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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Régis Labeaume: Mayor of Québec

Even though Québec mayor Régis Labeaume is originally from Lac-Saint-Jean, he has become a quintessential symbol of the provincial capital, on par with the Château Frontenac and the Plains of Abraham. Since his 2007 election, Régis Labeaume, an outspoken, colourful figure who never fails to make an impression—be it positive or negative
—has been on a mission to promote the city of Québec in the province, in the country, and all around the world.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Pendant que LINDA GODIN présente son invité, RÉGIS LABEAUME, maire de Québec, on montre des images de la ville de Québec et de son hôtel de ville.


LINDA GODIN

Il y a

le Château Frontenac, puis

les plaines d'Abraham.

Le Vieux-Québec, élevé au rang

de joyau du patrimoine

mondial par l'UNESCO.

La ville de Québec regorge

de lieux emblématiques.

Régis Labeaume en est le maire

depuis 2007. Il fait beaucoup

parler de lui en bien et en mal.

Il n'a pas la langue dans sa

poche et on pourrait dire

qu'il est haut en couleur.

Son but: faire rayonner

davantage la ville

de Québec dans le monde.

Régis Labeaume, bonjour.


RÉGIS LABEAUME

Bonjour madame,

bienvenue à Québec.


LINDA GODIN

Merci. Comment est-ce,

justement, être le

maire de Québec?


RÉGIS LABEAUME

Moi, je considère ça comme un

privilège, encore, à ma neuvième

année, je pense encore que je

suis extrêmement privilégié

de diriger cette

magnifique ville-là.

Vous savez que diriger Québec,

c'est un honneur parce que c'est

une ville qui a un historique

très spécial. Malgré qu'elle

soit pas une métropole, elle est

considérée parmi les étrangers

comme ayant un statut spécial.

Elle est belle, elle est

patrimoniale et on en prend

soin comme un diamant.


LINDA GODIN

C'est quoi les principaux

défis que vous avez

en tant que maire?


RÉGIS LABEAUME

Le principal défi actuellement

à Québec, on vient d'avoir les

dernières statistiques, on est

la ville qui a le plus bas

taux de chômage au pays, c'est

d'attirer les ressources

humaines, les individus. Et

donc, c'est pour ça qu'à chaque

grande décision qu'on prend,

on se pose aussi la question:

Est-ce que ce sera... ce qu'on

décide aura comme effet aussi

d'attirer des gens à Québec, de

décider des gens à venir vivre à

Québec et y travailler. Parce

qu'actuellement, notre

économie va extrêmement bien.


LINDA GODIN

Hum, hum.


RÉGIS LABEAUME

Et entre tous les problèmes

qu'on peut choisir, on peut

choisir... celui-là est

peut-être le meilleur, mais on

manque de ressources humaines.


LINDA GODIN

Quand vous êtes devenu maire,

une des choses que vous vouliez

faire, c'était de rendre Québec

encore plus internationale

qu'elle ne l'est, comme ville.

En attirant des grands noms, des

grands spectacles, est-ce

que vous avez réussi à faire ça?


RÉGIS LABEAUME

Oui. Oui, on a réussi parce

que vous savez, depuis quelques

années, on est sur des grands

palmarès internationaux. Alors,

la ville la plus agréable à

vivre, etc. Et c'est un

phénomène qui n'existait pas

avant. Alors, on a réussi à

introduire la ville auprès

d'observateurs de niveau

international, ce qui se faisait

pas avant et donc, maintenant,

on est sur la carte. Maintenant,

écoutez, ça demeure une

capitale. On est pas une

métropole. Alors, les métropoles

ont le statut international plus

évident que la nôtre, mais

notre façon à nous d'être

internationale, c'est

probablement par la beauté de la

ville, la qualité de vie. C'est

une ville aussi très festive, on

le sait maintenant. Et je

m'étais donné comme défi de

faire de Québec la ville la plus

attrayante au pays et on a

presque réussi au

moment où on se parle.

