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The Extraordinary Voyage

The hidden face of the trip to the moon like no other, the world success in the film history. An incredible journey through the century and the challenge of the most complex restoration of the history of cinema.



Réalisateur: Serge Bromberg
Production year: 2011

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VIDEO TRANSCRIPT

Le film «Le voyage extraordinaire» est un documentaire sur l'oeuvre du cinéaste Georges Méliès. Le film est constitué d'images d'archives, de reconstitutions dramatiques et d'entrevues en studio avec divers intervenants.


Titre :
Le voyage extraordinaire


On voit un dessin de George Méliès représentant la Lune recevant un gros obus dans son oeil.


NARRATEUR

Un obus dans

l'oeil de la lune,

quelle idée saugrenue!

Cette vision fantasmagorique de

la conquête de l'espace est

pourtant devenue une icône

mondialement connue qui

continue de fasciner plus de

cent ans après avoir été

imaginée. Mais qui connaît

vraiment le film dont elle est

extraite? Et qui se souvient de

son génial créateur?


On voit des images du film «Le voyage dans la Lune».


NARRATEUR

Je vais

vous faire découvrir la face

cachée de ce voyage dans la

lune pas comme les autres, le

premier succès mondial de

l'histoire du cinéma.


On nous montre des scènes de la vie urbaine datant du début du 20e siècle.


NARRATEUR

Nous sommes dans les premières

années du siècle, le vingtième.

L'automobile, la radio ou le

téléphone n'en sont qu'à leurs

balbutiements, réservés à

quelques privilégiés fortunés.

Les avions ne volent pas

encore. Les horloges

municipales fonctionnent à

l'air comprimé et les rues, où

l'on ne sort jamais sans son

chapeau, empestent toujours le

crottin de cheval.

Le cinéma vient de naître. Il

n'est qu'une curiosité que l'on

découvre dans les fêtes

foraines au même titre que la

femme à barbe ou les rayons X.


On voit des extraits des premiers films diffusés dans les cinémas de l'époque.


NARRATEUR

Les programmes composés de

films durant moins d'une

minute, alternent scènes de la

vie quotidienne, défilés

militaires, événements mondains

ou scènes comiques au scénario

débridé. On en a pour ses

20 sous.


Des images de GEORGES MÉLIÈS précèdent d'autres scènes de la vie urbaine de l'époque.


NARRATEUR

Présent à la première séance

des frères Lumière le 28

décembre 1895, un certain

Georges Méliès n'a pas hésité

longtemps à se lancer dans

l'aventure du cinématographe.

Ce sera le héros de notre

histoire. Il est fils d'un

riche fabricant de chaussures,

de chaussures de qualité, de

chaussures de luxe bien

entendu. Mais à la triste

réalité des affaires, Méliès

préfère la fantaisie des

spectacles des scènes

parisiennes, et surtout ceux de

magie à laquelle il s'est

initié lors d'un voyage en

Angleterre. En 1888, avec sa

part de l'entreprise familiale,

il s'est rendu acquéreur du

théâtre Robert-Houdin situé

8 boulevard des Italiens

à Paris.


On voit de vieux dessins représentant l'intérieur du théâtre Robert-Houdin, ainsi que de vieilles affiches publicitaires annonçant un spectacle de magie.


NARRATEUR

C'est dans ce temple de

l'illusion, créé par le père de

la magie moderne, que Méliès

s'est fait connaître comme un

homme à l'imagination sans

limites.

En découvrant le

cinématographe, Méliès comprend

rapidement ce que cette

nouvelle attraction de magie

lumineuse pourrait apporter à

son spectacle.


On voit un extrait du film de 1896: «Une partie de cartes», où quatre hommes jouent aux cartes à l'extérieur.


NARRATEUR

Si les premières vues qu'il

tourne et présente

chaque soir à partir d'avril

1896 sont dans la lignée des

films Lumière,

il s'oriente rapidement

vers des sujets plus

originaux inspirés de ceux qui

ont fait la renommée de son

théâtre, comme le fameux numéro

d'escamotage d'une dame.


On voit un extrait du film de 1896 :«Escamotage d'une dame chez Robert-Houdin», où GEORGES MÉLIÈS fait disparaître une femme assise sur une chaise, à la manière des prestidigitateurs.


NARRATEUR

Sur scène, l'escamotage

nécessite quelques accessoires

spéciaux pour dissimuler le

moment où l'assise de la chaise

bascule et la jeune femme

disparaît à travers une trappe

cachée sous un journal. Au

cinéma, pour réaliser cette

substitution, Méliès va

utiliser un truc bien différent

dont l'idée lui est venue

par hasard.


On entend la voix de GEORGES MÉLIÈS, dans une entrevue radio datant de 1937.


VOIX DE GEORGES MÉLIÈS

C'est tout simplement un

blocage de l'appareil qui s'est

produit place de l'Opéra

pendant que je prenais les

voitures qui passaient

devant moi.

Tout à coup, l'appareil

s'arrête. Le temps qu'on le

débloque, naturellement, les

voitures qui suivaient avaient

changé de place, et j'ai eu la

surprise après collage de voir

tout d'un coup apparaître à la

place d'un omnibus Madeleine-

Bastille un corbillard avec la

famille qui suivait derrière.


NARRATEUR

Le premier trucage

cinématographique est né et

Méliès comprend tout de suite

comment il va pouvoir

s'en servir.


On voit un extrait du film de 1900:«Nouvelles luttes extravagantes», où deux lutteurs se font tournoyer dans les airs et s'arrachent les bras et les jambes.


COSTA-GAVRAS, président de la Cinémathèque française, est en entrevue en studio.


COSTA-GAVRAS

C'est le premier qui a vu au

cinéma du spectacle. Il a fait

avec du cinéma du spectacle.

Homme de théâtre, il a adapté

le cinéma au théâtre et aux

exigences, je dirais, du

spectacle théâtral.

Et il voulait absolument amuser

les gens, amuser avec des

disparitions, des apparitions,

avec des gens qui prenaient

leur tête et les mettaient sur

une commode, etc.

Donc, ça n'était pas pour

raconter des choses sérieuses.


On voit un extrait du film de 1898: «Un homme de tête», où GEORGES MÉLIÈS arrache sa tête et la dépose sur une table tandis qu'une autre tête repousse.


Le réalisateur JEAN-PIERRE JEUNET est en entrevue en studio.


