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Filmstripe

A projectionist tangled in film, stuck in the countdown to show time. A trainee comes to the scene, while the projectionist, in a state of emergency, waxes nostalgic about the transformation of cinema and his own extinction. 



Production year: 2012

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VIDEO TRANSCRIPT

Un projectionniste du nom de MARTIN travaille dans une salle de projection de l'Office National du Film, ONF, plus précisément dans la cabine de projection. La pellicule du film que MARTIN doit projeter s'est défaite de la bobine et s'est emmêlée. Un apprenti, du nom de Charles assiste MARTIN. Des bruits de projecteur ponctuent le dialogue entre MARTIN et Charles.


CHARLES

(Arrivant dans la pièce)

Martin, il y a-tu un problème?

Y a plus rien à l'écran, là.


MARTIN

Non, l'écran est correct.


CHARLES

Qu'est-ce que c'est ça?


MARTIN

De la crisse de marde!

Pogne ça.


CHARLES

Attends, veux-tu que je

descende en bas leur dire--


MARTIN

Non, j'ai parti l'autre film.

Énarve-toi pas.


CHARLES

Bien là...


MARTIN

Aide-moi, ramasse. Envoye.

Envoye, ramasse, estie!


CHARLES

OK. Euh...


MARTIN

Envoye. Le moins de pellicule

qui touche à terre.


CHARLES

Je veux bien, là, mais...


MARTIN

Bien, envoye!

Envoye.


CHARLES

OK.


MARTIN

La table là-bas.


CHARLES

Là-bas?


MARTIN

Oui.

Envoye, estie.

OK, donne-moi ça icitte.

Tabarnak... d'ostie!

Pellicule de marde.


CHARLES

OK, mais là...


MARTIN

OK, là, recule-toi, donne-moi

de l'espace. Donne-moi de

l'espace. Laisse-moi

travailler.


CHARLES

Regarde, je vais descendre

en bas leur dire d'annuler.


MARTIN

Non, non, non. On annule rien,

es-tu malade, toi? On a

15 minutes.

T'annules rien.


CHARLES

Ça, faut que ça parte après

celui que tu viens de partir?


MARTIN

Oui, oui. Là, arrête de

parler, OK, de me déconcentrer.

(Tendant un bout de pellicule à l'apprenti)

Tiens ça. Tiens ça entre tes

deux doigts.


CHARLES

Comme ça?


MARTIN

Donne-moi de l'espace.

Donne-moi de la pellicule.

Envoye. Envoye.


CHARLES

Attends, attends, attends.


MARTIN

Il devrait y avoir des noeuds,

mais on-


CHARLES

Non, non, non.


MARTIN

Attention, mets pas tes doigts

sur la pellicule.

Faut vérifier s'il y a pas des

coupures, si la pellicule est

pas coupée pour pouvoir...

recoller, au pire.


CHARLES

OK, c'est bon, c'est bon.


MARTIN

Ouf!


CHARLES

C'est quoi qui est arrivé?


MARTIN

Je sais pas, ça a bloqué dans

le mécanisme, puis je l'ai pas

vu. J'ai pas entendu la

pellicule qui bloquait. Je

préparais l'autre film. Puis...

c'est tout. Attends, attends,

attends.

(Plaçant la pellicule)

Là, en fait, faut que je

m'assure que c'est pas coupé.

Faut que je recolle.

Ça a l'air catastrophique, hein?


CHARLES

Bien, ouais.

C'est-tu faux?


MARTIN

Veux-tu que je te raconte une

vraie catastrophe? Ça fait

trois mois que je suis

projectionniste et c'est le 50e

anniversaire de vie de cinéaste

de Colin Low, le cinéaste

canadien, soirée spéciale ici.

Commissaires, les médias, tout

le monde est là. Soirée

parfaite. La soirée commence.

Je commence son premier film

qui est mon préféré, Corral.

C'est la fête.

Estie, je l'ai mis à l'envers.


CHARLES

Non, non.


MARTIN

Je te jure.


CHARLES

Le début, la fin...


MARTIN

Non, l'image était inversée.

À l'envers. Pas de son, rien.

Colin Low qui monte, il capote

un peu. Fait que là, je lui

explique ce qui s'est passé.

