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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Michel Normandeau: Musician and Author

Michel Normandeau was catapulted into fame alongside Serge Fiori as part of legendary avant-garde band Harmonium, which achieved worldwide fame and is recognized to this day as one of the best music acts of its time. After playing with Harmonium and subsequently working as a federal-level civil servant, Michel Normandeau explored other creative outlets. Among his creations is Mademoiselle de Paris, which inspired him to write a novel, Dis-moi, Lily Marlène.



Réalisateur: Charles Pepin
Production year: 2015

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VIDEO TRANSCRIPT

Titre :
Carte de visite


DANIEL LESSARD fait une courte présentation biographique pendant que des extraits d'archives défilent.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Le romancier, fonctionnaire,

homme de théâtre : Michel Normandeau

est d'abord connu comme

l'alter ego de Serge Fiori,

les deux artisans du groupe

mythique Harmonium.

Un groupe avant-gardiste

acclamé partout, reconnu

aujourd'hui encore comme l'un

des meilleurs de son époque.


Les pochettes des albums du groupe HARMONIUM apparaissent.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Après Harmonium et après

avoir été fonctionnaire,

Michel Normandeau a exploré

d'autres volets de la

création artistique.


Des photos de MICHEL NORMANDEAU, dans différents contextes, défilent.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Il a, entre autres, conçu

un spectacle, Mademoiselle

de Paris, qui lui inspira un

roman: Dis-moi, Lily-Marlène.


DANIEL LESSARD s'entretient avec MICHEL NORMANDEAU musicien et auteur, dans un café-spectacle.


DANIEL LESSARD

Michel Normandeau, bonjour.


MICHEL NORMANDEAU

Bonjour, Daniel.


DANIEL LESSARD

Bon, pour nos téléspectateurs

qui vous connaissent peut-être

un peu moins ou qui ne vous ont

pas vu depuis longtemps,

vous êtes le Michel Normandeau

d'Harmonium. C'est une façon

de le dire.


MICHEL NORMANDEAU

Oui, puis ça arrive quelquefois

sur la rue qu'on me dise:

"Il me semble que je vous

connais, vous." Je sais pas

comment ils peuvent faire,

parce que j'avais les cheveux là,

j'avais une barbe, puis...

Bon. Puis à un moment donné, ils

disent: "Ah, t'es 'le' Michel

Normandeau." Ça me fait tout

le temps, tu sais... "Le"

Michel Normandeau d'Harmonium.


DANIEL LESSARD

Mais ça fait plaisir.


MICHEL NORMANDEAU

Ça fait toujours plaisir.


DANIEL LESSARD

Parce qu'Harmonium, avant de

passer, revenir un peu dans

le temps, Harmonium, ça a été un

grand groupe. Encore récemment,

« Rolling Stones » disait

que c'était un des groupes

de musique avant-gardiste

les plus influents et les plus

importants de l'époque.

C'est pas rien.


MICHEL NORMANDEAU

Oui, quand j'ai lu ça... Ça,

c'est l'an dernier que

Rolling Stones...

On faisait partie des 50 groupes

les plus importants dans le style rock

progressif et on était le seul

groupe francophone, ça, ça m'a

fait plaisir. Francophone, je

parle de toute la francophonie,

pas seulement le Québec,

mais la grande francophonie,

ça, ça m'a fait plaisir.


DANIEL LESSARD

Est-ce que la musique, ça vous

est venu très tôt? Est-ce que

vous avez été élevé dans

la musique? Avec des parents

qui en faisaient, qui en écoutaient

beaucoup?


MICHEL NORMANDEAU

Ma mère jouait du violon, et à

l'âge de... 10 ans, elle voulait

que son grand gars apprenne

un instrument. Puis elle en a

parlé avec mon grand-père,

mon grand-père qui a eu une

importance majeure dans ma vie,

et ils ont décidé d'aller me

chercher un accordéon chez

Archambault Musique à Beaulac.


DANIEL LESSARD

Un accordéon.


MICHEL NORMANDEAU

Un accordéon. Un accordéon,

j'avais 10 ans.


DANIEL LESSARD

Vous aimiez ça?