C'est de multiples choses, comme

d'être une ville au point

de vue culturel de niveau

international, d'avoir plein

d'infrastructures comme

n'importe quelle métropole, mais

en même temps d'avoir un niveau

de vie, une qualité de

vie d'une ville moyenne.


LINDA GODIN

Une autre chose aussi que vous

vouliez faire quand vous êtes

devenu maire, c'était d'attirer

plus d'immigrants à Québec.

Ça, vous en êtes rendu où?


RÉGIS LABEAUME

Ça paraît pas, on en attire

beaucoup. On est très silencieux

là-dessus parce qu'on fait pas

beaucoup... Comment dire, on

en parle pas beaucoup. Mais

premièrement, notre taux

de rétention est le même que les

grandes villes. Lorsque je suis

arrivé, le taux de rétention

était très faible. On avait

des immigrants qui restaient

quelques mois, une année, deux

années et partaient ailleurs.

Alors, notre taux de rétention

est de beaucoup amélioré et on

est très fiers de cela. Et les

gens le savent peut-être pas,

mais on en attire des milliers

d'immigrants à chaque année.

C'est juste qu'on

en parle moins.


LINDA GODIN

Ce désir-là, pour vous,

d'attirer plus d'immigrants,

c'était aussi pour faire de

Québec aussi une ville

plus multiculturelle.


RÉGIS LABEAUME

Oui, je dis toujours:

J'aimerais ça que ça sente

plus les épices à Québec.


LINDA GODIN rit.


RÉGIS LABEAUME

Alors comme marchands, qu'on

vende pas seulement du blé

d'Inde et des tomates, là, qu'on

vende d'autres choses. C'est

comme ça que je le

traduis dans mes mots.

Mais en même temps, tout

d'abord, une ville avec

plus de mixité, évidemment,

mais de la main-d'oeuvre aussi.

Ça nous prend des gens

pour faire fonctionner nos

entreprises. L'immigrant ici

a beaucoup plus de chances de se

trouver un emploi qu'ailleurs.


LINDA GODIN

Québec est une des villes

fondatrices du Réseau des villes

francophones et francophiles

d'Amérique auquel vous

tenez beaucoup, hein?


RÉGIS LABEAUME

Pour moi, comme maire de

Québec, la francophonie, c'est

majeur, alors j'ai décidé de

démarrer l'initiative des villes

et régions francophones ou

francophiles d'Amérique et on

a démarré un réseau dont la

fondation a eu lieu à Québec il

y a quelques mois. Ça

a été fantastique.


LINDA GODIN

L'automne dernier?


RÉGIS LABEAUME

Oui. Toutes les provinces

canadiennes, six États

américains, cinq pays, c'était

vraiment... C'était très

émouvant de voir tous ces

gens-là qui voulaient retrouver

leurs racines, mais on devait le

faire bilingue parce qu'il y

avait, par exemple 25 personnes

du Rhode Island, pas un parlait

français. Mais ils voulaient

retrouver leurs racines. Pour

eux autres, c'était important.

Alors il y avait beaucoup

d'émotion dans l'air et

j'ai été vraiment...

J'ai été même surpris par le

besoin, ce besoin des gens de se

rassembler et de... Comment

dire... de partager leurs

racines francophones. C'est très

impressionnant comme phénomène.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous voulez

faire alors avec ce

réseau des villes?


RÉGIS LABEAUME

C'est-à-dire qu'on va... On

met toutes les villes en réseau

et on partage des choses. On

partage des produits culturels.

On partage la connaissance sur

nos racines, nos ancêtres. On

veut, dans le fond, faire,

prendre un parcours historique,

par exemple les explorateurs du

Mississippi, et le reconstituer

en parcours touristique.