JEAN-PIERRE JEUNET

Les films de Méliès, c'est

quand même l'invention des

trucages parce que aujourd'hui,

ça paraît facile, simple et

tout, mais ils étaient les

premiers à avoir fait ça. Ils

inventaient. En art ou en

technique, on ne fait

qu'utiliser tout ce qui a été

fait avant. En art, on ne fait

que copier et puis on

transforme un petit peu à sa

manière, puis un autre va

prendre ce qu'on a fait, le

mélange avec autre chose, on

n'invente jamais rien à part

peut-être des grands génies

comme Picasso qui voient un peu

plus loin ou un peu plus vite.

C'était un magicien, donc il

connaissait la

prestidigitation, il

connaissait les tours de magie

et il s'en servait à l'image.

Mais enfin, quand même, ils

étaient les premiers à inventer

ça. Donc, c'est un truc

fabuleux, mais ça doit être

aussi génial d'être devant un

terrain vierge. Tout d'un coup,

un truc nouveau, ça s'appelle

le cinéma, on a une caméra,

qu'est-ce qu'on va

pouvoir faire? Personne ne

l'a fait avant, ça doit être un

truc incroyable. Aujourd'hui,

c'est plus difficile

de se retrouver devant des

terrains nouveaux.


On voit un extrait du film de 1901: «l'homme à la tête de caoutchouc», où GEORGES MÉLIÈS est dans un atelier et fait gonfler un double de sa tête avec un soufflet.


JEAN-PIERRE JEUNET

Ce qui est intéressant dans ses

films, c'est que, évidemment,

non seulement il y a l'aspect

artistique, mais il y a

l'aspect recherche scientifique

presque, technique. La

multiplication des personnages,

à l'époque, ça devait être un

vrai casse-tête. On retrouve ça

aujourd'hui chez des gens comme

James Cameron qui est un

passionné de technique, qui

innove avec la stéréoscopie. On

a souvent ce côté passionné de

technique et de... La vache,

c'est incroyable. Ils sont

filmés du dessus et mis en

surimpression.


On voit un extrait du film de 1902: «L'équilibre impossible», où GEORGES MÉLIÈS jongle avec trois copies de lui-même.


Le réalisateur MICHEL GONDRY est en entrevue en studio.


MICHEL GONDRY

Je crois que la particularité

de ces métiers, surtout dans la

veine de Méliès, c'est qu'il y

a pas franchement de transition

entre le travail de l'enfant,

c'est-à-dire l'amusement, la

créativité et le travail de

l'âge adulte où, normalement,

il y a une cassure où on

devient un adulte et puis on

oublie un petit peu son propos,

le propos qu'on avait en étant

enfant, c'est-à-dire d'imaginer

le monde et de le recréer à

sa manière.


On voit un extrait du film de 1900: «Rêve de Noël», où des personnages en costume de poupées dansent dans un décor féérique.


MICHEL GONDRY

Si on comprend un

petit peu ça, on peut s'amuser

à en jouer comme Méliès le

faisait, c'est-à-dire qu'il a

vu ça comme un instrument qui

allait l'aider à accomplir des

trucages encore plus

incroyables.


NARRATEUR

Si les frères

Lumière ont inventé

le cinématographe,

Méliès est bien le père du

spectacle cinématographique.

C'est d'ailleurs Louis Lumière

qui le dit.


On voit un extrait du film de 1899: «Cendrillon», où des souris se transforment en valets et une citrouille en carrosse.


NARRATEUR

Entre ses mains, la

caméra ne cherche pas à

enregistrer le réel.

Elle donne naissance à tout un

univers où l'imaginaire et le

merveilleux règnent en maître.

En quelques années, Méliès se

fait connaître dans le monde

entier pour ses scènes à trucs

ainsi que pour ses fééries,

films plus ambitieux, inspirés

des contes ou des spectacles

du Châtelet.


On voit un extrait du film de 1901: «L'omnibus des toqués», où quatre clowns changent de couleur de peau et de vêtements tout en dansant et en se donnant des coups de pieds.


COSTA-GAVRAS

Ils sont joyeux tous ses

films. Et on peut même analyser

le public de cette époque, voir

avec quoi ils s'amusaient les

gens en voyant les films de

Méliès. C'est-à-dire

psychologiquement et

socialement, on peut très bien

faire une explication du public

par rapport aux gags, par

rapport aux histoires qu'ils

aimaient. Parce qu'ils aimaient

ces histoires, Méliès était un

succès énorme.


JEAN-PIERRE JEUNET

Méliès était un peu tout à la

fois au début, il était

producteur, il était

décorateur, il était cinéaste

et tout. Mais quelque part au

début, il y avait pas tellement

de choix, c'est plus tard que

les métiers se sont spécialisés

et divisés. Et je pense que

c'est ça qui devait lui plaire

et l'amuser, c'était de tout

faire.


On voit un extrait du film de 1900: «L'homme-orchestre», où GEORGES MÉLIÈS dirige un orchestre composé de copies de lui-même.


Des photographies du studio de GEORGES MÉLIÈS se succèdent.


NARRATEUR

Dans le jardin de

sa propriété à Montreuil,

Méliès a construit le premier

studio de cinéma, une immense

verrière pour profiter de la

lumière du jour.


On entend la voix de GEORGES MÉLIÈS dans son entrevue de 1937.


VOIX DE GEORGES MÉLIÈS

Le premier studio

était simplement une grande

salle longue de 17 mètres sur 6

de large vitrée de tous les

côtés en verre dépoli et sans

aucune préparation; il y avait

à ce moment-là aucun truc de

scène, n'est-ce pas, comme j'ai

fait plus tard. Plus tard, j'ai

monté toute une machinerie

théâtrale avec dessous et

dessus de façon à pouvoir faire

de la grande féérie comme je

suis arrivé à faire des pièces

importantes.


On nous montre des extraits d'une vidéo de 1998, où l'acteur TOM HANKS recréé un tournage dans une reconstruction du studio de GEORGES MÉLIÈS.


NARRATEUR

Dès 7 h du matin,

il imagine les scénarios, met

en place les séquences et

invente de nouveaux effets

d'optique dont il règle la mise

au point avec ses assistants.

Le matin est dédié à la

fabrication des décors

que Méliès n'hésite pas

à peindre lui-même.


On voit en alternance des films et des photographies du studio de GEORGES MÉLIÈS, où des artisans s’affairent à la construction du décor.


NARRATEUR

Ils sont

peints en noir et blanc sur des

feuilles de bois ou de simples

toiles pour mieux apprécier le

rendu final sur l'image, car

les pellicules elles aussi sont

encore très primitives.

Et comme on ne peut tourner

qu'entre 11 h et 15 h, les

seuls moments où le soleil

éclaire le plateau, l'équipe

doit minutieusement préparer

costumes et accessoires pour ne

pas perdre de précieuses

minutes de tournage.

En mai 1902, une activité

fébrile règne dans le studio.