MICHEL NORMANDEAU

J'ai aimé ça jusqu'au premier

party avec des filles.

Parce que là, ma mère a dit:

"Michel", elle dit....

Là, elle avait accepté que j'aille chez...

Micheline, elle s'appelait

Micheline, la petite voisine en

face qui faisait un party, des

gars et des filles.

J'avais peut-être 14 ans, 15 ans.

Et là, ma mère m'a dit: "Michel,"

elle a dit, "apporte ton accordéon."

"Mais maman, voyons donc:

apporter mon accordéon. On va

écouter des Rolling Stones,

puis on va écouter..."

Je vais avoir l'air de quoi,

tu sais! Elle a dit: "Michel,

pas d'accordéon, tu y vas pas."

Donc, finalement, j'ai apporté

mon accordéon, qui est resté

dans l'entrée de chez Micheline,

je l'ai jamais sorti. Puis le

lendemain ou... je ne me rappelle

pas, j'ai dit à ma mère:

Regarde, maman, l'accordéon,

ça va faire, là. J'ai dit:

Je vais me mettre à la guitare.

Puis là, j'ai commencé à jouer

de la guitare, j'ai commencé...

Donc, on a toujours,

j'ai tout le temps eu

un instrument près de moi.


DANIEL LESSARD

Vous dites, l'influence

de votre grand-père

a été déterminante. Pourquoi?


MICHEL NORMANDEAU

Parce que mon père a été un

homme malade longtemps. Il est

décédé, j'étais jeune. Puis mon

grand-père a pris un peu cette

petite place-là. On se voyait

souvent. Il venait souvent à la

maison, on a fait des voyages

pour la côte Atlantique,

dans le Maine. Puis on parlait

beaucoup. Puis, oui, il était

important pour moi, oui.


DANIEL LESSARD

Donc, en même temps

que la musique, en même temps

que vous avez appris la guitare,

il y avait l'école aussi.


MICHEL NORMANDEAU

Oui, le cours classique.


DANIEL LESSARD

Oui? Vous avez fait votre...


MICHEL NORMANDEAU

Cours classique, je suis

dans la dernière génération.

Le dernier groupe...


DANIEL LESSARD

C'est ça.

MICHEL NORMANDEAU

... qui a fait le cours classique.

Je sais pas--


DANIEL LESSARD

Moi aussi.


MICHEL NORMANDEAU

Ah bon, OK. Donc, j'ai fini ça

à... J'étais au Collège Grasset,

à Montréal. Dans la dernière

année, on ne pouvait pas

faire la Philo 2 au Collège

Grasset, parce que les cégeps

commençaient à ce moment-là.

Et on a fini ça à Bois-de-Boulogne.


DANIEL LESSARD

Et l'université? Non?


MICHEL NORMANDEAU

Je l'ai essayé.


DANIEL LESSARD

Ça a été l'université de la musique?


MICHEL NORMANDEAU

Non, je voulais prendre

des cours de cinéma.

Mais il y avait pas encore

de faculté de cinéma à

l'université. Donc, je suis allé

en éducation audiovisuelle.

Donc, la faculté de l'éducation

de l'Université de Montréal. Et là,

j'ai commencé à faire de la caméra,

puis tout ça. Et là, on m'a demandé,

à un moment donné,

de faire la caméra pour une...

Il y avait Louis-Martin Tard qui

était directeur de l'information

à l'Université de Montréal,

et qui avait un journal qui

s'appelait Forum. Il y avait

aussi une émission interne, une

émission de télévision. Donc,

j'ai commencé ma carrière comme

reporter-journaliste au journal

Forum. Et je faisais

du théâtre, je demeurais avec

Claude Meunier. Tout le monde

connaît Claude Meunier de...


DANIEL LESSARD

Oui, oui.


MICHEL NORMANDEAU

Bon. Puis Claude est en droit

à l'université. Il commence

à faire de l'humour. Et un jour,

on a monté une pièce de Claude.

C'est sa première pièce. Et là,

on cherchait un musicien pour

faire la musique. Là, quelqu'un

a parlé de Serge Fiori,

que je connaissais un peu de

réputation, qui était un joueur

rock, de musique rock. Puis,

on lui a téléphoné, il est venu

nous voir, il est venu nous

rencontrer. Puis il a accepté

de faire la musique de la pièce.

