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Tabou

Lisbon. A cranky old woman is dying under the watchful eyes of her maid and her neighbour, who she asks to find a certain Gian Luca Ventura. He will tell them a tragic love story from Africa at the foot of Mount Tabu, during the 1950s.



Réalisateur: Miguel Gomes
Acteurs: Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira
Production year: 2012

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VIDEO TRANSCRIPT

Ce film en langue originale portugaise est sous-titré en français. Ce document ne rapporte que les sous-titres français.

Début générique d'ouverture

Des images d'archives présentent un explorateur dans la jungle africaine, accompagné de porteurs locaux qui défrichent le passage pour lui permettre d'avancer.

[Début information à l'écran]

Tabou

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture


LE NARRATEUR

Par pluie et soleil,

une triste créature

traverse depuis des mois

le paysage africain.

Au cœur du continent noir,

ni bêtes ni cannibales

n'effrayent

l'intrépide explorateur.

Il est suivi d'un contingent

transportant verroterie, étoffes

et modernes outils

d'exploration scientifique.

Ils sont accompagnés de

Sa Majesté le Roi du Portugal

(symboliquement présent

par Décret royal)

et Son supérieur,

que toute créature nomme Créateur,

dont la Bible transcrit les paroles.

Les jambes avancent par volonté

supérieure souveraine ou divine,

mais le cœur,

le plus insolent des muscles,

dicte d'autres raisons pour la marche.

Pauvre malheureux!

Le capricieux organe

est plus sévère que Roi ou Dieu.

Voici les véritables motifs de l'expédition:

parcourir les confins du monde,

s'éloigner d'où il a vu mourir

sa douce et tendre épouse

sans pouvoir l'éviter.

L'explorateur est intrépide

par désespoir.

Sombre et triste,

il erre inconsolable

sur le plateau inhospitalier.

Et par d'obscures mystères,

il reçoit la visite

d'encore plus loin,

de celle que son cœur désire,

portant, oh détail morbide,

la précieuse robe avec laquelle

on l'a ensevelie.

L'explorateur est assis dans la brousse et se désaltère en buvant dans sa gourde. Une femme se tient debout plus loin, dans les feuillages.├ [MME AURORA (Narratrice)

Aussi loin que tu coures,

Autant que le temps passe

de ton cœur tu ne pourras fuir.


LE NARRATEUR

Alors je mourrai …


MME AURORA

Pauvre malheureux …

(L'explorateur poursuit sa route et arrive à une rivière. Un groupe d'habitants locaux se tient debout au bord de la rive.)


LE NARRATEUR

Submergé dans des eaux troubles,

un crocodile attend son heure.

L'intrépide explorateur le sait,

dans ce fleuve, il trouvera son destin.

Ses hommes témoignent de l'horreur.

L'explorateur fait ses adieux à la vie.

(En attendant le son de quelque chose qui tombe à l'eau, le groupe d'habitants locaux commence à danser en chantant, au son des percussions.)


LE NARRATEUR

La nuit tombe sur la savane

et mille et une nuits après celle-ci.

Dorénavant,

aussi absurde ne semble

aux hommes de raison,

certains jurent

avoir aperçu une vision démoniaque:

un triste crocodile,

avec une dame du passé,

couple inséparable

uni par un pacte mystérieux

que la mort n'a pu briser.

Première partie:

Paradis perdu

28 décembre

Texte narratif :
Une femme, PILAR, roule en voiture, dans les rues animées d'une ville, moderne. PILAR se tient dans un grand hall près d'une crèche de Noël montée sur des socles.


MAYA

Mlle Pilar?

Mlle Pilar, je présume?


PILAR

Oui. Et vous êtes Maya!

Bienvenue à Lisbonne.


MAYA

Non. Pas Maya. Une amie.

Une amie de Maya.

Maya est mon amie.

Maya est désolée.

Maya ne viendra pas à Lisbonne.


PILAR

Elle va bien?


MAYA

Oui, elle va bien.

Ça va. Tout va bien.

Mais elle m'a demandé de vous dire

qu'elle ne viendra pas.

Maya ne viendra pas à Lisbonne.


PILAR

C'est dommage.

Et vous? Vous avez où loger?


MAYA

Oui. Je sais où rester.

Je suis avec des amis de Pologne.

Des amis polonais.


UNE JEUNE FILLE

On y va, Maya!


MAYA

Il faut que j'y aille maintenant.


PILAR

Passez un bon séjour à Lisbonne.

(Dans une maison, SANTA, une femme noire repasse du linge. Le téléphone sonne, SANTA répond.)


SANTA

Allô …

Bonjour Mme Aurora.

Oui …

D'accord …

D'accord …


PILAR

Oui, Santa?


SANTA

Mme Aurora a appelé du casino.

Elle a tout perdu.

Elle n'a pas d'argent pour le train.

Casino Estoril

Texte narratif :
Dans le stationnement du Casino Estoril, PILAR et SANTA sont dans la voiture. PILAR descend pendant que AURORA reste dans la voiture.

Texte narratif :
MME AURORA est assise à une table dans le Casino. Pilar est avec elle.


PILAR

Vous savez ce dont

on a parlé il y a quelque mois?

Vous m'aviez dit

que vous ne reviendriez pas.


MME AURORA

Ma chère Pilar, cette fois-ci

c'est différent.


PILAR

Il vous reste de l'argent, Aurora?


MME AURORA

Non, ma chérie. Tout est parti.


PILAR

Alors, c'est pareil …


MME AURORA

Non, Pilar. C'est différent.

Ça m'est venu en rêve.


PILAR

En rêve?


MME AURORA

Il y avait des singes

aux bras poilus, comme de la laine.

Ils se bagarraient.

Ils étaient nombreux!

À se mordre dans la cuisine,

le salon, la chambre …

Je leur ai dit

de sortir et d'être amis.

Mais ils ne voulaient que mordre!

Je devais appeler ma fille,

qu'elle me trouve un avocat.

Et après …

J'étais ailleurs.

Chez une amie morte

il y a bien dix ans, la pauvre.

On mangeait des tartines

avec de la confiture de citrouille!

Il y avait un singe qui parlait.

Mais parfois le singe

était son mari …

Et maintenant que j'y pense,

c'est vrai qu'il était très poilu.

Quand il remontait ses manches,

il avait beaucoup de poils.

Parfois c'était le singe,

parfois son mari.

Je devais appeler ma fille

au cas où elle me rende visite

et tombe sur les singes.

Elle pourrait penser

qu'ils m'avaient mangée.

Maintenant que j'y pense:

ma fille ne me rend

pas souvent visite …

Elle ne peut pas, la pauvre.

Surtout maintenant

qu'elle est au Canada.

Mais vous savez, Pilar,

on ne maîtrise pas les rêves.

Donc, le mari ou le singe …

a dit qu'il avait gagné une fortune

au casino,

au vieux casino,

ce nouveau ne vaut rien.

À ce que sa femme lui répond:

heureux au jeu, malheureux en amour …

J'ai pensé qu'elle disait ça

parce qu'elle le trompait.

Comme elle était morte,

elle le trompait avec des morts.

Même des étrangers célèbres!

Le mari l'avait compris

et était très triste.

J'ai pris le train avec lui, par pitié.

Je lui ai dit qu'il y avait

d'autres femmes vertueuses.

Des femmes comme Notre-Dame.

Quand le contrôleur est arrivé,

le mari a fait le singe

et s'est suspendu

là où les gens se tiennent.

Je n'avais pas de billet et suis allée

en chercher avec le contrôleur

sauf que le distributeur

était une machine de casino.

