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Oslo, August 31st

On the last day of summer, Anders checks out of rehab and spends the day in the city for a job interview – an opportunity to take stock of missed opportunities, lost youth dreams, and perhaps hope for a new beginning.



Réalisateur: Joachim Trier
Acteurs: Anders Danielsen Lie, Hans Olav Brenner, Ingrid Olava
Production year: 2011

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VIDEO TRANSCRIPT

OSLO, le 31 août est un film tourné en Norvégien, comportant des sous-titres en langue française. Ce document ne rapporte la version française du dialogue.

Des souvenirs de la ville d’OSLO en images défilent : en hiver, en été à la plage, des pratiques de sports, des enfants dans les parcs, des balades en auto dans les rues, pour finir sur un immeuble dynamité qui s'écroule. Pendant ce temps, les voix de personnes anonymes qui évoquent leurs propres souvenirs se succèdent.


VOIX D'HOMME

Je me souviens que le 1er bain

dans le fjord d'Oslo

se faisait toujours le 1er mai.


VOIX D'HOMME

Je me souviens quand on revenait

à Oslo en voiture, le dimanche soir.

On rentrait de la campagne.

Oslo était déserte.


VOIX DE FEMME

Les arbres me semblaient

très grands ici, comparés à

ceux du nord.


VOIX D'HOMME

Je me souviens que je me disais:

“Ça, je m'en souviendrai”.


VOIX DE FEMME

Je me souviens que mon père

fumait dans la cuisine.

Il buvait son café et écoutait la radio.


VOIX D'HOMME

Je me souviens plutôt des gens

que de la ville d'Oslo.


VOIX DE FEMME

Quand on s'est installés

dans le quartier de Bislett,

on s'est sentis très adultes.


VOIX D'HOMME

Je me souviens des heures passées

dans des trams,

des bus et des métros,

et de marches interminables

vers des fêtes très bizarres.

Auxquelles on ne savait jamais

si on était vraiment invités ou pas.


VOIX DE FEMME

Je me souviens de mon sentiment

de liberté en arrivant à Oslo,

jusqu'à ce que je comprenne

que la ville est toute petite.


VOIX D'HOMME

Ma mère m'a montré la rue

où elle habitait, dans le centre.

Il n'y a que des bureaux

maintenant.

Je me souviens

de tous mes matchs de foot

Je joue avec les mêmes personnes

depuis que j'ai 6 ans.

On est tous d'Oslo.


VOIX DE FEMME

Je me souviens de son rire.


VOIX D'HOMME

L'odeur de ses cheveux

après la plage …


VOIX D'HOMME

Avant chaque match,

on était sûrs de gagner.

Quelle déception!


VOIX DE FEMME

Je me souviens de la neige.


VOIX D'HOMME

On fumait tous.


VOIX DE FEMME

Il disait préférer le mot

“mélancolique” au mot “nostalgique”.


VOIX D'HOMME

Je me souviens

qu'on avait beaucoup de temps.


VOIX DE FEMME

Le lit n'entrait pas par la porte …


VOIX D'HOMME

J'étais triste.


VOIX DE FEMME

Après le cinéma,

on est montés voir son appart.


VOIX D'HOMME

J'avais un copain …


VOIX D'HOMME

Maintenant, c'est un parking.


VOIX DE FEMME

Je ne l'ai plus jamais revu.


VOIX D'HOMME

Je me demande ce qu'il est devenu.


VOIX DE FEMME

Ils ont rasé la tour Philips.

(La tour Philipps s'effondre.)

Titre 

(Oslo, 31 août)

(ANDERS ouvre les rideaux dans une chambre et regarde par la fenêtre qui donne sur une autoroute. ANDERS s'allume une cigarette.)

(ANDERS marche sur le côté de l'autoroute et enjambe le parapet.)

(ANDERS traverse un champ en bordure de l'autoroute et marche vers un quartier résidentiel.)

(ANDERS traverse un boisé et s'arrête au bord d'un lac. Il descend dans le lac tout habillé, prend une grosse pierre dans ses bras et avance dans l'eau jusqu'à ce qu'il s'enfonce complètement. Après quelques secondes, ANDERS émerge à bout de souffle, en toussant. ANDERS sort de l'eau en toussant et repart en direction inverse jusqu'à une immense maison jaune. ANDERS entre dans la maison, traverse plusieurs pièces et entre dans une chambre. ANDERS est dans la chambre devant une table de travail et regarde par la fenêtre des personnes jouer au ping-pong.)

(ANDERS prend une douche dans une salle de douches; d'autres hommes se lavent aussi.)

(ANDERS se brosse les dents dans une salle de lavabos pendant qu'un autre homme se rase la barbe.)


ANDERS

C'est la bouffe, ta drogue,

maintenant?


L'HOMME

Ta gueule!

(Dans une salle, une thérapie de groupe est en court. Chacun y va de son témoignage, tandis qu'un intervenant réagit de temps à autre.)


UN PARTICIPANT

J'ai pas eu ce sentiment,

les autres fois où je suis sorti.

Je sais pas pourquoi je ressens ça,

parce que je me sens bien ici.

Mais ce mois dernier …

ou ces deux derniers mois …

j'ai vraiment eu peur.

J'ai la trouille, quoi.


INTERVENANT

Tu as peur de l'avenir?


UN PARTICIPANT

Oui.


UNE PARTICIPANTE

Je me sens comme

quand j'ai commencé à me droguer.

J'ai l'impression d'être à nouveau

à l'école primaire.

Tout ce noir …

Ce vide en moi …

C'est revenu.

Et le soulagement

qu'on ressent quand on se « shoote »

n'est plus là.

Je me demande vraiment

comment je vais m'en sortir,

comment je vais pouvoir vivre avec ça.

Merci …


INTERVENANTE

Merci.


ANDERS

Ces derniers jours, j'ai rien ressenti …

J'ai rien ressenti de particulier.

Je suis fatigué. Mais c'est

parce que je dors pas très bien.


INTERVENANT

Tu as un entretien d'embauche,

aujourd'hui?


ANDERS

Oui.


INTERVENANT

Parle-nous un peu de ça.


ANDERS

J'ai rien à dire, en fait.

(ANDERS est dans sa chambre. Il enfile une veste sport puis met des chaussures.)

(Dans un bureau, l'INTERVENANT donne un formulaire à ANDERS.)


INTERVENANT

Ça, c'est pour le retour.

N'oublie pas de leur dire de tourner

sur la route de Losby.

Les taxis ont souvent du mal à trouver.

Bonne chance.

On se verra ici à ton retour.

À très bientôt. Bonne chance.

(L'INTERVENANT donne la main à ANDERS et lui fait une accolade.)

(ANDERS est dans une voiture taxi qui le conduit à OSLO.)

(ANDERS descend sur une rue du centre-ville et marche dans la ville.)

