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The Young Lieutenant

After Antoine graduates from the police academy, he goes to Paris to join the Second Criminal Investigation Division. Caroline Vaudieu – back in uniform after battling alcoholism – welcomes the young lieutenant into her group. Vaudieu grows attachments to the young man, who is the same age as her son would be if he were still alive.



Réalisateur: Xavier Beauvois
Acteurs: Nathalie Baye, Jalil Lespert, Roschdy Zem
Production year: 2005

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture

Le Petit Lieutenant

Texte informatif :
ANTOINE est dans une salle de l'école de police avec plusieurs autres finissants.


[SÉBASTIEN:] [Provenant

du haut-parleur]

Sébastien,

septième au classement.

Poste 2020, CRS 41,

Saint-Cyr-sur-Loire.


[VINCENT OLIVIER:] [Provenant

du haut-parleur]

Vincent Olivier,

37e, je choisis poste 75

PJ crim Bordeaux.


[ANTOINE:] [S'adressant

à AMI D'ANTOINE]

Merde! Il en reste combien

en PJ?

(L'AMI D'ANTOINE vérifie sur une feuille.)


AMI D'ANTOINE

Il reste un poste,

mais bon...


[CYRIL MARMELET:] [Provenant

du haut-parleur]

Cyril Marmelet, 62e,

je choisis la SP de Touquet--

(Plus tard, ANTOINE fait la file dans une salle de classe. Devant lui, ses camarades annoncent les postes qu'ils choisissent au micro.)


JULIEN PIMPEAU

Julien Pimpeau, 15e,

je choisis le poste 4030

DOPC, unité opérationnelle,

premier district.

(LE DIRECTEUR confirme les choix de poste tandis qu'un autre homme raye les postes choisis d'un tableau.)


LE DIRECTEUR

BP-DOPC 4030, oui.

4023, PP-PUP.

Oui.


STÉPHANE PÉTARD

Pétard Stéphane,

poste 78, Dijon, PJ SEF.


LE DIRECTEUR

Le 78, PJ Dijon, oui.

Monsieur Derouère,

(ANTOINE s'approche du micro.)


ANTOINE

Antoine Derouère,

je choisis le poste 4004,

PP, deuxième division

de police judiciaire.


LE DIRECTEUR

4004, PPJ, oui!

(Plus tard, ANTOINE est en uniforme. Il marche avec les autres graduant au son d'un tambour militaire. Tous les finissants se placent en formation pour écouter le discours. La famille d'ANTOINE est dans l'assistance.)


VOIX D'HOMME (Narrateur)

Tous ceux qui sont ici

connaîtront dans leur carrière

des jours heureux.

Ils connaîtront aussi

des moments difficiles.

à vous maintenant

de tracer votre chemin

avec courage,

avec responsabilité,

avec exigence.

Je sais aussi que vous saurez

vous montrer dignes

de votre engagement.

(Plus tard, les finissants lancent leurs casquettes dans les airs. ANTOINE va rejoindre son père, sa mère et son frère et les embrasse.)


ANTOINE

Ça va, père?


PÈRE D'ANTOINE

Oui.

Magnifique.


FRÈRE D'ANTOINE

Salut, beau gosse.


MÈRE D'ANTOINE

T'es beau dans cet uniforme!

Ça te va bien!


ANTOINE

Moi, je déteste, tu vois.


MÈRE D'ANTOINE

Écoute, arrête!


ANTOINE

Enfin, c'est fini.


PÈRE D'ANTOINE

Tu es très très beau.


FRÈRE D'ANTOINE

Donne la casquette.

(LE FRÈRE D'ANTOINE prend la casquette d'ANTOINE et se la met sur la tête.)


PÈRE D'ANTOINE

Tu peux la garder,

c'est cadeau!


PÈRE D'ANTOINE

Ha! Ha! Non.

Un flic dans la famille,

ça suffit. Deux, ça fait trop.


ANTOINE

Pourquoi pas? C'est bien.

Tu peux la garder.


MÈRE D'ANTOINE

Non. Reprends ta casquette.


PÈRE D'ANTOINE

Allez, reprends-la.


ANTOINE

Mais à la PJ,

je suis pas en uniforme!


MÈRE D'ANTOINE

C'est dommage!

Ça te va très bien.

(Plus tard, ANTOINE arrive à Paris. Il arrive à l'armurerie du commissariat. ANTOINE se présente au guichet.)


ANTOINE

Euh... Ma carte.


ARMURIER

Merci.

Voilà tes chargeurs.

Des cartouches.

Ton arme.


ANTOINE

Merci.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU arrive dans une salle d'attente où ANTOINE et un autre homme attendent déjà.)


CAROLINE VAUDIEU

Bonjour.


ANTOINE

Bonjour.

(CAROLINE VAUDIEU s'assoit sur une des chaises. MARCHAND arrive, CAROLINE VAUDIEU se lève et ils se font la bise.)


MARCHAND

Ça fait plaisir de te voir!

Alors, c'est vrai?


CAROLINE VAUDIEU

Ça me manquait.


[MARCHAND:] [S'adressant

à ANTOINE et l'autre homme]

Ça, c'est madame Superflic,

fille de Superflic.

Si vous êtes dans

le groupe crim avec elle,

là, vous êtes vernis!


CAROLINE VAUDIEU

N'en faites pas trop

quand même.


[MARCHAND:] [S'adressant

à ANTOINE et l'autre homme]

Vous notez vos coordonnées

et les références

de votre matériel.

On va voir le taulier.

(MARCHAND mène CAROLINE VAUDIEU vers un bureau dans le couloir.)


MARCHAND

Caroline Vaudieu.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est dans le bureau du COMMISSAIRE.)


LE COMMISSAIRE

Avec votre parcours,

on vous imagine mal

aux pièces de justice

derrière un bureau

pendant deux ans.


CAROLINE VAUDIEU

Trois.


LE COMMISSAIRE

Pourquoi ici, à la deux?


CAROLINE VAUDIEU

J'avais demandé le 36

ou la première,

ils ont dit que j'avais

des goûts de luxe.


LE COMMISSAIRE

Parfait.

Ça me fait plaisir

de vous avoir avec nous.

J'espère que

tout se passera bien.


CAROLINE VAUDIEU

Ça ira bien, rassurez-vous.

J'ai pas bu une goutte

depuis deux ans.


LE COMMISSAIRE

Très bien.

(LE COMMISSAIRE et CAROLINE VAUDIEU sortent du bureau vers la salle où ANTOINE et l'autre homme attendent toujours.)


LE COMMISSAIRE

(S'adressant à ANTOINE et l'autre homme)

Messieurs, pour commencer,

vous allez faire un petit tour

dans différents groupes

et puis on vous affecte

dans une section.

Vous voulez lequel

avec vous, Vaudieu?


CAROLINE VAUDIEU

Je sais pas.

Le petit lieutenant, là!

(CAROLINE VAUDIEU fait un signe de tête vers ANTOINE.)

(Plus tard, MARCHAND mène CAROLINE VAUDIEU et ANTOINE dans les bureaux.)


MARCHAND

Bon, je vais

vous présenter le groupe.

Alors, lui, il a une tête

de client, mais c'en est pas un.

Capitaine Suleiman Berada,

dit Solo,

dit Bicounet

quand il n'est pas là.

Commandant Vaudieu,

lieutenant Derouère.

(SOLO serre la main d'ANTOINE et de CAROLINE VAUDIEU.)


SOLO

Enchanté.


CAROLINE VAUDIEU

Bonjour.


ANTOINE

Salut.

(MARCHAND continue son chemin à travers les bureauxx.)


MARCHAND

Le lieutenant Nicolas Morbé,

commandant Vaudieu.


NICOLAS MORBÉ

Bonjour, enchanté.


MARCHAND

Lieutenant Derouère.

Solo, tu viens, s'il te plaît!


NICOLAS MORBÉ

Bonjour, bienvenue.


ANTOINE

Merci.


MARCHAND

Lieutenant Patrick Belval,

commandant Vaudieu,

lieutenant Derouère.


CAROLINE VAUDIEU

Bonjour.


PATRICK BELVAL

Salut.


ANTOINE

Bonjour.


MARCHAND

Le gardien condamné.


LOUIS MALLET

Bonjour.


ANTOINE

Salut.


LOUIS MALLET

Enchanté.

(ANTOINE serre la main d'ALBERT qui est près de LOUIS MALLET.)


ANTOINE

Bonjour.


LOUIS MALLET

Non, c'est pas un collègue.

Ça, c'est Albert,

c'est mon tonton préféré.


ANTOINE

Pardon.

(Tous les membres de l'équipe se réunissent près du bureau de LOUIS MALLET.)


MARCHAND

Bon! Eh bien,

il va falloir faire un effort,

être poli, bien élevé. Je sais

que ça va pas être facile

pour des types comme vous.

Bon, allez, je vous laisse

faire connaissance.


MARCHAND

(S'adressant à ANTOINE)

Je te montre ton bureau.

Allez, viens.

(MARCHAND mène ANTOINE ailleurs.)


PATRICK BELVAL

Commandant, un café?


CAROLINE VAUDIEU

Il est bon?


PATRICK BELVAL

Non. C'est la machine.

On ouvre le bar que le matin.


CAROLINE VAUDIEU

On verra plus tard.


SOLO

Bon, allez, je t'installe

et je te mets au parfum?


CAROLINE VAUDIEU

D'accord.

(SOLO mène CAROLINE VAUDIEU vers deux bureaux libres.)


SOLO

T'as le choix entre celui-là

ou celui du fond.


CAROLINE VAUDIEU

Peu importe. Celui-là?


SOLO

T'as raison, c'est le mieux.

(CAROLINE VAUDIEU pose son sac à main sur le bureau et regarde autour d'elle.)


CAROLINE VAUDIEU

Je vais quand même

essayer le café.


SOLO

Je te l'amène.


CAROLINE VAUDIEU

Un sac-poubelle,

c'est possible?

Tu peux trouver ça?


SOLO

Je vais te trouver ça, oui.

(SOLO s'en va. CAROLINE VAUDIEU commence à décoller les boîtes de bouteilles d'alcool collées au mur.)

(Plus tard, PATRICK BELVAL fait faire le tour à ANTOINE. Ils passent près d'une cellule où un homme est assis.)


PATRICK BELVAL

Là, c'est le dégrisement.

Tout est à l'extérieur.

La lumière,

même la chasse d'eau.

D'où la bonne odeur de merde.

(Plus tard, ANTOINE, NICOLAS MORBÉ, SOLO, PATRICK BELVAL et LOUIS MALLET arrivent au restaurant. SOLO serre la main de l'homme derrière le comptoir.)


SOLO

Salut, Guy! Ça va?

Je te présente Antoine.

C'est un nouveau.

Il travaille avec nous.


NICOLAS MORBÉ

Salut, chef!


GUY

Ça va?


NICOLAS MORBÉ

Ça va très bien, merci.


GUY

Couscous ou entrecôte frites.


NICOLAS MORBÉ

Ah bien,

ça change de d'habitude,

c'est bien!

(Tout le monde s'assoit à table.)


PATRICK BELVAL

(S'adressant à GUY)

Un lapin chasseur.


NICOLAS MORBÉ

(S'adressant à GUY)

Oui, couscous.

Couscous pour tout le monde.


SOLO

Oui, oui.

(Plus tard, les hommes mangent.)


NICOLAS MORBÉ

Tu serais devant

Martine Monteil au 36,

tu dirais la même chose, toi!

Tu dirais: "Oui, je trouve ça

normal que Guy Georges

"se tape des gonzesses

au parloir, qu'il se fasse

sucer la bite."


LOUIS MALLET

Il se tape pas des gonzesses!

Il y a une nana qui est prête

à se faire sauter

par Guy Georges.


NICOLAS MORBÉ

Oui, tu trouves ça normal?

Elle est même pas

de la famille, rien!

Elle lui écrit comme ça!

Elle obtient une autorisation

d'aller le voir et hop!

Elle baise avec lui!

Elle veut un môme, se marier.

Tu trouves ça normal?


ANTOINE

Juridiquement, elle a

le droit de se marier.


NICOLAS MORBÉ

Pourquoi elle a le droit?


LOUIS MALLET

Parce qu'il y a des lois,

mon gars. On est en France.


NICOLAS MORBÉ

Qu'elle se fasse baiser

par un bouledogue, un cheval,

n'importe quoi,

mais elle est pas obligée--


ANTOINE

Mais là, c'est de la morale,

c'est pas du droit.


NICOLAS MORBÉ

C'est un serial killer,

je vous rappelle.


SOLO

En quoi ça te dérange

qu'il baise?

Il a le droit de baiser!


NICOLAS MORBÉ

Le droit de baiser? Il est

en prison! Il a pris perpet!


LOUIS MALLET

Excuse-moi, t'as toujours été

de droite. Là, t'es en train de

virer extrême-droite.


NICOLAS MORBÉ

Je suis pas d'extrême-droite!

Quand t'es en taule, t'es...


LOUIS MALLET

C'est bon!


NICOLAS MORBÉ

À 57 ans, il est dehors!

Il va recommencer

ses conneries.


LOUIS MALLET

On va demander le

rétablissement de la peine de

mort pour Nicolas. Voilà.


NICOLAS MORBÉ

Je demande pas de rétablir

la peine de mort,

mais qu'un serial killer

puisse être en taule et basta!


PATRICK BELVAL

C'est palpitant

ce que vous racontez.

Du moment qu'ils fassent

pas d'enfants.


NICOLAS MORBÉ

Justement,

ils vont en faire un!


SOLO

Qu'est-ce que ça peut

vous foutre, sans déconner?!

Si le mec sort plus calme,

qu'est-ce que t'en as

à foutre qu'il soit marié,

ait la nana, baise

et fasse un enfant?


PATRICK BELVAL

Au moins, s'il en fait

on aura la sécurité de l'emploi.


LOUIS MALLET

C'est pas tous les jours

comme ça. Je te rassure.


ANTOINE

Non, j'ai vu avec Vaudieu.

C'est pas comme ça.


LOUIS MALLET

Ah, alors?


SOLO

Il a flashé sur Vaudieu, lui.


ANTOINE

Non! Non, je suis marié, moi.


NICOLAS MORBÉ

T'es marié, mais et alors?


SOLO

Ça t'empêche d'avoir

un jugement?


PATRICK BELVAL

On vit une époque formidable.

Profites-en.


ANTOINE

Oui, je suis underaged!


NICOLAS MORBÉ

Ça veut dire quoi, ça?


ANTOINE

J'ai pas l'âge.


NICOLAS MORBÉ

T'as pas l'âge.


ANTOINE

J'ai pas l'âge pour Vaudieu.


NICOLAS MORBÉ

Moi, je trouve qu'elle a

un petit cul de danseuse.

Elle a un petit corps...


SOLO

No comment.

(Plus tard, ANTOINE est dans le bureau de NICOLAS MORBÉ et regarde le lézard.)


ANTOINE

Pourquoi t'as mis des lézards

dans ton bureau?


NICOLAS MORBÉ

Ça me calme,

ça me détend.


ANTOINE

J'ai toujours trouvé ça

triste, des animaux enfermés.

C'est comme les poissons

dans un bocal, c'est naze.


NICOLAS MORBÉ

Enfin, t'es payé pour foutre

des Arabes et des Blackos

en cage. Si tu stresses

sur des lézards,

t'es pas sorti de l'auberge!

(Plus tard, NICOLAS MORBÉ dépose un document sur le bureau d'ANTOINE et va se rassoir à son bureau.)