Deux, trois jours après, je sais

pas ce qui est arrivé, mais le

projet est tombé. Moi, j'avais

laissé mon emploi à l'université

pour faire du théâtre. En même

temps, il est arrivé trois,

quatre choses, dont Claude qui a

décidé d'aller vivre ailleurs

avec sa blonde. Je me suis

retrouvé avec un grand

appartement à Outremont,

plus de job, plus de projets,

plus rien, sauf Serge qui dit:

"Eille, Michel, je cherche

un appartement." Je lui ai dit:

"Viens vivre à la maison."

Et c'est comme ça que le groupe

Harmonium a commencé.

Serge est venu vivre à la

maison, il est arrivé avec son

matelas et sa guitare. Je lui ai

dit: prends la chambre de Claude.

Il a pris la chambre de Claude.

Puis là, moi, j'avais le

temps, j'étais en chômage. On a

commencé à jouer de la musique,

à écrire des chansons.

Louis s'est joint, Louis Valois

s'est joint à nous.


DANIEL LESSARD

Mais ça, c'était avant

le premier album.


MICHEL NORMANDEAU

Avant le premier album.

On s'est trouvé un nom--


DANIEL LESSARD

Vous faisiez du matériel

original à ce moment-là?


MICHEL NORMANDEAU

Que du matériel original.

Ah non, c'est pas vrai!

Non, c'est pas vrai.

On avait quelques pièces

de classiques de guitare.

Mais c'était essentiellement

des compositions. Des

compositions... Les premières

chansons : "Pour un instant", "Un

musicien parmi tant d'autres",

"Harmonium", ces chansons-là

qui ont fait le premier album.


DANIEL LESSARD

J'aimerais qu'on revienne

sur Harmonium dans la deuxième

partie, mais avant d'en arriver

là, tout ce cheminement-là vous

a amené, bon, dans l'Outaouais,

on va en reparler, au théâtre,

jusqu'à l'écriture d'un roman,

"Dis-moi, Lily-Marlène".

Avez-vous déjà pensé, un jour,

que Michel Normandeau

écrirait un roman?


MICHEL NORMANDEAU

Non, non. Puis souvent,

quand je parle de ça, les gens

me disent: "Ah, moi, j'ai comme

rêve, quand je serai à ma retraite,

d'écrire un roman."

Moi, ça m'était jamais venu

en tête d'écrire un roman.

Mais il est arrivé un peu par hasard,

puis ça a été une expérience

tout à fait extraordinaire.

Ça a été, au niveau de la création,

ça a été... Les plus beaux

moments de création, ça a été

l'écriture chez moi, seul,

devant mon écran.


DANIEL LESSARD

Est-ce que c'est facile

d'écrire un roman quand

il est autobiographique?


MICHEL NORMANDEAU

Ça, c'est une grande question.

Hum.... C'est facile d'écrire

un roman quand on a le goût

d'écrire un roman.


DANIEL LESSARD

Et quand on y met

un peu de soi aussi.


MICHEL NORMANDEAU

Oui, oui. Je savais d'où ça

partait. Ça partait du Théâtre de l'Île,

lors de mon spectacle

Mademoiselle de Paris.

Et je connaissais ma fin,

la scène... Vous avez lu le livre,

mais je la dirai pas, parce que

je voudrais pas que les gens

qui l'ont pas lu aient le punch

final. Mais cette scène-là,

tout le monde m'avait dit:

"Si tu écris un roman, faut

que tu saches d'où tu pars puis

où tu t'en vas." Ce que tu sais

pas, c'est entre les deux.


DANIEL LESSARD

Tu peux faire beaucoup

de détours entre les deux.


MICHEL NORMANDEAU

Et c'est ça qui est agréable.

Il y a des gens qui apparaissent

dans le roman, qui disparaissent

selon la mouvance de l'histoire.

Et les personnages inventés, il

fallait que je les voie avant.

Si je les voyais pas,

je pouvais pas écrire.

Quel plaisir! Quel plaisir!


La pochette du livre : « Dis-moi, Lily-Marlène » apparaît.