Il dit: «C'est pas grave, arrête

la projection. On le remonte

tranquillement, puis ça va bien

aller.» Il a bien vu que je

commençais puis que j'étais

hyper énervé, hyper stressé de

le voir là. Man, j'en ai

tellement pas dormi pendant

un mois! J'en ai fait des

cauchemars. Je me réveillais

le matin, j'étais brûlé.

Toutes les erreurs de

projection que je pouvais

faire, je les ai rêvées, estie.

Ah... En même temps, ce qui a

été cool, c'est que...

on a été capable de...

on a jasé. Il m'a jasé de la...

les itinérants. En fait,

l'itinérance des

projectionnistes au début,

comme les frères Lumière.

Ils utilisaient le même appareil

pour filmer que pour projeter.

Et ils se promenaient à travers le

Canada pour présenter des films

aux gens. Ce qui est hot, c'est

que, au début, c'était mobile.

Il présentait une œuvre, puis

il y avait une parole, parce

qu'il parlait aux gens.

Il accompagnait vraiment

les images.


CHARLES

Il présentait le film.


MARTIN

Exactement. Avec son appareil.

La parole aujourd'hui, les

projectionnistes...

Avec le numérique, ils sont pas

vraiment là. C'est des

techniciens, ils sont

invisibles.


CHARLES

Tu peux assurer.


MARTIN

Je peux te dire

qu'aujourd'hui, ils sont plus

ou moins invisibles. Avec ce

qu'on est en train de faire...


CHARLES

En même temps, ça revient.

Y a des performances avec la

projection.


MARTIN

Ouais, c'est vrai, ça.

Mais ce qui est hot aussi, c'est

qu'on retrouve vraiment le

projectionniste qui accompagne

l'image, puis il est souvent

accompagné d'une musique très

contemporaine, quasiment de la

musique concrète.

Puis la musique à la

base accompagnait les images

dans le cinéma muet.

Fait qu'on fait comme une

espèce de retour des origines.

C'est vraiment hot.


CHARLES

Euh, là, euh...


La bobine continue de s'emmêler, l'APPRENTI en a plein les mains.


MARTIN

Continue. Continue.

Attends, attends, attends.

Envoye, estie, faut faire vite.

OK, c'est beau. C'est bon.

Fais attention pour pas toucher

trop à la pellicule.


CHARLES

Ouais, je veux bien, mais...


MARTIN

Attention...


CHARLES

C'est bon, excellent.


MARTIN

Moi, je vais t'avouer que la

plus belle expérience de

projectionniste que j'ai vécue,

j'étais allé voir un film à la

Cinémathèque québécoise qui

était Mouchette de Robert

Bresson en noir et blanc, 1967.

L'histoire d'une pauvre fille

qui... incapable de vivre ce

qu'elle a à vivre. La mère est

malade, elle se fait rejeter par

tout le monde, elle se fait

violer. Après, elle décide

d'en finir avec la vie. T'as...

trois fois, elle est enroulée

dans une couverture du haut

d'une montagne, puis tu la vois

dévaler pour tomber dans l'eau.

Trois fois pour réussir.

Puis quand elle réussit,

le silence complet.

À l'origine, le film, après

l'image du gros plan où on la

voit sous l'eau, tu fais un

fondu au noir. Mais là, ce

qu'on voit, c'est trois frames

avec des X dessus.

L'émotion que ça a suscitée,

man, c'est mongol, parce que

déjà, t'es pris d'une violence

incroyable en voyant les

images, des gros X en rouge,


Un gros «X» rouge apparaît soudainement à l'écran et disparaît tout aussi rapidement.


MARTIN

ça double la violence

de l'image. C'est puissant.


CHARLES

C'est en noir et blanc.


MARTIN

Oui, oui. La symbolique

du sang en plus.

C'est extraordinaire.


CHARLES

C'est quoi? C'est le

projectionniste qui avait

mis ça?


MARTIN

Probablement que le

projectionniste... un des

projectionnistes, je sais pas

si c'est celui de la

Cinémathèque, mais le

projectionniste les avait mis

pour identifier la fin du film.