J'étais très tendue

face à la machine.

Le contrôleur donnait une couleur,

je prenais l'inverse et je gagnais!

Puis je l'ai cru

et il fallait que je décide:

ou je mettais ce qu'il disait

ou le contraire, ou je ramassais l'argent.

Je me suis réveillée

sans savoir la fin

et je me suis dit qu'il fallait

venir voir si j'avais de la chance.

Je suis bête, car la vie n'est pas

comme dans les rêves.

Mais si je n'étais pas venue,

je serais restée à ruminer …

(MME AURORA est assise sur le siège arrière de la voiture qui roule vers la maison. PILAR conduit et SANTA est assise sur le siège passager avant.)


MME AURORA

Tu es fâchée, Santa?

Qu'est-ce qu'il fait moche!


SANTA

Ils annoncent de la pluie.

(PILAR est dans une pièce sombre, elle tient le récepteur du téléphone et le dépose sur le combiné. PILAR sort de la pièce et se dirige vers la cuisine. Un téléphone sonne et vibre. PILAR tourne sur elle-même en cherchant d'où vient le son. PILAR ouvre la porte du réfrigérateur et trouve le téléphone portable.)


PILAR

N'importe quoi …

(PILAR est dehors à l'entrée de la maison de MME AURORA. SANTA se tient debout devant PILAR dans l'embrasure de la porte.)


PILAR

Santa, je ne mangerai pas

toutes ces crevettes.

En fait, je n'ai personne à dîner.

La Polonaise ne vient plus.

C'est pour vous et Mme Aurora.


SANTA

On a déjà dîné.


PILAR

Elles vont être gâchées.

J'en ai encore plein pour moi.


SANTA

Merci Mme Pilar.

(SANTA referme la porte.)

(SANTA mange, s'essuie la bouche et fume une cigarette.)

(SANTA est étendue sur un divan et lit à voix haute.)


SANTA

“Comment j'ai décidé

de parcourir le monde:

Je suis né à York en l'an

mille six cent trente-deux,

au sein d'une bonne famille.

Après s'être enrichi,

mon père s'est retiré du commerce

et s'est installé dans cette ville.

Il avait épousé ma mère …”

(Dans une grotte, UN GUIDE fait visiter une grotte à un groupe équipé de lampes frontales.)


LE GUIDE

On pense que c'était un repaire …

de Maures …

de Maures … et de … Romains.

Ici, ils avaient un passage

vers les châteaux de Torres Novas.

Ce que je vous dis n'est pas la réalité,

ce sont seulement des légendes.

Ce n'est pas prouvé, mais on y trouve

des traces qui montrent que c'est vrai.

On va plus par là …

29 décembre


LE GUIDE

Quelqu'un a demandé

s'il y a des chauves-souris:

certainement!

On ne les voit pas, mais je vais

vous prouver qu'elles sont là.

(LE GUIDE s'éclaire le visage avec une lampe-torche.)


LE GUIDE

Pendant 23 ans,

j'ai accompli mon devoir

avec respect et tendresse,

et j'ai enterré 280 cadavres …

S'il y en a encore un ou deux

dans le coin je suis là

pour faire mon travail.

(LE PEINTRE s'insurge dans le fond de la grotte.)


LE PEINTRE

On est venu jusqu'ici

pour entendre ces bêtises?

(LE PEINTRE voyage dans un bus aux côtés de PILAR.)


LE PEINTRE

Les invasions de la 2ème guerre

ont consolidé ce catholicisme

séculaire. Séculaire? Millénaire,

Pilar, millénaire!

Plus apostolique que romain

si vous me suivez …


PILAR

Non, pas trop.


LE PEINTRE

Ma chère, je ne crois pas

que vous ratiez grand-chose

sans votre hôte.

Sacrés Taizés!

Ravis, à se goinfrer

de pâtisseries et fumer des joints

après les psaumes …

N'importe quoi!

Même le plus froid des Polonais

serait attendri par votre hospitalité.

Quant aux gâteaux aux carottes,

il ne sera pas gâché.

“Le morceau on gardera

pour lui qui le mangera.”

J'avoue que j'ai une petite faim

après tout cet alpinisme.


PILAR

Pas aujourd'hui.

Je dois finir le rapport

pour le comité Justice et Paix.

Les crises de ma voisine

me déconcentrent.


LE PEINTRE

Tout vous inquiète, Pilar.

J'aimerais avoir

marché sur une mine en Afrique

pour avoir votre attention.


PILAR

Vous n'avez même pas fait la guerre!


LE PEINTRE

Des varices …

Un militaire de moins,

un artiste de plus.


PILAR

Tant mieux.


LE PEINTRE

Et la voisine?


PILAR

Ça me touche de la voir si seule.

Elle n'a presque pas vu sa fille à Noël,

ça doit la déprimer.

Elle est venue 3 ou 4 jours

et a passé 15 mn avec sa mère,

lui a laissé son cadeau et est partie

passer Noël avec sa belle-famille.

Vous trouvez ça normal?

(MME AURORA est sur son balcon et crie après sa fille partie.)


MME AURORA

Tu veux me voir morte!

Ingrate! Tu souhaites ma mort!

Je vais me tuer!


SANTA

Rentrez, Madame.


MME AURORA

Alors, donne-moi mes cachets!

Donne, négresse!


SANTA

Il y en a plus.

Demandez à votre fille.

MME AURORA entre dans la maison, tandis que SANTA reste près du balcon. [MME AURORA

Comment oses-tu?

Tu as monté ma fille contre moi!

Avec ton maudit vaudou!

(MME AURORA va chez la voisine. Au loin on l'entend du corridor.)


MME AURORA

Pilar! Pilar, ouvrez!

Vous êtes ma seule amie, Pilar.

Ouvrez!

Personne ne m'aime …

(MME AURORA est assise par terre, appuyée sur la porte de l'appartement de PILAR. SANTA tend la main à MME AURORA pour l'aider à se relever et la ramener à la maison.)

(PILAR trouve une lettre sur le sol en entrant chez elle.)

“Pour Pilar”


MME AURORA (Narratrice)

“Mon amie, la bonne m'enferme

dans ma chambre.

Je suis sûre que si ma fille le savait,

elle la renverrait

et m'emmènerait chez le médecin

pour qu'on me donne mes cachets.

Je crains qu'elle ne soit

définitivement corrompue

par les sorts

de ce suppôt de Satan.

Elle ne m'écoute pas

et pense que je suis folle.

J'ai besoin de vous voir d'urgence.

Je ne fais confiance qu'à vous.

Vôtre, Aurora.”

(On sonne à la porte, PILAR va répondre. C'est MME AURORA, accompagnée de SANTA.)


MME AURORA

Ma chérie,

on s'inquiète beaucoup pour vous.

La petite religieuse polonaise

doit vous manquer.

On vient vous rendre visite.

(MME AURORA et SANTA mangent du gâteau dans le salon de PILAR.)


MME AURORA

Quel gâteau!


PILAR

C'est le seul que je sache faire.


MME AURORA

Très bon!

Oh, un nouveau tableau!

Il est moderne … et bizarre.


PILAR

C'est un cadeau de mon ami peintre,

un homme bien, mais pas toujours doué.

Il devait passer et je ne voulais pas

qu'il soit déçu

de ne pas le voir au mur.

Mais comme il ne viendra pas …


MME AURORA

Santa, donne-moi encore une part.

Ce sera mon dîner.

Mange aussi.

Comme ça tu n'auras pas à y penser.