NICOLAS MORBÉ

Cette affaire-là,

elle est mieux en photos.

On est sûrs que c'est

sa femme qui l'a planté,

mais là, on a aucune bille,

quoi! La prochaine fois

qu'on la convoque,

elle va se mettre à table,

la connasse.

(ANTOINE regarde des photos morbides de scène de crime.)


NICOLAS MORBÉ

Si t'aimes pas la bidoche,

fallait prendre les stups, hein?


ANTOINE

Je te le rends?


NICOLAS MORBÉ

Oh, garde-le!

(Plus tard, ANTOINE et LOUIS MALLET sonnent chez MIREILLE. Elle ouvre la porte.)


MIREILLE

Bonjour.


ANTOINE

Bonjour, madame.


MIREILLE

Antoine, ça doit être toi.


ANTOINE

Oui.


MIREILLE

Et toi?


LOUIS MALLET

Louis.


MIREILLE

Bon. Bien entrez.

Je vous ai préparé un café.


LOUIS MALLET

Merci.


ANTOINE

D'accord.


LOUIS MALLET

Vas-y.

(Plus tard, MIREILLE, ANTOINE, LOUIS MALLET et une vieille dame sont à table.)


MIREILLE

J'en ai eu beaucoup

des petits poulets à la maison.

Il y en a même qui sont

commissaires maintenant.

Ils passent me voir

de temps en temps.

Vous allez voir,

quand je vais mourir,

ça va être un problème

pour la police.

Tu es quoi, toi?


ANTOINE

Je suis lieutenant.


MIREILLE

Maintenant, les lieutenants,

les capitaines,

ça fait trop comme l'armée.

C'est pas que

j'aime pas l'armée.

Mais...

Monsieur l'inspecteur...

Ça faisait penser

à Maigret.

(Plus tard, ANTOINE s'installe dans sa chambre chez MIREILLE.)

(Le lendemain, ANTOINE s'entraine au tir dans une salle de pratique avec d'autres recrues pendant que l'entraineur les regarde.)


L'ENTRAINEUR

Bon, les gars,

c'est archinul, là!

On va revenir

sur un tir de précision.

Arme à l'étui

pour tout le monde.

Vous allez tirer

quatre cartouches.

Tireurs, êtes-vous prêts?


TIREUR 1

Un, prêt.


TIREUR 2

Deux, prêt.


ANTOINE

Trois, prêt.


TIREUR 4

Quatre, prêt.

(Les quatre tireurs tirent.)


L'ENTRAINEUR

OK, on ramène la culasse

pour tout le monde.

Arme à l'étui!

Arme à l'étui,

on va au résultat. Allez.

Ah, c'est mieux, là,

quand même!

Vous vous êtes réveillés

un peu, là!

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est à une rencontre des alcooliques anonymes.)


EN CHOEUR

Mon Dieu,

donnez-moi la sérénité

d'accepter les choses

que je ne peux changer,

le courage de changer

les choses que je peux

et la sagesse d'en connaître

la différence.


PRÉSIDENTE

Merci.

Oui, Jean.


JEAN

Bonjour, je m'appelle Jean.

Je suis alcoolique.

Euh... Bienvenue aux gens

que je connais pas.

Je suis assez ému parce que

j'ai eu neuf ans hier.


PRÉSIDENTE

Bravo.

(Tout le monde applaudit JEAN.)


JEAN

Merci.

Alors, bon, moi, évidemment,

j'ai l'impression

qu'il s'est rien passé,

que je suis toujours le même.

Bon, c'est vrai que

j'ai neuf ans de...

De sobriété, mais j'ai toujours

le même appart.

J'ai toujours plus ou moins

la même vie.

Je suis pas devenu

millionnaire ou...

Je pète les plombs

régulièrement.

Je suis encore...

J'ai l'impression même,

des fois, d'être

de plus en plus en colère.

Et... D'avoir de plus en plus

de défauts parce que

la sobriété m'enlève pas

mes défauts.

Je suis pas parfait.

Enfin, voilà, bon,

je suis toujours aussi taré.

L'abstinence n'enlève rien

à ma folie, au contraire.

Mais en tout cas, le principal,

c'est que j'ai pas consommé,

j'ai pas picolé.

Je veux m'arrêter

parce que j'ai l'impression

que je dis trop

de conneries, là.


PRÉSIDENTE

Alain, tu veux parler?

(ALAIN se croise les bras et regarde par terre. CAROLINE VAUDIEU détourne le regard.)

(Plus tard, ANTOINE regarde un collègue jouer à un jeu sur l'ordinateur.)


ANTOINE

Si tu passes par là,

tu l'auras pas.


COLLÈGUE D'ANTOINE 1

J'ai déjà fait ce niveau.

(Le téléphone sonne. Le CAPITAINE répond.)


CAPITAINE

BRI de nuit.

D'accord.

Je prends de quoi noter.

OK.

102? 102 faubourg

Poissonnière.

D'accord.

Ça s'est passé

à quelle heure?

OK, bien écoute,

on est partis.


COLLÈGUE D'ANTOINE 1

Qu'est-ce que c'est?


CAPITAINE

Pharmacie,

il s'est fait braquer.

Les deux collègues d'ANTOINE se lèvent et se préparent à partir. ANTOINE se lève et attache son manteau. [COLLÈGUE D'ANTOINE 1

Allez.

T'emballe pas,

t'emballe pas.

Il faut que quelqu'un reste

pour le téléphone.


ANTOINE

OK. OK, d'accord.

Hum!

à tout à l'heure.


COLLÈGUE D'ANTOINE 1

Oui, de toute façon,

s'il y a quoi que ce soit,

tu nous appelles,

t'as nos portables.


ANTOINE

Oui, bien sûr.

(Plus tard, ANTOINE explore les bureauxx du commissariat. Il entend des voix et des éclats de rire. Il s'approche d'un bureau où plusieurs hommes sont rassemblés. L'HOMME CHEMISE BLEUE a une carabine dans les mains.)


HOMME CHEMISE BLEUE

Bonsoir.


ANTOINE

Bonsoir.


HOMME CHEMISE BLEUE

Oui, t'es qui?


ANTOINE

Je suis le nouveau,

groupe crim.


HOMME CHEMISE BLEUE

Eh bien, bienvenue aux stups!


HOMME CHEMISE VERTE

Vas-y, rentre!


ANTOINE

OK.!

Ça a l'air sympa!

(Les hommes sont autour d'un bureau où il y a plusieurs bouteilles de vin.)


HOMME CHEMISE VERTE

Ah bien oui!

Une petite affaire, là.


HOMME CHEMISE BLEUE

Des petites affaires de cité,

tu vois.


ANTOINE

Putain! Ha! Ha!

Il y a combien de kilos?


HOMME CHEMISE BLEUE

Oh, 200 à peu près.

On n'a pas encore comptabilisé.

(L'HOMME CHEMISE BLEUE tend la carabine à ANTOINE.)


HOMME CHEMISE BLEUE

Tiens, regarde.

(ANTOINE prend la carabine.)


ANTOINE

Oui.


HOMME CHEMISE BLEUE

(Riant)

Ah, trop tard!

Il y a tes paluches!

T'es fait comme un rat!

(L'HOMME CHEMISE BLEUE reprend la carabine.)


HOMME CHEMISE BLEUE

Elle est bien.

(L'HOMME CHEMISE BLEUE lance un paquet de drogue vers ANTOINE qui l'attrape et fait mine de l'empocher.)


ANTOINE (Riant)

Ah, pas mal!


HOMME CHEMISE BLEUE

Bois-tu un coup?


ANTOINE

Volontiers.


HOMME CHEMISE BLEUE

Tu sors de Cannes-Écluse?


ANTOINE

Oui, Cannes-Écluse.


HOMME CHEMISE BLEUE

T'as été affecté

en groupe crim?


ANTOINE

Oui.


HOMME CHEMISE BLEUE

Direct?


ANTOINE

Bien, j'ai choisi.


HOMME CHEMISE BLEUE

T'as choisi le groupe crim?


ANTOINE

Oui, moi,

je viens de Normandie.

Je voulais monter

à Paris.


HOMME CHEMISE BLEUE

Ah, d'accord. Les stups,

ça t'intéresse pas?


ANTOINE

Pourquoi pas?

Pourquoi pas?


HOMME CHEMISE BLEUE

On recrute.

Chez nous, c'est bien.

On fait du terrain.

On s'amuse, quoi.


ANTOINE

BRI.


HOMME CHEMISE BLEUE

Pardon?


ANTOINE

BRI.


HOMME CHEMISE BLEUE

BRI? Non, non.

C'est des cowboys, ça.

Non, les stups!

Il y a que ça de vrai.


ANTOINE

Je retiendrai.

Je retiendrai.


ANTOINE

Bon, à la vôtre!


HOMME CHEMISE BLEUE

à la tienne!

(Plus tard, ANTOINE, COLLÈGUE D'ANTOINE 1 et CAPITAINE sont dans le bureau du CAPITAINE avec la victime du vol de pharmacie.)


CAPITAINE

Vous avez pas l'air

très choquée.


VICTIME

C'est la quatrième fois

en six mois.


CAPITAINE

De la même pharmacie?


VICTIME

Oui.


CAPITAINE

Avec quel type d'arme

vous avez été braquée?


VICTIME

Avec un couteau.


CAPITAINE

Qu'est-ce qu'il vous a pris,

exactement?


VICTIME

La caisse.


CAPITAINE

Pas de produits stupéfiants?

Pas de toxiques?


VICTIME

Non.

(Dans le couloir, il y a du brouhaha. Deux gendarmes entrent avec ANDRZEJ WALESA saoul menotté.)


GENDARME 1

Tais-toi!

Maintenant tu la fermes!

Ça suffit! Assez! Assez!

Capitaine, on peut utiliser

votre éthylo?

Parce que là, on peut plus.


CAPITAINE

Allez-y!

Antoine, tu leur donnes

un coup de main.

(ANTOINE et les deux gendarmes mènent ANDRZEJ WALESA dans le bureau. Il résiste et hurle en polonais.)


GENDARME 1

Tu te calmes!

Assez!

On va te faire souffler, là!

Assieds-toi!

Assieds-toi!

Tu te calmes!

Maintenant tu souffles!

Tu te calmes!

Tu te calmes!

Allez, souffle!

C'est bon.

Souffle, maintenant. Souffle!


ANDRZEJ WALESA

Pourquoi?

(GENDARME 1 place l'embout de l'éthylomètre dans la bouche de ANDRZEJ WALESA.)


GENDARME 1

Souffle! Souffle!

Souffle!

Allez, encore, encore, encore!


GENDARME 2

Tant que ça sonne,

tu souffles.


GENDARME 1

Vas-y, encore, encore.


GENDARME 2

Vas-y, ça sonne.


GENDARME 1

Souffle!

(ANDRZEJ WALESA recommence à protester en polonais.)


GENDARME 1

Allez, calme-toi, putain!


ANTOINE

Allez, en cellule!

Oui, tu vas rester!

Allez, viens là! Allez!


GENDARME 1

Tu dégages!

(ANTOINE et les gendarmes amènent ANDRZEJ WALESA vers les cellules. Il continue de protester en polonais.)


ANTOINE

Allez, plus vite!


GARDE-DÉTENU

On va le foutre là.

Fous-moi ça là-dedans.

(Les gendarmes font entrer ANDRZEJ WALESA dans la cellule et barre la porte. ANDRZEJ WALESA continue d'hurler en polonais.)


ANTOINE

C'est ça oui, c'est ça.


GARDE-DÉTENU

Bon, il va se calmer.

Il va se calmer.

Tu vas voir, il va...

C'est bon, c'est bon.

Il est grave, quand même!

(Plus tard, ANTOINE croise CAPITAINE et NICOLAS MORBÉ dans l'escalier.)


ANTOINE

J'ai croisé le garde-détenu.

Il est...


NICOLAS MORBÉ

Skelettor?


ANTOINE

Oui.


NICOLAS MORBÉ

Bien, Skelettor,

c'est Skelettor.

Il est à un gramme et demi

le matin.

Il est deux fois plus bourré

que ses clients.


ANTOINE

Ça la fout mal.


CAPITAINE

Toi, Antoine,

tu sors de l'école.

Tu connais pas ses problèmes.


ANTOINE

Ah non, mais quand même!


CAPITAINE

Tu connais pas ses problèmes.


NICOLAS MORBÉ

T'es dans la vraie vie, là.

T'es plus à Cannes-Écluse.


ANTOINE

En effet, oui!


NICOLAS MORBÉ

You're welcome.


ANTOINE

Thank you.

(ANTOINE continue de monter l'escalier alors que CAPITAINE et NICOLAS MORBÉ descendent.)


CAPITAINE

Il est bien formaté

Cannes-Écluse.

Il a l'uniforme dans la tête.


NICOLAS MORBÉ

Avec leurs défilés à la con,

maintenant, et tout. Après vous.

(Le lendemain matin, ANTOINE arrive chez MIREILLE.)


ANTOINE

Bonjour, Mireille.


MIREILLE

Bonjour, Antoine.

Ça s'est bien passé, cette nuit?

Tu as vu de beaux crimes?


ANTOINE

Non, pas vraiment.


MIREILLE

Oh! Ça viendra.

Allez. Va te coucher.


ANTOINE

Bonne journée à vous.

(Plus tard, ANTOINE est dans son bureau. CAROLINE VAUDIEU entre.)


CAROLINE VAUDIEU

Bon, allez, Antoine.

Tu vas bouger un peu.

Tu vas aller à la préfecture

à l'exploitation vidéo.

C'est le braquage

de la BNP Botzaris.

Au retour, tu passes au garage

central récupérer la Clio.

Allez, ouste!


ANTOINE

OK, merci.

(Plus tard, ANTOINE est à l'exploitation vidéo. Il regarde un vidéo d'un braquage avec deux techniciens.)


TECHNICIEN 1

Mais c'est nouveau que

les groupes crim fassent des

braquages de la deux.


ANTOINE

C'est le GRB qui est dépassé

alors ils nous ont filé le

dossier. Je crois qu'ils l'ont

loupé de peu.


TECHNICIEN 1

C'est très rare

de leur tomber dessus.

Ça dure à peine deux minutes

et quand vous arrivez,

c'est toujours trop tard

de toute façon.


TECHNICIEN 2

Oui, mais avec de la chance,

parfois, on a une paluche.

Sinon, des kilos d'enquête,

des PV, tout ce que tu veux

pour souvent

pas grand-chose.


TECHNICIEN 1

On le connaît celui-là!

C'est le braqueur des BNP.

Il a dû en faire

au moins une douzaine.


TECHNICIEN 2

Ah oui. Oui, ils lui ont

refusé un prêt.


ANTOINE

C'est pas rassurant.

On arrive à les choper des fois?


TECHNICIEN 1

Ça arrive. Celui-là,

vous l'aurez peut-être

au quinzième

ou au seizième.

Ils finissent

par faire une erreur.

J'en ai vu un qui a

oublié sa carte d'identité.


TECHNICIEN 2

En plus, c'est pas

des lumières.

Ils ont arrêté à peu près

l'école au niveau maternelle.

(TECHNICIEN 1 montre un dossier de photo à ANTOINE.)


TECHNICIEN 1

Voilà, c'est la 7-S-250.


ANTOINE

Oui, c'est lui.


TECHNICIEN 1

Le GRB de la deuxième DPJ

avait le dossier. Je pense que

quand vous allez le taper,

il va en prendre pour longtemps.