Méliès s'apprête à tourner son

oeuvre la plus ambitieuse, un

film de 15 minutes qui doit

entraîner le spectateur dans

la lune.

La lune si lointaine semble

pourtant plus accessible depuis

quelque temps.


On voit des gravures du roman «De la terre à la lune».


NARRATEUR

En 1865, Jules

Verne a publié De la terre à la

lune, suivi de Autour de la

lune, deux livres de la série

des Voyages extraordinaires

remplis de gravures qui firent

rêver des générations de

lecteurs.


On voit des dessins représentant l'opéra «Le voyage dans la lune».


NARRATEUR

Quelques années plus tard, avec

Jacques Offenbach, c'est en

musique que s'effectue le

voyage dans la lune, un opéra

féérie en quatre actes et

23 tableaux.


On voit la couverture du roman «Les premiers hommes dans la lune», où l'on voit un extra-terrestre avec des piquants sur la tête et de grosses pinces.


NARRATEUR

Enfin, le dernier roman de H.G.

Wells, Les premiers hommes dans

la lune, vient de paraître. Des

astronautes y posent pour la

première fois le pied sur la

planète mystérieuse et font

connaissance avec ses

habitants, les fameux

Sélénites.


On voit un extrait du film de 1898: «La Lune à un mètre», où un astronome observe la Lune au télescope.


NARRATEUR

La lune, Méliès en avait déjà

rêvé dans l'un de ses premiers

films, La lune à un mètre, une

petite scène au trucage

rudimentaire tournée dans

son jardin.

Le voyage dans la lune que

prépare cette fois Méliès est

beaucoup plus ambitieux, une

pièce à grand spectacle en 30

tableaux qui va demander trois

mois de travail, du jamais-vu.


On voit de vieux dessins représentant les scènes du film «Le voyage dans la Lune».


NARRATEUR

L'aventure commence dans les

locaux de l'Institut

d'astronomie incohérente où le

professeur Barbant-Fouillis,

alias Georges Méliès, va

présenter son projet et essayer

de convaincre les membres de

l'accompagner dans son voyage

vers la lune. Après une petite

visite dans les ateliers où

forgerons, mécaniciens et

charpentiers s'activent à

terminer l'obus qui doit

emporter les intrépides

voyageurs dans l'espace, nous

nous retrouvons sur le pas de

tir où l'obus est chargé dans

un canon gigantesque. L'heure

de la mise à feu est proche.


On voit des extraits du «Voyage dans la Lune», où l'obus est tiré dans l'oeil de la Lune.


On voit des extraits d'une entrevue avec TOM HANKS, en 1998.


TOM HANKS

(Propos traduits de l'anglais.)

Méliès est directement

lié aux pères des missions Apollo

et à leur imaginaire. Méliès a

dû lire le roman de Jules Verne

et s'écrier: ''comment pourrions-nous

faire ça?''. Il fallait créer l'impression

d'un vrai voyage sur la Lune.

C'était un génie avec la caméra.

Il utilisait le cinéma pour montrer

une chose impossible. Ce qu'il a

fait pour la toute première fois

grâce à la magie du film,

de l'image en mouvement...

c'est d'imaginer l'expérience.

Il imaginait les aventures,

les impressionnantes perspectives

qu'on devait voir.


On voit à nouveau des images de la reconstitution du tournage du «Voyage sur la Lune» en 1998. Un ACTEUR interprétant le professeur Barbant-Fouillis sort de l'obus avec les autres astronomes.


RÉALISATEUR

(Propos en anglais)

And action!


L'ACTEUR

(Propos traduits de l'anglais)

On a atterri sur la Lune!

Quoi de plus extraordinaire!

Tout le monde dehors, vite!


NARRATEUR

Retracer la

conquête de l'espace sans

rendre hommage au

Voyage dans la lune est

aujourd'hui inconcevable même

pour les grands noms de

Hollywood. Preuve s'il en est

que le professeur

Barbant-Fouillis est bien le

précurseur de Neil Armstrong

et Buzz Aldrin, les premiers

hommes à avoir marché

sur la lune.

Certaines mauvaises langues ont

d'ailleurs prétendu que les

astronautes américains n'y

étaient jamais allés et que

tout avait été filmé en studio

par Stanley Kubrick. Un peu

comme chez Méliès mais avec un

peu plus de moyens.


On voit en parallèle des images du «Voyage dans la Lune» et de sa reconstitution de 1998.


NARRATEUR

En 1902 chez Méliès,

l'éclairage électrique n'étant

pas disponible, on ne tourne

que les jours de beau temps.

Il n'y a pas de montage, il

faut donc arrêter la caméra à

chaque fois pour changer de

décor. Et pour savoir si la

prise est réussie, pas de vidéo

comme aujourd'hui; il faut

attendre que la pellicule soit

développée, ce qui peut prendre

un certain temps.


TOM HANKS

(Propos traduits de l'anglais.)

Le Voyage de Méliès est

la première ébauche du programme

Apollo. Il construit un gigantesque canon,

nous une fusée. C'est la seule différence.

Mais là-haut, il tombe sur des

extra-terrestres. Même Méliès

n'échappe pas aux extra-terrestres.

Ils reviennent de la même façon,

parachutés dans la mer et récupérés

par la Marine. Les similitudes

sont vraiment étonnantes.


On voit des extraits du «Voyage dans la Lune», où l'obus, de retour sur Terre, se fait ramener par un bateau.


COSTA-GAVRAS

Méliès décide de faire un

spectacle qui pourrait

correspondre aujourd'hui à

Avatar, disons. Pour l'époque.

Il faut se placer toujours à

l'époque. Parce qu'il fait le

film comment? Six ans après

avoir vu le premier film des

frères Lumière où il est

absolument bouleversé. Il n'en

revient pas qu'on puisse faire

ça. Et six ans après, il

réussit à faire un spectacle

considérable. Ça, évidemment,

ça devient le best-seller le

plus énorme du cinéma à

l'époque.


Dans un film du début du 20e siècle, un bonimenteur forain incite une foule à entrer dans une salle de cinéma.


VOIX D'UN BONIMENTEUR

Approchez, approchez,

mesdames et messieurs! Venez au

cinématographe. Ce soir, séance

exceptionnelle...


NARRATEUR

Octobre 1902.

Passé le premier moment

d'incrédulité, le public répond

en masse à l'appel du

bonimenteur forain

qui l'incite à venir découvrir

ce voyage inouï. Et tandis que

stupeur et émerveillement

illuminent le regard des

spectateurs, le cinéma gagne

ses premières lettres de

noblesse.


On voit des extraits du «Voyage dans la Lune», où les astronomes visitent un cratère sous la Lune.