SANTA

Ça va, merci.

(SANTA ramasse la vaisselle, puis la lave à la cuisine.)


PILAR

Santa, laissez, je laverai après.


SANTA

Ça me fait plaisir.


PILAR

Madame Aurora est bien agitée

en ce moment, non?

Elle se plaint de ne pas dormir …


SANTA

Elle se réveille tôt.


PILAR

Mme Aurora est particulière,

elle en rajoute,

a beaucoup d'imagination …


SANTA

C'est vrai.


PILAR

… mais elle ne va pas bien.

On devrait faire quelque chose.


SANTA

Moi je fais ce qu'on me dit.


PILAR

Je crois qu'elle

fait une dépression.

Il lui faut des médicaments,

par de la pitié!


SANTA

C'est sa fille qui décide.


PILAR

Mais sa fille est loin!

Elle s'en fiche! Vous comprenez?


SANTA

Excusez-moi, Madame.

(SANTA s'essuie les mains et quitte la cuisine.)

(De retour dans le salon, SANTA s'assoit et PILAR accroche un nouveau tableau au mur.)


MME AURORA

J'ai eu une bonne idée.

Pilar, vous ferez un gâteau

pour l'anniversaire de Santa.

Tu as déjà raconté à Pilar, Santa?

Elle va faire un goûter chez moi

et inviter des cousins et tout.

Ah, celui-là est bien mieux.

Parfois les gens nous offrent

des choses qui nous vont mal.

Ce n'est pas méchant: il ne

connaissent pas nos goûts.

Vous voyez ça?

(En sortant un foulard de son sac. C'est ma fille qui me l'a offert. Il est très doux et me va très bien. Il a des dessins de bélugas, les baleines qu'elles étudient au Canada. Comme ça, elle est sûre que je ne l'oublie pas. [Sur un écran d'ordinateur, plusieurs sites défilent.)

“Campagne Plus de Droits Humains,

Moins de Pauvreté”

“Circulation d'armes

provoque taux élevé de morts”

Texte narratif :
Au son des touches de claviers, l'écran se ferme.

Texte narratif :
PILAR est assise au bord de son lit et prie.


PILAR

Notre Père, qui êtes aux cieux,

que votre nom soit sanctifié,

que votre règne vienne,

que votre volonté soit faite

sur la terre comme au ciel.

Donnez-nous aujourd'hui

notre pain de ce jour.

Pardonnez-nous nos offenses,

comme nous pardonnons aussi

à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous soumettez pas à la tentation,

mais délivrez-nous du mal.

Amen.

Mon Dieu, veillez sur Mme Aurora

qui est si anxieuse.

Accordez lui la sérénité.

30 décembre

Texte narratif :
SANTA est debout sur un balcon et regarde la pluie tomber en fumant.

Texte narratif :
Dans une salle aménagée dans un grenier, plusieurs personnes sont assises à une table, des cahiers ouverts devant eux. Debout à l'extrémité de la table, une dame donne les résultats d'un examen.


LA DAME

Santa a zéro faute

à cette dictée.

Elle fait des progrès incroyables,

c'est un exemple pour tous.

Je crois que je sais pourquoi elle fait

ces progrès.

En plus de s'appliquer,

Santa est en train de lire un livre.

N'est-ce pas, Santa?


SANTA

C'est vrai.


LA DAME

Et quel livre?


SANTA

Robinson Crusoé.


LA DAME

For-mi-dable!

Et de quoi parle ce livre?

(De retour à la maison, SANTA aide MME AURORA à défaire les décorations de Noël.)


MME AURORA

Quel travail, Santa!

C'est la dernière fois.

Une vieille dame de mon âge

n'a pas besoin de ça.


SANTA

C'est la vie,

Mme Aurora.


MME AURORA

Tu as de l'argent pour moi?


SANTA

Non, vous avez tout dépensé au casino.

Demandez à votre fille.

(MME AURORA, dépose les décorations brusquement et s'en va.)

(Elle revient vêtue d'un manteau de fourrure et d'un chapeau assorti.)


MME AURORA

Je reviens.


SANTA

Vous allez mettre le manteau au clou?


MME AURORA

Quelle insolence!


SANTA

Si vous revenez sans lui

votre fille se fâchera encore.


MME AURORA

Monstre!

Je suis la prisonnière d'un monstre!

(MME AURORA retourne sur ses pas. On entend une porte claquée et des lamentations.)

(On sonne à la porte. SANTA va ouvrir. C'est PILAR qui vient voir ce qui se passe.)


PILAR

Qu'est-ce qui se passe?


SANTA

Mme est allée se coucher.


PILAR

Ça suffit.

On doit appeler sa fille.

Il me faut son numéro.


SANTA

Je n'ai pas le droit de le donner.

Demandez à Mme Aurora.


PILAR

Vous traitez les gens comme ça?

Votre patronne

a besoin d'aide, voyons!


SANTA

Pourquoi vous mêler

de la vie des gens?


MME AURORA

C'est qui, Santa?


SANTA

Mme Pilar.


MME AURORA

Rentre, Santa.

(MME AURORA sort de la pièce en amenant PILAR avec elle.)

(Dans le corridor, MME AURORA fait ses doléances à PILAR.)


MME AURORA

Heureusement vous êtes là!

Imaginez qu'on veut ma mort.


PILAR

Calmez-vous Mme Aurora.


MME AURORA

Je ne peux pas.

Vous n'avez pas idée!

Je suis la seule qui sait.

Je ne veux pas aller en enfer!

Je vous en prie!

Priez Saint Antoine pour moi!

Vous êtes si bonne.

Dieu vous écoutera.

Moi je prie mais Il ne m'écoute pas.

Et je sais bien pourquoi.


PILAR

Mme Aurora …


MME AURORA

Vous êtes trop bien

pour imaginer les crimes des gens.

Des horreurs que j'ai honte d'avouer.

Je sais que je les paye.

C'est le … qui m'a envoyé cette négresse,

car je suis sa prisonnière.

Santa fait du vaudou contre tous.

Contre vous aussi, Pilar.

Il est terrible …

Mais contre vous il ne peut rien.

Contre moi si,

car j'ai du sang sur les mains.

Même ma fille lui obéit.

Je sens les fumées la nuit,

mais je n'ai pas le courage de me lever.

J'ai si peur.

Priez Saint- Antoine, Pilar.

Pour moi et ma fille.

Tout est entre vos mains.

(PILAR est assise dans un bureau et écoute une discussion autour d'un événement à venir.)


FEMME 1

C'est pas une affaire de croyance.

La science admet

ces phénomènes de foule.

Plusieurs personnes

qui pensent au même

ensemble, en même temps,

peuvent changer les choses.

C'est parapsychologique.

Rien de surnaturel.


FEMME 2

Espérant qu'il y aura quelqu'un.

Beaucoup sont partis pour le Nouvel An.


FEMME 1

Tout ce qu'ils veulent

c'est du feu d'artifice.


FEMME 2

Tu me passes le feutre vert?


FEMME 1

Feutre vert, Pilar.

La dispersion, c'est l'avenir.

Des petits groupements partout

en même temps.

Loi de la simultanéité.


FEMME 2

Pilar, vous m'avez passé le jaune.

Il me faut le vert.


PILAR

Ah, que je suis bête!

Je suis dans la lune.


FEMME 1

On ne résout rien dans la lune.

(Une foule scande des slogans. Les manifestants sont rassemblés derrière une barrière et portent des pancartes. L'ORGANISATEUR scande les slogans dans un porte-voix, mais on ne voit pas où il est.)