Alors, à un moment

donné, vous aurez par exemple

toutes les villes où les

francophones de jadis ont

eu un poids dans la création des

communautés et vous allez

pouvoir faire le tour de ces

villes-là en descendant le

Mississippi et suivre l'histoire

des premiers explorateurs. Il

y a beaucoup de faits aussi pour

l'histoire. Et vous voyez aussi,

comment dire, l'engouement pour

les sites comme ancestry.com

et des choses comme ça. Les gens

ont soif de connaître leurs

ancêtres, soif de connaître

leurs racines. Et Québec est

le carrefour de cela pour

les États-Unis et éventuellement

pour la France. Alors, un

Américain pourrait vouloir, par

exemple un Américain de Racine

pourrait vouloir comprendre

pourquoi ça s'appelle "racine"

Racine. Il comprendrait

que ses ancêtres sont des

Canadiens-Français, des

explorateurs. Ils remonteraient

jusqu'à Québec et ils

comprendraient que ces

explorateurs-là, bon, dans le

fond, venaient de la France. Ils

pourraient aller jusqu'en

France, jusqu'en

Normandie par exemple.


LINDA GODIN

Oui.


RÉGIS LABEAUME

C'est exactement ce qu'on veut

faire avec notre réseau. Dans

le fond, dire à une ville:

"Voulez-vous que des gens

intéressés par la francophonie

ou leurs racines francophones ou

des francophiles aillent vous

visiter? Si oui, mettez en

valeur sur notre réseau,

internet, votre ville." Les gens

vont avoir le choix d'y aller.


LINDA GODIN

L'amphithéâtre de Québec dont

on a tant entendu parler, est-ce

que ça, ça va être votre leg

à la ville de Québec,

cet édifice-là?


RÉGIS LABEAUME

C'est sûr qu'au moment où

on se parle, ils parlent de

l'amphithéâtre, mais si vous me

le demandez à moi, c'est pas

nécessairement ça. Je pense que

la protection des sources d'eau

est plus importante, à long

terme, que l'amphithéâtre.

Bon, évidemment, l'amphithéâtre,

c'est très spectaculaire, on en

doute pas. C'est aussi parce que

les gens sont fous

de hockey ici.


LINDA GODIN

On le sait.


RÉGIS LABEAUME

C'est sûr que culturellement,

au sens macro du terme,

l'amphithéâtre, c'est

probablement mon leg le plus

spectaculaire dans la tête des

gens, mais pas dans la mienne.


Dans un autre segment, on nous présente des images de la rivière St-Charles.


RÉGIS LABEAUME (Narrateur)

Parcourir les berges de la

rivière Saint-Charles, c'est

plusieurs kilomètres, qui part

très haut de la réserve du lac

Saint-Charles jusqu'en pleine

ville à Québec. C'est un lieu

qui... Vous avez des bouts, ce

sont des escarpements. Vous avez

des bouts où vous pouvez

quasiment marcher dans l'eau. Et

c'est un lieu que nous allons

aménager de façon extraordinaire

dans les prochaines années. J'ai

un grand plan pour ça. Je

vais probablement faire un appel

d'offres international pour

faire en sorte que la rivière

Saint-Charles soit utilisée

par la population. On veut

l'aménager, mettre des millions

de dollars pour que la rivière

soit utilisée de façon

incroyable, quelque chose

d'unique au pays. Et je veux

faire en sorte qu'on puisse y

avoir beaucoup d'activités, pour

les jeunes, etc. Les touristes

vont être très intéressés à

visiter les berges de la

rivière, mais c'est mon lieu

secret à moi.


On retourne à l'entrevue avec LINDA GODIN.


LINDA GODIN

M. Labeaume, avant la

politique, il y a

eu les affaires.


RÉGIS LABEAUME

Oui.


LINDA GODIN

La réadaptation,

l'entrepreneuriat, les mines.

Comment les mines sont

arrivées dans votre vie?


RÉGIS LABEAUME

Oh, j'avais un ami, moi, qui

était dans le secteur des mines.

Je le trouvais un peu fou. À un

moment donné, il m'a convaincu

d'embarquer avec lui. Je me suis

dit: "Très bien, on y va", en ne

sachant pas trop à

quoi ça ressemblait.

Alors, ça a été toute une

épopée. J'ai beaucoup appris. Ça

me sert beaucoup aujourd'hui

d'avoir été dans le monde des

affaires. C'est là que j'ai

commencé, dans le monde des

affaires, et je serais pas le

même maire si j'avais

pas fait tout ça.