MICHEL NORMANDEAU

On est en octobre 2011

lors de la série de spectacles

Mademoiselle de Paris

présenté au Théâtre

de l'Île à Gatineau.

Un soir, à la fin du spectacle,

il y a une dame qui s'approche

de moi et qui me remet une

enveloppe, en me demandant de la

lire, de lire le contenu,

quand elle aura quitté.

J'aimerais vous relire un peu

la suite de cette... Ça,

c'est le début de l'histoire.

"Hé, Michel, dépêche-toi!

Je ferme la place."

Sophie, la préposée au guichet,

se tenait bien droite devant la

porte d'entrée, le trousseau

de clés à la main.

"Donne-moi deux minutes.

J'arrive." Je me dépêchai

de retourner dans la loge en

passant par la salle. Il faisait

noir et le silence avait repris

sa place. Quel contraste avec

l'atmosphère qui y régnait

quelques minutes plus tôt.

'À demain, Michel.' Sophie

me fit un signe de la main

sans se retourner, en courant

vers la voiture de son chum

qui l'attendait comme tous

les soirs au rond-point

devant le Théâtre de l'Île.

Je me retrouvai seul sur la

terrasse extérieure du théâtre.

J'entendais les murmures de

la ville au loin, le vent dans

les arbres au-dessus de ma tête

et le bruit de l'eau coulant

sous le petit pont du ruisseau

de la brasserie juste à côté.

Tout à coup, je réalisais que

je tenais toujours l'enveloppe

de cette dame de Montréal dans

la main. Je décidai de m'asseoir

sur le banc, sous le

lampadaire, et de l'ouvrir.

Je m'attendais à tout et à rien.

J'étais loin d'imaginer ce

que j'allais y découvrir.

'Cher Michel, si vous lisez ce

message, c'est que mon amie

Germaine de Montréal aura

assisté à votre spectacle

Mademoiselle de Paris et

qu'à la toute fin de la

représentation, elle vous l'aura

remis. Trêve de mystère, je me

présente. Je m'appelle Lily, ou

plus précisément, Lily-Marlène,

c'est mon prénom.

Et je vous écris de Mayence

en Allemagne, où je demeure.

Je suis la fille de Victorine,

la conjointe de votre grand-père'."

Je vous laisse le soin

de découvrir la suite

de l'histoire.


On retourne dans le café-spectacle, où DANIEL LESSARD poursuit son entretien avec MICHEL NORMANDEAU.


DANIEL LESSARD

Harmonium, Michel Normandeau,

ça a été un gros morceau,

un très, très gros morceau dans

l'histoire du Québec, l'histoire

culturelle du Québec aussi.

J'imagine qu'on vous demande

souvent: est-ce que vous le

regrettez? Est-ce que vous

pourriez vous retrouver ensemble

un jour? Ça vous emmerde?


MICHEL NORMANDEAU

Bien, ça me fait rire un peu,

parce qu'après 40 ans,

on se dit: "Est-ce que le

groupe va revenir ensemble?"


DANIEL LESSARD

On a passé à autre chose?


MICHEL NORMANDEAU

(Riant)

Je pense pas. Je pense pas.

Si je l'ai regretté?

Non, je regrette pas du tout.

Non, ça a été une expérience de

création, puis une expérience de

vie tout à fait exceptionnelle.

Mais avec le temps, je pense que

le groupe est devenu un mythe,

ce qui n’était pas dans le temps.

On s'en rend pas compte, sur le

coup, quand on le fait, que...

Les spectacles qu'on a faits,

tant les premiers spectacles

dans le Vieux-Montréal

qu'ensuite, les salles de cégep,

puis ensuite, les grosses

salles, puis même les derniers

spectacles que j'ai faits

avec le groupe, c'était

à la montagne en 1976.

Je pense qu'il y avait 300 000

personnes sur la montagne,

c'était fou, là.

Mais tu t'en rends pas compte

quand tu arrives sur scène

et que tu joues.


DANIEL LESSARD

Ah non?


MICHEL NORMANDEAU

Bien non! Tu joues, puis

tu sais qu'il y a du monde,

tu vois ça, puis bon.