ORGANISATEUR

Honte à l'ONU!


MANIFESTANTS

Honte à l'ONU! …


ORGANISATEUR

Mes amis, nous allons donc …

Vous pouvez baisser vos pancartes.

Nous allons faire une minute

de silence. Pour ça, je vous demande

d'allumer les bougies

distribuées auparavant …

… et de la lever bien haut

pendant cette minute de silence.

(PILAR est devant le groupe, près de la barrière, elle tient son flambeau et prie.)


MME AURORA (Voix au loin)

Priez à Saint Antoine, Pilar.


ORGANISATEUR

Silence!


PILAR

Si vous cherchez des miracles,

priez Saint Antoine,

le démon s'enfuit

et les tentations de l'enfer aussi.

On retrouve ce qui est perdu,

les chaînes se brisent,

et au cœur de la tempête,

la mer en colère obéit.

Par son intervention,

la lèpre, l'erreur, la mort s'en vont,

le faible devient fort,

les malades sont guéris.

On retrouve ce qui est perdu,

les chaînes se brisent,

et au cœur de la tempête,

la mer en colère obéit.

Tous les maux du monde abandonnent,

disent ceux qui l'ont vu

et les habitants de Padoue.

On retrouve ce qui est perdu,

les chaînes se brisent,

et au cœur de la tempête

la mer en colère obéit.

Gloire au Père,

au Fils et au Saint-Esprit.

On retrouve ce qui est perdu,

les chaînes se brisent,

et au cœur de la tempête

la mer en colère obéit.

Priez pour nous,

ô bienheureux Antoine.

Afin que nous devenions dignes

des promesses du Christ.

(Après une minute de silence, les manifestants commencent à applaudir. PILAR éteint son flambeau et applaudit aussi.)


ORGANISATEUR

Honte à l'ONU!

(LES MANIFESTANTS)

Honte à l'ONU! …

(Les manifestants continuent de scander les slogans, PILAR aussi.)

(PILAR regarde le brouillard qui enveloppe sur LISBONNE, de son balcon.)

31 décembre

PILAR sort de chez elle, en emportant un gâteau dans une assiette et une bouteille de mousseux. Elle sonne à la porte chez MME AURORA. [PILAR

Bonjour Santa.


SANTA

Bonjour Mme Pilar.


PILAR

Félicitations.


SANTA

Merci Mme Pilar.


PILAR

J'ai fait le gâteau aux carottes.


SANTA

Excellent.

(Dehors, dans un parc, MAYA est appuyée sur le dos d'un copain qui joue de la guitare.)


MAYA

Merde.


LE GUITARISTE

Quoi?


MAYA

C'est la dame portugaise

chez qui j'aurais du rester.


PILAR

Bonjour.

Vous vous souvenez de moi?


MAYA

Oui, bien sûr, Mlle Pilar.


PILAR

Comment se passent

les rencontres Taizé?


MAYA

Très bien.


PILAR

Oui, j'imagine.

Dommage que Maya n'ait pas pu venir.


MAYA

Dommage, oui.


PILAR

J'ai un souvenir de Lisbonne pour elle.

Je l'avais déjà acheté donc c'est à elle,

même si elle n'est pas venue.

Je n'ai pas son adresse donc …

Si vous pouvez lui remettre ça.


MAYA

Oui, je peux faire ça.

Je peux lui donner le cadeau.


PILAR

Lisbonne vous plaît?


MAYA

Oui, c'est très plaisant.


PILAR

Vous vous faites des amis?


MAYA

Oui. Des amis.


PILAR

Il faut que j'y aille.


MAYA

Vous êtes une dame très gentille.

Dieu vous bénisse.

(PILAR reprend sa route, songeuse.)

(PILAR assiste à une projection cinématographique, en compagnie de son ami PEINTRE. LE PEINTRE dort malgré la musique à un volume assez élevé. PILAR pleure en silence.)

À la sortie du cinéma, PILAR

et LE PEINTRE sont sur le trottoir.]


LE PEINTRE

Ça vous a plu?


PILAR

Énormément.


LE PEINTRE

Ça continue l'année prochaine.

Vous avez vos douze raisins secs?


PILAR

Je n'aime pas ça.


LE PEINTRE

Rituels païens …

Jésus, Marie, Joseph!


PILAR

Bon réveillon.


LE PEINTRE

Bon 2011, Pilar.

Vous savez, je pense

beaucoup à vous …

Votre compagnie, Pilar,

est le soleil qui illumine

le sombre réduit ou vit, aveugle,

votre ami dévoué.

Un imbécile pareil

mérite-t-il un tel trésor?

Non, ne dites rien.

Comment va le tableau au mur?


PILAR

Très bien.

(LE PEINTRE part et revient en offrant à PILAR un tableau emballé.)


PILAR

Un autre?


LE PEINTRE

Acceptez, je l'ai fait en pensant

à vous.


PILAR

Il ne fallait pas.


LE PEINTRE

Gribouillages …

La main est brute,

mais l'âme est sensible.

(PILAR est debout sur son balcon, dans la nuit.)

1er janvier

Texte narratif :
Dans son lit, PILAR prie.


PILAR

Mon Dieu, pardonnez-moi

d'être parfois si bête.

Je voulais vous demander de veiller

sur la santé de Mme Aurora et Santa.

(PILAR s'étend pour dormir. Le carillon de la porte résonne. Dans le corridor, SANTA sonne de nouveau. La lumière de l'entrée s'allume, PILAR vient ouvrir.)


SANTA

Mme Aurora ne se sent pas bien.

(Couchée sur une civière, dans un corridor d'hôpital, MME AURORA se réveille.)


MME AURORA

Oh, vous êtes-là, Pilar?

Vous prenez du thé?

Santa, vois s'il reste des gâteaux.


PILAR

Laissez. Ça va.


MME AURORA

Je devrais me lever,

mais je suis si fatiguée …

L'Afrique est très belle,

mais à ce moment de l'année,

on est très ramolli par la chaleur.

(SANTA et PILAR sont debout près de la civière.)


SANTA

Vous êtes à l'hôpital.


MME AURORA

Ah, quelle corvée!

Peut-être vont-ils

me donner mes cachets?

Si je m'endors, vous me réveillez?


PILAR

Ne vous inquiétez pas.

Ça va être vite fait.


MME AURORA

Santa, ne restez pas plantée là.

Il faut surveiller le crocodile.


SANTA

Quel crocodile?


MME AURORA

Parfois on dirait

qu'on se moque de moi …

Combien de crocodiles avons nous?

Allez voir avant que le malin

aille encore chez M. Ventura!

Il a une passion pour lui …


PILAR

Ne vous fatiguez pas.

Vous devriez vous reposer.


MME AURORA

Et comment?

Avec ce crocodile toujours

chez Gian Luca?

Et s'il lui mange un doigt?

(De retour chez elle, PILAR prie, assise au bord de son lit.)


PILAR

Si vous cherchez des miracles,

priez Saint Antoine,

le démon s'enfuit

et les tentations de l'enfer aussi.

On retrouve ce qui est perdu,

les chaînes se brisent,

et au cœur de la tempête,

la mer en colère obéit.

Par son intervention,

la lèpre, l'erreur, la mort s'en vont,

le faible devient fort,

les malades sont guéris.

On retrouve ce qui est perdu,

les chaînes se brisent,

et au cœur de la tempête ...

(MME AURORA trace des lettres avec ses doigts à l'intérieur de la main de SANTA.)