ANTOINE

Il en a fait combien, encore?


TECHNICIEN 1

Une douzaine.

Ils finissent toujours par

se faire serrer, de toute façon.

(Plus tard, ANTOINE va récupérer la voiture de police banalisée au garage central.)

(Plus tard, ANTOINE conduit la voiture banalisée. Il active la sirène et met la lumière sur le toit. Il roule vite dans la circulation.)


ANTOINE (Riant)

Avance!

Allez, laissez passer!

Hop! Allez, connasse!

Ha! Ha!

Yahou!

à moi, Paris!

Allez, allez, allez,

avance, avance, avance!

Hop! Hop! Hop!

Police, dégage. Wou-hou!

Casse-toi!

C'est la police! Dégage.

(Plus tard, ANTOINE est dans un bar avec LOUIS MALLET, SOLO, NICOLAS MORBÉ, PATRICK BELVAL et CAROLINE VAUDIEU. LOUIS MALLET et ANTOINE sont ivres.)


ANTOINE (Riant)

Son dernier album,

il est nul à mort.


LOUIS MALLET

J'ai tous les albums.

Il en a fait 42.


ANTOINE (Riant)

Son dernier, il est nul!

Nul! Nul! Non, il est naze,

il est naze, son dernier album!


LOUIS MALLET

Attends.


SOLO

Qu'est-ce que ta femme a dit?


LOUIS MALLET

Pourquoi, de quoi?


SOLO

Le dîner, vendredi. Qu'est-ce

qu'elle a dit, ta femme?


LOUIS MALLET

Ma femme,

elle est partante, ma femme.


SOLO

OK, ça marche.


[SOLO:] [S'adressant à

ANTOINE]

Tu viens aussi, ça me

fera plaisir.


[SOLO:] [S'adressant

à LOUIS MALLET.]

Arrête tes conneries.


ANTOINE

C'est un dîner, c'est quoi?


SOLO

C'est un dîner, arrête.


LOUIS MALLET

Al Green a fait 40 albums.


[SOLO:] [S'adressant

à ANTOINE]

Tu viens aussi?


ANTOINE

Avec plaisir.


SOLO

Avec ta femme?


ANTOINE

Non, ma femme est au Havre.

Je suis désolé.


SOLO

Ah oui, le Havre, putain.

En D-2!


LOUIS MALLET

Mais moi, je préfère

Otis Redding!


SOLO

Il monte quand en D-1,

le Havre?


ANTOINE

Je m'en fous, du foot!


LOUIS MALLET

T'es fou?

Otis Redding, j'adore!


ANTOINE

Otis Redding,

c'est de la merde!

C'est un demi-flic!


LOUIS MALLET

Non, c'est un demi-gendarme!

(SOLO va voir CAROLINE VAUDIEU qui est assise un peu en retrait au bar.)


SOLO

Ça va bien?


CAROLINE VAUDIEU

Ça va, ça va.

(ANTOINE fait signe à la serveuse, une dame dans la cinquantaine, pour un autre verre.)


ANTOINE

Hé, mademoiselle!


SERVEUSE

Oui, oui.


ANTOINE

Je voudrais un bisou.


SERVEUSE

Ça va pas, non?!


ANTOINE

Ma femme est au Havre!

Un bisou!


SERVEUSE

C'est ça, oui!


ANTOINE

Un bisou!


SERVEUSE

Non! Allez, arrêtez!

(CAROLINE VAUDIEU regarde les bouteilles derrière le bar.)


ANTOINE

Hé, Mallet,

t'as des grandes oreilles!


LOUIS MALLET

Putain, j'ai toujours eu

des grandes oreilles.


ANTOINE

Moi aussi, j'ai

des grandes oreilles!

T'as des grandes oreilles!

Hé, tu crois que les flics...

C'est vrai, tous les gendarmes

de Normandie

ont des grandes oreilles!


SERVEUSE

Arrête! Tu te tais!


NICOLAS MORBÉ

Mais j'ai rien dit.


SERVEUSE

Tu te tais!


NICOLAS MORBÉ

Mais j'ai rien dit!


ANTOINE

Il a rien dit!


SERVEUSE

Vous faites l'ordre

dans la ville?!

Oh, ça va, allez!


LOUIS MALLET

On boit un coup tranquille.

Vous me parlez à moi et moi,

je leur parle à eux après.


SERVEUSE

Voilà, oui, c'est ça.


LOUIS MALLET

Donc je boirais un gin tonic.

(ANTOINE et NICOLAS MORBÉ rient et se poussent un peu.)


SERVEUSE

Regarde-moi ça!

Quelle tenue! Dis donc!


ANTOINE

C'est la police française,

madame!


SERVEUSE

Eh bien elle est belle!


ANTOINE

Beaucoup de vin!

Beaucoup de suicides!


LOUIS MALLET

Mais t'es bourré!

Tu dis n'importe quoi!


ANTOINE

Champagne.


LOUIS MALLET

Je pense qu'ils sont morts.

(CAROLINE VAUDIEU se lève et fait la bise aux hommes qui continue leur conversation sans queue ni tête.)


ANTOINE

Quelle heure il est, là,

pour qu'elle parte?


LOUIS MALLET

Faut y aller, là.


ANTOINE

Putain, je suis bourré.


SOLO

Elle fait pas la gueule, c'est

vous qui êtes pétés, les gars!


ANTOINE

Mais non!

Je suis pas pété!

Attends, excuse-moi,

au Havre, nous, on boit!


NICOLAS MORBÉ

On est pas au Havre,

putain!

Tout le temps, le Havre,

le Havre, le Havre!


ANTOINE

C'est la France, nous!

Nous, on boit!

Non, mais moi,

je suis pas musulman!

Allahou Akbar!


PATRICK BELVAL

En tout cas, elle,

elle est pas pétée, c'est sûr.

Elle, c'est sûr,

elle est pas pétée.

Elle est pas pétée,

mais pas du tout.


ANTOINE

Non, elle est très sobre,

c'est un commandant de police.

Pardon.

(ANTOINE se lève puis tombe.)


LOUIS MALLET

Ouh là!


NICOLAS MORBÉ

Prenez-lui son pétard...


ANTOINE

Non, touche pas mon pétard!

Non! Touche pas!

OK.!

OK...

Hé, rends-moi mon pétard!

Rends-moi!


NICOLAS MORBÉ

Attends!


ANTOINE

OK, mais je pars

avec la bouteille.

C'est mon arrivée ici,

je pars avec ma bouteille.

Hé, Morbé, t'es de droite,

je t'emmerde!

(Le lendemain, CAROLINE VAUDIEU se lève tôt. Elle vit seule.)

(Plus tard, LOUIS MALLET, ANTOINE, SOLO et CAROLINE VAUDIEU sont Chez Mimiche, le café bar du commissariat.)


HOMME MOUSTACHE

(S'adressant à LOUIS MALLET et ANTOINE)

Un peu pâlot, ce matin!

Vous avez l'air fatigué,

quand même.

Oh... Quand même.


HOMME MOUSTACHE

(S'adressant à SOLO)

Une petite bibine, bicounet?


SOLO

Non. Fais pas chier,

casse-toi.


HOMME MOUSTACHE

Quoi? Quoi?


SOLO

Fais pas chier!


HOMME MOUSTACHE

Fais un effort, merde!


SOLO

Casse-toi!

Allez, ça va! Putain!

C'est pas le moment.

(SOLO pousse HOMME MOUSTACHE qui renverse sa bière.)


HOMME MOUSTACHE

C'est intelligent, ça!

(MARCHAND arrive.)


[MARCHAND:] [S'adressant

à CAROLINE VAUDIEU]

Bon, j'ai une bonne

et une mauvaise nouvelle.

La mauvaise, c'est que

t'as du boulot.

T'as un cadavre

qui t'attend.

Et la bonne, c'est qu'il est

dans le canal juste à côté.


CAROLINE VAUDIEU

Juste à côté.

C'est gentil, ça.

Bon, Solo, tu récupères Patrick

et vous venez en voiture.

Puis nous,

on va y aller à pied.


CAROLINE VAUDIEU

(S'adressant à ANTOINE)

Mais tu comptes rester là

toute ta vie?


ANTOINE

Non!


CAROLINE VAUDIEU

Alors, tu viens!

(Plus tard, ANTOINE, CAROLINE VAUDIEU et LOUIS MALLET marchent vers le canal. Trois enfants se dirigent dans la même direction.)


CAROLINE VAUDIEU

Vous allez où,

tous les trois, là?


ENFANT 1

On va là-bas.


CAROLINE VAUDIEU

C'est pas un spectacle pour

vous. Allez, hop, vous remontez!

(CAROLINE VAUDIEU, ANTOINE et LOUIS MALLET fraient leur chemin à travers la foule pour arriver au cadavre sur le bord du canal.)


CAROLINE VAUDIEU

Pardon, excusez-moi. Bonjour.

Messieurs, bonjour.


CAROLINE VAUDIEU

(S'adressant au brigadier fluvial)

Alors?


BRIGADIER

à priori,

ça doit être un SDF.

En plus, il avait pas

de papiers sur lui.

Vu les hématomes,

il s'est bien fait tabasser.

Ça va être galère

de l'identifier.

(L'homme mort est ANDRZEJ WALESA.)


CAROLINE VAUDIEU

Bon bien, il va falloir faire

un tour au fond.

On peut peut-être

trouver quelque chose.


ANTOINE

Je le connais. On l'a eu

l'autre nuit en cellule.


CAROLINE VAUDIEU

T'es sûr?


ANTOINE

Ah oui, je suis sûr.

C'est la PUB qui l'a ramené

pour un éthylo. Un pull comme

ça, ça s'oublie pas.


CAROLINE VAUDIEU

Bon, bien, gagné. Ils nous

ont filé le fils de Colombo.

Bon! Allez,

on va vérifier tout ça.

En attendant, vous me faites

les poubelles et le voisinage.

(Plus tard, SOLO, ANTOINE, PATRICK BELVAL et LOUIS MALLET rentrent au commissariat.)


ANTOINE

Comment ça se fait que

Vaudieu savait que c'était

pour nous, l'affaire?


SOLO

Quand t'as affaire à un SDF,

c'est forcément pour nous

parce que la crim, les SDF,

ils veulent même pas

en entendre parler.


PATRICK BELVAL

De toute façon, la crim,

ils branlent rien.

Ils font que du VIP.


ANTOINE

Du quoi? Du VIP?


PATRICK BELVAL

VIP.


ANTOINE

Je pensais que

ça me surprendrait plus que ça,

de voir un cadavre.

(Plus tard, ANTOINE et SOLO sont à la réception du commissariat.)


GARDE RÉCEPTIONNISTE

Andrzej Walesa, polonais,

pas de domicile.

Par contre,

il avait 300 euros sur lui.


SOLO

Qui c'est qui était de garde?


GARDE RÉCEPTIONNISTE

Je crois que c'est Feuvret.

Oui, c'est Feuvret.


SOLO

Il est là?


GARDE RÉCEPTIONNISTE

Je crois qu'il est

au poste, encore.


SOLO

OK, merci.


ANTOINE

Merci.

300 euros, ça fait beaucoup

pour un SDF.


SOLO

Oui. C'est peut-être

son RMI aussi.

(SOLO et ANTOINE vont voir FLEUVRET à son bureau.)


FLEUVRET

Bonjour, capitaine.


SOLO

Vous allez bien?


FLEUVRET

Bonjour, lieutenant.


ANTOINE

Bonjour.


SOLO

Mardi soir dernier,

vous avez ramassé un polonais,

un SDF, Walesa.


ANTOINE

Plus de deux grammes

à l'éthylo.


FLEUVRET

Le record de l'autre nuit?

Je m'en souviens, oui.


SOLO

Où est-ce que

vous l'avez ramassé?


FLEUVRET

Pub Saint-Bernard.

Le patron a appelé.

Il foutait un de ces bordels...


SOLO

C'est quelqu'un que vous aviez

déjà vu avant ou pas?


FLEUVRET

Moi, non, mais on va regarder

dans le registre.

Celui du canal?


SOLO

Oui.

(Plus tard, SOLO, ANTOINE et LOUIS MALLET arrivent près de plusieurs SDF.)


SOLO

Bonjour, messieurs,

police judiciaire.

Est-ce que quelqu'un ici

connaît un certain Walesa?

Andrzej Walesa.


SDF 1

Moi, moi.

Moi, je connais!


SOLO

On cherche un ami à lui,

un polonais.


SDF 1

Kaminsky.

Kaminsky!


KAMINSKY

C'est moi, Kaminsky.


SOLO

C'est vous, Kaminsky?


KAMINSKY

Oui.


SOLO

Vous connaissez Walesa?


KAMINSKY

Oui.


SOLO

Vous pouvez venir avec moi,

monsieur, s'il vous plaît?


KAMINSKY

Oui.


SOLO

C'est rien de grave.

On a quelques questions

à vous poser. Vous venez?


KAMINSKY

Oui.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU interroge KAMINSKY.)


CAROLINE VAUDIEU

Quand as-tu vu Walesa

la dernière fois?


KAMINSKY

Hier.


CAROLINE VAUDIEU

à quelle heure?


KAMINSKY

11 h.


CAROLINE VAUDIEU

11 h, le soir?


KAMINSKY

Oui.


CAROLINE VAUDIEU

Où ça?


KAMINSKY

Le quai.


CAROLINE VAUDIEU

Sur le quai? Et après?


KAMINSKY

Parti.


CAROLINE VAUDIEU

Parti où?


KAMINSKY

Dormir.


CAROLINE VAUDIEU

Où ça?


KAMINSKY

Dans la rue.


CAROLINE VAUDIEU

Et tu l'as laissé seul?


KAMINSKY

Non.


CAROLINE VAUDIEU

Avec qui?


KAMINSKY

Deux Russes.


CAROLINE VAUDIEU

Deux Russes?

C'est quoi leur nom?


KAMINSKY

Piotr.


CAROLINE VAUDIEU

Piotr quoi?


KAMINSKY

Je sais pas.


CAROLINE VAUDIEU

Et l'autre?


KAMINSKY

Je ne sais pas.


CAROLINE VAUDIEU

Où ils sont, ces Russes?


KAMINSKY

Je ne sais pas.


CAROLINE VAUDIEU

Tu ne sais pas.

C'est pas grand-chose, hein?

Où tu les as rencontrés?


KAMINSKY

La soupe.


CAROLINE VAUDIEU

Quoi, la soupe?


KAMINSKY

Lachaise.


SOLO

La soupe populaire

au cimetière?


KAMINSKY

Oui.


CAROLINE VAUDIEU

Et après, qu'est-ce que

vous avez fait?


KAMINSKY

Bu.


CAROLINE VAUDIEU

Vous avez bu?

Tous les quatre, sur le quai.

Et à 11 h, t'es parti,

t'as laissé Walesa seul

avec les Russes, c'est ça?

Qui les a vus d'autre,

ces Russes?

Qui les a vus?

Tu sais pas?

Ils sont comment?


ANTOINE

Ils sont grands?

Ils sont petits?


SOLO

Ils sont grands.


CAROLINE VAUDIEU

Ils sont grands.

Pff... Tu sais ce que je pense?

Je pense que tu te fous

de notre gueule.

Je pense que Walesa,

tu lui as pris son argent

et tu l'as poussé dans l'eau.


KAMINSKY

C'est pas moi, madame.


CAROLINE VAUDIEU

Il avait beaucoup d'argent,

Walesa.

D'où il a eu,

tout cet argent?