(Anders est maintenant dans une rue plus calme. Il sonne à une porte.)


THOMAS (Dans l'interphone.)

Oui?


ANDERS

Salut, c'est moi. Anders.


THOMAS

Ça alors!

Salut, Anders. Entre.

Regarde qui est là.

(ANDERS monte un escalier et THOMAS l'attend sur le palier.)


ANDERS

Tu te souviens de moi?

J'étais dans le quartier.


THOMAS

Super. Entre.

ANDERS entre chez THOMAS. Dans l'appartement, un jeune enfant court et REBEKKA vient à sa rencontre en tenant un bébé dans ses bras. [ANDERS

Je te dérange?


THOMAS

Non. C'est super.


REBEKKA

Ça fait un bail.

(ANDERS est assis dans la salle à manger en compagnie de REBEKKA et sa fille, JULIA.)


THOMAS

Tu veux un café, Anders?


ANDERS

Oui, volontiers.


THOMAS

Sinon, j'ai des yaourts,

du jus ou de la bière.

Une bière?


ANDERS

Non …

Un café, c'est parfait.

Merci.


REBEKKA

Tu prends une bière?

Il boit jamais de bière à midi.

Il joue au dur parce que t'es là.


THOMAS

Oui, je suis un vrai dur.

T'as pas le droit de boire, peut-être?


ANDERS

Non. Mais ça fait rien.

Vas-y, saoule-toi.


REBEKKA

T'as fini le traitement, maintenant?


ANDERS

Dans quinze jours, c'est fini.


REBEKKA

Ça t'a aidé?


ANDERS

Oui …


THOMAS

C'est un troll?


JULIA

Je crois que oui.


THOMAS

Pourquoi tu dessines un troll?

Tu regardes Anders.


JULIA

Parce qu'il est très grand.


THOMAS

Tu trouves?

Avant, Anders était un narco-troll.

Tu connais l'héroïne et le speed?

Et le khat?

Tu connais les Kit Kat?


JULIA

Oui.


THOMAS

C'est bien. Avant, je faisais

souvent la fête avec Anders.

Mais maintenant,

je reste ici avec toi et maman.

C'est mieux.

Va lui donner le dessin.


ANDERS

C'est pour moi?

Merci beaucoup.


THOMAS

Elle t'aime bien, on dirait.


ANDERS

T'aurais vu …

Il y a un gars au centre qui …

Un pauvre type

qui devait jouer Thomas.


THOMAS

Comment ça?


ANDERS

On faisait des jeux de rôles.

Ça fait partie du traitement.

Les autres résidents doivent jouer

des personnes de ma vie.

Ma sœur, ou toi …


THOMAS

Un camé m'a joué, moi?


REBEKKA

“Un camé“ …

Et qu'est-ce qu'il faut faire?


ANDERS

Il faut improviser …

Ils sont en cercle autour de toi

et doivent essayer de te tenter.

“Anders, souviens-toi comment

la drogue te réchauffe de l'intérieur.

Tu peux la fumer,

pas besoin d'injecter.”

Voilà.

Ce genre-là.

Celui qui a joué ton rôle

n'avait pas grand-chose à …


THOMAS

Pas de vécu.


ANDERS

Non. Pas d'expérience concrète.

Il devait me tenter

avec des trucs de la fac.

Mais il s'y connaissait pas.

“J'ai un livre super, là …

Un livre vraiment kiffant, Adorno.”


THOMAS

Ils ont saisi la complexité

de ma personne.


REBEKKA

C'est comme ça qu'il m'a draguée.


THOMAS

Incroyable que ça ait marché!


ANDERS

À chaque fois, ça se termine

de la même façon, avec les mêmes mots:

“Anders, je t'aime. Je te pardonne.”

Ils pensent que c'est un truc

qu'on a besoin d'entendre.

Mais … parlons d'autre chose.


REBEKKA

Tu as bonne mine.


ANDERS

C'est vrai?

J'ai mal dormi, cette nuit.

J'avais ma première “soirée dehors”

hier soir.

J'ai vu Malin.

Elle repart vivre à Stockholm.


REBEKKA

Malin? Je la connais?


THOMAS

Impossible.

Anders a tellement de copines

qu'on s'y perd totalement.


ANDERS

Tu l'as jamais rencontrée.


THOMAS

Pas étonnant que tu sois fatigué

si t'as passé la nuit

à coucher avec des Suédoises.


ANDERS

Je sais pas …

J'étais pas vraiment là.

Je m'attendais peut-être à trop.

J'ai rien senti.


THOMAS

Proust a dit:

“Tenter de comprendre le désir

en regardant une femme nue,

c'est comme essayer de comprendre

le temps en démontant une montre.”


REBEKKA

Il te raconte un truc perso, et toi,

tu lui balances une citation.


THOMAS

Juste parce qu'il est perso,

je dois être perso aussi, c'est ça?

J'ai pas été avec des Suédoises

depuis longtemps.


REBEKKA

Je sais bien.

Mais il dit exactement le contraire

de ta citation de Proust.

Il dit qu'il n'as pas senti de désir.

Écoute ce qu'il dit, au moins.


THOMAS

Oui, mais …

Proust, ça reste Proust.

Appelle quand t'es de retour.

Je t'aiderai.

(THOMAS et ANDERS sont assis dans une petite pièce qui fait figure de bureau pour THOMAS.)


THOMAS

Désolé.

Pardon!


REBEKKA

Désolée.

T'as vu l'anneau

pour les dents d'Albert?


THOMAS

Non, je sais pas. Je l'ai pas vu.


REBEKKA

À plus.


THOMAS

Et merde!

Rebekka!

Regarde dans la porte du frigo.


REBEKKA

OK. Merci.


THOMAS

Il fait ses dents. C'est pour ça.

Il a besoin d'un truc froid.

Ça soulage.

Bienvenue dans ma vie!

J'ai vu tes parents l'autre jour,

au parc.

Ils étaient très mignons,

très attentionnés. Un couple modèle.


ANDERS

Ils vont vendre la maison.


THOMAS

Ils vont vendre Fagerborg?

Pourquoi?


ANDERS

Ils ont dû emprunter.

J'ai dépensé tellement d'argent,

t'imagines même pas.

Papa dit qu'ils auraient vendu

de toute manière.

Ils veulent voyager,

vu qu'ils sont à la retraite.

Là, ils sont à Nice.


THOMAS

Qu'est-ce qui se passe après?

T'es de sortie, là?


ANDERS

Après, je vais voir ma sœur.

Et puis …

J'ai un entretien d'embauche.


THOMAS

Un entretien d'embauche? Super.


ANDERS

J'en sais rien. C'est …

Un remplacement comme

secrétaire de rédaction chez Folio.


THOMAS

C'est super!


ANDERS

Non. C'est pas super du tout.