Puis... bien, en fait,

ça fait partie maintenant

du film. C'est comme si

le projectionniste ajoutait

des images.

Extraordinaire.

Vite, faut rouler.


CHARLES

J'achève.


MARTIN et l'APPRENTI rembobine vigoureusement le film.


MARTIN

Attends une minute,

attends une minute.

C'est beau, c'est beau.

On y arrive, on y arrive.

Arrête, arrête.

Je sais pas si c'est

bien important...


CHARLES

Ok, ok.


MARTIN

Je sais pas ce qui s'est passé,

mais le son est à l'envers.

(Montrant un bout de bobine à l'apprenti)

Tu vois le son, il est supposé

d'être de ce côté-ci.


CHARLES

Ah, le son est juste

d'un bord?


MARTIN

Tiens ça.

Oui, le son est juste d'un bord.


CHARLES

Ah OK, c'est les lignes...

qui sont à droite?


MARTIN

Oui, oui.

Je vais te montrer quelque

chose qui est vraiment hot.

Qui nous montre vraiment le

côté organique de la pellicule.

Tu vois... Si tu veux savoir si

une pellicule est du bon bord...


CHARLES

Ouaip.


MARTIN

Là, on le sait parce que...

techniquement, c'est ça.

Même moi, quand je le sais,

j'aime ça mettre mes lèvres

dessus et en fait, l'émulsion,

c'est sensible, ça colle sur

ta lèvre supérieure.


MARTIN colle ses lèvres sur la pellicule.


CHARLES

Ok.


MARTIN

C'est vraiment un rapport comme...

de toucher hyper important.


CHARLES

Ça colle pas de l'autre bord?


MARTIN

Non.


L'APPRENTI colle sa lèvre sur un morceau de pellicule.


CHARLES

Ouais.


MARTIN

C'est hot, hein?

Oups!

Là, ça me fait tellement de

peine, mais j'ai pas le

choix, faut que je coupe des

frames.


CHARLES

C'est ça, l'autre bout?


MARTIN

Oui.

Donne-moi-le. Vite, vite, vite.


CHARLES

Y en a un autre qui a pété.


MARTIN

Oui, c'est beau.

Tabarnak...


CHARLES

C'est pas reposant.


MARTIN

Non.

C'est ce qu'on appelle une

performance, man.


MARTIN travaille sur la pellicule.


MARTIN

J'ai l'air à faire ça hyper

vite, puis à pas savoir ce que

je fais, mais c'est juste que

je suis habitué, ça fait que je

sais exactement où couper.

Ça devient instinctif.


CHARLES

Il faut que tu coupes

entre deux frames.


MARTIN

Oui.

On y arrive, on y arrive.

On a en masse le temps. Yes!


CHARLES

Il écrase.


MARTIN

Te rends-tu compte que le

monde dans la salle ont aucune

espèce d'idée de ce qui se

passe ici, en fait?

La catastrophe fin du monde.

(Soupirant)

Pfff


CHARLES

Penses-tu qu'ils vont s'en

rendre compte avec les coupures

que...


MARTIN

Euh... bien, ils vont

trouver... écoute, je le sais

pas. J'ai aucune idée de ce que

ça va donner. Mais ce que je

peux te dire, c'est qu'il sera

jamais décadré. Ils vont avoir

eu une expérience unique.

Parce que là, on a enlevé comme

20 secondes de film.


CHARLES

Là, je sais pas trop.


MARTIN

C'est bon, c'est correct,

c'est correct. Envoye. OK.

Prends l'autre... exactement.

Mets-la ici.


CHARLES

(Prenant la bobine et une extrémité de film)

Oui. Comme ça?

MARTIN

Rentre-la dans le trou.

Tu tournes.

OK.

Excellent.

On y arrive.

Es-tu sûr que tu veux

devenir projectionniste?


CHARLES

Ha! Ha! Ha!

Je suis pas sûr, non.


MARTIN

Tu ne le sais plus, hein?


CHARLES

Ha! Ha! Ha!


MARTIN

En fait, ce qu'il y a en ce

moment, c'est vraiment la pire

des choses.

C'est comme...


Un petit bruit d'objet qui se cogne se fait entendre.