KAMINSKY

Les vendanges.


CAROLINE VAUDIEU

Il a fait les vendanges,

avec toi?


KAMINSKY

Non, avec Piotr.


CAROLINE VAUDIEU

Décidément, il est partout,

ce Piotr.

Ça devrait pas être trop dur

de le retrouver.

C'était quelles vendanges?


KAMINSKY

De vin.


CAROLINE VAUDIEU

Le vin?

Oui, ça, tu connais,

ça, on sait.

Mais où ça?

Tu sais pas.

Tu sais rien.

Tu sais, on a que toi, nous.

Tu vas te retrouver

en prison.


KAMINSKY

Non, pas moi...

(KAMINSKY se lève.)


SOLO

Assis, assis!

(KAMINSKY se rassoit.)


CAROLINE VAUDIEU

Bon.

Bon, on va le garder

en attendant l'autopsie.

Appelle l'interprète.

Tu lui lis ses droits, etc, etc.

On verra demain s'il nous dit

encore la même chose.

Mais à mon avis,

il y a des chances.


SOLO

Allez, debout.

On va aller au bureau

à côté, là.

(Plus tard, ANTOINE soupe avec SOLO avec la FEMME DE SOLO et leurs enfants, et LOUIS MALLET et son fils. Ils sont chez SOLO.)


ANTOINE

Elle a une classe super.

Les gamins, ils voient la mer

de la cour de récré.

Et puis, elle a pas envie de

venir à Paris, ni en banlieue.

Ça, je comprends.

Moi, c'est l'inverse.

Je veux pas voir

un crime par an

et rien foutre

le reste de l'année.


FEMME DE SOLO

Il y a des classes

très bien à Paris.

Et puis, t'as les sorties,

les cinés. Même pour les mômes,

c'est bien.


ANTOINE

Dis-moi, Solo,

c'est un peu indiscret,

je suis désolé. Mais...

Enfin, t'es d'origine marocaine?


SOLO

Oui.


ANTOINE

Et...

Enfin, entrer dans la police,

ça a pas dû être évident, vu...


SOLO

C'est le moins qu'on puisse

dire. Louis était là. Je peux

te dire que... Quand je suis

arrivé, il y a même des mecs qui

voulaient pas travailler

avec moi.


ANTOINE

C'est vrai?


SOLO

Des mecs qui sont

dans l'équipe.


LOUIS MALLET

Des mecs qui voulaient pas

bosser avec toi,

il y en avait un ou deux.


SOLO

C'est déjà trop.


LOUIS MALLET

La deux, ça a jamais été

un repaire de fachos.

Ça se saurait.


ANTOINE

Enfin, des mecs de l'équipe...


SOLO

Non, mais c'est de l'histoire

ancienne maintenant.

Après, ça y est,

j'ai fait ma place.

Je vais pas faire

ma pleureuse, tu vois.


ANTOINE

Mais des mecs placés,

quoi. Ou des...


SOLO

Non, des collègues,

des collègues

qui voulaient pas faire équipe

avec moi.

Mais je le savais. Donc après,

ça m'a un peu forcé à avoir

une conduite un peu plus

irréprochable que les autres.

C'est tout.


ANTOINE

Et t'es d'où?

T'es de province ou de Paris?


SOLO

De banlieue. Je voulais faire

l'inverse de toi.

Moi, je voulais aller

en province et...

Elle, elle veut pas,

elle préfère rester à Paris.


FEMME DE SOLO

Eh oui!


ANTOINE

Ton entourage,

ils l'ont pris comment, que tu

voulais rentrer dans la police?

Parce qu'ils nous aiment pas

tellement en banlieue.


SOLO

Franchement, normal.

Je sais pas. Ça m'a

toujours intéressé.

Mon grand-père

était employé municipal.

Il avait un uniforme.

Quand j'étais petit, j'étais

persuadé qu'il était flic.


ANTOINE

En province, quand

j'en parlais à ma famille--


FEMME DE SOLO

Mais tu parles que

de boulot, toi!


ANTOINE

Ah oui, je parle

que de boulot!


LOUIS MALLET

C'est normal, il démarre.


FEMME DE SOLO

Et il est amoureux.


SOLO

Bon, les enfants, au lit.


FILLE DE SOLO

Pourquoi?


SOLO

Parce qu'il est tard. Allez.

Tu me fais un bisou?


FEMME DE SOLO

Vous vous mettez

en pyjama et j'arrive.

(Le lendemain, ANTOINE et SOLO sont à la morgue deux médecins légistes. Le corps d'ANDRZEJ WALESA est sur la table d'examen)


MÉDECIN LÉGISTE 1

Alors, capitaine,

pas trop peur pour PSG-OM?


SOLO

OM-PSG, parce que PSG-OM,

ça a déjà eu lieu.

On les a battus

à 10 contre 11.


MÉDECIN LÉGISTE 1

Oui, pour une fois.


SOLO

Pour une fois.

On est passé devant Bastia,

je crois.


MÉDECIN LÉGISTE 1

Pour l'instant.


[SOLO:] [S'adressant

à ANTOINE]

Parce qu'il est Corse...

(ANTOINE regarde le corps.)


MÉDECIN LÉGISTE 1

Deux équipes

en ligue un...

(MÉDECIN LÉGISTE 1 pratique l'autopsie. ANTOINE met un mouchoir devant son nez et sa bouche.)


MÉDECIN LÉGISTE 1

(Parlant dans une enregistreuse)

En conclusion, la mort est

consécutive à de nombreux coups

ayant entraîné des

polytraumatismes crâniens,

thoraciques et viscéraux,

témoignant

d'une extrême violence

que la victime n'a pas été

en mesure de parer,

malgré une réaction de défense

attestée par la présence

de plaies de la face antérieure

des deux avant-bras.

L'importance de l'agression

est en proportion de l'ensemble

des destructions causées.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU lit le rapport du médecin légiste.)


CAROLINE VAUDIEU

Je vois mal Kaminsky

faire ça tout seul à Walesa.


SOLO

Qu'est-ce qu'on fait

pour sa GAV?


CAROLINE VAUDIEU

Elle a commencé quand?


SOLO

Hier soir, 21 h.


CAROLINE VAUDIEU

Pas d'argent,

pas de traces de sang,

pas de marques

sur les mains.

Vu le massacre.

Le voisinage,

ça donne quoi?


SOLO

Je sais pas, c'est Mallet.


LOUIS MALLET

Il y a un clodo qui l'a vu

dormir à Stalingrad

à 1 h du mat,

c'est tout.


CAROLINE VAUDIEU

Et les Russes?


LOUIS MALLET

Rien. Inconnus au bataillon.


CAROLINE VAUDIEU

Téléphone au proc

pour lever sa garde à vue.

On sait jamais, on en aura

peut-être besoin plus tard.

Par contre, on le lâche pas

comme ça. Il a un portable?


SOLO

Mobicarte.


CAROLINE VAUDIEU

Vous prenez son numéro.

Bon, Antoine et Louis.


ANTOINE

Oui?


CAROLINE VAUDIEU

Vous trouvez une planque

en face de la soupe populaire

et vous l'emmenez avec vous.


LOUIS MALLET

Ce soir?


CAROLINE VAUDIEU

Bien oui, ce soir!

Et toute la semaine.


LOUIS MALLET

Mais ces Russes, on est même

pas sûrs qu'ils existent.


CAROLINE VAUDIEU

Oui, mais on a que ça,

mon lapin!

Puis vous lui faites

un CANONGE aussi.

D'accord?

On sait jamais.

Bon, il est arrivé,

l'interprète?


SOLO

Oui, il attend

dans la pièce à côté.


CAROLINE VAUDIEU

Je vais aller l'entendre.


LOUIS MALLET

(S'adressant à ANTOINE)

Pourquoi tu souris?


ANTOINE

Je suis super content.

On va faire une planque.


LOUIS MALLET

C'est rien de marrant,

une planque.

Tu te retrouves

dans un appart pourri

avec un clochard

à regarder par la fenêtre.


ANTOINE

Ça te fait chier, toi.


LOUIS MALLET

Oui, ça m'emmerde.

J'ai fait des milliers,

des planques!


ANTOINE

T'aimes pas ton boulot?


LOUIS MALLET

J'aime bien mon boulot.

Mais faire des planques,

ça me fait chier. Voilà.


ANTOINE

Mais être flic, c'est ça.


LOUIS MALLET

Si c'est ça être flic,

franchement, ça me saoule.

C'est vrai, j'ai des enfants!

(Plus tard, PATRICK BELVAL et SOLO montre des photos d'identité à KAMINSKY.)


KAMINSKY

Non.

Non.


SOLO

Attends, attends. Prends ton

temps. Regarde bien.

Va un peu moins vite, Patrick.


KAMINSKY

Non.

Non.


SOLO

On les a vues, celles-là,

Patrick. Ça y est.

On a fait le tour,

c'est tout ce qu'on a?

(Plus tard, LOUIS MALLET, ANTOINE et KAMINSKY regardent par unefenêtre.)


LOUIS MALLET

Franchement, dans 10 minutes,

on s'arrache.


ANTOINE

OK..


LOUIS MALLET

De toute façon, c'est

complètement con de venir ici.

Avec ce qu'ils ont pris à

Walesa, on aurait mieux fait

d'aller planquer devant la

Tour d'Argent.


ANTOINE

C'est là que je voudrais

amener ma femme

quand elle viendra à Paris.


LOUIS MALLET

Hein?


ANTOINE

C'est là que je voudrais

amener ma femme

quand elle viendra à Paris.


LOUIS MALLET

Ça se voit que t'as pas bien

regardé tes fiches de paie.


[ANTOINE:] [S'adressant

à KAMINSKY]

Alors? Ils viennent ou pas,

tes copains?


KAMINSKY

Non, pas.


ANTOINE

Pas quoi?

Tu sais pas.

Tu sais pas s'ils viennent.

Ils viennent pas.


KAMINSKY

Ils viennent pas.


ANTOINE

OK. On aurait pas dû

venir ici alors. Hein?

Super. Merci, la soirée.

Super.

C'est bien, avec la police?

Bien?

C'est bien.

(Plus tard, ANTOINE est en Normandie pour voir sa femme. Ils sont chez eux.)


JULIE

Tu fais la gueule ou quoi?


ANTOINE

Je fais pas la gueule,

je suis fatigué.


JULIE

à quoi tu penses?


ANTOINE

Je pense qu'à Paris,

tu pourrais faire exactement

le même travail qu'ici.

Je pense que t'aurais des mômes

aussi intéressants, voire plus.

Moi, je peux pas.

à la deux, on a 80% des affaires

criminelles de tout Paris.

Qu'est-ce que je vais foutre

au Havre? Il y a rien au Havre.

Il y a quoi? Il y a un meurtre

par an, maximum.

Et encore, c'est un mec bourré

qui sort d'un bar.

Je suis désolé,

mais t'es égoïste.


JULIE

Je te signale que c'est toi

qui m'as dit que tu prendrais

le SRPJ du Havre

si tu pouvais.

C'est toi qui au dernier moment

as changé d'avis.

T'as pris Paris comme ça.

Tu m'as pas prévenue.

Tu m'as rien dit.

Tu penses qu'à toi!


ANTOINE

Si t'étais archéologue,

tu choisirais quoi?

Le Pas-de-Calais

ou l'Égypte?


JULIE

Oh, c'est super

comme comparaison!

C'est brillant!

T'en as d'autres comme ça?

Dis-moi, tes petits copains

de Cannes-Écluse,

ils appellent pas leur femme

avant de choisir un poste?

Toi, tu dis rien.

Tu t'en fous!


ANTOINE

Mais moi,

j'étais trop stressé, il

fallait choisir tout de suite.

J'ai pas eu le temps

de t'appeler.


JULIE

Eh bien moi, tu me

le laisses, le temps!

(JULIE pleure.)


ANTOINE

Je suis désolé.

Vraiment, je suis désolé.

Tu m'as manqué.

Allez, viens.

S'il te plaît, viens.

S'il te plaît.

(JULIE s'approche d'ANTOINE.)


ANTOINE

Tu peux me montrer

tes seins?

Montre-moi tes seins,

s'il te plaît.

(JULIE enlève sa chemise.)

(Plus tard, ANTOINE marche sur la plage avec son père.)


ANTOINE

Il y avait le foie,

il y avait les poumons,

il y avait le coeur.

Et tout ça était posé

sur la table.

Comme chez le boucher, quoi.

Et...

Tu vas trouver ça bête,

mais à un moment,

j'ai pensé à Mozart.

Je me suis dit: Mais comment

un truc comme ça

peut composer

une musique pareille?


PÈRE D'ANTOINE

Tu vas pas devenir

mystique parce que t'es entré

dans la police. Hein?

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU rejoint SOLO sur le bord du canal.)


CAROLINE VAUDIEU

On sait qui c'est?


SOLO

Oui. C'est un Anglais

qui vit à Paris.


CAROLINE VAUDIEU

Et c'est grave?


SOLO

Non, je pense pas.

Il était encore conscient

quand les SAMU l'ont emmené.


CAROLINE VAUDIEU

Il est là,

celui qui l'a repêché?


SOLO

Oui, juste là en train

de se réchauffer.

(SOLO et CAROLINE VAUDIEU vont rejoindre un homme à l'arrière d'une ambulance.)


CAROLINE VAUDIEU

Bonjour, commandant Vaudieu.

C'est vous le héros?

Ça va, pas trop froid?

Vous avez eu le temps de voir

ses agresseurs?


HOMME BARBICHE

Pas vraiment.

J'ai entendu des cris.

J'ai vu le type à l'eau et

les deux autres qui couraient.


CAROLINE VAUDIEU

Vous pourriez les décrire?


HOMME BARBICHE

J'ai juste vu

leurs silhouettes.

Deux types assez costauds.


CAROLINE VAUDIEU

Vous pourriez passer demain

à la brigade pour être entendu?


HOMME BARBICHE

Demain, je pars au Kenya.


CAROLINE VAUDIEU

Veinard. Combien de temps?


HOMME BARBICHE

Deux semaines.


CAROLINE VAUDIEU

Alors ça serait bien

si vous passiez ce soir.


HOMME BARBICHE

Je veux bien,

si c'est possible,

juste avant, me changer.


CAROLINE VAUDIEU

Ah mais oui, bien sûr!

On va vous accompagner.

Solo et Nico,

vous allez l'emmener

et nous, on va passer

à l'hôpital. Il est où?


SOLO

à l'Hôtel-Dieu.


CAROLINE VAUDIEU

J'y vais avec Antoine.

(ANTOINE et CAROLINE VAUDIEU se dirige vers la voiture.)


CAROLINE VAUDIEU

Mais qu'est-ce qu'il y a?


ANTOINE

Je me dis que deux costauds,

c'est sûrement les Russes.


CAROLINE VAUDIEU

Oui, bien,

j'aimerais mieux pas.

Deux mecs à la flotte

en deux semaines...

Faudrait pas que ça devienne

une habitude.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU et ANTOINE attendent à l'hôpital.)


CAROLINE VAUDIEU

Tu fumes des pétards?


ANTOINE

Euh...

Honnêtement, ça m'arrive

de temps en temps le soir.

Mais pas depuis

que je suis ici.

Je sais pas où en trouver.


CAROLINE VAUDIEU

Erreur, t'aurais dû

t'offusquer.

Hé, c'est tabou!

Mais fais attention.

T'es un bon. Laisse personne

parler dans ton dos.


ANTOINE

Bon.