SANTA

V …

E …

N …

T …

U …

R …

A …

(MME AURORA est encore à l'hôpital.)

(SANTA est assise sur un banc dans un corridor de l'hôpital. PILAR arrive.)


PILAR

Bonjour.


SANTA

Bonjour.


PILAR

C'est ici?


SANTA

Les visites sont finies.


PILAR

Que dit le docteur?


SANTA

Rien.


PILAR

Vous avez eu sa fille?


SANTA

Elle ne répond pas.

Il faut trouver ce Monsieur.

Mme voudrait le voir.

(SANTA donne une note portant un nom et une adresse à PILAR.)

“Gian Luca Ventura,

Rue Marquês de Pombal ...”


SANTA

Il faut faire vite,

Mme va mourir.

(Par une fenêtre un chien jappe. Un homme assez jeune sort de la maison et accueille PILAR.)


LE JEUNE VENTURA

Vous êtes témoin de Jéhovah?


PILAR

Catholique.


LE JEUNE VENTURA

Moi aussi. Dites.


PILAR

Ça peut sembler bête, mais …

Est-ce qu'un M. Ventura

habite ici?


LE JEUNE VENTURA

C'est moi.


PILAR

Gian Luca Ventura?


LE JEUNE VENTURA

C'est le vieux. En maison de retraite.


PILAR

Votre père?


LE JEUNE VENTURA

Mon grand-oncle.

Il habitait ici.


PILAR

J'ai besoin de lui parler.

Enfin, pas moi,

une de mes amies qui le connaît.

(LE JEUNE VENTURA entre dans la maison, en passant par le garage.)


LE JEUNE VENTURA

Entrez, mettez-vous à l'aise.

Les chiens sont sages.

Ils aiment les enfants.


PILAR

Aïe! Je ne suis pas un enfant.


LE JEUNE VENTURA

Mais vous êtes bonne.

Les chiens le voient et moi aussi.

Je ne savais pas

que le vieux avait des amis.


PILAR

Je n'ai entendu parler de lui qu'hier.

Je croyais qu'il n'existait pas.


LE JEUNE VENTURA

Si si, il existe. Mais il est barjo.

(LE JEUNE VENTURA donne une carte de visite à PILAR.)

Maison de retraite

Soleil levant

Texte narratif :
PILAR attend à l'accueil de la maison de retraite. Un homme, M. VENTURA, vient à sa rencontre.

M. VENTURA

Gian Luca Ventura

(PILAR conduit M. VENTURA dans sa voiture. PILAR parle à SANTA au téléphone, en conduisant.)


PILAR

Allô?

C'est moi, Santa.

Je suis en route vers l'hôpital

avec M. Ventura.

Oui, je suis là …

Je ne m'y attendais pas de si tôt.

3 janvier

Texte narratif :
Un cortège funèbre défile au bord de la mer.

Texte narratif :
SANTA ET PILAR sont dans un cimetière. SANTA dépose une couronne sur un tas de terre. M. VENTURA jette une fleur sur la tombe et part. Un groupe de personnes quitte le cimetière, suivi de SANTA.

En mémoire de ma chère mère,

regrets éternels.

Texte narratif :
Dans la voiture de PILAR, M. VENTURA est assis sur le siège du passager.


PILAR

M. Ventura, vous prendrez bien

un café avant de rentrer?

(Dans un centre commercial, PILAR, M. VENTURA et SANTA vont prendre un café dans un immense jardin.)

M. VENTURA

Elle avait une ferme en Afrique …


PILAR

Excusez-moi?

On retourne dans le temps, la jeune AURORA est assise dehors, avec un jeune Africain qui tient un âne. AURORA dessine la tête de l'âne [M. VENTURA (Narrateur)

Aurora avait une ferme en Afrique,

au pied du Mont Tabou.

Elle n'a pas connu sa mère,

décédée après l'accouchement,

regrettant le temps perdu, enfermée

pour fuir aux moustiques,

lire des romans d'amour

et soigner une migraine chronique.

(Dans sa maison d'Afrique, AURORA fait des exercices.)

M. VENTURA (Narrateur)

Le père, un homme coléreux,

avait abandonné un petit empire

de lainerie à Covilhã

pour animosités monarchiques.

Il retrouverait le succès

en Afrique,

exportant mondialement

des coussins en plumes d'autruche,

connus pour

leur douceur et leur élégance.

Sans son vice du jeu,

Aurora serait l'héritière

d'une fabuleuse fortune.

Deuxième partie:

Paradis

Texte narratif :
AURORA est debout sur un balcon à hauteur de la cime des arbres, quelque part en Afrique.

M. VENTURA (Narrateur)

Aurora a grandi douée,

comme son statut l'exigeait,

entre professeurs particuliers

et domestiques noirs.

Le charme avec lequel

elle récitait des vers

ne l'empêchait pas

de certaines méchancetés.

Certains y voyaient les

influences démoniaques,

d'autres les caprices

d'une enfance gâtée.

(AURORA donne des leçons à une enfant africaine.)

M. VENTURA (Narrateur)

Avant l'apoplexie, le père était ravi

des exploits de sa fille,

y voyant les marques

d'un fort caractère.

La mort de son père l'a rendue

plus méditative.

Son goût pour la chasse

des grandes proies,

de réputation mondiale,

lui venait de son père.

Elle fut conseillère de chasse

dans

(Propos en anglais)

“It Will Never Snow Again

Over Kilimanjaro”,

un film de la RKO qui

fit un flop aux guichets

et mena son producteur

au suicide.

Tant pis, le cinéma

ennuyait Aurora à mort.

(On se retrouve dans la Savane près du Mont Tabou.)

M. VENTURA (Narrateur)

Sur les traces d'éléphants,

lions et guépards,

elle poursuivait

la mémoire de son père,

qu'elle ravivait

en parcourant l'immense savane.

Cette inflexion du caractère

de Aurora favorisa ses études.

Elle obtint son diplôme

en langues germaniques

dans une université anglophone.

Elle connut son futur mari

à la remise des diplômes.

(Un véhicule tout terrain circule sur une route de brousse. AURORA accueille son époux.)

M. VENTURA (Narrateur)

Il lui causa forte impression par

l'assurance de sa posture

et sa valse impeccable.

Le couple s'installa sur le versant

ouest du Mont Tabou.

Ses côtes mythiques

étaient généreuses pour tous:

elles offraient au mari de Aurora

un excellent climat

pour la culture du thé,

aux académiciens, un possible

berceau de l'humanité

et aux indigènes,

les essentiels mythes locaux.

Ces derniers voyaient

les esprits vengeurs de leurs ancêtres

dans la brume qui tombait

au coucher du soleil.

Rien de tout ça ne préoccupait

Aurora, qui aimait son mari

et était heureuse.

(AURORA déballe un cadeau que son mari lui a offert. C'est un bébé crocodile.)

M. VENTURA (Narrateur)

Mais le goût pour l'aventure

n'était qu'endormi,

apaisé par des cadeaux extravagants

qui pimentaient une vie banale.

(VENTURA, plus jeune, fume un cigare, assis sur un hamac, quelque part en Afrique.)

M. VENTURA (Narrateur)

Je tairais les déboires

qui me firent partir

de chez mon père à Gênes.

J'ai traversé le Pacifique Sud

dans la marine marchande.

J'ai accosté dans des villes

d'Extrême Orient.

Et j'eus à Paris une fâcheuse

aventure avec une Comtesse hongroise,

malheureusement mariée.

À l'époque, j'ai brisé bien des cœurs,

sans obtenir beaucoup d'avantages

ou de bonheur.