LINDA GODIN

Puis, quelle sorte de mines?


RÉGIS LABEAUME

Ah, bon... Tout le monde court

après l'or. C'est les métaux

précieux. Mais moi, j'avais

découvert un important gisement

de graphite au nord du Québec et

ça va être mis en

production éventuellement.


LINDA GODIN

Est-ce que vous aimiez

être en affaires?


RÉGIS LABEAUME

Oui. C'est difficile être en

affaires parce que quand tu

ne diriges pas une grosse

organisation et que

l'organisation, c'est toi, tu

risques ton avenir

à chaque jour.

C'est très lourd aussi. Si les

gens pensent que la politique,

c'est difficile, démarrer

des entreprises, c'est

très difficile aussi.


LINDA GODIN

Pourquoi avoir quitté les

affaires pour vous

diriger en politique?


RÉGIS LABEAUME

Parce que j'aime la politique.

Je préfère travailler pour les

autres, ça me motive beaucoup

plus qu'avoir une... Comment

dire... Que ma vie, ça en soit

une de capitaliste. Ça me motive

pas. Et je l'ai fait, tant mieux

pour moi, ça a bien été, mais

c'était pas aussi motivant que

de travailler pour les autres.

Vraiment, j'aurais pas voulu

faire ma vie en affaires.

Ça m'aurait pas satisfait, moi.


LINDA GODIN

Comment vous êtes arrivé en

politique? Comment vous avez

fait cette transition-là?


RÉGIS LABEAUME

Ah, bien, Mme Boucher est

décédée. À un moment donné, il y

a eu une élection partielle.

Moi, j'avais déjà fait un petit

peu de politique municipale.

J'avais perdu d'ailleurs. Il a

fallu prendre une décision vite,

alors on l'a prise et j'étais

à... Je démarrais à 3% dans les

sondages. Et, bon, alors on dit

toujours que le timing est très

important dans la vie, alors

peut-être que j'étais la

bonne personne au bon moment.

Et on a remporté la victoire

avec 59%. Alors, voilà.


LINDA GODIN

Et quand vous étiez en

affaires... Comment dire, vous

en mangiez de la politique,

si je peux dire?


RÉGIS LABEAUME

Oh, j'ai toujours aimé ça,

moi, oui.

J'étais étudiant à l'université

et j'aimais ça. Ça m'a toujours

passionné, la politique.

Mais la politique, c'est

le pouvoir, c'est la capacité de

changer les choses dans

une société. C'est assez

extraordinaire, là. Savoir que

je peux prendre des décisions

qui ont de l'impact positif dans

la vie des gens, c'est très

motivant. Même pour les mauvais

jours, il y a des jours qui sont

plus difficiles, mais que le

pouvoir puisse permettre ça,

c'est extraordinaire. Moi, à

chaque jour, ça me motive.

Vous posez des gestes qui ont de

l'impact. Évidemment, il y en a

qui ont de l'impact négatif. Ça

nous arrive aussi de temps à

autre, mais vous avez le

pouvoir de décider et donc,

quand vous avez ce pouvoir-là,

ça fait référence au jugement,

à l'intelligence, à

la sensibilité, etc.

Tu sais, l'art de la décision,

c'est quelque chose aussi. Pour

prendre une décision, il faut

évaluer de multiples facettes

qui interviennent dans cette

décision-là. Au point de vue

intellectuel, c'est assez

extraordinaire aussi. C'est un

défi intellectuel à chaque fois.

Parce qu'on peut se tromper.


LINDA GODIN

Il y a des leaders qui

s'entourent de, comme on dit en

bon anglais, de "yes men"

et de "yes women" aussi.


RÉGIS LABEAUME

Pas ici.


LINDA GODIN

Non.


RÉGIS LABEAUME

Ici, j'ai le même personnel

qu'il y a neuf ans.

Ça a pas bougé.


LINDA GODIN

Donc, vous aimez ça être

confronté, si je peux dire?