CAROLINE VAUDIEU

"Je sais pas

où en trouver..."


ANTOINE

C'est vrai.

(Une docteure arrive.)


DOCTEURE

Écoutez, apparemment,

ça va.

Ses jours ne sont pas en danger.

La lame est passée sur le côté.

Aucun organe vital

n'a été touché.


CAROLINE VAUDIEU

C'est bien. Quand est-ce

qu'on peut l'interroger?


DOCTEURE

Pas ce soir, on va

l'anesthésier pour le recoudre.

Et demain midi,

ça devrait être bon.


CAROLINE VAUDIEU

Très bien.

C'est un Anglais, c'est ça?

Il parle français?


DOCTEURE

Oui, mieux que moi.

C'est un homme charmant.

Si tous les patients pouvaient

être comme lui.


ANTOINE

Merci, bonsoir.


DOCTEURE

Au revoir.


CAROLINE VAUDIEU

Au revoir.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU et ANTOINE marchent vers la voiture.)


CAROLINE VAUDIEU

C'est pas trop dur

sans ta femme?


ANTOINE

Bien, c'est pas évident.

J'ai tout fait pour qu'elle

vienne, mais elle veut pas.

Et puis moi, je me suis donné

au moins dix ans ici.

Je sais pas comment ça va

se passer, on verra bien.


CAROLINE VAUDIEU

Essaie de la rendre jalouse.


ANTOINE

C'est pas du tout mon truc

et puis j'ai pas du tout

envie de la perdre surtout.


CAROLINE VAUDIEU

Bien t'as tort,

ça marche.


ANTOINE

Ah oui?


CAROLINE VAUDIEU

Bien oui.

(Le lendemain, ANTOINE, CAROLINE VAUDIEU et SOLO arrivent à l'hôpital.)


CAROLINE VAUDIEU

Antoine, si tu le sens,

tu peux poser des questions

pendant l'audition.


ANTOINE

OK, d'accord.


SOLO

Justement,

il voulait te demander...


CAROLINE VAUDIEU

Je suis bien lotie

avec des zigotos comme ça,

je vais vous dire...

C'est pas gagné, hein!

(Plus tard, SOLO, ANTOINE et CAROLINE VAUDIEU sont dans la chambre de L'ANGLAIS.)


L'ANGLAIS

Il y en a un qui m'a sauté

dessus pour me tenir.

L'autre a pris mon portefeuille.

J'ai essayé de le récupérer.

Ils m'ont frappé.

J'ai essayé de me protéger.

Je ne sais pas lequel

m'a donné un coup de couteau

avant de me jeter à l'eau.


CAROLINE VAUDIEU

C'est pour ça qu'on conseille

toujours de ne pas résister

parce qu'on sait pas

ce qui peut arriver.


L'ANGLAIS

Maintenant, je le saurai.


ANTOINE

Vous pourriez les décrire?


L'ANGLAIS

Vous savez, je n'ai pas trop

eu le temps de les observer.

Je sais qu'ils étaient Russes.


ANTOINE

Comment est-ce que

vous le savez?


L'ANGLAIS

Ils parlaient russe.

Il y en a un qui a dit:

"Viens, on a l'argent."

L'autre a répondu: "Ta gueule."


ANTOINE

Vous parlez russe alors?


L'ANGLAIS

Je parle cinq langues.

Je suis prof aux Langues O'.


CAROLINE VAUDIEU

Vous pourriez essayer

de vous souvenir?

Ça nous aiderait.


L'ANGLAIS

Je peux pas vous dire

grand-chose.

Un profil slave,

des cheveux bruns.

Jeune, costaud.

L'autre aussi, jeune, costaud.

Mais plutôt vers le sud.

Euh...

Tajik.


CAROLINE VAUDIEU

C'est déjà pas mal.

Votre sauveur nous en a pas

dit plus.


L'ANGLAIS

Ah! Comment va-t-il?

J'aimerais bien le remercier.


CAROLINE VAUDIEU

Il faudra attendre

deux semaines.

Il est parti au Kenya.


L'ANGLAIS

Heureux homme.

(Plus tard, ANTOINE, SOLO et CAROLINE VAUDIEU sont devant le JUGE D'INSTRUCTION.)


CAROLINE VAUDIEU

On a lancé une recherche

pour des agressions identiques,

mais ça donne rien.

à mon avis, ils sont pas là

depuis longtemps.

Ils vont chercher

à s'installer.

Ça risque de continuer.


JUGE D'INSTRUCTION

Ça sent pas bon.

On va faire un appel à témoins

et ça vaut peut-être le coup

de faire un portrait-robot.

Je vous rédige une commission

rogatoire classique,

mais vu l'urgence,

je stipule l'article 18.4.

J'aurais bien aimé voir

le plan du canal.


CAROLINE VAUDIEU

C'est déjà prévu.


JUGE D'INSTRUCTION

Ça m'étonne pas.

Je vous ai mis ma carte,

avec mon portable.


CAROLINE VAUDIEU

J'osais pas

vous le demander.


JUGE D'INSTRUCTION

Vous avez tort.

Faut savoir oser

avec la justice.


CAROLINE VAUDIEU

Merci.


SOLO

Au revoir.


ANTOINE

Monsieur le juge.

(Plus tard, SOLO, ANTOINE et KAMINSKY arrivent au bureau du dessinateur.)


SOLO

Bonjour.

Deuxième DPJ.

On a rendez-vous

pour un portrait-robot.


DESSINATEUR

Ah bien, d'accord.


SOLO

Je vous ai amené

monsieur Kaminsky.


DESSINATEUR

Entrez, monsieur. Bonjour.


SOLO

On vous laisse,

on attend à côté.


DESSINATEUR

OK, ça roule.

Installez-vous ici.

Vous voulez boire un café,

de l'eau?


KAMINSKY

Un café.

(Plus tard, ANTOINE et SOLO attendent à l'extérieur du bureau.)


ANTOINE

Pourquoi on peut pas rester?


SOLO

Ça, c'est l'IJ, ça.

Ils ont décidé

qu'on dérangeait.

Il faut que le témoin soit

dans les meilleures

conditions possibles.

Faut qu'on attende dehors.

C'est nouveau,

c'est comme ça.


ANTOINE

Ça fait chier. Moi, je

voulais voir comment ça se

passe, un portrait-robot.


SOLO

Je te passerai le programme,

si tu veux. Je l'ai sur

mon ordi.


ANTOINE

Au bureau?


SOLO

Oui. Si tu veux t'amuser.


ANTOINE

Je ferai le portrait

de ma femme.


SOLO

Par exemple.


ANTOINE

Vous l'avez tous fait!

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU regarde un portrait robot avec son équipe.)


CAROLINE VAUDIEU

Celui-là, ce serait Piotr,

c'est ça?

Il a noté combien, Kaminsky.


SOLO

Kaminsky a rien noté du tout.

Il a rien compris

à ce que je lui ai dit.

En plus, il était bourré.

L'Anglais lui a mis 11, 12.

Mais il avait pas

l'air très sûr.


CAROLINE VAUDIEU

Ça va pas beaucoup

nous aider, tout ça.

On va quand même la diffuser.

Et le voisinage?


PATRICK BELVAL

Rien vu, rien entendu.


CAROLINE VAUDIEU

Quelle merde!

On a rien, rien, rien!


ANTOINE

Plus qu'à espérer

que les Russes remettent ça.


CAROLINE VAUDIEU

C'est marrant,

on dirait que ça t'excite.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est dans un club de jazz avec le JUGE D'INSTRUCTION.)


JUGE D'INSTRUCTION

J'ai dû signer

3 000 commissions rogatoires.

Ça fait 20 ans que je reçois

des voyous et des avocats

tous les jours et l'idée

de devoir faire ça

encore pendant 10 ans

me fiche la frousse.


CAROLINE VAUDIEU

C'est pas marrant

de vieillir.


JUGE D'INSTRUCTION

T'es quand même

pas si mal que ça.


CAROLINE VAUDIEU

Je parlais pour toi,

imbécile.

(Le JUGE D'INSTRUCTION prend une gorgée de son verre alors que CAROLINE VAUDIEU boit de l'eau.)


JUGE D'INSTRUCTION

Ça a été dur d'arrêter?


CAROLINE VAUDIEU

Ça l'est toujours.

Surtout à cette heure-là dans

des endroits comme celui-ci.

Alors je ne sors plus beaucoup.


JUGE D'INSTRUCTION

Ne me dis pas que tu restes

toute seule chez toi.


CAROLINE VAUDIEU

Si.

C'est fini, ça.

Passer des nuits à...

Discuter de n'importe quoi

avec des abrutis dont tu

connais même pas le prénom.

Se lever le matin

sans se souvenir de rien.

Sauf ce que tu cherchais

à oublier.


JUGE D'INSTRUCTION

Tu y penses tout le temps.


CAROLINE VAUDIEU

Oui.

J'imagine souvent les choses

que j'aurais pu faire avec lui.

Il aurait eu l'âge

de mon petit lieutenant.

Tu te rends compte?

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU arrête sa voiture devant la maison du JUGE D'INSTRUCTION.)


JUGE D'INSTRUCTION

Ça me fait plaisir de te

voir comme ça. Je sais pas si

c'est ton travail ou quoi,

mais... T'as l'air bien.


CAROLINE VAUDIEU

Ta fille est là?


JUGE D'INSTRUCTION

Pourquoi?


CAROLINE VAUDIEU

Comment ça, pourquoi?

Comme ça? Pour savoir si tu vis

toujours avec elle.


JUGE D'INSTRUCTION

Non. Elle habite un studio.


CAROLINE VAUDIEU

C'était une question

innocente.


JUGE D'INSTRUCTION

T'es incapable de poser

une question innocente.

Espèce de flic.

Tu veux monter

prendre un verre?


CAROLINE VAUDIEU

Je sais pas.


JUGE D'INSTRUCTION

Pardon, je...

T'as raison.

Tu sais,

je me souviens

encore par coeur du mot

que t'as laissé en partant.

"Serge, c'est fini. Je pars.

"J'espère que tu rencontreras

bientôt une femme gentille

"qui te fera des cadeaux,

te consolera.

"Toutes ces petites choses

qui ont jamais été mon fort.

"Elle te fera jamais souffrir,

mais--


CAROLINE VAUDIEU

"Je tiens à te le dire,

cette femme est une conne."

(Le lendemain, ANTOINE joue aux dards avec ses collègues Chez Mimiche. CAROLINE VAUDIEU arrive.)


CAROLINE VAUDIEU

Ah bien, dis donc.

J'espère que t'es

meilleur au tir.


ANTOINE

Oui.


CAROLINE VAUDIEU

On a eu un appel de Kaminsky.

Il est avec un type qui a fait

les vendanges avec Walesa.

Ils sont à l'église polonaise,

alors on y va.


ANTOINE

OK.


LOUIS MALLET

Bon, bien désolé,

les gars. Salut.

Pour une fois que j'avais

pas trop envie de partir.

(Plus tard, SOLO, LOUIS MALLET, ANTOINE et CAROLINE VAUDIEU rejoignent KAMINSKY et un autre homme.)


SOLO

Il faut que t'arrives,

si tu veux,

quand t'as l'adresse,

il faut que t'arrives à passer

de la jambe droite

à la jambe gauche

sans lever la tête.

Alors quand tu l'expliques

comme ça,

ça a l'air super simple.

Mais avant d'y arriver,

ça prend des années.


CAROLINE VAUDIEU

Moi, j'y arriverai jamais.

Bonjour, Kaminsky.


KAMINSKY

Bonjour.


CAROLINE VAUDIEU

Merci de nous avoir appelés.

C'est ce monsieur?

Bonjour, monsieur. Police.

Vous inquiétez pas.

On a seulement quelques

questions à vous poser.

Vous avez fait les vendanges

avec Walesa,

nous a dit Kaminsky.

(KAMINKSY traduit en polonais. L'homme parle polonais.)


SOLO

Qu'est-ce qu'il a dit, là?


CAROLINE VAUDIEU

Oui? Bon.

Et c'était quelles vendanges?

C'était quelles vendanges?


L'HOMME POLONAIS

Château de Hussard.


CAROLINE VAUDIEU

Château de Hussard?

Pas mal.

Et est-ce qu'il a vu Piotr

avec l'autre Russe là-bas?

Il l'a pas vu?


KAMINSKY

Un jour seulement.


CAROLINE VAUDIEU

Aux vendanges?


KAMINSKY

Il aime pas le travail.


CAROLINE VAUDIEU

Hein?


KAMINSKY

Il aime pas le travail.


CAROLINE VAUDIEU

Ah, il aime pas le travail?

Il est pas le seul.

Bon, bien on va l'emmener

à la brigade

pour faire une déposition

avec un interprète

parce que là,

c'est pas possible.

Mais nous, on est bons

pour une petite mission

dans le Mâconnais.

Je vais y aller dès demain,

avec Antoine.

Bon, allez, on vous emmène

avec nous.

Merci, Kaminsky.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU et ANTOINE marchent le long du canal. CAROLINE VAUDIEU donne un petit sachet de marijuana à ANTOINE.)


CAROLINE VAUDIEU

Tiens. J'ai pensé à toi.


ANTOINE

T'as trouvé ça où?


CAROLINE VAUDIEU

Au bout du couloir.


ANTOINE

Ils te l'ont donné?


CAROLINE VAUDIEU

Ah, ils me l'ont

pas vendu!


ANTOINE

C'est gentil,

mais moi je fume plus.


CAROLINE VAUDIEU

Bien moi non plus.

Personne ne fume.

(Plus tard, ANTOINE et CAROLINE VAUDIEU fume un joint.)


CAROLINE VAUDIEU

Le château de Hussard.

C'est pas très grand.

On a une vue magnifique.

On se croirait

un peu en Ombrie.

C'est un cépage de merlot noir

et cabernet.

Il a une belle couleur

rubis foncé.

(Un jeune homme arrive.)


JEUNE HOMME

Excusez-moi, je peux

vous prendre une latte?

(ANTOINE tend le joint au JEUNE HOMME.)


JEUNE HOMME

Merci.

Vous avez pas peur?

Faut faire attention.

C'est blindé de keufs,

dans le quartier.

Au revoir.

(Plus tard, ANTOINE et CAROLINE VAUDIEU sont seuls Chez Mimiche.)


CAROLINE VAUDIEU

Je suis la troisième. La

dernière. Mon père a compris

qu'il aurait jamais de garçon

alors c'est moi qui ai pris

la suite.


ANTOINE

Pourquoi t'as pas fait

commissaire?


CAROLINE VAUDIEU

J'aimais trop la rue.

Les bars, la nuit.

Les gin tonics.


ANTOINE

T'as un mari? Des enfants?


CAROLINE VAUDIEU

J'ai eu un garçon.


ANTOINE

Mathieu?

Mais...

Il est...


CAROLINE VAUDIEU

Oui. Méningite.

à sept ans.


ANTOINE

Je suis désolé.


CAROLINE VAUDIEU

Pourquoi t'as fait flic?


ANTOINE

Bien, je sais pas.

Euh... à cause des films.

En tout cas, au début.

Et puis... Puis, c'est plein de

surprises. On sait jamais ce

qui va arriver.

Et moi, je me voyais pas

toute ma vie derrière un bureau.


CAROLINE VAUDIEU

Rêve pas, tu vas en passer

des journées derrière un

bureau. Quand tu serres un gros,

genre Guy Georges,

OK, c'est le pied, mais...

C'est rare.


ANTOINE

Ça t'est arrivé souvent?