J'ai gagné de l'argent facile

et l'ai dépensé sans effort.

(VENTURA part à moto, sur une route de brousse.)

M. VENTURA (Narrateur)

Une nuit de bohème à Lisbonne,

j'ai connu un séminariste: Mário.

Un étranger comme moi

qui fêtait son abandon du Diocèse

pour manque clair de vocation.

Il m'a parlé avec passion

de ses origines en Afrique,

où il repartait.

Enthousiasmé, je lui ai annoncé

ma décision de découvrir son pays.

(Dans une plantation de thé, les cueilleurs s'activent.)

M. VENTURA (Narrateur)

L'Afrique me promettait

exotisme et vie facile.

C'était un monde sans dettes de jeu

ni ennuis sentimentaux.

À peine arrivé, on m'offrait

un bon poste en horaire régulier

dans une affaire respectable.

Santos & Frère, petite entreprise

d'exploitation de minerais,

connue pour ses bons rapports

avec ses employés blancs.

(VENTURA sur sa moto, fait la course avec Mario, dans sa Volkswagen décapotable, dans la savane africaine.)

M. VENTURA (Narrateur)

Manquant d'ambition,

j'étais vite devenu

l'homme de confiance des patrons.

(Le Mario's Band fait un spectacle en plein air.)

M. VENTURA (Narrateur)

Mário, connu comme le “Prêtre”,

le “Shérif”, l'“Africain” ou le “Boss”,

était plein de passions et d'activités.

Son grand-père, pionnier

et chef spirituel de la communauté,

y avait été envoyé à vie,

dans le temps

où la colonie servait surtout de bagne.

Mário portait toujours au cou

le crucifix de son grand-père,

peut-être pour avoir déçu

l'attente du vieil homme

qui voulait qu'il soit prêtre.

Sa souplesse vocale

enchantait la jeunesse africaine

et Mário, bon cultivateur de son ego,

l'exploita dans le groupe

qu'il créa: Mario's Band.

Les femmes appréciaient

son charme, et mon ami assumait

sa préférence pour les indigènes.

(MARIO conduit sa Volkswagen chargée d'enfants africains.)

M. VENTURA (Narrateur)

D'une de ces femmes

il aurait un enfant,

et dans les rares occasions

où il s'en souvenait,

ils faisaient ensemble

une sorite du dimanche.

À 15 ans, Mário avait vu

le visage de la mort.

(Dans la brousse, des croix en bois font figure de cimetière de fortune.)

M. VENTURA (Narrateur)

Pendant une tragique expédition

au Mont Tabou,

qui tua plusieurs jeunes,

l'intervention du mari de Aurora

fut décisive

pour la survie de mon ami.

Je méconnais les détails de l'accident

et du rôle du mari de Aurora.

Mais le lien né alors

resta sacré pour eux.

(Un singe arrache des cartes géographiques sur un mur.)

M. VENTURA (Narrateur)

Inventant un curriculum étonnant,

Mário fut nommé

professeur assistant

du département de Géographie

de la faculté de Lettres de Coimbra.

Il ne fit pas le voyage.

Ses cartes étaient très belles,

mais, on le découvrirait,

peu scientifiques.

(AURORA portant ses habits de chasse, marche dans les hautes herbes, suivie de plusieurs porteurs.)

(AURORA s'apprête è tuer une bête.)

(Dans un véhicule tout terrain, on ramène la bête.)

(VENTURA regarde la jungle de son balcon. AURORA arrive à bicyclette. Puis son mari arrive à son tour. Une conversation très animée a lieu entre quelques hommes qui sortent de la maison, AURORA et son époux. VENTURA observe sans rien dire.)

Octobre

M. VENTURA (Narrateur)

J'habitais à côté de la ferme

de Aurora, mais ne fis sa connaissance

que des mois après mon arrivée.

Mes voisins cherchaient le petit

crocodile, échappé du lac

qu'Aurora avait fait construire.

Je le trouvais dans mon jardin

et passais une partie de la nuit

à observer ses aller-retour

dans la baignoire.

(VENTURA ramène le crocodile à AURORA.)

M. VENTURA (Narrateur)

Aurora était heureuse

de revoir le crocodile.

Comme son mari était

en voyage d'affaires,

elle fit servir la limonade dehors

par pudeur et respect des normes.

Pour faire la conversation,

j'ai demandé

comment s'appelait le crocodile.

Elle m'a répondu

qu'il n'avait pas encore de nom.

(Le cuisinier de AURORA dans ses tâches à la ferme d'AURORA.)

M. VENTURA (Narrateur)

Parmi les biens de Aurora

s'en détachait un très particulier:

le cuisinier,

un vieillard qui servait la famille

de son mari depuis des décennies

et avait une excellente

réputation culinaire.

Il était aussi sorcier

et lisait l'avenir

dans les viscères des animaux

qu'il préparait pour ses patrons.

Un jour d'octobre,

pendant les pluies,

il confia aux bonnes

les paroles des esprits:

Madame était enceinte

et aurait une fin

amère et solitaire.

Mais une des servantes le trahit,

et ses prophéties

arrivèrent aux oreilles de Aurora.

Furieuse, elle en profita

pour le congédier,

alléguant ne pouvoir tolérer

ces rituels répugnants et hérétiques.

Pourtant le temps confirma

la première prédiction.

Aurora attendait un bébé,

et son mari, qui espérait

une vaste progéniture,

se réjouit à l'annonce

de son premier-né.

Il fêta l'événement

et redoubla d'attentions.

Aurora, elle, après l'euphorie

initiale, devint plus insaisissable

et le sujet semblait ne pas la passionner.

Novembre

Texte narratif :
Le mari de AURORA est accueilli par des champs dans un village d'Afrique.

M. VENTURA

Son mari attribua ça à

une crainte naturelle de la maternité

et à une légère bipolarité

qu'il avait remarquée dès le début.

(AURORA et son mari se promènent au bord d'une chute. Le mari filme AURORA.)

(VENTURA souffle dans un coquillage pour appeler une bête.)

M. VENTURA (Narrateur)

Un fauve que l'on croyait disparu

parcourait les collines

depuis des semaines,

lançant des hurlements

solitaires et perçants.

Beaucoup l'on pistée

mais c'est Mário qui l'a capturé.

(Des porteurs transportent la bête dans une cage.)

M. VENTURA (Narrateur)

Défiant une deuxième fois

les sommets hantés du Tabou,

il en descendrait triomphant,

la bête prisonnière.

Un puissant calife de la péninsule

arabique l'achèterait,

payant à mon ami la première tranche

d'une grosse somme

dont il ne recevrait

hélas jamais la totalité.

Le socialisme mettrait fin au califat.

(Les membres du Mario's Band, grimpent dans un arbre et prennent la pose.)

M. VENTURA (Narrateur)

Ignorant la révolution

et pensant recevoir l'argent,

Mário s'endetta et dépensa

son pactole en caprices,

comme l'enregistrement du single

de présentation du groupe

aujourd'hui objet de culte

pour les mélomanes,

unique par sa rareté et sa candeur.

(Des jeunes femmes discutent entre elles dans le salon chez AURORA.)

Décembre

Texte narratif :
AURORA lit dans son jardin. AURORA se lève et va voir son crocodile dans le bassin.

M. VENTURA (Narrateur)

Vers Noël, le crocodile fuit

de nouveau et Aurora eut

une idée précise d'où elle pourrait

le trouver.

(AURORA va chercher rencontrer son amant VENTURA, chez lui.)