C'est après, dans les années

1980... Le groupe a disparu

rapidement. Moi, je suis

venu dans la région, Serge s'est

retiré, il a fait Fiori-Séguin,

ensuite, il s'est retiré.

Moi, j'ai fait mon album solo,

je me suis retiré aussi. Et

les gens comprenaient pas. Donc,

tout le temps, même encore,

40 ans après, on nous demande...

Sûrement à Serge plus qu'à moi,

parce que moi, je suis pas resté

en contact avec le groupe ou

avec les musiciens. Tu sais,

"allez-vous revenir?"

(Riant)

Bien... Bien non!

Bien non, il me semble que...

Puis, je suis content de ce

qu'on a fait. Ce qu'on a fait

de plus beau, je pense, c'est

notre musique. C'est resté.


DANIEL LESSARD

C'était facile travailler avec Fiori?


MICHEL NORMANDEAU

Non.

(Riant)

Hum... On avait quasiment

un rapport amoureux.


DANIEL LESSARD

Amour-haine.


MICHEL NORMANDEAU

Amour-haine. C'était... Quand

on écrivait ensemble, c'était

très fort. On demeurait ensemble.

Donc, les six mois d'écriture

étaient très agréables.

Mais quand on s'est retrouvé

ensuite en studio ou en tournée,

c'était difficile.

Mais j'ai eu de la misère à

le dire, ça. Non, c'était pas

facile, mais ça a été une

relation très, très forte.


DANIEL LESSARD

Mais c'est souvent le cas.

On pense à Lennon-McCartney. On

pense à Richards et Mick Jagger.

C'est pas toujours... Si vous

lisez des biographies de ces

gars-là, c'est pas toujours

le grand amour.


MICHEL NORMANDEAU

Non. Donc, c'est pour ça que

la cassure a été difficile.

Parce qu'on a écrit : L'Heptade,

ça a pris quasiment un an

d'écriture, on demeurait en

campagne. Mais à la fin de ces

six mois ou cette année-là,

je me rappelle pas combien

de temps, là, d'écriture pour

L'Heptade, nos rapports

étaient terminés. On le savait

tous les deux que c'était terminé.


DANIEL LESSARD

C'était fini.


MICHEL NORMANDEAU

Et je suis parti. Puis j'ai changé

de vie complètement.


DANIEL LESSARD

Hum-hum. Bête de scène, est-ce

que ça s'applique à vous?

Est-ce que vous aimiez être

en spectacle, être sur la scène

avec ces milliers de gens

qui vous regardaient, qui

vous écoutaient, qui

vous applaudissaient?


MICHEL NORMANDEAU

Bien, la bête de scène,

je pense que j'ai aimé ça quand

j'ai fait : Mademoiselle de Paris

il y a quatre ans au Théâtre de

l'Ïle. Là, j'ai aimé ça. Je sais

pas trop pourquoi... C'est quoi,

c'est 30 ans après Harmonium?

Non, j'aimais pas beaucoup faire

de la scène dans le temps.

Je sais pas pourquoi. J'aimais

écrire, j'aimais beaucoup...

j'aimais le studio, le travail

de studio. Mais j'aimais pas

la scène.


DANIEL LESSARD

Hum-hum.


MICHEL NORMANDEAU

Mais non, j'ai découvert le

plaisir de la scène au Théâtre

de l'Île, ici, à Gatineau.


DANIEL LESSARD

À Gatineau. Qu'est-ce que

c'est : Mademoiselle de Paris?

Pour les gens qui ne l'ont pas vu.


MICHEL NORMANDEAU

Quand j'ai pris ma retraite,

quand j'ai quitté le fédéral en 2005,

j'ai ressorti mon accordéon,

que j'avais pas touché depuis

30 ans. Je sors mon accordéon...

Tu sais, on arrive à la retraite,

on sait pas trop, trop

quoi faire, bon. Je sors mon

accordéon, et mes vieux livres

de pratique. J'ai commencé

à jouer de l'accordéon, et

j'ai aimé ça, j'ai eu la piqûre.

Et j'ai ressorti de vieilles

partitions de chansons

françaises. J'aime beaucoup

la vieille chanson française.