RÉGIS LABEAUME

Il le faut. Ça m'énerve, tu

sais, il y a des jours, ça

m'énerve, là. Mais il faut que

ce soit comme ça. Autrement, ça

marche pas. J'ai fait beaucoup

de lectures sur les leaders et

on sait fort bien que si

ça fonctionne pas comme

ça, on y arrive pas.

Ou tu es un dictateur. Ça,

on a pas le goût. On vit

en démocratie. Mais c'est

nécessaire absolument.


Dans un autre segment, on nous montre des photos et des vidéos d'archives de Winston Churchill.


RÉGIS LABEAUME (Narrateur)

Winston Churchill, c'est

probablement le politicien le

plus déjanté du siècle. Il était

pour le moins singulier, assez

fou, anormal quant aux standards

britanniques et aux standards

politiques britanniques.

Il a fait d'énormes erreurs,

sauf que, quand le moment

est venu, quand le pays était en

détresse lors de la guerre, il a

pu trouver en lui la force

morale pour soutenir le peuple

britannique qui a beaucoup

souffert. Et Churchill était

capable de leur transmettre la

force morale qu'il

possédait lui-même.

J'oserais pas faire un parallèle

entre moi et Churchill, ce

serait un sacrilège, mais sa

folie me rejoint beaucoup.


On nous montre un extrait de dessin animé où un personnage représentant RÉGIS LABEAUME est dans le bureau d'un psychanalyste.


PSYCHANALISTE

M. Labeaume, gérez-vous mieux

vos émotions depuis

la dernière fois?


RÉGIS LABEAUME

Je pète une coche

régulièrement. Puis quand j'ai

pas de raison de le

faire, j'en trouve une.


PSYCHANALISTE

OK. Bon, dites-moi ce que vous

voyez sur ces cartons-là.


Le psychanalyste montre à RÉGIS LABEAUME le un carton sur lequel est illustré une tache d'encre.


RÉGIS LABEAUME

Un amphithéâtre.


Le psychanalyste montre une autre tache d'encre.


RÉGIS LABEAUME

Badaboum.


Le psychanalyste montre l'image d'un casque de pompier.


RÉGIS LABEAUME

Un menteur.


Le psychanalyste montre une autre tache d'encre.


RÉGIS LABEAUME

Les Jeux olympiques d'hiver.


Le psychanalyste montre le logo d'un travailleur de la construction.


RÉGIS LABEAUME

Un fourreur de système.


Le psychanalyste montre une autre tache d'encre.


RÉGIS LABEAUME

Un plus gros amphithéâtre.


PSYCHANALISTE

(Propos en anglais)

Oh boy.


On retourne à l'entrevue avec LINDA GODIN.


LINDA GODIN

M. Labeaume, vous avez pas

votre langue dans votre poche,

je vous apprends rien. Est-ce

que ça vous est profitable ou ça

vous nuit plus qu'autre chose?


RÉGIS LABEAUME

Je dirais qu'au total, ça doit

être profitable parce que dans

les sondages,

encore 80% des gens

me font confiance. C'est

toujours une surprise pour moi.

Bon, je me mets... Je me crée

des soucis de temps à autre,

mais c'est instinctif. J'appelle

ça un syndrome de

la Tourette léger.


LINDA GODIN

Vous dites que des fois,

ça vous a un peu mis dans le

pétrin, est-ce que vous

vous souvenez d'une fois en

particulier, d'une phrase, d'un

mot où vous avez dit: "Oui,

ça, j'aurais pu la

retenir, celle-là"?


RÉGIS LABEAUME

Oui, ça m'arrive... Là, moins

pire. Je prends de l'âge. Ça

a pris huit ans avant que je

comprenne. Je suis

un peu lent, moi.

Oui, oui. Quand t'arrives à la

maison et que ta femme te dit:

"C'était-tu nécessaire de dire

ça aujourd'hui?" Bon, bien

laisse faire, là. Alors, j'en ai

dit beaucoup. Avant j'avais une

moyenne d'une grosse par

mois, mais là, c'est moins pire.