NARRATEUR

Mais Le voyage dans la lune

reste cependant un succès bien

amer. S'il est vendu dans le

monde entier, Méliès n'en

profitera que partiellement,

car dès la sortie du film, une

bobine est détournée vers un

laboratoire secret où seront

fabriquées des copies et des

négatifs pirates. Alors que

Méliès annonce la sortie de son

film, il est presque déjà sur

tous les écrans américains où

Lubin, Zelig et Edison

exploitent le film avec le même

succès mais sans reverser un

centime à son producteur

d'origine.


On voit de vieilles images de la ville de New-York.


NARRATEUR

Pour se protéger à l'avenir

contre le piratage, Méliès

envoie son frère Gaston aux

États-Unis pour ouvrir une

succursale et y défendre les

intérêts de la Méliès Star

Film, marque déposée. Encore

des frais et des tracasseries

en perspective.

Plus grave, en quelques années,

les studios concurrents

commencent à maîtriser les

trucages et à produire en série

des aventures interplanétaires

tout aussi prometteuses, que ce

soit vers le soleil, Jupiter ou

encore vers les étoiles.


On montre divers extraits de films muets où des personnages explorent différents endroits dans l'espace.


NARRATEUR

Mais la lune reste une valeur

sûre et Pathé propose à son

tour une nouvelle version du

Voyage dans la lune

que l'on qualifierait

aujourd'hui au mieux de remake,

au pire, de plagiat pur

et simple.


On voit des extraits du film de 1908: «Excursion dans la Lune», réalisé par Segundo de Chomon


NARRATEUR

Toutefois, cette excursion dans

la lune réalisée par Segundo de

Chomon possède un attrait

supplémentaire...

Elle est... en couleurs.

De la couleur au début du

siècle? Contrairement aux idées

reçues, des films en couleurs,

il y en avait bien avant

l'arrivée dans les années 30

des productions hollywoodiennes

en magnifique technicolor.

Dès les premières années du

cinéma, des procédés

scientifiques fort complexes

vont tenter de recréer les

couleurs de la vie, des

couleurs naturelles basées sur

le principe de la trichromie,

rouge, vert, bleu. Mais devant

ces premiers résultats plutôt

décevants il est vrai, l'art

est venu au secours de la

science. Les premiers films en

couleurs seront tout simplement

des films en noir et blanc

coloriés au pinceau image après

image.


On voit des extraits de films muets où les vêtements des personnages sont coloriés au pinceau.


NARRATEUR

Le coloriage d'un film ne

nécessite pas de matériel

sophistiqué. Il exige en

revanche une précision et une

infinie patience pour enluminer

des images dont la taille

n'excède pas deux centimètres.

Ces couleurs n'ont bien sûr

rien de naturel; elles donnent

au film un aspect irréel et

fantastique qui ne pouvait que

séduire l'imaginaire de

Georges Méliès.

Couleurs et illusions vont tout

de suite faire bon ménage dans

les catalogues de la Star Film.


On voit un extrait du film de 1903: «Le chaudron infernal», où des diables bleus jettent leurs victimes dans un chaudron enflammé.


NARRATEUR

Les films de Georges Méliès

sont mis en couleurs dans

l'atelier de Mlle Elizabeth

Thuillier, une ancienne

coloriste de plaques de verre

et celluloïd pour lanternes

magiques, installée 87 rue du

Bac à Paris.


Les propos d'ELIZABETH THUILLIER sont cités pendant que se succèdent des photos de l'atelier de coloriage.


ELIZABETH THUILLIER

J'ai colorié tous les films de M.

Méliès. Ce coloriage était

entièrement fait à la main.

J'employais 200 ouvrières dans

mon atelier. Chacune d'elle

recevait un franc par journée

de travail.

Je passais mes nuits à

sélectionner et à

échantillonner les couleurs, et

pendant le jour, les ouvrières

posaient la couleur suivant mes

instructions. Chaque ouvrière

spécialisée ne déposait qu'une

couleur à la fois. Il en

fallait parfois près de dix

pour terminer une scène. Cela

prenait de longues journées

pour colorier un film, même

court.

Le coloriage coûtait près de

1000 francs par copie pour une

bande de 300 mètres et nous

exécutions en moyenne 60 copies

pour chaque production.

Le coloriage à la main grevait

donc assez lourdement le budget

des producteurs.


On voit un extrait colorié du film de 1905: «Le dirigeable fantastique», où un ballon dirigeable explose devant un homme.


Le réalisateur MICHEL HAZANAVICIUS est en entrevue en studio.


MICHEL HAZANAVICIUS

Ce mode de couleur comme

ça... euh... repris au pinceau,

les images coloriées au

pinceau, en fait, c'est hyper

évocateur, c'est-à-dire que ça

devient une iconographie en soi

et quand on voit ne serait-ce

qu'une image, ça nous envoie

tout de suite dans cette

époque-là. Donc, au bout d'un

moment, c'est pareil, ça ne

cherche absolument pas à être

réaliste. C'est plus proche de

la peinture, en fait.

On parle beaucoup de théâtre

filmé et je trouve que ça

ressemble plus à

des tableaux de peinture en

mouvement, des paysages

très escarpés.


On voit un extrait couleur du film de 1903: «Le royaume des fées», où des personnages conduisent des chariots dirigés par des créatures fantastiques.


MICHEL HAZANAVICIUS

C'est hyper joli,

tout ça est hyper joli. En

fait, ça sent le carton-pâte à

plein nez mais on voit les prix

des toiles peintes et tout

ça... Oui, naïves, innocentes

et hyper belles, quoi. Il y a

vraiment de la poésie partout.

C'est vraiment une peinture en

mouvement avec, je trouve, une

narration très claire,

et très visuelle pour le coup.


Des extraits des films de GEORGES MÉLIÈS se succèdent.


NARRATEUR

Pendant quelques

années, la Star Film va

connaître le succès et une

renommée mondiale. Les films

de Méliès, on en redemande.

Alors chaque mois

sortiront des studios de

Montreuil de nouvelles scènes à

trucs, de nouvelles fééries et

des voyages impossibles de plus

en plus spectaculaires et

toujours coloriés au pinceau.

Mais le public, lentement,

se lasse.

En février 1909, le congrès des

éditeurs de films se réunit à

Paris. Georges Méliès le

préside, entouré Léon Gaumont,

Georges Eastman, Charles Pathé

et des plus grands producteurs

internationaux. Il faut

répondre à la demande et chaque

compagnie s'engage ce jour-là à

produire au moins une bobine de

300 mètres, soit dix minutes

par semaine. C'est bien trop

pour le studio indépendant de

la Star Film. Méliès l'artisan

doit désormais multiplier les

cadences, produire à la chaîne.