MARTIN

L'entends-tu? Ce qu'on a

entendu, c'est une collure

qui a passé. Vois-tu, l'image

est pas décadrée. Ça veut dire

que la collure a bien passé.

Souvent, c'est au son qu'on

l'entend, si la pellicule...


CHARLES

Faut que tu checkes...


MARTIN

Oui, exactement.

Bon...

OK, desserre ça un peu, c'est

trop serré. Donne-moi du jeu.

Tourne-la.

Faut pas qu'elle se twiste.

C'est ça. Excellent.

On peut dire que tu viens

d'avoir un crash course, là.


CHARLES

Ha! Ha! Ha! C'est clair.


MARTIN

On va y arriver.

Tu vois, pour moi, ça, c'est

vraiment... la pellicule, pour

moi, c'est la vie.

En numérique, tu pars le film,

quasiment avec ton iPhone, tu

peux t'asseoir, puis il y a

plus rien qui se passe.

Tu vois ce qu'on vient de vivre,

c'est vraiment une performance.

Littéralement. Mais souvent, on

est tout seul, on est tout seul

à savoir qu'on vit

une performance.


MARTIN et l'APPRENTI se rendent vers le fond de la pièce. MARTIN nettoie le matériel.


MARTIN

On a le temps en masse.

On a trois minutes.


CHARLES

Trois minutes, toi, tu vois

ça juste avec...


MARTIN

Oui, oui.


MARTIN utilise des produits en aérosol.


CHARLES

...l'épaisseur de la

pellicule.


MARTIN

Exactement.

On part la croix de Malte.

Va me chercher une autre bobine

pour mettre en bas.


CHARLES

(En se déplaçant dans un coin de la pièce)

OK. Ici, là?


MARTIN

Bobine ronde.


CHARLES

(Prenant une bobine)

Ça, c'est-tu correct?


MARTIN

Oui, c'est parfait.

Tu vois, là, tous les gestes que

tu me vois faire, t'apprends en

me regardant faire...

c'est tous des gestes qui vont

disparaître.

C'est triste.

Là... les spectateurs vont vivre

une expérience qu'aucun autre a

vécue, parce qu'on a enlevé

comme 20 secondes de film.

Ça fait que cette expérience-là,

ça va comme former leur mémoire

d'un film qui est pas complet

en pensant qu'ils ont vu un film

complet.

Je suis pas content, là.

Ça me fait chier d'avoir coupé

20 secondes. Mais quand même.


CHARLES

C'est ça pareil.


MARTIN

Ouais.

Lève-toi puis dis-moi où est

rendue la bobine.


CHARLES

Euh, je ne vois plus

de pellicule, là.


MARTIN

OK, c'est bon. On est

dans le temps.

Du tape. Tu vas voir

du masking tape.

Vite, vite, vite. Envoye.


CHARLES

(Prenant du ruban)

Comme ça?


MARTIN

Pas le temps d'hésiter.

Faut pas que t'hésites.

Si t'hésites, c'est ta mort.


MARTIN place un peu de ruban sur la pellicule.


MARTIN

OK!

On est prêts.

À 20 secondes près.

Ouf! Tiens, mon Charles.

T'aimerais-tu ça, le partir?


CHARLES

Bien... Je peux-tu?


MARTIN

Pas vraiment, mais je vais te

dire quoi faire.


CHARLES

OK.


MARTIN

Je veux que tu aies la

sensation de partir un 35.

Tu vas peser sur «marche»,

tu vas descendre ça.

Quand on va voir la dernière

image passer, tu vas appuyer

sur «enchaînement».

En appuyant sur

«enchaînement», c'est ce

projecteur-là qui prend le

contrôle de l'image.


CHARLES

OK, ça fait que...


MARTIN

Vas-y tout de suite. «Marche».


CHARLES

Là, là?


MARTIN

Oui. «Marche», descends ça.


CHARLES

Après ça, c'est ça ici?


MARTIN

Attends, attends.

Go!

Hein! J'ai jamais été aussi

content de voir le logo de

l'ONF! Ha! Ha! Ha!


CHARLES

(Riant)

Ah, c'est clair.


Titre :
Filmstripe


Générique de fermeture.

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