LINDA GODIN

On vous a affublé de toutes

sortes de noms: le Napoléon,

le dictateur. J'en passe. Est-ce

que c'était difficile

au début, ça?


RÉGIS LABEAUME

Ah, j'ai pas l'épiderme très,

très épais encore. Fait que

l'épiderme est encore

sensible. C'est moins pire.


LINDA GODIN

OK.


RÉGIS LABEAUME

Je suis sûrement pas blasé. Je

suis sûrement pas totalement un

politicien parce que je

suis encore sensible à ça.


LINDA GODIN

Hum. Donc, vous avez pas

encore... Pourtant, ça fait neuf

ans que vous êtes en politique,

mais vous avez pas encore réussi

à vous faire une couenne.


RÉGIS LABEAUME

Une carapace?


LINDA GODIN

Oui.


RÉGIS LABEAUME

Non, mais c'est peut-être bien

comme ça. Je présume que quand

tu as une carapace trop vite, tu

deviens insensible. Devenir

insensible en politique, c'est

dangereux. C'est très

dangereux selon moi.

Puis je demande toujours à mes

gens, moi: Restez sensibles.

Et quand je fais des choix de

candidats, je me demande s'ils

sont sensibles. Alors, s'ils ont

une carapace trop épaisse au

départ, s'ils sont blasés au

départ, si pour eux la politique

c'est un jeu ou s'ils n'ont pas

les bonnes motivations, s'ils

n'ont pas le goût de faire de la

politique pour les bonnes

raisons... Bien, la sensibilité

en politique, c'est

très important.

Autrement, quand tout te coule

comme sur le dos d'un canard, ça

veut dire que peut-être

tu deviens impénétrable.

Impénétrable, c'est pas une

bonne idée parce qu'il faut

écouter les gens, il faut les

comprendre. Tu sais, René

Lévesque avait cette faculté-là,

malgré tout, toute sa carrière,

de comprendre les gens. Alors,

la sensibilité, c'est essentiel

selon moi en politique.


LINDA GODIN

Et d'être capable de

communiquer aisément, facilement

avec les gens aussi?


RÉGIS LABEAUME

Communiquer... Premièrement,

il faut les aimer. C'est

la première affaire. Moi, je dis

toujours: En politique, si

t'aimes pas les gens, ça paraît

vite. Bon, moi je les aime.

C'est simple, je les aime.

Moi, je pense que tous les

politiciens n'aiment pas

les gens, tout simplement.

Ils sont tous généralement bien

intentionnés. Ils veulent tous

le bien des gens, mais ils

n'aiment pas tous les

gens et ça paraît.


LINDA GODIN

Vous dites aimer les médias,

les journalistes, mais vous avez

une relation difficile avec eux.

Est-ce que c'est le bon terme?


RÉGIS LABEAUME

Ça va mieux, là. Mais vous

savez qu'il y a des incompétents

chez les journalistes comme il y

en a dans tous les métiers.

C'est juste qu'on a

pas le droit de le dire.

Il faut les endurer, tu sais.

Alors, bon, voilà,

c'est tout. Alors...

Non, c'est moins pire. C'est

parce que ça a été lent avant

que je comprenne leur métier,

à comprendre qu'ils sont poussés

dans le dos par un chef de

pupitre qui les oblige à

poser des questions idiotes.


LINDA GODIN

Et le Régis Labeaume que les

gens rencontrent dans la rue, en

réunion, en conférence de

presse, peu importe,

c'est le même?


RÉGIS LABEAUME

Toujours le même.


LINDA GODIN

C'est pas un personnage que

vous jouez quand vous êtes dans

la vie publique et

dans la vie privée.


RÉGIS LABEAUME

Je suis pas très vaillant.

J'ai pas cette force-là de me

créer un personnage. J'ai aucune

énergie à mettre là-dessus.

Alors, ce matin, je fais la même

chose avec des copains, avec

vous. C'est le même. Vous

vous trompez pas, c'est le même.