Mais ça fait partie du traitement

de chercher un boulot.


THOMAS

C'est vachement bien.

Une fois que t'y seras,

tu seras vite promu éditeur.


ANDERS

Arrête tes conneries!


THOMAS

T'es plus intelligent qu'eux!


ANDERS

Pas du tout.


THOMAS

Bien sûr que si.


ANDERS

Pas du tout.


THOMAS

Souviens-toi de tes articles.


ANDERS

C'était il y a 6 ans.

Je faisais la fête avec Knut,

voilà pourquoi.

J'étais pas vraiment

un bon journaliste.

(THOMAS et ANDERS sont assis dans un parc.)


THOMAS

J'avais peur qu'il t'arrive

quelque chose.

Je craignais qu'on m'appelle pour me dire

que t'avais fait une overdose.

Après l'histoire avec Iselin,

j'étais sûr que

quelque chose allait t'arriver.

Je me disais: “Je vais le perdre.”

Je me suis éloigné de toi à ce moment-là.

Tu sortirais à nouveau avec Iselin?


ANDERS

Je crois que …

Je crois qu'elle veut plus me parler.


THOMAS

Les choses ont changé, non?


ANDERS

Non.


THOMAS

Iselin est forte.

Elle m'appelait à chaque fois

que tu disparaissais.

Elle voulait

que je l'aide à te chercher.

Moi, j'en avais vite marre.

Mais Iselin n'a jamais abandonné.


ANDERS

C'est pas elle, c'est moi.

J'ai plus les mêmes sentiments.

J'étais content à l'idée de revoir Malin.

Mais devant elle, je me rappelais plus

pourquoi j'étais content.


THOMAS

Mais Iselin, c'est différent.

T'étais amoureux d'elle.


ANDERS

Non. J'étais pas amoureux.


THOMAS

Arrête. T'étais raide dingue d'elle.

Je l'ai vu.

ANDERS et THOMAS marchent ensemble dans le parc. [ANDERS

C'est quand j'étais avec elle

que j'ai commencé à me shooter.

J'ai reçu un peu de fric aujourd'hui.

Ma première pensée a été:

“Je vais acheter de l'héroïne.”

C'est une pensée automatique,

comme un instinct.

Je peux pas replonger,

c'est pas possible.


THOMAS

C'est un réflexe.

C'est une pensée, rien de plus.


ANDERS

Il s'agit pas de l'héroïne.

Regarde ma vie.

J'ai 34 ans et j'ai rien.

J'ai pas le courage

de tout recommencer. Tu sais pas …


THOMAS

Je sais que c'est pas facile …


ANDERS

Je veux pas de ta pitié.


THOMAS

Non, je sais bien.

Mais tout peut encore s'arranger.


ANDERS

C'est quoi, “tout”?


THOMAS

Les choses.


ANDERS

Comme quoi?


THOMAS

Ta famille te soutient,

t'as des amis. T'es pas bête. Allez!

Regarde les autres, dans ton centre.

Ils ont pas les mêmes possibilités

que toi.


ANDERS

Peut-être. Mais ils se contenteront

d'un boulot de merde

et de gosses d'une ex-copine.


THOMAS

D'accord, joue au loser.


ANDERS

C'est pas ce que je veux!

Putain!

Je suis pas venu ici pour …

je suis pas venu ici

pour que tu me dises de me ressaisir.


THOMAS

Je fais tout de travers.

(THOMAS et ANDERS sont assis plus loin, dans le parc.)


ANDERS

Non, pas du tout. Désolé.

Tu te rappelles

de ce que tu disais?

“Si un être humain

a envie de se détruire,

la société doit le lui permettre.”


THOMAS

Oui, ça ressemble à un truc

que j'ai pu dire.

Mais je pensais sûrement à une pub

pour la malbouffe

ou à la violence

dans la prostitution.

Je pensais sûrement pas à toi.

T'es pas …


ANDERS

J'avais toutes les chances,

mais j'ai merdé.

Si on regarde la situation froidement,

on se rend compte

que personne n'a besoin de moi.


THOMAS

Je pourrais regarder

la situation froidement, tu crois?


ANDERS

J'essaie juste de …

Je veux juste

que tu comprennes que …

Si mon histoire se termine ici,

c'est parce que je l'aurai choisi.


THOMAS

Tu peux pas me balancer ça

comme ça.

C'est horrible!

Peu importe ce qui se passe,

tu le feras pas. Tu m'entends?

Je peux pas t'entendre dire

que tu as l'intention de te suicider,

si c'est ce que tu insinues.

C'est ça?

Ça leur ferait quoi,

à tes parents et à ta sœur?


ANDERS

Je sais pas. Ils croiront

à une overdose. Ça arrive souvent.


THOMAS (En soupirant)

T'avais ce genre d'idées

avant aussi, parfois.

Mais ça passait.

C'est horrible sur le moment.


ANDERS

Mais ça passera. Tout s'arrangera.

Sauf que c'est pas vrai.


THOMAS

Arrête, Anders.


ANDERS

Arrêter quoi?

(ANDERS et THOMAS sont près d'une aire de jeux.)


THOMAS

T'as déjà réussi à surmonter ça.

Je crois que si on regarde la vie

avec un peu de recul

et qu'on a un peu de temps,

comme toi en ce moment,

n'importe qui est déprimé

par ce qu'il voit.


ANDERS

Oui. Peut-être bien.

Mais ça me fait chier. Je vois

des gens qui sont gais et heureux.

J'ai toujours considéré

que les gens heureux étaient cons.


THOMAS

C'est vrai …

Ils sont cons.


ANDERS

Oui.

Mais vous deux, vous êtes heureux.

Vous n'êtes pas cons.

À moins que ...


THOMAS

Parfois, je me demande

ce qu'on est en train de faire …

Dire qu'on est heureux

est peut-être exagéré, mais ...

Parfois, on est bien.

Tu pourrais avoir ça, toi aussi,

si tu le voulais.


ANDERS

Non, je voudrais pas avoir ta vie.

C'est …

Je veux pas d'enfants.

Ils sont très mignons, mais …

On est obligé d'en vouloir?


THOMAS

Non.


ANDERS

Et la recherche, c'est ton truc..

J'ai jamais vraiment aimé ça.

Analyser les œuvres de Rilke,

disséquer des phrases et écrire

des articles que personne ne lit.

Ça n'a aucun sens.


THOMAS

C'est un super résumé de ma vie …

C'est comme ça que tu me vois?

C'est ma vie, ça?


ANDERS

Désolé. Je voulais juste dire que …

Toi, tu sais le faire.

(ANDERS et THOMAS sont maintenant au pied d'un grand escalier.)


THOMAS

J'ai tellement de truc en tête …

J'arrive pas à faire le tri.

Et j'ai le dos en compote.

Sûrement

parce que je reste trop assis.