Il a bien construit un second

studio en 1907 et peut tourner

un deuxième film en parallèle

dont il confie la réalisation à

un assistant. Mais l'artistique

ne suit pas. La qualité s'en

ressent et les films s'étirent

de plus en plus en longueur.


COSTA-GAVRAS

Méliès, il est dépassé. Lui,

il fait du théâtre. Il fait des

blagues, il fait du théâtre, il

fait des choses amusantes. Mais

le cinéma entre dans une

époque, une période sérieuse.

On touche à la société. Et ça,

ça lui échappe un peu, il

n'arrive pas à sortir du

théâtre. Malgré son modernisme

parce qu'il fait des studios,

il construit dans les studios,

etc. Mais il y en a qui sont

dehors. Il y en a qui vont dans

la vie. Et lui n'arrive pas à

aller dans la vie, il reste

dans le théâtre, il reste dans

les limites théâtrales.


On voit un extrait d'un film de GEORGES MÉLIÈS où des personnages lancent des boules de neige à un homme de glace géant.


NARRATEUR

En 1912, le

dernier voyage de Méliès

emporte de nouveaux

explorateurs vers un pôle nord

de carton-pâte. Mais le pôle,

Amundsen vient de le conquérir

en vrai et les premières

actualités cinématographiques

vont bientôt en faire découvrir

les images.


On voit des images du Pôle Nord, tournées en 1912.


NARRATEUR

Les voyages extraordinaires de

Méliès ne font plus rêver. La

conquête de l'air a progressé à

pas de géants, et en matière de

fantaisie, la réalité dépasse

désormais la fiction.


On voit des images des premières tentatives à l'aviation, où des véhicules saugrenus tentent de décoller.


On voit un extrait d'un film de GEORGES MÉLIÈS, où celui-ci tire sa révérence.


NARRATEUR

Méliès ferme définitivement son

studio en 1913 après seulement

16 années de production.

Il a 52 ans et ne filmera plus

jamais.


Des images de différents films des années 1910 se succèdent.


NARRATEUR

Le cinéma est désormais une

industrie puissante qui ne

laisse guère de place aux

artisans aussi doués

soient-ils. Et puis, les goûts

du public ont changé. Il lui

faut des programmes variés et

toujours de la nouveauté. On

vient de découvrir les premiers

dessins animés, les actualités

filmées ou les westerns.

Le langage cinématographique

évolue. La caméra change de

place pour rendre les scènes

plus dramatiques et l'écran se

découpe. Le spectateur veut de

l'action, du suspense, des

images du bout du monde en

vrai. Il veut être au coeur de

l'action. Alors la caméra, qui

jusqu'ici filmait les voitures

de loin, monte désormais à

l'intérieur.

Nouveaux visages enfin. Les

vedettes s'appellent désormais

Boireau, Rigadin ou Max Linder.

Demain, ce sera Charlie Chaplin

et les films américains. Une

nouvelle ère est en marche dont

l'écran se fait le témoin.


On voit un extrait d'un film de CHARLIE CHAPLIN, où celui-ci entre dans une salle de cinéma. CHARLIE CHAPLIN pleure pendant la projection d'un film. En alternance, on voit des images de la Première Guerre mondiale.


NARRATEUR

La fin de la guerre marque la

naissance d'un monde nouveau.

Dans l'optimisme général, les

cheveux se raccourcissent et

les jupes aussi.

En 1923, on inaugure dans la

joie le prolongement du

boulevard Haussmann. Méliès,

lui, n'a pas le coeur à rire.

Son cher théâtre Robert Houdin

a été démoli pour l'occasion.

Ruiné, ne pouvant faire face à

ses créanciers, il lui faut

vendre sa propriété de

Montreuil et ses studios

désormais inutiles. Avant de

quitter la propriété, Méliès

vide une à une les boîtes

entreposées dans le studio et

détruit par le feu son stock de

films. Cinq cents négatifs

devenus obsolètes. La

production de la Star Film part

en fumée et rejoint le royaume

des rêves impossibles et des

illusions perdues.


COSTA-GAVRAS

Moi, j'ai pensé à une sorte de

suicide, une façon de se

suicider à travers son oeuvre et

une façon de protester aussi,

énormément. Et il y a des grands

artistes qui ont brûlé des

oeuvres, qui ont brûlé des

tableaux, etc. Mais ça, c'est

assez inexplicable.


On voit des photos de GEORGES MÉLIÈS dans un magasin de jouets.


NARRATEUR

On retrouve

Georges Méliès tenant

un magasin de jouets à la

gare Montparnasse aux côtés de

Jeanne d'Alcy, la vedette de ses

films passés qu'il vient

d'épouser en secondes noces. Un

travail pénible, sept jours sur

sept, en plein courant d'air.

Grandeur et décadence.

Alors, pour occuper ses rares

moments de liberté, il reprend

en dessin les grandes scènes de

ses chefs-d'oeuvre désormais

invisibles.

Petit à petit, une nouvelle

génération de cinéphiles

commence à lui rendre visite et

s'émeut de son sort. En décembre

1929, l'un d'eux, Jean Mauclair,

directeur du Studio 28, organise

une grande soirée de gala en son

honneur salle Pleyel.


NARRATEUR

Mais la

reconnaissance est bien tardive

et il ne reste déjà plus assez

de films pour lui rendre cet

ultime hommage: huit titres sur

une production qui en comportait

plus de 500. Il faudra compléter

le programme avec un long

métrage américain.

Parmi ces huit titres figure

tout de même Le voyage dans la

lune.


On voit des extraits du «Voyage dans la Lune».


NARRATEUR

C'est la dernière fois que

Méliès reverra son

chef-d'oeuvre.

Mais la copie retrouvée est

incomplète, rayée et contrastée.

Mauclair a bien tenté de lui

redonner un peu du lustre de sa

splendeur passée en faisant

rajouter quelques teintes.

En vain.


On nous montre des photos de GEORGES MÉLIÈS pendant sa retraite.


NARRATEUR

Et tandis que Méliès renoue avec

les honneurs et peut enfin

savourer une retraite paisible,

l'industrie cinématographique

connaît une véritable

révolution.


COSTA-GAVRAS

On fait du parlant, comme on

dit. Ce nouveau changement

ravage tout le reste. Tout le

monde s'en fiche du cinéma muet

et on commence à le détruire, à

le jeter au laboratoire, etc. Et

il y a des gens qui s'en

émeuvent. Langlois, Frangi et

quelques autres se disent qu'ils

ne peuvent pas laisser détruire

tout cela et ils ont arraché de

la catastrophe tout ce qu'ils

ont pu. Ils ont réuni beaucoup

de choses à la Cinémathèque. On

peut dire d'ailleurs, je crois,

que 70-75% de la période du muet

est disparu. Donc, il y a

sûrement des chefs-d'oeuvre qui

ont été détruits ou vendus pour

faire des peignes, pour faire

n'importe quoi avec le

celluloïd. Et ça, c'est une

grande catastrophe du cinéma.