LINDA GODIN

Vous dites vous êtes

pas vaillant, mais--


RÉGIS LABEAUME

Je fais des blagues.


LINDA GODIN

Oui, j'allais dire--


RÉGIS LABEAUME

Je travaille en tabarouette.


LINDA GODIN

Vous êtes travaillant et

vous êtes plutôt hyperactif?


RÉGIS LABEAUME

Oui, c'est sûr. C'est ce que

ma mère m'a dit. Alors, pour un

hyperactif, la politique,

c'est parfait. Ça soulage.


RÉGIS LABEAUME rit.


RÉGIS LABEAUME

Je suis très rigoureux. Je suis

un gars très rigoureux, moi.

Très rigoureux dans tout.

Par exemple, dans les médias, il

y a juste une chance d'avoir

l'air idiot. Alors par exemple

pour des prestations télé, des

choses comme ça, on se

prépare. On y pense.


LINDA GODIN

Hum hum.


RÉGIS LABEAUME

On se crée la posture

mentale pour être rigoureux.


LINDA GODIN

Vous dites "vous êtes

rigoureux". Est-ce que vous

pardonnez les

erreurs, les fautes?


RÉGIS LABEAUME

Les erreurs, je les pardonne

si je suis au courant. Je dis

toujours à mes conseillers:

Tiens-moi au courant. Si ça

marche pas, ce sera notre

erreur à nous deux.

Mais si tu me tiens pas au

courant, c'est la tienne. Et

j'endurerai pas trois de suite

que tu me tiens pas au

courant. Je l'explique aux

fonctionnaires: Vous comprenez

pas que si je suis pas au

courant de telle chose et que ça

marche pas, ça va être sur mon

bureau. Alors, organisez-vous

pour que je le sache.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui vous donne cette

énergie-là de toujours faire

ce que vous faites et d'être

rigoureux tout le temps?


RÉGIS LABEAUME

Oh, c'est la chance d'avoir

amélioré la vie des gens. Je

pense que je suis humaniste,

fondamentalement humaniste.

Et l'idée que je reçois de

l'affection des gens parce

que probablement j'améliore leur

qualité de vie. C'est bien

valorisant. C'est vraiment très

valorisant, beaucoup

plus que l'argent.


LINDA GODIN

Et les gens le

ressentent? C'est...


RÉGIS LABEAUME

En tout cas, ils l'expriment.

Quand ça va mal, probablement

qu'ils vont l'exprimer aussi.

Jusqu'à date, ça va

bien, ils l'expriment.


LINDA GODIN

Vous dites que vous avez 80%

des gens de la ville de

Québec qui vous apprécient.

Pourquoi? Vous l'attribuez

à quoi, cet amour-là, si je peux

dire, des gens de

la ville de Québec?


RÉGIS LABEAUME

Bien je pense qu'ils ont dit,

moi je suis authentique. Mais en

même temps, authentique, si tu

prends des mauvaises décisions,

ça marche pas non plus,

là. Alors je pense que

l'authenticité, puis...

Je pense que les gens sont

d'accord avec notre façon de

gérer, tout d'abord, leur

argent. Parce qu'on est

fiduciaires, un peu, de l'argent

qu'ils nous envoient. Ils sont

d'accord sur la direction qu'on

donne à la ville, je présume.

Puis, dans tout ça, ils savent

que je suis pas "phony",

c'est important.

Les politiciens sont "phony",

généralement. Alors, on est

quelques-uns qui

sont pas comme ça.


LINDA GODIN

Et la ville de Québec se porte

économiquement assez bien.


RÉGIS LABEAUME

Très bien.


LINDA GODIN

Au niveau de

l'employabilité aussi.


RÉGIS LABEAUME

Non seulement elle se porte

bien, mais selon moi, elle a un

avenir extraordinaire. La ville

de Québec étant ce qu'elle est,

belle comme elle est, avec le

succès économique qu'elle a et

toute la recherche scientifique

qui se fait ici, la ville

de Québec a un avenir

extraordinaire. Et vous savez,

la ville de Québec, c'est

une ville sécuritaire.