J'ai été élu membre

du syndic de l'immeuble.

On doit refaire un ravalement

et j'en suis responsable.

J'ai deux conférences à préparer

et j'ai même pas commencé.

L'une est sur Wergeland en tant que

directeur des archives nationales.

“Dieu préserve le patrimoine.”


ANDERS

Mon Dieu.


THOMAS

C'est affreux.

J'arrive pas à me concentrer.

C'est rare qu'on fasse l'amour

avec Rebekka.

Enfin, on le fait plus.

Et pour couronner le tout,

Albert est couvert d'eczéma.

Il faut que je trouve une crème …

Je sais pas, moi …

Je sors plus avec qui je veux.

Je vois que les parents des enfants

avec lesquels joue Julia.

On fait semblant de s'amuser,

on boit deux verres de vin

et c'est le summum du bonheur.

C'est pathétique, je te jure.

Quand Albert est né,

on s'est dit que j'allais écrire.

Mais j'ai rien fait du tout.

Et Rebekka et moi, on parle plus.

J'ai acheté une Playstation.

Du coup, on joue à Battlefield

et on boit de la bière.

Parfois …

ono décide de sortir, puis on annule.

On n'a plus envie.

On appelle la baby-sitter,

on décommande,

et on se remet à jouer

à Battlefield.

Rebekka est vachement forte!

Elle est cruelle. Elle prend

les dog tags des autres joueurs

et les détruit juste pour les humilier.

Voilà comment on s'amuse!

Quelle vie!


ANDERS

Excuse-moi de rigoler.


THOMAS

Tu veux venir à la maison

avant d'aller voir ta sœur?

(ANDERS et THOMAS marchent dans la ville.)


ANDERS

Je vais quand même aller

à mon entretien d'embauche.


THOMAS

Ah bon?


ANDERS

Oui, pourquoi pas?

Je vais tout foiré, mais bon …

Je me dépêche.

Faut que j'y sois à 14h.


THOMAS

Tu veux que je t'accompagne?


ANDERS

Non. Ça ira.


THOMAS

Viens dîner. Après, on ira

à la fête chez Calle et Mirjam.

Ça leur ferait super plaisir

de te revoir.


ANDERS

Non. Je crois pas.


THOMAS

Pas de conneries, tu m'entends?

Sinon je me fâche grave. Promis?

Hein?


ANDERS

Oui. C'est promis.


THOMAS

Viens à la fête. Et …

Bonjour à ta sœur …

Bonne chance pour l'entretien …


ANDERS

À plus.

(ANDERS part de son côté tandis que THOMAS se retourne, hésitant à quitter ANDERS. THOMAS part en sens inverse.)

(ANDERS marche dans la ville.)

(Dans une entrée, à l'abri du bruit, ANDERS téléphone.)


VOIX D'ISELIN

Bonjour, c'est Iselin.

Laissez un message.


ANDERS

Bonjour Iselin. C'est Anders.

Bon, il doit être tard chez toi, là,

mais …

T'as probablement pas envie

de me parler, mais mon numéro

a changé. Si t'as l'occasion …

enfin … Si tu pouvais m'appeler

quand t'as ce message.

Au 98-54-53-76.

C'est important. Si tu pouvais …

J'aimerais te parler.

Voilà. À plus tard.

(ANDERS reprend sa marche dans la ville.)

(ANDERS entre dans un bureau.)


ANDERS

Pardon …

Je cherche David Molvear

pour le poste de secrétaire de rédaction.


UNE EMPLOYÉE

David!


DAVID

Vous lisez notre revue?


ANDERS

Oui.


DAVID

Très bien.

Vous en pensez quoi?


ANDERS

Je la trouve bien.

La qualité s'est améliorée

depuis deux, trois numéros.

J'aime bien la nouvelle

mise en page.


DAVID

Oui.


ANDERS

Mais si je dois être vraiment franc,

je trouve que …

Je trouve que le profil de la revue

est peut-être un peu vague.


DAVID

Comment ça?


ANDERS

Vous ressemblez beaucoup

au magazine Vinduet.

C'est difficile pour vous

de vous démarquer.

Surtout qu'il y a des domaines

où ils sont meilleurs.


DAVID

Ah bon? Comme quoi?


ANDERS

J'aime beaucoup ce que vous faites.

Mais …

Prenons l'article sur Mad Men

et L'homme sans qualités.

L'idée en soi n'est pas mauvaise,

mais il y en a tellement qui tentent

d'écrire de manière intello

sur les séries HBO et les jeux vidéo.

À la fin, ça fait un peu exercice

d'étudiant en média.

Vous voyez ce que je veux dire?

“Samantha dans Sex in the city,

vue à travers Schopenhauer.”


DAVID

Mais les gens aiment bien lire

des choses légères, aussi.

Ce qui n'empêche pas

que les articles doivent être bien écrits.

À long terme, je pense sortir

une revue entièrement en anglais.

On perdrait les subventions nationales,

mais en visant le marché anglophone,

on peut se spécialiser plus.


ANDERS

Je pense que c'est une bonne idée.

Ma copine travaille à New York.

J'ai quelques contacts là-bas.


DAVID

Vous avez écrit pour Morgenbladet?


ANDERS

Oui.


DAVID

Vous écrivez très bien.


ANDERS

Vous trouvez?

Merci.


DAVID

Quand je regarde votre CV,

je vois qu'il n'y a presque rien

après 2005.


ANDERS

Je n'ai rien fait

qui pourrait vous intéresser.


DAVID

Tout nous intéresse.

Vous avez fait quoi?


ANDERS

J'ai travaillé un peu

comme DJ et …

J'ai fait des petits boulots …


DAVID

D'accord. Comme quoi?


ANDERS

Vous voulez vraiment savoir?


DAVID

Oui, bien sûr.


ANDERS

J'ai été toxicomane.


DAVID

D'accord. Eh bien …

Quelle sorte de toxicomane?


ANDERS

Je prenais tout.

Cocaïne, ecstasy …

alcool …

Héroïne, aussi.

À la fin, je dealais pas mal.

J'aurais pu le mettre sur le CV.

Je suis clean, aujourd'hui.

J'ai pas bu une bière depuis 10 mois.

Je suis totalement clean.


DAVID

Eh bien ça, c'est …

Tout le monde n'arrive pas

à s'en sortir. Alors, c'est …

C'est assez exceptionnel.


ANDERS

Écoutez, laissons tomber tout ça.

Donnez-le-moi.


DAVID

Comment ça?


ANDERS

C'est pas …

Mon dossier de candidature.


DAVID

J'aimerais le garder.


ANDERS

Non. Je veux le récupérer.


DAVID

Je ne comprends pas …

(ANDERS se lève et accroche sa chaise au passage.)


ANDERS

Désolé …


DAVID

Il n'y a pas de quoi.