CAROLINE VAUDIEU

Des gros, gros?

Deux, trois fois.


ANTOINE

Pas plus?


CAROLINE VAUDIEU

Non, mais bon.

Avec les braquages, les

suicides, les viols. C'est pas

les plaisirs qui manquent.

(Le lendemain, ANTOINE et CAROLINE VAUDIEU sont au Château de Hussard. ANTOINE regarde des photos et des listes de noms.)


DIRECTEUR DES VENDANGES

On peut pas contrôler

leur identité.

Il en vient de tous les pays.

Et puis bon, vous savez,

on paie souvent au black.

Vous savez comment

ça se passe

si on veut survivre.


CAROLINE VAUDIEU

Vous êtes bien, là.


ANTOINE

On a un Piotr Bogatz

avec une adresse

dans un foyer à Paris.

Et à part ça, il y a cinq noms

genre pays de l'est,

en plus de celui

de Walesa, bien sûr.


CAROLINE VAUDIEU

Vous pourriez l'identifier?


DIRECTEUR DES VENDANGES

Moi? Ah non.

Peut-être mes gars.

J'en doute. On en voit trop.

Il est peut-être même pas

sur la photo, vous savez.

Ils viennent trois jours ici,

deux jours ailleurs.


CAROLINE VAUDIEU

On va saisir la photo

et faire une copie du listing.

Ça vous pose pas

de problème?


DIRECTEUR DES VENDANGES

Non, bien sûr.

Vous aimeriez

goûter mon vin?


CAROLINE VAUDIEU

Non merci, c'est gentil.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU parle au téléphone à SOLO.)


CAROLINE VAUDIEU

Solo. Bon, on a trouvé

un Piotr.

Piotr Bogatz.

Il faut appeler tout de suite

l'officier de liaison en Russie.

Bogatz, Bravo, Oscar, Golf,

Alpha, Tango, Zulu. Voilà.

C'est peut-être pas

son vrai nom.

Mais on a une adresse,

un foyer.

29, rue de la Contamine.

Vous y allez tout de suite.

En force, hein?

Nous, on sera là ce soir.

(Le lendemain, toute l'équipe est réunie au commissariat.)


SOLO

Apparemment, il était là

il y a encore trois semaines,

mais, euh... il y a un

de ces souks, là-dedans.

Ils sont au moins 200.

Et il y a de tout.

Ils font cuire du maïs,

business dans les couloirs.

Des types qui vendent

des clopes au détail. Le bordel.


CAROLINE VAUDIEU

Et l'officier de liaison?


PATRICK BELVAL

Rien. à priori, ils ont pas

de Piotr machin.


CAROLINE VAUDIEU

Bon. Il faut rappeler

Kaminsky et l'Anglais

pour qu'ils viennent voir

la photo.

D'ailleurs, non,

allez les voir directement.

Patrick, veux-tu continuer

la recherche

pour les noms genre

pays de l'est.

Il y en a trois qui ont laissé

une adresse à Paris.

On commencera par eux demain.


PATRICK BELVAL

OK.


CAROLINE VAUDIEU

Et Louis et Antoine,

vous me faites

tous les registres et foyers.


LOUIS MALLET

OK.


ANTOINE

Les foyers, il y en a

au moins 50.


CAROLINE VAUDIEU

Bien oui, mais

c'est comme ça.

(Plus tard, LOUIS MALLET, ANTOINE et SOLO montrent la photo à KAMINSKY.)


KAMINSKY

Piotr.


SOLO

Lui, Piotr?

T'es sûr?


KAMINSKY

Oui.


SOLO

T'es sûr, hein?

Et les autres?


KAMINSKY

Non, connais pas.


SOLO

Regarde bien chaque visage.


KAMINSKY

Connais pas. Piotr.

(Plus tard, ANTOINE est dans son bureau avec CAROLINE VAUDIEU. Il agrandit la photo sur son ordinateur.)


CAROLINE VAUDIEU

Tu te débrouilles?

Attends, voir.

Bon, donne-le à Patrick

pour qu'il l'envoie

tout de suite aux Russes.

Et tires-en plusieurs

exemplaires pour en laisser

aux gardiens des foyers,

si vous le sentez.


ANTOINE

D'accord.


CAROLINE VAUDIEU

Prudence, hein?

Vous appelez si vous trouvez

quelque chose.


ANTOINE

OK.

(Plus tard, LOUIS MALLET et ANTOINE sont dans un foyer.)


GARDE FOYER

Non, ça me dit rien.


ANTOINE

Vous êtes sûr?


GARDE FOYER

Vous savez, j'en vois

600 par jour.

Moi, je fais 8 h - 12 h,

14 h - 18 h. Après...

Je m'enfuis.


LOUIS MALLET

Bon, bien,

merci quand même.


ANTOINE

Merci, bonne journée,

monsieur.


GARDE FOYER

Merci. Pareil pour vous.


LOUIS MALLET

Au revoir.

Un de moins.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU, SOLO et NICOLAS MORBÉ arrivent à un appartement. VLADEK ouvre la porte.)


CAROLINE VAUDIEU

Bonjour. Police.

Vladek, c'est ici?


VLADEK

Oui, c'est moi.


CAROLINE VAUDIEU

Anton Doudaiev

vit toujours ici?


VLADEK

Oui.


CAROLINE VAUDIEU

Il est ici?


VLADEK

Il dort.


CAROLINE VAUDIEU

Vous pouvez aller

le chercher, s'il vous plaît?

(CAROLINE VAUDIEU, SOLO et NICOLAS MORBÉ entrent dans l'appartement. Il y a plusieurs personnes dans l'appartement. Ils vont jusqu'à la chambre à l'arrière.)


CAROLINE VAUDIEU

Bonjour. C'est la police.


ANTON DOUDAIEV

Bonjour.


CAROLINE VAUDIEU

Vous avez vos papiers?


ANTON DOUDAIEV

J'ai pas.


CAROLINE VAUDIEU

C'est quoi, votre nom?


ANTON DOUDAIEV

Anton Doudaiev.


CAROLINE VAUDIEU

Vous avez pas de papiers?


ANTON DOUDAIEV

J'ai pas.


CAROLINE VAUDIEU

Je suis désolée.

Vous vous habillez,

vous nous suivez.


ANTON DOUDAIEV

Bien sûr.


SOLO

C'est votre pantalon?

Vous vous dépêchez, monsieur,

s'il vous plaît?

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU arrive au bureau de la PJ.)


CAROLINE VAUDIEU

Patrick, j'ai Anton Doudaiev,

il a pas ses papiers.

T'as quelque chose sur lui?


PATRICK BELVAL

Non, pas encore.

Il est quoi?


CAROLINE VAUDIEU

Russe.


PATRICK BELVAL

OK, j'appelle là-bas.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU interroge ANTON DOUDAIEV.)


CAROLINE VAUDIEU

Vous l'avez revu, Walesa?


ANTON DOUDAIEV

Non.


CAROLINE VAUDIEU

Vous faisiez quoi

le 22 octobre, le soir?


ANTON DOUDAIEV

Le soir, je travaille.

Je garde un parking.


CAROLINE VAUDIEU

Où ça?


ANTON DOUDAIEV

Parking de l'Étoile.


CAROLINE VAUDIEU

(S'adressant à SOLO)

Tu vérifies?


CAROLINE VAUDIEU

(S'adressant à ANTON DOUDAIEV)

Est-ce que vous vous souvenez

de lui aux vendanges?


ANTON DOUDAIEV

Oui.


CAROLINE VAUDIEU

Vous l'avez revu?


ANTON DOUDAIEV

Non, je l'aime pas.


CAROLINE VAUDIEU

Pourquoi?


ANTON DOUDAIEV

Je le sens pas.


SOLO

Pourquoi tu le sens pas?

Tu le sens pas,

tu sais pas pourquoi?


CAROLINE VAUDIEU

Est-ce qu'il était souvent

avec un autre Russe, un jeune?


ANTON DOUDAIEV

Oui, Pavel.


CAROLINE VAUDIEU

Bon.

Et sur cette photo,

il est où, ce Pavel?

(ANTON DOUDAIEV fait un signe de non avec la tête.)


SOLO

Regarde bien. Prends

la photo et regarde bien.


ANTON DOUDAIEV

Pas là.


CAROLINE VAUDIEU

Il est pas là?


SOLO

Bon, je vais vérifier

sur le parking.

(Plus tard, ANTOINE et LOUIS MALLET sont dans la voiture.)


LOUIS MALLET

Putain, j'en ai

plein le cul, moi!

C'est au moins le quinzième.

On arrête pour aujourd'hui.


ANTOINE

Mais il en reste un

dans le coin!


LOUIS MALLET

Ça va! J'ai envie

de boire un coup,

j'ai envie de pisser. J'arrête!


ANTOINE

On finit!


LOUIS MALLET

Bon, c'est le dernier alors.


ANTOINE

Comme tu veux, hein.


LOUIS MALLET

Oui.

(LOUIS MALLET et ANTOINE sortent de la voiture. LOUIS MALLET va vers un restaurant.)


LOUIS MALLET

Moi, je suis là. Tu me rejoins?


ANTOINE

OK, oui.

(Plus tard, ANTOINE parle au directeur du foyer devant un ordinateur.)


ANTOINE

Panevski Pavel,

il est dans sa chambre?


DIRECTEUR DU FOYER

Je l'ai pas vu rentrer,

mais peut-être.


ANTOINE

OK. Je reviens.

Vous bougez pas et...

Et puis vous le

prévenez pas surtout.

(ANTOINE court au restaurant chercher LOUIS MALLET, mais il n'est pas là. Sa bière est pleine sur le comptoir. ANTOINE attend un peu puis retourne au foyer.)


[ANTOINE:] [S'adressant

au DIRECTEUR DU FOYER]

Monsieur. Je monte, hein?

(ANTOINE monte l'escalier puis cogne à la porte de PAVEL PANEVSKI. Celui-ci ouvre la porte.)


ANTOINE

Bonjour, monsieur.

Police judiciaire.

Vous êtes monsieur Panevski?


PAVEL PANEVSKI

Oui.


ANTOINE

J'ai quelques questions

à vous poser.

Est-ce que vous connaissez

cet homme?

(ANTOINE montre une photo de Piotr.)


ANTOINE

Tenez, regardez.

Vous connaissez pas?

Vous avez fait les vendanges

avec lui.


PAVEL PANEVSKI

Vendanges?


ANTOINE

Les vendanges. Le vin.


PAVEL PANEVSKI

Sorry...


ANTOINE

Je peux voir vos papiers?


PAVEL PANEVSKI

Papiers?


ANTOINE

Oui, s'il vous plaît.

(ANTOINE entre dans la chambre. PAVEL PANEVSKI prend un couteau et poignarde ANTOINE plusieurs fois. ANTOINE tombe. PAVEL PANEVSKI prend le fusil d'ANTOINE et s'enfuit.)

(Plus tard, LOUIS MALLET arrive à la réception.)


LOUIS MALLET

Bonjour.

Police. Mon collègue,

le petit jeune, il est plus là?


DIRECTEUR DU FOYER

Si, mais il vient

de monter, chambre 443.


LOUIS MALLET

Il y a combien de temps?


DIRECTEUR DU FOYER

Je sais pas, moi.

Cinq minutes?


LOUIS MALLET

Quel étage?


DIRECTEUR DU FOYER

Quatrième.

(LOUIS MALLET monte en courant. Il sort son arme.)


LOUIS MALLET

Antoine, t'es où?

(LOUIS MALLET entre dans la chambre et voit ANTOINE par terre. Il sort son portable et appelle les secours.)


LOUIS MALLET

Putain!

Réponds, putain!

Réponds!

Réponds, bordel, dépêche!

Réponds!

Réponds, putain!

Oui, allô! C'est la police.

J'ai un collègue qui vient

de se faire planter, là.

Oui, coup de couteau! Oui!

Il faut venir tout de suite!

C'est hyper grave,

venez tout de suite.

Rue des Pyrénées.

118, rue des Pyrénées.

Il faut venir tout de suite.

C'est hyper grave.

Oui, je vous attends.

Quatrième étage.

Dépêchez-vous.

Putain de merde.

Reste avec nous. Antoine.

(Plus tard, LE COMMISSAIRE, SOLO, LOUIS MALLET et CAROLINE VAUDIEU sont devant le foyer.)


LE COMMISSAIRE

OK, je vais vous couvrir.

Mais il faudra demander

votre mutation.

Bon, maintenant, il faut trouver

une version pour les boeufs.

Parce que le coup

d'aller boire un demi

et de laisser monter

le gamin tout seul, ça...

Ça passera jamais!


LOUIS MALLET

Moi, je m'en fous.

J'ai merdé, j'ai merdé.

Je l'assume. Ça va.

Caroline, je l'ai laissé

y aller tout seul, putain!

J'ai complètement merdé, là.

Je l'assume.

(À l'intérieur, PATRICK BELVAL et NICOLAS MORBÉ parlent au DIRECTEUR.)


NICOLAS MORBÉ

Il est passé

par où, alors?


DIRECTEUR

La sortie de secours,

je suppose.


PATRICK BELVAL

Vous pouvez nous montrer

où c'est?

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU, SOLO, LE COMMISSAIRE et LE PROCUREUR arrivent sur la scène de crime. Il y a beaucoup de sang par terre. SOLO sort de la pièce. CAROLINE VAUDIEU pleure.)


LE PROCUREUR

Vous m'expliquerez ce que

faisait le petit lieutenant

tout seul?

Ça fait combien de temps

qu'il est chez vous?


LE COMMISSAIRE

Même pas un mois.


LE PROCUREUR

Tenez-moi vite au courant.

(Plus tard, LOUIS MALLET est assis sur le trottoir et pleure. SOLO s'assoit à côté de lui.)


LOUIS MALLET

J'ai merdé.


SOLO

Qu'est-ce qui s'est passé?


LOUIS MALLET

Il s'est fait massacrer.

J'étais pas avec lui.

Oh, putain...


SOLO

Allez, viens.

Reste pas là, viens.


LOUIS MALLET

J'arrive.

(Plus tard, ANTOINE est inconscient à l'hôpital. CAROLINE VAUDIEU le regarde à travers la vitre de sa chambre.)


DOCTEUR

L'opération s'est passée

aussi bien que possible.

Il y a eu des plaies perforantes

avec atteinte hépatique.

Il y a aussi un gros vaisseau

de l'abdomen qui a été touché.

Tout ça a provoqué

des hémorragies internes.

Depuis, on le maintient

en réa.


CAROLINE VAUDIEU

Est-ce qu'il a une chance?


DOCTEUR

Je ne vous cacherai pas que

le pronostic vital est sévère.

Tout dépend de

ce qui va se passer

dans les jours qui viennent.


CAROLINE VAUDIEU

Est-ce qu'il a une chance?


DOCTEUR

Oui.

Mais franchement,

les bilans que nous avons faits

jusqu'à présent ne nous rendent

pas très très optimistes.


CAROLINE VAUDIEU

Vous m'appelez si ça évolue.


DOCTEUR

Bien sûr.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU arrive dans un bistro. Elle s'assoit au bar.)


BARMAN

Bonsoir, comme d'hab?

(LE BARMAN donne une bouteille tonic CAROLINE VAUDIEU.)


CAROLINE VAUDIEU

Tiens, donne-moi un gin

s'il te plaît.


BARMAN

OK.

(Le BARMAN verse du gin dans le verre de tonic et CAROLINE VAUDIEU prend une longue gorgée. L'homme assis près d'elle la regarde.)