On voit des extraits filmés de l'enterrement de GEORGES MÉLIÈS.


NARRATEUR

Georges Méliès

rejoint le pays des étoiles le

21 janvier 1938, deux ans après

la création de la

Cinémathèque française.

Avec lui disparaît une certaine

vision naïve mais ô combien

poétique de la lune et de ses

mystères.


On voit des images DE LA FUSÉE Apollo 11.


NARRATEUR

Plus de 60 ans après nos

explorateurs improbables, le

rêve poétique de Méliès devient

une réalité scientifique et

technique. On a marché sur la

lune! Et sur la lune, il n'y

a... rien.

Pendant de longues années, on

n'entendra plus parler du cinéma

des premiers temps. Bien sûr,

cinémathèques et collectionneurs

ont tenté de retrouver les

bobines oubliées dans les caves

ou dans les greniers. Mais

combien de films manquent encore

à l'appel?

Retrouver des films est aussi

une course contre le temps, car

une autre tragédie guette le

cinéma ancien. Fabriqués sur une

pellicule chimiquement instable,

les films se décomposent

inéluctablement après quelques

dizaines d'années. Au début,

l'image se tache et se délite.

Puis la pellicule devient

collante et se transforme en

cristaux acides, une réaction

imprévisible, inéluctable et

malheureusement irréversible.

À ce jour, 200 films de Georges

Méliès ont été retrouvés grâce

aux efforts des cinémathèques,

des collectionneurs et de sa

famille, mais il en manque

encore 300.

Les chances de retrouver de

nouveaux films plus d'un siècle

après l'invention du cinéma sont

donc bien minces.

À moins d'un miracle.


ÉRIC LANGE, de Lobster Films, est en entrevue en studio.


ÉRIC LANGE

En 1999, Henry Menez, le

patron de la Cinémathèque de

Barcelone, était venu à Lobster

parce qu'il cherchait des films

de Segundo de Chomon. Segundo de

Chomon, c'est un grand

réalisateur espagnol, catalan,

qui est spécialisé surtout dans

les films à trucs et qu'on

connaît en France parce que

c'est lui qui faisait les copies

des films de Méliès pour Pathé.

Et donc, il faisait cette

recherche, il est venu à

Lobster, on avait trouvé

quelques copies, et puis en

discutant comme ça, on en est

arrivés à parler de Méliès

évidemment et je lui ai demandé

ce qu'il avait comme films de

Méliès. Donc, il m'a annoncé

qu'il n'avait pas grand-chose,

mais une copie en couleur du

Voyage dans la lune.

Justement, le Voyage dans la

lune en couleur, ç'a toujours

été un rêve pour moi parce que

tous les films de Méliès les

plus spectaculaires existaient

dans les versions coloriées au

pinceau et donc, le Voyage dans

la lune, personne n'en parlait,

c'était écrit nulle part, il y

avait pas de catalogue. Et

pourtant, pour moi, c'était

grave, je me disais que ce

n'était pas possible que ça

n'ait pas existé.

Je crois que chacun de toute

façon a son centre d'intérêt.

Quand on fait une collection de

films, quand on recherche des

films, on peut pas tous toujours

restaurer la même chose.

Donc, quand Henry Menez,

évidemment en

tant que patron de la

Cinémathèque de Barcelone,

recherchait des films de Segundo

de Chomon, du coup, on est

tombés tout naturellement

d'accord pour faire un échange,

et le Segundo de Chomon est

reparti en Espagne et la copie

couleur du Voyage dans la

lune est revenue en France. Même

quand il est là sous nos yeux,

on a un petit peu de mal à y

croire sauf évidemment quand on

commence à ouvrir la boîte. Ce

qui était vraiment étrange avec

cette bobine, c'est que

théoriquement, elle était

totalement décomposée. C'est ce

qu'avait expliqué Henry Menez et

il y avait pas de raison de pas

le croire pour qu'il se défasse

aussi facilement de cette copie.

Effectivement, quand on voit la

bobine arriver, on prend la

bobine et, finalement, c'est un

morceau de bois, on peut taper

dessus, il y a rien à faire, il

y a pas une image qui se décolle

et, pourtant, sur le bord, on

voit les images, on voit les

premières images et on voit que

c'est en couleur. Donc, on voit

que c'est merveilleux.

Une fois qu'on est là, on a

savouré cette première étape qui

est la découverte, puis après,

on se dit: Bien oui, mais c'est

pas le tout d'avoir trouvé le

film; maintenant, il va falloir

le restaurer. Parce que le film,

il faut quand même pouvoir le

montrer.


NARRATEUR

Restaurer un film,

ce n'est pas comme restaurer un

livre ou un tableau. Ce qui

importe, ce n'est pas le

support original,

mais son contenu qu'il faut

recopier sur un support moderne.

Mais pour cela, encore faut-il

pouvoir dérouler la pellicule.

Les meilleurs laboratoires

cinématographiques sont

consultés. Expertises et

analyses se succèdent sans

trouver de solution.

Vient alors le temps de la

chimie. Il va falloir tenter le

tout pour le tout et imaginer un

traitement de choc qui risque de

détruire le film original.

Un pari un peu fou pour un

résultat incertain et dont

personne ne veut prendre la

responsabilité.

Nous nous débrouillerons donc

avec les moyens du bord à nos

heures perdues. En février 2001

dans une cave de Versailles, la

bobine est placée dans une

cloche de verre pour y être

soumise à des vapeurs

corrosives. Cela durera des

semaines, des mois peut-être.

Alors, avec le temps, certains

fragments du film se décolleront

et seront quelques heures assez

souples pour être photographiés

image par image avant de

redevenir cassants comme

du verre.


ÉRIC LANGE

Ce genre de travail, on peut

pas l'entreprendre si on n'a pas

la foi, si on n'y croit pas.

C'est vrai que quand on passe

des nuits entières à essayer de

faire quelque chose quand tout

le monde vous a dit que c'était

impossible de le faire, il faut

pas chercher une logique

là-dedans, c'est le contraire,

c'est du domaine du

déraisonnable, c'est

du domaine de la folie et puis

c'est ça qui est bon.

Rapidement, je me suis rendu

compte que la bobine était

collée sur le bord. La

décomposition avait attaqué

uniquement les bords et que

l'image en fait était intacte

globalement, et qu'avec beaucoup

de patience, on arrivait à

décoller millimètre par

millimètre.