Donc, je sors ça, et là, je

décide de commencer à faire du

bénévolat dans la région, dans

l'Outaouais, et j'ai commencé

à donner des spectacles dans des

résidences de personnes âgées.

J'arrive sur Internet,

j'ai trouvé 70 adresses de

résidences. Je commence à

téléphoner: "Bonjour, je

m'appelle Michel Normandeau."

Ils savaient pas qui j'étais.

"Je joue de l'accordéon, des

vieilles chansons françaises,

et c'est gratuit." Là, quand

je disais "c'est gratuit":

"Vous pouvez venir."

(Riant)

Donc, j'ai commencé à faire

des... J'ai dû en faire je sais

pas combien en deux ans.

Je me suis retrouvé à

St-André-Avellin, Aylmer,

Chénéville, partout, et j'ai eu

beaucoup de plaisir à jouer

de la vieille chanson française.

Donc, j'ai commencé à parler

de mon grand-père entre les chansons.


DANIEL LESSARD

Et son aventure, c'est un peu le roman.


MICHEL NORMANDEAU

C'est ça, oui. Donc, j'ai commencé...

Donc, je me suis rendu compte

que les gens qui écoutaient

mon spectacle, les

gens âgés dans les résidences,

écoutaient autant

l'histoire que...


DANIEL LESSARD

Que la musique.


MICHEL NORMANDEAU

Que la musique. Donc, là, j'ai

commencé à tourner les coins

ronds, à en rajouter un petit

peu, parce qu'ils trouvaient

ça drôle, comme c'était un

spectacle. Donc, c'est comme ça

que Mademoiselle de Paris a

été créé. Un spectacle pour des

résidences, puis c'est là qu'à

un moment donné, Sylvie Dufour,

la directrice du Théâtre de

l'Île, a vu mon spectacle chez

un ami à Chertsey, pas loin

d'ici, puis m'a dit: "Michel,

je voudrais avoir ton spectacle

pour le Théâtre de l'Île." Et

moi, les deux bras me tombent:

je pensais jamais en faire

de façon professionnelle.

Puis, c'est comme ça que je me

suis retrouvé au Théâtre de l'Île,

en 2011, à faire

Mademoiselle de Paris, qui

était exactement l'histoire...

un peu plus raffinée, là, avec

une mise en scène de Sylvie.


DANIEL LESSARD

Et vous avez été à guichet

fermé tout le temps?


MICHEL NORMANDEAU

Oui. Cinq semaines à guichet fermé.


DANIEL LESSARD

Mais l'expérience ici a

été tellement bonne que là,

vous songez à recommencer?


MICHEL NORMANDEAU

Oui. On a fait le lancement

de mon roman qui est un peu la

suite de Mademoiselle de Paris.

On a fait le lancement au

Théâtre de l'Île en début

février. Deux jours après,

j'étais assis avec Sylvie

Dufour, la directrice du

théâtre, puis elle a dit:

"Michel, ça pourrait-tu

te tenter de refaire

Mademoiselle de Paris?"


DANIEL LESSARD

Le même, même spectacle?


MICHEL NORMANDEAU

C'est ça que j'aime. On le

sait pas encore. On sait pas

comment le roman va finir,

on sait pas comment le

show va se faire, puis c'est ça

que j'aime de la création.


Une photo de MICHEL NORMANDEAU jouant de l'accordéon précède un extrait d'archives du spectacle : Vert, présenté à Place des Arts, à Montréal, en avril 2012, dans lequel MICHEL NORMANDEAU joue de l'accordéon sur la pièce : Vert d'Harmonium.


DANIEL LESSARD poursuit son entretien avec MICHEL NORMANDEAU.


DANIEL LESSARD

Michel Normandeau, après

Harmonium, vous êtes venu

dans la région, Ottawa-Gatineau.

Pourquoi?


MICHEL NORMANDEAU

Je suis venu faire un spectacle.

Pour une émission à Radio-Canada,

qui était une émission de télévision.

À ce moment-là, j'hésitais.

Je pensais quitter Montréal.

J'avais des amis à Strasbourg

en France qui m'attendaient.

Puis j'avais même commencé

à placer mes meubles. Je voulais

quitter Montréal. Et ça, c'était

un de mes derniers engagements,

c'était ici, dans la région. Je

suis venu ici faire l'émission.

