à tourner.

Ça fait que... En plus de ça,

c'est ça, c'est un bon produit

de qualité, d'ailleurs. Ça fait

que c'est pas difficile de faire

le choix dans ce temps-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les choses ont l'air de bien

aller. Est-ce que vous avez des

projets d'expansion dans l'air?

Est-ce que la machine va

rester dans le salon?


MIREILLE MORIN

Là, celui-là, je vais te dire

que c'est assez difficile, parce

que justement, quand tu pars

une entreprise comme la nôtre,

il n'y en a pas d'autres.

Comme des... Les banques, quand

tu vas les voir, elles peuvent

pas se fier sur d'autres chiffres.

On est comme les seuls, ou il y en

a tellement peu, ou celles

qui existent, des fois,

sont financées par plusieurs

personnes. Là, on est

deux dans cette entreprise-là.

C'est nous qui avons mis

toute notre sueur au front.

Ça fait que... c'est pas

facile d'arriver et de vendre

son idée. Tu sais, on...


MARCEL RHÉAULT

L'expansion, ça prendrait des

contrats, admettons, en dehors.

C'est ça qu'on checke comme

c'est là. C'est pour ça

qu'on était entrés en Chine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, justement. Bon, vous

êtes connu maintenant par

certains Chinois, vous êtes

connus par certains Américains.

À quel point est-ce que

c'est facile d'accéder à

ces marchés-là?


MARCEL RHÉAULT

Ça prend... Comme c'est là,

on est en train de checker pour

avoir quelqu'un qui fait ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un représentant.


MIREILLE MORIN

Oui, oui. Au niveau des

exports, parce que...

Les choses... C'est pas facile

d'arriver et d'exporter aux

États-Unis ou bien en Chine.

On est pas trop... connaisseur.


MARCEL RHÉAULT

C'est le gouvernement qui

va nous aider, vraiment, à faire

ça. Eux autres, ils ont comme

des assurances si t'envoies ton produit.

Admettons que tu envoies 1000

caisses et tu te fais pas payer,

bien 1000 caisses, c'est assez

pour me faire tomber à terre.

Fait qu'il faut que tu aies une

garantie d'être payé. Alors, le

gouvernement, ils vont payer

jusqu'à, admettons, 90% au bout

d'un mois si la personne...

Et c'est eux autres qui décollent

après la personne qui t'a pas payé.


MIREILLE MORIN

Mais encore là, ça a des coûts

de rattachés. Ça fait que c'est

plein de petites affaires comme

ça qu'il faut apprendre et c'est

de prendre le temps de le faire.

Mais c'est pas tout le temps

évident, dans la vie de

tous les jours, de s'asseoir là

et de s'approprier toutes

les facettes de l'industrie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici, Hearst, c'est quand même

loin des grands marchés. Est-ce

que ce serait plus facile, plus

simple pour vous, de faire

ce que vous faites ailleurs?


MARCEL RHÉAULT

Je pense pas. Moi, je te

dirais, ce qui arrive, c'est que

la LCBO, c'est à la grandeur

de l'Ontario. Ça, c'est

un produit... Nous autres,

le truck arrive ici,

on pogne le Caterpillar,

on embarque les caisses

dans le camion et ça décolle.

Ça nous coûte un peu plus cher--


MIREILLE MORIN

C'est certain que ça coûte un

petit peu cher au niveau du

transport. Il est ajouté

sur le prix. Mais c'est pas plus

pire que le Grey Goose ou le

Chopin ou le Belvedere qui

vient... Tu sais, ça vient

de la France, de la Pologne,

un peu partout.

C'est pas plus pire que

n'importe quel autre produit.

C'est certain que, nous autres,

c'est en plus petite quantité, mais...


MARCEL RHÉAULT

Si on était dans une région

comme Toronto, je te dirais

qu'on aurait plus de population

qui viendrait, qui achèterait

ici. C'est ça que... Mais l'été,

on a plein de gens qui viennent.

C'est pas croyable.

On pensait pas de voir

tant de monde que ça,

parce qu'on est en dehors de la

ville un peu aussi, alors...

Mais c'est vraiment plaisant.


MIREILLE MORIN

Oui, on voit du monde que ça

fait longtemps qu'on n'a pas vu.

Et du monde... On rencontre...

de belles rencontres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Marcel, Mireille,

merci beaucoup et on vous

souhaite bonne chance.


MARCEL ET MIREILLE

Merci.


Générique de fermeture


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