On assiste au processus de récupération de la bobine du film.


ÉRIC LANGE

Quand on commence, on se rend

pas compte du temps que ça va

prendre. On voit la première

bobine, on se dit: Bon, bien on

y va. Même si ça prend deux

minutes, on en fait une

deuxième, encore deux minutes.

Et puis au bout d'une heure, on

en a fait une trentaine. En

fait, il y en a des milliers à

faire, mais on se rend pas

compte, on est déjà

tellement émerveillé d'avoir

réussi à sauvegarder une

trentaine d'images qui

correspondent à peu près à deux

secondes, c'est déjà un bout de

mouvement, ça commence à

prendre vie.


Peu à peu, les images de la bobine sont restaurées, puis numérisées.


ÉRIC LANGE

L'avantage dans ce projet, c'est

que quand j'ai commencé, il y

avait évidemment pas de délai.

C'est-à-dire que de toute façon,

personne n'attendait rien de

cette bobine totalement

décomposée. Donc, ce qui

sortirait, ça serait déjà ça de

pris. Les jours ont passé, les

semaines, et puis voilà. On

n'imagine pas le temps que ça

peut prendre en fait. Il vaut

mieux pas y penser, d'ailleurs,

parce que sinon, on arrête tout

de suite.

Donc, au bout d'un an, on se

retrouve avec à peu près 10 000

fichiers correspondant à des

images ou parfois des fragments

d'image. Évidemment, il va

falloir assembler toutes les

pièces de ce puzzle. Mais c'est

vrai qu'avec les technologies

dont on disposait il y a dix

ans, c'était absolument pas

possible. Ou c'était possible,

mais ça aurait pris trop de

temps, c'était pas logique de

poursuivre comme ça, il valait

mieux attendre. Là, on était un

petit peu plus sereins parce que

en fait, le film avait été

sauvegardé. Il était évidemment

pas restauré, il était pas

montrable mais, au moins, toutes

les images avaient été

sauvegardées.


NARRATEUR

Ce sont en fait

13 795 images qui auront ainsi

été photographiées nuit

après nuit.

Et tandis que les originaux

continuent de se décomposer, les

images numérisées vont dormir

sur un disque dur pendant huit

ans, le temps pour les

technologies de progresser, le

temps également de trouver de

nouveaux partenaires.

Le second acte de cette

restauration commence

en avril 2010 avec

l'engagement à nos côtés de la

fondation Groupama Gam et de la

fondation Technicolor pour le

cinéma. Les choses vont enfin

pouvoir se faire en grand! Fini

le temps de l'artisanat. Bien

vite, les archives françaises du

film du Centre national du

cinéma se joignent au projet et

c'est dans leurs laboratoires

que vont s'effectuer les

premières étapes décisives.

Dans les réserves des archives

sont déposées plusieurs copies

en noir et blanc du Voyage dans

la lune en plus ou moins bon

état. Nous allons devoir les

comparer entre elles et

sélectionner les images qui

manquent toujours dans notre

copie couleur.


ÉRIC LANGE est dans une salle de montage et discute avec un technicien. Ils sont devant deux écrans présentant des images du «Voyage dans la Lune».


ÉRIC LANGE

À gauche, c'est la copie de

Méliès, à droite, c'est la copie

Mauclair de 1929 du Gala Méliès.

D'accord, sur la copie Mauclair,

il y a pas le premier tableau.

Voilà. À gauche, l'image est

quand même assez exceptionnelle.


NARRATEUR

Très vite, une

copie appartenant à la

petite-fille du réalisateur,

Madeleine Malthete-Méliès,

nous apparaît comme la

plus intéressante et d'une

qualité d'image magnifique. Mais

la fin est très endommagée et

plus courte de 54 images que la

copie fabriquée pour le Gala

Méliès, aujourd'hui propriété de

l'État. Même en noir et blanc,

il n'existe donc aujourd'hui

aucune copie originale complète

et en parfait état du Voyage

dans la lune. Image après image,

nous allons devoir jongler entre

les différents éléments. Les

dernières pièces du puzzle ont

été identifiées. Il ne reste

plus qu'à les numériser à leur

tour, et pour cela, le scanner

Sacha est la machine idéale.


Les bobines de film sont passées dans un grand scanner.


NARRATEUR

Plus stable, plus précis, c'est

un prototype construit

spécifiquement pour ce genre de

film.

En comparaison de ces images

nouvelles, nos scans de la copie

couleur semblent avoir été

faits au Moyen-Age. Presque par

défi, nous proposons aux

archives de tenter de mettre sur

le Sacha quelques fragments

survivants de la copie couleur.

Une blague!


NICOLAS RICORDEL, des Archives Françaises du Film, est en entrevue en studio.


NICOLAS RICORDEL.

Au début, je me suis dit: On

va réussir à faire des

miracles. Et rapidement, c'est

devenu très très compliqué. On

prenait des bouts de pellicule,

on commençait à les passer dans

le scanner

- c'est pourtant un

scanner prévu pour prendre en

charge les films très abîmés -

et finalement, ça cassait. On

commençait à scanner, ça

recassait. On essayait, on

essayait, on essayait, on

n'arrivait jamais à rien.


NARRATEUR

Après huit années

d'attente, il nous faut

maintenant rencontrer le

dernier héros de

notre histoire. Un super-héros?

Peut-être. En tout cas, il n'en

a pas l'air; il ressemble plutôt

à Georges Méliès. Il s'appelle

Tom Burton et est directeur de

Technicolor Creative Services.


ÉRIC LANGE est en entrevue en studio.


ÉRIC LANGE

Tom Burton est vraiment un

individu formidable, quelqu'un

de peu probable qui a tout de

suite été passionné par le

projet, qui a tout de suite vu

la magie du film avant

d'imaginer les solutions

techniques, de voir comment il

pourrait restaurer ça. Et ce qui

le passionnait, c'était vraiment

le film. Donc, après, les moyens

suivent tout de suite. C'était

naturel pour lui de trouver une

solution. Même si elle

n'existait pas, il savait qu'il

allait la trouver.


Dans ses bureaux à Hollywood, TOM BURTON donne une entrevue.


TOM BURTON

(Propos traduits de l'anglais.)

Ce projet est vraiment unique.

C'est une véritable reconstruction,

une résurrection plutôt qu'une

restauration. On pouvait à peine

commencer à restaurer les images

sans connaître la place de chacune

dans l'ordre chronologique.

Il nous manquait une référence

pour savoir comment ces

miettes d'un puzzle de nitrate

pouvaient au final former

un flux continu d'images.


NARRATEUR

Une première étape

va consister à donner à chaque

image du film son numéro, comme

une identité absolue qui

permettra de la comparer dans

chaque copie existante.