M. VENTURA (Narrateur)

Plus tard, on découvrirait

le crocodile, caché sous une armoire.

Après ce jour fatidique,

Aurora avait, en secret, baptisé

l'animal d'un nom romantique:

Dandy.

(AURORA chasse dans la savane.)

M. VENTURA (Narrateur)

La nouvelle étonna:

Aurora avait raté un coup de feu.

Depuis l'enfance, aucune balle perdue

ne partait de son célèbre fusil.

Janvier

M. VENTURA

On associa l'événement

à la grossesse

et crut que la maternité

affaiblirait sa nature virile.

Ce serait la dernière

chasse de Aurora.

(Près d'une église, les villageois se rassemblent.)

M. VENTURA (Narrateur)

Des bruits d'émeutes et massacres

ont commencé à courir,

perpétrés par des noirs

ailleurs dans la colonie.

Vu la tranquillité

de notre communauté,

les nouvelles nous semblaient

exagérées ou irréelles.

Pourtant, la confirmation

que quelque chose se passait

est venue d'un militaire

parcourant le pays

en sessions publiques d'éclaircissement.

Les blancs se sont agités

et organisés en milices,

faisant des patrouilles nocturnes

et des exercices de tir

accompagnés de thé et de biscuits.

(Sur une terrasse, des blancs s'exercent à tirer.)

M. VENTURA (Narrateur)

Pour moi, indifférent au destin

de l'Empire, c'était juste une chance

d'être près d'elle,

malgré la présence de son mari

qui réveillait en moi une nouvelle

et croissante anxiété …

(AURORA rejoint VENTURA dans une prairie. Ensemble, ils regardent les nuages et des formes s'y dessinent.)

Février

Texte narratif :
VENTURA et AURORA font l'amour.

M. VENTURA (Narrateur)

Quelqu'un peut-il comprendre le moment

où l'on passe du désir à l'amour?

Comme je pense l'avoir dit,

je neme suis jadis pas privé de plaisirs,

surtout en la compagnie des dames.

Et si le feu de mes passions

était intense,

jusque-là, passer d'une femme à l'autre

ne m'avait jamais troublé,

car toutes me semblaient très belles …

Aurora a irrémédiablement

changé ma nature, je ne sais quand

ni pour quelles obscures raisons.

Sachant que Aurora portait

le fils d'un autre, son époux légitime,

je savais qu'en la prenant pour amante,

je commettais une énorme bêtise,

que je regretterai certainement.

Mais quand j'étais dans ses bras,

le futur me semblait

un concept absurde.

(VENTURA ET AURORA marchent main dans la main.)

M. VENTURA (Narrateur)

Nous profitions des moments

où les autres jouaient à la guerre

pour nos rencontres furtives.

Le risque d'être surpris

était considérable,

mais j'avais recours

à de vieilles combines

pour cacher mes amours illicites.

L'originalité était ailleurs …

Aurora s'imposait

comme réalité unique.

Mars

Texte narratif :
AURORA est étendu dans le lit de VENTURA.

Texte narratif :
Une fête est organisée chez AURORA. Le Mario's Band est à l'honneur.

M. VENTURA (Narrateur)

Le malaise croissant que je ressentais,

culminerait dans une fête

à la maison de la piscine.

L'aura lugubre du lieu aura

peut-être accentuée mon inquiétude.

Les fêtes là-bas devaient

leur réputation à l'étrange famille

qui y vivait.

La femme avait depuis longtemps

abandonné fils et mari.

Fragile des nerfs depuis sa naissance,

le fils était revenu encore plus perturbé

d'un séjour à Marseille,

où il aurait été lié au monde du crime

et spécialisé dans la boxe française.

Lorsqu'il paniquait,

il partait dans une autre réalité

et, comme Quixote,

attaquait d'invisibles ennemis.

Le père, sous le voile de l'amabilité

cachait un désespoir sauvage.

Les nuits de réveillon

après avoir bu une bouteille de whisky,

il fermait la porte du salon,

plaçait une balle dans le revolver,

l'appuyait contre sa tempe

et défiait la vie.

Il viendrait à mourir, plus tard,

dû à cette coutume.

Souvent une salve de coups de feu

en l'air achevait ses fêtes,

et mettait en fuite les invités.

(Des hommes balancent quelqu'un dans le bassin, puis se jettent à l'eau à leur tour.)

(Mario prépare des grillades.)

M. VENTURA (Narrateur)

Dû à mon amour interdit,

je m'étais éloigné de Mário

pendant les dernières semaines.

J'ignorais sa réaction

si je lui révélais mon secret.

Mário invoqua Dieu,

car il croyait que la Divine Providence

venait à mon secours.

Il me montra la lettre d'une fameuse

chanteuse d'une colonie anglaise

qui appréciait notre groupe.

Elle nous invitait à jouer avec elle

dans un hôtel de la capitale

pendant quelques mois.

Deux jours plus tard,

je volais vers mon destin.

Avril

Texte narratif :
Quelques jeunes hommes taquinent le crocodile dans son bassin.

M. VENTURA (Narrateur)

“Chère madame,

les merveilleux et maudits moments

que j'ai vécus avec vous

récemment

me font peur pour mon avenir,

mais surtout pour le vôtre.

En vérité, la profonde émotion

que je ressens près de vous

me place dans un nouveau territoire

effrayant et inconnu.

Je me sens incapable

de répondre de mes actes.

Mon cœur m'implore le contraire,

mais j'ai pris une décision définitive.

Je ne vous verrai plus,

car je crois que c'est la seule façon

de cesser ce crime affreux.

(On prépare la chambre de l'enfant à venir, chez Aurora.)

M. VENTURA (Narrateur)

Le destin, providentiel,

nous a offert, à moi et aux gars,

un contrat de trois mois

dans un hôtel réputé à l'étranger.

Ma chérie, pensez à vous, à votre mari

et surtout à l'enfant à naître.

Je vous quitte

avec infinie tristesse.

À vous pour toujours,

Gian Luca Ventura”

(AURORA écrit à VENTURA.)

(Plusieurs images de chambre d'hôtel, de ville, de réception suivent.)


AURORA (Narratrice)

“Cher monsieur,

Votre notoriété m'a aidée à trouver

votre adresse à l'étranger.

La lecture de votre lettre

m'a tellement frappée,

que j'ai souffert de fièvre

pendant des jours.

La noblesse de votre attitude

accroît mon amour,

ce que j'ignorais possible.

Pourtant, cette noblesse est ma malédiction.

Je me suis toujours crue heureuse,

mais la plénitude que j'ai connue

dans vos bras

me rend à ce jour

la plus malheureuse des femmes.

Oubliez-moi si vous pouvez,

car je serai toujours vôtre.

Aurora”

Mai

Texte narratif :
C'est l'époque de la cueillette dans la plantation de thé.

M. VENTURA (Narrateur)

“Ma douce et chère Aurora,

c'est vous qui devez m'oublier,

car je ne suis, et n'ai jamais été

qu'un vil malfaiteur.

Je n'aurais cru pourtant,

que parmi tant de crimes,

le plus grand

serait de tomber amoureux.

Je ne peux nier

combien je pense encore à vous

Vous seriez effrayée

par certaines de mes pensées.

Ce sont le fruit

de délires enfantins,

fous, sans aucun avenir.

Je me tairai donc,

et je vous prie

comme je prierais à Dieu si j'y croyais,

de ne plus jamais m'écrire.

Gian Luca Ventura”


AURORA (Narratrice)

“Cher Gian Luca,

Dire que le temps guérit,

c'est ne jamais avoir aimé comme moi.