(ANDERS part confus. Une fois dehors, il jette le document dans les poubelles.)

(ANDERS est assis à une table dans un resto et semble troublé. Il écoute les conversations aux tables voisines.)


UN CLIENT

Je joue du piano.


UNE CLIENTE

Moi aussi.

Mais je suis très mauvaise.


UN CLIENT

OK. Et tu sais jouer quoi?


UNE CLIENTE

Différentes choses …

“La Lettre à Élise”, par exemple.


UN CLIENT

Des morceaux classiques?


UNE CLIENTE

Oui.

Et toi?


UN CLIENT

Pas de musique classique.

Plus du jazz. Un style plus libre.

Je déteste les gammes.

(ANDERS regarde le couple discuter. Puis tourne la tête pour percevoir une autre conversation.)


UNE FEMME

La pression était grande.

Une attente énorme.

C'était dur. Vraiment.


UN HOMME

Il y a plein de gens

qui vivent des choses difficiles.

Il a exagéré, je trouve.


UN HOMME

Plus d'argent et plus de …

(Le son d'une motocyclette qui passe détourne l'attention de ANDERS. Puis, ANDERS retourne aux conversations de ses voisins de restaurants.)


JEUNE FILLE 1

Il chante super bien.


FILLE 2

Ben, plus maintenant!


FILLE 3

Non, il s'est tué.

Quand on veut se tuer,

on prend pas un fusil de chasse!


FILLE 2

T'as raison de dire

qu'il ne chante plus très bien!


FILLE 1

Non, il s'est tiré balle!

Avec un fusil!

La tête complètement éclatée!

(ANDERS regarde vers la table de jeunes filles en souriant, puis il détourne son regard.)


JEUNE FEMME 1

Je suis restée bouche bée.

J'ai pas su quoi lui répondre.


JEUNE FEMME 2

Mais il t'as dit comment?


JEUNE FEMME 1

Il me l'a dit hier

quand on se brossait les dents.

Il l'a pas dit directement,

il est resté vague.

Il a commencé à dire

qu'il savait pas ce qu'il ressentait.

Il a dit qu'il était perdu,

mais qu'il voulait vivre avec moi.

En même temps, il disait que …


JEUNE FEMME 2

Qu'il sait pas ce qu'il ressent.


JEUNE FEMME 1

Oui. Enfin …


[JEUNE FEMME 2:]Ce qu'il ressent pour toi?

JEUNE FEMME 1

Oui, pour moi et pour …

(À une autre table, une autre conversation entre jeunes femmes qui sont toutes deux devant leur ordinateur.)

(Pendant que la fille blonde lit son texte à voix haute, on suit une autre femme dans ses activités quotidiennes : marcher dans la rue, aller au gym, faire ses courses, rentrer chez elle, ranger ses courses. Puis on revient dans le restaurant avec ANDERS qui écoute la FILLE BLONDE.)


FILLE BLONDE

Je veux me marier, avoir un bébé.

Je veux faire le tour du monde,

acheter une maison,

partir en voyage en amoureux,

manger des glaces toute une journée,

vivre à l'étranger, atteindre

et garder mon poids idéal,

écrire un livre fantastique,

reprendre contact

avec d'anciens amis.

Je veux planter un arbre,

préparer un délicieux dîner,

je veux sentir que j'ai réussi.

J'aimerais nager avec des dauphins,

faire une grande fête

pour mon anniversaire,

vivre jusqu'à 100 ans,

rester mariée jusqu'à ma mort,

envoyer un message dans une bouteille

et recevoir une réponse,

vaincre toutes mes peurs

et mes phobies,

regarder le ciel

toute une journée,

vivre dans une vieille maison

avec plein d'objets partout,

courir un marathon,

lire un livre tellement bien

que je m'en souviendrai toute ma vie,

peindre des tableaux magnifiques

qui reflètent qui je suis vraiment,

couvrir tout un mur avec des images

et des citations que j'adore,

avoir toutes les saisons

de mes séries préférées,

qu'on m'écoute quand je parle

d'une chose qui me tient à cœur,

sauter en parachute,

piloter un hélicoptère, me baigner nue,

avoir un boulot sympas

que j'aimerais faire tous les jours.

Je veux une demande en mariage

très romantique,

je veux dormir à la belle étoile,

camper à Besseggen,

avoir un rôle dans un film

ou au théâtre,

gagner plus d'un million au Loto,

fabriquer des choses utiles

de tous les jours,

être aimée.

(ANDERS se tourne sur cette dernière phrase et regarde vers la jeune fille.)

(ANDERS sort du restaurant.)

(ANDERS est assis dans une grande salle à manger, complètement vide de client. Un serveur dresse les couverts.L'amie de NINA entre en trombe et va vers ANDERS.)


AMIE DE NINA

Bonjour, Anders.


ANDERS

Bonjour. Où est Nina?


AMIE DE NINA

Elle a une réunion qui s'éternise

au ministère des Affaires étrangères.

Elle m'a demandé de venir.

Tu prends quelque chose?

Moi, j'ai pas encore mangé.


ANDERS

Elle viendra pas?


AMIE DE NINA

Non, je pense pas.

Je te déposerai à Fagerborg.

J'ai les clés.

Un Pepsi et une bruschetta.


SERVEUSE

Une “bruchetta”.


AMIE DE NINA

Oui.


ANDERS

Rien pour moi.

Ça se prononce comme avec un “k”.

Les gens pensent

que ça se prononce “bruchetta”

et corrigent ceux qui le disent bien.

Vous êtes à nouveau ensemble?


AMIE DE NINA

Tu savais pas?

Ça fait un bout de temps,

maintenant.

Ton entretien s'est bien passé?

Nina est curieuse de savoir.


ANDERS

Je préfère le lui dire directement.

Tu peux lui demander par SMS

si elle vient ou pas?


AMIE DE NINA

Tu sais, Nina … Elle …

Ça l'inquiète un peu que tu sortes.

Elle pensait que tu allais

lui poser un lapin.

Elle a besoin d'un peu de temps.


ANDERS

Elle veut pas me voir?


AMIE DE NINA

Non. C'est pas ça.


ANDERS

Mais vous en avez parlé?


AMIE DE NINA

Hier, elle t'a attendu toute la soirée.

T'as annulé super tard.


ANDERS

On m'a pas accordé la soirée.

Je vous l'ai dit. C'est ma faute?

Donne-moi son numéro.

Donne-le-moi.

Tu veux que j'aille la voir

au ministère?


AMIE DE NINA

Non. Parce qu'elle n'y est pas.

Nina est à la maison.

Et elle y restera

pendant quelques jours.

C'est dur pour elle de savoir

que tu vas sortir.

Tu comprends ça?

Mais elle est très fière de toi.

Parce que tu as réussi.

Elle a besoin de temps, c'est tout.