Et cette mise en miroir des

images donne une idée du

travail qui nous attend.


Dans une salle de montage, TOM BURTON discute avec son ASSISTANT devant un écran, qui montre deux versions du «Voyage dans la Lune».


L'ASSISTANT

(Propos traduits de l'anglais.)

Donc on a la version

en noir et blanc sur la droite

et les images couleurs sur la gauche

avec les morceaux manquants.


TOM BURTON

(Propos traduits de l'anglais.)

Quand l'image en couleurs disparaît,

ça veut dire que le fragment est perdu.

C'est ça qu'on remplacera plus tard.


TOM BURTON poursuit son entrevue dans ses bureaux.


TOM BURTON

Mon équipe a une expression:

''Ce qui est difficile, on s'en

occupe immédiatement. L'impossible

prendra juste un peu plus de temps.''


NARRATEUR

Il va falloir sauver tout ce qui

peut l'être de la copie

couleur. Certaines images ont

survécu sans pratiquement aucun

dommage, mais il est rare que

plus de cinq images successives

ne nécessitent aucune

intervention, sans parler des

images fragmentaires ou

manquantes.


TOM BURTON

(Propos traduits de l'anglais.)

Dans bien des sens, c'était

un projet de restauration multiple,

avec plusieurs solutions.

C'est un peu comme l'Arc de Triomphe

où toutes les voitures convergent.

Beaucoup de solutions différentes,

menant toutes vers le même but.

On travaille avec une palette d'outils

numériques, et les principales plateformes

de restauration disponibles.

Mais on y introduit aussi

les technologies spécifiques

utilisées pour les effets spéciaux

des films modernes.


On compare les versions originales et restaurées du «Voyage dans la Lune». Les images de la version restaurée sont beaucoup plus nettes.


NARRATEUR

Pendant dix mois, l'équipe de

restauration va revenir sur

chaque image, stabiliser,

retoucher, compléter les

manques. Bref, supprimer une à

une les atteintes du temps.


TOM BURTON et son équipe travaillent à retoucher numériquement chaque image du «Voyage dans la Lune». Un des MONTEURS vient de retoucher une des images.


MONTEUR

(Propos traduits de l'anglais.)

Et voilà, une image intacte.

En même pas deux semaines,

l'image est redevenue comme neuve.


On compare de nouveau les versions originales et restaurées du «Voyage dans la Lune». Différents extraits du film sont présentés. Dans un des extraits, certaines des images n'apparaissent qu'en noir et blanc.


NARRATEUR

Pour les images qui n'ont

survécu qu'en noir et blanc, les

restaurateurs doivent réinventer

le métier de coloriste. Cette

fois, les pixels vont remplacer

les encres et la palette

graphique, les pinceaux.


TOM BURTON

(Propos traduits de l'anglais.)

On essaie de garder la vibration,

le rendu spécifique du pinceau

et la densité des couleurs,

pour imiter le coloriage à l'encre.

Chaque touche de couleur

a un aspect unique.

Lorsque le pinceau est sec,

c'est plus clair.

Il faut le retremper dans l'encre.

On fait tout pour préserver

cette vibration naturelle

qu'on essaie habituellement

d'éviter. Ici, on la fabrique exprès.


MONTEUR

(Propos traduits de l'anglais.)

Si je supprime l'image de fond,

on voit les couches sur lesquelles

j'ai peint chacun des personnages

dans leurs couleurs respectives,

chacun sur une couche séparée.

Maintenant, je peux ajouter le vert,

ou le supprimer, puis remettre

les couleurs une par une.


Le MONTEUR fait jouer le film, mais uniquement avec les couleurs qui s'animent.


MONTEUR

(Propos traduits de l'anglais.)

Vous voyez la séquence en boucle.

Ici, vous voyez le bleu

des femmes passant derrière,

et là, le monsieur en vert

qui marche de droite à gauche.


DEUXIÈME MONTEUR

(Propos traduits de l'anglais.)

J'aime bien garder des défauts

de temps en temps. Ça nous

rappelle le film d'origine

et ça apporte une certaine poésie.

Pour moi, Un Voyage n'est pas un film.

C'est un rêve.


NARRATEUR

La dernière étape de la

reconstruction de l'image a lieu

dans une salle obscure équipée

d'un grand écran. C'est

l'étalonnage. Dans des

conditions de projection

optimales, le film est passé en

revue une dernière fois. C'est

notamment le moment de

l'équilibrage des couleurs les

unes par rapport aux autres. La

copie d'origine est teintée

jaune, mais les couleurs se sont

peut-être estompées. Comment

retrouver l'équilibre d'origine?

En tirant plus vers le vert? Ou

le bleu? Durant trois semaines,

le film réparé va être revu plan

par plan. Les couleurs de chaque

image ou de chaque partie

d'image vont être harmonisées

les unes par rapport aux autres

et les derniers défauts,

imperceptibles sur le petit

écran, vont être traités.


Un TROISIÈME MONTEUR commente une scène du film où un astronome tue un Sélénite.


TROISIÈME MONTEUR

(Propos traduits de l'anglais.)

Je reconnais bien l'impérialisme

euro-américain. On tue ce qu'on

ne comprend pas.


NARRATEUR

C'est aussi le moment des

dernières surprises...


Sur le grand écran de la salle de projection, TOM BURTON et son équipe remarquent une clé qui est située complètement sur le bord de l’écran, dans la scène du film où l'on installe l'obus dans le canon.


NARRATEUR

...comme cette

clé imperceptible sur les écrans

d'ordinateur et placée si proche

du bord de l'image qu'elle n'a

certainement jamais été projetée

sur un écran. Que vient-elle

faire ici? À moins que ce ne

soit tout simplement la clé du

studio accrochée à un clou à

côté de la porte du jardin.

Plus d'un siècle après son

tournage et près de 20 ans après

la découverte de la copie

miraculeuse en couleur, le

temps est venu pour les

restaurateurs, les logiciels et

les techniciens de pointe de se

faire oublier. Les technologies

n'étaient qu'un passage pour

effacer les outrages du temps.


On nous présente divers extraits des films de GEORGES MÉLIÈS.


NARRATEUR

De l'ouverture du festival de

Cannes à Los Angeles, de Pékin à

Toronto, c'est pour tous les

publics du monde que la magie de

Georges Méliès va désormais

renaître. Elle est intacte,

éternelle et peut à nouveau nous

faire voyager au pays de

l'enfance du cinéma au pays des

étoiles et au pays des rêves.


On présente des extraits de la version complètement restaurée du «Voyage dans la Lune». La dernière image est celle de la Lune qui reçoit l'obus dans l’œil.


Générique de fermeture

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