LINDA GODIN

Hum hum.


RÉGIS LABEAUME

Je pense qu'il y a eu quatre

meurtres l'année passée. Je

sais pas, là... Les villes

sécuritaires dans le monde,

c'est de plus en plus rare. Une

ville de... admettons 550 000

personnes ou une région de 800

à 900 000 personnes sécuritaire,

ça n'existe pas. Ça n'existe pas

dans le monde, mais

ça existe à Québec.

Et il faut voyager pour voir

ce que ça veut dire, la sécurité

dans un milieu urbain. On

planifie la ville pas en

fonction des valeurs d'un maire

de 59 ans, là. On planifie en

fonction des valeurs de jeunes

de 25 ans, de jeunes couples

avec un enfant. Et c'est

documenté ce qu'ils recherchent

dans la vie, eux autres. Alors,

on planifie la ville en fonction

de leurs valeurs à eux

autres, pas des nôtres.

Dans le monde, il y a peu

de villes qui ont autant de

chercheurs, de centres de

recherche, d'entreprises en

nouvelles technologies, en

innovations technologiques.

Québec, c'est un

cas très spécial.


LINDA GODIN

Ça, c'est quelque chose

que vous poussez beaucoup aussi.


RÉGIS LABEAUME

Bien j'ai passé des années

là-dedans et je connais ça. Il y

a des affaires que je connais

pas, mais ça, je connais ça.

Ça marche, à part de ça. Ça

fonctionne, nos affaires.

L'avenir de Québec, ça passe par

ce qu'on appelle l'industrie

de la créativité, la culture,

l'innovation technologique,

le génie, etc. C'est ce qui

actuellement est le plus

créateur de richesses et

d'emplois. C'est juste que les

gens voient pas tous Québec

comme ça. On peut être

multiculturel, mais vivre en

français. Et c'est à ça que ça

ressemble Québec. Et ça aussi,

c'est un privilège pour

quelqu'un, un francophone,

de vivre dans un milieu

francophone, c'est quand

même très intéressant.


LINDA GODIN

Est-ce que vous allez vous

présenter pour un quatrième

mandat, soit à la mairie

ou encore sur un autre

palier de gouvernement?


RÉGIS LABEAUME

Ah, la mairie. Les autres

paliers, ça m'intéresse pas. Ça

devrait m'intéresser, mais j'ai

pas le goût. C'est bête de

même. Je suis pas intéressé.


LINDA GODIN

Pas du tout, hein?


RÉGIS LABEAUME

Pas du tout.


Vous aimez ce qu'on appelle la

politique de proximité, faire

les choses qui ont un

impact dans la vie--


RÉGIS LABEAUME

C'est parce qu'ici, quand

je décide, ça se passe. Quand on

prend une décision, peut-être

qui est exécutée trois jours

après. Alors, tu sais, ça

m'énerverait de savoir que ça

prend beaucoup de temps.

Alors, ici, la politique

de proximité... Premièrement, on

est très près des gens, très

près des problèmes de la vraie

vie et quand on décide, ça

se passe. Ça arrive. On exécute.


LINDA GODIN

Ça bouge.


RÉGIS LABEAUME

Décision, exécution. Alors, ça

va vite, ici. Les décisions se

prennent rapidement. Mon bureau

est là, puis ils rentrent dans

le bureau et on la prend. Puis,

ils sortent, la décision est

prise. Alors, j'ai pas besoin de

parcourir mille dédales pour

réussir à exécuter. Ça se fait.

Alors, je suis fait de même.

Ça va bien avec mon tempérament.


LINDA GODIN

Régis Labeaume,

merci beaucoup.


RÉGIS LABEAUME

C'est moi qui vous remercie,

madame.

(À l'équipe de tournage)

Bon, c'est beau.


LINDA GODIN

Merci.


RÉGIS LABEAUME

Merci beaucoup. Bonne journée.


LINDA GODIN

Bonne réunion. Bonne journée.


RÉGIS LABEAUME

Salut, merci.


Générique de fermeture

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