Et j'ai connu des musiciens,

et j'ai aussi connu une fille.

(Riant)


DANIEL LESSARD

C'est toujours une bonne motivation.


MICHEL NORMANDEAU

J'ai connu une fille.

Et ça fait, ça fait...

35 ans que je suis ici.


DANIEL LESSARD

Vous avez été à... je sais pas

si vous aimez l'expression,

mais fonctionnaire fédéral?


MICHEL NORMANDEAU

Oui. Quand je suis arrivé dans

la région, j'ai travaillé pour

un studio. Et en 1985, on m'a

offert de... Il y avait un

fonctionnaire au ministère

des Communications qui cherchait

quelqu'un de l'industrie de la

musique pour mettre sur pied un

programme d'aide à la musique.

Ça, ça me tentait. Donc,

j'ai commencé comme consultant

pour une année. J'ai fait de

la consultation partout,

de Terre-Neuve à Vancouver,

à rencontrer l'industrie,

des producteurs, des éditeurs,

des artistes, bon, etc.,

pour mettre sur pied un

programme qui a été lancé

en 1986, et qui est devenu

Musicaction à Montréal et

Factor, à Toronto et Vancouver.

Et un programme qui marche encore.

Je suis très fier de mon coup.

Au début, je pense que c'était

5 millions, si je me rappelle

bien, 5 millions par année pour

l'industrie. Et depuis... je

pense que c'est rendu à 25, 30

millions par année d'argent qui

est investi dans l'industrie

du disque. C'est pas de l'argent

qui va directement à la création,

mais un appui industriel,

si vous voulez, pour le secteur

de la musique et de la vidéo.

Donc, ça, je suis fier de mon coup.


DANIEL LESSARD

Passer d'Harmonium à la

fonction publique fédérale,

est-ce qu'il y a des jours où

vous vous êtes dit: "Mais merde,

qu'est-ce que je fais là?

Je suis en train de gaspiller

ma vie. Je devrais faire

de la musique. J'ai pas

d'affaire ici."


MICHEL NORMANDEAU

Jamais.


DANIEL LESSARD

Non?


MICHEL NORMANDEAU

Jamais. Ça a été...

Évidemment, les gens me posaient

la question: "Comment t'as pu

passer d'Harmonium à

fonctionnaire?" Mais je suis

pas passé d'Harmonium à

fonctionnaire, je suis passé

d'un projet à un autre. Harmonium,

ça a été quatre ans

de ma vie, et j'ai adoré ça.

Et quand on m'a offert de

travailler sur un projet de mise

sur pied d'un projet d'aide

à la musique, pour moi, c'était

un autre projet fascinant.

Et la journée du lancement,

tantôt, j'en parlais un petit

peu du lancement qui a eu lieu

à Montréal, j'étais aussi excité

au lancement du programme que

le lancement des Cinq Saisons

ou de L'Heptade d'Harmonium.

C'était deux ans de ma vie,

que j'ai consacrés à ce

programme-là. Et là, ça

fonctionnait. Donc, j'ai

passé ma vie sur des projets.

Harmonium dans les années 70.

Ensuite, le studio, ici,

dans les années 80, le programme

d'aide à la musique... Ensuite,

TV5, j'ai travaillé beaucoup sur

la chaîne TV5 dans les années

90, 95. Donc, j'ai toujours

travaillé d'un projet à l'autre.

Et quand le projet est lancé,

je m'ennuie, faut que j'aille

ailleurs. Là, il y a eu

Mademoiselle de Paris, encore.

Ça, c'est un autre projet qui

a été merveilleux pour moi.

Et ensuite, il y a eu le roman

Dis-moi, Lily-Marlène. Puis

là, je me trouve à la fin.

J'arrive de voyage, parce qu'il

fallait que je me replace la

tête. Je suis revenu il y

a deux jours d'un voyage.


DANIEL LESSARD

Vous ressourcer.


MICHEL NORMANDEAU

Puis là, là, faut que je

trouve quelque chose d'autre.

Puis là, il y a le projet du spectacle.