L'HOMME

Vous avez vu, madame?

La lune brille de mille feux,

ce soir.

Je suis complètement

à l'extérieur

et je me croirais

à la maison.

C'est dingue, non?

Paris a changé, hein?

Ça sent mauvais maintenant.

C'est plus la ville

que c'était dans le temps.

C'est quand ce changement?

Quatre-vingt-quinze, non?

Il y a neuf ans, quoi.

Tout a changé.

(CAROLINE VAUDIEU fait signe au BARMAN pour un autre verre de gin.)


CAROLINE VAUDIEU

Tiens, tu...


L'HOMME

Dommage.

C'est sûr qu'on va pas

s'attarder ici, hein?

Surtout avec ce qui

nous attend.

Mais bon, à force de le désirer,

ils vont l'avoir,

les Français.

Nous, on se casse.

Au revoir, bonne soirée.

(CAROLINE VAUDIEU se lève et va s'asseoir plus loin.)

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU sonne chez le JUGE D'INSTRUCTION. Il ouvre la porte. Elle entre en titubant.)

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU vomit. Elle pleure.)

(Le lendemain matin, CAROLINE VAUDIEU se réveille sur le divan du JUGE D'INSTRUCTION.)

(Plus tard, LE JUGE D'INSTRUCTION et CAROLINE VAUDIEU sont à table.)


JUGE D'INSTRUCTION

C'est normal,

ce qui t'arrive.

Et c'est pas...

C'est pas une rechute.

Tu comprends?

T'as craqué. Voilà.

C'est bien de craquer.

Mais ça n'a rien à voir avec

auparavant. Il faut que tu te

mettes ça dans la tête.

Ça a rien à voir.

Tu m'écoutes?

Là, c'est normal,

c'est un moment de...

De détresse.

Mais ça n'a rien à voir avec...

Ça n'a rien à voir

avec l'alcool.

C'est fini.

Faut que tu m'écoutes

et que tu me croies.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU va voir ANTOINE à l'hôpital. Il est toujours inconscient et intubé.)

(Plus tard, deux inspecteurs interrogent LOUIS MALLET.)


LOUIS MALLET

Je suis resté

dix minutes à peu près.


INSPECTEUR 1

Dix minutes?

Et vous avez pris quoi?

Un café? Une bière?


LOUIS MALLET

Un café.


INSPECTEUR 1

C'est tout? Vous avez

pris qu'un café?


LOUIS MALLET

Oui.


INSPECTEUR 1

Rien fait d'autre?


LOUIS MALLET

Non. Je suis allé

aux toilettes.


INSPECTEUR 1

Ah. Vous êtes allé

aux toilettes.


LOUIS MALLET

Hum.


INSPECTEUR 1

Une petite bière aussi?


LOUIS MALLET

Non.


INSPECTEUR 1

Écoutez, c'est pas

ce qu'on nous a dit.

Mais c'est à vous de voir.


LOUIS MALLET

Je le sais.

Si, j'ai pris un café.


INSPECTEUR 2

Bon, écoutez, on va arrêter

de tourner autour du pot.

Vous pouvez

nous répondre franchement.


LOUIS MALLET

Dans cette affaire, je

reconnais totalement mes torts.

Je sais que j'aurais dû

être avec lui.

Donc je vais pas dire

que j'ai bu un café

si j'ai pas bu un café.


INSPECTEUR 2

Les faits sont assez graves

comme ça.


LOUIS MALLET

Je suis d'accord avec ça.


INSPECTEUR 1

Je veux simplement la vérité.


LOUIS MALLET

Oui, bien la vérité, c'est

que j'aurais dû être avec lui.


INSPECTEUR 2

Dommage. Dommage que

vous ayez ce comportement.


INSPECTEUR 1

Parce que vous avez fait

une grosse bêtise,

pour ne pas dire autre chose.


LOUIS MALLET

Je suis d'accord.


INSPECTEUR 1

Vous êtes au courant de ça?


LOUIS MALLET

Je suis d'accord.


INSPECTEUR 1

Maintenant, votre collègue...


LOUIS MALLET

C'est moi qui l'ai trouvé!

Je sais dans quel état il est!

C'est un type que j'aime bien.


INSPECTEUR 1

On comprend votre désarroi.

On comprend,

parce que c'est un collègue.

Et quand on perd un collègue,

c'est terrible. Je vous demande

simplement: Êtes-vous sûr

d'avoir pris qu'un café?


LOUIS MALLET

Oui!


INSPECTEUR 2

Ayez l'honnêteté de dire

ce que vous avez pris!


LOUIS MALLET

Si j'avais bu une bière,

je le dirais.


INSPECTEUR 2

On veut être sûrs que vous

avez pas fait une autre faute

que celle d'abandonner

votre collègue.


LOUIS MALLET

Je me suis pas

bourré la gueule!


INSPECTEUR 2

J'ai jamais dit ça! J'ai

demandé si vous aviez pris

autre chose qu'un café.


LOUIS MALLET

Non.

(Plus tard, les deux inspecteurs interrogent CAROLINE VAUDIEU.)


INSPECTEUR 1

En pleine opération,

monsieur part du dispo,

laisse son collègue.

Et, qu'est-ce qui se passe?

Eh bien, son collègue

est au tapis.


CAROLINE VAUDIEU

C'est une bourde.

Il le sait, il l'assume.


INSPECTEUR 2

Il l'assume pas entièrement.


CAROLINE VAUDIEU

Pourquoi donc?


INSPECTEUR 2

Puisqu'il nous annonce

qu'il a pris un café.

Le minimum des choses,

on est allé vérifier. C'est pas

un café qu'il a pris, c'est

une bière. Bon, c'est un détail.

Il pourrait jouer cartes sur

table et nous dire qu'il a pris

une bière, effectivement.


CAROLINE VAUDIEU

Moi, je crois

qu'il a bu un café, vous voyez.

Je le vois de temps en temps.

Il boit des cafés.

Ils boivent pas tous

des bières quand même.


INSPECTEUR 1

Nous, on trouve

qu'il joue pas franc-jeu.

C'est tout. Bon, de toute façon,

c'est pas... J'allais dire,

c'est pas la mort.

Ce serait un mauvais

jeu de mots.


CAROLINE VAUDIEU

Oui. Il est cassé, là.

Il va pas bien. Il sait qu'il a

fait une connerie. Il accepte

le blâme, il le sait.

On va pas encore lui redonner

un coup sur la tête!

T'as bu une bière?

Non, il dit qu'il a bu un café.

De toute façon,

le résultat est le même!

Je préférerais que ça soit

dix bières et que

le petit lieutenant soit là.


INSPECTEUR 2

Bien sûr, nous aussi!


INSPECTEUR 1

Bon, écoute, de toute façon,

ton gars... Après, c'est avec

sa conscience qu'il doit

travailler, c'est tout.


CAROLINE VAUDIEU

Comme tout le monde!

(Plus tard, LOUIS MALLET fait ses boîtes dans son bureau. Ses collègues sont avec lui.)


LOUIS MALLET

T'as le moindre souci,

t'hésites pas, t'appelles.


SOLO

Merci.

(LOUIS MALLET serre la main de tous ses collègues puis s'en va.)

(Plus tard, MARCHAND, SOLO PATRICK BELVAL et CAROLINE VAUDIEU sont dans le bureau du COMMISSAIRE.)


PATRICK BELVAL

Les empreintes n'ont rien

donné pour l'instant,

ni les recherches

sur Pavel Panevski.

Par contre, l'officier

de liaison russe

m'a donné sa réponse

sur Piotr.

Il s'appelle Piotr Panfilev.

Il s'est évadé il y a un an

d'un de leurs goulags

en compagnie d'un certain

Pavel Dimitriev.

C'est peut-être lui.


SOLO

Mais c'est lui, c'est sûr.

Ils ont juste gardé leurs

prénoms. Ce qui est normal,

ils sont fichés.

Piotr a été condamné

plusieurs fois pour meurtre

et Pavel, c'est

un ancien de l'armée

qui vendait des armes

aux Tchétchènes.


CAROLINE VAUDIEU

Demande une photo de Pavel

à l'officier de liaison.


SOLO

C'est fait, il me l'envoie

par mail dès qu'ils l'ont reçue.


LE COMMISSAIRE

Vaudieu, je vous rappelle

que c'est la crim qui enquête

pour Antoine, pas nous.


CAROLINE VAUDIEU

Je recherche Pavel

pour le meurtre de Walesa.


LE COMMISSAIRE

Vu les circonstances,

je pense qu'il vaudrait mieux

nous dessaisir

de cette affaire.

Si le juge y consent.


CAROLINE VAUDIEU

C'est hors de question.

(CAROLINE VAUDIEU sort du bureau.)


LE COMMISSAIRE

OK, mais

si vous en repérez un,

pas d'intervention

sans la BRI!

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est à l'hôpital. Elle regarde dans la chambre d'ANTOINE, où JULIE, LA MÈRE D'ANTOINE et LE PÈRE D'ANTOINE sont à son chevet. Ils se retournent pour regarder CAROLINE VAUDIEU. Son téléphone sonne.)


CAROLINE VAUDIEU

Oui. Non, je peux pas

te parler. J'arrive.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU monte dans un taxi conduit par SOLO. NICOLAS MORBÉ est assis à l'arrière.)


CAROLINE VAUDIEU

Il est où?


SOLO

Il est là, au 27.

Le gardien l'a reconnu

avec la photo

qu'Antoine avait laissée hier.

Qu'est-ce qu'on fait?

On appelle les renforts?


CAROLINE VAUDIEU

On attend.

Et Patrick?


NICOLAS MORBÉ

Ils sont en haut,

à 300 mètres, à gauche. Tiens.

(NICOLAS MORBÉ tend un walkie talkie à CAROLINE VAUDIEU.)


NICOLAS MORBÉ

Qu'est-ce qu'on fait, là?


CAROLINE VAUDIEU

On attend!

(SOLO parle dans son walkie talkie.)


SOLO

Richard pour Solo.

Je suis avec Caro

et pour l'instant, on attend.

C'est reçu?

(PATRICK BELVAL et RICHARD sont dans une autre voiture, non loin.)


RICHARD

Oui. Bien reçu.

(Dans le taxi de SOLO, NICOLAS MORBÉ aperçoit PIOTR qui sort d'un appartement.)


NICOLAS MORBÉ

Ça y est, le bâtard,

il sort!


SOLO

On le tape.


CAROLINE VAUDIEU

Laisse filer. Je veux

voir s'il rejoint l'autre.


SOLO

C'est risqué, là.


CAROLINE VAUDIEU

Il a un sac à dos.

Ils vont peut-être se barrer.


NICOLAS MORBÉ

T'es sûre de

ce qu'on fait, là?


CAROLINE VAUDIEU

Oui! Je veux les deux!

C'est chaud, c'est chaud.

Bon, on suit à pied.

Patrick, planquez-vous,

il passe juste devant vous.

Solo, tu viens avec moi.

Toi, Nico, t'attends une minute

et tu te portes

au métro Gambetta.

(CAROLINE VAUDIEU et SOLO sortent du taxi et suivent PIOTR de loin.)


SOLO

S'il se dirige vers le métro,

ça va être compliqué après.


CAROLINE VAUDIEU

Oui.

C'est un malin. J'ai peur

qu'il nous ait détronchés.


SOLO

T'es sûre que tu veux pas

qu'on le tape maintenant?


CAROLINE VAUDIEU

Non!

(PIOTR change subitement de direction et revient sur ses pas. CAROLINE VAUDIEU et SOLO font semblant d'être un couple.)


CAROLINE VAUDIEU

Qu'est-ce qu'on fait?

On va au ciné?


SOLO

Il a pris à droite.

Il a pris à droite.


CAROLINE VAUDIEU

(Parlant dans le walkie talkie)

Patrick, Richard,

c'est la merde.

Foncez au bout

de la rue des Rondeaux.

(CAROLINE VAUDIEU et SOLO recommence à suivre PIOTR qui laisse tomber son sac et se met à courir. CAROLINE VAUDIEU et SOLO courent derrière lui. PIOTR entre dans le métro.)


CAROLINE VAUDIEU

(Parlant dans le walkie talkie.)

Patrick! Il est entré

dans le métro.

Vous bouchez les sorties.


VOIX PATRICK BELVAL

(Provenant du walkie talkie)

On descend pas?


CAROLINE VAUDIEU

(Parlant dans le walkie talkie.)

Non, il va peut-être

ressortir.


VOIX PATRICK BELVAL

(Provenant du walkie talkie)

Et s'il ressort pas?


CAROLINE VAUDIEU

(Parlant dans le walkie talkie.)

Mais tu discutes pas, merde!

On est que cinq!

(Plus tard, PIOTR court dans le métro. SOLO court toujours derrière lui. PIOTR ressort du métro. Il est intercepté par NICOLAS MORBÉ.)


NICOLAS MORBÉ

Hé! Tu bouges pas!

Tu bouges pas!

Tu bouges pas!

Écarte tes pattes!

Écarte bien!

Du calme, hein?

Bouge surtout pas, mon gars.

(NICOLAS MORBÉ essaie de passer les menottes à PIOTR qui le pousse. Ensemble, ils tombent. PIOTR essaie de s'enfuir, mais il est intercepté par SOLO qui arrive.)


SOLO

Bouge pas!

Bouge pas!

Bouge pas!

Donne-moi ta main.

Qu'est-ce que tu fous, putain?!


NICOLAS MORBÉ

Bouge pas, je t'ai dit!

(NICOLAS MORBÉ et SOLO passent les menottes à PIOTR.)


SOLO

Aide-moi à le lever.

Aide-moi, il pèse une tonne!


NICOLAS MORBÉ

Fais un effort, connard,

putain!

T'écoutes pas

ce qu'on te dit, toi!

(CAROLINE VAUDIEU arrive.)


CAROLINE VAUDIEU

Bon, allez, on le remonte!


SOLO

Allez! T'avances!

Richard, c'est bon,

on l'a chopé.


CAROLINE VAUDIEU

(Parlant dans le walkie talkie.)

Richard?


VOIX DE RICHARD

(Provenant du walkie talkie)

Ici.


CAROLINE VAUDIEU

(Parlant dans le walkie talkie.)

Richard, il a perdu un sac,

rue des Rondeaux.

Vous le récupérez.

Allez. à tout de suite.

(NICOLAS MORBÉ et SOLO mettent PIOTR dans le taxi et partent.)

(Plus tard, SOLO interroge PIOTR au commissariat alors que les autres regardent.)


SOLO

Non, mais tu comprends

très bien ce qu'on dit, hein?

T'es dans la merde,

ferme ta gueule.

(PIOTR proteste en russe. SOLO le frappe.)


SOLO

Ferme ta gueule!

T'es dans la merde!

Ferme ta gueule!

Tais-toi! T'as compris?

T'arrêtes maintenant!

(PIOTR continue de parler russe. NICOLAS MORBÉ sort un bâton télescopique.)


NICOLAS MORBÉ

Ça, tu vas te le prendre

dans la gueule

si tu la fermes pas maintenant!


CAROLINE VAUDIEU

Patrick, trouve un interprète

d'urgence pour le notifier

de sa garde.


CAROLINE VAUDIEU

(S'adressant à PIOTR)

Et continue

à faire celui qui comprend rien.

Nous, c'est Pavel qu'on veut!

Tu comprends ça? Pavel!


CAROLINE VAUDIEU

Fous-le-moi au trou!

Ça va le calmer.