En plus, depuis un moment,

Nina en a marre de la famille.

Votre mère est venue nous apporter

des affaires pendant tout l'été.


ANDERS

Quel genre d'affaires?


AMIE DE NINA

La dernière fois,

c'était un tableau rouge.


ANDERS

Celui qui est au-dessus du sofa?


AMIE DE NINA

Oui.Il était pour Nina.

La toile préférée de votre mère.

Pourquoi elle ne la garde pas?

Ils auront bien la place

pour une toile.

Nina s'en fout de savoir

que la maison va être vendue.


ANDERS

Comment ça?


AMIE DE NINA

Elle est contente s'ils peuvent t'aider.

Pas besoin de lui donner

quoi que ce soit en compensation.


ANDERS

Où tu veux en venir?


AMIE DE NINA

Nulle part.


ANDERS

J'y crois pas!


AMIE DE NINA

Qu'est-ce que j'ai dit?


ANDERS

Je sais que tu as une relation

de merde avec tes parents.

Ce que j'ai fait ne regarde que moi.

Ça n'a rien à voir avec mes parents.


AMIE DE NINA

C'est pas ce que je voulais dire.


ANDERS

Il faut que j'y aille.

L'addition, s'il vous plaît.


AMIE DE NINA

Je te dépose à Fagerborg.

C'est sur mon chemin.


ANDERS

Non. J'y vais à pied.

Je préfère.

Donne-moi juste les clés.


AMIE DE NINA

Nina aimerait bien que …

Nina veut que je reste avec toi.


ANDERS

Tu vas m'escorter

jusque chez nous?


AMIE DE NINA

Oui.

Mon Dieu. Désolée.


ANDERS

C'est une idée de qui, ça?


AMIE DE NINA

Laisse tomber, c'est moi qui ai …


ANDERS

C'est bon. Aucun problème.


AMIE DE NINA

Mais, je veux pas.


ANDERS

Moi, si.

Passe le bonjour à Nina.

(ANDERS quitte le resto. Dehors, il s'allume une cigarette. ANDERS observe les gens dans la rue.)

(Des images des maisons de Oslo défilent.)


ANDERS (Narrateur)

Il m'a appris à faire du vélo

et à ramer.

Il m'a appris qu'on peut

tranquillement dépasser de 20%

la limite de vitesse.

60 dans les zones à 50,

108 dans les zones à 90.

Elle parlait de choses d'adultes

en anglais.

Elle m'a appris

à utiliser du fil dentaire

et à tout ranger à sa place

pour éviter le bazar.

Ils détestaient les réactionnaires,

mais ils ont attendu longtemps

avant de s'abonner au câble.

Ils étaient tous les deux d'Oslo,

les rues débordaient de souvenirs.

(ANDERS marche seul dans les rues.)


ANDERS (Narrateur)

Il entendait mal et en jouait souvent

“Audrey à la taille fine.”

“Des gaufres sur la poitrine?”

Pour eux, mieux valait un succès

intellectuel que sportif.

Le succès ne se mesurait pas

à la couverture médiatique.

Ils aimaient les célébrités

qui ne déballaient pas leur vie privée

sur la place publique.

(ANDERS écoute une classe de musique jouer un air classique.)

(ANDERS traverse la rue et marche au centre-ville.)


ANDERS (Narrateur)

Ils m'ont appris à lire

avec un esprit critique

et à mépriser les gens

qui ne savent pas s'exprimer.

Cela dit, je pouvais ramener

qui je voulais à la maison.

Ils ne rataient jamais le JT,

Il a fait un test de personnalité.

Il a déclaré tout fier qu'il avait

une personnalité d'artiste.

Il m'a expliqué pourquoi les gens

qui apprécient l'armée

sont inintéressants.

(ANDERS s'assoit dans un parc très fréquenté. )


ANDERS (Narrateur)

Elle était pour la légalisation

des drogues.

Il voulait interdire

les barbecues jetables.

La démocratie était la seule

alternative.

Elle trouvait que Bardot

devait aider les humains,

plutôt que les animaux.

Ils respectaient ma vie privée,

peut-être trop.

Pour eux, croire en Dieu

était une faiblesse.

Je sais toujours pas

si je suis d'accord.

Ils ne m'ont pas appris à cuisiner

ni comment faire durer un couple.

Le leur fonctionnait plutôt bien.

Ils ne m'ont pas dit

que les amitiés s'évaporent

et qu'on devient des étrangers

même si on continue à se dire amis.

Si je n'aimais pas,

je ne mangeais pas.

J'étais libre de faire

mes propres choix:

choisir mon métier, mon logement,

qui je voulais aimer …

Si j'avais besoin d'aide,

ils arrivaient en courant.

Ils étaient plus durs

avec ma sœur qu'avec moi.

(La journée se termine, c'est le soir. ANDERS est toujours dehors et se réveille au milieu du parc maintenant désert.)

(ANDERS se dirige vers un immeuble où une fête a lieu.)


MIRJAM

T'es très belle.


ASE

Merci, toi aussi.


MIRJAM

Bonsoir, Åse!

ÅSE

Bonsoir! Félicitations!


ANDERS

Bonsoir, Mirjam.


MIRJAM

Bonsoir.


UN INVITÉ

Je pose ça dans la cuisine?


MIRJAM

Oui. Merci.

Ça fait plaisir de te voir.

Ça fait tellement longtemps!


ANDERS

Je devais retrouver Thomas ici.


MIRJAM

Il est pas encore là.


UNE INVITÉE

Que tu es belle.


MIRJAM

Toi aussi!

Monte boire un verre.

Calle est là-haut.

(ANDERS monte à l'étage. La fête bat son train. ANDERS se promène parmi les invités et salue quelques personnes.)

(ANDERS est assis avec PETER et boit une bière.)


ANDERS

T'étais pas censé aller à Bergen?


PETER

Si … et ça fait quatre ans que j'y suis.

Je suis revenu il y a deux mois.


ANDERS

Donc là, t'habites à Oslo?


PETER

Oui.

Mon corps est ici,

mais j'essaie de me rappeler

pourquoi je suis revenu.


CALLE

Anders!

(ANDERS se lève et retrouve CALLE avec d'autres personnes.)


CALLE

Raconte-nous la fois où tu as couché

avec le père de Mirjam.


ANDERS

J'ai pas couché avec lui.


CALLE

Y a prescription!


ANDERS

C'est de l'histoire ancienne.

On était chez Mirjam. Il était tard

et on était assez bourrés.

Je suis allé pisser.

En sortant des toilettes,

je me suis trompé de porte

et je me suis retrouvé

dans une pièce sombre.


CALLE

Ce qui est drôle, c'est quand

tu t'es retrouvé dans le lit.


ANDERS

Je me suis couché dans le lit et …


CALLE

Dans le lit de son père.