DANIEL LESSARD

Est-ce que, " Dis-moi,

Lily-Marlène", l'excellent

roman, et "Mademoiselle de Paris",

ça vous a donné autant

de satisfaction qu'Harmonium?

Ou si c'est très différent?


MICHEL NORMANDEAU

Spontanément, je vais répondre

que ça m'a donné plus de

satisfaction, parce que j'ai

beaucoup plus de souvenirs

récents de ça que d'Harmonium

qui date de 40 ans. Mais je

pense que oui, j'ai eu plus de

plaisir, parce que ça a été...

Tout le projet de

Mademoiselle de Paris,

ça a été que du pur

plaisir: en studio avec les

musiciens, trois musiciens de la

région plus moi, puis ensuite,

le roman. Donc, c'est des...

Je pense que j'ai eu plus de

plaisir. Peut-être parce

que je suis plus vieux.


DANIEL LESSARD

Oui.


MICHEL NORMANDEAU

Je sais pas. Je sais pas.


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'il y a encore des projets?


MICHEL NORMANDEAU

Bien oui.


DANIEL LESSARD

Vous avez parlé tout à l'heure

de Mademoiselle de Paris,

dans un an, mais en termes de

musique, vous avez fait un album

solo qui était dans la foulée

de ce que vous avez fait

avec Harmonium.


MICHEL NORMANDEAU

Oui. C'est plus--


DANIEL LESSARD

Il y a pas d'autres

projets du genre?


MICHEL NORMANDEAU

Il y a le projet de la reprise

de Mademoiselle de Paris, mais

après ça, les gens me disent:

"Vas-tu écrire un autre roman?"

Je...


DANIEL LESSARD

Il faudrait.


MICHEL NORMANDEAU

Aucune idée. Aucune idée.


DANIEL LESSARD

Quand Michel Normandeau est

seul chez lui ou dans son auto,

qu'est-ce qu'il écoute

comme musique?


MICHEL NORMANDEAU

De la vieille chanson française.


DANIEL LESSARD

Tout le temps?


MICHEL NORMANDEAU

Tout le temps. Tout le temps,

tout le temps, tout le temps.


DANIEL LESSARD

Et ça, "vieille chanson française",

ça s'arrête où?

Au début des années 60?

Les années yéyés? Adamo?


MICHEL NORMANDEAU

Oui. Les années yéyés où là,

il y avait toute l'influence

américaine qui a été

importante pour l'arrivée de

Johnny Halliday, Eddy Mitchell.

Bon. Non, moi, ça va jusqu'à

Brel, Brassens, Ferré, Ferrat,

dans les années 50, 60. Édith

Piaf, évidemment. Mais j'écoute

aussi la vieille chanson

des années du Music Hall,

les années 30.


DANIEL LESSARD

En terminant, une seule chanson.

Si vous étiez tout seul

sur une île déserte et vous ne

pouviez écouter qu'une seule

chanson ou une chanson que vous

auriez aimé écrire? Une seule.


MICHEL NORMANDEAU

C'est drôle, c'est pas

une chanson française.


DANIEL LESSARD

Ah non?


MICHEL NORMANDEAU

Non, c'est pas une chanson

française. C'est drôle, hein?

C'est la chanson écrite

par Carole King, interprétée

par James Taylor :

"You've Got A Friend".


DANIEL LESSARD

Ah oui, oui.


MICHEL NORMANDEAU

Qui pour moi, est la plus

belle chanson mélodiquement,

la structure, le texte qui est

d'une beauté, d'une simplicité.

Pour moi, c'est la plus belle

chanson jamais écrite.

C'est drôle, hein?


DANIEL LESSARD

Hum-hum.


MICHEL NORMANDEAU

Mais je continue à croire

que la chanson française...

Mais, "You've Got A Friend",

pour moi, ça reste "la" plus

belle chanson jamais écrite.


DANIEL LESSARD

Michel Normandeau,

merci 1000 fois.


MICHEL NORMANDEAU

Ça a été fort agréable.


DANIEL LESSARD

Fort agréable.


MICHEL NORMANDEAU

Trop court, mais...


DANIEL LESSARD

On se reprendra.


MICHEL NORMANDEAU

On se reprendra.


Générique de fermeture


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