Faut que t'appelles

l'Anglais et Kaminsky

pour qu'ils viennent

tout de suite l'identifier.


SOLO

Mais ferme ta gueule!

Allez!

(Plus tard, PIOTR est dans une cellule. SOLO et NICOLAS MORBÉ fouillent ses choses.)


SOLO

Enlève les chaussures.

Les chaussures!

Enlève les chaussures.

(PIOTR enlève ses chaussures. SOLO les examine.)


SOLO

C'est pas du sang,

ça, Morbé?

Mets-les sous scellé,

on va montrer ça à Vaudieu.

On garde les chaussures.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU observe des pièces à conviction trouvées sur PIOTR.)


CAROLINE VAUDIEU

Faut lui saisir ses pompes

pour comparer avec l'ADN

de Walesa.


CAROLINE VAUDIEU

(S'adressant à NICOLAS MORBÉ)

Tu files à l'IML

récupérer un échantillon

du sang de Walesa et t'envoies

ça en urgence au labo.

(NICOLAS MORBÉ s'en va. Le téléphone de PIOTR sonne.)


PATRICK BELVAL

Il y a un numéro.

On décroche?


CAROLINE VAUDIEU

Non, surtout pas.

Note-le.

C'est peut-être Pavel.

(Plus tard, KAMINSKY est avec CAROLINE VAUDIEU derrière un mirroir teinté. De l'autre côté, SOLO et PATRICK BELVAL sont avec PIOTR.)


CAROLINE VAUDIEU

Regarde-le, n'aie pas peur.

Il peut pas te voir.

C'est lui?


KAMINSKY

Oui.


CAROLINE VAUDIEU

Regarde encore.

C'est lui, t'es sûr?


KAMINSKY

Oui.

(Plus tard, PIOTR est menotté sur une chaise. SOLO et PATRICK BELVAL le surveille pendant qu'un interprète traduit ce que SOLO dit.)


SOLO

Vous avez le droit

de garder le silence,

prévenir quelqu'un de votre

famille ou votre employeur

et bénéficier

d'une visite médicale.

(PIOTR parle russe.)


INTERPRÈTE

Il dit qu'il est innocent

et il a peur qu'on le frappe.


SOLO

Est-ce qu'il va signer

sa garde à vue?


INTERPRÈTE

Il ne veut rien signer et dit

qu'il ne dira plus rien.


SOLO

C'est pas grave.

Ça sera plus cher.

(PIOTR sourit.)


SOLO

Tu peux te marrer,

mais tu t'es pris les pieds

dans tes lacets.

C'est pas la peine de traduire.

Merci.

On le ramène.

(Plus tard, L'INTERPRÈTE écoute les messages sur le répondeur de PIOTR et traduit en même temps pour SOLO et CAROLINE VAUDIEU.)


INTERPRÈTE

Qu'est-ce que tu fais?

Ça fait une demi-heure

que je t'attends.

Piotr, c'est encore Pavel.

Je reste encore un quart d'heure

et je m'en vais.


SOLO

Putain, t'avais raison.

Ils avaient rendez-vous.


CAROLINE VAUDIEU

Je veux un bornage de son

téléphone le plus vite possible.

(Plus tard, SOLO et d'autres policiers sont au café du commissariat et s'amusent. CAROLINE VAUDIEU entre.)


CAROLINE VAUDIEU

Vous voulez pas garder

une bière pour Pavel?

Ou apporter une bouteille

à Antoine. On pourrait lui

mettre en perfusion.

(CAROLINE VAUDIEU s'en va. HOMME MOUSTACHE rit.)


HOMME MOUSTACHE

(S'adressant à SOLO)

Hé, Bicounet!

J'en ai une bonne à te raconter.


SOLO

Je suis pas ton pote.

Je suis pas ton pote.

Je suis pas ton pote,

t'as compris?!

(SOLO attrape HOMME MOUSTACHE par le col et le pousse par terre.)


SOLO

Je suis pas ton pote, moi!

T'arrêtes, merde!

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est au chevet d'ANTOINE qui est toujours inconscient.)


CAROLINE VAUDIEU

Pavel a continué à appeler.

Mais sans laisser de message.

Et depuis, plus rien.

Sinon, Piotr a été identifié

par l'Anglais

et par Kaminsky.

Et surtout, on a trouvé du sang

sur ses lacets.

C'est peut-être celui

de Walesa.

On aura les résultats

dans deux ou trois jours.

Mais on coupe la procédure

et il part au dépôt

aujourd'hui.

Voilà.

Et puis j'ai vu ta Julie.

Elle est canon.

Ça vaut le coup

que tu t'accroches.

(Le lendemain, PATRICK BELVAL, SOLO et NICOLAS MORBÉ amène PIOTR en prison.)

(Plus tard, SOLO est au bureau de la PJ.)


SOLO

D'après son relevé de

téléphone, Pavel n'a pas passé

d'appel depuis hier, 22 h.

à mon avis, il se doute de

quelque chose parce qu'il a

changé de numéro.

Son dernier appel,

c'est pour un certain

Vladimir Gaiskais...

Gaiskaiskolo...

Enfin, bon, Vladimir, quoi.

Déjà fiché pour proxénétisme.

Il vit à Nice et on retrouve son

numéro sur le fichier de Piotr.

Il l'a appelé deux fois

avant qu'on l'arrête.

Et à mon avis, ils préparaient

leur retraite.


CAROLINE VAUDIEU

Appelle le juge pour mettre

ton Vladimir machin sur écoute.

Interrogez tous ceux qu'il a

appelés les dernières 48 heures.


SOLO

Dernière chose. Tous les

appels de Pavel à Piotr, hier,

quand il laissait des messages,

venaient de la même bande,

dans le Ve, près de la rue

des Écoles.


PATRICK BELVAL

Place Jean de Beauvais.

Il y a une église orthodoxe.

Les Russes se retrouvent

souvent là-bas.


CAROLINE VAUDIEU

On va aller voir. On en est

où avec la photo de Pavel?


PATRICK BELVAL

L'officier de liaison

l'a promise pour ce midi.


CAROLINE VAUDIEU

Il faut que l'IJ l'envoie

d'urgence à la police des

frontières. à mon avis, il va

essayer de se tirer. Si c'est

pas déjà fait.


SOLO

J'appelle le juge.

(Plus tard, L'ANGLAIS est au bureau de la PJ et observe une photo de PAVEL PANEVSKI.)


L'ANGLAIS

Ça lui ressemble.

Il s'appelle comment?


CAROLINE VAUDIEU

Pavel.


L'ANGLAIS

On dirait un gamin.

Je suis désolé.

Si je l'avais reconnu

sur la photo des vendanges,

peut-être, le jeune homme--


CAROLINE VAUDIEU

Non, il était pas dessus.

Vous inquiétez pas.


L'ANGLAIS

Comment va-t-il?


CAROLINE VAUDIEU

Stationnaire.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU et SOLO arrivent à l'église orthodoxe pour parler au prêtre.)

PRÊTRE ORTHODOXE

Il y en a de plus en plus

qui débarquent ici sans rien.

Ils espèrent trouver

un travail, un logement.

Non. Je suis désolé.

Je ne peux pas vous aider.


CAROLINE VAUDIEU

Je vous remercie, mon père.

Au revoir.


SOLO

On n'est pas plus avancés.

(SOLO et CAROLINE VAUDIEU sortent de l'église. CAROLINE VAUDIEU prend ses messages sur le répondeur de son téléphone. Elle s'effondre sur le coffre de la voiture et se met à pleurer.)


SOLO

Caro, qu'est-ce qu'il y a?

Ça va pas? Caro!


CAROLINE VAUDIEU

Il est mort.

(SOLO prend CAROLINE VAUDIEU dans ses bras.)

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU arrive à l'hôpital. Elle s'adresse au réceptionniste.)


CAROLINE VAUDIEU

Je viens voir

Antoine Derouère.

Il est mort cet après-midi.


LE RÉCEPTIONNISTE

Vous êtes de la famille?

(CAROLINE VAUDIEU fait signe que non.)


LE RÉCEPTIONNISTE

Ah, mais non,

c'est pas possible.

Il faut une autorisation.

(CAROLINE VAUDIEU montre son badge.)


LE RÉCEPTIONNISTE

Je vais vous appeler

quelqu'un.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est à la morgue, près du corps d'ANTOINE.)

(Plus tard, c'est l'enterrement d'ANTOINE.)

PRÊTRE

Donne-nous aujourd'hui

le pain dont nous avons besoin.

Pardonne-nous nos torts

envers toi.

Comme nous-mêmes,

nous avons pardonné à ceux

qui avaient des torts envers

nous. Vous avez appris

qu'il a été dit:

"Tu aimeras ton prochain

et tu haïras ton ennemi."

Mais moi, je vous dis:

Aimez vos ennemis

et priez pour ceux

qui vous persécutent

afin d'être vraiment

les fils de votre Père

qui est aux cieux.

Car il fait lever son soleil

sur les méchants

et sur les bons,

et tomber la pluie

sur les justes et les injustes.

Car si vous aimez ceux

qui vous aiment,

quelle récompense

allez-vous en avoir?

Les collecteurs d'impôts

eux-mêmes

n'en font-ils pas autant?

Si vous saluez seulement

vos frères, que faites-vous

d'extraordinaire?

Les païens n'en font-ils

pas autant?

Vous donc, vous serez parfaits

comme votre Père céleste...

(JULIE s'éloigne lentement de l'enterrement pendant que le prêtre parle.)

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est dans le bureau du JUGE D'INSTRUCTION.)


JUGE D'INSTRUCTION

Les résultats du labo

sont formels.

Le sang sur les lacets

de Piotr

est celui de Walesa.

Il avoue l'avoir frappé,

mais il dit que c'est Pavel

qui l'a jeté dans l'eau.

Et toi?

T'en es où, toi?


CAROLINE VAUDIEU

On a diffusé sa photo partout,

cuisiné tous ceux

qu'il appelait.

Sans résultat.


JUGE D'INSTRUCTION

Les écoutes du Russe

à Nice?


CAROLINE VAUDIEU

Toujours rien.

J'ai bien peur

qu'il soit déjà loin.

Je me demande si j'ai bien fait

de revenir à la PJ.

Peut-être que je suis

trop vieille.

Trop con!

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU est à une rencontre des alcooliques anonymes.)


ALAIN

Bonjour, je m'appelle Alain,

je suis alcoolique.

Moi, quand je vous vois...

J'ai honte.

J'ai honte d'être avec vous.

Quand je vous vois,

je me sens comme une merde.

Moi, ce matin, je suis descendu,

j'ai prétexté

que je sortais le chien...

Et j'ai retrouvé la

bouteille de vodka que j'avais

laissée la semaine dernière

dans le buisson

juste en bas du HLM.

J'ai tout bu.

Et quand je suis remonté,

je me suis fait pourrir

par ma femme

devant mes mômes.

Et moi, je crois pas

une seconde que c'est dans

cette putain de salle

que je vais arrêter l'alcool.

J'ai perdu mon taffe. J'ai ma

femme qui est en train de me

quitter. Et quand je croise le

regard de mes mômes,

qu'est-ce que je vois, moi?

Je vois de la pitié.

Et quand je viens ici,

c'est ça que je trouve.

Mais tu crois que c'est comme

ça que je vais arrêter l'alcool?

Mais c'est pas avec

ces prières de bigots

et avec ces embrassades

d'hypocrites que je vais

arrêter l'alcool, moi!

Mais regardez, je suis

en train de vous insulter,

il y en a pas un qui bouge.

(CAROLINE VAUDIEU se lève et s'en va et claque la porte.)

(Plus tard, L'INTERPRÈTE écoute les messages de PIOTR et les traduit pour SOLO, CAROLINE et PATRICK BELVAL.)


L'INTERPRÈTE

On va prendre un étudiant

pour lui donner des leçons

et tout va bien se passer.

Il faut que je te laisse.

Je dois chercher la voiture

au garage. Ne t'inquiète pas.

à ce soir. Je t'embrasse.

Bonsoir, c'est Pavel.

Je t'ai dit

de ne pas m'appeler ici.

Il faut que je te voie.

Je suis à la gare.

Je ne veux pas te voir.

Ne viens pas chez moi

et je ne veux plus

que tu m'appelles.


CAROLINE VAUDIEU

Retraduisez

la dernière partie.


L'INTERPRÈTE

Je t'ai dit de ne pas

m'appeler ici. Il faut que je

te voie. Je suis à la gare.


CAROLINE VAUDIEU

Il est à Nice.

On va chez le taulier.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU, NICOLAS MORBÉ et SOLO arrivent à l'aéroport de Nice et son accueillis par DUTTY.)


DUTTY

CAROLINE VAUDIEU?


CAROLINE VAUDIEU

Oui.


DUTTY

Bonjour, Dutty, PJ Nice.

Bonjour, bonjour.

On a repéré votre gars.

Il est à l'hôtel Darcy

au deuxième étage.

La BRI est prête.


CAROLINE VAUDIEU

Il leur faut combien de temps

pour être là?

Il faut compter

maximum une demi-heure.


CAROLINE VAUDIEU

Je veux voir les lieux avant.


DUTTY

Je vous y emmène.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU entre dans un café.)


CAROLINE VAUDIEU

Je peux avoir un café,

s'il vous plaît?

(PAVEL PANEVSKI entre dans le café.)


SERVEUSE

Monsieur?


PAVEL PANEVSKI

Malboro.


SERVEUSE

Oui.

Six euros. Merci.

Merci.

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU monte dans une voiture avec SOLO, NICOLAS MORBÉ et SOLO.)


CAROLINE VAUDIEU

Je viens de le voir.

Il a pris des cigarettes.


NICOLAS MORBÉ

Pourquoi t'as pas appelé?

Il y a deux mecs à nous

dans le bar. On est quatre.


CAROLINE VAUDIEU

T'es vraiment con, des fois.


DUTTY

Putain, la BRI,

qu'est-ce qu'ils foutent?

C'est pas possible.

Ils sont lents!

(Deux voitures de l'équipe tactique arrivent. Les membres de l'équipe tactique sortent et sont rejoints par CAROLINE VAUDIEU, DUTTY, SOLO et NICOLAS MORBÉ.)


DUTTY

Il est toujours dans sa

chambre. Vous pouvez y aller.


CHEF ÉQUIPE TACTIQUE

O.K. Équipe deux, vous

sécurisez le bout de la rue.

Équipe un, derrière

son bouclier. On y va!

Go!

(Les membres de l'équipe tactique entrent dans l'hôtel.)


CAROLINE VAUDIEU

Morbé, tu montes.

Solo, tu restes là.

(Les membres de l'équipe tactique montent l'escalier. Ils défoncent la porte de la chambre de PAVEL PANEVSKI. PAVEL PANEVSKI va vers la fenêtre de sa chambre en tirant vers la porte avec un fusil. PAVEL PANEVSKI saute sur la marquise de l'hôtel à partir de la fenêtre de sa chambre. CAROLINE VAUDIEU le voit et tire sur lui. Deux membres de l'équipe tactique sortent par une autre fenêtre et vont sur la marquise. Un des membres fait signe à CAROLINE VAUDIEU que PAVEL PANEVSKI est mort. Elle baisse son arme et se tourne vers SOLO. Ils se regardent longtemps puis SOLO prend l'arme des mains de CAROLINE VAUDIEU. Ensemble, ils quittent la scène de crime.)

(Plus tard, CAROLINE VAUDIEU marche seule sur la plage.)

(Générique de fermeture)

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