Je vous avoue

sans orgueil une horreur:

ni pour mon mari,

ni pour l'enfant qui naîtra,

ni même pour Dieu

je regrette les moments

que nous avons vécus.

Si je maudit le jour

où je vous ai connu,

c'est parce qu'a suivi

le jour de la séparation.

L'image que vous gardez de moi

n'est plus vraie.

C'est ma honte:

aimer un homme,

et porter dans le ventre

le fils d'un autre.

Toujours vôtre,

Aurora”

(VENTURA se baigne avec MARIO, dans la mer, quelque part ailleurs qu'en Afrique.)


AURORA (Narratrice)

“Gian Luca,

Votre silence me fait croire

que vous m'avez oubliée.

Vous faites ce qu'il faut

et j'aimerais vous dire

que ça me rend heureuse.

Je continuerai à exister,

car une vie dans mon ventre l'exige.

Une vie innocente,

étrangère à mes mésaventures.

Je vous dis adieu,

mon cher, cher ami,

mais maintenant, toujours,

et pour toute l'éternité,

si un jour vous me le demandez,

j'arracherai de ma poitrine

un cœur palpitant,

qui demeure vôtre.

Aurora”

(AURORA écoute la radio en pleurant, dans sa villa d'Afrique.)

(VENTURA joue de la batterie dans le groupe Mario's band.)

(Un avion atterrit sur une piste.)

Juin

Texte narratif :
AURORA est sur le tarmac et attend que VENTURA descende de l'avion.

Texte narratif :
VENTURA et AURORA se retrouvent dans la nuit.

Juillet

M. VENTURA (Narrateur)

Les semaines suivantes,

j'ai démissionné et évité mes amis.

Août

Texte narratif :
MARIO trouve la veste de cuir de VENTURA chez AURORA. VENTURA fuit la maison d'AURORA en courant.

Texte narratif :
MARIO rend la veste à VENTURA.

M. VENTURA (Narrateur)

La façon indulgente dont Mário

a exigé la fin de l'affaire m'a peu rassurée.

pour reconnaître

la solennité d'un ultimatum.

Nous nous sommes

mis en fuite.

(VENTURA et AURORA chevauchent une motocyclette sur une route de brousse.)

M. VENTURA (Narrateur)

L'état de grossesse avancé

de Aurora demandait du soin,

mais la proximité de la frontière

compensait le risque

d'une nuit dans la jungle.

Nous avons campé

dans une maison en ruine

et avons regardé le feu,

en essayant d'y lire

des signes du destin.

(Dans la maison abandonnée, une bagarre se déclare entre VENTURA et MARIO qui les a retrouvés. AURORA voyant cela, tue MARIO.)

M. VENTURA (Narrateur)

Nous avons été amenés

à un village proche. Aurora était

dans un état de mutisme

coupé par des cris qui annonçaient

des nouvelles contractions.

L'accouchement avait

débuté juste après la mort de Mário

et continuait dans une paillote

qui m'était interdite

selon les règles implicites

d'un ancien pacte matriarcal.

(Dans le village, VENTURA passe le temps en montrant sa moto aux habitants locaux.)

M. VENTURA (Narrateur)

J'espérais me réveiller

d'un cauchemar absurde.

Je n'ignore pas m'être couvert

d'attributs avilissants.

Mais derrière les preuves

de ma folie

j'avais encore un bout de conscience.

Sachant que la vie

de mon amante était en jeu

et que notre crime avait compromis

pour toujours un avenir ensemble,

j'ai demandé à un garçon

d'aller chercher le mari de Aurora.

Je renonçais à la fuite

et était prêt à avouer

avoir kidnappé son épouse

et assassiné Mário.

Passer le reste de ma vie en prison

ou recevoir une balle de l'époux

trahi, devenaient des pensées

réjouissantes face à l'impasse

angoissante de ma condition actuelle.

(Les femmes du village annoncent la naissance de l'enfant par des sons typiques de leur tribu.)

M. VENTURA (Narrateur)

La naissance d'une fille

a été annoncée.

La nouvelle se répandit vite

dans le village.

(VENTURA pleure dans son coin.)

M. VENTURA (Narrateur)

La vue de Aurora avec sa fille,

sûrement émouvante aux autres,

m'était presque aussi insupportable

que celle du cadavre de Mário

à mes côtés.

J'attendais la fin.

Je la désirais, quelle qu'elle fût.

(Le mari de AURORA, arrive, il frappe VENTURA, prend sa femme et part. Pendant qu'on emporte le corps de MARIO.)

M. VENTURA (Narrateur)

Le lendemain, un mystérieux

communiqué sur la mort de Mário

fut publié, fait aujourd'hui

considéré comme déclencheur

de la guerre coloniale.

(Des images des gens dans leurs villages africains.)


ANNONCEUR (Voix de radio)

“Le mouvement de libération

revendique la mort du ci-nommé

membre des milices colonialistes

en tant qu'action de guerre.

L'individu,

représentant des occupant blancs,

a été abattu dans le cadran 45

connu comme Mikange,

où il a été surpris

en pleine action d'espionnage

dans l'intention de dévoiler

au régime oppresseur

des positions stratégiques des forces

vivantes révolutionnaires africaines.

Nos forces populaires

continueront leur lutte

jusqu'à la libération totale

de notre peuple

et de notre patrie.”

(Des Africains lavent une voiture.)

Septembre

M. VENTURA (Narrateur)

Je quittais Aurora et l'Afrique

pour toujours,

quelques jours plus tard,

après avoir reçu sa dernière lettre.

C'est en Inde,

dix ans plus tard,

que j'ai appris

le décès de son mari.

Par un de ces hasards

que la vie m'offre abondamment,

je deviendrai ami de quelqu'un

qui le connaissait.

Il m'a donné des nouvelles de Aurora

et parlé de son retour à Lisbonne

où elle s'était installée avec sa fille.

(Dans l'appartement de Lisbonne, des domestiques noires font du ménage.)

M. VENTURA (Narrateur)

J'ai décidé

de m'installer au Portugal,

faisant parvenir

mon adresse à Aurora.

Je n'ai pas eu de réponse,

et même si cet amour

a perduré,

j'ai décidé de ne pas la chercher.

C'est la première fois

que je raconte cela.

Je lui ai obéi

et détruit sa dernière lettre.

(Sur le tapis de la maison, un petit crocodile se promène.)


AURORA (Narratrice.)

“Gian Luca, mon amour,

Il est urgent

que vous partiez

et oubliez cette terre maudite

et les horreurs que vous y avez vécues.

Plus rien ne vous retient.

La femme que vous avez aimée

est morte,

enterrée à l'ombre

de ces monts impassibles.

(En Afrique, au pied des montagnes, les cueilleurs de thés font la récolte.)


AURORA (Narratrice)

Comme eux,

vous êtes témoin de mon décès

et comme eux, vous ne direz rien.

Car si la mémoire des hommes

est fini,

celle du monde est éternelle

et personne ne lui échappera.

Si nous avons commis des crimes,

votre participation

est incomparable à la mienne.

Vous êtes insensé, Monsieur,

et n'avez pas vu que je suis

une folle malheureuse,

qui se souvient avec tendresse

des moments où tous ne verront

que d'effrayants péchés.

Je vous demande

de détruire cette lettre.

C'est la dernière

et vous n'y répondrez pas.

Je vous prie de taire nos terribles crimes

tant que je vivrai.

Aurora”

(Un petit crocodile se promène la gueule ouverte.)

Dédicace : Générique de fermeture

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