ANDERS

Je me suis aperçu que j'étais couché

à côté du père de Mirjam.


CALLE

Dans le lit … Ce qui est drôle,

c'est qu'Anders est là, dans le lit,

nez à nez avec le père de Mirjam.

Et Anders dit,

plein d'esprit comme toujours:

“Détendez-vous,

ce n'est qu'un rêve.”


UNE FILLE

Où était la mère de Mirjam?


CALLE

On s'en fout un peu.

L'histoire parle de son père.


UNE FILLE

Tu es sorti avec Mirjam?


CALLE

Non. Il est pas sorti avec Mirjam.

Il est sorti avec son père.

(ANDERS se verse un verre de vin.)

(Plusieurs personnes s'en vont.)


ANDERS

Vous partez, Peter?


PETER

J'en ai bien l'impression.

On va faire un tour au Robinet.

Venez dire bonjour à Anders,

les filles.

Le gars le mieux connecté d'Oslo.


ANDERS

Connecté?


PETER

Oui.

Viens avec nous.

Viens.


ANDERS

Je vous rejoindrai peut-être.


PETER

Viens avec nous.


ANDERS

Non. J'attends Thomas.


PETER

On s'appelle!

(ANDERS est maintenant assis avec deux autres hommes. Anders boit encore une bière en écoutant la conversation.)

GARÇON 1

Laquelle?

GARÇON 2

La deux. La saison deux.

GARÇON 1

C'est fou d'avoir enlevé le protagoniste.

Mais ça fonctionne.

Imagine qu'on fasse pareil

dans un roman.

GARÇCON 2

C'est facile à dire après coup.

(ANDERS se lève et va vers MIRJAM qui est assise dehors.)


ANDERS

T'es là, toi?


MIRJAM

Salut.

Assieds-toi.


ANDERS

Je crois que Calle te cherche.


MIRJAM

Laisse-le chercher.


ANDERS

Tout va bien?

C'est dur d'être le centre

de l'attention, non?


MIRJAM

Calle crie partout

que c'est mon anniversaire.

En réalité, c'est demain.

Il a voulu me divertir un peu.


ANDERS

Un anniversaire,

c'est divertissant.


MIRJAM

C'est plus facile pour vous les mecs

d'aborder la trentaine.

Regarde tes copains. Ils sortent pas

avec des filles de leur âge.

Toutes les filles qui sont ici

ont 20 ans et des seins fermes.


ANDERS

Les tiens ont l'air plutôt fermes, non?


MIRJAM

Ça fait longtemps

que tu les as pas vus.


ANDERS

Oui, mais … je sais de quoi je parle.

N'aie pas peur.


MIRJAM

Arrête, c'est pas

ce que je veux dire.

Tu te souviens de Live?

Elle était là, tout à l'heure.

Peu importe.

Elle a mon âge. Une des rares

copines que je voie encore.

Elle est pas dans le trip enfants.

Elle me prend à part

et me demande, très fière,

si j'ai pas une boisson sans alcool.

Ça y est!

Ils ont tous des enfants!


ANDERS

Ils sont chiants! C'est …

Ce que j'apprécie chez Calle et toi,

c'est que vous vous en foutez.


MIRJAM

Ça aurait été bizarre,

si on avait eu des enfants?


ANDERS

Non. Mais …


MIRJAM

Ça fait neuf ans qu'on est ensemble.

On est pas obligé de tout changer

juste parce qu'on a un môme.


ANDERS

Vous deux, vous serez

des parents supers, j'en suis sûr.

Ces choses-là

prennent parfois du temps, non?


MIRJAM

Ça a déjà pris du temps.

Ça fait des années.

Il y a un truc qui cloche.

Un truc qui va pas chez moi.

Je sais pas quoi, mais …

Je suis désolée.

Je dis n'importe quoi.

J'ai un peu trop bu, je crois.

Je ne parle que de moi

et de mes problèmes.


ANDERS

Pas de souci.


MIRJAM

Je devrais rentrer. C'est ma fête.


ANDERS

Écoute …

Je te l'ai jamais dit, mais …

Bon anniversaire!

(ANDERS embrasse MIRJAM, puis recommence. MIRJAM se retire.)


MIRJAM

Faut que je rentre.

(ANDERS est seul dans une pièce et laisse un nouveau message à ISELIN.)


ANDERS

Salut, Iselin. C'est encore moi.

Tu me manques.

Il faut que je quitte Oslo.

Si seulement je pouvais

venir te voir …

Je sais que je te l'ai déjà dit

plein de fois, mais je vais mieux.

Tu verras.

J'ai pensé que je pourrais

étudier là-bas pendant

que tu continues à travailler.

La dernière fois,

tu m'as dit que tu m'aimais encore.

Je sais pas si t'étais sérieuse,

mais …

Si tu ressens …

Si t'as le moindre sentiment

pour moi …

Je sais pas, mais je crois

qu'on pourrait …

(La boîte vocale émet un signal de fin d'enregistrement. ANDERS soupire.)

(ANDERS voit des vêtements et des sacs sur le lit de la chambre où il se trouve et se met à fouiller, les poches et les sacs. ANDERS prend de l'argent dans un porte-monnaie et quitte la pièce.)

(ANDERS est dans un taxi.)

(ANDERS monte un escalier et sonne à une porte.)

(Un jeune homme ouvre la porte et invite ANDERS à entrer.)


LE REVENDEUR

Écoute …

Ça fait longtemps qu'on t'as pas vu.


ANDERS

Oui. Longtemps.


LE REVENDEUR

T'es clean, là?


ANDERS

Oui.


LE REVENDEUR

C'est super!

Tu veux un quart?


ANDERS

Un gramme.


LE REVENDEUR

Un gramme?


ANDERS

C'est Battlefield?


LE REVENDEUR

Oui, c'est Battlefield.

Je viens de l'avoir.

Un type est venu, genre:

“Je te le laisse

si je peux en avoir un peu plus.”

C'est dingue.

Je finis par accumuler

un tas de merdes.

Ils viennent avec leurs chaînes hi-fi.

J'accepte tout.

Mais j'ai pas besoin

de 15 paires de pompes

qui sont même pas à ma taille.

C'est vraiment dingue.

800.


ANDERS

Salut!

(ANDERS est à nouveau dans un taxi.)

(ANDERS arrive dans un bar et retrouve rapidement PETER et les deux filles.)


PETER

Super! T'es venu!


ANDERS

J'ai pas un rond, mais …


PETER

Tu bois quoi?


ANDERS

Un gin tonic, peut-être.

Tu fais quoi?

(ANDERS discute avec JOHANNE.)


JOHANNE

Je suis étudiante.


ANDERS

À l'université? Ici à Oslo?


JOHANNE

Oui, je suis à l'université.

À la faculté de médecine.


ANDERS

Mon Dieu.

T'es médecin?


JOHANNE

Non.

Je fais des études

pour être nutritionniste.

Et toi, tu fais quoi?


ANDERS

Moi?


JOHANNE

Oui. Pour de vrai.


ANDERS

Ça t'intéresse de le savoir?


JOHANNE

Oui. Bien sûr.


ANDERS

C'est pas important.


JOHANNE

Ah bon?

Mais qu'est-ce que tu fais?

Faut me le dire.


ANDERS

Pourquoi?

Je fais rien. Je suis …

Je suis un loser.

Je fais que boire

pour calmer ma douleur.


JOHANNE

Tu bois tous les jours?


ANDERS

Oui. C'est vrai. Je …

je cherche quelqu'un

qui pourrait me consoler,

quelqu'un qui me prenne en pitié.


JOHANNE

Qui te prenne en pitié?


ANDERS

Oui.


JOHANNE

Quelqu'un comme moi, par exemple?


ANDERS

C'était mon idée, oui.


JOHANNE

Ah bon?

(PETER et ANDERS discutent au bar.)


ANDERS

T'as dit quoi?


PETER

J'ai vu Rambo III, l'autre jour.

Il est vachement bien, ce film.


ANDERS

Ah oui … C'est celui

avec Dolph Lundgren, c'est ça?


PETER

Tu le connais?


ANDERS

Il a dragué ma copine

quand on était encore ensemble.


PETER

Un connard?


ANDERS

Oui.


LA COPINE DE PETER

Ils nous attendent à Blå.


PETER

C'est quoi, le plan? Une rave?

(ANDERES se dirige vers le connard et l'interpelle.)


ANDERS

Écoute … je t'en veux pas.

Ça va, je te dis. C'est pas grave.


LE CONNARD

De quoi tu parles?


ANDERS

De l'histoire avec Iselin.

Ce que t'as fait,

c'était moche, mais …


LE CONNARD

Qu'est-ce que j'ai fait?


ANDERS

T'as couché avec elle.


LE CONNARD

J'ai fait ça?

Tu nous la joues Grand Pardon,

c'est ça?


ANDERS

Qu'est-ce que t'as?


LE CONNARD

Rien.


ANDERS

Si. De quoi tu parles?


LE CONNARD

T'as des nouvelle d'Iselin?


ANDERS

Non, par vraiment.


LE CONNARD

Il y a une raison.


ANDERS

Tu connais rien de notre histoire.

Tu sais rien.


LE CONNARD

Exact.


ANDERS

Oui.


LE CONNARD

Je te connais pas, c'est vrai.

Mais j'ai vu comment

tu traites les gens

et les conséquences de tes actes.

Que j'aie couché avec elle ou pas,

est-ce que ça a vraiment

de l'importance pour toi?


ANDERS

Non.

Je sais, je suis nul.

Merci de me l'avoir rappelé.


LE CONNARD

J'ai pas envie d'écouter ça,

tu sais.

J'en connais qui sont plus

dans la merde que toi,

mais qui sont pas des connards

pour autant.

Et ça n'a rien à voir

avec le fait que tu sois toxico.

(ANDERS fait un salut militaire et quitte le bar.)

(ANDERS arrive dans le rave. Il retrouve JOHANNE.)

(ANDERS et JOHANNE se caressent, comme dans un rêve.)

(ANDERS est dans un couloir et il attend. JOHANNE le retrouve. Ensuite, JOHANNE amène ANDERS dans une chambre. JOHANNE et ANDERS discutent, puis s'embrassent.)


ANDERS

Non. Non.

Tu vas encore vivre des milliers

de soirées comme celle-ci.

Tu ne te souviendras pas

de cette nuit.

Tout sera oublié.


JOHANNE

Tout?


ANDERS

Tout.


JOHANNE

Pourquoi?


ANDERS

C'est une sorte de loi …

Une loi de la nature.


JOHANNE

Une règle?


ANDERS

Oui.

(ANDERS suit JOHANNE qui l'amène dans une pièce où quelqu'un s'amuse avec un extincteur.)

(JOHANNE et ANDERS roulent à vélo dans les rues de OSLO.)

(JOHANNE et ANDERS marchent main dans la main et suivent PETER vers une grande place publique.)


PETER

C'est ici qu'il y a de l'écho?


ANDERS

Oui.

Une des attractions classiques

d'Oslo qu'on fait partager

aux nouveaux venus.

Ici …


JOHANNE

D'accord.


ANDERS

Frappe fort avec ton pied.

(ANDERS et les autres s'amusent à créer de l'écho.)

(Dans un parc, JOHANNE et ANDERS marchent avec PETER et sa copine.)


ANDERS

Quel jour on est?


PETER

On est le … attends …

On est le 31 août.

C'est demain qu'ils vident les bassins.

(LES QUATRES AMIS arrivent à la piscine publique et se dévêtent. ANDERS reste assis sur les marchent et les regarde se baigner.)


PETER

Prête?


JOHANNE

Sacré plat sur le dos!


JOHANNE

Elle est froide?


PETER

Non, ça va.


JOHANNE

J'y vais pas sans toi.

Allez, viens!

Viens!

(ANDERS sourit, mais son regard est absent.)

(ANDERS revoit ses allées et venues dans OSLO.)

(Toujours assis dans l'escalier, ANDERS regarde le soleil qui se lève.)

(ANDERS marche dans une allée de feuillus.)

(ANDERS quitte le parc.)

(ANDERS entre dans une maison par la cuisine. Des tas d'objets sont empilés sur des tables. Dans la pièce adjacente, ces tas de photos jonchent le sol, les tables et couvrent les murs.)

(ANDERS prend son téléphone et entend le message d'entrée d'une boîte vocale.)


ANDERS

Salut, Iselin. C'est encore moi.

Il est tard chez toi. Je me disais

que t'étais peut-être sortie.

Je voulais rien de particulier …

C'était pas sérieux,

ce que je t'ai dit tout à l'heure.

Tu l'auras compris, je pense.

Je voulais juste

te parler encore une fois. Mais ...

J'espère que tu vas bien.

Je te demande pardon.

(ANDERS va vers le piano et déplace quelques toiles déposées sur le piano. ANDERS revient vers le piano et joue quelques notes. ANDERS ouvre un cahier de musique, s'assoit et joue.)

(Au milieu de son interprétation, ANDERS s'arrête et regarde au fond de la pièce. [ANDERS se lève, fouille dans sa poche de manteau, prend le sachet de drogue qu'il a acheté, se verse de l'eau. ANDERS va vers la chambre, ouvre le sachet et prépare une injection. ANDERS se fait un garrot avec sa ceinture et s'injecte la mixture. ANDERS s'étend sur le lit.)

(Dehors, c'est un matin tranquille : les lieux visités par ANDERS la veille sont maintenant déserts.)

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